Disciplines et techniques
Dessin, Peinture, Photographie, Diapositives, Fusain, Huile
Père, graveur lithographe.Formation : En 1934, après des études secondaires générales à l'école moyenne Jonfosse, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Liège (où il enseignera par la suite) à 16 ans, pour y apprendre le de...
Nationalite : Belgique
Communaute : Communauté française
Dessin, Peinture, Photographie, Diapositives, Fusain, Huile
Ecole belge, Ecole liégeoise, Ecole wallonne, Artiste
Figuration
Adrien Dupagne, Auguste Mambour, Edgar Scauflaire
Père, graveur lithographe.
Formation :
En 1934, après des études secondaires générales à l'école moyenne Jonfosse, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Liège (où il enseignera par la suite) à 16 ans, pour y apprendre le dessin. Professeur : Auguste Mambour, Adrien Dupagne, Edgar Scauflaire.
1938.
Prix Marie de peinture décorative.
1940.
Prix Marie d'Arts appliqués.
1941.
Prix Marie de peinture de chevalet.
1942.
Prix Halbart.
1943.
Prix Marie pour le dessin.
1943. PREMIER PRIX DE ROME.
1945.
(01/09-21/09) Liège, Musée des Beaux-Arts. Salon quatriennal / Artistes vivants, collections privées, architecture et urbanisme
Professeur de dessin à l'Académie de Liège
1946.
(23/02-07/03) Liège, Apiaw. Brasseur Henri, Collignon Georges.
(18/09-10/10) Bruxelles, Galerie Apollo. Apport 46.
1947.
(18/01-10/02) Stockholm / SE, Svensk Franska Kunstgalleriet. Groupe Jeune Peinture Belge.
(02/02-13/02) Liège, Apiaw. Brasseur Henri, Dumont Marcel, Rets Jean, Steven Fernand.
(14/05-14/06) Zürich/ CH, Salon d’Art Wolfsberg. Groupe Jeune Peinture Belge.
(25/10-09/11) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Jeune Peinture Belge.
( / - / ) Paris / FR, . Exposition de l’Urbanisme.
1948.
(18/09-18/10) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la Boverie. Salon d’art moderne et contemporain 1948.
1949.
(24/09-31/10) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la Boverie. Salon quadriennal
1951.
(01/12-30/12) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la Boverie. Salon de la Paix..
1955.
(13/10-12/11) Liège, Musée des Beaux-Arts. L'Apport wallon au Surréalisme.
1956.
(28/04-27/05) Liège, Musée des Beaux-Arts. 10 ans d'Apiaw.
1959.
(03/10-31/10) Liège, Palais des Beaux-Arts. Salon 59.
1962.
(12/05-17/06) Liège, Musée de l'Art Wallon : Salon de Mai.
1964.
(17/01-18/03). Liège, Crédit communal. 25 peintres d'aujourd'hui.
(11/04-10/05) Liège, Musée d’Art Wallon. 125e anniversaire de l'Académie royale des Beaux-Arts.
(26/09-25/10) Liège, Musée des Beaux-Arts. Salon 1964. (Artistes vivants originaires de Liège ou de la périphérie ; le salon se fait par invitation ; œuvres de création récente)
(26/11-02/01/66) Liège, Musée des Beaux-Arts. 20 ans d'Apiaw.
RÉALISE SA DERNIÈRE GRANDE ŒUVRE PICTURALE, TIREUR OLYMPIQUE (MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LIÈGE).
LASSÉ DE LA PEINTURE IL SE TOURNE VERS LA PHOTOGRAPHIE ET RÉALISE DE NOMBREUSES DIAPOSITIVES.
1981.
(22/05) Décès.
Post-mortem.
1984.
(août) Liège, Maison des Artistes. Brasseur Henri. Photographies inédites.
2000.
(06/10-17/11) Soumagne, Galerie de Wégimont. Brasseur Henri. Rétrospective.
Père, graveur lithographe.
Formation :
En 1934, après des études secondaires générales à l'école moyenne Jonfosse, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Liège (où il enseignera par la suite) à 16 ans, pour y apprendre le dessin. Professeur : Auguste Mambour, Adrien Dupagne, Edgar Scauflaire.
1938.
Prix Marie de peinture décorative.
1940.
Prix Marie d'Arts appliqués.
1941.
Prix Marie de peinture de chevalet.
1942.
Prix Halbart.
1943.
Prix Marie pour le dessin.
1943. PREMIER PRIX DE ROME.
1945.
(01/09-21/09) Liège, Musée des Beaux-Arts. Salon quatriennal / Artistes vivants, collections privées, architecture et urbanisme
Professeur de dessin à l'Académie de Liège
1946.
(23/02-07/03) Liège, Apiaw. Brasseur Henri, Collignon Georges.
(18/09-10/10) Bruxelles, Galerie Apollo. Apport 46.
1947.
(18/01-10/02) Stockholm / SE, Svensk Franska Kunstgalleriet. Groupe Jeune Peinture Belge.
(02/02-13/02) Liège, Apiaw. Brasseur Henri, Dumont Marcel, Rets Jean, Steven Fernand.
(14/05-14/06) Zürich/ CH, Salon d’Art Wolfsberg. Groupe Jeune Peinture Belge.
(25/10-09/11) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Jeune Peinture Belge.
( / - / ) Paris / FR, . Exposition de l’Urbanisme.
1948.
(18/09-18/10) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la Boverie. Salon d’art moderne et contemporain 1948.
1949.
(24/09-31/10) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la Boverie. Salon quadriennal
1951.
(01/12-30/12) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la Boverie. Salon de la Paix..
1955.
(13/10-12/11) Liège, Musée des Beaux-Arts. L'Apport wallon au Surréalisme.
1956.
