Jacques Lizène - Art Info
Jacques Lizène

Jacques Lizène

1946 - 2021
Art public Dessin Peinture Photographie Sculpture Son et arts plastiques

Formation1962-67. Liège, Académie royale des Beaux-Arts. En peinture murale et en dessin. Professeurs : René Julien, Flory Roland, Jean Debattice, Joseph Louis. Expositions1966(19/11-01/12/1966) Liège, Association pour le progrès...

Nationalite : Belgique

Communaute : Communauté française

Lieu de naissance : Grandvoir

Disciplines et techniques

Art public, Dessin, Peinture, Photographie, Sculpture, Son et arts plastiques, Vidéo, Affiche, Assemblage, Bic, Dessin à la plume, Dessin aquarellé, Encre, Film d'artiste, Happening, Matières picturales, Performance, Photo-graphisme, Photographie artistique, Sculpture Matériaux mixtes, Sculpture plâtre, Techniques mixtes, Vidéo artistique, Vidéo installation

Ecoles et roles

Ecole belge, Ecole liégeoise, Ecole wallonne

Mouvements et themes

Art conceptuel, Art d'attitude, Art relationnel, Art Vidéo, Figuration, Mail Art, Autodérision, Humour

Artistes lies

Aucune relation pedagogique documentee.

Resume

Formation
1962-67. Liège, Académie royale des Beaux-Arts. En peinture murale et en dessin. Professeurs : René Julien, Flory Roland, Jean Debattice, Joseph Louis.

 

Expositions
1966

(19/11-01/12/1966) Liège, Association pour le progrès intellectuel et artistique de Wallonie / Apiaw. Jeunes Liégeois.
 

1967

(23/09-10/10/1967) Verviers, Musée des Beaux-Arts. Jeunes wallons.

 

1968

Service militaire en Allemagne. Barman au mess des officiers.
 

1969

(29/03-16/04/1969) Liège, Apiaw. Jeunes de Wallonie.
(26/07-10/08/1969) Ferrière, Restaurant La Bécasse (tenu par Guy Lizen). Reflet de la peinture liégeoise 
Groupe TARMAC : Fondation du groupe Tarmac par 6 jeunes artistes liégeois. Boulanger Michel, Darnal Dany (= Danièle Nyst), Lizène Jacques, Nyst Jacques Louis, Rousseff Juliette, Vandeloise Guy.
(27/09-19/10/1969) Anthisnes, Avouerie : Peintres liégeois, avec la participation du groupeTarmac.
(16/11-26/11/1969) Liège, Apiaw. Le Vélo.
(20/12/1969-16/01/1970) Liège, galerie Yellow. Lizène Jacques. : Il faut abolir l’idée de jugement (M. Duchamp).

 

1970

(16/01-04/02/1970) Bruxelles, Galerie Le Zodiaque (Gérard Moneyn). Groupe Tarmac.
(05/09-  /1970) Verviers, Société royale des Beaux-Arts. Un an d’activités à la galerie YelIow Now.
(16/10-28/10/1970) Liège, Apiaw. Jacques Lizène. Art spécifique
(18/12/1970-07/01/1971) Liège, Galerie Yellow. Semaine de manifestation et documents / traces.
* Avec le 18/01, Lizène Jacques. Volet clos (Hommage à la non-procréation) - Noir funèbre. Parfum mortuaire. Pose de fenêtre morte.
(24/12/1970-07/01/1971) Liège, Galerie Yellow. Documents, traces et informations relatifs aux travaux précités.
 

1971

Films et vidéos.
(02/03/1971) Paris, 32 rue des Thermopyles. Films d'artistes.
(17/07-18/07/1971) Ferrière, Restaurant La Bécasse. Grande fête des Arts.
(10/11-14/11/1971) Liège, Galerie Yellow Now. Propositions d'artistes pour un circuit fermé de télévision (ca 60 artistes)
(nov. 1971) Verviers, Maison de la culture. Jacques Lizène.
1971-1972. AGCT. FILMER LE PLUS GRAND NOMBRE DE VISAGES HUMAINS
(19/11-12/12/1971) Charleroi, P.B.A. Tendances... l'art jeune en Belgique. Section spéciale du 44e Salon du Cercle artistique et littéraire de Charleroi 1921-1971 (pour leur Cinquantenaire). 
 

1972

(14/01-08/02/1972) Aachen / DE, Neue Galerie. Lüttich,Galerie Yellow Now, ihre Kiinstier im Studio.
(07/03/1972) Liège, Théâtre de l’Étuve. La galerie Yellow Now présente des films d’artistes.
(12/03-23/03/1972) Dendermonde, Celbeton / Galerie de l'Académie des Beaux-Arts. Jungle art jungle. Project in progress.
(11/05-16/05/1972) Duisbourg / DE, Mercatorhalle. Pro Art’72, Internationaler Markt fur Aktuelle Kunst (avec la galerie Yellow Now).
(16/05-19/05/1972) Lausanne / CH., Galerie Impact. Action - Film - Vidéo, Projection ininterrompue de films 8, s8, 16 mm et vidéo tapes. 73 films, 46 artistes, 10 pays 
(15/10-05/11/1972) Esch-sur-Alzette / LU., Théâtre municipal. 35 peintres contemporains liégeois. Peintures, Gouaches, Pastels, Tempera, Collages
(20/10-05/11/1972) Bruxelles, Château Malou. Œuvres retenues au prix Madame Bollinger.
(02/12/1972) Liège. 46 en Roture, Galerie Yellow Now, inauguration d’une nouvelle série de manifestations

 

1973

(  /02- /  /1973) Liège,   . Œuvres distinguées pour le prix quadriennal de la ville de Liège.
(02/03/1973) Paris / FR, rue des Thermopyles. Films d'artistes, [Happening].
(02/06-22/06/1973) Liège, Galerie Yellow Now. Lizène Jacques. Le perçu et le non-perçu 
(Oct. 1973) DEVIENT MEMBRE DU GROUPE CAP.
(19/10-13/11/73) Liège, Galerie Vega. Cap 3. (* Le Groupe CAP auquel s'ajoute Jacques Lizène)
(15/11-29/11/1973) Bruxelles, Château Malou: Cap 4, 
(16/11/1973) Organisation d'un débat sur l'avant-garde animé par J.P. Van Thieghem. 
(30/11/1973-13/01/1974) Södertâlje / SE, Konsthall. Information / Perception / Reflexion.
(18/12/1973-15/01/1974) Paris / FR, Galerie de Varenne (Jacques Damase). Jeunes artistes belges d'aujourd'hui. 
 

1974

(26/01-16/02/1974) Liège, Galerie Yellow Now : Jacques Lizène. 144 tentatives de sourires
(février-mars 1974) Maastricht / NL, Jan Van Eyck Academie. Le groupe C.A.P. invité par le groupe Movimiento.
(08/04-15/04/1974) Knokke, Casino. Foire d’art actuel (04e).
(25/05-31/05/1974) Bruxelles, Château Malou. Exposition des œuvres mises en vente, le 31 mai, au profit des malades mentaux.
(22/06-01/09/1974) Bruges, Stedelijke Museum / Beurshalle. Triennale 3. Exposition informative d’art contemporain en Belgique.
(29/06-21/07/1974) Cologne / DE, Belgisches Haus. Progressionen 1 
(05/07/1974) Courtois, Evrard, Lennep, Lizène, Nyst sont reçus chez Madame Phil Mertens.
(13/07-18/08/1974) Anvers, I.C.C. Aspects de l'Art actuel en Belgique
(08/10-15/10/1974) Lausanne /CH, Musée des arts décoratifs, Vidéo-Art 74 (Groupe C.A.P.).
(09/10-09/11/1974) Cologne / DE, Belgisches Haus. Cap.
(12/10-27/10/1974) Reims / FR, Musée des Beaux-Arts, Art belge contemporain.
(08/11-08/12/1974) Paris / FR, Musée d’art moderne de la Ville-ARC2, Art Video Confrontation.
(30/11-19/12/1974) Gand, Galerie Elsa van Honolulu-Loringhoven (galerie éphémère gérée par Jan Vercruysse), Groupe C.A.P.
(04/12-05/12/1974) London / GB, Institute of Contemporary Art, First Open Encounter on Video (Groupe C.A.P.).
(25/12/1974-02/01/1975) Knokke, Casino : EXPRMNTL 5, cinquième compétition internationale du film expérimental.
 

1975

(03/01-18/01/1975) Chicago / US, N.A.M.E. Gallery 25. Years to 2.000 (Groupe C.A.P.).
(23/01-15/02/1975) Anvers, Spectrum Gallery. Groupe Cap.
(  /02-  /  /1975) Namur, Maison de la Culture Jeunes peintres de Wallonie et de Bruxelles.
(20/02-25/02/1975) Paris, Espace Cardin. Rencontre internationale ouverte de vidéo (Groupe Cap) 
(25/02-16/03/1975) Bruxelles, P.B.A. Artists' Video Tapes (Groupe Cap)
(février-mars 1975) sous l’intitulé Belgian Avant-Gardel’ICC présente, au CAYC de Buenos-Aires : Bal, Copers, Deleu, De Smet, Duchateau, Francis, Lennep, Lizène, Nyst, Schwind, van Es, Vercammen.
(14/03-16/03/1975) Gand, Galerie Elsa Von Honolulu. Kunst als Film.
(10/04-30/04/1975) Bordeaux / FR., C.A.P.C. / Entrepôt Lainé: L'Idée de la Couleur 1975 (groupe Cap) 
(25/05-29/05/1975) Ferrara / IT, Galleria Civica d’Arte Moderna. Third International Open Encounter on Video. (Troisième rencontre ouverte internationale en vidéo)  
(31/10-14/11/1975) Buenos-Aires / ARG., Centro de Arte y Comunicacion / CAYC, Fourth International Open Encounter on Video (Quatrième rencontre ouverte internationale en vidéo) 
(  / /1975) Nice / FR, Chez Malabar et Cunégonde. Les Pour ou Contre de Ben Vautier. Conférence par télégramme.
(08/11-07/12/1975) Charleroi, Palais des Beaux-Arts, Mémoire d’un pays noir avec le groupe C.A.P. et le groupe français Pour Mémoire 
(22/11-28/12/1975) Aix-le-Chapelle / DE., Neue Galerie. Belgien : Junge Künstler I 
(FIN DES ACTIVITES DU CAP)

 

1976

(14/02-22/02/1976) Anvers, 1CC, Fifth International Open Encounter on Video 
(  / -  /  /1976) Bordeaux / FR, Chambre de commerce. Exposition organisée par la galerie Vega de Liège.
25/09-24/10/1976) Mons, Musée des Beaux-Arts. Propositions. 42 artistes belges.
 

1977

(14/01/1977) LIEGE, EN ROTURE, INAUGURATION DU CIRQUE DIVERS.
(25/01-30/01/1977) Caracas / VE., Museum de Arte Contemporaneo. Sixth International Open Encounter on Video.
(février 1977) Barcelone / ES, J. Miro Fundacio. Seventh International Open Encounter on Video.
(03/03-23/03/1977) Montréal / CA., Institut d'Art contemporain. 03.23.03. Premières rencontres internationales d'art contemporain
(mars 1977) Maastricht / NL, Bonnefantemuseum: Eight International Open Encounter on Video. Video en Film Manifestatie - Kijken en doen. 
(  / -  /  /1977) Toronto / CA, s.1. Environnements sonores.
(  / -  /  /1977) Paris / FR, Galerie Shandar. Enregistrements sonores.
(  / -  /  /1977) Zwolle / NL, Librije Beeldende Kunst. Art Mail.
( /  -  /  /1977) Reims / FR, Musée. Art belge contemporain
(été 1977) Liège, Cirque Divers. Participe à l’animation Foncièrement la petite maison (pavillon psychiatrique) organisée par le Cirque Divers. Elle fut montée à Floreffe, détruite à Villeneuve-lez-Avignon et transformée en expérimentation conflictuelle chez Ben à Nice.
(  /  - /  /1977) Barcelone / ES, J. Miro Fundacion. [Sans titre]
(  /  /1977) Nice / FR; Participe au Pour et Contre de Ben 
(  /  /1977) Sunderland / UK,  Sunderland College. Séquence photographique avec Ben et Lizène, entre autres participants (album photo).
( /  -  /  /1977) Paris, Centre Pompidou à Paris. Ben Vautier place un texte de J. Lizène dans l’exposition L’Espace Post-Duchamp, textes théoriques.
(29/09-30/10/1977) Première quadriennale des jeunes artistes liégeois.
(15/10-17/11/1977) Liège/Sart Tilman. Ouverture du Musée, Vidéo-Film et Audiovisuel.
(06/11/1977) Namur, Maison de la Culture, Média 10-10Festival du Court-Métrage (07e)
(14/11-02/12/1977) Mexico / MX, Colegio Nâcional de la communicacion. Ninth International Open Encounter on Video.
(19/12-25/12/1977) Genève / CH, Galerie Gaëtan. Un Espace parlé. (8 jours / artistes, 24 h sur 24)
(20/12/1977-09/01/1978) Bruxelles, Jardin Botanique. Le Jardin, Lectures et relations (Groupe Cap)
 

1978

(19/01-03/02/1978) Gand, Academie voor Schone Kunsten / Proka. Schede : itinérant et ephemeral.
(30/01-05/02/1978) Osaka / JP, Prefectoral GaHery; (11-24/02) Nagoya, West 8es Gallery. Autoportrait. 
(22/05-27/05/1978) Tokyo / JP, Japan National Video. Tenth International Open Encounter on Video.
(automne 1978) Nagoya / JP, Final Art Institute. Film and Video.
(20/10-09/11/1978) Liège, Cirque Divers, expose la première partie de son mur à la matière fécale 

 

1979

(18/01-04/02/1979) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Jacques Lizène, peinture analitique.
(23/04-30/04/1979) Lyon / FR, Elac, Premier Symposium International d’Art Performance de Lyon.
(11/05-17/06/1979) Bruxelles, Palais des Beaux‑Arts. Œuvres acquises par le Ministère de la Culture. (Communauté française), en 1976/77/78.
(19/06- /  /1979) Marseille / FR, Galerie Adda. Peinture - Ecriture - Scatologie.
(17/11-16/12/1979) Verviers, Musée des B.A. Reflets de la Peinture en Belgique 1950-1970.
(1979) Réalise pour l’émission Vidéographie QUELQUES SEQUENCES D’ART SANS TALENT (suite de petites performances d’une très grande médiocrité)
(1979) Réalise pour le 3ème programme de la RTBF (émissions Autrement dit et Dérive) des performances radiographiques : intervention en direct sur une interview préalablement enregistrée et interprétation de petites chansons non-séductives.

 

1980

(18/01-17/02/1980) Liège, Salle Saint-Georges. Fluxus.
(01/04/1980) L’émission Vidéographie passe « Quelques séquences d’art sans talent »
(30/04/1980) Paris, Centre Beaubourg. L'audiovisuel liégeois.
(16/05/1980) Blégny-Trembleur, Charbonnage d’Argenteau, La nuit parcourt le ciel, poésie à la limite du son.
(03/07-31/08/1980) Liège, Musée d’art moderne, 35ème anniversaire de l’Apiaw. Peinture contemporaine dans les collections privées liégeoises.
(09/09-15/09/1980) Kyoto / JP, Municipal Museum of Art. International Impact Art Festival 80
(12/09-14/09/1980) Liège, s.l., Foire aux musiques. "Écoutez, c'est du belge".
(27/09-02/11/1980) Liège, Musée d’art moderne, Quelques artistes liégeois
(13/10-21/11/1980) Barcelone / ES, Metronom / Centro de Documentacio d’Art actual. Tramesa postal / Mail Art Exhibition.
(07/11-09/11/1980) Bruxelles, Halles de Schaerbeek : Vidéo et public(s).
(09/12-21/12/1980) Liège, Chiroux. Etat présent 80. VI. Essais-Recherches.
(fin de l’année 1980) Tokyo / JP, Galerie Lunami. Mail Art.
 

1981

(30/01 ; 27/02 ; 27/03 ; 24/04 ; 23/05 ; 26/06) Liège, Cirque Divers. Six récitals avec le groupe Lavatory (Stas, van de Velde, Belletti, Debrulle et Garrett List) 
(03/02-28/02) New York / USA, Kitchen Gallery. Présenté par l’émission Vidéographie. A Performance Artist Brings His Dada, Fluxus Sensibiities to TV.
(13/02-28/02/1981) Bruxelles (Woluwé Saint-Pierre), Maison de la culture. Images de théâtre.
(04/04-28/04/1981) Figueras / ES, Galerie Canaleta. Mail Art; Send Your Own Game or Toy.
(15/05-15/06/1981) Bruxelles, Flageygebouw. BRU '81.
(13/06-06/09/1981) Anvers, I.C.C. Naar en in het Lanschap, in de belgisches kunst van het begin van de 19de eeuw tot heden.
(15/06/1981) Donation de Documents rapportés d’un voyage au cœur de la civilisation banlieue à la Fondation Gordon Matta-Clark asbl (Flor Bex).
(01/08-10/09/1981) Ypres, Provinciaal Museum voor Moderne Kunst. Kunst in / als vraag. Negatie - Integratie, van Dada tot Heden in Belgïe 
(17/08-26/09/1981) Bruxelles, Salon d’Art, Metallic. A. international Graffiti Mail Art.
(08/09-13/09/1981) Kyoto / JP, Municipal Museum of Art. Second International impact Festival 
(septembre 1981) Envoie une œuvre au Conceptual Art Museum d’Ottawa / CA.
(03/10-12/10/1981) Kanagawa / JP, Prefectoral Gallery. TheSeventh Independent of Prints in Kanagawa.
(octobre) Barcelone / ES, Metronom. Llibres d’artista/Artist’s Books 
(24/11-28/11/1981) Bruxelles, Atelier Sainte Anne. Art vidéo en Europe
(25/11-05/12/1981) Tokyo / JP, Gallery 612. Mail Art.
 

1982

(1982) MINABLE MUSIC-HALL EN VIDÉO ART.
(09/01-29/01/1982) Liège, Cirque Divers, Metallic A. Graffiti Mail Art 2 
(26/03/1982) Liège, Cirque Divers. Présente, pendant 1 jour, une fresque de 6 mètres.
(29/04-30/05/1982) Liège, Musée d’Art wallon. Quadriennale des jeunes artistes liégeois (02e)
(juin 1982) Nice / FR Participe aux Rencontres Performance (avec Ch. van de Velde).
(  /  - /  /1982) Mexico, s.l., Revoluçion. Mail Art.
(07/09-12/09/1982) Kyoto / JP, City Art Museum. International Impact Art Festival (03e) 
(18/09-03/10/1982) Montecelio / IT, Théâtre. Mostra internazionale d’arte postale.
(02/12-05/12/1982) Albi / FR, s.l., Rencontres d’Albi (avec van de Velde).
(17/12/1982-05/01/1983) Liège, Galerie L’A. La Marelle.
(20-22/12/1982) Bruxelles, Armée du Salut. Exposition et vente publique au profit de l’Armée du Salut et de l’asbl Trans Art Express.
(1982) Lauréat du concours Projets Vidéo-Aide à la Réalisation, Charleroi, 1982, il réalise, d’après un projet de 1981, une suite de clips vidéos sur le minable music-hall (Production WIP et RTBF, présentée en 1983 au Palais des Beaux-Arts de Charleroi et à la galerie L’A à Liège).

 

1983

(23/01-31/01/1983) Bandung (Indonésie), Galerie Decenta. Mail Art Show
(05/02-27/03/1983) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Vidéo, Rétrospectives et Perspectives 
(18/02-09/03/1983) Liège, Galerie L’A. Jacques Lizène. Peintures sur papiers déchirés, toiles à la matière fécale et vidéo.
(12/03-14/04/1983) Stockholm / SE, Moderna Musée. Mail Art.
(23/04/1983) Liège, Musée d’art moderne. Sélection d'œuvres vidéos récentes de la Communauté française de Belgique.
(28/04-28/05/1983) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Pedigrees.
(18/05/1983) Liège, Musée d’art moderne, Vidéo ? Vous avez dit vidéo ?
(30/05-05/06/1983) Nice / FR, Gorbell. 2èmes Rencontres Performance.
(03-26/06/1983) Turnhout, De Warande. W.A.A. Mail eAR Th-Project 
(15/06-20/06/1983) Bâle / CH,              . Art 14’83 (Vidéographie, galerie Stampa de Bâle)
(août 1983) Pontevedra / ES.                    . Biennale, Postal Purpose / Show of Mail Art.
(  /  - /  /1983) Liège, Centre régional d’action contre le cancer.
(15/09-  /  /1983) Bruxelles, Nieuwe Workshop; Hasselt, Provinciaal Museum; Anvers, I.C.C.; Gand, Museum van Hedendaagse Kunst: Rétrospective Vidéo belge 1970-1977
(  /  - /  /1983)     ,     . Synergium Europe-Japon, Temple Stand Art : « Les origines du futur ». 
(septembre 1983) Bruxelles, asbl Papier. [Sans titre]
(13/10-16/10/1983) Liège, Librairie-Galerie Varia. Jacques Lizène. Je n’ai jamais rien vu d’autre de l’Italie.
(08/11-18/11/1983) Genova / IT, Duchessa di Galliera. Mediare, arte del communicare / communicare con arte 
(09/12-09/01/1984) Bodegnée, Galerie du Vieux Tribunal. Salon d’ensemble.
(12/12-12/01/1984) Torino / IT, Libreria Petrini. Alfabeto. Mostra de arte postale.
 

1984

(05/01-01/02/1984) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Jacques Lizène, Albert Pepermans.
(07/01/1984) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Lizène Jacques / Le minable music-hall et son chanteur en dessous de tout. Performance-chant et vidéo.
(10/01-19/01/1984) Mons, Galerie Koma, Ils se paient la tête de J.M. Laloux.
(17/02-09/03/1984) Liège, Galerie L’A, YellowNow, 1970-1985.
(15/03-20/04/1984) Altoona / USA - FA, … Artists Books.
(17/03/1984) Bruxelles, rue de la Tête d’Or, 1. Interférences.
(17/03-01/04/1984) Sôdertälje / SE, Bild and Lyndverkstaden. Video.
(02/04-14/04/1984) Liège, divers lieux et (15/04-06/05) Liège, Musée de l’Architecture, Tectonic ’84.
(17/04-20/05/1984) Anvers, Montevideo Magazijnen (Kattendijkdok-Westkaai, magasin 3 - 4 - 5). De eerste chauvinistische / La première chauviniste.
(14/04-22/04/1984) Aux "Caves de Bourgogne", 33 rue Hors Château. Mythologies individuelles : « Qu’en est-il de nos mythologies ? » ou "Quand nos mythologies individuelles sont enfermées dans des logettes de caves".
(09/05-02/06/1984) Varia. Librairie Galerie (Daniel Higny) Jacques Lizène. Je n’ai jamais rien vu d’autre de l’italie. 
(12/05-09/06/1984) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Nord / Investigations.
(17/05/1984) Parution du catalogue Cinq ans d’art-performance à Lyon.
(04/02-26/05/1984) Liège, Musée d’art moderne. Dans le cadre de Histoires de vidéo...De Wolf Vostell à Marie André.
(13/06-17/06/1984) Paris / FR, Centre G. Pompidou. La création vidéo en Belgique 
(14/06-18/06/1984) Bâle / CH,, Foire d’art international. Art 15’84 (avec la galerie Bilinelli) 
(16/06-01/07/1984) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC – La Châtaigneraie. Tendances et projets.
(06/09-06/10/1984) Chaudfontaine, Parc des sources / Maison Sauveur / Parc de l'hôtel de ville à Embourg. Art Actuel.
(21/09-28/09/1984) Bonn / DE, s.l., Videonale.
(21/09-14/10/1984) Aachen / DE, ancien cloître «Zum Guten Hirten ». Grenzziberschreitungen
(05/10-05/11/1984) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Musée de voyage. 
(13/10-16/10/1984) Liège, Librairie Varia (Daniel Higny), Je n’ai jamais rien vu d’autre de l’italie
(02/11-23/11/1984) Dusseldorf / DE, Kunstakademie. Videoausstellung.
(21/11/1984-20/01/1985) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, L’Art et le Temps, regards sur la quatrième dimension. 
(06/12-16/12/1984) Louvain, De Dijiemolens. Koud Belgiê. Belgium Mythology 
(22/12/1984) Anvers, Small Press and Communication Archive. Présentation de l’ouvrage de Guy Schraenen. Belgian Assembling 

 

1985

(12/01-26/01/1985) Liège, Galerie L'A. Signatures.
(01/02-10/02/1985) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Foire d’art actuel (09e)
(28/02-03/03/1985) Stockholm / SE, s.1.International Video Festival (01e).
(03/03/1985) Mülheim / DE, Städtisches Museum. Video
(21/03-31/03/1985) Bruxelles, Atelier Ste-AnneL’Art est un jeu.
(09-15/05/1985) Paris / FR, Galerie Lara Vincy. Bye Bye Mixage.
(15/05/1985) Participe à l’ouvrage de Daniel Dewaele Art and Society, are there Solutions (Gand, éd. Amarant).
(20/05-08/06/1985) Bruxelles, Beursschouwburg. [Sans titre].
(12/06-17/06/1985) Bâle / CH,     . Art 16’85 
(02/08-02/09/1985) Anvers, De Singel, Parkeren in de Singel. Belgische Kunstenaars en de auto.
(19/08-28/09/1985) Bruxelles, Salon d’Art. Barres-barres. 
(06/09-06/10/1985) Liège, Musée d’art moderne et Parc de la Boverie. Art actuel à Liège 
(07/09-23/09/1985) Anvers, Ruimte Morguen. [Sans titre]
(14/09-17/11/1985) Bruxelles (Jette). De l'animal et du végétal dans l'art belge contemporain / Het Dierlijke en Plantaardige in de hedendaagse Belgische Kunst.
(18/09-05/11/1985) Liège, Sous-sol de la Place Saint-Lambert. Place Saint-Lambert / Investigations.
(27/09-20/10/1985) Liège, Musée d’art moderne. Vidéo in-vidéo out. Travaux d’artistes au carrefour de la vidéo et des arts plastiques.
(11/10/1985) Bruxelles, Halles de Schaerbeek. La nuit internationale de la télécopie.
(oct.-nov. 1985) Mexico / MX, s.l., First International Biennale of Visual and Experimental Poetry.
(01/11-30/11/1985) Anvers, Ruimte Morguen. La chimère dans l’art.
(02/11-10/11/1985) Stockholm / SE, Kulturhuset. Video Art. International Festival.
(05/12-09/12/1985) Bruxelles, Plan K. Exposition-vente au profit de l’asbl Alimentation Cancer.
(22/12/1985-06/01/1986) Knokke, Casino, Made in Belgium (avec la galerie Bilinelli) ; aussi à Liège, Musée d’art moderne, en février-mars 1987.
 

1986

(07/01-31/01/1986) Liège, Galerie 9a. La mythologie du naufrage (le Titanic).
(13/01-01/03/1986) Bruxelles, Salon d’Art. Le salut aux couleurs.
(17/01/1986) Liège, Cirque Divers : "9 ans de bail : un anniversaire", fête anniversaire et présentation du livre : "Cirque Divers, Tome 1" 
(26/01-09/03/1986) Tournai, Maison de la Culture. Les traces de Tintin dans l’imaginaire.
(31/01-01/03/1986) Anvers, Ruimte Morguen, Jacques Lizène. Het ondingkunst (L’art stupide).
(20/02-../../1986Paris / FR,        . s.!., Germs 86. Oeil-dire (expo de photo).
(21/02-06/04/1986) Liège, Mamac. L'A rétrospective
(printemps 1986) Participe au n°2 de la revue Des Arts (Rennes) consacré au thème Primitivisme et nouvelles technologies.
(29/03-28/04/1986) Wavre, Walibi, Sculptures à Walibi.
(1986) Séjour à Barcelone pour préparer son projet de fresque d’art nul pour l’exposition Le gorille blanc du Centre régional d’art contemporain de Toulouse.
(12/04-10/06/1986) Toulouse / FR, Centre régional d’art contemporain. Le gorille blanc. Voyage à Barcelone
(23/04/1986) Portrait de J. Lizène à l’émission Cargo de nuit de J.L. Sbille (RTBF).
(05/05-11/05/1986) Montbéliard / FR, s.l., Ad libitum T.V. 3ème manifestation internationale vidéo-T.V.
(09/05-28/05/1986) Liège, Cirque Divers. Sculpture et voix humaine.
(08/06-28/06/1986) Maastricht / NL, ‘t Bassin. [Sans titre].
(21/06-22/06/1986) Liège, Musée d’art moderne. Les rencontres du 13ème type.
(26/05-03/08/1986) Venezia / IT, Casa Frollo / Biennale Off. Portraits de scène de l'île aux phoques
(19/10-17/11/1986) Liège. 3 lieux. Portraits de scène de l'île aux phoques (Reprise, prolongation, transformation de l’exposition de Venise).
(22/06-07/09/1986) Gand, Kunstencentrum Vooruit. Initiatief d’Amis met werk van 45 Belgische kunstenaars. 
(27/06-30/09/1986) Cagnes-sur-Mer / FR, Château-Musée. Festival international de peinture (18e).
(28/06-02/07/986) Nice / FR, Art Jonction International. Installation-sonore-minable (Stand de Ben).
(juillet 1986) Numéro spécial des Cahiers du cinéma: Où va la vidéo?
(01/08-30/08/1986) Vancouver / CA, s.l., Artistampex.
(27/08-31/08/1986) Liège, Salle Saint-Georges. 75 artistes pour créer la liberté.
(septembre 1986) Chicago / USA, Galerie N.A. M .E. Celebrating the 25th Anniversary of Fluxus. International Art by Mail Exhibition.
(13/09-16/11/1986) Bruxelles, Atelier 340. Matières non assemblées.
(19/09-27/09/1986) Rotterdam / NL, Lantaren / Venster. Festival voor Hedendaagse Kunst 
(24/10-26/10/ 1986) Saint-Brieuc / FR, s.l., Festival international du clip et de la vidéo musicale (04e).
(13/11-16/12/1986) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Et l’art ?
(21/11-20/12/1986) Bruxelles, Centre d’art contemporain. Couleurs bêtes.
(29/11-21/12/1986) Flémalle. Centre wallon d’art contemporain / CWAC La Châtaigneraie. Que reste-t-il ? 
 