(28/04-27/05) Liège, Musée des Beaux-Arts. 10 ans d'Apiaw.
1959.
(03/10-31/10) Liège, Palais des Beaux-Arts. Salon 59.
1962.
(12/05-17/06) Liège, Musée de l'Art Wallon : Salon de Mai.
1964.
(17/01-18/03). Liège, Crédit communal. 25 peintres d'aujourd'hui.
(11/04-10/05) Liège, Musée d’Art Wallon. 125e anniversaire de l'Académie royale des Beaux-Arts.
(26/09-25/10) Liège, Musée des Beaux-Arts. Salon 1964. (Artistes vivants originaires de Liège ou de la périphérie ; le salon se fait par invitation ; œuvres de création récente)
(26/11-02/01/66) Liège, Musée des Beaux-Arts. 20 ans d'Apiaw.
RÉALISE SA DERNIÈRE GRANDE ŒUVRE PICTURALE, TIREUR OLYMPIQUE (MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LIÈGE).
LASSÉ DE LA PEINTURE IL SE TOURNE VERS LA PHOTOGRAPHIE ET RÉALISE DE NOMBREUSES DIAPOSITIVES.
1981.
(22/05) Décès.
Post-mortem.
1984.
(août) Liège, Maison des Artistes. Brasseur Henri. Photographies inédites.
2000.
(06/10-17/11) Soumagne, Galerie de Wégimont. Brasseur Henri. Rétrospective.
Aucune catalographie n est actuellement renseignee dans la base.
Aucune bibliographie reliee n est actuellement disponible.
Liège, Théâtre du Trianon. Li côp d'pêd qui fait l'bon hotchet (chant wallon), 1942
Musée des Beaux-Arts de Liège. Trompette, 1947
Musée des Beaux-Arts de Liège. La Paix, 1951,
Musée des Beaux-Arts de Liège. Tireur Olympique, 1964
Liège, Palais des Prince-évêques. Nature morte,
Bruxelles, ministère de la Culture, administration des Beaux-Arts. Cow-boy, 1946
Liège (Angleur), Château de Péralta, dépôt du Musée de l’Art Wallon. Ceux-là, 1955
Aucun manifeste n est renseigne pour cet artiste.
Aucune interview explicite n est renseignee dans la base.
- Notice sur Henri Brasseur in Jacques Parisse. Actuel XX. Liège, éd. Mardaga, 1975, p. 14.
En 1947, Henri Brasseur réalisait pour l’exposition de l’urbanisme à Paris, une peinture murale sur le thème de la « Naissance d’une Cité ». On y voyait un jeune couple moderne s’avançant vers nous.
Dans cette œuvre remarquablement dessinée et peinte, Henri Brasseur montrait qu’il fut sensible à la jeunesse de son temps bien avant les maîtres du Pop Art dont, par ailleurs, il se différencie fondamentalement par le sens donné à son œuvre.
En effet, ce qui caractérise la peinture d’Henri Brasseur, c’est sa pureté. Une pureté qu’il partageait avec son professeur Auguste Mambour mais dont il rendit compte, contrairement à son maître, en peignant ses contemporains vivant la vie d’aujourd’hui (Le tireur olympique, 1964). A l’heure présente et depuis 1965, Henri Brasseur réalise surtout des séries de diapositives qui font état de la de la transfiguration de l’objet – par exemple une vieille poupée de porcelaine – par la lumière captée avec une sensibilité inouïe au gré des heures et des saisons. Dans ces œuvres, Henri Brasseur retrouve la même pureté que dans ses peintures, pureté qu’enrichit son don d’émerveillement.
- Alain Brasseur. Des croustillons à la Batte, 1982 in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000 repris in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000
« Les croustillons ».
Henri Brasseur a toujours aimé la jeunesse. Les années soixante, les golden síxtíes, Mademoiselle Age-Tendre, Salut les Copains : une époque qui lui convient bien. Il va s'amuser à dessiner les têtes de jeunes, les filles surtout. Il en fera beaucoup. Dessins très enlevés, en quelques coups de fusain. Quelques peintures aussi, au contraire très fignolées, précieuses, somptueuses de couleur.
L'appellation « croustillons » est née d'une boutade, lors d'une discussion peu charitable entre amis. On parlait d'un confrère qui avait une production facile et le sens du commerce : « Oh, lui il peint comme on fait les « lacquemants » sur la foire : une couche de pâte, une couche de sirop, une couche de pâte - une toile, une couche de couleur, un cadre ! »
Mais Brasseur, lui, il fait des croustillons ! ».
Allusion à l'abondance du thème et à son caractère « croustillant ».
« Poupée ».
Grâce à un de ses élèves, Jean-Claude Vandormael, Henri Brasseur découvre la photo. Il l'avait toujours pressentie, seul le manque d'informations techniques l'en avait tenu éloigné. Le haut degré de perfectionnement des appareils actuels va lui permettre de surmonter ces problèmes. L'aspect « facilité » que certains reprocheront peut-être à la photographie ne le gêne pas. Il peut se le permettre, il a fait ses preuves en d'autres domaines. « Seul l'œil compte ! ». La photographie lui pose dès l'abord un problème avec lequel il n'avait jamais été confronté : pour photographier, il faut un sujet, un modèle. Pas facile à trouver dans le genre « croustillon ». Car il ne peut, ni ne veut s'offrir de jeunes scandinaves comme celles qui ont fait le succès d'aucun. Elles ne sont pas suffisamment innocentes.
De plus, pour maîtriser cette nouvelle technique, il a besoin d'un modèle docile, obéissant.
Il va le trouver en une vieille poupée de porcelaine de la fin du siècle dernier : « Poupée ». Des centaines de diapositives, réalisées sur plusieurs années. Poupée sous tous ses aspects, dans toutes les saisons, sous toutes les lumières, dans toutes ses toilettes, dans tous les décors, avec ou sans ses bijoux. Tantôt femme, tantôt enfant, tantôt simplement poupée. Une expérience unique.
La Batte.
Le sujet épuisé, il éprouve le besoin de revenir au vivant. Le marché de la Batte, le dimanche matin à Liège, ou les flâneurs sont nombreux et faciles à surprendre, sera son principal terrain de chasse.
Ce qui l'émerveillait, c'était plus ses jeunes modèles inconnus que les photos qu'il en tirait. Celles-ci ne sont qu'une mise en mémoire de ce que l'œil a vu. La véritable œuvre d'art c'est la vie. Je crois que c'est là l’aboutissement logique, la conclusion de toute sa démarche d'artiste.
C'est pour cela qu'il n'a fait de ses photos aucun classement, aucune sélection (s'il l'a fait un peu, c'est par réalisme, à contre-cœur), car tout ce que contient la photo est vrai.
La partie photographique de son œuvre est considérable et pourtant inconnue. Le problème qu'il n'a pas résolu et qui nous incombe maintenant, c'est le moyen de la montrer au public, de faire la douloureuse mais indispensable sélection.
- Jacques Parisse. Tel Rimbaud in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000 ; repris d’un article de La Meuse du 14/04/1996 repris in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000.
Il y a quelque chose de Rimbaud chez Henri Brasseur. Mais au contraire du poète aux semelles de vent dont on a cessé d'expliquer le mystère, de psychanalyser le génie fulgurant, de chercher les causes de sa désertion, notre Henri Brasseur reste, quinze années après sa mort, une énigme, un personnage auquel, dans un oubli quasi général, certains de ses anciens élèves vouent encore un véritable culte. L'homme et son œuvre devraient titiller la curiosité et la plume d'un étudiant chercheur sensible (cela peut se trouver) ou d'un historien de l'art qui retrouverait peut-être dans cette vie peu banale, déchirée, quelque chose de lui-même. Car toute biographie est, au-delà de la quête de l'Autre, une recherche de et sur soi-même. On n'écrit bien qu'alors qu'on est en état de complicité.
De bons maîtres.
En 1965, Henri Brasseur - né en août 1918, il est donc âgé de 47 ans - cessa définitivement de peindre. Christiane Willemsen, qui avait été sa brillante élève et qui au-delà de la mort lui a consacré son admiration et une piété vraiment filiale, notait dans une préface pour une exposition dont nous reparlerons : « Durant les dernières années de sa vie, Brasseur m'a dit de nombreuses fois qu'il éprouve une véritable répulsion physique à tenir un pinceau, il en avait la nausée. Que diable s'était-il passé ? Pour nous le mystère reste entier. Beaucoup de ses confrères se seraient satisfaits du parcours de Brasseur. À l'Académie il avait eu d'excellents professeurs : Adrien Dupagne, Auguste Mambour lui avait transmis le goût de la figure humaine, de la monumentalité, du sens de la composition structurée, d'une très grande exigence plastique et d'un sens aigu de la pureté formelle ». (Ch. Willemsen.) Dès les études, les prix consacrent un étudiant hors du commun : Prix Marie, Prix Halbart, Médaille de vermeil du Gouvernement et surtout, en 1943 - vingt ans après son maître Mambour qui avait obtenu le second prix derrière Marie Howet, de Libramont - le prix Vedette, convoité par tant de générations d'artistes, le Premier Grand Prix de Rome. C'était la guerre. Nous ne pensons pas que Brasseur ait pu se rendre à Rome. Nommé professeur à l'Académie Royale des Beaux-Arts, il y enseigne le dessin et crée le cours de composition. Ainsi Mambour se perpétue en Brasseur qui formera lui aussi une génération d'artistes encore en exercice.
Une humanité tendre et forte.
Au grand dam de ses concitoyens peintres qui se complaisaient dans la peinture paysagère, Mambour, dès le début des années vingt, célébrait un type d'hommes et de femmes qui faisaient corps avec la glèbe, affichaient avec noblesse des sentiments premiers et non primaires, un primitivisme digne qui n'était ni de ce temps ni de ce lieu Une humanité confiante éternelle.
Brasseur « modernise » Mambour en peignant la jeunesse dans des attitudes de son temps. « L'univers d'Henri Brasseur est peuplé d'êtres plus fragiles et plus contemporains que les figures hiératiques de son maître. Très souvent les personnages sont statiques. Ils ne sont pas entourés d'un environnement précis. Ils sont là, ils existent pour eux-mêmes, témoins d'une sorte d'Eden », écrit Christiane Willemsen qui ajoute : « Henri Brasseur était profondément croyant bien que son christianisme soit très personnel. Il croyait vraiment au paradis perdu ». Au Musée de l'Art Wallon, deux œuvres - deux couples jeunes - attestent de ce choix résolument optimiste : Ceux-là (1955) et le fameux Tireur olympique (1964) dont on a dit que la jeune femme assise à côté du tireur dressé était... Sylvie Vartan ! Brasseur inquiet, exigeant, peignant peu mais chaque œuvre comptait.
Le silence et la rupture.
En 1965, Henri Brasseur, peintre estimé, professeur aimé et admiré, cesse définitivement de peindre. Sujet à de très graves dépressions nerveuses, il abandonne son œuvre personnelle mais poursuit son enseignement qui le réconfortait. Curieusement, ce fut alors pour lui la découverte - dans le plus grand secret (sauf pour quelques amis proches dont Guy Vandeloise) - des possibilités de la photographie, de la diapositive.