1987

(30/01/1987) Breda / NL, Lokaal 01, Performance.
(12/02-06/03/1987) Bruxelles, Sint-Lukasgalerij. Omtrent tekenkunst.Hedendaagse Tekenvormen
(13/03-22/03/1987) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Foire d’art actuel (10e)(avec la galerie Bilinelli)
(25/03-12/04/1987) London / GB, Air Gallery. Live Artists at Air.
(28/03/1987) Liège, Librairie Plexus. Des artistes plasticiens se réunissent pour signer une page prévue dans + - 0.
(02/04-03/05/1987) Roma / IT, Accademia belga. Arte in Situazione Belgica - Situazione dell'Arte.
(14/04/1987) Paris / FR, Maison de la région Nord-Pas-de-Calais, L’état du 13ème type.
(11/05-13/06/1987) Guadalajara / MX, Allianza Francesca, Mes de arte belga contemporanea
(21/05-27/06/1987) Bruxelles, Centre d’art contemporain, Epreuves d’artistes. Photos de J.D. Burton.
(28/05-08/06/1987) Mariemont, Drève du Château. Articulture 2, Trente créations sur le rapport nature-culture.
(29/05-25/09/1987)Budapest / HU, Szepmuveszeti Muzeum. Art Pool International Collection of Artists Stamp.
(juillet-août 1987) Olot / ES , Museu Comarcal de la Garrotxa. Paitsage. Mail Art 
(11/09-27/09/1987) Mons, Casemates, Si vous aviez un terril, qu’en feriez-vous ? 
(09/10/1987Waasmunster, Galerij van de Akademie, Performance en geluidswerk van beeldende kunstenaars (Performances et œuvres sonores d'artistes visuels).
(10/10-15/11/1987) Hasselt, Provinciaal Museum. Euregionale 2.
(11/11-18/11/1987) Anvers, Radio Centraal, Radiofonisch festival van de nieuwe muziek.
(13/12-16/12/1987) Budapest / HU, Liget galleria. Art Pool. Post Mail Art.
(19/12/1987-10/01/1988) Turnhout, Cultuur- en Ontmoetingscentrum De Warande. ICC-videoprodukties 1974-1982. 
 

1988

(02/02-02/04/1988) Budapest / HU………. Post Mail Air Exhibition.
(18/02-22/03/1988) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Exposition collective.
(20/02-15/03/1988) Liège, Espace 251 Nord / E2N, Ateliers de production. Bijl Guillaume, Lizène Jacques.
(27/05-14/06/1988) Bruxelles, Iselp. Pages d’artistes hors mesure. Cinquante fois Plus Moins Zéro.
(03/06-12/06/1988) Paris / FR, Grande Halle de la Villette. Inventer 89.
(03/06-31/08/1988) Liège, Salle Saint-Georges. Visages.
(14/06-20/06/1988) Basel / CH.,                  . Art 19’88
(17/06-19/06/1988) Nowe Zamky /Tch., s.l :  Post Mail Art.
(27/06-31/07/1988) Venezia / IT, Casa Frollo. Belgicisme – Objet Dard.
(juin 1988) Hengelo / NL, Jenny de Groot. Art Pool.
(16/07-04/09/1988) Pesaro (Monteccicardo) / I et (17/09-30/10) Firenze / IT, Conventi Serviti di Maria. Borderline.
(24/07-30/07/1988) Tarascon / FR, s.l. Échanges internationaux de poésie contemporaine (05e)
(21/09-26/10/1988) Paris-Montrouge / FR, Centre Culturel et Artistique. Salon (33e). Un Panorama de l’art contemporain belge + Un panorama de l’art contemporain belge. 
(01/10-31/12/1988) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Etats limites, archives des passions.
(13/10-15/11/1988) Bruxelles, Galerie Bilinelli, Jacques Lizène, « Artiste de la médiocrité ».
(30/11-21/12/1988) Hérouville / FR, Théâtre. Rencontres vidéo-arts plastiques 1988.
(22/12/1988-23/01/1989) Liège, Galerie 9A (Michel Lhomme). Cinquante ans de Spirou (personnage de BD) et de Spiroux Jean.
 

1989

(22/01-09/02/1989) Hasselt, International Art Center. Kunstrumenta.
(11/02-12/03/1989) Kolekcja Profesora Gimnastyki.(Collection Baudouin Oosterlynck)
(24/02-19/03/1989) Turnhout, De Warande. Elementen. Kunst maakt school. Project Beeldende Kunsten.
(22/04-25/04/1989) Bruxelles, Galerie Moderne. S.O.S Arménie.
(10/06-23/07/1989) Szekesfehervar / HU, Liszt Ferenc u.l. Post Mail Art.
(21/06-25/06/1989) Assenede, s.1. Holder de Polder-festival 
(25/06-10/09/1989) Liège, Exposition dans la ville : Fenêtres en vue et "Noise" au Musée.
(11/07-  / /1989Aubusson / FR, École nationale des arts décoratifs. Bleu, blanc, rouge. 
(14/07/1989-15/02/1990) Hauterives / FR, Le facteur Cheval et le Palais Idéal. Mail Art Show.
(octobre 1989) Bruxelles, Hôtel de Ville et La Louve. Liberté, Egalité, Fraternité et caetera ...
(14/10-18/11/1989) Rennes / FR, La Criée, Halle d’art contemporain. Lizène Jacques, Rapide rétrospective 1964-1980. PREMIER RETROSPECTIVE A L’ETRANGER.
(11/11-10/12/1989) Flémalle, CWAC – La Châtaigneraie. Carte blanche à Jacques Parisse, 25 ans de critique d'Art.
 

1990

(03/02-25/03/1990) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Portrait d’une collection d’art contemporain. Collection Stéphane et Georges Uhoda.
(08/02-25/02/1990) Paris / FR, Centre Beaunord, La vidéo casse le baroque 
(09/05-09/06/1990) Nantes / FR, Zoo Galerie. Jacques Lizène, artiste de la médiocrité. Petits dessins médiocres de sculptures nulles 1966-1990 avec ou sans fumée comme art d’altitude.
(06/06/1990) Poitiers / FR.                    . Bleu, Blanc, Couleurs
(07/06/1990) Poitiers / FR, Chez un particulier-psy. Exposition, d’artistes liégeois et de la région de Poitiers... (un catalogue est en édition).
(15/06/1990) Mention spéciale du jury au concours Art public-Lieux publics organisé par la Communauté française et la Fondation Roi Baudouin en collaboration avec la Papeterie, Bruxelles.
(06/07-25/07/1990) de Dunkerque à Vendres en passant par Mers les Bains (7), Dieppe (8), Honfleur (9), Saint-Malo (11), Les Sables-d’Olonne (12), Saint-Pierre-d’Oléron (14), La Teste (16), Caussade (18), Montpellier (20), Avignon (21), Vitrolles (23), La Caravane des caravanes.
(16/08/1990) Liège, Galerie 9a. Jacques Lizène est invité avec d’autres artistes par Charles François à signer le crâne de Shimamoto dans le cadre d’une exposition de Mail Art. 
(13/09-15/09/1990) Bruxelles, Galerie Ka (133 rue Keyenveld, 1050). Avant‑saison 90‑91. 3 jours d'accrochage à la galerie Ka.
(04/10-14/11/1990) Liège, Galerie Sacré, Hommage, de Lairesse à nos jours
(30/11-20/01/1991) Jette, Atelier 340. Jacques Lizène.
 

1991

(18/01-15/02/1991) Liège, Hôtel de Bocholtz. Onze artistes du Cirque Divers.
(22/01/1991) Liège, Cirque Divers. Video On.
(21/02-04/04/1991) Liège, Galerie Anc. Ets Sacré. Multiple(s) unique(s).
(16/03-05/05/1991) Hasselt, Provinciaal Museum. Tussen klank en beeld.
(02/06-21/07/1991) Flémalle, CWAC - La Châtaigneraie. Dérision
(août-sept. 1991) Bruxelles, I.S.E.L.P. Mémoire de l’Histoire de l’Art.
(27/09-15/10/1991) Liège, Galerie du Cirque Divers. Jacques Lizène. La Petit Maître et son neveu Xavier, « Néo-déco floral » et autres genres.
(  /  - /  /1991) Nice / FR, Musée de l’Esplanade. Caravanes d’artistes.

 

1992

(20/03-28/03/1992) Liège, Cirque Divers. Vente au profit de Télévie.
(22/03/1992) Paris / FR, Hôtel des Arts. Vente internationale d’œuvres originales d’artistes contemporains au profit d’Amnesty International.
(12/06-22/06/1992) Basel / CH, Foire (23e)
(27/06-15/11/1992) Anvers, Mukha. Les mots et les images dans l'art belge de a à z.
(08/11/1992-06/01/1993) Bruxelles, Hôtel de ville. Lumières éphémères. 11 lieux [en fait, 10 lieux]. 11 artistes.
 

1993

(04/03-30/05/1993) Bruxelles, M.R.B.A. L’art en Belgique depuis 1980.
(04/03-06/03 (puis sur r.d.v - 1993) Bruxelles, Galerie les Contemporains (A.M. Rona). Les trois Jacques, Jacques Lennep, Jacques Lizène, Jacques-Louis Nyst
(19/04-29/05/1993) Bruxelles, Galerie Lucien Bilinelli. Jacques Lizène, Documents anciens.
(23/04-22/05/1993) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Atelier de production. Jacques Lizène, Jean-Marie Gheerardijn, Frédéric Tolmatcheff, Monsieur Delmotte
(mai 1993) Parution du catalogue des « Œuvres acquises par la Communauté française de Belgique de 1989 à 1992 ; dans le volume sculpture », Bruxelles, Communauté française, 1993
(26/06-29/08/1993) Anvers, Mukha. Film, fotografie & mediakunst.
(26/06-10/10/1993) Eupen, Internationalen Ostbelgiens / IKOB. Kontakt 93 Skulpturen: Belgische Künstler in Eupen Städtische Parkanlagen Klinkeschöfchen U.
(29/07-31/071993) Estavar / FR.              . Festival Vidéo (11e)
(11/09-17/10/1993 ; prolongation jusqu’au 07/11/1993) Bruxelles, anciens établissements Old England (futur Musée des Instruments de Musique), Le Jardin de la vierge.
(1993) UN CERTAIN ART BELGE, UNE CERTAINE FORME D’HUMOUR, DOCUMENTAIRE FICTION, 1993. (1993, couleurs, son, 52 min, IRIS production, WIP et RTBF Liège, en collaboration avec Paul Paquay. Et la complicité active d’Anne Aimée)
(23/09/1993) Liège, Cirque Divers. Première vision de son film « Un certain art belge, une certaine forme d’humour » (52’ 30 »), Iris Productions, Wallonie Image Production et RTB F, Liège, « Carré noir ».
(23/09-13/10/1993) Liège, Cirque Divers. Carte blanche à Jacques Lizène qui présente Vrolix, jeune artiste flamand.
(13/10/1993) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Jacques Lizène. Projection de son film, Un certain art belge, une certaine forme d’humour.
(20/10/1993) Anvers, MuKHA. Projection de son film, Un certain art belge, une certaine forme d’humour
(23/10-21/11/1993) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain. Œuvres acquises par la Communauté Française (1989-1992), Artistes liégeois. 
(11/12/1993-15/01/1994) Nantes / FR, Zoo Galerie. Jacques Lizène.
(11/12/1993-20/01/1994) Liège, Musée d’art moderne. Valises.
(18/12/1993-23/01/1994) Paris / FR, Galerie Satellite. De l’amour.
(  /12/1993- /02/1994) Lisboa / PT, Centro de Arte Moderna José de Azeredo Perdigao / Fundaçao Calouste Gulbenkian, La Tentation de l’image.
 

1994

(26/01) RTB la Une et (29/01) Arte 21. Diffusion de son film « Un certain art belge, une certaine forme d’humour ».
(06/05-27/06/1994) Liège, Centre d’art différencié. Art et écritures.
(30/11-15/12/1994) Paris / FR, Galerie Satellite. Riquiqui. Pour une réduction progressive et en douceur de la surface visible des œuvres d’art et jusqu’à leur effacement même.
(01/12-15/12/1994) Paris / FR, Galerie Janos. Extrême limite (Fric en vrac). 
(09/12/1994-04/01/1995) Liège, Cirque Divers. Carte Blanche à la galerie Lucien Bilinelli.
(19/12/1994) Anvers, Stefan Campo Gallery. 100 kunstenaars 100 werken voor Artefactum. Een uitzonderlijke veiling Hedendaagse Kunst. 
 

1995

(26/01-04/03/1995) Liège, La Galerie. Lizène (classic), Exceptionnellement Prix Diminués.
(04/02-19/03/1995) Bruxelles / Jette, Atelier 340. L'Atelier 340 a 15 ans.
(18/05-25/06/1995) Liège, MAMAC. Le Grand Jardinier du Paradoxe et du Mensonge universels, 18 ans de la galerie du Cirque Divers.
(09/05-17/09/1995) Poitiers / FR, Musée Ste Croix. Collection du Fonds Régional d’Art Contemporain (F.R.A.C.) Poitou-Charentes.
(12/05/1995) Valenciennes / FR, Lycée de l’Escaut / Salle polyvalente. Jacques Lizène. Conférence.
(19/05-21/05/1995) Bourges / FR Festival Bandits - Mages, Rencontres européennes et mondiales d'art vidéo (04e).
(24/05-27/05/1995) Knokke, Casino: Kinekunst, festival international.
(26/05-07/06/1995) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Foul Cable Vidéo.
(juillet 1995) Avignon, Beaux-Arts. Le ratage, colloque.
(07/07-01/10/1995) Montluçon / FR, Château de la Louvière / F.R.A.C. Auvergne. Autres victoires (Nouvelle histoire de l’infamie)
(29/09-  /12/1995) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Les Yeux d'un Monde. Situations & perspectives d'œuvres, projets & jeux d'artistes.
(1995) Szentendre-Budapest-Berlin-Paris-New York Expo internationale Hommage à Bartók Post-mail Art.
 

1996

(29/02/1996) Avignon / FR, Divers lieux. La nuit du chasseur.
(29/02-  /  /1996) Mouvement-Inertie.
(24/09-05/10/1996). (Cinquième étape). Valencia / ES, Centre culturel. Mouvement-Inertie
(25/04-22/06/1996) Liège : "Élément Feu" (Quatrième volet du cycle Art & Nature ; après Terre, nov. 1994, Air, mai 95 et Eau, nov.- déc. 95). 
(23/05-22/06/1996) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Elément Feu / Solstice
(22/06-28/07/1996) Bruxelles (Jette), Atelier 340. L’enfant, l’art, l’énergie.
(21/09-01/12/1996) Épinal / FR, Musée départemental d'art contemporain et (28/09-01/12) Mons, Musée des Beaux-Arts. Collections nomades, échanges simultanés
(13/10-03/11/1996) Amay, Tour Romane, galerie Espace R, Intérieur Extérieur.
(15/10-30/11/1996) Trois-Ponts, aux nouveaux établissements Sacré. Entre ciel et terre. Jean-Marie Gheerardijn, Jacques Lizène.
(27/11/1996-31/01/1997) Liège, Espace BBL. 125 ans d’art liégeois. (1870-1995)
(13/12/1996-10/01/1997) Liège, Cirque Divers. Je de mots.
(  /  - /  /1996) Paris / FR, Galerie Michel Ray/Passage Molière [Sans titre]
(  /  - /  /1996) Paris / FR, rue de Seine. Laver l’art.
(  / -  /  /1996) Paris / FR, Place Blanche. Erotica.
(19/12/1996) Caen / FR, Frac Basse Normandie (Abbaye-aux-Dames). Soirée Hiatus.
(1996) Concours pour l’implantation d’une sculpture sur la Place Saint-Lambert..
 

1997

(11/01-12/01/1997) Bruxelles, Le Botanique. Jacques Lizène. Pièce sonore.
(07/02-07/03/1997) Liège, Centre d’art différencié (Parc d’Avroy) Exposition de la dernière chance.
(09/02/1997) Bruxelles, Le Botanique / Rotonde. [Sans titre]
(mars 1997) Turnhout, Cultureel Centrum De Warande. De kubieke kabinetten.
(22/03-20/04/1997) Liège, Galerie Liehrmann. Choix de dessins par Jacques Parisse.
(25/04-29/04/1997) Bruxelles, Heysel. Art Brussels(15e)- Galerie Cyan 
(26/04-19/04/1997) Angoulème / FR FRAC Poitou- Charentes. Participe au 10 jours de l’art contemporain en Poitou Charentes.
(30/04-30/06/1997) Rennes / FR, Triangle. Petit, Économe, Tonitruant.
(mai 1997) Paris / FR, Galerie Michel Ray (Passage Molière). Jacques Lizène.
(mai-juin 1997) Oupeye, Art Home. [Sans titre].
(23/05-03/08/1997) Bruxelles, Le Botanique. Magritte en compagnie. Du bon usage de l’irrévérence.
(01/06-07/09/1997) Soest / NL. De Hazelaar Sculpturen. Beelden in Soest. Ecce Homo.
(06/10-31/10/1997) Gand, Witte Zaal. En collection.
(oct.-nov.-déc. 1997)Jacques Lizène. Sculptures génétiques / Fun Fichier / Genetische Sculpturen
Manifestations organisées par Espace 251 Nord / E2N :
- (20/10-08/11/1997) Liège, F.N.A.C.: « Fun Fichier », processus multimédia.
- (07/11-06/12/1997) Liège, La Boutique, rue Bonne-Fortune, 2 / En face du café « chez Georges » : Musique à l’envers (1979); avec double renversement (1996); sculpture nulle en vidéo-installation (1996); photographies retrouvées de 1968; sculptures génétiques (1971) et « Fun-fichier » (1993), comme internet’art (1996) et autres remakes.
- (08/11-06/12/1997) Hasselt, Atelier Siegersveld 12, Carte blanche 
(16/11/1997) Mariemont, Musée Royal. Séance de projections de vidéogrammes sur la thématique du corps.
(18/12/1997-28/02/1998) Liège, La Boutique (ou « En face de chez Georges ») Ecoles liégeoises & spécialités belges.
 

1998

(08/01-17/01/1998) Paris / FR, Université de Paris 1 Panthéon / Salle Michel Journiac. Jacques Lizène.
(16/01-  /  /1998) Bruxelles, Galerie Lucien Bilinelli (nouvelle adresse : 170, avenue Brugmann, Bruxelles). Jacques Lizène.
( /  /1998) Hérouville-Saint-Clair / FR. Opérette d’artistes. Fractal Musik n° 2. Revue sonore et informative.
(  / -  /  /1998) Nice / FR, Espace Ben Vautier. Centre du Monde.
(20/04-28/04/1998) Bruxelles, Heysel. Art Brussels. Foire d’Art actuel (16e) (Espace 251 Nord / E2N y présente, pour son 15e anniversaire, Images d’exposition 1983-1998)
(12/06-30/06/1998) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Images d'expositions 1983-1998. 
(10/06-06/09/1998). Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Figures de proues. 40 sculptures des collections de la province de Hainaut.
(05/09-20/09/1998) Honfleur / FR, Grenier à Sel. Allais Honfleur Ring Satierik.
(19/09-25/10/1998) Bruxelles (Jette) Atelier 340 Muzeum. Amorce d'une collection.
(octobre 1998) Publication de la revue La Nouvelle Interlope (n° 1) par l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes.
(pp. 61-63 Jacques Lizène, 10 à 12 pages un peu nul [sic]).
(29/10-29/11/1998) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Jacques Lizène. Petit maître de l'Art du nul, quelques remakes comme Art d'attitude. "L'inachevé en tentative manquée d'inachèvement", (exposition inversée) Exposer l’autre, 1974, remake 1998.
(20/11/1998-10/01/1999) (Mamac et divers lieux) L’arbre qui cache la forêt.
(18/12-20/12/1998) Paris / FR, Quai Voltaire / Caisse des dépôts et consignations.  Jacques Lizène. Remake '98.

 

1999

(19/01-28/02/1999) Bruxelles, Iselp et Le Botanique. Liberté, libertés chéries ou l’Art comme résistance à l’art. Un regard posé sur dix années d’acquisitions de la Communauté française (1989-1999).
(22/01-24/01/1999) Bruxelles, Centre culturel de la Communauté française - Le Botanique. Création sonore et radiophonique. Deuxième rencontre. La fiction.
(30/01-06/03/1999) Paris / FR, Galerie Art Concept. Attention.
(06/02-03/03/1999) Liège, Espace 251 Nord / E2N et Flux. Strange Fruits 1. 
(24/02/1999) Liège, MAMAC. Première soirée organisée par les « Jeunes Amis du Musée », sous-section de l’Alpac nouvellement créée : Rencontre avec Jacques Lizène.
(06/03-26/03/1999) Jodoigne, Galerie du Crabe. Expo Mail Art.
(01/04-10/04/1999) Paris / FR, Galerie Michel Ray. Jacques Lizène.
(16/04-02/05/1999) Opération Casse-Croûtes au lieu-dit Le Cirque Divers (FERMETUJRE du LIEU).
(03/05/1999) Poitiers / FR, E. E. S. A. T. I.. Jacques Lizène. L’artiste de la médiocrité comme art d’attitude, amateur et collectionneur mental.
(les sam. 08 et 22/05, 05 et 19/06 ou sur rdv du 08/05 au 28/06/1999) Oupeye, Art Home. Le cul dans l’art, l’art du cul.
(09/06-07/11/1999) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Venise, Off Biennale (48e). En attendant l'année dernière. Archives actives © 
(20/06-15/08/1999) (Hainaut ; organisation : Centre culturel du Centre). Artour
(05/09-03/10/1999) Aarschot, Speelhoven. Speelhoven ’99.
(02/10-24/10/1999) Tournai, Hôtel de Ville. Mélodies en sous-sol : collection de la province de Hainaut.
(30/10-31/12/1999) Namur, Maison de la Culture. Faces, Entre portrait et anonymat.
(21/11-24/11/1999) Bruxelles, Argos. Informatiedagen (03e) 1999 information days
 

2000

(14/01-14/02/2000) Liège, Espace D’une Certain Gaieté. Jacques Lizène. Sculptures génétiques en remake évidemment.
(30/03-04/04/2000) Bruxelles, Heysel. Art Brussels, Contemporary Art Fair (18th) 
(07/04-15/05/2000) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Pièces à conviction.
(26/05-04/06/2000) Paris, Galerie Public (Impasse Beaubourg, 4). Jacques LizèneRencontre avec Arnaud Labelle-Rojoux et Jean-Yves Jouannais.
(  / -  /  ) Paris / FR, Galerie Michel Ray. Lizène Jacques.[cf. bio. Sur le site de la galerie N. Vilenne] 
(02/06-20/08/2000) Liège ; (19/05-17/06/2000) Aachen ; (17/06-01/10/2000) Knokke ; (  / -  /  ) Esplanade Rockefeller, New York ; (printemps / été 2001) Luxembourg : World Wild Flags, Drapeaux d'artistes.
(26/10/2000) Cotis – SP / BR. Estrada do Layer. One Minute World Festival.
(04/07-05/12/2000) Angoulème / FR, Hôtel Saint-Simon. Haut de forme et bas fonds.
(24/06 24/09/2000) Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten / KMSK. MO(u)veMENTS. Kunstenaarsbewegingen in België 1900-2000 / Mouvements d’artistes en Belgique 1900-2000 / Artists movements in Belgium 1900-2000. 
(16/09-17/09/2000) Bruxelles, MRBA / Atelier de moulage du Cinquantenaire. Jacques Lizène.
(27/09-12/11/2000) Strasbourg / FR, Galerie Hors Lieux. La Vérité.
(10/10-14/10/2000) Marseille / FR, Friche la Belle de Mai. Les 6es Vidéogrammes, festival de création vidéo et multimédia.
(11/11-23/12/2000) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC Libres échanges. Une histoire des avant-gardes au pays de Liège de 1939 à 1980.
(16/11-19/11/2000) Namur,               . Media 10-10. Festival du court métrage de Namur (22e)
(07/12/2000-11/01/2001) Moscou / RU, Maison centrale des artistes. Le fou dédoublé, L’Idiotie comme stratégie contemporaine.
 

2001

(19/01-25/02/2001) Liège, MAMAC. Hommages / Outrages. Picasso.
(février 2001) Nantes / FR, Olympic. Carte blanche à Pierrick Sorin.
(22/02-31/03/2001) Liège, Salle Saint-Georges. La peinture contemporaine à Liège.
(24/03-27/05/2001) Bruxelles, Atelier 340. Fabrique d’anges I. Installation en mouvement.
(29/03-12/05/2001) Bruxelles, Aeroplastics Contemporary. Face Off. 
(10/04-26/05/2001) Valenciennes-Denain / FR, L’Aquarium (Galerie de l’école des Beaux-Arts de Valenciennes). Jacques Lizène. Sculpture(s) génétique(s).
(07/06-09/09/2001) Venezia / IT. Biennale de Venise, 49e édition (Palazzo Franchetti, Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti). La Trahison des Images. Portraits de scènes.
(28/06-12/08/2001) Oud-Rekem, Domein Reckheim. Kennis en Kenis.
(13/07-26/08/2001) Gand, Caermersklooster - Provinciaal centrum voor kunst & cultuur. Shoes or no Shoes ? Het Museum voor Schoene Kunsten. 
(29/08-21/09/2001) Herzogenrath / DE, Forum für Kunst und Kultur. Euregio Künstler.
(18/09-18/11/2001) Liège, Le Comptoir du Livre. La Troisième Mi-temps.
(16/09-28/10/2001) Bruxelles, Tour & Taxis. Ici et Maintenant. Belgian System.
(28/09-13/10/2001) Liège, Espace Flux. Garcia-Rubio Pablo (invité de dernière min : Jacques Lizène).
(05/10/2001-27/01/2002) Mons, Musée des Beaux-Arts / Machine à eau / Salle Saint-Georges. Art/W20. Un 20e siècle d'art en Wallonie. (Peinture, sculpture, gravure, photographie.
(20/10/2001) Namur, Divers Lieux : Aula Major, Forum de la Faculté de Droit, Bunker (Faculté de Médecine, Maison de la Poésie, Eglise Saint-Loup. Nuit de l’art vidéo.
(26/10-24/11/2001) Bruxelles, ISELP. Le clonage d'Adam.
(27/10-01/12/2001) Paris / FR, Art concept. Jacques Lizène, Sculptures génétiques et Lotissement de cimaise.

 

2002

(12/01-09/02/2002) Liège, Les Brasseurs. Nature humaine.
(14/01-22/02/2002) Paris / FR, Espace Belleville-CFDT. L'humour dans l'art contemporain.
(09/02/2002) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Le minable music-hall et le chanteur en-dessous de tout.
(21/03-05/05/2002) Liège, Centre-Ville. Bonjour, 24 artistes vous rencontrent.
(23/03-24/03/2002) Marchin, Centre culturel (expo à la buvette du FC Vyle-Tharoul) Lithocalques sur le thème du football.
(17/03-26/04/2002) Palais de Justice, Petit Château et Médiatine. 100 artistes pour les 100 ans de la Ligue des Droits de l'Homme. 
(15/05/2002) Paris / FR. Nonose Club on Tour. (Avec Jacques Lizène au Palais de Tokyo)
(03/06-15/06/2002) Marseille / FR, Friche la belle de Mai. Les 7èmes Vidéogrammes. Festival de Création Vidéo et Multimédia.
(08/06-15/09/2002) Kassel / DE. Documenta 11
(27/06-16/09/2002) Liège à L’Ombra. Il Vino.
(08/08-08/09/2002) Malaucène / FR, Galerie Martagon ; Sauman / FR., Château. La Cuite.
(07/09-20/10/2002) Namur, Maison de la Culture. Cap. Art relationnel. Un aspect de l'art contemporain en Belgique.
(27/09-11/11/2002) Bruxelles, galerie commerçante Rue de Ruysbroeck. Autour de Bruno di Rosa (à l’initiative d’Isabelle Arthuis, dans le cadre de ForwArt 2002)
(04/10-15/12/2002 ; accrochage évolutif ; prolongation jusqu’au 05/01/2003) Liege, Espace 251 Nord / E2N. Le colloque des chiens. Off Collection, Biennale di Venezia, 1986-2002.
(24/10-30/10/2002) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Corps I.
(26/10-17/11/2002) Comblain-au-Pont, Au cimetière Saint-Martin & Musée du Pays Ourthe-Amblève. Danses macabres. 
(08/11-22/12/2002). Liège, Galerie Nadja Vilenne. Corps II.
(09/11-23/11/2002) Brest / FR, Centre d'art Passerelle. Présentation de films vidéo. Sur un projet d'Isabelle Arthuis, Ann Veronica Janssens et Erwan Mahéo.
(09/11-08/12/2002) Brest / FR, Musée des Beaux-Arts. Jacques Lizène. Naufrages de regard(s).
(10/11-01/12/2002) Tourinnes-la-Grosse, Fêtes de la Saint Martin (37e). Le jeu des apparences.
(  /  - /  /2002) Bruxelles, La Lettre volée. Glimpses, The world after september 11.
(29/10-29/12/2002) Bruxelles, MRBA (Salle 71). CAP°, un groupe, un concept / Cap, een groep, een concept.
(22/11-21/12/2002) Bruxelles, Galerie Les Contemporains (Anne-Marie Rona). Cap chez les Rona.
(29/11-21/12/2002) Bruxelles, Espace culturel BBL (place royale). Act. vente caritative organisée par le Rotary Club de Waterloo en faveur du Fonds Georges Kamp.
(18/12/2002) Liège, Mamac, une soirée "D'une Certaine Gaieté" offerte par l'Alpac avec Lulu & Co, Phil, Lizène Jacques, Daemers Fanchon et Teicher Yves présentés par Abou Nour 1e, sultan de Bouillon.

 

2003

(18/01-08/02/2003) Liège, Galerie Flux. CAP chez Flux.
(01/02-30/03/2003) Sète / FR, Crac, Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc Roussillon. Coconutour.
(13/02-30/03/2003) Bruxelles (Watermael-Boitsfort), Centre culturel - La Vènerie. Pierart Pol. Mot pour mot
(07/03-25/05/2003) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Le Colloque des Chiens. Off Collection - Biennale di Venezia, Part II. 
(15/03/2003) Pessac / Fr, Campus universitaire Bordeaux 3 / Maison des Arts. Very Gratin.
(avril 2003) Londres / GB, Curzon Soho cinema. www.internationalexhibitionniste.org.
(  / -  /  /2003) Valenciennes / FR, Galerie de l’Ecole des Beaux-Arts / l’Aquarium. …….…
(11/05-15/06/2003) Liège, Place Saint-Lambert. Simenon d’une pipe. Une manifestation sérieusement drôle à Liège.
(15/06-30/09/2003) Bruxelles / St Gilles. Le Chalet de Haute Nuit. Country. Paysages, régionalismes, magie (La collection du Chalet + invités) 
(01/07-01/09/2003) Liège, Galerie Nadja Vilenne : Jacques Lizène. Conversation avec le 25e Bouddha - Tamara Laï. Solénoïdes, cyberpoésie. 
(09/08-02/11/2003) Bruxelles, Atelier 340. L'histoire d'une collection / Geschiedenis van een verzameling, 1979-2003
(15/08-15/10/2003) World Wide Flags – Drapeaux d’Artistes 2003. Liège, Visé, Seraing, Huy, Namur
(  / -  /  /2003) Marseille / FR, Friche la Belle de Mai. Le Cabaret Schpountz : une carte blanche à Arnaud Labelle-Rojoux en collaboration avec le FRAC PACA
(12/09-15/09/2003) Nice / FR Mamac, Théâtre de Nice et dans plusieurs galeries et lieux différents. Festival Fluxus. Le seul mouvement artistique radical du XXe siècle.
(20/09-26/10/2003) Verviers, Musée des Beaux-Arts et de la Céramique. Queneau / Blavier, travaux en cours.
(24/09/2003) Paris, Palais de Tokyo. PROJECTION. "Lizène, de la cacaphonie à la cacophonie" de David Lucas, 2001-2003.
(02/10-01/11/2003) Bruxelles, Galerie Damasquine. Jacques Lizène. Remake(s) & remake(s). Sculptures génétiques (1970) et matière fécale (1977)
(03/10-01/11/2003) Bruxelles, Aliceday. Jacques Lizène, "Remake & re-remake", vidéo installation, performance.
(18/10-28/10/2003) Bruxelles, Galerie Les Contemporains. Noces d'Or de la Galerie, 30 ans de la revue +-0. Aventure artistique de la famille Rona.
(23/10/2003) Liège, Galerie Nadja Vilenne. La seule vidéo dont on peut dire : c’est de la merde. Vraiment !
(31/10-06/11/2003) Liège, Galerie D’Une Certaine Gaieté. La part du mort.
(01/11-01/12/2003) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Jacques Lizène, 39 ans d’art médiocre, de la cacophonie à la cacophobie ; Sylvie Macias-Diaz, Femmes d’intérieur.
(15/11-15/12/2003) Villaverla (IT) Villa Ghellini. Raymond Queneau 1903 – 2003
(19/12/2003-08/02/2004) Liège, MAMAC. Chaque minute l'art à Liège change le monde. Quinze regards sur la collection de la Cera Foundation.
(  / -23/11/2003) Tours / FR, Château. Pour de vrai ? 
(06/12/2003-10/01/2004) Tours / Fr, Ecole supérieure des Beaux-Arts. Stars
 

2004

(21/01/2004) Nice / FR, Cinéma Le Mercury. Jacques Lizène, Séance tenante. Séance de vidéo nulle. 
(23/01-27/03/2004) Marseille / FR, Frac Paca dans ses locaux et à Red District. Prêts à prêter
(11/02-14/02/2004) Madrid / ES, MediaLab. La creación de la Guerra de los Balcanes : el juego
(14/02-31/03/2004) Liège, Piscine de la Sauvenière. Changer de peau.
(14/02-31/03/2004) Liège, Musée d’art moderne et contemporain. Nature humaine, nature animale.
(06/03-24/05/2004) Tourcoing. Musée des Beaux-Arts / Galerie Commune du Pôle arts plastiques de l'université Lille 3, au 36 bis, la galerie de l'ERSEP et à l'Hospice d'Havré, Maison Folie de Tourcoing. Amicalement vôtre. Vidéo à la carte
(26/03-02/06/2004) Brugg / CH, ALPHAarte Gallery. International artists works on paper.
(26/03/2004) Lille / FR. A l’univers. Jacques Lizène, 40 ans d’art médiocre, cacaphonic remix.
(02/04-08/08/2004) Lille / FR, Tri Postal. Les Afriques
(07/04-16/05/2004) Gand, Richard Foncke Gallery. Jan Lijzeen, new flemish artist (2003), l'autre génie d'art sans talent. 
(23/04-15/05/2004) Bruxelles, Atelier 340 Muzeum. Approvisionnement de printemps. Vente aux enchères.
(23/04-05/06/2004) Bruxelles, Galerie Aliceday. Bande annonce, dessins et performances.
(26/04/2004) Ixelles, Petit Théâtre Mercelis. Vollevox # 4
(20/06-29/08/2004) Bruxelles (St Gilles). Le Chalet de Haute Nuit. Country 2, curiosités, arrière pays, tourisme (La collection du Chalet)
(04/07-10/10/2004) Meymac / FR, Abbaye Saint André, Centre d'art contemporain. Grotesque, burlesque, parodie. 
(21/08-05/09/2004) Liège, Le Comptoir. C'est le pied.
(21/08-17/09/2004) Malaucène / FR, Galerie Martagon. Postérieurs.
(28/08-23/10/2004) Amsterdam / NL, Netherlands Media Art Institute. Channel Zero.
(11/09-07/11/2004) Charleroi, B.P.S. 22. Storage / L'entrepôt du Musée. Collection de la Province de Hainaut.
(21/10-25/10/2004) Paris,            .Fiac (31e ).
(22/10-30/11/2004) Bruxelles, Atelier 340 Muzeum. L'Objet détourné
(31/10/2004-23/01/2005) Eupen, IKOB. Vanitas, Eitelkeit van de ijdelheden.
(01/12/2004-01/01/2005) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Papiers divers et dérivés.
(18/12/2004-27/02/2005) Anvers, Museum voor Hedendaagse Kunst / MUKHA. Dear ICC, Aspects of contemporary art in Belgium 1970-1985.
(  / -  /  /2004) Bruxelles (St Gilles), Le Chalet de Haute Nuit. Un Chalet d’amateur (imaginaires-curiosités-high technology) (La collection du Chalet) 
(  /  - /  /2004) Brescia / IT, Studio Brescia Arte Contemporanea. Poesia totale.
(  / -  /  /2004) Liverpool / GB, Tate Gallery. The Uncanny.
(2004-2005) Projet Cone Sud, Fondos Regionales de Arte Contemporaneo Ile de France y Poitou-Charentes. (exposition itinérante en Amérique du sud)

 

2005

(04/03-15/05/2005) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. La Belgique visionnaire. C'est arrivé près de chez nous.
(09/03-30/04/2005) Buenos-Aires / AR, Museo de Arte Moderno de la Ciudad / MAMBA. Fondos Régionales de Arte Contemporaneo Île-de-France y Poitou-Charentes.
(11/03-30/03/2005) Nivelles, Aux Récollets / Esplanade du Souvenir. Jeux de mots.
(18/03-30/04/2005) Bruxelles, Aeroplastics Contemporary. After Nature - Figurative Paintings & Drawings by 20 Artists.
(22/05-19/06/2005) Ecaussines (au pied du château fort). Chez *.
(21/05-22/05/2005) Liège, rue Basse-Wez, 347. 4020. Visites des nouveaux ateliers de Roel Goussey, Michel Leonardi et Pierre Pétry. Avec en permanence la projection du cout métrage de Jacques Lizène, Un certain art belge, une certaine forme d’humour.
(25/05/2005) Paris / FR, Palais de Tokyo. Table tonde : La ligne oubliée : une autre histoire de l’art (4/4)
(01/06-30/06/2005) Bruxelles, Galeries Ravenstein. Ravenstein - galleries - part II
(07/06-04/09/2005) Paris / FR, Jeu de Paume. Burlesques contemporains.
(09/06-11/06/2005) Venise / IT, Off Biennale (51e), Black Box – Les Afriques. Livre-catalogue.
(25/06-28/08/2005) Château Gontier / FR, Le Carré - Chapelle de Genêteil - Centre d’art contemporain. Jacques Lizène.
(18/08-10/09/2005) Liège, Le 26, Centre d’art contemporain. [Sans titre]
(09/09-23/10/2005) Liège, MAMAC. Digestions. Mémoire et transmission.
(06/10-10/10/2005) Paris / FR, Porte de Versailles. Fiac 2005 
(05/11/2005-08/01/2006) Nice / FR, Villa Arson. Lotissement de cimaises
(  /  - /  /2005) Bayonne / FR, locaux du Frac Aquitaine. C'est l'été
(  / -  /  /2005) Roma / IT, Palazzo delle Esposizioni. The 1970s and The 1980s.
(  /  - /  /2005) Brescia / IT, Sala SS Filippo e Giacomo. Mostra d’art patafisica contemporanea. Dzlla ‘patafysica all’ apatafisica (ontogenesi patafisica e interpretazione degli umore)
 

2006

(21/01-25/05/2006) Paris / FR, Palais de Tokyo. [Sans titre]
(30/03-06/05/2006) London / GB, Dicksmith Gallery. Writing in Strobe.
(21/04-24/04/2006) Bruxelles, Heysel. Art Brussels.Contemporary art fair (24e) 
(14/05-03/06/2006) Bruxelles, La Maison du Livre. Festival Au cabaret des âmes.
(19/05-17/09/2006) Liège, Divers lieux en centre-ville. Images publiques, 1e triennale d'art public.
(21/05-25/06/2006) Ecaussines. Le Chalet de Haute Nuit. Musée à vendre (gravures – multiples– autographes).
(01/06-01/09/2006) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Summertime.
(09/06-31/07/2006) Paris / FR. Galerie Marion Meyer. Hommage à Sade.
(29/06-17/09/2006) Liège, Musée d’Ansembourg. After Cage. Potlatch & Gambit, Trésors Cachés : Cabinets de curiosités, Wunderkammern.
(02/07-10/09/2006) Watou, Divers lieux. Poëziezomer Watou 2006 : Extiem.
(08/09-10/09/2006) Liège, Caserne Fonck. Une nuit pour la culture.
(21/09-23/09/2006) Paris / FR, St Germain des Prés / divers lieux. Tas d’esprits.
(26/10-30/10/2006) Paris / FR, Cour carrée du Louvre. FIAC.
(30/10/2006) Liège, Théâtre de la Place. Vente aux enchères au profit des Sans Papiers.
(11/12/2006- /01/2007) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Arnaud Labelle-Rojoux, Jacques Lizène : Frontières cordiales.
(12/12/2006 - /01/2007) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Un morcellement de cimaises, 1970, remake 2006/07 de Jacques Lizène pour ex-voto d'artistes, sur sculpture génétique d'un sapin croisé palmier, 1971-1984, remake 2006/07.
 

2007

(20/01-18/02/2007)Liège, le Comptoir. Carte blanche à l’Atelier 340 Muzeum.
(21/01/2007) Nice / FR, Mercury. Lizène Jacques. Soirée vidéo.
(  / -01/03/2007) Addis Abeba / ET, Lela Art Gallery. Images d’expositions.
(02/03-31/03/2007) Bruxelles, Le Bonheur (ou L’Epicerie Individuelle) Lizène Jacques.
(28/03-25/06/2007) (Bruxelles, Cabinet de Mme la Ministre Fadila Laanan). Images d’expositions.
(01/04-13/05/2007) Chamarande / FR, Domaine départemental. Urban connections (I). Œuvres de la collection de la Province de Hainaut (Belgique).
(18/04-26/05/2007)Bruxelles, Des Arts. Jacques Lizène. Sculptures génétiques. Rotation des stocks
(06/10-17/11/2007) Liège, E2N, Lizène. Rotation des stocks (second volet de l’exposition de Des Arts)
(19/04-23/04/2007) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels. 25e anniversaire.
(13/05-30/08/2007) Chamarande / FR, Domaine départemental. Urban connections (II)
(29/06-18/11/2007) Anvers, Museum voor Hedendaagse Kunst – MuKHA. Who’s got the big picture ?
(07/07/2007) Liège, Musée d'art moderne et d'art contemporain. La nuit de la vidéo.
(15/09-11/11/2007) Château Gontier / FR, Le Carré. Finitude.
(29/09-10/11/2007) Bruxelles, Argos. Up to, and including the limits.
(14/10-29/10/2007) Tian-Jing / CN, TAGA Gallery. Over the hedge (Au-dessus de la haie).
(06/10-17/11) Liège, Espace 251 Nord. [Sans titre]
(18/10-22/10/2007) Paris, Cour carrée du Louvre. FIAC
(20/10/2007-06/01/2008) Paris / FR, Musée d’Art moderne de la Ville. Playback
(11/11-08/12/2007) Jette, ancienne usine Pfizer, chaussée de Wemmel, 99. be-autiful. (au Belgicarium)
(28/11-12/01/2008) Paris / FR, Galerie Marion Meyer. Autofictions.
 

2008

(05/01-10/02/2008) Liège, Galerie Nadja Vilenne Artistes belges. 
(11/01-03/02/2008) Liège, Musée d’Art moderne et contemprorain – MAMAC. Autour d’une affiche… une idée de Georges Bianchini.
(23 et 25/01 ; 1-11-13/02/2008) Jette, Atelier 340. Les animaux de la ferme et une petite usine blanche.
(25/01-16/03/2008). Gand, Smak, Collection of artist's hands
(février 2008) Brescia / IT. Mostra Istuzzicadenti + Aniversario do Collage de Pataphysique.
(15/02-15/03/2008) Liège, Espace Uhoda. A selection of photographic works from the Uhoda Collection
(16/02-30/03/2008) Liège, Espace Flux. Le maçon et la blanchisseuse.
(29/02-30/04/2008) Bruxelles, Des Arts – Liège, e2n. Un projet d’Archives Actives.
(28/02-24/05/2008) Nice / FR, Villa Arson. Ne pas jouer avec des choses mortes, Do not play with dead things.
(12/03/2008) Maastricht, Theater aan het Vrijthof et T'Brandweer Théâtre. Festival de performancesHimmelsweg (Chemins de paradis)
(26/03-27/07/2008) Herford / DE, MARTa Herford. Die Hände der Kunst.
(24/05/2008) Nice / FR, Villa Arson. Comprendo. Carte blanche à Arnaud Labelle-Rojoux.
(01/03-03/05/2008) Nice / FR, Galerie d'Art contemporain Sandrine Mons. Made in Belgium, un certain état d'esprit... Exposition de groupe, de 1875 à nos jours, en zone neutre et temps de paix.
(12/03/2008) Maastricht, Theater aan het Vrijthof et T'Brandweer Théâtre. Festival de performancesHimmelsweg (Chemins de paradis).
(18/04-21/04/2008) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels (stand Galerie Nadja Vilenne).
(  /  - /  /2008) Liège, Espace Les Brasseurs. Pages Blanches.
(25/04-27/04/2008) Liège. Académie royale des Beaux-Arts /// ESAL. Jacques Lizène. Une certaine idée de la médiocrité (traces d’un workshop à l’Aca)
(07/05-11/08/2008) Paris / FR, Centre Georges Pompidou. Traces du sacré.
(27/05/2008) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles.Jacques Lizène. Soirée-performance.
(02/06-07/06/2008) Bâle / CH,             .Foire internationale – The Volta Show 4.
(19/06-17/08/2008) Liège, Galerie Nadja Vilenne. L’Amiral cherche une maison à louer.
(27/06-07/09/2008) Liège, MAMAC. Signe - Ecriture -Signe.
(01/08-  / /2008) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Hofmann Pierre-Philippe. Lieux communs.
(03/08-  /  /2008) Maastricht / NL, T’Brandweer. Jacques Lizène. Antiquités Contemporaines / Hedendaagse Antiek + Lotissement de cimaises. 
(25/09-21/11/2008) Bruxelles, Palais de Justice. Corpus Delicti.
(23/10-26/10/2008) Paris / FR, Cour Carrée du Louvre. FIAC 08. (avec la galerie Nadja Vilenne)
(  / -  /  /2008) Berlin / DE,               Art Forum.
(04/11-20/12/2008) Saint Yrieix-la-Perche / FR, Centre du livre d’artistes. [Sans titre]
(20/11/2008-17/01/2009) Bruxelles, Aeroplastics Contemporary. Power to the people.
(  /  - /  /2008) Dudelange / LU. Galerie Nei Liicht et Centre d’art Dominique Lang. Donation du Chalet de Haute Nuit (BE) à la Ville de Dudelange (LU)
 

2009

(18/01-15/02/2009) Esslingen / DE, Galerien der Stadt Esslingen / Villa Merkel. Argos - Open Lounge.
(31/01-27/03/2009) Anvers, MuKHA. Le(s) Moi(s) de Lizène.
(19/03-30/05/2009) Anvers. L.L.S. Ruimte voor actuele kunst, vzw. Jeugdzonde. Over opus één en opus min één (Péché de jeunesse. À propos de l'opus un et de l'opus moins un)
(15/04/2009) Paris / FR, Centre Georges Pompidou. Tutorial, mode d'emploi du cinéma.
(23/04-27/04/2009) Bruxelles, Heysel. Art Brussels. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(23/04-24/05/2009) Genève / CH, Haute école d’Art et de Design / HEAD. Les Arts Incohérents réactivés.
(24/04-07/06/2009) La Louvière, Musée Ianchelevici. No style, no glory.
(01/05-21/06/2009) Shanghai / CN, Art Museum A story of the Image. Old & New Masters from Antwerp.
(15/05-16/05/2009) Vitry-sur-Seine / FR, Musée d’art contemporain en Val de Marne / MACVAL. Colloque événement. Date limite de conservation.
(10/06-14/06/2009) Bâle / CH,                . ART 40 / The Volta Show 5.
(20/06-12/09/2009) Liège, Madmusée. Il y a rire et rire.
(02/08-20/09/2009) Eupen, IKOB. Lizène.
(08/08-13/09/2009) Malaucène / Fr, Galerie Martagon et (10/10-10/11/2009) Paris / Fr, Galerie Marion Meyer. Les Putes.
(12/09-29/11/2009) Charleroi, BPS 22. T-Tris.
(14/10/2009-09/01/2010) Pau / FR, Vidéo K. Jacques Lizène Apparitions au Parvis de Pau.
(22/10-25/10/2009) Paris / FR, Cour carrée du Louvre. FIAC, Stand D03 (Galerie Naja Vilenne)
(01/12-13/12/2009) Nice / FR, Villa Arson. Jouons avec les vidéos mortes de Jacques Lizène.
(12/12/2009-17/01/2010) Bruges, Stadshallen / Halle Belfort. That's all Folks !.
 

2010

(30/01-23/03/2010) Turhout, De Warande. Département des coqs.
(  /  - /  /2010) Paris / FR, La Maison rouge - Fondation Antoine de Galbert. Vinyle, Face B. La collection de Guy Schraenen. Disques et pochettes d’artistes.
(28/02-25/04/2010) Liège, Les Chiroux et divers lieux. Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège (7ème). 
(23/04-26/04/2010) Bruxelles, Heysel. ArtsBrussels (28e(avec la Galerie Nadja Vilenne)
(13/05-07/07/2010) Liège, MAMAC. Cycles et métamorphoses.
(28/05-03/06/2010) Bruxelles, Librairie Saint-Hubert. Cherry International n° 1. Jacques Halbert invite Jacques Lizène.
(29/05-10/07/2010) Paris, Galerie Gabrielle Maubrie. Le beau est un moment du laid.
(14/06-18/06/2010) Université de Paris 3 Sorbonne nouvelle / Maison de la recherche. Figures de l’imposture.
(06/05 -12/09/2010) Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts. : En regards deux collections, une seule passion.
(11/09-21/11/2010) Gand, Stedelijk Museum van Actuele Kunst / S.M.A.K. Tegenlicht [Rétroéclairage].
(  / -  /  /2010) Gand, Parnassus Kerk. Mixed 2010.
(08/10-31/10/2010) Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains. Art Belge Contemporain.
(21/10-24/10/2010) Paris, Grand Palais. FIAC 2010.
(  / -  /  /2010) Paris / FR, Palais de Tokyo. Prix Lafayette, concours du Nu Nul.
 

2011

(22/02-02/03/2011) Namur, Galerie Détour.CAP sur le web.
(18/03-29/05/2011) Paris / FR. Centre Wallonie-Bruxelles. L’Art de l’Irrévérence.
(avril 2011) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels (avec la Galerie Nadja Vilenne) 
(04/06-27/11/2011) Venezia / IT. Biennale de Venise (En OFF, la Space-Collection organise l’ exposition Some of the best Belgian artist are here).
(17/05-30/12/2011) Anvers, Museum Van Stroom. Meestwerken in het MAS. Images - pensées. Cinq siècles d’images à Anvers.
(  / -  /  /2011) Artigues-près-Bordeaux / FR,            . Extraits d’une collection. Collection Frac Aquitaine.
(20/05-17/07/2011) Flémalle, CWAC / La Châtaigneraie. Morceaux choisis - Œuvres de la collection Vandenhove (10/06-27/09/2011) Liège, Archéoforum. Ubu sous la dalle. 10e anniversaire de l’occultation du T.S. André Blavier (1922-2001). Exposition iconoclaste, artistique et littéraire.
(10/09-16/10/2011) Geel,             . A paper trail 
(  /  -30/10/2011) Jette, Atelier 340. Culture relaxative. Plus de cent amis artistes.
(23/09-23/11/2011) Katowice / PL, BWA Jacques.Contemporary Art Gallery. Jacques Lizène. Remakes.
(15/10-27/11/2011) Paris. Passage de Retz. Jacques Lizène. Désastre jubilatoire. Rapide rétrospective 1964-2011.
(26/11/2011-29/01/2012) Ljubljana / SI, Musée des affects / MSUM. In the framework of L’Internationale.
(03/12/2011) Sierre / CH, ECAV. Hahaharchitecture. Workshop.
(décembre 2011) Metz / FR, Galerie Octave Cowbell. Y-a-t-il une exception belge, non peut-être.

 

2012

(14/01-23/03/2012) Bagneux / FR, Maison des Arts. Burlesques.
(24/01-02/03/2012) Liège, Les Chiroux. FFWD / REW. Un aller-retour entre l’art vidéo belge d’hier et la création vidéo actuelle.
(28/01-29/04/2012) La Louvière, Daily Bul & Co. Escargots à Gogo
(28/01-29/04/2012) La Louvière, Centre de la Gravure et de l’Image imprimée. Cap 40 ans, images réelles et virtuelles.
(février 2012) Madrid / Es,              . Arco (avec la Galerie Nadja Vilenne).
(08/02-04/04/2012) Liège, Galerie Monos. Collections I. Choix dans les collections de la Province de Liège.
(11/04-29/07/2012) Paris / FR, Musée du Quai Branly, Paris. Les Maîtres du désordre.
(12-13/04/2012) Paris / FR, Palais de Tokyo. (Entre)ouverture. (28 heures non stop).
(13/04-12/05/2012) Paris / FR, Galerie Talmart. Seules les pierres sont innocentes.
(19/04-22/04/2012) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels (30e(avec la Galerie Nadja Vilenne)
(27/04-20/06/2012) Jette, Atelier 340. Jacques Lizène. Chaises musicales croisées. Musique à l’envers en remake.
(19/04-24/05/2012) Sart Tilman (Liège) Musée en plein-air / CHU-Niveau-3. Words, words, words.
(01/07-24/10/2012) Nice / FR, Villa Arson. A la vie délibérée, une histoire de la performance sur la Côte d’Azur.
(05/10-28/10/2012) Liège, Office provincial des Métiers d’Art /OPMA. Jacques Lizène, No Design (Ha ! Ha ! Ha !)
(06/10-23/12/2012)La Louvière, Musée Ianchelevici. Glissement de terrain : Impertinence-Résistance-Survivance.
(20/10/2012) Paris / FR, Palais de Tokyo. Arte, Nuit de la vidéo.
(  / -15/12/2012) Liège, Le Comptoir du Livre. Carte blanche à L’Usine à Stars. Affinités éditrices.
(01/12-28/12/2012) Liège, MAMAC. Videobox. Un programme thématique dédié à l’art vidéo.
(  /  /2012-14/01/2013) Pékin / CN, Namoc, Musée national des Beaux-Arts de Chine. Images et Mots depuis Magritte. 
(  / -  /  /2012) Paris / FR, rue Mueller 22. Lizène Jacques. Encore, encore faire. Acte 3. Performance.
 

2013

(17/01-02/03/2013) Liège, Musée Wittert. François Jacqmin. L’œuvre du regard.
(05/04-29/09/2013) Blois / FR, Fondation du Doute. Exposition inaugurale.
(17/05-20/05/2013) Maastricht / NL, Wiebengahal. KunstTour 2013. Humor
(07/06-06/10/2013) Anvers, MuKHA. Het karakter van een collectie XXXIII.
(30/06-28/07/2013) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Repeat.
(07/07-25/08/2013) Bastogne, Orangerie. Vousidentités. L’œuvre à côté de laquelle j’aimerais être photographié.
(01/12/2013-20/01/2014) Gand, Entrepot Fictief. Teken, Contermporary drawing. Artistes belges et français.
 

2014

(16/01-03/02/2014) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Jacques Lizène. Musique à l’envers et doublement à l’envers. Extension du domaine du perçu / non perçu.
(01/03-07/09/2014) Bruxelles, Villa Empain, Fondation Boghossian. Entre deux chaises, un livre (collection Galila Hollander- Barzilai). 
(08/03-22/03/2014) Anvers, Galerie S&S. Beroepsdocumenten aan hun samenhang onttroken (Documents professionnels hors-contexte). La collection de Johan Pas
(24/04-27/04/2014) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(23/05-25/05/2014) Maastricht / NL, Theater aan het Vrijthof. KunstTour 15. Now.
(14/06-21/09/2014) Paris / FR, La Maison rouge. Le mur, collection Antoine de Galbert
(14/06-31/08/2014) Blois / FR, La Fondation du Doute. La comédie de l’art.
(17/06-20/12/2014) Marche en Famenne, Musée. Cherchez l’intrus.
(21/06 -02/11/2014) Périgueux / FR, Musée Vesunna. L’empreinte des sensibles (Art et Archéologie).
(06/08/2014) Berlin, La Plaque tournante. DJs Verboten.
(06/09-06/11/2014) Nice / FR, La Menuiserie. Ben fait son Charafi.
(octobre 2014) Paris / FR,         . FIAC. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(17/10-13/12/2014) Liège, Space. Ambigu.
(novembre 2014) Szczecin / PL, Museum Narodowe. Jacques Lizène. (Presque) jamais le visionnaire n’a été perçu comme tel en son temps.
(12/11/2014) Berlin / DE, la Plaque Tournante. Sonnealle 99, avant-garde music and exhibitions.
(06/12/2014) Liège, Croisement de la rue Féronstrée et de la rue saint-Georges. Jacques Lizène born(e) in the 21st century.
(13/12/2014-31/01/2015) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Exercices de style.

 

2015

(07/02-05/04/2015) Bruxelles, Argos. Si tu veux voir le monde, ferme les yeux. Partie 1.
(13/02-26/04/2015) La Habana / CU, Museo Nacional de Bellas Artes. The Importance of Being. Art belge.
(25/02-01/03/2015) Madrid / ES,          ARCO 2015. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(mars 2015) Biarritz / FR, Médiathèque et Conservatoire Ravel. Etats de corps.
(30/03-12/06/2015) Maastricht / NL ; Gouvernement aan de Maas. Archipelago. The region as an art space.
(21/04-30/10/2015) Milano / IT, Ex-chiesa di San Carpoforo (via Formentini). World Academy – Accademia Mondo. Project for Expo 2015. Brera et des artistes du monde entier pour l'art comme nourriture.
(25/04/2015) Lizène à Art Brussels 2015 (éd. Flux)
(25/04-30/01/2015) Den Haag / NL, Résidence de l’Ambassadeur de Belgique. Focus sur 25 artistes de la collection de la Province de Liège.
(22/05-25/05/2015) London / GB, Tate Moderne. Offprint.
(04/06-30/08/2015) Quimper / FR ; Centre d’art contemporain. En attendant … / Collection # 6.
(19/06-12/12/2015) Mons, Le Grand Large. Territoire de la pensée.
(25/06-13/09/2015) Liège, Musée Curtius. Wild Open Space.
(25/06-20/09/2015). Ixelles, Musée communal. Paysages de Belgique. Un voyage artistique 1830-2015.
(12/07-01/11/2015) Meymac / FR, Abbaye Saint-André, Centre d’art contemporain. Constructeurs d’absurde, bricoleurs d’utopie. 
(09/10/2015-17/01/2016) Jette, Atelier 34zéro Muzeum. Le grand retour.
(30/01-28/11/2015) Bruxelles, Sint-Lukas Instituut. Jacques Lizène (avec Bassie Lebon)
(30/10-11/12/2015) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain – La Châtaigneraie. CAP à Liège.
(19/11-19/12/2015) New-York / US, Johannes Vogt Gallery. Episode 19 : Friendly Faces.
(12/12/2015-16/01/2016) Namur, Centre culturel / Abattoirs de Lommel. Space collection présente Espèces d’espaces
 

2016

(04/03-07/05/2016) Liège, Espace 251 Nord. Jacques Lizène. Rotation de stocks 1984-2016.
(18/03-20/05/2016) Maastricht / NL, Palais provincial du Limbourg. Traversées – Province de Liège / Collections.
(28/04-29/05/2016) Liège, Galerie Yoko Uhoda (rue Forgeur). Available for reference.
(29/04-24/06/2016) Vielsalm / Rencheux (anc. caserne militaire). S Grand atelier. Dans les bois sous la mer.
(29/04-28/08/2016) Hauterives / FR. Palais idéal du Facteur Cheval. Le Palais Idéal des égos étranges.
(29/04-11/12/2016) Liège, musée de la Vie wallonne. Homomigratus, comprendre les migrations humaines. 
(08/05-02/07/2016) Herentals, Centre d’art Hugo Voet, Fourniture, Sculpture,
(11/06-25/06/2016) Liège, Palais des Congrès. Grand Large@Liège.be
(30/06-25/09/2016) Ixelles, Musée. Rien ne va plus. Pictures at an exhibition. Mussorsky.
(  /  -11/09/2016) Paris / FR, Palais de Tokyo. Conversation avec Constance Guisset, projections vidéo. (24/09/2016-22/01/2017) Charleroi, B.P.S. 22. Panorama. Collections de la Province du Hainaut et du BPS22.
(16/09-23/10/2016) Katowice / PL. BWA centre d’art contemporain. L’atelier 34zéro Muzeum rend hommage à l’atelier 340 Muzeum. 
(01/10/2016-08/01/2017) Hasselt, Divers lieux. Stadstriënnale Hasselt-Genk. Identity as a TM.
(06/10/2016-05/02/2017) Anvers, MuKHA. De Broodthaers à Braeckman – La photographie dans les arts plastiques en Belgique.
(08/10-18/12/2016) Bruxelles, Argos. STEP UP! Belgian Dance and Performance on Camera 1970-2000.
(13/10/2016-29/01/2017). Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Images et mots depuis Magritte.
(22/10/2016-22/01/2017) Grand-Hornu, Mac’s. Rebel Rebel. Art + Rock.
(26/10-09/12/2016) Flémalle, CWAC (La Châtaigneraie). Castronovo Dominique et Secondini Bernard. Cela a existé, peut-être.
(31/10/2016-29/01/2017) Athènes / GR, EMST. Urgent Conversation. Athns – Antwerp.
 