Quel compte réglait-il avec son enfance ? Secret, il entreprit, dans son jardin clos, de faire le tour d'une très ancienne petite poupée en porcelaine de vingt centimètres de hauteur qui avait appartenu à sa mère. Brasseur va photographier cette poupée des centaines de fois, toujours la tête, toujours de face, sous toutes les lumières, à l'extérieur, il la coiffe, la décoiffe, l'orne de colliers, la pare de bijoux et de tulle, une véritable recherche amoureuse des secrets de son petit modèle inerte, moins jouet, moins Barbie que Lolita. Il y a là, dans cette investigation d'un sujet unique, belle matière à analyse psychanalytique.
Sa poupée, il l'abandonna enfin et descendit en ville et, en ville, rien que sur la Batte. Les chineurs du dimanche matin se souviennent - nous nous en souvenons – de ce « personnage pittoresque, coiffé d'un grand chapeau noir à larges bords et bardé d'appareils photographiques qui, en captant l'image d'une adolescente parmi la foule, tentait de capter la vie » Après la poupée mythique, prétexte à des regards voyeurs et esthétisants, Brasseur décida de chasser la « vraie vie » que Rimbaud considérait « ailleurs » et que Brasseur, jusqu'a sa mort, cherchera ici-bas, dans son temps et dans un espace limité, puisque circonscrit à quelques centaines de mètres, de la Grand Poste au pont Maghin. Un choix parmi les centaines de diapositives consacrées à la poupée a été montré pour la première et unique fois en septembre 1984 lors de l’inauguration de la Maison des Artistes, impasse des Ursulines. Ce fut un événement et une extraordinaire découverte.
Une rétrospective Brasseur, une rétrospective officielle, montrerait le peintre rare qu'il a été et le photographe qu'il fut avec une trop exemplaire discrétion pendant les quinze dernières années de sa vie. Ce serait aussi l'occasion de rendre hommage à notre seul Grand Premier Prix de Rome de peinture ! Dans cette exposition – pour laquelle nous faisons un évident « appel du pied » - nous trouverions peut-être la preuve de l’affirmation audacieuse de celle qui l'a le mieux connu, l'excellent peintre très « brasseurien » Christiane Willemsen : « Il n'y a pas eu de rupture entre l'œuvre du peintre et l'œuvre du photographe. C'est le même artiste qui, en dépit de son angoisse maladive, a su garder une vision positive du monde »
Cinq mois après le décès de sa femme, Henri Brasseur mourut le 5 mai 1981. Il y a près de quinze ans.
- Anne Garnier, 23 juin 2000. in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000.
C’était les années cinquante à l’Académie de Liège. Henri Brasseur y était un jeune prof virtuose du dessin, intelligent, cultivé et « curieusement » pédagogue. Nous formions alors un groupe privilégié autour de lui, Christiane Willemssen, Jean~Marie Tack, Simone Mareschal, Guy Purnode, Yvon Adam et quelques autres dont Charles Fourneau qui venait se joindre à nous régulièrement. Avec Brasseur nous discutions, littérature, cinéma, chanson française et bien sûr Picasso, Matisse, Piero della Francesca et la Règle d'Or que nous voulions tous connaitre pour l'utiliser dans les compositions murales que nous commencions à faire à l'atelier. C'était la découverte et l'entrée en culture. J'avais 17 ans. Je ne savais rien de son œuvre, il était discret, exposait peu ou plus. Et pourtant il me fascinait comme il fascinait les autres.
Comment expliquer cette influence qu'il a eue et qu'il a encore sur le travail de ses anciens étudiants ? Je sais pour avoir fait d'autres études, à la Cambre ou à l'Académie de Bruxelles, que je n'ai plus jamais suivi un cours de dessin, ni d'autre chose comme le sien. Était-ce la magie du groupe qu'il créait autour de lui ? Sans doute ! Peut-être ! Mais quand je vois la peinture liégeoise, J'y retrouve fort souvent l'air de famille Brasseur.
- Jean-Pierre Rouge. Le Mystère Brasseur in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000.
« L'Art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité. » (F. Nietzsche, La Volonté de puissance)
Formé à l'Académie Royale des Beaux-Arts dans l'immédiat avant-guerre, honoré, à 25 ans, des distinctions les plus hautes qu'un peintre puisse recevoir - Prix Marie, Médaille en vermeil du Gouvernement, Grand Prix de Rome, consacré après-guerre par la presse unanime comme un des plus grands peintres belges contemporains, Henri Brasseur, dès les années cinquante, se dégoûte peu à peu de la peinture au point de l'abandonner définitivement à 46 ans, avant même ce qui est pour d'autres la belle maturité.
Quel mal a donc taraudé cet homme pour l'amener à une démarche quasi unique chez un artiste : la négation de son propre génie. Pour tenter de comprendre, un retour en arrière s'impose.
Dans les années trente, les goûts dominants du public liégeois se tournent essentiellement vers une peinture de paysage aux luminosités impressionnistes et au pittoresque facile. La liste serait longue, de Lemaître à Verhaeghe et de Nollet à Vetcour, des artistes qui excellaient dans cette forme d'art.
Quelques figures tranchent sur cet ensemble : Caron, Scauflaire ou Steven, par exemple. Mais, pour de multiples raisons, ils se tiennent à l'écart du grand public. Par contre Mambour, personnage tonitruant, investi du prestige que lui confère sa charge de professeur à l'Académie, détonne, surprend, choque. Aucune minauderie ni complaisance chez lui, un refus du factice et de l'académique, mais un art puissant, vigoureux, modelé, construit, structure. Il répudie le paysage et s'en prend uniquement à la figure humaine. Mais un être humain qui est loin des canons de l'école. Ses personnages se dressent puissants, austères, icônes de l'homme nouveau que le XXe siècle va chercher dans les profondeurs primitives de l'humanité pour le promouvoir au rang de nouvelle idole. « Le public réagit mal et s'étonne plus encore quand en 1923, Mambour obtient le second Prix de Rome », écrit Iules Bosmant. (in La Wallonie, le Pays et les Hommes, t. 3, p. 258).