2017

(16/01-26/01/2017) Nantes / FR, Théâtre universitaire. Festival Flash Danse.
(26/01-03/03/2017) Bordeaux / FR, Sciences Po / IEP. Frontières, membranes du quotidien.
(10/03-15/04/2017) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Résonances.
(06/05-15/10/2017) Chinon / Fr, Indre-et-Loire. Galerie de l’Hôtel de Ville. La comédie du langage
(13/05-18/06 et 21/06-16/07/2017) Bruxelles, Argos. Step up ! Chapter 3. Dance and performance on camera 1970-2000. 
(21/06-17/09/2017) Liège. La Boverie. La Leçon d’anatomie. 500 ans d’histoire de la médecine.
(22/06/2017) Liège, Galerie des Beaux-Arts. Présentation de l’ouvrage, Jacques Lizène / Espace 251 Nord. Productions et expositions 1984-2016. [cf. supra : Liège, Espace 251 Nord. Lizène Jacques. Rotation de stocks 1984-2016. 04/03-07/05/2016)
(01/09-05/11/2017) Charleroi. Triennale d’Art public (03e)
(29/09-01/10/2017), Liège, La Boverie, En piste ! (avec E2N)
(01/10-31/10/2017) Bruxelles, Sénat. Superdémocratie.
(23/09-  /  /2017) Hasselt, Ciap. Meetsystem.
(15/10-12/11/2017) Marchin, Centre culturel. J’avais 15 ans.
(19/10-22/10/2017) Paris,           . FIAC. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(21/10/2017-15/04/2018) Ostende, MuZee. Het Vlot. Kunst is (niet) eenzam. The Raft. Art is (not) lonely.
(10/11-15/12/2017) Flémalle, CWAC (La Châtaigneraie). Carte blanche à Françoise Safin. 
(10/11-17/12/2017) Soumage, Wégimont Culture. De vous à moi.

 

2018

(11/01-27/01/2018) Paris / FR, Librairie-Galerie Lecointre et Drouet. Editions AcquAvivA + CRU3
(02/02-25/05/2018) Maastricht, Elisabeth Strouven Fonds. SPACE Collection. Connecting Artists Across Borders.
(16/02-16/08/2018) Liège, Musée de la vie wallonne / Eglise Saint-Antoine. D’une certaine gaité. Le Jardin du Paradoxe. Regards sur le Cirque Divers à Liège.
(18/04-07/05/2018) Liège, Place des Déportés,1-3-5 Collection de Jean-Marie Rikkers et Catharina Helsmoortel.
(05/05-18/09/2018) Caen / FR, Musée des Beaux-Arts. Mur.
(22/06-  /  /2018) Liège, L’Escalier. Make the city. Polein Polis. Créer la ville.
(08/09-16/12/2018) La Louvière, église Saint-Joseph. L’esprit de clochers.
(19/10-15/12/2018) Liège, Galerie Nadja Vilenne. [Sans titre].
(31/10/2018-13/01/2019) Eupen, IKOB. Dans le fond c'est très pragmatique - Les collections du BPS22, de la SPACE Collection et de l´IKOB en dialogue.
(nov. 2018) Hommage à Jacques Lizène, cet artiste liégeois inimitable qui fera à jamais partie de nos collections. (réalisation La Boverie)
(25/11/  -  / /2018) Beijing / CN, Adgy, International Cultural Center et Guozhong Museum Of Art, Songzhuang. People met people.
 

2019

(07/02-17/03/2019) Liège, Galerie Nadja Vilenne. On the Road.
(27/02-03/03/2019), Madrid / ES, Ifema - parc des expositions Juan Carlos I, ARCO 2019, Foire internationale d’art contemporain (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(27/04-28/07/2019) Grenoble / FR, Musée. Souvenirs de voyage. Collection Antoine de Galbert.
(09/05-26/05/2019) Liège, Cité-Miroir. Expo-vente aux enchères au profit du centre d'aide aux violences familiales à Liège.
(17/05-15/09/2019) Bruxelles, Banque Nationale de Belgique. Building a dialogue. Two Collections of Contemporary Art : National Bank of Belgium and The Deutsche Bundesbank.
(27/09-08/11/2019) Montflanquin-Tarn et Garonne / FR. Pièces détachés.

 

2020

(16/10-05/02/2020) Nice / FR, Espace à vendre. Un point complet sur la situation, hommage à Eric Duyckaerts.
 

2021

(19/05-19/09/2021) Besançon / FR, Frac Franche-Comté. Danser sur un volcan. 
(23/05-13/06/2021) Bruxelles. Arts Brussels Week (Nadja Vilenne pop-up gallery. Jacques Lizène).
(26/06-03/10/2021) Oiron / FR, Château. Le Centre des monuments nationaux présente l’exposition : choix de Jean-Hubert Martin dans la collection d’Antoine de Galbert.
(17/07/2021-13/03/2022) Bruxelles (Jette), Atelier 34zero muzeum. Un regard sur la collection
(25/08-26/08/2021) Marseille / FR, Château de Servrières. Salon international de dessin contemporain. Paréidolie. Second rayon (Programmation associée consacrée au dessin érotique)
(27/08-05/09/2021) Liège, La Boverie. En piste !
(04/09-02/10/2021) Wien / AT, Galerie Steinek. Un jour, ce sera comme quand on a déjà vécu.
(15/09/2021-16/01/2022) Bruxelles, ING Art Center. Hahaha. L’humour de l’art.
(26/09-23/10/2021) Liège, Théâtre de Liège (Salle des Pieds légers). Collection Côté Cour, Côté Jardin.
 

(30/09/2021) Décès de l’artiste

 

Post-mortem

2021

(12/11/2021-13/02/2022) Marseille / FR, Friche la Belle de Mai. Des choses vraies qui font semblant d’être des faux-semblants.
(12/11/2021) Hanovre / DE, Kino im Sprengel. Cycle In Belgien und um Belgie Herum.

 

2022

(13/01/2022) London / GB, La Plaque tournante. Tabula Rasa Soirées. Concert Frédéric Acquaviva, Seminal, et exposition des œuvres des 22 membres du Seminal Orchestra.
(29/04-29/05/2022) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Allez, allez !
(06/05-14/05/2022) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. In-situ CyberspaceArtsnumériques & hybridesFestival. 25 Arts Seconde.
(08/05-19/06/2022) Gembloux, Château de Petit-Leez, Exit11. Cap & Yellow Now.
(15/05-13/06/2022) Bruxelles, Art Brussels Week (Galerie Nadja Vilenne)
(09/06-02/07/2022) Charleroi, Centre d’Action Laïque. Labor.
(26/06-02/10/2022) Machelen (Zulte), Roger Raveel Museum. Biennale de peinture (08e) Scribble, dabble, splatter, smear (Griffonner, barboter, éclabousser, barbouiller) 
(27/08-28/08/2022) Marseille, Château de Servières. Paréidolie. Salon internationale du dessin contemporain (09e(avec la Galerie Nadja Vilenne)
(24/09-18/12/2022) Bruxelles, Argos. The 1970’s.
(30/09-02/10/2022) Lille / FR, Hôtel Moxy. Around Video Art Fair. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(06/10-09/10/2022) BruxellesEspace Vanderborght. Art on Paper. Brussels International Contemporary Drawing Fair. (avec la Galerie Nadja Vilenne)

Biographie

Formation
1962-67. Liège, Académie royale des Beaux-Arts. En peinture murale et en dessin. Professeurs : René Julien, Flory Roland, Jean Debattice, Joseph Louis.

 

Expositions
1966

(19/11-01/12/1966) Liège, Association pour le progrès intellectuel et artistique de Wallonie / Apiaw. Jeunes Liégeois.
 

1967

(23/09-10/10/1967) Verviers, Musée des Beaux-Arts. Jeunes wallons.

 

1968

Service militaire en Allemagne. Barman au mess des officiers.
 

1969

(29/03-16/04/1969) Liège, Apiaw. Jeunes de Wallonie.
(26/07-10/08/1969) Ferrière, Restaurant La Bécasse (tenu par Guy Lizen). Reflet de la peinture liégeoise 
Groupe TARMAC : Fondation du groupe Tarmac par 6 jeunes artistes liégeois. Boulanger Michel, Darnal Dany (= Danièle Nyst), Lizène Jacques, Nyst Jacques Louis, Rousseff Juliette, Vandeloise Guy.
(27/09-19/10/1969) Anthisnes, Avouerie : Peintres liégeois, avec la participation du groupeTarmac.
(16/11-26/11/1969) Liège, Apiaw. Le Vélo.
(20/12/1969-16/01/1970) Liège, galerie Yellow. Lizène Jacques. : Il faut abolir l’idée de jugement (M. Duchamp).

 

1970

(16/01-04/02/1970) Bruxelles, Galerie Le Zodiaque (Gérard Moneyn). Groupe Tarmac.
(05/09-  /1970) Verviers, Société royale des Beaux-Arts. Un an d’activités à la galerie YelIow Now.
(16/10-28/10/1970) Liège, Apiaw. Jacques Lizène. Art spécifique
(18/12/1970-07/01/1971) Liège, Galerie Yellow. Semaine de manifestation et documents / traces.
* Avec le 18/01, Lizène Jacques. Volet clos (Hommage à la non-procréation) - Noir funèbre. Parfum mortuaire. Pose de fenêtre morte.
(24/12/1970-07/01/1971) Liège, Galerie Yellow. Documents, traces et informations relatifs aux travaux précités.
 

1971

Films et vidéos.
(02/03/1971) Paris, 32 rue des Thermopyles. Films d'artistes.
(17/07-18/07/1971) Ferrière, Restaurant La Bécasse. Grande fête des Arts.
(10/11-14/11/1971) Liège, Galerie Yellow Now. Propositions d'artistes pour un circuit fermé de télévision (ca 60 artistes)
(nov. 1971) Verviers, Maison de la culture. Jacques Lizène.
1971-1972. AGCT. FILMER LE PLUS GRAND NOMBRE DE VISAGES HUMAINS
(19/11-12/12/1971) Charleroi, P.B.A. Tendances... l'art jeune en Belgique. Section spéciale du 44e Salon du Cercle artistique et littéraire de Charleroi 1921-1971 (pour leur Cinquantenaire). 
 

1972

(14/01-08/02/1972) Aachen / DE, Neue Galerie. Lüttich,Galerie Yellow Now, ihre Kiinstier im Studio.
(07/03/1972) Liège, Théâtre de l’Étuve. La galerie Yellow Now présente des films d’artistes.
(12/03-23/03/1972) Dendermonde, Celbeton / Galerie de l'Académie des Beaux-Arts. Jungle art jungle. Project in progress.
(11/05-16/05/1972) Duisbourg / DE, Mercatorhalle. Pro Art’72, Internationaler Markt fur Aktuelle Kunst (avec la galerie Yellow Now).
(16/05-19/05/1972) Lausanne / CH., Galerie Impact. Action - Film - Vidéo, Projection ininterrompue de films 8, s8, 16 mm et vidéo tapes. 73 films, 46 artistes, 10 pays 
(15/10-05/11/1972) Esch-sur-Alzette / LU., Théâtre municipal. 35 peintres contemporains liégeois. Peintures, Gouaches, Pastels, Tempera, Collages
(20/10-05/11/1972) Bruxelles, Château Malou. Œuvres retenues au prix Madame Bollinger.
(02/12/1972) Liège. 46 en Roture, Galerie Yellow Now, inauguration d’une nouvelle série de manifestations

 

1973

(  /02- /  /1973) Liège,   . Œuvres distinguées pour le prix quadriennal de la ville de Liège.
(02/03/1973) Paris / FR, rue des Thermopyles. Films d'artistes, [Happening].
(02/06-22/06/1973) Liège, Galerie Yellow Now. Lizène Jacques. Le perçu et le non-perçu 
(Oct. 1973) DEVIENT MEMBRE DU GROUPE CAP.
(19/10-13/11/73) Liège, Galerie Vega. Cap 3. (* Le Groupe CAP auquel s'ajoute Jacques Lizène)
(15/11-29/11/1973) Bruxelles, Château Malou: Cap 4, 
(16/11/1973) Organisation d'un débat sur l'avant-garde animé par J.P. Van Thieghem. 
(30/11/1973-13/01/1974) Södertâlje / SE, Konsthall. Information / Perception / Reflexion.
(18/12/1973-15/01/1974) Paris / FR, Galerie de Varenne (Jacques Damase). Jeunes artistes belges d'aujourd'hui. 
 

1974

(26/01-16/02/1974) Liège, Galerie Yellow Now : Jacques Lizène. 144 tentatives de sourires
(février-mars 1974) Maastricht / NL, Jan Van Eyck Academie. Le groupe C.A.P. invité par le groupe Movimiento.
(08/04-15/04/1974) Knokke, Casino. Foire d’art actuel (04e).
(25/05-31/05/1974) Bruxelles, Château Malou. Exposition des œuvres mises en vente, le 31 mai, au profit des malades mentaux.
(22/06-01/09/1974) Bruges, Stedelijke Museum / Beurshalle. Triennale 3. Exposition informative d’art contemporain en Belgique.
(29/06-21/07/1974) Cologne / DE, Belgisches Haus. Progressionen 1 
(05/07/1974) Courtois, Evrard, Lennep, Lizène, Nyst sont reçus chez Madame Phil Mertens.
(13/07-18/08/1974) Anvers, I.C.C. Aspects de l'Art actuel en Belgique
(08/10-15/10/1974) Lausanne /CH, Musée des arts décoratifs, Vidéo-Art 74 (Groupe C.A.P.).
(09/10-09/11/1974) Cologne / DE, Belgisches Haus. Cap.
(12/10-27/10/1974) Reims / FR, Musée des Beaux-Arts, Art belge contemporain.
(08/11-08/12/1974) Paris / FR, Musée d’art moderne de la Ville-ARC2, Art Video Confrontation.
(30/11-19/12/1974) Gand, Galerie Elsa van Honolulu-Loringhoven (galerie éphémère gérée par Jan Vercruysse), Groupe C.A.P.
(04/12-05/12/1974) London / GB, Institute of Contemporary Art, First Open Encounter on Video (Groupe C.A.P.).
(25/12/1974-02/01/1975) Knokke, Casino : EXPRMNTL 5, cinquième compétition internationale du film expérimental.
 

1975

(03/01-18/01/1975) Chicago / US, N.A.M.E. Gallery 25. Years to 2.000 (Groupe C.A.P.).
(23/01-15/02/1975) Anvers, Spectrum Gallery. Groupe Cap.
(  /02-  /  /1975) Namur, Maison de la Culture Jeunes peintres de Wallonie et de Bruxelles.
(20/02-25/02/1975) Paris, Espace Cardin. Rencontre internationale ouverte de vidéo (Groupe Cap) 
(25/02-16/03/1975) Bruxelles, P.B.A. Artists' Video Tapes (Groupe Cap)
(février-mars 1975) sous l’intitulé Belgian Avant-Gardel’ICC présente, au CAYC de Buenos-Aires : Bal, Copers, Deleu, De Smet, Duchateau, Francis, Lennep, Lizène, Nyst, Schwind, van Es, Vercammen.
(14/03-16/03/1975) Gand, Galerie Elsa Von Honolulu. Kunst als Film.
(10/04-30/04/1975) Bordeaux / FR., C.A.P.C. / Entrepôt Lainé: L'Idée de la Couleur 1975 (groupe Cap) 
(25/05-29/05/1975) Ferrara / IT, Galleria Civica d’Arte Moderna. Third International Open Encounter on Video. (Troisième rencontre ouverte internationale en vidéo)  
(31/10-14/11/1975) Buenos-Aires / ARG., Centro de Arte y Comunicacion / CAYC, Fourth International Open Encounter on Video (Quatrième rencontre ouverte internationale en vidéo) 
(  / /1975) Nice / FR, Chez Malabar et Cunégonde. Les Pour ou Contre de Ben Vautier. Conférence par télégramme.
(08/11-07/12/1975) Charleroi, Palais des Beaux-Arts, Mémoire d’un pays noir avec le groupe C.A.P. et le groupe français Pour Mémoire 
(22/11-28/12/1975) Aix-le-Chapelle / DE., Neue Galerie. Belgien : Junge Künstler I 
(FIN DES ACTIVITES DU CAP)

 

1976

(14/02-22/02/1976) Anvers, 1CC, Fifth International Open Encounter on Video 
(  / -  /  /1976) Bordeaux / FR, Chambre de commerce. Exposition organisée par la galerie Vega de Liège.
25/09-24/10/1976) Mons, Musée des Beaux-Arts. Propositions. 42 artistes belges.
 

1977

(14/01/1977) LIEGE, EN ROTURE, INAUGURATION DU CIRQUE DIVERS.
(25/01-30/01/1977) Caracas / VE., Museum de Arte Contemporaneo. Sixth International Open Encounter on Video.
(février 1977) Barcelone / ES, J. Miro Fundacio. Seventh International Open Encounter on Video.
(03/03-23/03/1977) Montréal / CA., Institut d'Art contemporain. 03.23.03. Premières rencontres internationales d'art contemporain
(mars 1977) Maastricht / NL, Bonnefantemuseum: Eight International Open Encounter on Video. Video en Film Manifestatie - Kijken en doen. 
(  / -  /  /1977) Toronto / CA, s.1. Environnements sonores.
(  / -  /  /1977) Paris / FR, Galerie Shandar. Enregistrements sonores.
(  / -  /  /1977) Zwolle / NL, Librije Beeldende Kunst. Art Mail.
( /  -  /  /1977) Reims / FR, Musée. Art belge contemporain
(été 1977) Liège, Cirque Divers. Participe à l’animation Foncièrement la petite maison (pavillon psychiatrique) organisée par le Cirque Divers. Elle fut montée à Floreffe, détruite à Villeneuve-lez-Avignon et transformée en expérimentation conflictuelle chez Ben à Nice.
(  /  - /  /1977) Barcelone / ES, J. Miro Fundacion. [Sans titre]
(  /  /1977) Nice / FR; Participe au Pour et Contre de Ben 
(  /  /1977) Sunderland / UK,  Sunderland College. Séquence photographique avec Ben et Lizène, entre autres participants (album photo).
( /  -  /  /1977) Paris, Centre Pompidou à Paris. Ben Vautier place un texte de J. Lizène dans l’exposition L’Espace Post-Duchamp, textes théoriques.
(29/09-30/10/1977) Première quadriennale des jeunes artistes liégeois.
(15/10-17/11/1977) Liège/Sart Tilman. Ouverture du Musée, Vidéo-Film et Audiovisuel.
(06/11/1977) Namur, Maison de la Culture, Média 10-10Festival du Court-Métrage (07e)
(14/11-02/12/1977) Mexico / MX, Colegio Nâcional de la communicacion. Ninth International Open Encounter on Video.
(19/12-25/12/1977) Genève / CH, Galerie Gaëtan. Un Espace parlé. (8 jours / artistes, 24 h sur 24)
(20/12/1977-09/01/1978) Bruxelles, Jardin Botanique. Le Jardin, Lectures et relations (Groupe Cap)
 

1978

(19/01-03/02/1978) Gand, Academie voor Schone Kunsten / Proka. Schede : itinérant et ephemeral.
(30/01-05/02/1978) Osaka / JP, Prefectoral GaHery; (11-24/02) Nagoya, West 8es Gallery. Autoportrait. 
(22/05-27/05/1978) Tokyo / JP, Japan National Video. Tenth International Open Encounter on Video.
(automne 1978) Nagoya / JP, Final Art Institute. Film and Video.
(20/10-09/11/1978) Liège, Cirque Divers, expose la première partie de son mur à la matière fécale 

 

1979

(18/01-04/02/1979) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Jacques Lizène, peinture analitique.
(23/04-30/04/1979) Lyon / FR, Elac, Premier Symposium International d’Art Performance de Lyon.
(11/05-17/06/1979) Bruxelles, Palais des Beaux‑Arts. Œuvres acquises par le Ministère de la Culture. (Communauté française), en 1976/77/78.
(19/06- /  /1979) Marseille / FR, Galerie Adda. Peinture - Ecriture - Scatologie.
(17/11-16/12/1979) Verviers, Musée des B.A. Reflets de la Peinture en Belgique 1950-1970.
(1979) Réalise pour l’émission Vidéographie QUELQUES SEQUENCES D’ART SANS TALENT (suite de petites performances d’une très grande médiocrité)
(1979) Réalise pour le 3ème programme de la RTBF (émissions Autrement dit et Dérive) des performances radiographiques : intervention en direct sur une interview préalablement enregistrée et interprétation de petites chansons non-séductives.

 

1980

(18/01-17/02/1980) Liège, Salle Saint-Georges. Fluxus.
(01/04/1980) L’émission Vidéographie passe « Quelques séquences d’art sans talent »
(30/04/1980) Paris, Centre Beaubourg. L'audiovisuel liégeois.
(16/05/1980) Blégny-Trembleur, Charbonnage d’Argenteau, La nuit parcourt le ciel, poésie à la limite du son.
(03/07-31/08/1980) Liège, Musée d’art moderne, 35ème anniversaire de l’Apiaw. Peinture contemporaine dans les collections privées liégeoises.
(09/09-15/09/1980) Kyoto / JP, Municipal Museum of Art. International Impact Art Festival 80
(12/09-14/09/1980) Liège, s.l., Foire aux musiques. "Écoutez, c'est du belge".
(27/09-02/11/1980) Liège, Musée d’art moderne, Quelques artistes liégeois
(13/10-21/11/1980) Barcelone / ES, Metronom / Centro de Documentacio d’Art actual. Tramesa postal / Mail Art Exhibition.
(07/11-09/11/1980) Bruxelles, Halles de Schaerbeek : Vidéo et public(s).
(09/12-21/12/1980) Liège, Chiroux. Etat présent 80. VI. Essais-Recherches.
(fin de l’année 1980) Tokyo / JP, Galerie Lunami. Mail Art.
 

1981

(30/01 ; 27/02 ; 27/03 ; 24/04 ; 23/05 ; 26/06) Liège, Cirque Divers. Six récitals avec le groupe Lavatory (Stas, van de Velde, Belletti, Debrulle et Garrett List) 
(03/02-28/02) New York / USA, Kitchen Gallery. Présenté par l’émission Vidéographie. A Performance Artist Brings His Dada, Fluxus Sensibiities to TV.
(13/02-28/02/1981) Bruxelles (Woluwé Saint-Pierre), Maison de la culture. Images de théâtre.
(04/04-28/04/1981) Figueras / ES, Galerie Canaleta. Mail Art; Send Your Own Game or Toy.
(15/05-15/06/1981) Bruxelles, Flageygebouw. BRU '81.
(13/06-06/09/1981) Anvers, I.C.C. Naar en in het Lanschap, in de belgisches kunst van het begin van de 19de eeuw tot heden.
(15/06/1981) Donation de Documents rapportés d’un voyage au cœur de la civilisation banlieue à la Fondation Gordon Matta-Clark asbl (Flor Bex).
(01/08-10/09/1981) Ypres, Provinciaal Museum voor Moderne Kunst. Kunst in / als vraag. Negatie - Integratie, van Dada tot Heden in Belgïe 
(17/08-26/09/1981) Bruxelles, Salon d’Art, Metallic. A. international Graffiti Mail Art.
(08/09-13/09/1981) Kyoto / JP, Municipal Museum of Art. Second International impact Festival 
(septembre 1981) Envoie une œuvre au Conceptual Art Museum d’Ottawa / CA.
(03/10-12/10/1981) Kanagawa / JP, Prefectoral Gallery. TheSeventh Independent of Prints in Kanagawa.
(octobre) Barcelone / ES, Metronom. Llibres d’artista/Artist’s Books 
(24/11-28/11/1981) Bruxelles, Atelier Sainte Anne. Art vidéo en Europe
(25/11-05/12/1981) Tokyo / JP, Gallery 612. Mail Art.
 

1982

(1982) MINABLE MUSIC-HALL EN VIDÉO ART.
(09/01-29/01/1982) Liège, Cirque Divers, Metallic A. Graffiti Mail Art 2 
(26/03/1982) Liège, Cirque Divers. Présente, pendant 1 jour, une fresque de 6 mètres.
(29/04-30/05/1982) Liège, Musée d’Art wallon. Quadriennale des jeunes artistes liégeois (02e)
(juin 1982) Nice / FR Participe aux Rencontres Performance (avec Ch. van de Velde).
(  /  - /  /1982) Mexico, s.l., Revoluçion. Mail Art.
(07/09-12/09/1982) Kyoto / JP, City Art Museum. International Impact Art Festival (03e) 
(18/09-03/10/1982) Montecelio / IT, Théâtre. Mostra internazionale d’arte postale.
(02/12-05/12/1982) Albi / FR, s.l., Rencontres d’Albi (avec van de Velde).
(17/12/1982-05/01/1983) Liège, Galerie L’A. La Marelle.
(20-22/12/1982) Bruxelles, Armée du Salut. Exposition et vente publique au profit de l’Armée du Salut et de l’asbl Trans Art Express.
(1982) Lauréat du concours Projets Vidéo-Aide à la Réalisation, Charleroi, 1982, il réalise, d’après un projet de 1981, une suite de clips vidéos sur le minable music-hall (Production WIP et RTBF, présentée en 1983 au Palais des Beaux-Arts de Charleroi et à la galerie L’A à Liège).

 

1983

(23/01-31/01/1983) Bandung (Indonésie), Galerie Decenta. Mail Art Show
(05/02-27/03/1983) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Vidéo, Rétrospectives et Perspectives 
(18/02-09/03/1983) Liège, Galerie L’A. Jacques Lizène. Peintures sur papiers déchirés, toiles à la matière fécale et vidéo.
(12/03-14/04/1983) Stockholm / SE, Moderna Musée. Mail Art.
(23/04/1983) Liège, Musée d’art moderne. Sélection d'œuvres vidéos récentes de la Communauté française de Belgique.
(28/04-28/05/1983) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Pedigrees.
(18/05/1983) Liège, Musée d’art moderne, Vidéo ? Vous avez dit vidéo ?
(30/05-05/06/1983) Nice / FR, Gorbell. 2èmes Rencontres Performance.
(03-26/06/1983) Turnhout, De Warande. W.A.A. Mail eAR Th-Project 
(15/06-20/06/1983) Bâle / CH,              . Art 14’83 (Vidéographie, galerie Stampa de Bâle)
(août 1983) Pontevedra / ES.                    . Biennale, Postal Purpose / Show of Mail Art.
(  /  - /  /1983) Liège, Centre régional d’action contre le cancer.
(15/09-  /  /1983) Bruxelles, Nieuwe Workshop; Hasselt, Provinciaal Museum; Anvers, I.C.C.; Gand, Museum van Hedendaagse Kunst: Rétrospective Vidéo belge 1970-1977
(  /  - /  /1983)     ,     . Synergium Europe-Japon, Temple Stand Art : « Les origines du futur ». 
(septembre 1983) Bruxelles, asbl Papier. [Sans titre]
(13/10-16/10/1983) Liège, Librairie-Galerie Varia. Jacques Lizène. Je n’ai jamais rien vu d’autre de l’Italie.
(08/11-18/11/1983) Genova / IT, Duchessa di Galliera. Mediare, arte del communicare / communicare con arte 
(09/12-09/01/1984) Bodegnée, Galerie du Vieux Tribunal. Salon d’ensemble.
(12/12-12/01/1984) Torino / IT, Libreria Petrini. Alfabeto. Mostra de arte postale.
 

1984

(05/01-01/02/1984) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Jacques Lizène, Albert Pepermans.
(07/01/1984) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Lizène Jacques / Le minable music-hall et son chanteur en dessous de tout. Performance-chant et vidéo.
(10/01-19/01/1984) Mons, Galerie Koma, Ils se paient la tête de J.M. Laloux.
(17/02-09/03/1984) Liège, Galerie L’A, YellowNow, 1970-1985.
(15/03-20/04/1984) Altoona / USA - FA, … Artists Books.
(17/03/1984) Bruxelles, rue de la Tête d’Or, 1. Interférences.
(17/03-01/04/1984) Sôdertälje / SE, Bild and Lyndverkstaden. Video.
(02/04-14/04/1984) Liège, divers lieux et (15/04-06/05) Liège, Musée de l’Architecture, Tectonic ’84.
(17/04-20/05/1984) Anvers, Montevideo Magazijnen (Kattendijkdok-Westkaai, magasin 3 - 4 - 5). De eerste chauvinistische / La première chauviniste.
(14/04-22/04/1984) Aux "Caves de Bourgogne", 33 rue Hors Château. Mythologies individuelles : « Qu’en est-il de nos mythologies ? » ou "Quand nos mythologies individuelles sont enfermées dans des logettes de caves".
(09/05-02/06/1984) Varia. Librairie Galerie (Daniel Higny) Jacques Lizène. Je n’ai jamais rien vu d’autre de l’italie. 
(12/05-09/06/1984) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Nord / Investigations.
(17/05/1984) Parution du catalogue Cinq ans d’art-performance à Lyon.
(04/02-26/05/1984) Liège, Musée d’art moderne. Dans le cadre de Histoires de vidéo...De Wolf Vostell à Marie André.
(13/06-17/06/1984) Paris / FR, Centre G. Pompidou. La création vidéo en Belgique 
(14/06-18/06/1984) Bâle / CH,, Foire d’art international. Art 15’84 (avec la galerie Bilinelli) 
(16/06-01/07/1984) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC – La Châtaigneraie. Tendances et projets.
(06/09-06/10/1984) Chaudfontaine, Parc des sources / Maison Sauveur / Parc de l'hôtel de ville à Embourg. Art Actuel.
(21/09-28/09/1984) Bonn / DE, s.l., Videonale.
(21/09-14/10/1984) Aachen / DE, ancien cloître «Zum Guten Hirten ». Grenzziberschreitungen
(05/10-05/11/1984) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Musée de voyage. 
(13/10-16/10/1984) Liège, Librairie Varia (Daniel Higny), Je n’ai jamais rien vu d’autre de l’italie
(02/11-23/11/1984) Dusseldorf / DE, Kunstakademie. Videoausstellung.
(21/11/1984-20/01/1985) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, L’Art et le Temps, regards sur la quatrième dimension. 
(06/12-16/12/1984) Louvain, De Dijiemolens. Koud Belgiê. Belgium Mythology 
(22/12/1984) Anvers, Small Press and Communication Archive. Présentation de l’ouvrage de Guy Schraenen. Belgian Assembling 

 

1985

(12/01-26/01/1985) Liège, Galerie L'A. Signatures.
(01/02-10/02/1985) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Foire d’art actuel (09e)
(28/02-03/03/1985) Stockholm / SE, s.1.International Video Festival (01e).
(03/03/1985) Mülheim / DE, Städtisches Museum. Video
(21/03-31/03/1985) Bruxelles, Atelier Ste-AnneL’Art est un jeu.
(09-15/05/1985) Paris / FR, Galerie Lara Vincy. Bye Bye Mixage.
(15/05/1985) Participe à l’ouvrage de Daniel Dewaele Art and Society, are there Solutions (Gand, éd. Amarant).
(20/05-08/06/1985) Bruxelles, Beursschouwburg. [Sans titre].
(12/06-17/06/1985) Bâle / CH,     . Art 16’85 
(02/08-02/09/1985) Anvers, De Singel, Parkeren in de Singel. Belgische Kunstenaars en de auto.
(19/08-28/09/1985) Bruxelles, Salon d’Art. Barres-barres. 
(06/09-06/10/1985) Liège, Musée d’art moderne et Parc de la Boverie. Art actuel à Liège 
(07/09-23/09/1985) Anvers, Ruimte Morguen. [Sans titre]
(14/09-17/11/1985) Bruxelles (Jette). De l'animal et du végétal dans l'art belge contemporain / Het Dierlijke en Plantaardige in de hedendaagse Belgische Kunst.
(18/09-05/11/1985) Liège, Sous-sol de la Place Saint-Lambert. Place Saint-Lambert / Investigations.
(27/09-20/10/1985) Liège, Musée d’art moderne. Vidéo in-vidéo out. Travaux d’artistes au carrefour de la vidéo et des arts plastiques.
(11/10/1985) Bruxelles, Halles de Schaerbeek. La nuit internationale de la télécopie.
(oct.-nov. 1985) Mexico / MX, s.l., First International Biennale of Visual and Experimental Poetry.
(01/11-30/11/1985) Anvers, Ruimte Morguen. La chimère dans l’art.
(02/11-10/11/1985) Stockholm / SE, Kulturhuset. Video Art. International Festival.
(05/12-09/12/1985) Bruxelles, Plan K. Exposition-vente au profit de l’asbl Alimentation Cancer.
(22/12/1985-06/01/1986) Knokke, Casino, Made in Belgium (avec la galerie Bilinelli) ; aussi à Liège, Musée d’art moderne, en février-mars 1987.
 

1986

(07/01-31/01/1986) Liège, Galerie 9a. La mythologie du naufrage (le Titanic).
(13/01-01/03/1986) Bruxelles, Salon d’Art. Le salut aux couleurs.
(17/01/1986) Liège, Cirque Divers : "9 ans de bail : un anniversaire", fête anniversaire et présentation du livre : "Cirque Divers, Tome 1" 
(26/01-09/03/1986) Tournai, Maison de la Culture. Les traces de Tintin dans l’imaginaire.
(31/01-01/03/1986) Anvers, Ruimte Morguen, Jacques Lizène. Het ondingkunst (L’art stupide).
(20/02-../../1986Paris / FR,        . s.!., Germs 86. Oeil-dire (expo de photo).
(21/02-06/04/1986) Liège, Mamac. L'A rétrospective
(printemps 1986) Participe au n°2 de la revue Des Arts (Rennes) consacré au thème Primitivisme et nouvelles technologies.
(29/03-28/04/1986) Wavre, Walibi, Sculptures à Walibi.
(1986) Séjour à Barcelone pour préparer son projet de fresque d’art nul pour l’exposition Le gorille blanc du Centre régional d’art contemporain de Toulouse.
(12/04-10/06/1986) Toulouse / FR, Centre régional d’art contemporain. Le gorille blanc. Voyage à Barcelone
(23/04/1986) Portrait de J. Lizène à l’émission Cargo de nuit de J.L. Sbille (RTBF).
(05/05-11/05/1986) Montbéliard / FR, s.l., Ad libitum T.V. 3ème manifestation internationale vidéo-T.V.
(09/05-28/05/1986) Liège, Cirque Divers. Sculpture et voix humaine.
(08/06-28/06/1986) Maastricht / NL, ‘t Bassin. [Sans titre].
(21/06-22/06/1986) Liège, Musée d’art moderne. Les rencontres du 13ème type.
(26/05-03/08/1986) Venezia / IT, Casa Frollo / Biennale Off. Portraits de scène de l'île aux phoques
(19/10-17/11/1986) Liège. 3 lieux. Portraits de scène de l'île aux phoques (Reprise, prolongation, transformation de l’exposition de Venise).
(22/06-07/09/1986) Gand, Kunstencentrum Vooruit. Initiatief d’Amis met werk van 45 Belgische kunstenaars. 
(27/06-30/09/1986) Cagnes-sur-Mer / FR, Château-Musée. Festival international de peinture (18e).
(28/06-02/07/986) Nice / FR, Art Jonction International. Installation-sonore-minable (Stand de Ben).
(juillet 1986) Numéro spécial des Cahiers du cinéma: Où va la vidéo?
(01/08-30/08/1986) Vancouver / CA, s.l., Artistampex.
(27/08-31/08/1986) Liège, Salle Saint-Georges. 75 artistes pour créer la liberté.
(septembre 1986) Chicago / USA, Galerie N.A. M .E. Celebrating the 25th Anniversary of Fluxus. International Art by Mail Exhibition.
(13/09-16/11/1986) Bruxelles, Atelier 340. Matières non assemblées.
(19/09-27/09/1986) Rotterdam / NL, Lantaren / Venster. Festival voor Hedendaagse Kunst 
(24/10-26/10/ 1986) Saint-Brieuc / FR, s.l., Festival international du clip et de la vidéo musicale (04e).
(13/11-16/12/1986) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Et l’art ?
(21/11-20/12/1986) Bruxelles, Centre d’art contemporain. Couleurs bêtes.
(29/11-21/12/1986) Flémalle. Centre wallon d’art contemporain / CWAC La Châtaigneraie. Que reste-t-il ? 
 

1987

(30/01/1987) Breda / NL, Lokaal 01, Performance.
(12/02-06/03/1987) Bruxelles, Sint-Lukasgalerij. Omtrent tekenkunst.Hedendaagse Tekenvormen
(13/03-22/03/1987) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Foire d’art actuel (10e)(avec la galerie Bilinelli)
(25/03-12/04/1987) London / GB, Air Gallery. Live Artists at Air.
(28/03/1987) Liège, Librairie Plexus. Des artistes plasticiens se réunissent pour signer une page prévue dans + - 0.
(02/04-03/05/1987) Roma / IT, Accademia belga. Arte in Situazione Belgica - Situazione dell'Arte.
(14/04/1987) Paris / FR, Maison de la région Nord-Pas-de-Calais, L’état du 13ème type.
(11/05-13/06/1987) Guadalajara / MX, Allianza Francesca, Mes de arte belga contemporanea
(21/05-27/06/1987) Bruxelles, Centre d’art contemporain, Epreuves d’artistes. Photos de J.D. Burton.
(28/05-08/06/1987) Mariemont, Drève du Château. Articulture 2, Trente créations sur le rapport nature-culture.
(29/05-25/09/1987)Budapest / HU, Szepmuveszeti Muzeum. Art Pool International Collection of Artists Stamp.
(juillet-août 1987) Olot / ES , Museu Comarcal de la Garrotxa. Paitsage. Mail Art 
(11/09-27/09/1987) Mons, Casemates, Si vous aviez un terril, qu’en feriez-vous ? 
(09/10/1987Waasmunster, Galerij van de Akademie, Performance en geluidswerk van beeldende kunstenaars (Performances et œuvres sonores d'artistes visuels).
(10/10-15/11/1987) Hasselt, Provinciaal Museum. Euregionale 2.
(11/11-18/11/1987) Anvers, Radio Centraal, Radiofonisch festival van de nieuwe muziek.
(13/12-16/12/1987) Budapest / HU, Liget galleria. Art Pool. Post Mail Art.
(19/12/1987-10/01/1988) Turnhout, Cultuur- en Ontmoetingscentrum De Warande. ICC-videoprodukties 1974-1982. 
 

1988

(02/02-02/04/1988) Budapest / HU………. Post Mail Air Exhibition.
(18/02-22/03/1988) Bruxelles, Galerie Bilinelli. Exposition collective.
(20/02-15/03/1988) Liège, Espace 251 Nord / E2N, Ateliers de production. Bijl Guillaume, Lizène Jacques.
(27/05-14/06/1988) Bruxelles, Iselp. Pages d’artistes hors mesure. Cinquante fois Plus Moins Zéro.
(03/06-12/06/1988) Paris / FR, Grande Halle de la Villette. Inventer 89.
(03/06-31/08/1988) Liège, Salle Saint-Georges. Visages.
(14/06-20/06/1988) Basel / CH.,                  . Art 19’88
(17/06-19/06/1988) Nowe Zamky /Tch., s.l :  Post Mail Art.
(27/06-31/07/1988) Venezia / IT, Casa Frollo. Belgicisme – Objet Dard.
(juin 1988) Hengelo / NL, Jenny de Groot. Art Pool.
(16/07-04/09/1988) Pesaro (Monteccicardo) / I et (17/09-30/10) Firenze / IT, Conventi Serviti di Maria. Borderline.
(24/07-30/07/1988) Tarascon / FR, s.l. Échanges internationaux de poésie contemporaine (05e)
(21/09-26/10/1988) Paris-Montrouge / FR, Centre Culturel et Artistique. Salon (33e). Un Panorama de l’art contemporain belge + Un panorama de l’art contemporain belge. 
(01/10-31/12/1988) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Etats limites, archives des passions.
(13/10-15/11/1988) Bruxelles, Galerie Bilinelli, Jacques Lizène, « Artiste de la médiocrité ».
(30/11-21/12/1988) Hérouville / FR, Théâtre. Rencontres vidéo-arts plastiques 1988.
(22/12/1988-23/01/1989) Liège, Galerie 9A (Michel Lhomme). Cinquante ans de Spirou (personnage de BD) et de Spiroux Jean.
 

1989

(22/01-09/02/1989) Hasselt, International Art Center. Kunstrumenta.
(11/02-12/03/1989) Kolekcja Profesora Gimnastyki.(Collection Baudouin Oosterlynck)
(24/02-19/03/1989) Turnhout, De Warande. Elementen. Kunst maakt school. Project Beeldende Kunsten.
(22/04-25/04/1989) Bruxelles, Galerie Moderne. S.O.S Arménie.
(10/06-23/07/1989) Szekesfehervar / HU, Liszt Ferenc u.l. Post Mail Art.
(21/06-25/06/1989) Assenede, s.1. Holder de Polder-festival 
(25/06-10/09/1989) Liège, Exposition dans la ville : Fenêtres en vue et "Noise" au Musée.
(11/07-  / /1989Aubusson / FR, École nationale des arts décoratifs. Bleu, blanc, rouge. 
(14/07/1989-15/02/1990) Hauterives / FR, Le facteur Cheval et le Palais Idéal. Mail Art Show.
(octobre 1989) Bruxelles, Hôtel de Ville et La Louve. Liberté, Egalité, Fraternité et caetera ...
(14/10-18/11/1989) Rennes / FR, La Criée, Halle d’art contemporain. Lizène Jacques, Rapide rétrospective 1964-1980. PREMIER RETROSPECTIVE A L’ETRANGER.
(11/11-10/12/1989) Flémalle, CWAC – La Châtaigneraie. Carte blanche à Jacques Parisse, 25 ans de critique d'Art.
 

1990

(03/02-25/03/1990) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Portrait d’une collection d’art contemporain. Collection Stéphane et Georges Uhoda.
(08/02-25/02/1990) Paris / FR, Centre Beaunord, La vidéo casse le baroque 
(09/05-09/06/1990) Nantes / FR, Zoo Galerie. Jacques Lizène, artiste de la médiocrité. Petits dessins médiocres de sculptures nulles 1966-1990 avec ou sans fumée comme art d’altitude.
(06/06/1990) Poitiers / FR.                    . Bleu, Blanc, Couleurs
(07/06/1990) Poitiers / FR, Chez un particulier-psy. Exposition, d’artistes liégeois et de la région de Poitiers... (un catalogue est en édition).
(15/06/1990) Mention spéciale du jury au concours Art public-Lieux publics organisé par la Communauté française et la Fondation Roi Baudouin en collaboration avec la Papeterie, Bruxelles.
(06/07-25/07/1990) de Dunkerque à Vendres en passant par Mers les Bains (7), Dieppe (8), Honfleur (9), Saint-Malo (11), Les Sables-d’Olonne (12), Saint-Pierre-d’Oléron (14), La Teste (16), Caussade (18), Montpellier (20), Avignon (21), Vitrolles (23), La Caravane des caravanes.
(16/08/1990) Liège, Galerie 9a. Jacques Lizène est invité avec d’autres artistes par Charles François à signer le crâne de Shimamoto dans le cadre d’une exposition de Mail Art. 
(13/09-15/09/1990) Bruxelles, Galerie Ka (133 rue Keyenveld, 1050). Avant‑saison 90‑91. 3 jours d'accrochage à la galerie Ka.
(04/10-14/11/1990) Liège, Galerie Sacré, Hommage, de Lairesse à nos jours
(30/11-20/01/1991) Jette, Atelier 340. Jacques Lizène.
 

1991

(18/01-15/02/1991) Liège, Hôtel de Bocholtz. Onze artistes du Cirque Divers.
(22/01/1991) Liège, Cirque Divers. Video On.
(21/02-04/04/1991) Liège, Galerie Anc. Ets Sacré. Multiple(s) unique(s).
(16/03-05/05/1991) Hasselt, Provinciaal Museum. Tussen klank en beeld.
(02/06-21/07/1991) Flémalle, CWAC - La Châtaigneraie. Dérision
(août-sept. 1991) Bruxelles, I.S.E.L.P. Mémoire de l’Histoire de l’Art.
(27/09-15/10/1991) Liège, Galerie du Cirque Divers. Jacques Lizène. La Petit Maître et son neveu Xavier, « Néo-déco floral » et autres genres.
(  /  - /  /1991) Nice / FR, Musée de l’Esplanade. Caravanes d’artistes.

 

1992

(20/03-28/03/1992) Liège, Cirque Divers. Vente au profit de Télévie.
(22/03/1992) Paris / FR, Hôtel des Arts. Vente internationale d’œuvres originales d’artistes contemporains au profit d’Amnesty International.
(12/06-22/06/1992) Basel / CH, Foire (23e)
(27/06-15/11/1992) Anvers, Mukha. Les mots et les images dans l'art belge de a à z.
(08/11/1992-06/01/1993) Bruxelles, Hôtel de ville. Lumières éphémères. 11 lieux [en fait, 10 lieux]. 11 artistes.
 

1993

(04/03-30/05/1993) Bruxelles, M.R.B.A. L’art en Belgique depuis 1980.
(04/03-06/03 (puis sur r.d.v - 1993) Bruxelles, Galerie les Contemporains (A.M. Rona). Les trois Jacques, Jacques Lennep, Jacques Lizène, Jacques-Louis Nyst
(19/04-29/05/1993) Bruxelles, Galerie Lucien Bilinelli. Jacques Lizène, Documents anciens.
(23/04-22/05/1993) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Atelier de production. Jacques Lizène, Jean-Marie Gheerardijn, Frédéric Tolmatcheff, Monsieur Delmotte
(mai 1993) Parution du catalogue des « Œuvres acquises par la Communauté française de Belgique de 1989 à 1992 ; dans le volume sculpture », Bruxelles, Communauté française, 1993
(26/06-29/08/1993) Anvers, Mukha. Film, fotografie & mediakunst.
(26/06-10/10/1993) Eupen, Internationalen Ostbelgiens / IKOB. Kontakt 93 Skulpturen: Belgische Künstler in Eupen Städtische Parkanlagen Klinkeschöfchen U.
(29/07-31/071993) Estavar / FR.              . Festival Vidéo (11e)
(11/09-17/10/1993 ; prolongation jusqu’au 07/11/1993) Bruxelles, anciens établissements Old England (futur Musée des Instruments de Musique), Le Jardin de la vierge.
(1993) UN CERTAIN ART BELGE, UNE CERTAINE FORME D’HUMOUR, DOCUMENTAIRE FICTION, 1993. (1993, couleurs, son, 52 min, IRIS production, WIP et RTBF Liège, en collaboration avec Paul Paquay. Et la complicité active d’Anne Aimée)
(23/09/1993) Liège, Cirque Divers. Première vision de son film « Un certain art belge, une certaine forme d’humour » (52’ 30 »), Iris Productions, Wallonie Image Production et RTB F, Liège, « Carré noir ».
(23/09-13/10/1993) Liège, Cirque Divers. Carte blanche à Jacques Lizène qui présente Vrolix, jeune artiste flamand.
(13/10/1993) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Jacques Lizène. Projection de son film, Un certain art belge, une certaine forme d’humour.
(20/10/1993) Anvers, MuKHA. Projection de son film, Un certain art belge, une certaine forme d’humour
(23/10-21/11/1993) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain. Œuvres acquises par la Communauté Française (1989-1992), Artistes liégeois. 
(11/12/1993-15/01/1994) Nantes / FR, Zoo Galerie. Jacques Lizène.
(11/12/1993-20/01/1994) Liège, Musée d’art moderne. Valises.
(18/12/1993-23/01/1994) Paris / FR, Galerie Satellite. De l’amour.
(  /12/1993- /02/1994) Lisboa / PT, Centro de Arte Moderna José de Azeredo Perdigao / Fundaçao Calouste Gulbenkian, La Tentation de l’image.
 

1994

(26/01) RTB la Une et (29/01) Arte 21. Diffusion de son film « Un certain art belge, une certaine forme d’humour ».
(06/05-27/06/1994) Liège, Centre d’art différencié. Art et écritures.
(30/11-15/12/1994) Paris / FR, Galerie Satellite. Riquiqui. Pour une réduction progressive et en douceur de la surface visible des œuvres d’art et jusqu’à leur effacement même.
(01/12-15/12/1994) Paris / FR, Galerie Janos. Extrême limite (Fric en vrac). 
(09/12/1994-04/01/1995) Liège, Cirque Divers. Carte Blanche à la galerie Lucien Bilinelli.
(19/12/1994) Anvers, Stefan Campo Gallery. 100 kunstenaars 100 werken voor Artefactum. Een uitzonderlijke veiling Hedendaagse Kunst. 
 

1995

(26/01-04/03/1995) Liège, La Galerie. Lizène (classic), Exceptionnellement Prix Diminués.
(04/02-19/03/1995) Bruxelles / Jette, Atelier 340. L'Atelier 340 a 15 ans.
(18/05-25/06/1995) Liège, MAMAC. Le Grand Jardinier du Paradoxe et du Mensonge universels, 18 ans de la galerie du Cirque Divers.
(09/05-17/09/1995) Poitiers / FR, Musée Ste Croix. Collection du Fonds Régional d’Art Contemporain (F.R.A.C.) Poitou-Charentes.
(12/05/1995) Valenciennes / FR, Lycée de l’Escaut / Salle polyvalente. Jacques Lizène. Conférence.
(19/05-21/05/1995) Bourges / FR Festival Bandits - Mages, Rencontres européennes et mondiales d'art vidéo (04e).
(24/05-27/05/1995) Knokke, Casino: Kinekunst, festival international.
(26/05-07/06/1995) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Foul Cable Vidéo.
(juillet 1995) Avignon, Beaux-Arts. Le ratage, colloque.
(07/07-01/10/1995) Montluçon / FR, Château de la Louvière / F.R.A.C. Auvergne. Autres victoires (Nouvelle histoire de l’infamie)
(29/09-  /12/1995) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Les Yeux d'un Monde. Situations & perspectives d'œuvres, projets & jeux d'artistes.
(1995) Szentendre-Budapest-Berlin-Paris-New York Expo internationale Hommage à Bartók Post-mail Art.
 

1996

(29/02/1996) Avignon / FR, Divers lieux. La nuit du chasseur.
(29/02-  /  /1996) Mouvement-Inertie.
(24/09-05/10/1996). (Cinquième étape). Valencia / ES, Centre culturel. Mouvement-Inertie
(25/04-22/06/1996) Liège : "Élément Feu" (Quatrième volet du cycle Art & Nature ; après Terre, nov. 1994, Air, mai 95 et Eau, nov.- déc. 95). 
(23/05-22/06/1996) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Elément Feu / Solstice
(22/06-28/07/1996) Bruxelles (Jette), Atelier 340. L’enfant, l’art, l’énergie.
(21/09-01/12/1996) Épinal / FR, Musée départemental d'art contemporain et (28/09-01/12) Mons, Musée des Beaux-Arts. Collections nomades, échanges simultanés
(13/10-03/11/1996) Amay, Tour Romane, galerie Espace R, Intérieur Extérieur.
(15/10-30/11/1996) Trois-Ponts, aux nouveaux établissements Sacré. Entre ciel et terre. Jean-Marie Gheerardijn, Jacques Lizène.
(27/11/1996-31/01/1997) Liège, Espace BBL. 125 ans d’art liégeois. (1870-1995)
(13/12/1996-10/01/1997) Liège, Cirque Divers. Je de mots.
(  /  - /  /1996) Paris / FR, Galerie Michel Ray/Passage Molière [Sans titre]
(  /  - /  /1996) Paris / FR, rue de Seine. Laver l’art.
(  / -  /  /1996) Paris / FR, Place Blanche. Erotica.
(19/12/1996) Caen / FR, Frac Basse Normandie (Abbaye-aux-Dames). Soirée Hiatus.
(1996) Concours pour l’implantation d’une sculpture sur la Place Saint-Lambert..
 

1997

(11/01-12/01/1997) Bruxelles, Le Botanique. Jacques Lizène. Pièce sonore.
(07/02-07/03/1997) Liège, Centre d’art différencié (Parc d’Avroy) Exposition de la dernière chance.
(09/02/1997) Bruxelles, Le Botanique / Rotonde. [Sans titre]
(mars 1997) Turnhout, Cultureel Centrum De Warande. De kubieke kabinetten.
(22/03-20/04/1997) Liège, Galerie Liehrmann. Choix de dessins par Jacques Parisse.
(25/04-29/04/1997) Bruxelles, Heysel. Art Brussels(15e)- Galerie Cyan 
(26/04-19/04/1997) Angoulème / FR FRAC Poitou- Charentes. Participe au 10 jours de l’art contemporain en Poitou Charentes.
(30/04-30/06/1997) Rennes / FR, Triangle. Petit, Économe, Tonitruant.
(mai 1997) Paris / FR, Galerie Michel Ray (Passage Molière). Jacques Lizène.
(mai-juin 1997) Oupeye, Art Home. [Sans titre].
(23/05-03/08/1997) Bruxelles, Le Botanique. Magritte en compagnie. Du bon usage de l’irrévérence.
(01/06-07/09/1997) Soest / NL. De Hazelaar Sculpturen. Beelden in Soest. Ecce Homo.
(06/10-31/10/1997) Gand, Witte Zaal. En collection.
(oct.-nov.-déc. 1997)Jacques Lizène. Sculptures génétiques / Fun Fichier / Genetische Sculpturen
Manifestations organisées par Espace 251 Nord / E2N :
- (20/10-08/11/1997) Liège, F.N.A.C.: « Fun Fichier », processus multimédia.
- (07/11-06/12/1997) Liège, La Boutique, rue Bonne-Fortune, 2 / En face du café « chez Georges » : Musique à l’envers (1979); avec double renversement (1996); sculpture nulle en vidéo-installation (1996); photographies retrouvées de 1968; sculptures génétiques (1971) et « Fun-fichier » (1993), comme internet’art (1996) et autres remakes.
- (08/11-06/12/1997) Hasselt, Atelier Siegersveld 12, Carte blanche 
(16/11/1997) Mariemont, Musée Royal. Séance de projections de vidéogrammes sur la thématique du corps.
(18/12/1997-28/02/1998) Liège, La Boutique (ou « En face de chez Georges ») Ecoles liégeoises & spécialités belges.
 

1998

(08/01-17/01/1998) Paris / FR, Université de Paris 1 Panthéon / Salle Michel Journiac. Jacques Lizène.
(16/01-  /  /1998) Bruxelles, Galerie Lucien Bilinelli (nouvelle adresse : 170, avenue Brugmann, Bruxelles). Jacques Lizène.
( /  /1998) Hérouville-Saint-Clair / FR. Opérette d’artistes. Fractal Musik n° 2. Revue sonore et informative.
(  / -  /  /1998) Nice / FR, Espace Ben Vautier. Centre du Monde.
(20/04-28/04/1998) Bruxelles, Heysel. Art Brussels. Foire d’Art actuel (16e) (Espace 251 Nord / E2N y présente, pour son 15e anniversaire, Images d’exposition 1983-1998)
(12/06-30/06/1998) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Images d'expositions 1983-1998. 
(10/06-06/09/1998). Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Figures de proues. 40 sculptures des collections de la province de Hainaut.
(05/09-20/09/1998) Honfleur / FR, Grenier à Sel. Allais Honfleur Ring Satierik.
(19/09-25/10/1998) Bruxelles (Jette) Atelier 340 Muzeum. Amorce d'une collection.
(octobre 1998) Publication de la revue La Nouvelle Interlope (n° 1) par l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes.
(pp. 61-63 Jacques Lizène, 10 à 12 pages un peu nul [sic]).
(29/10-29/11/1998) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Jacques Lizène. Petit maître de l'Art du nul, quelques remakes comme Art d'attitude. "L'inachevé en tentative manquée d'inachèvement", (exposition inversée) Exposer l’autre, 1974, remake 1998.
(20/11/1998-10/01/1999) (Mamac et divers lieux) L’arbre qui cache la forêt.
(18/12-20/12/1998) Paris / FR, Quai Voltaire / Caisse des dépôts et consignations.  Jacques Lizène. Remake '98.