Henri Brasseur suit les cours de Mambour à l'Académie de Liège : il deviendra son plus brillant disciple. Profondément pénétré par l’enseignement du maître, il restera, toute sa vie, convaincu de la primauté de la figure humaine, persuadé qu'elle devait être, comme il le répétait à ses élèves « digne et monumentale » et que « le fait-divers devait être transcendé en épopée »
Portant plus loin la leçon de son maitre, il va y adjoindre d'autres notions fondamentales. Mambour se refusait d'utiliser le couleur comme moyen propre d'expression : ses meilleures œuvres sont austères, presque monochromes, la couleur n'y étant qu'un appoint, agréable certes mais non indispensable. Brasseur, à l'opposé, redonne un sens à la couleur, la manipule avec virtuosité, conscient de vouloir briser cette séparation traditionnelle et artificielle, tant de fois répétée et jamais démontrée, entre ligne et couleur. Bien après Roger de Piles ou Baudelaire, il estimait que le dessin est indispensable au peintre, comme la grammaire l'est à l'écrivain, mais que c'est la couleur qui élève la peinture au rang de la poésie.
La couleur qui l'intéressait n'était bien sûr pas celle des effets et des reflets impressionnistes, et la sensualité colorée le touchait peu. Il était par contre très intéressé par les miniatures persanes et leur compartimentage de couleurs pures, opposées. Ä ses élèves, il répétait qu'il y avait moyen « de faire la couleur autrement ».
Elle ne devait surtout pas dénoter des valeurs spatiales ou rendre compte de sensations. Car Brasseur - et en cela il est très « moderne » - avait la hantise de respecter le mur, le plan, la surface de la toile. Il aurait pu être un de nos plus grands fresquistes si les quelques travaux qu'on lui a confiés n'avaient disparu (Grand magasin « Au Bon Marché » à Liège en collaboration avec Charles Fourneau et une, école communale à Bressoux).
Il se distingue aussi de son maitre au niveau des sujets. Brasseur, Comme l'écrit Jacques Stiennon, est « captivé par le couple, la prouesse sportive, la présence obsédante de la structure humaine » (in La Wallonie, le Pays et les Hommes, t. 3, p. 277).
Homme de son temps, enthousiasmé par les grandes espérances d'après-guerre, passionné par tout ce qui est jeune, neuf, dynamique, Brasseur vit intensément son époque. Son goût pour le jazz, les films western (La forme d’art qui se rapproche le plus de ma peinture est encore le cinéma, déclarait-il dans une interview en 1964), la science-fiction le fait participer activement à la grande mutation culturelle du milieu du siècle. Ses personnages vont donc être les reflets de ce temps. Non plus idoles hiératiques, comme chez Mambour, mais des personnages individualisés, jeunes, beaux, pleins de vie et d'espérance dans le lendemain, « dans toute la majesté de leur jeunesse volontaire et décidée » écrivait le critique de La Gazette de Liège, en 1952. Même si, le temps passant, avec son cortège de déceptions et de déboires, les dernières œuvres introduisent une dimension dramatique, résignée. « Le monde tourne en sens inverse (…) peut être même ne tourne-t-il plus du tout », déclarait-il dans l'interview déjà citée de 1964.
Il n'est un secret pour personne que Brasseur peignait ses personnages d'après photos. Il les récoltait dans les magazines à la mode, Paris-Match, Salut les copains, Point de vue..., pour en extraire les modèles qui seront intégrés dans sa peinture. La démarche, à l'époque, était innovante. Il s'agissait d'une tentative raisonnée pour atteindre la véracité du sujet, pour tenter de restituer le réel dans toute sa complexité et son unicité. Non pas pour réaliser une simple copie, métaphore du réel, mais pour, à travers le sujet, atteindre autre chose. « L'art est dans le choix du sujet, et non dans sa représentation » confiait-il à un journaliste (G. Szabo in La Meuse, 1981), en ajoutant « Encore moins dans les moyens d'exécution ». Quel mystère Brasseur tentait-il de découvrir ainsi ? Peut-être ce « souffle de religion », dont il se confiait parfois à certains amis ? Art sacré, en quelque sorte ! Élever à l'universel ce qu'on prend dans le présent, tel semble bien avoir été le but de Brasseur. A G. Szabo, il confiait encore « L'art c'est choisir dans l'univers présent ce qui nérite de rester ».
La démarche paraît donc claire : il s'agit, tel Pygmalion, de créer - et non reproduire - un être singulier, engendrer une créature dont l'artiste serait le seul maître. Léonard de Vinci a, le premier, compris ce pouvoir. Il qualifie le peintre de « maitre de tous les gestes des créatures et des formes des choses », et ajoute « Si le peintre désire être aimé des femmes les plus belles, il possède le pouvoir de les créer » (cité par E. H. Gombrich, L’Art et l’illusion. Paris, Gallimard, p. 129-131). Brasseur a pu se rengorger de ce fabuleux pouvoir, lui dont le talent dominait souverainement tous les moyens de rendre l'illusion
Mais Léonard de Vinci l'avait aussi pressenti, le peintre trouve très têt des limites à sa création dans la contrainte inerte de son moyen d'expression : « Les peintres tombent souvent dans le désespoir, écrit-il, quand ils s'aperçoivent que leurs peintures manquent du galbe et de la vie des objets aperçus dans le miroir » (idem). Le peintre, contrairement à l'architecte, n'est finalement qu'un constructeur de rêves... Faut-il voir là les raisons de l'échec de Brasseur, son rejet de la peinture à 46 ans. « Prendre les pinceaux me fait vomir », avoua-t-il à un proche. Fut-il victime de cette recherche d'une impossible illusion picturale, de cette quête de la transparence du miroir, à une époque où, précisément, l'apparence objective était de plus en plus exclue de la peinture, ou l'idéologie de la mimésis était définitivement - disait-on - condamnée ?