 

1999

(19/01-28/02/1999) Bruxelles, Iselp et Le Botanique. Liberté, libertés chéries ou l’Art comme résistance à l’art. Un regard posé sur dix années d’acquisitions de la Communauté française (1989-1999).
(22/01-24/01/1999) Bruxelles, Centre culturel de la Communauté française - Le Botanique. Création sonore et radiophonique. Deuxième rencontre. La fiction.
(30/01-06/03/1999) Paris / FR, Galerie Art Concept. Attention.
(06/02-03/03/1999) Liège, Espace 251 Nord / E2N et Flux. Strange Fruits 1. 
(24/02/1999) Liège, MAMAC. Première soirée organisée par les « Jeunes Amis du Musée », sous-section de l’Alpac nouvellement créée : Rencontre avec Jacques Lizène.
(06/03-26/03/1999) Jodoigne, Galerie du Crabe. Expo Mail Art.
(01/04-10/04/1999) Paris / FR, Galerie Michel Ray. Jacques Lizène.
(16/04-02/05/1999) Opération Casse-Croûtes au lieu-dit Le Cirque Divers (FERMETUJRE du LIEU).
(03/05/1999) Poitiers / FR, E. E. S. A. T. I.. Jacques Lizène. L’artiste de la médiocrité comme art d’attitude, amateur et collectionneur mental.
(les sam. 08 et 22/05, 05 et 19/06 ou sur rdv du 08/05 au 28/06/1999) Oupeye, Art Home. Le cul dans l’art, l’art du cul.
(09/06-07/11/1999) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Venise, Off Biennale (48e). En attendant l'année dernière. Archives actives © 
(20/06-15/08/1999) (Hainaut ; organisation : Centre culturel du Centre). Artour
(05/09-03/10/1999) Aarschot, Speelhoven. Speelhoven ’99.
(02/10-24/10/1999) Tournai, Hôtel de Ville. Mélodies en sous-sol : collection de la province de Hainaut.
(30/10-31/12/1999) Namur, Maison de la Culture. Faces, Entre portrait et anonymat.
(21/11-24/11/1999) Bruxelles, Argos. Informatiedagen (03e) 1999 information days
 

2000

(14/01-14/02/2000) Liège, Espace D’une Certain Gaieté. Jacques Lizène. Sculptures génétiques en remake évidemment.
(30/03-04/04/2000) Bruxelles, Heysel. Art Brussels, Contemporary Art Fair (18th) 
(07/04-15/05/2000) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Pièces à conviction.
(26/05-04/06/2000) Paris, Galerie Public (Impasse Beaubourg, 4). Jacques LizèneRencontre avec Arnaud Labelle-Rojoux et Jean-Yves Jouannais.
(  / -  /  ) Paris / FR, Galerie Michel Ray. Lizène Jacques.[cf. bio. Sur le site de la galerie N. Vilenne] 
(02/06-20/08/2000) Liège ; (19/05-17/06/2000) Aachen ; (17/06-01/10/2000) Knokke ; (  / -  /  ) Esplanade Rockefeller, New York ; (printemps / été 2001) Luxembourg : World Wild Flags, Drapeaux d'artistes.
(26/10/2000) Cotis – SP / BR. Estrada do Layer. One Minute World Festival.
(04/07-05/12/2000) Angoulème / FR, Hôtel Saint-Simon. Haut de forme et bas fonds.
(24/06 24/09/2000) Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten / KMSK. MO(u)veMENTS. Kunstenaarsbewegingen in België 1900-2000 / Mouvements d’artistes en Belgique 1900-2000 / Artists movements in Belgium 1900-2000. 
(16/09-17/09/2000) Bruxelles, MRBA / Atelier de moulage du Cinquantenaire. Jacques Lizène.
(27/09-12/11/2000) Strasbourg / FR, Galerie Hors Lieux. La Vérité.
(10/10-14/10/2000) Marseille / FR, Friche la Belle de Mai. Les 6es Vidéogrammes, festival de création vidéo et multimédia.
(11/11-23/12/2000) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC Libres échanges. Une histoire des avant-gardes au pays de Liège de 1939 à 1980.
(16/11-19/11/2000) Namur,               . Media 10-10. Festival du court métrage de Namur (22e)
(07/12/2000-11/01/2001) Moscou / RU, Maison centrale des artistes. Le fou dédoublé, L’Idiotie comme stratégie contemporaine.
 

2001

(19/01-25/02/2001) Liège, MAMAC. Hommages / Outrages. Picasso.
(février 2001) Nantes / FR, Olympic. Carte blanche à Pierrick Sorin.
(22/02-31/03/2001) Liège, Salle Saint-Georges. La peinture contemporaine à Liège.
(24/03-27/05/2001) Bruxelles, Atelier 340. Fabrique d’anges I. Installation en mouvement.
(29/03-12/05/2001) Bruxelles, Aeroplastics Contemporary. Face Off. 
(10/04-26/05/2001) Valenciennes-Denain / FR, L’Aquarium (Galerie de l’école des Beaux-Arts de Valenciennes). Jacques Lizène. Sculpture(s) génétique(s).
(07/06-09/09/2001) Venezia / IT. Biennale de Venise, 49e édition (Palazzo Franchetti, Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti). La Trahison des Images. Portraits de scènes.
(28/06-12/08/2001) Oud-Rekem, Domein Reckheim. Kennis en Kenis.
(13/07-26/08/2001) Gand, Caermersklooster - Provinciaal centrum voor kunst & cultuur. Shoes or no Shoes ? Het Museum voor Schoene Kunsten. 
(29/08-21/09/2001) Herzogenrath / DE, Forum für Kunst und Kultur. Euregio Künstler.
(18/09-18/11/2001) Liège, Le Comptoir du Livre. La Troisième Mi-temps.
(16/09-28/10/2001) Bruxelles, Tour & Taxis. Ici et Maintenant. Belgian System.
(28/09-13/10/2001) Liège, Espace Flux. Garcia-Rubio Pablo (invité de dernière min : Jacques Lizène).
(05/10/2001-27/01/2002) Mons, Musée des Beaux-Arts / Machine à eau / Salle Saint-Georges. Art/W20. Un 20e siècle d'art en Wallonie. (Peinture, sculpture, gravure, photographie.
(20/10/2001) Namur, Divers Lieux : Aula Major, Forum de la Faculté de Droit, Bunker (Faculté de Médecine, Maison de la Poésie, Eglise Saint-Loup. Nuit de l’art vidéo.
(26/10-24/11/2001) Bruxelles, ISELP. Le clonage d'Adam.
(27/10-01/12/2001) Paris / FR, Art concept. Jacques Lizène, Sculptures génétiques et Lotissement de cimaise.

 

2002

(12/01-09/02/2002) Liège, Les Brasseurs. Nature humaine.
(14/01-22/02/2002) Paris / FR, Espace Belleville-CFDT. L'humour dans l'art contemporain.
(09/02/2002) Liège, Espace 251 Nord / E2N. Le minable music-hall et le chanteur en-dessous de tout.
(21/03-05/05/2002) Liège, Centre-Ville. Bonjour, 24 artistes vous rencontrent.
(23/03-24/03/2002) Marchin, Centre culturel (expo à la buvette du FC Vyle-Tharoul) Lithocalques sur le thème du football.
(17/03-26/04/2002) Palais de Justice, Petit Château et Médiatine. 100 artistes pour les 100 ans de la Ligue des Droits de l'Homme. 
(15/05/2002) Paris / FR. Nonose Club on Tour. (Avec Jacques Lizène au Palais de Tokyo)
(03/06-15/06/2002) Marseille / FR, Friche la belle de Mai. Les 7èmes Vidéogrammes. Festival de Création Vidéo et Multimédia.
(08/06-15/09/2002) Kassel / DE. Documenta 11
(27/06-16/09/2002) Liège à L’Ombra. Il Vino.
(08/08-08/09/2002) Malaucène / FR, Galerie Martagon ; Sauman / FR., Château. La Cuite.
(07/09-20/10/2002) Namur, Maison de la Culture. Cap. Art relationnel. Un aspect de l'art contemporain en Belgique.
(27/09-11/11/2002) Bruxelles, galerie commerçante Rue de Ruysbroeck. Autour de Bruno di Rosa (à l’initiative d’Isabelle Arthuis, dans le cadre de ForwArt 2002)
(04/10-15/12/2002 ; accrochage évolutif ; prolongation jusqu’au 05/01/2003) Liege, Espace 251 Nord / E2N. Le colloque des chiens. Off Collection, Biennale di Venezia, 1986-2002.
(24/10-30/10/2002) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Corps I.
(26/10-17/11/2002) Comblain-au-Pont, Au cimetière Saint-Martin & Musée du Pays Ourthe-Amblève. Danses macabres. 
(08/11-22/12/2002). Liège, Galerie Nadja Vilenne. Corps II.
(09/11-23/11/2002) Brest / FR, Centre d'art Passerelle. Présentation de films vidéo. Sur un projet d'Isabelle Arthuis, Ann Veronica Janssens et Erwan Mahéo.
(09/11-08/12/2002) Brest / FR, Musée des Beaux-Arts. Jacques Lizène. Naufrages de regard(s).
(10/11-01/12/2002) Tourinnes-la-Grosse, Fêtes de la Saint Martin (37e). Le jeu des apparences.
(  /  - /  /2002) Bruxelles, La Lettre volée. Glimpses, The world after september 11.
(29/10-29/12/2002) Bruxelles, MRBA (Salle 71). CAP°, un groupe, un concept / Cap, een groep, een concept.
(22/11-21/12/2002) Bruxelles, Galerie Les Contemporains (Anne-Marie Rona). Cap chez les Rona.
(29/11-21/12/2002) Bruxelles, Espace culturel BBL (place royale). Act. vente caritative organisée par le Rotary Club de Waterloo en faveur du Fonds Georges Kamp.
(18/12/2002) Liège, Mamac, une soirée "D'une Certaine Gaieté" offerte par l'Alpac avec Lulu & Co, Phil, Lizène Jacques, Daemers Fanchon et Teicher Yves présentés par Abou Nour 1e, sultan de Bouillon.

 

2003

(18/01-08/02/2003) Liège, Galerie Flux. CAP chez Flux.
(01/02-30/03/2003) Sète / FR, Crac, Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc Roussillon. Coconutour.
(13/02-30/03/2003) Bruxelles (Watermael-Boitsfort), Centre culturel - La Vènerie. Pierart Pol. Mot pour mot
(07/03-25/05/2003) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Le Colloque des Chiens. Off Collection - Biennale di Venezia, Part II. 
(15/03/2003) Pessac / Fr, Campus universitaire Bordeaux 3 / Maison des Arts. Very Gratin.
(avril 2003) Londres / GB, Curzon Soho cinema. www.internationalexhibitionniste.org.
(  / -  /  /2003) Valenciennes / FR, Galerie de l’Ecole des Beaux-Arts / l’Aquarium. …….…
(11/05-15/06/2003) Liège, Place Saint-Lambert. Simenon d’une pipe. Une manifestation sérieusement drôle à Liège.
(15/06-30/09/2003) Bruxelles / St Gilles. Le Chalet de Haute Nuit. Country. Paysages, régionalismes, magie (La collection du Chalet + invités) 
(01/07-01/09/2003) Liège, Galerie Nadja Vilenne : Jacques Lizène. Conversation avec le 25e Bouddha - Tamara Laï. Solénoïdes, cyberpoésie. 
(09/08-02/11/2003) Bruxelles, Atelier 340. L'histoire d'une collection / Geschiedenis van een verzameling, 1979-2003
(15/08-15/10/2003) World Wide Flags – Drapeaux d’Artistes 2003. Liège, Visé, Seraing, Huy, Namur
(  / -  /  /2003) Marseille / FR, Friche la Belle de Mai. Le Cabaret Schpountz : une carte blanche à Arnaud Labelle-Rojoux en collaboration avec le FRAC PACA
(12/09-15/09/2003) Nice / FR Mamac, Théâtre de Nice et dans plusieurs galeries et lieux différents. Festival Fluxus. Le seul mouvement artistique radical du XXe siècle.
(20/09-26/10/2003) Verviers, Musée des Beaux-Arts et de la Céramique. Queneau / Blavier, travaux en cours.
(24/09/2003) Paris, Palais de Tokyo. PROJECTION. "Lizène, de la cacaphonie à la cacophonie" de David Lucas, 2001-2003.
(02/10-01/11/2003) Bruxelles, Galerie Damasquine. Jacques Lizène. Remake(s) & remake(s). Sculptures génétiques (1970) et matière fécale (1977)
(03/10-01/11/2003) Bruxelles, Aliceday. Jacques Lizène, "Remake & re-remake", vidéo installation, performance.
(18/10-28/10/2003) Bruxelles, Galerie Les Contemporains. Noces d'Or de la Galerie, 30 ans de la revue +-0. Aventure artistique de la famille Rona.
(23/10/2003) Liège, Galerie Nadja Vilenne. La seule vidéo dont on peut dire : c’est de la merde. Vraiment !
(31/10-06/11/2003) Liège, Galerie D’Une Certaine Gaieté. La part du mort.
(01/11-01/12/2003) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Jacques Lizène, 39 ans d’art médiocre, de la cacophonie à la cacophobie ; Sylvie Macias-Diaz, Femmes d’intérieur.
(15/11-15/12/2003) Villaverla (IT) Villa Ghellini. Raymond Queneau 1903 – 2003
(19/12/2003-08/02/2004) Liège, MAMAC. Chaque minute l'art à Liège change le monde. Quinze regards sur la collection de la Cera Foundation.
(  / -23/11/2003) Tours / FR, Château. Pour de vrai ? 
(06/12/2003-10/01/2004) Tours / Fr, Ecole supérieure des Beaux-Arts. Stars
 

2004

(21/01/2004) Nice / FR, Cinéma Le Mercury. Jacques Lizène, Séance tenante. Séance de vidéo nulle. 
(23/01-27/03/2004) Marseille / FR, Frac Paca dans ses locaux et à Red District. Prêts à prêter
(11/02-14/02/2004) Madrid / ES, MediaLab. La creación de la Guerra de los Balcanes : el juego
(14/02-31/03/2004) Liège, Piscine de la Sauvenière. Changer de peau.
(14/02-31/03/2004) Liège, Musée d’art moderne et contemporain. Nature humaine, nature animale.
(06/03-24/05/2004) Tourcoing. Musée des Beaux-Arts / Galerie Commune du Pôle arts plastiques de l'université Lille 3, au 36 bis, la galerie de l'ERSEP et à l'Hospice d'Havré, Maison Folie de Tourcoing. Amicalement vôtre. Vidéo à la carte
(26/03-02/06/2004) Brugg / CH, ALPHAarte Gallery. International artists works on paper.
(26/03/2004) Lille / FR. A l’univers. Jacques Lizène, 40 ans d’art médiocre, cacaphonic remix.
(02/04-08/08/2004) Lille / FR, Tri Postal. Les Afriques
(07/04-16/05/2004) Gand, Richard Foncke Gallery. Jan Lijzeen, new flemish artist (2003), l'autre génie d'art sans talent. 
(23/04-15/05/2004) Bruxelles, Atelier 340 Muzeum. Approvisionnement de printemps. Vente aux enchères.
(23/04-05/06/2004) Bruxelles, Galerie Aliceday. Bande annonce, dessins et performances.
(26/04/2004) Ixelles, Petit Théâtre Mercelis. Vollevox # 4
(20/06-29/08/2004) Bruxelles (St Gilles). Le Chalet de Haute Nuit. Country 2, curiosités, arrière pays, tourisme (La collection du Chalet)
(04/07-10/10/2004) Meymac / FR, Abbaye Saint André, Centre d'art contemporain. Grotesque, burlesque, parodie. 
(21/08-05/09/2004) Liège, Le Comptoir. C'est le pied.
(21/08-17/09/2004) Malaucène / FR, Galerie Martagon. Postérieurs.
(28/08-23/10/2004) Amsterdam / NL, Netherlands Media Art Institute. Channel Zero.
(11/09-07/11/2004) Charleroi, B.P.S. 22. Storage / L'entrepôt du Musée. Collection de la Province de Hainaut.
(21/10-25/10/2004) Paris,            .Fiac (31e ).
(22/10-30/11/2004) Bruxelles, Atelier 340 Muzeum. L'Objet détourné
(31/10/2004-23/01/2005) Eupen, IKOB. Vanitas, Eitelkeit van de ijdelheden.
(01/12/2004-01/01/2005) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Papiers divers et dérivés.
(18/12/2004-27/02/2005) Anvers, Museum voor Hedendaagse Kunst / MUKHA. Dear ICC, Aspects of contemporary art in Belgium 1970-1985.
(  / -  /  /2004) Bruxelles (St Gilles), Le Chalet de Haute Nuit. Un Chalet d’amateur (imaginaires-curiosités-high technology) (La collection du Chalet) 
(  /  - /  /2004) Brescia / IT, Studio Brescia Arte Contemporanea. Poesia totale.
(  / -  /  /2004) Liverpool / GB, Tate Gallery. The Uncanny.
(2004-2005) Projet Cone Sud, Fondos Regionales de Arte Contemporaneo Ile de France y Poitou-Charentes. (exposition itinérante en Amérique du sud)

 

2005

(04/03-15/05/2005) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. La Belgique visionnaire. C'est arrivé près de chez nous.
(09/03-30/04/2005) Buenos-Aires / AR, Museo de Arte Moderno de la Ciudad / MAMBA. Fondos Régionales de Arte Contemporaneo Île-de-France y Poitou-Charentes.
(11/03-30/03/2005) Nivelles, Aux Récollets / Esplanade du Souvenir. Jeux de mots.
(18/03-30/04/2005) Bruxelles, Aeroplastics Contemporary. After Nature - Figurative Paintings & Drawings by 20 Artists.
(22/05-19/06/2005) Ecaussines (au pied du château fort). Chez *.
(21/05-22/05/2005) Liège, rue Basse-Wez, 347. 4020. Visites des nouveaux ateliers de Roel Goussey, Michel Leonardi et Pierre Pétry. Avec en permanence la projection du cout métrage de Jacques Lizène, Un certain art belge, une certaine forme d’humour.
(25/05/2005) Paris / FR, Palais de Tokyo. Table tonde : La ligne oubliée : une autre histoire de l’art (4/4)
(01/06-30/06/2005) Bruxelles, Galeries Ravenstein. Ravenstein - galleries - part II
(07/06-04/09/2005) Paris / FR, Jeu de Paume. Burlesques contemporains.
(09/06-11/06/2005) Venise / IT, Off Biennale (51e), Black Box – Les Afriques. Livre-catalogue.
(25/06-28/08/2005) Château Gontier / FR, Le Carré - Chapelle de Genêteil - Centre d’art contemporain. Jacques Lizène.
(18/08-10/09/2005) Liège, Le 26, Centre d’art contemporain. [Sans titre]
(09/09-23/10/2005) Liège, MAMAC. Digestions. Mémoire et transmission.
(06/10-10/10/2005) Paris / FR, Porte de Versailles. Fiac 2005 
(05/11/2005-08/01/2006) Nice / FR, Villa Arson. Lotissement de cimaises
(  /  - /  /2005) Bayonne / FR, locaux du Frac Aquitaine. C'est l'été
(  / -  /  /2005) Roma / IT, Palazzo delle Esposizioni. The 1970s and The 1980s.
(  /  - /  /2005) Brescia / IT, Sala SS Filippo e Giacomo. Mostra d’art patafisica contemporanea. Dzlla ‘patafysica all’ apatafisica (ontogenesi patafisica e interpretazione degli umore)
 

2006

(21/01-25/05/2006) Paris / FR, Palais de Tokyo. [Sans titre]
(30/03-06/05/2006) London / GB, Dicksmith Gallery. Writing in Strobe.
(21/04-24/04/2006) Bruxelles, Heysel. Art Brussels.Contemporary art fair (24e) 
(14/05-03/06/2006) Bruxelles, La Maison du Livre. Festival Au cabaret des âmes.
(19/05-17/09/2006) Liège, Divers lieux en centre-ville. Images publiques, 1e triennale d'art public.
(21/05-25/06/2006) Ecaussines. Le Chalet de Haute Nuit. Musée à vendre (gravures – multiples– autographes).
(01/06-01/09/2006) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Summertime.
(09/06-31/07/2006) Paris / FR. Galerie Marion Meyer. Hommage à Sade.
(29/06-17/09/2006) Liège, Musée d’Ansembourg. After Cage. Potlatch & Gambit, Trésors Cachés : Cabinets de curiosités, Wunderkammern.
(02/07-10/09/2006) Watou, Divers lieux. Poëziezomer Watou 2006 : Extiem.
(08/09-10/09/2006) Liège, Caserne Fonck. Une nuit pour la culture.
(21/09-23/09/2006) Paris / FR, St Germain des Prés / divers lieux. Tas d’esprits.
(26/10-30/10/2006) Paris / FR, Cour carrée du Louvre. FIAC.
(30/10/2006) Liège, Théâtre de la Place. Vente aux enchères au profit des Sans Papiers.
(11/12/2006- /01/2007) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Arnaud Labelle-Rojoux, Jacques Lizène : Frontières cordiales.
(12/12/2006 - /01/2007) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Un morcellement de cimaises, 1970, remake 2006/07 de Jacques Lizène pour ex-voto d'artistes, sur sculpture génétique d'un sapin croisé palmier, 1971-1984, remake 2006/07.
 

2007

(20/01-18/02/2007)Liège, le Comptoir. Carte blanche à l’Atelier 340 Muzeum.
(21/01/2007) Nice / FR, Mercury. Lizène Jacques. Soirée vidéo.
(  / -01/03/2007) Addis Abeba / ET, Lela Art Gallery. Images d’expositions.
(02/03-31/03/2007) Bruxelles, Le Bonheur (ou L’Epicerie Individuelle) Lizène Jacques.
(28/03-25/06/2007) (Bruxelles, Cabinet de Mme la Ministre Fadila Laanan). Images d’expositions.
(01/04-13/05/2007) Chamarande / FR, Domaine départemental. Urban connections (I). Œuvres de la collection de la Province de Hainaut (Belgique).
(18/04-26/05/2007)Bruxelles, Des Arts. Jacques Lizène. Sculptures génétiques. Rotation des stocks
(06/10-17/11/2007) Liège, E2N, Lizène. Rotation des stocks (second volet de l’exposition de Des Arts)
(19/04-23/04/2007) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels. 25e anniversaire.
(13/05-30/08/2007) Chamarande / FR, Domaine départemental. Urban connections (II)
(29/06-18/11/2007) Anvers, Museum voor Hedendaagse Kunst – MuKHA. Who’s got the big picture ?
(07/07/2007) Liège, Musée d'art moderne et d'art contemporain. La nuit de la vidéo.
(15/09-11/11/2007) Château Gontier / FR, Le Carré. Finitude.
(29/09-10/11/2007) Bruxelles, Argos. Up to, and including the limits.
(14/10-29/10/2007) Tian-Jing / CN, TAGA Gallery. Over the hedge (Au-dessus de la haie).
(06/10-17/11) Liège, Espace 251 Nord. [Sans titre]
(18/10-22/10/2007) Paris, Cour carrée du Louvre. FIAC
(20/10/2007-06/01/2008) Paris / FR, Musée d’Art moderne de la Ville. Playback
(11/11-08/12/2007) Jette, ancienne usine Pfizer, chaussée de Wemmel, 99. be-autiful. (au Belgicarium)
(28/11-12/01/2008) Paris / FR, Galerie Marion Meyer. Autofictions.
 

2008

(05/01-10/02/2008) Liège, Galerie Nadja Vilenne Artistes belges. 
(11/01-03/02/2008) Liège, Musée d’Art moderne et contemprorain – MAMAC. Autour d’une affiche… une idée de Georges Bianchini.
(23 et 25/01 ; 1-11-13/02/2008) Jette, Atelier 340. Les animaux de la ferme et une petite usine blanche.
(25/01-16/03/2008). Gand, Smak, Collection of artist's hands
(février 2008) Brescia / IT. Mostra Istuzzicadenti + Aniversario do Collage de Pataphysique.
(15/02-15/03/2008) Liège, Espace Uhoda. A selection of photographic works from the Uhoda Collection
(16/02-30/03/2008) Liège, Espace Flux. Le maçon et la blanchisseuse.
(29/02-30/04/2008) Bruxelles, Des Arts – Liège, e2n. Un projet d’Archives Actives.
(28/02-24/05/2008) Nice / FR, Villa Arson. Ne pas jouer avec des choses mortes, Do not play with dead things.
(12/03/2008) Maastricht, Theater aan het Vrijthof et T'Brandweer Théâtre. Festival de performancesHimmelsweg (Chemins de paradis)
(26/03-27/07/2008) Herford / DE, MARTa Herford. Die Hände der Kunst.
(24/05/2008) Nice / FR, Villa Arson. Comprendo. Carte blanche à Arnaud Labelle-Rojoux.
(01/03-03/05/2008) Nice / FR, Galerie d'Art contemporain Sandrine Mons. Made in Belgium, un certain état d'esprit... Exposition de groupe, de 1875 à nos jours, en zone neutre et temps de paix.
(12/03/2008) Maastricht, Theater aan het Vrijthof et T'Brandweer Théâtre. Festival de performancesHimmelsweg (Chemins de paradis).
(18/04-21/04/2008) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels (stand Galerie Nadja Vilenne).
(  /  - /  /2008) Liège, Espace Les Brasseurs. Pages Blanches.
(25/04-27/04/2008) Liège. Académie royale des Beaux-Arts /// ESAL. Jacques Lizène. Une certaine idée de la médiocrité (traces d’un workshop à l’Aca)
(07/05-11/08/2008) Paris / FR, Centre Georges Pompidou. Traces du sacré.
(27/05/2008) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles.Jacques Lizène. Soirée-performance.
(02/06-07/06/2008) Bâle / CH,             .Foire internationale – The Volta Show 4.
(19/06-17/08/2008) Liège, Galerie Nadja Vilenne. L’Amiral cherche une maison à louer.
(27/06-07/09/2008) Liège, MAMAC. Signe - Ecriture -Signe.
(01/08-  / /2008) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Hofmann Pierre-Philippe. Lieux communs.
(03/08-  /  /2008) Maastricht / NL, T’Brandweer. Jacques Lizène. Antiquités Contemporaines / Hedendaagse Antiek + Lotissement de cimaises. 
(25/09-21/11/2008) Bruxelles, Palais de Justice. Corpus Delicti.
(23/10-26/10/2008) Paris / FR, Cour Carrée du Louvre. FIAC 08. (avec la galerie Nadja Vilenne)
(  / -  /  /2008) Berlin / DE,               Art Forum.
(04/11-20/12/2008) Saint Yrieix-la-Perche / FR, Centre du livre d’artistes. [Sans titre]
(20/11/2008-17/01/2009) Bruxelles, Aeroplastics Contemporary. Power to the people.
(  /  - /  /2008) Dudelange / LU. Galerie Nei Liicht et Centre d’art Dominique Lang. Donation du Chalet de Haute Nuit (BE) à la Ville de Dudelange (LU)
 

2009

(18/01-15/02/2009) Esslingen / DE, Galerien der Stadt Esslingen / Villa Merkel. Argos - Open Lounge.
(31/01-27/03/2009) Anvers, MuKHA. Le(s) Moi(s) de Lizène.
(19/03-30/05/2009) Anvers. L.L.S. Ruimte voor actuele kunst, vzw. Jeugdzonde. Over opus één en opus min één (Péché de jeunesse. À propos de l'opus un et de l'opus moins un)
(15/04/2009) Paris / FR, Centre Georges Pompidou. Tutorial, mode d'emploi du cinéma.
(23/04-27/04/2009) Bruxelles, Heysel. Art Brussels. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(23/04-24/05/2009) Genève / CH, Haute école d’Art et de Design / HEAD. Les Arts Incohérents réactivés.
(24/04-07/06/2009) La Louvière, Musée Ianchelevici. No style, no glory.
(01/05-21/06/2009) Shanghai / CN, Art Museum A story of the Image. Old & New Masters from Antwerp.
(15/05-16/05/2009) Vitry-sur-Seine / FR, Musée d’art contemporain en Val de Marne / MACVAL. Colloque événement. Date limite de conservation.
(10/06-14/06/2009) Bâle / CH,                . ART 40 / The Volta Show 5.
(20/06-12/09/2009) Liège, Madmusée. Il y a rire et rire.
(02/08-20/09/2009) Eupen, IKOB. Lizène.
(08/08-13/09/2009) Malaucène / Fr, Galerie Martagon et (10/10-10/11/2009) Paris / Fr, Galerie Marion Meyer. Les Putes.
(12/09-29/11/2009) Charleroi, BPS 22. T-Tris.
(14/10/2009-09/01/2010) Pau / FR, Vidéo K. Jacques Lizène Apparitions au Parvis de Pau.
(22/10-25/10/2009) Paris / FR, Cour carrée du Louvre. FIAC, Stand D03 (Galerie Naja Vilenne)
(01/12-13/12/2009) Nice / FR, Villa Arson. Jouons avec les vidéos mortes de Jacques Lizène.
(12/12/2009-17/01/2010) Bruges, Stadshallen / Halle Belfort. That's all Folks !.
 

2010

(30/01-23/03/2010) Turhout, De Warande. Département des coqs.
(  /  - /  /2010) Paris / FR, La Maison rouge - Fondation Antoine de Galbert. Vinyle, Face B. La collection de Guy Schraenen. Disques et pochettes d’artistes.
(28/02-25/04/2010) Liège, Les Chiroux et divers lieux. Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège (7ème). 
(23/04-26/04/2010) Bruxelles, Heysel. ArtsBrussels (28e(avec la Galerie Nadja Vilenne)
(13/05-07/07/2010) Liège, MAMAC. Cycles et métamorphoses.
(28/05-03/06/2010) Bruxelles, Librairie Saint-Hubert. Cherry International n° 1. Jacques Halbert invite Jacques Lizène.
(29/05-10/07/2010) Paris, Galerie Gabrielle Maubrie. Le beau est un moment du laid.
(14/06-18/06/2010) Université de Paris 3 Sorbonne nouvelle / Maison de la recherche. Figures de l’imposture.
(06/05 -12/09/2010) Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts. : En regards deux collections, une seule passion.
(11/09-21/11/2010) Gand, Stedelijk Museum van Actuele Kunst / S.M.A.K. Tegenlicht [Rétroéclairage].
(  / -  /  /2010) Gand, Parnassus Kerk. Mixed 2010.
(08/10-31/10/2010) Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains. Art Belge Contemporain.
(21/10-24/10/2010) Paris, Grand Palais. FIAC 2010.
(  / -  /  /2010) Paris / FR, Palais de Tokyo. Prix Lafayette, concours du Nu Nul.
 

2011

(22/02-02/03/2011) Namur, Galerie Détour.CAP sur le web.
(18/03-29/05/2011) Paris / FR. Centre Wallonie-Bruxelles. L’Art de l’Irrévérence.
(avril 2011) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels (avec la Galerie Nadja Vilenne) 
(04/06-27/11/2011) Venezia / IT. Biennale de Venise (En OFF, la Space-Collection organise l’ exposition Some of the best Belgian artist are here).
(17/05-30/12/2011) Anvers, Museum Van Stroom. Meestwerken in het MAS. Images - pensées. Cinq siècles d’images à Anvers.
(  / -  /  /2011) Artigues-près-Bordeaux / FR,            . Extraits d’une collection. Collection Frac Aquitaine.
(20/05-17/07/2011) Flémalle, CWAC / La Châtaigneraie. Morceaux choisis - Œuvres de la collection Vandenhove (10/06-27/09/2011) Liège, Archéoforum. Ubu sous la dalle. 10e anniversaire de l’occultation du T.S. André Blavier (1922-2001). Exposition iconoclaste, artistique et littéraire.
(10/09-16/10/2011) Geel,             . A paper trail 
(  /  -30/10/2011) Jette, Atelier 340. Culture relaxative. Plus de cent amis artistes.
(23/09-23/11/2011) Katowice / PL, BWA Jacques.Contemporary Art Gallery. Jacques Lizène. Remakes.
(15/10-27/11/2011) Paris. Passage de Retz. Jacques Lizène. Désastre jubilatoire. Rapide rétrospective 1964-2011.
(26/11/2011-29/01/2012) Ljubljana / SI, Musée des affects / MSUM. In the framework of L’Internationale.
(03/12/2011) Sierre / CH, ECAV. Hahaharchitecture. Workshop.
(décembre 2011) Metz / FR, Galerie Octave Cowbell. Y-a-t-il une exception belge, non peut-être.

 

2012

(14/01-23/03/2012) Bagneux / FR, Maison des Arts. Burlesques.
(24/01-02/03/2012) Liège, Les Chiroux. FFWD / REW. Un aller-retour entre l’art vidéo belge d’hier et la création vidéo actuelle.
(28/01-29/04/2012) La Louvière, Daily Bul & Co. Escargots à Gogo
(28/01-29/04/2012) La Louvière, Centre de la Gravure et de l’Image imprimée. Cap 40 ans, images réelles et virtuelles.
(février 2012) Madrid / Es,              . Arco (avec la Galerie Nadja Vilenne).
(08/02-04/04/2012) Liège, Galerie Monos. Collections I. Choix dans les collections de la Province de Liège.
(11/04-29/07/2012) Paris / FR, Musée du Quai Branly, Paris. Les Maîtres du désordre.
(12-13/04/2012) Paris / FR, Palais de Tokyo. (Entre)ouverture. (28 heures non stop).
(13/04-12/05/2012) Paris / FR, Galerie Talmart. Seules les pierres sont innocentes.
(19/04-22/04/2012) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels (30e(avec la Galerie Nadja Vilenne)
(27/04-20/06/2012) Jette, Atelier 340. Jacques Lizène. Chaises musicales croisées. Musique à l’envers en remake.
(19/04-24/05/2012) Sart Tilman (Liège) Musée en plein-air / CHU-Niveau-3. Words, words, words.
(01/07-24/10/2012) Nice / FR, Villa Arson. A la vie délibérée, une histoire de la performance sur la Côte d’Azur.
(05/10-28/10/2012) Liège, Office provincial des Métiers d’Art /OPMA. Jacques Lizène, No Design (Ha ! Ha ! Ha !)
(06/10-23/12/2012)La Louvière, Musée Ianchelevici. Glissement de terrain : Impertinence-Résistance-Survivance.
(20/10/2012) Paris / FR, Palais de Tokyo. Arte, Nuit de la vidéo.
(  / -15/12/2012) Liège, Le Comptoir du Livre. Carte blanche à L’Usine à Stars. Affinités éditrices.
(01/12-28/12/2012) Liège, MAMAC. Videobox. Un programme thématique dédié à l’art vidéo.
(  /  /2012-14/01/2013) Pékin / CN, Namoc, Musée national des Beaux-Arts de Chine. Images et Mots depuis Magritte. 
(  / -  /  /2012) Paris / FR, rue Mueller 22. Lizène Jacques. Encore, encore faire. Acte 3. Performance.
 

2013

(17/01-02/03/2013) Liège, Musée Wittert. François Jacqmin. L’œuvre du regard.
(05/04-29/09/2013) Blois / FR, Fondation du Doute. Exposition inaugurale.
(17/05-20/05/2013) Maastricht / NL, Wiebengahal. KunstTour 2013. Humor
(07/06-06/10/2013) Anvers, MuKHA. Het karakter van een collectie XXXIII.
(30/06-28/07/2013) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Repeat.
(07/07-25/08/2013) Bastogne, Orangerie. Vousidentités. L’œuvre à côté de laquelle j’aimerais être photographié.
(01/12/2013-20/01/2014) Gand, Entrepot Fictief. Teken, Contermporary drawing. Artistes belges et français.
 

2014

(16/01-03/02/2014) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Jacques Lizène. Musique à l’envers et doublement à l’envers. Extension du domaine du perçu / non perçu.
(01/03-07/09/2014) Bruxelles, Villa Empain, Fondation Boghossian. Entre deux chaises, un livre (collection Galila Hollander- Barzilai). 
(08/03-22/03/2014) Anvers, Galerie S&S. Beroepsdocumenten aan hun samenhang onttroken (Documents professionnels hors-contexte). La collection de Johan Pas
(24/04-27/04/2014) Bruxelles, Heysel. ArtBrussels. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(23/05-25/05/2014) Maastricht / NL, Theater aan het Vrijthof. KunstTour 15. Now.
(14/06-21/09/2014) Paris / FR, La Maison rouge. Le mur, collection Antoine de Galbert
(14/06-31/08/2014) Blois / FR, La Fondation du Doute. La comédie de l’art.
(17/06-20/12/2014) Marche en Famenne, Musée. Cherchez l’intrus.
(21/06 -02/11/2014) Périgueux / FR, Musée Vesunna. L’empreinte des sensibles (Art et Archéologie).
(06/08/2014) Berlin, La Plaque tournante. DJs Verboten.
(06/09-06/11/2014) Nice / FR, La Menuiserie. Ben fait son Charafi.
(octobre 2014) Paris / FR,         . FIAC. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(17/10-13/12/2014) Liège, Space. Ambigu.
(novembre 2014) Szczecin / PL, Museum Narodowe. Jacques Lizène. (Presque) jamais le visionnaire n’a été perçu comme tel en son temps.
(12/11/2014) Berlin / DE, la Plaque Tournante. Sonnealle 99, avant-garde music and exhibitions.
(06/12/2014) Liège, Croisement de la rue Féronstrée et de la rue saint-Georges. Jacques Lizène born(e) in the 21st century.
(13/12/2014-31/01/2015) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Exercices de style.

 

2015

(07/02-05/04/2015) Bruxelles, Argos. Si tu veux voir le monde, ferme les yeux. Partie 1.
(13/02-26/04/2015) La Habana / CU, Museo Nacional de Bellas Artes. The Importance of Being. Art belge.
(25/02-01/03/2015) Madrid / ES,          ARCO 2015. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(mars 2015) Biarritz / FR, Médiathèque et Conservatoire Ravel. Etats de corps.
(30/03-12/06/2015) Maastricht / NL ; Gouvernement aan de Maas. Archipelago. The region as an art space.
(21/04-30/10/2015) Milano / IT, Ex-chiesa di San Carpoforo (via Formentini). World Academy – Accademia Mondo. Project for Expo 2015. Brera et des artistes du monde entier pour l'art comme nourriture.
(25/04/2015) Lizène à Art Brussels 2015 (éd. Flux)
(25/04-30/01/2015) Den Haag / NL, Résidence de l’Ambassadeur de Belgique. Focus sur 25 artistes de la collection de la Province de Liège.
(22/05-25/05/2015) London / GB, Tate Moderne. Offprint.
(04/06-30/08/2015) Quimper / FR ; Centre d’art contemporain. En attendant … / Collection # 6.
(19/06-12/12/2015) Mons, Le Grand Large. Territoire de la pensée.
(25/06-13/09/2015) Liège, Musée Curtius. Wild Open Space.
(25/06-20/09/2015). Ixelles, Musée communal. Paysages de Belgique. Un voyage artistique 1830-2015.
(12/07-01/11/2015) Meymac / FR, Abbaye Saint-André, Centre d’art contemporain. Constructeurs d’absurde, bricoleurs d’utopie. 
(09/10/2015-17/01/2016) Jette, Atelier 34zéro Muzeum. Le grand retour.
(30/01-28/11/2015) Bruxelles, Sint-Lukas Instituut. Jacques Lizène (avec Bassie Lebon)
(30/10-11/12/2015) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain – La Châtaigneraie. CAP à Liège.
(19/11-19/12/2015) New-York / US, Johannes Vogt Gallery. Episode 19 : Friendly Faces.
(12/12/2015-16/01/2016) Namur, Centre culturel / Abattoirs de Lommel. Space collection présente Espèces d’espaces
 

2016

(04/03-07/05/2016) Liège, Espace 251 Nord. Jacques Lizène. Rotation de stocks 1984-2016.
(18/03-20/05/2016) Maastricht / NL, Palais provincial du Limbourg. Traversées – Province de Liège / Collections.
(28/04-29/05/2016) Liège, Galerie Yoko Uhoda (rue Forgeur). Available for reference.
(29/04-24/06/2016) Vielsalm / Rencheux (anc. caserne militaire). S Grand atelier. Dans les bois sous la mer.
(29/04-28/08/2016) Hauterives / FR. Palais idéal du Facteur Cheval. Le Palais Idéal des égos étranges.
(29/04-11/12/2016) Liège, musée de la Vie wallonne. Homomigratus, comprendre les migrations humaines. 
(08/05-02/07/2016) Herentals, Centre d’art Hugo Voet, Fourniture, Sculpture,
(11/06-25/06/2016) Liège, Palais des Congrès. Grand Large@Liège.be
(30/06-25/09/2016) Ixelles, Musée. Rien ne va plus. Pictures at an exhibition. Mussorsky.
(  /  -11/09/2016) Paris / FR, Palais de Tokyo. Conversation avec Constance Guisset, projections vidéo. (24/09/2016-22/01/2017) Charleroi, B.P.S. 22. Panorama. Collections de la Province du Hainaut et du BPS22.
(16/09-23/10/2016) Katowice / PL. BWA centre d’art contemporain. L’atelier 34zéro Muzeum rend hommage à l’atelier 340 Muzeum. 
(01/10/2016-08/01/2017) Hasselt, Divers lieux. Stadstriënnale Hasselt-Genk. Identity as a TM.
(06/10/2016-05/02/2017) Anvers, MuKHA. De Broodthaers à Braeckman – La photographie dans les arts plastiques en Belgique.
(08/10-18/12/2016) Bruxelles, Argos. STEP UP! Belgian Dance and Performance on Camera 1970-2000.
(13/10/2016-29/01/2017). Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Images et mots depuis Magritte.
(22/10/2016-22/01/2017) Grand-Hornu, Mac’s. Rebel Rebel. Art + Rock.
(26/10-09/12/2016) Flémalle, CWAC (La Châtaigneraie). Castronovo Dominique et Secondini Bernard. Cela a existé, peut-être.
(31/10/2016-29/01/2017) Athènes / GR, EMST. Urgent Conversation. Athns – Antwerp.
 

2017

(16/01-26/01/2017) Nantes / FR, Théâtre universitaire. Festival Flash Danse.
(26/01-03/03/2017) Bordeaux / FR, Sciences Po / IEP. Frontières, membranes du quotidien.
(10/03-15/04/2017) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Résonances.
(06/05-15/10/2017) Chinon / Fr, Indre-et-Loire. Galerie de l’Hôtel de Ville. La comédie du langage
(13/05-18/06 et 21/06-16/07/2017) Bruxelles, Argos. Step up ! Chapter 3. Dance and performance on camera 1970-2000. 
(21/06-17/09/2017) Liège. La Boverie. La Leçon d’anatomie. 500 ans d’histoire de la médecine.
(22/06/2017) Liège, Galerie des Beaux-Arts. Présentation de l’ouvrage, Jacques Lizène / Espace 251 Nord. Productions et expositions 1984-2016. [cf. supra : Liège, Espace 251 Nord. Lizène Jacques. Rotation de stocks 1984-2016. 04/03-07/05/2016)
(01/09-05/11/2017) Charleroi. Triennale d’Art public (03e)
(29/09-01/10/2017), Liège, La Boverie, En piste ! (avec E2N)
(01/10-31/10/2017) Bruxelles, Sénat. Superdémocratie.
(23/09-  /  /2017) Hasselt, Ciap. Meetsystem.
(15/10-12/11/2017) Marchin, Centre culturel. J’avais 15 ans.
(19/10-22/10/2017) Paris,           . FIAC. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(21/10/2017-15/04/2018) Ostende, MuZee. Het Vlot. Kunst is (niet) eenzam. The Raft. Art is (not) lonely.
(10/11-15/12/2017) Flémalle, CWAC (La Châtaigneraie). Carte blanche à Françoise Safin. 
(10/11-17/12/2017) Soumage, Wégimont Culture. De vous à moi.

 

2018

(11/01-27/01/2018) Paris / FR, Librairie-Galerie Lecointre et Drouet. Editions AcquAvivA + CRU3
(02/02-25/05/2018) Maastricht, Elisabeth Strouven Fonds. SPACE Collection. Connecting Artists Across Borders.
(16/02-16/08/2018) Liège, Musée de la vie wallonne / Eglise Saint-Antoine. D’une certaine gaité. Le Jardin du Paradoxe. Regards sur le Cirque Divers à Liège.
(18/04-07/05/2018) Liège, Place des Déportés,1-3-5 Collection de Jean-Marie Rikkers et Catharina Helsmoortel.
(05/05-18/09/2018) Caen / FR, Musée des Beaux-Arts. Mur.
(22/06-  /  /2018) Liège, L’Escalier. Make the city. Polein Polis. Créer la ville.
(08/09-16/12/2018) La Louvière, église Saint-Joseph. L’esprit de clochers.
(19/10-15/12/2018) Liège, Galerie Nadja Vilenne. [Sans titre].
(31/10/2018-13/01/2019) Eupen, IKOB. Dans le fond c'est très pragmatique - Les collections du BPS22, de la SPACE Collection et de l´IKOB en dialogue.
(nov. 2018) Hommage à Jacques Lizène, cet artiste liégeois inimitable qui fera à jamais partie de nos collections. (réalisation La Boverie)
(25/11/  -  / /2018) Beijing / CN, Adgy, International Cultural Center et Guozhong Museum Of Art, Songzhuang. People met people.
 

2019

(07/02-17/03/2019) Liège, Galerie Nadja Vilenne. On the Road.
(27/02-03/03/2019), Madrid / ES, Ifema - parc des expositions Juan Carlos I, ARCO 2019, Foire internationale d’art contemporain (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(27/04-28/07/2019) Grenoble / FR, Musée. Souvenirs de voyage. Collection Antoine de Galbert.
(09/05-26/05/2019) Liège, Cité-Miroir. Expo-vente aux enchères au profit du centre d'aide aux violences familiales à Liège.
(17/05-15/09/2019) Bruxelles, Banque Nationale de Belgique. Building a dialogue. Two Collections of Contemporary Art : National Bank of Belgium and The Deutsche Bundesbank.
(27/09-08/11/2019) Montflanquin-Tarn et Garonne / FR. Pièces détachés.

 

2020

(16/10-05/02/2020) Nice / FR, Espace à vendre. Un point complet sur la situation, hommage à Eric Duyckaerts.
 

2021

(19/05-19/09/2021) Besançon / FR, Frac Franche-Comté. Danser sur un volcan. 
(23/05-13/06/2021) Bruxelles. Arts Brussels Week (Nadja Vilenne pop-up gallery. Jacques Lizène).
(26/06-03/10/2021) Oiron / FR, Château. Le Centre des monuments nationaux présente l’exposition : choix de Jean-Hubert Martin dans la collection d’Antoine de Galbert.
(17/07/2021-13/03/2022) Bruxelles (Jette), Atelier 34zero muzeum. Un regard sur la collection
(25/08-26/08/2021) Marseille / FR, Château de Servrières. Salon international de dessin contemporain. Paréidolie. Second rayon (Programmation associée consacrée au dessin érotique)
(27/08-05/09/2021) Liège, La Boverie. En piste !
(04/09-02/10/2021) Wien / AT, Galerie Steinek. Un jour, ce sera comme quand on a déjà vécu.
(15/09/2021-16/01/2022) Bruxelles, ING Art Center. Hahaha. L’humour de l’art.
(26/09-23/10/2021) Liège, Théâtre de Liège (Salle des Pieds légers). Collection Côté Cour, Côté Jardin.
 

(30/09/2021) Décès de l’artiste

 

Post-mortem

2021

(12/11/2021-13/02/2022) Marseille / FR, Friche la Belle de Mai. Des choses vraies qui font semblant d’être des faux-semblants.
(12/11/2021) Hanovre / DE, Kino im Sprengel. Cycle In Belgien und um Belgie Herum.

 

2022

(13/01/2022) London / GB, La Plaque tournante. Tabula Rasa Soirées. Concert Frédéric Acquaviva, Seminal, et exposition des œuvres des 22 membres du Seminal Orchestra.
(29/04-29/05/2022) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. Allez, allez !
(06/05-14/05/2022) Paris / FR, Centre Wallonie-Bruxelles. In-situ CyberspaceArtsnumériques & hybridesFestival. 25 Arts Seconde.
(08/05-19/06/2022) Gembloux, Château de Petit-Leez, Exit11. Cap & Yellow Now.
(15/05-13/06/2022) Bruxelles, Art Brussels Week (Galerie Nadja Vilenne)
(09/06-02/07/2022) Charleroi, Centre d’Action Laïque. Labor.
(26/06-02/10/2022) Machelen (Zulte), Roger Raveel Museum. Biennale de peinture (08e) Scribble, dabble, splatter, smear (Griffonner, barboter, éclabousser, barbouiller) 
(27/08-28/08/2022) Marseille, Château de Servières. Paréidolie. Salon internationale du dessin contemporain (09e(avec la Galerie Nadja Vilenne)
(24/09-18/12/2022) Bruxelles, Argos. The 1970’s.
(30/09-02/10/2022) Lille / FR, Hôtel Moxy. Around Video Art Fair. (avec la Galerie Nadja Vilenne)
(06/10-09/10/2022) BruxellesEspace Vanderborght. Art on Paper. Brussels International Contemporary Drawing Fair. (avec la Galerie Nadja Vilenne)

  • Nationalite : Belgique
  • Communaute : Communauté française
  • Lieu de naissance : Grandvoir
  • Lieu de deces : Grapfontaine

Catalographie

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Bibliographie

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Oeuvres documentees

  • Portait de Jacqueline de P. Picasso avec sur-collage - 2011 - Papier - cm - Portrait génétique dans l'ouvrage de Johannes M. Fox, Pablo Picasso, Faces. Bonn, éd.Beck & Eggeling, 2011, Portrait de Jacqueline, plan...
  • C'est Noël - 2010 - Remake de remake. Installation d'une accumulation de moniteurs vidéo dans un tas de détritusRemake de la vidéo de 1984 Courtesy de la g...
  • Projets pour meubles découpés et installation vidéo nulle - 2009 - Papier - Illustration au catalogue Katowice, p. 100
  • Divan découpé - 2009 - OEUVRE DETRUITE
  • Ensemble de minables AhAhAhArchitecturess - 2008 - Courtesy galerie Nadja Vilenne.
  • Meuble découpé et peinture sur miroir façon néo-déco floral - 2008 - Courtesy gal. N. Vilenne.Photo Christine Clinckx
  • Mettre n'importe quoi sur la tête (La terre Eiffel) - 2008 - Illustration au catalogue Katowice, 2011, p. 110
  • Mettre n'importe quoi sur la tête (Autortrait aux fruits) - 2008
  • Sculpture génétique (sur photo de 1964) - 2006 - Papier - Dessin collé sur photocopie de 1964
  • Sculpture nulle - 2005 - Meuble découpé maculé de fausse neige, avec miroir et mappemonde découpée
  • Ceci n'est pas la pipe censurée - 2003 - Papier
  • Autoportrait avec godemichet - 2000 - 45 x 16 x 26 - Sur un concept de 1964.Moulage par Silvana Belletti.Matériaux mixtes : résine, plâtre, acrylique, latex.

Acquisitions

Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts
- Contraindre le corps à s’inscrire dans les limites de la photo, 1971.
Titre, date et signature dans le cadre dans le bas à droite : CONTRAINDRE LE CORPS / A S'INSCRIRE / DANS LES LIMITES DE LA PHOTO, 1971 / Lizène
Description, matériaux, technique :30 tirages photographiques N/B, tous encadrés
Dimensions : 20 x 28 (1 tirage photographique) ; 120 x 140 (ensemble)
Origine : Acquis de l'artiste, Liège, 1992

 

Bruxelles, Collection de la Communauté française de Belgique (FBW).
- Sculpture génétique 1971, remake 1997. Techniques mixtes ; longueurs : , 161,5 x 118 x 43,5 ; hauteurs 129 (gauche) x 90 (droite) ; 39 cm.
Date : 1997
Description : Autoportrait transformé par diverses interventions burlesques. Réalisé à partir d'images de 1971 à 1996
Matériaux et techniques : Photographies plastifiées rehaussées de peinture acrylique et encre synthétique sur papier marouflé sur bois et papier plastifié
Dimensions : Dimensions générales : 129 x 161,5 x 6,1 cm Œuvre en forme de L : Ht côté gauche : 129, Ht côtés droits : 39 cm et 90 cm; longueur en bas : 161,5 cm, longueur en haut : 118 cm, longueur milieu : 43,5 cm; profondeur : 6,1 cm
Mentions obligatoire : COobj20400
Institution : Collections FWB
Numéro d'inventaire : 20400
Prix 6500 e hors TVA ; 7865 TVA incluse

 

Charleroi. Collection BPS22, Musée d’art de la Province du Hainaut.
Petite usine blanche, sculpture-nulle, archéologie contemporaine,1988
Date : 1988 (projet 1980)
Matériaux et Technique : Sculpture en métal, plâtre, fumigènes et projection DVD
Dimensions en cm (L x L x P) : 116 x 110 x 220

 

Anvers. MuHKA

- Tentative de dressage d’une caméra suivi de Tentative d’essayer d’échapper à la surveillance d’une caméra, 1971.
Date : 1971
Matériaux et Technique : Portapack Sony numérisé (NB, sonore, 2’00 - 1971.) 

- Filmer le bas des murs au cours d’une longue promenade urbaine, 1971.
Date : 1971
Matériaux et Technique : Film 8 mm numérisé (NB, sans son, 4’53 - 1971.) 

- Caméra à hauteur des yeux, du sexe, des pieds, 1971.
Date : 1971
Matériaux et Technique : Film 8 mm numérisé (NB, sans son, 4’31 - 1971.) 

- Interruption de lumière, 1971
Date : 1971
Matériaux et Technique : Film 8 mm numérisé (NB, sans son, 3’39 - 1971.)

- Travelling sur un mur (je ne procréerai pas), 1971
Date : 1971
Matériaux et Technique : Film 8 mm numérisé (NB, sans son, 2’56 - 1971.)

- Être son propre tube de couleur. Peinture à la manière fécale. Peinture analitique (sans y). Remake 1995. En remake 2010.
Date : 1977 – 2010
Dimensions : 100 x 80 cm.. 
Matériaux et Technique : Matériaux mixtes sur toile.

- Documents rapportés d’un voyage au cœur de la civilization banlieue, 1973, 74 et 75
Date : 1973-1975
Dimensions : variables. 
Matériaux et Technique : Matériaux mixtes. 
Don de l’artiste.

- Peinture nulle à la manière fécale, 1977. Dessin médiocre d'art syncrétique peint, 1964. Olivier croisé sapin croisé palmier croisé cactus. Remake 2010 et projection vidéo.1964-2010
Dimensions : 200 x 150 cm
Matériaux et Technique : Matériaux mixtes.

- Chaise découpée [Cut-Up Chair]
Date : 1964-2008
Dimensions : 83 x 40 x 35.
Matériaux : Bois et toile.

 

Sur le site du Muhka, avec mention de collections privées :

- Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre. 1971
Date : 1971
Matériaux : 7 diapositives. 
Collection : Muhka ; Courtesy Nadja Vilenne

- Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo. 1971
Date : 1971
Dimensions : 76 x 89 cm
Matériaux : 30 photographies en N/B. 
Collection : Muhka ; Courtesy Nadja Vilenne

- 144 tentatives de sourire... mais l'on sait le vécu quotidien de la plupart des individus, Accompagné de 881 tentatives de rire enregistrés sur cassette, tout d'une traite, 1974
Date :1974
Dimensions : 9 x (73 x 61cm). 
Matériaux : 135 photographies NB, tirage argentique, marouflées sur carton, et CD audio. 
Collection : Muhka, Courtesy Nadja Vilenne

- Personnage photographié regardant le spectateur d'une photo. Personnage photographié essayant de se dérober au regard d'un spectateur d'une photo. 1971
Date : 1971
Matériaux et Technique : Matériaux mixtes
Collection : Muhka, Collection Guy Jungblut - Andrée Blavier.

 

Collection d’art de la Ville de Dudelange (Grand-Duché de Luxembourg). Donation du Chalet de Haute Nuit (B)
115 œuvres de plus de 50 artistes dont : Beuys Joseph, Daniel Daniel, de Beauvoir Pussy, Dubuisson Hughes, Frances Léopold, Grunenwaldt Martha, Gutt Tom, Henne Alain, Lizène Jacques, Quinet Mig, Tampix, Tillier Thierry, Van de Graaf Bruno, Willem Denyse, Willems Robert.

Œuvre de Lizène : 3 totems génétiques, tirage offset, 6/100, 1999

 

Frac Nouvelle Aquitaine (Frac Méca)

Acquisition de 15 films de Jacques Lizène par le Frac Nouvelle Aquitaine par l’intermédiaire de Jean de Loisy.

- Travelling sur un mur (je ne procréerai pas), 1971 (inv. 09576 (1))
- Tentative de dressage d’une caméra, 1971 (inv. 09576 (2))
- Tentative d’échapper à la surveillance d’une caméra, 1971 (inv. 09576 (3))
- Tentative de dressage d’une caméra suivi de Tentative d’échapper à la surveillance d’une caméra, 1971 (inv. 09576 (4))
- Interruption de lumière, 1971 (inv. 09576 (5))
- Filmer le bas des murs au cours d’une longue promenade urbaine, 1971 (inv. 09576 (6))
- Contraindre le corps à rester dans le cadre de l’image suivi d’Une promenade d’un côté à l’autre de l’écran, 1971 (inv. 09576 (7))
- Caméra à hauteur des yeux, du sexe, des pieds, 1971 (inv. 09576 (8))
- AGCT, filmer le plus grand nombre de visages humains, 1971-72 (inv. 09576 (9))
- Un film barré à la main, 1972 (inv. 09576 (10))
- Quelques séquences d’art sans talent, 1979 (inv. 09576 (11))
- Quelques séquences d’art sans talent (Partie 1), 1979 (inv. 09576 (12))
- Quelques séquences d’art sans talent (Partie 2), 1979 (inv. 09576 (13))
- Quelques séquences d’art sans talent (Partie 3), 1979 (inv. 09576 (14))
- Quelques séquences d’art sans talent (Partie 4), 1979 (inv. 09576 (15))

 

Frac Nord-Pas de Calais (Frac Grand Large – Hauts-de-France)

- Usine à fumée, sculpture nulle en cercle à roulette, 1988. 
Date : 1988, Ateliers de production E2N
Matériaux et Technique : Installation 4 pots d’échappement en métal, bonbonne 30cm diam., brûleur à gaz. 
Acquis de l’artiste, 1996 

 

Frac Provence Alpes Côte d’Azur
- Morcellement de cimaises, 1970, en Lotissement de cimaise, 1975, remake 2001
Date : 1975-2001
Dimensions variables
Matériaux et Technique : matériaux mixtes
Acquis à Art Concept, 2003 (inv. 2003.498)

 

Frac Poitou-Charentes
Être son propre tube de couleur 1977 Remake 1993/ Couleur chocolat, 1977-1993 (inv. 993.17.1). 
Date : 1977-1993
Matériaux et Technique : Diptyque, Matière fécale sur toiles tendues sur châssis
Dimensions : 2 x (80 x 100) = 80 x 200 cm 
Acquis à l’artiste pour la somme de 35.000 FF
Note (14/12/1993) : « Je vous prie de bien vouloir me faire parvenir une facture, si possible en francs français avec l’intitulé suivant :  Couleur « chocolat », peinture diptyque 80 x 200 cm (1977/93). En effet, il était inconcevable de réussir la vente auprès des élus (politiques) en précisant la matière de la peinture : ils l’auraient refusé. Je l’ai donc caché et ai défendu le travail avec des notions formalistes !
Il est donc impératif que la matière picturale soit occultée sur les documents qu’ils viseront (la médiocrité passe aussi par là au niveau de l’administration).
J’espère que ce petit tour de passe-passe ne vous offusquera pas ; et de toute façon vous avez l’assurance que le vrai titre de l’œuvre sera utilisé pour toutes informations la concernant

Signé Olivier Chupin, directeur du Frac, cosigné par Yannick Milou »

 

Nombreuses collections privées.

Manifeste

Aucun manifeste n est renseigne pour cet artiste.

Interview

TEXTES DE L’ARTISTE

- JACQUES LIZENE, DECLARATION (ACADEMIQUE, PRESQUE) D’UN PETIT MAÎTRE LIEGEOIS DE LA DEUXIEME MOITIE DU XXéme  SIECLE. Repris in Catalogue Jacques Lizène. Atelier 340, 1990, p. 278)
Je me mis à décider, en 1965, de ne jamais procréer et, en 1970, de subir volontairement la stérilisation par coupure des canaux déférents (VASECTOMIE, sculpture interne).De ce fait, le devenir de l'espèce humaine en général et celui de l'art en particulier, me concerne peu... comme ne m'intéresse que relativement leur présent respectif.
Alors, pourquoi participer encore à l'art ?
L'art … seulement comme support d'un certain humour... façon d'attendre... ça ou autre chose (avec un rien de fantaisie en plus) … une «patience» truquée, occupation entre deux coïts... un « surenchérissement » sur l’équivoque, la médiocrité comme manière pour essouffler... une perversité culturelle ironique... un mensonge en plus sur le trop... un mépris, une drôlerie, quelques tours de piste … et en finir (peut-être), hopla !