Brasseur avait conscience -il le confiait parfois - que sa peinture était menacée par le piège du préraphaélisme. Pour ne pas y succomber, aurait-il fait l'expérience des limites de l'irreprésentable, incapable qu'il fut de faire reculer ces limites ?
Sa méthode de travail se réglait sur l'image-reflet - quasi spéculaire - comme idéal d'objectivité figurative. Une telle tautologie, si ce n'est une telle impasse, pouvait-elle encore se concevoir dans le grand bouleversement d'art des années cinquante / soixante ? Brasseur en a fait la cruelle expérience
Grégory Desauvage, « Bang Bang, He Shot It Down… Henri Brasseur: un talent discret, une œuvre multiple », Liège Museum, bulletin des musées de la ville de Liège, no 9, février 2015.
- Christiane Willemsen, janvier 1982 repris in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000.
Il y a quelques années, le promeneur qui parcourait le quai de la Batte, le dimanche matin, croisait presque à coup sûr un personnage pittoresque, coiffé d'un grand chapeau noir, le profil de la silhouette en S, bardé d'appareils photographiques, le zoom prêt à emprisonner l'image d'un visage d'adolescente perdu dans la foule. Henri Brasseur chassait l'humain.
Le promeneur devinait qu'il croisait un original mais savait-il que ce monsieur était un des plus grands artistes belges contemporains ?
Henri Brasseur est né le 13 août 1918. Il nous a quittés trop tôt le 22 mai 1981. Issu d'une famille typiquement liégeoise, il restera résolument liégeois. Il ne quittera pratiquement jarnais sa Ville natale si ce n'est dans sa jeunesse pour quelques séjours éblouis à Paris et dans ses environs qu'il aimait sillonner en vélo. (Son amour de la bicyclette fait de lui un précurseur ...).
Son père, artisan graveur, lui transmettra quelques rudiments de son métier et lui donnera le goût du travail bien fait.
Enfant unique, hypersensible, couvé par une mère perpétuellement anxieuse, Henri Brasseur aura toujours un équilibre nerveux très fragile. Cet inquiet connaît très jeune les tortures de dépressions psychiques de plus en plus graves. Pourtant, en dehors de ses crises, il possède une très grande faculté d'émerveillement devant la beauté à laquelle il joint une foi totale en l'humanité. Ä sa façon, il est profondément croyant, mais c'est une religiosité toute personnelle, anti-conventionnelle, et qui ne respecte aucune pratique habituelle. Sa culture est réelle bien qu'originale : il s'intéresse à la biologie et plus précisément à la génétique. La bonne science-fiction le passionne. Amateur de promenades en Fagnes, à une certaine époque de sa vie, il y campe souvent avec des amis. Hélas, cet éternel adolescent est trop vulnérable pour ce monde. Il s'est créé son Far-West et répugne à en sortir. Individualiste forcené, à la limite asocial, il ne trouvera un refuge que dans la tribu familiale.
Véritablement porté par une épouse admirable qui, comme lui, avait été une brillante élève d'Auguste Mambour, il tentera de vivre la vie de tout le monde mais avec quelles difficultés !
Pourtant, il a connu des chances de départ : à vingt-cinq ans il décroche le premier Grand Prix de Rome de peinture et entre à l'Académie des Beaux-Arts de Liège comme professeur. La sécurité matérielle lui est donc assurée. Mais les démons veillent, les dépressions nerveuses se suivent et très vite, bien que l'art reste toute sa vie, l'acte de peindre lui semble de plus en plus insurmontable. Il consacrera ses dernières énergies à l’enseignement. Pendant des années il restera un grand professeur, un professeur inoubliable. Malheureusement dans ce domaine aussi la maladie le fera abdiquer.
La prépension lui procure une période trop brève de calme relatif, mais la mort de Vevey sa femme, le laisse complètement désemparé. Il perd définitivement la force de vivre. Il ne lui faut que sept mois pour se laisser mourir.
L'œuvre d'Henri Brasseur, monumentale, classique et étonnamment moderne reste très mal connue. L'artiste a peu exposé : quelques expositions personnelles à Liège dans les années d'après-guerre (Cercle des Beaux-Arts, Apiaw, ...) et plusieurs salons d'ensemble, dont ceux de la Jeune Peinture belge, qui lui permettra d'exporter ses œuvres à Paris et à Stockholm. Il fera également une apparition très remarquée à l'exposition de l'Urbanisme à Paris en 1947.
En 1943, il reçoit le premier Grand Prix de Rome de peinture : il a vingt-cinq ans.
Le titre est prestigieux mais écrasant. C’est l'époque la plus féconde de son œuvre peinte : il travaille énormément, il est servi par une connaissance éblouissante du dessin. Il doit beaucoup aux enseignements d'Auguste Mambour et d'Adrien Dupagne qui professaient dans notre Académie. Il a également connu l'atelier libre dirigé par Edgard Scauflaire.
De Mambour, il a hérité du goût de la figure humaine, de la monumentalité, du sens de la composition structurée, d'une très grande exigence plastique et d'un sens aigu de la pureté formelle. Mais l'univers d'Henri Brasseur est peuplé d'êtres plus humains, plus fragiles et plus contemporains que les figures hiératiques de son maître.
En dépit d'une brève période abstraite et d'une saison surréaliste plus courte encore, son style, sa manière et son inspiration ont toujours relevé d'un même idéal : Henri Brasseur est essentiellement le peintre d'une humanité adolescente et transcendante. Quand je suis entrée dans son atelier de dessin en 1951, sa peinture était déjà presque entièrement derrière lui. Ce n'est guère que par quelques reproductions en noir et blanc, que nous, ses élèves, allions faire connaissance de son œuvre. Nous étions particulièrement frappés par la photographie d'un énorme panneau peint pour l'exposition de l'Urbanisme à Paris en 1947. Monumentale représentation d'un jeune couple et de ses deux enfants. L'homme portait un des enfants sur les épaules et la femme tenait l'autre sous son bras. Ils avançaient vers le spectateur et le fixaient intensément.
Ces quatre personnages, beaux, dignes, modernes, presque triomphants, appartenaient à une sorte de surhumanité. Au-delà des qualités plastiques et de l'excellence du dessin se dégageait un sentiment de confiance et de foi en l'humain assez bouleversant. Cette humanité trop belle, Henri Brasseur y croira toute sa vie. C'est elle que, bien des années plus tard, il traquera encore dans la foule cosmopolite du quai de la Batte.
Un des tableaux les plus émouvants de Brasseur est, à mon sens, La Béatitude de la collection Georges Dedoyard. Cette peinture de dimension réduite, peinte dans une gamme assez sourde, représente le torse d'une jeune femme qui semble chanter. L'œuvre ne se veut pas audacieuse par sa composition et ses couleurs, ce n'est pas un tour de force comme le sera le Tireur Olympique : ici tout est retenue et poésie. Ce n'est pas une grande symphonie. C'est de la musique de chambre. Cependant, j'y vois toute la mythologie de l'artiste, la jeune fille sans le péché originel, la pureté, l'innocence et la foi. En 1955, je travaillais dans l'atelier personnel du peintre. J'y ai vu naitre deux tableaux intitulés Ceux-là et Les Autres. Ils devaient être exposés au Salon d'inauguration des nouveaux locaux de l'Assistance publique, place Saint-Iacques à Liège.
Les Autres ne m'a pas marqué, je n'en parlerai pas. Par contre, dans Ceux-là (panneau de 122 cm sur 94 cm) je vois une réalisation importante. Cette peinture figurant un couple de prolétaires dansant devant un fond nu, se distingue par une étonnante économie de moyens. Sur un dessin vibrant de sensibilité, s'accrochent quelques touches colorées extrêmement légères. Le gris et le blanc cassé dominent. La pâte est presque transparente et la couleur se fait discrète bien que Brasseur ait souvent prouvé qu'il savait être un coloriste audacieux.
La dernière grande œuvre peinte date de 1964. C'est le fameux Tireur Olympique du Musée d'Art Wallon. Pour la petite histoire je me plais à signaler que pour des raisons de chauffage notamment, Brasseur Va peindre ce panneau de 193 cm x 148 cm dans sa chambre à coucher. La pièce est exigüe, alors il peint debout sur son lit et se sert d'un rétroviseur de moto pour compenser le manque de recul. Ä l'époque, peu de gens apprécient le tableau. Dans le monde artistique liégeois, Brasseur a toujours été un isolé. ]e me rappelle sa déception navrée devant le silence et l'indifférence presque générale. Cette indifférence qui tue les artistes plus sûrement qu'une balle. Il avait pourtant mis le meilleur de lui-même dans ce Tireur, comme s'il voulait prouver qu'il n'était pas fini. Oui le meilleur de lui-même : sa très grande science de la composition monumentale alliée ici à une démonstration picturale peu banale.
Le Tireur c'était lui, l'éternel adolescent qui jouait au cow-boy. Il tirait sur les méchants, ceux qui ne lui voulaient pas de bien (et il y en avait), ceux qui voyaient en lui un petit garçon irresponsable, ceux qui n'aimaient pas une certaine idée de l'homme.
Dans les dernières années de sa vie, Henri Brasseur va se tourner vers la diapositive. Il ne supporte plus les pinceaux, il va donc s'exprimer par la photographie. Il réalise des centaines de diapositives dont nous ne connaissons, hélas, que peu de choses. Je n'ai vu que les premières séries consacrées aux métamorphoses de l'objet (en l'occurrence d'une vieille poupée de porcelaine possédant une énorme charge sentimentale) transfigurée par la lumière et l'environnement. Il n'y a pas de doute, c'est là le travail d'un très grand peintre ; on y retrouve la science de la composition, la somptuosité des couleurs et une sensibilité inouïe. Après la période de la poupée, Brasseur descendra dans la rue, vers le document brut, vers la foule : il y traquera ses fantasmes.
Henri Brasseur s'est arrêté de peindre trop tôt, je pense qu'il n'a pas tout dit par sa peinture, moi qui connaissais l'extraordinaire richesse intérieure de cet homme hors du commun. C'est pourquoi il est impératif de découvrir l'ensemble de son œuvre photographique qui est en fait son œuvre de maturité. Ce fou d'images (il répétait avec une sorte d'humilité « n'oublions pas que nous sommes avant tout des fabricants d'images ») fut pendant des années un grand professeur. Il n'aimait pas les grandes phrases et avait en horreur tout ce qui pouvait ressembler à un enseignement pontifiant. Son langage n'avait rien de commun avec le jargon plastique traditionnel.
Ce n'était pas un brillant causeur et on pouvait même dire qu'il n'avait pas la parole facile. Il cherchait longuement ses mots et, certains jours, ne les trouvait pas. Il fallait bien le connaître et bien l'aimer pour suivre son discours. Mais il trouvait brusquement des comparaisons lumineuses, des images simples mais parlantes, des associations d'idées explicites et ... on comprenait. Enfin sortis d'un enseignement secondaire quelque peu contraignant, les étudiants ressentaient dans son atelier un sentiment de libération. Le professeur très jeune, très copain était profondément respecté. Il fallait mériter son estime. Le dessin qu'il enseignait n'était pas un dessin de valoriste et d'intimiste. C'était un dessin monumental et sensible. La ligne était le moyen d'expression essentiel, mais une ligne vivante, vibrante, apparemment très libre et pourtant rigoureuse.
Parmi les plus brillants de ses élèves, je citerai entre autres, René Julien, Jean-Marie Tack, Georges Debatty, Yvon Adam, Claude Thilman, Maurice Musin, Jean-Claude Vandormael, Mady Andrien, Pour quelques privilégiés comme Charles Fourneau et moi-même, Henri Brasseur fut beaucoup plus qu'un professeur de dessin. Il a tenté de nous transmettre tout son savoir, il nous a fait partager sa faculté d'émerveillement, il a été le maître et l'ami.
Il laisse le souvenir d’un homme qui ne perdit jamais son don d’enfance, d’un homme et d’un artiste d’une honnêteté totale, incapable de mesquineries et de malveillance. Ses qualités de cœur étaient très grandes. D’une intelligence aiguë sous des dehors tout simple, il savait faire part d’une intuition rare. En dépit d’une angoisse maladive, en dépit de sa fragilité, cet homme a su garder toute sa vie une vision optimiste du monde. Son œuvre en témoigne.
- Christiane Willemsen, août 1984 in Catalogue Exposition Henri Brasseur « Photographies inédites » à la Maison des artistes, Liège.
Trois ans déjà que les badauds du marché de la Batte ne rencontrent plus ce personnage pittoresque, coiffé d`un grand chapeau noir à larges bords et bardé d`appareils photographiques, qui en captant l'image d'une adolescente parmi la foule tentait de capter la vie.
Ce grand artiste nous a quittés le 5 mai 1981. Le décès de sa compagne - sept mois auparavant – lui avait ôté le goût de vivre.
L'œuvre d'Henri Brasseur, monumentale, classique et moderne à la fois reste mal connue.
C'est que Brasseur ne fréquentait guère le monde.
Eternel adolescent désarmé, individualiste farouche, à la limite asocial, il quittait très peu la cellule familiale, si ce n'est pour venir enseigner le dessin à l'Académie des Beaux-Arts.
Il a été essentiellement le créateur d'une humanité mythique, transcendée, sans péché originel et éternellement jeune.
Auguste Mambour lui avait transmis le goût de la figure humaine, de la monumentalité, du sens de la composition structurée, d'une très grande exigence plastique et d'un sens aigu de la pureté formelle. Mais l'univers d'Henri Brasseur est peuplé d'êtres plus fragiles et plus contemporains que les figures hiératiques de son maître. Très souvent ses personnages sont statiques. Ils ne sont pas entourés d'un environnement précis. Ils sont là ; ils existent pour eux-mêmes, témoins d'une sorte d'Eden (Henri Brasseur était profondément croyant bien que son christianisme soit très personnel. Il croyait vraiment au Paradis perdu).
Brasseur, qui fut toute sa vie un être hypersensible et inquiet, connut très tôt les tortures de dépressions psychiques très graves. Son mauvais état de santé et la fragilité de son équilibre nerveux lui rendirent Faction de peindre de plus en plus difficile (Durant les dernières années de sa vie, Brasseur m’a dit de nombreuses fois qu’il éprouvait une « véritable répulsion physique » à tenir un pinceau. Il en avait la nausée). Pourtant rien ne lui fit perdre sa faculté d’émerveillement devant une certaine beauté ni son besoin de créer.
La découverte des possibilités de la diapositive lui permit de poursuivre.sa recherche et de l’approfondir. Il n'y a pas de rupture entre l'œuvre du peintre et l'œuvre du photographe. C'est le même artiste qui, en dépit de son angoisse maladive, a su garder une vision positive du monde.
Dans un premier temps, Henri Brasseur ne sortira pas de son jardin. Il y photographiera inlassablement une vieille poupée de son enfance, jouant sur les variations infinies de la lumière et de l’environnement. Cette série consacrée à la métamorphose de l'objet possède, en plus des qualités plastiques et picturales, une énorme charge sentimentale. C'est le travail d'un poète...
Mais Henri Brasseur a peur de l'esthétisme. Il veut aller plus loin, être plus vrai. C'est pourquoi, abandonnant la photographie longuement composée, il descendre dans la rue. Il arpentera la Batte le dimanche matin, cherchant à détecter dans la multitude les types humains qui le hantent.
L'humanité transcendée, idéalisée, qui peuple son imaginaire, il voudra la retrouver dans la vie et son objectif chassera tel visage d'enfant, tel adolescent, telle jeune fille, parce qu'il les reconnaîtra.
ll me semble que l'œuvre photographique d'Henri Brasseur peut être considérée comme son œuvre de maturité (C’était l’opinion de l’artiste qui attachait une importance extrême à ses dernières photo – instantanés dans la foule)
Il est impératif de la découvrir.
- Guy Vandeloise, 13 juin 2000 in Wégimont Culture, n° 157, sept. 2000.
Précurseur du Pop Art, Henri Brasseur l'est certes parce qu’à l’instar de quelques autres artistes de par le monde, il éprouva le besoin de dire la liberté retrouvée après la deuxième guerre mondiale. Il le fut aussi pour des raisons personnelles. Lui qui prenait des somnifères pour pouvoir dormir et des excitants pour pouvoir travailler, il projeta sur la toile son désir, jamais atteint je le crains, de vivre heureux, légèrement.
Plus tard, alors qu'un peintre se doit de rester peintre dans la logique académique, il eut l'audace, bien avant beaucoup d'autres, de se consacrer exclusivement à la photographie. je me souviendrai toujours de la poésie bouleversante qui se dégageait sa série de diapositives sur le thème de la poupée.
Aucune video exploitable n est renseignee dans la base.