 

 

Lettre de J. Lizène à A. Bogaerts, poète, 01/07/1971.
« Vous n’appréciez pas Jacques Lizène, moi non plus. Vous le tenez, je crois, pour une sorte de crétin ; ce n’est pas impossible qu’il le soit.
Son oeuvre n’est (peut-être) qu’un fatras d’inepties, un sous-produit de l’art actuel... le seul examen de son visage en dit déjà fort long sur le personnage »

 

 

- Interview avec Jacques Lizène, 1978 mis sur le site de Ben Vautier le 20/09/2004.
Q : Tu as un plan
R : Oui j'ai un plan mais il est foireux
Q : Où est l'importance dans l'art ?
R : Tout est important même les suites des vicissitudes. Tout est trop important
Q : Comment fais-tu pour passer inaperçu ?
R : Mais non je fais comme les autres pour ne pas passer inaperçu mais je passe toujours inaperçu
............
Je dis que je suis la médiocrité et parce que je suis le miroir des autres, ils ne me supportent pas
Q : Pourquoi ?
R : Moi j'avance la médiocrité, je dis que je suis médiocre donc ils ne le supportent pas car à ce moment-là ils se voient (rire)
Q : Vers quoi va l'art ?
R : Là il faut s'adresser à Ben c'est le spécialiste de ce genre de questions. Ben est le spécialiste des questions sans réponse.
Q : Et l'argent et l'art ?
R : Ça me fait énormément rire que Van Gogh se vende aussi cher, quand j'imagine la tête du type, il deviendrait fou je crois (rire)
Q : Comment fais-tu la relation vie et art ?
R : C'est complètement lié mais pas tout le temps parce que la médiocrité je ne l'aime pas dans tout : je n'aime pas la nourriture médiocre, je n'aime pas les tapis pleins ...
Q : Qu'est-ce-que l'art d'attitude pour toi ?
R : L'art d'attitude est un prolongement du produit et non pas le produit d'une attitude comme chez les autres. Comprenne qui pourra (rires)

 

 

- Jacques Lizène. Interview pour le catalogue Que reste-t-il ?. Exposition conçue par, Patrick Corillon, organisée par le groupe Identités (Flémalle) et montrée au CWAC (Flémalle), 1986, pp. 7-12.
- Dans ta « rapide biographie incomplète », tu te définis comme « être quasiment nul ». Pourquoi quasiment ?
Cela veut dire « essayer » d’être nul. Être nul, voilà une performance qui est loin d’être médiocre, c’est ne strictement rien faire d’intéressant. « Quasiment » nul, c’est plus médiocre, c’est jouer le jeu, faire de petits efforts sans jamais aller jusqu’au bout, présenter des choses boiteuses ; cela s’intègre mieux dans ma démarche d’artiste de la médiocrité comme art d’attitude.
Je peux faire des œuvres médiocres ou même très mauvaises mais également des chefs-d ’œuvres en les signifiant évidemment comme étant de l’art de la médiocrité. Cela devient un travail sur l'idée de jugement, qui appartient aussi à l'humour. L'humour est une dimension très importante dans ma démarche - ma démarche prime par rapport à l'objet. La dérision sert à sauver ses arrières, c'est en fait, quoique je n'aime pas le mot, excessivement progressiste.
. La médiocrité, c'est un refuge ?
Non, c'est le chemin le plus difficile. On ne va pas prendre comme refuge le chemin le plus difficile. Ou alors, c'est un refuge de montagne, au pied d'un précipice, là où la terre est très friable et où la cabane ne tient pas.

. Quels rapports donnes-tu entre l'art d'attitude et le dandysme ?
L'art d'attitude peut recouvrir beaucoup de démarches, tandis que le dandysme n'est qu'une seule attitude.
La médiocrité n'a rien à voir avec le dandysme qui est le plus grand raffinement possible, la rigueur sur l`état vestimentaire mais aussi moral. Et si les dandys avaient des mœurs dissolues, c'était d'une telle heure a une telle heure.
L'art de.la médiocrité est moins structuré. C'est pouvoir se dire : "aujourd'hui je serais plus nul que demain" et rester au lit. La médiocrité, c'est plus lâche ; je peux faire quelques toiles rapidement, ou passer mon temps à en faire une plus minutieusement en prenant bien soin de laisser une partie inachevée, ou me laisser aller à faire n'importe quoi.
Il y a là une plus grande liberté que dans le dandysme. Mais ma démarche est une démarche sincère, d'une telle sincérité que je peux me permettre une malhonnêteté sincère. .'art c'est la sincérité du mensonge.
- Te sens-tu plus autonome que la majorité des artistes ? 
Complètement. L'art d'attitude c'est la plus grande liberté. Tu peux te permettre de réaliser une œuvre aussi importante que celle de Léonard de Vinci. Tu peux te dire : "je peux faire ce dessin là même si je suis un dessinateur de seconde zone. Je le fais parce que j'ai envie de le faire et je prends la liberté de marquer que c'est un dessin minable". C'est un luxe. 
. La médiocrité est-elle proche du chef-d’œuvre ?
Je n'en sais rien. J'aurais bien aimé être un génie. Certains me prennent pour un génie, d'autres pas Je ne laisse pas le soin aux autres de me juger.
. N'est-ce pas là un paradoxe si l'on s'en réfère l'art d'attitude ?
Je veux brouiller les cartes, renverser les données. Duchamp a dit : "Il faut abolir l'idée de jugement".
- Tu fais beaucoup de références culturelles.
Je fais souvent des références, mais elles sont limitées. J'ai une culture de coïncidences. Ceux que je cite me sont venus un peu par hasard mais ils confortent mes positions. Quand je parle de non-procréation c'est le titre d'un chapitre du "précis de décomposition" de Cioran, mais c'est une pure coïncidence que quelqu'un m'a fait découvrir un jour. Je ne suis pas un érudit.
-. As-tu des disciples ?
Non, je l'espère bien pour eux. Les inconditionnels par contre m'intéressent beaucoup.
-. Quelle importance donnes-tu à la rature ?
Cela met une certaine distraction. Les ratures ont une beauté plastique. Les grands textes manuscrits sont très beaux, mais là les ratures ont mis au point un style.
Moi, quelque fois je rajoute intentionnellement des ratures j'y vois une certaine saveur.
-. Es-tu parfois angoissé par le fait que quelqu'un possédant une de tes œuvres ne l'aime plus et cherche à s'en débarrasser ? 
Je n'ai pas d'angoisse, plutôt des inquiétudes. Mais ce problème-là ne m'inquiète pas. Le monde de l'art réclame les qualités suivantes : la persévérance, l'insistance et un système d'immunisation. Il faut considérer toutes les personnes qui n'aiment pas ce que tu fais comme des imbéciles. C'est une méthode de préservation élémentaire.
Personne, vraiment personne ne peut considérer que ce que tu fais est inintéressant. Il faut toujours laisser faire le temps.
-. Portes-tu un jugement sur la qualité de ton œuvre ?
Sur la qualité, non. Mais je crois à l'intérêt que cela pourrait avoir comme remise en question de la génétique, des problèmes de l'ordre du déterminisme et de l'acquis. A ce sujet le témoignage de l'art lizènien sera tout à fait intéressant historiquement.

- On sent chez toi une grande intention de te situer historiquement. (Tu te définis même comme un petit maitre liégeois de la seconde moitié du XXème siècle).
C’est un autre problème. C’est une volonté de me situer matériellement par rapport à l'histoire de l'art. Je voudrais que l'histoire de l'art retienne mon nom comme une singularité. Parce que c'est un but - presqu'inaccessible - qui me permet de jouer. C'est une taquinerie. C'est aussi une chose importante pour l'histoire de l'art.
Essayer de s'inscrire dans l'histoire de l'art, alors que la démarche est une remise en question du jugement, essayer de faire accepter la médiocrité, c’est un but qui peut occuper mes journées.
- Tu travailles beaucoup sur des matières précaires.
Non, non. Certaines œuvres peuvent durer aussi longtemps que les pyramides,
- Même lorsque tu peins sur sac plastique ?
Je conseille aux personnes qui possèdent un Lizène de le conserver entre deux plexiglass ou alors sous vide.
- Pourquoi vouloir que ton travail combatte le temps alors que tu le définis comme art d’attitude ?
C’est un jeu. J’ai aussi fait des travaux dont je ne veux pas que la postérité tienne compte. 
- Tu prétends ne pas t'intéresser aux restes, tu as pourtant peint avec ta matière fécale.
C'est par pure économie. Je devenais mon propre tube de couleur.
- Tu aurais pu peindre avec ton sang.
Ah non ! Je trouve cela plus dégoûtant. Les seringues, tous ces objets me donnent des répulsions. Moi, je mélangeais ma matière fécale avec de l'époxy. Cela sentait comme certains vernis. Je travaillais exactement comme si c'étaient des couleurs traditionnelles.

. As-tu un testament artistique ?
Oh, tout ira certainement à mes neveux, mais je ne sais pas ce qu’ils en feront.
Ce serait très drôle qu'on se mette à préserver précieusement mon travail. Cela m'amuserait encore plus qu'on le fasse de mon vivant.

 

 

- in L'Arbre à paroles, n°61, hiver 87-88. Repris in Catalogue Jacques Lizène. Atelier 340, 1990 p. 282)

Vous m’aviez demandé un texte sur le thème « Art et Démons », voici un rapide brouillon de lettre qui peut s’intituler : « LIZÈNE, SON ART ET LES DEMONS ». (Brouillon de la lettre que Jacques Lizéne pourrait décider d’envoyer, avant son suicide, à tous : officiels de l'art, critiques, marchands, conservateurs de muséum, organisateurs d’expositions, collectionneurs, etc.) (Aie, aie, aie,

aie, aie !) 

 « Désormais, je vous interdis de citer mon nom, d’y faire quelqu”allusion que ce soit, fussent les souvenirs de mes œuvres. Vos indifférences, petites ou grandes, les quelconques mépris, l’humiliation et les autres agressions, frontales ou sournoises, dont vous n’avez eu de cesse, ont fatigué mes résistance »
Je vous emmerde et je m’en vais.
À jamais !

(Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !)
Jacques Lizène, alias l’artiste de la Médiocrité comme Art d’attitude.

(Oui, j’avoue que ceci est un peu amer... ah, ah, ah, ah !)

P. S. : cette lettre ne sera évidemment pas destinée aux amis.

 

 

- RAPIDE CONFÉRENCE SUR L’ORIGINE DE L’ART : « LA MÉDIOCRITÉ » (Résumé en mauvais français) (Lizène : 1977-1980. Repris in Catalogue Jacques Lizène. Atelier 340, 1990 pp. 274-276.)
Les préhistoriens ne savent pas très bien pourquoi les premiers artistes s'enfonçaient, pour peindre, dans le fond des grottes (des lieux quasiment inaccessibles). Ma thèse est que ceux-ci n’étaient pas des mâles dominants, grands chasseurs ou chef de clan... mais des sortes de « médiocres », qui par compensation, revanche, pour essayer de plaire aux femmes (malgré leur manque de prestige et leur disgrâce) traçaient la représentation de ce qu’ils ne pouvaient s’approprier, le gibier et le sexe des femmes, (ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !) ...
Ils amenaient, de manière cachée, loin de la surveillance des grands mâles dominants, dans ces profonds boyaux très souterrains les femmes qu'ils tentaient de ravir en les séduisant parla surprise des images ñgurées sur les parois, ce qui était nouveau à l’époque... (ah, ah, ah, ah, ah, ah !). 
Par la suite, ils ont dû être acceptés par le groupe, et c'est, sans doute, pour cela que les pierres gravées de la période suivante, sont réalisées, plus à la surface, ou carrément en plein air, et que nous pouvons y voir des couples copulant en riant..., ce qui signifie une intégration « victorieuse » de certains artistes de cette époque … ce qui ne s'est pas nécessairement toujours trouvé par la suite, (ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !).
L’origine de l’art est donc (je parle de la toute première origine) la « médiocrité » … « médiocrité en art », dont je suis le continuateur, le représentant actuel, hop! (ah, ah, ah, ah, ah !).
Une autre thèse concerne l’absence de paysages autour des animaux peints (et des tracés stylisés du sexe de la femme). Cette absence serait due au fait que les paysages étaient réalisés avec la matière fécale de l’artiste qui identifiait sa propre merde avec la terre, la nature. Les plantes et les arbres, représentés avec cette matière peu résistante, n’ont pas tenu au cours du temps, et n’ont pas connu de pérennité, ni la postérité de la peinture animalière. (ah, ah, ah, ah, ah !) Là, également, je suis leur continuateur avec mes toiles peintes à la matière fécale, à partir de 1977. (Eh ! oui !) (ah, ah, ah, ah ,ah ,ah, ah !) 

 

 

- Texte de J. Lizène cité par Patrick Corillon in La Cité, Bruxelles 4 juillet 1984.
« Dans le domaine de l’art, seul l’humour, même médiocre, ou ses tentatives m’importe. Je tends, et je n’ai jamais rien fait d’autre, à la facétie. La facétie en art (même quand elle semble manquer d’intérêt) a comme qualité principale, et c’est son mérite, d’être justement facétie... elle se suffit à elle-même » 

 

 

- Textes de Lizène (texte critique en mauvais français), octobre 1985. Repris in Catalogue Jacques Lizène. Atelier 340, 1990 pp. 272-273.
« UN PEU DE L’ART D’ATTITUDE » PAR JACQUES LIZENE QUI SE VEUT L’ART1STE DE LA MEDIOCRITE in Catalogue Jacques Lizène. Atelier 340, 1990 pp. 266-270.
L'art d’attitude… c’est le choix d'un point de vue, et le positionnement annoncé de celui-ci, sur l'Homme et sur l’Art.
Ce n'est pas quand « les attitudes deviennent formes » ; mais quand la forme n’est plus qu’un simple rappel de l’attitude, l’essentiel de cet art.
L’on dira, ci et là, qu'il y a toujours eu, dès l’origine de l'art, de l’attitude chez certains artistes... et l'on n'aura pas tort. Mais la tendance actuelle qui se revendique de cette appellation, souligne cette particularité, en insistant. Cela pour essayer d’éveiller l’attention du grand public et celle des spécialistes officiels dont l’amorphisme est bien connu (ah, ah, ah, ah, ah, ah !).
Il y a donc « attitude » dans beaucoup d'œuvres et particulièrement dans les différents mouvements d’art contemporain... mais, la décision de cerner et de mettre en avant cet élément (l'attitude) est l’apanage de quelques personnalités (connues, peu connues ou complètement inconnues, ah, ah, ah, ah, ah !) de l’art actuel des années 70-80. (Eh oui ! comme je vous le dis).
Et si je vous disais qu'il y avait « art d'attitude » chez les premiers artistes … pensez un peu à cette insistance qu'ils avaient à ne faire uniquement que de « l'art de style préhistorique » (ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !).
Où y a-t-il attitude ? Voici quelques exemples depuis le début du siècle : 
Chez Picasso... il y a « attitude », puisqu'aussi surdoué et hyper-talentueux qu’il était, il a continué, sous les sarcasmes d’une majorité de gens, une œuvre qui déplaisait ; alors qu’il aurait pu donner dans la séduction facile, ah, ah, ah, ah, ah ! 
La même attitude se retrouve chez Picabia, jeune artiste talentueux qui décide de cesser de faire de l’impressionnisme charmant pour réaliser des œuvres humoristiques et choquantes (ah, ah !).
Chez Dali... il y a « attitude » quand il se fait passer pour un grand peintre alors qu’en fait il sait très bien qu'il est un génie du monologue de music-hall. (ah, ah, ah, ah, ah !). 
Chez Magritte... quand, anarchiste de l’image, il vit volontairement et s'habille consciemment et sciemment comme un petit bourgeois. 
(Notez, pour reparler de Picasso, que son œuvre serait vraiment de l’art d'attitude, s’il avait utilisé son énorme talent à être un artiste « médiocre » comme Lizène-le-Nul... (ah, ah, ah, ah, ah, ah, !).
Chez Duchamp... l'attitude, c’est le fait d'être intelligent et de le montrer ouvertement alors que le vieil adage dit « bête comme un peintre », ah, ah, ah, ah, ah l
Chez Panamarenko... il y a quelque chose de « l’attitude » quand il se veut ingénieur et invente l’aviation comme si De Vinci n’avait jamais existé. (ah, ah, ah I).
Il y a donc « attitude » ›› chez les Dadaïstes, le mouvement Fluxus et bien d’autres...
Il y a même «attitude» chez quelques artistes non-figuratifs (comme Buren, Toroni ou Mosset) dans la répétition systématique du même signe. Celui-ci devenant uniquement une sorte de « sigle » publicitaire (ah, ah, ah !).
Chez Ben il y a « attitude » et il s’en revendique. Elle consiste en un travail sur l’ego de l’artiste et à vouloir essayer de dire la « vérité » en art. Ben est un des premiers artistes d’art d’attitude (avec Lizène qui se veut le représentant de la « Médiocrité » et cherche à imposer ce choix pour l’inscrire dans l'histoire de l’art au même titre que les arts du talent, de la séduction et de l’innovation) (ah, ah, ah, ah !).
Quel est l’intérêt des nouveaux artistes d'art d'attitude ?
Il est justement dans ce qu’ils font émerger l'attitude comme le significatif de leur œuvre, et en cela, ils sont les révélateurs de ce qui sera peut-être reconnu comme la singularité fondamentale des arts du XXème siècle : L'attitude en art.
Comprenne qui pourra !

 

 

- Jacques Lizène, Interview par Patrick Corillon in Catalogue Que reste-t-il…, Flémalle, asbl Identités Wallonie / Bruxelles, 1986.

Les Attitudes de Jacques Lizène.

-. Dans ta "rapide biographie incomplète, tu te définis comme "être quasiment nul". Pourquoi "quasiment" ? 

- Cela veut dire "essayer" d’être nul. Être nul, voilà une performance qui est loin d’être médiocre. Être nul, c’est ne strictement rien faire d’intéressant. 

"Quasiment" nul, c’est plus médiocre, c’est jouer le jeu, faire de petits efforts sans jamais aller jusqu’au bout, présenter des choses boiteuses ; cela s’intègre mieux dans ma démarche d’artiste de la médiocrité comme art d’attitude. 

Je peux faire des œuvres médiocres ou même très mauvaises mais également des chefs-d’œuvre en les signifiant évidemment comme étant de l’art de la médiocrité. Cela devient un travail sur l’idée de jugement, qui appartient aussi à l’humour. L’humour est une dimension très importante dans ma démarche - ma démarche prime par rapport à l’objet. La dérision sert à sauver ses arrières. c’est en fait, quoique je n’aime pas le mot, excessivement progressiste. 

- La médiocrité, c’est un refuge ? 

Non, c’est le chemin le plus difficile. On ne va pas prendre comme refuge le chemin le plus difficile. Ou alors, c’est un refuge de montagne, au pied d’un précipice, là où la terre est très friable et où la cabane ne tient pas. 

-. Quels rapports donnes-tu entre l'art d’attitude et le dandysme ? 

- L’art d’attitude peut recouvrir beaucoup de démarches, tandis que le dandysme n’est qu’une seule attitude. La médiocrité n’a rien à voir avec le dandysme qui est le plus grand raffinement possible, la rigueur sur l’état vestimentaire mais aussi moral. Et si les dandys avaient des mœurs dissolues, c’était d’une telle heure à une telle heure. 

L’art de la médiocrité est moins structuré. C’est pouvoir se dire : "aujourd’hui je serais plus nul que demain" et rester au lit. La médiocrité, c’est plus lâche ; je peux faire quelques toiles rapidement, ou passer mon temps à en faire une plus minutieusement en prenant bien soin de laisser une partie inachevée, ou me laisser aller à faire n’importe quoi. Il y a là- une plus grande liberté que dans le dandysme. Mais ma démarche est une démarche sincère, d’une telle sincérité que je peux me permettre une malhonnêteté sincère. L’art c’est la sincérité du mensonge. 

- Te sens-tu plus autonome que la majorité des artistes ? 

- Complètement. L’art d’attitude c’est la plus grande liberté. Tu peux te permettre de réaliser une œuvre aussi importante que celle de Léonard de Vinci. Tu peux te dire : "je peux faire ce dessin là même si je suis un dessinateur de seconde zone. Je le fais parce que j’ai envie de le faire et je prends la liberté de marquer que c’est un dessin minable". C’est un luxe. 

- La médiocrité est-elle proche du chef-d’œuvre ? 

Je n’en sais rien. J’aurais bien aimé être un génie. Certains me prennent pour un génie, d’autres pas, je ne laisse pas le soin aux autres de me juger. 

- N’est-ce pas là un paradoxe si l’on s’en réfère à l’art d’attitude ? 

- Je veux brouiller les cartes, renverser les données. Duchamp a dit : "Il faut abolir l’idée de jugement". 

- Tu fais beaucoup de références culturelles. 

- Je fais souvent des références, mais elles sont limitées. J’ai une culture de coïncidences. Ceux que je cite me sont venus un peu par hasard mais ils confortent mes positions. Quand je parle de non-procréation c’est le titre d’un chapitre du "Précis de décomposition" de Cioran. mais c’est une pure coïncidence que quelqu’un m’a fait découvrir un jour. Je ne suis pas un érudit.

- As-tu des disciples ? 

Non, je l’espère bien pour eux. 

Les inconditionnels par contre m’intéressent beaucoup. 

- Quelle importance donnes-tu à la rature ? 

Cela met une certaine distraction. Les ratures ont une beauté plastique. Les grands textes manuscrits sont très beaux, mais là les ratures ont mis au point un style. 

Moi, quelque fois je rajoute intentionnellement des ratures j’y vois une certaine saveur. 

- Es-tu parfois angoissé par le fait que quelqu’un possédant une de tes œuvres ne l’aime plus et cherche à s’en débarrasser ? 

- Je n’ai pas d’angoisse, plutôt des inquiétudes. Mais ce problème-là ne m’inquiète pas. Le monde de l’art réclame les qualités suivantes : la persévérance, l’insistance et un système d’immunisation. Il faut considérer toutes les personnes qui n’aiment pas ce que tu fais comme des imbéciles. C’est une méthode de préservation élémentaire. 

Personne, vraiment personne ne peut considérer que ce que tu fais est inintéressant. Il faut toujours laisser faire le temps. 

- Portes-tu un jugement sur la qualité de ton œuvre ? 

Sur la qualité, non. Mais je crois à l’intérêt que cela pourrait avoir comme remise en question de la génétique, des problèmes de l’ordre du déterminisme et de l’acquis. A ce sujet le témoignage de l’art lizènien sera tout à fait intéressant historiquement. 

- On sent chez toi une grande intention de te situer historiquement. (Tu te définis même comme un petit maître liégeois de la seconde moitié du 20e siècle). 

- C’est un autre problème. C’est une volonté de me situer matériellement par rapport à l’histoire de l’art. Je voudrais que l’histoire de l’art retienne mon nom comme une singularité. Parce que c’est un but - presqu’inaccessible - qui me permet de jouer. C’est une taquinerie. C’est aussi une chose importante ...pour l’histoire de l’art. 

Essayer de s’inscrire dans l’histoire de l’art, alors que la démarche est une remise en question du jugement ; essayer de faire accepter la médiocrité, c’est un but qui peut occuper mes journées. 

- Tu travailles beaucoup sur des matières précaires ? 

Non, non. Certaines œuvres peuvent durer aussi longtemps que les pyramides. 

- Même lorsque tu peins sur sac plastique ? 

Je conseille aux personnes qui possèdent un Lizène de le conserver entre deux plexiglass ou alors sous vide. 

- Pourquoi vouloir que ton travail combatte alors que tu le définis comme art d’attitude ? 

- C’est un jeu. J’ai aussi fait des travaux dont je ne veux pas que la postérité tienne compte. 

- Tu prétends ne pas t’intéresser aux restes, tu as pourtant peint avec ta matière fécale. 

- C’est par pure économie. Je devenais mon propre tube de couleur. 

- Tu aurais pu peindre avec ton sang. 

Ah non ! Je trouve cela plus dégoûtant. Les seringues, tous ces objets me donnent des répulsions. Moi, je mélangeais ma matière fécale avec de l’époxy. Cela sentait comme certains vernis. Je travaillais exactement comme si c’étaient des couleurs traditionnelles. 

- As-tu un testament artistique ? 

- Oh, tout ira certainement à mes neveux, mais je ne sais pas ce qu’ils en feront.  Ce serait très drôle qu’on se mette à préserver précieusement mon travail. Cela m’amuserait encore plus qu’on le fasse de mon vivant. 

 

 

- in Catalogue Jacques Lizène. Bruxelles, Atelier 340, 1990, pp.286-290.

Cher Lizène,

Je n’ai pas fait de texte, je n'ai plus envie de faire des textes. J’ai mis quelques phrases bout à bout, choisis celles qui te plaisent, mets-les les unes après les autres, un double interligne entre chacune.
INTERVIEW AVEC JACQUES LIZENE, PAR BEN, AU TELEPHONE:
Q. : Comment faut-il faire pour devenir riche et célèbre ?
R. : Il faut être hyper-talentueux comme Picasso ou rencontrer de riches Américaines au bon moment !
Q.: et toi tu as un plan ?
R.: .J’ai un plan, mais je crois qu'il est peut-être un peu foireux...
Q. : Où est l’importance dans l'art '?
R.: Tout est important, même la suite des vicissitudes. Tout est trop important...
Q. : Comment fais-tu pour passer inaperçu ?
R. : Mais rien, je fais tout, comme les autres, pour ne pas passer inaperçu mais je passe souvent inaperçu... (rire)... c’est un don sans doute ! (rire)
Q. : Et la médiocrité ?
R. : Comme je dis que je suis le représentant de la médiocrité et parce que je suis peut-être une sorte de miroir des autres, ils ne me supportent pas... (rire...)
Q.: Pourquoi ?
R. : Car à ce moment-là ils se voient. (rire. . _)
Q.: Vers quoi va l’art? 
R. : Ça il faut s'adresser à Ben c’est le spécialiste de ce genre de question... Ben est spécialiste des questions sans réponses.
Q. : Que penses-tu du rapport argent et art 
R. : Ca me fait énormément rire que Van Gogh se vende aussi cher, quand j’imagine la tête du type s’il voyait ça! ; il deviendrait fou je crois (rire...)
Q. : Comment fais-tu la relation vie et art ?
R. : C’est complètement lié. Mais pas tout le temps dans mon cas parce que la médiocrité je ne l’aime pas dans tout, par exemple, je n'aime pas la nourriture médiocre, je n’aime pas les tapis pleins...
Q. : les tapis pleins ?
R.: Quand les tapis recouvrent tout le sol d’un mur à l’autre et qu'ils sont souillés comme ceux des hôtels minables.
Q. : Qu’est-ce que l’art d’attitude pour toi ?
R. : L’art d'attitude est plus un prolongement du produit artistique et non pas simplement le produit d’une démarche esthétique comme chez d’autres artistes. Comprenne qui pourra... (rires)
SUITE DE L’INTERVIEW:
Q. (Lizène): Par où veux-tu qu’on commence ? On ne prend pas Ben au sérieux pourquoi ?
R. (Ben) : Je ne sais pas. Il y a des artistes qui ne supportent pas l’idée qu'on ne puisse pas aimer leur travail moi je ne supporte pas l’idée qu'on aime ce que je fais, je trouve ça louche. Je me demande pourquoi on l'aime et je ne comprends pas.
Q.: Mais alors pourquoi continues-tu à peindre ?
R. : Pour la gloire mais ceci dit à chaque fois que je vois un artiste réussir ça me donne envie de râler.
Q. : Ton discours n’est-il pas nombrilique. Ne peux-tu parler de peinture sans parler de toi ?
R. : C’est vrai il m'est difficile d’imaginer quelque chose où le sujet « moi » ne soit pas au départ.

Q. : Tu parles du nouveau qu’est-ce qui est nouveau aujourd’hui ?
R. : .J’ai une indigestion des produits d’art tout me semble décoratif, prédigéré, sans choc. Sauf peut-être quelques artistes d’attitude qui sont justement dans la merde ou parlent de la merde.
Q.-: À qui penses-tu ?
R. : À Présence Panchounette peut-être, à Lizène peut-être. Ils me semblent plus lucides.que les autres.

Q. : Tu faisais toujours référence à Duchamp, où te situes-tu aujourd'hui par rapport a lui ?
R. : C'est toujours lui qui a la main la plus forte sur la table mais c’est une grenouille aussi. Magouilleur et fabricant de produits malgré lui.
Q. : Quelle est la différence entre le Ben d'il y a dix ans et celui d'aujourd'hui ?
R.: Je tourne en rond plus vite qu’avant.
Q. : Mais alors qu’aimerais-tu faire ?
R. : Je me sens à l’aise quand je travaille sur les ethnies moins coupable et plus vrai. La différence entre l'ethnologie et l'art c’est que l’ethnologie n'est pas de l'art mais l'étude des cultures avec, entre autres, leur art. C'est la distance qui m’intéresse.
Q. : Ta réponse ne cache-t-elle pas un type qui ne supporte pas d'être dans le jeu ?
R. : C 'est possible. L'ethnologie véhicule à la fois prétention et humilité.
Q. : Qu’aimerais-tu faire en tant qu'artiste ?
R. : Il y a plusieurs Ben en moi. Des matins je me réveille et il y a le Ben qui veut être comme George Brecht pur, vrai et distant. Un autre matin c’est le Ben qui veut être fou et libre comme Combas ou encore le critique d’art lucide avec humour comme Frédéric Roux...
Q. : Mais le Ben que le public voit, comment est-il ?
R.: La plus pute de tous car dès que je suis avec du monde je deviens pute et lâche. Personnellement j’aimerais bien écrire sur Ben si je le connaissais...
Q. : Tu as souvent dit que tu avais ras le bol de la peinture mais au jourd'hui tu as fait des portraits avec des coups de pinceaux sentis et culturés, tu te contredis ?
R. : C'est vrai peut-être que je les ai attaqués parce que je croyais être incapable d’en faire autant et maintenant ça me plaît.
Q. : Tu parles de non-art, de dégoût de l'art, pourquoi ne t ”arrêtes-tu pas ?
R. : Parce que je viens de l'école Saint-Joseph où j’ai appris qu’on n’a pas le droit de s’arrêter, il faut travailler. C'est un mauvais pli mais c’est un pli.
Q. : Picabia a dit que le « nouveau était vieux comme le monde » n’as-tu rien d’autre que le nouveau à nous montrer ?
R. : J’aurais aimé pouvoir désamorcer l'art comme on fait un contre-feu pour arrêter un feu. Mais tout cela c’est de la théorie et quand j’essaie de le faire ça cloche.

 

 

- Interview par Jean-Yves Jouannais in Documents sur l’Art contemporain / On contemporary Art n° 3, juin 1993, p. 17-20.

Jean-Yves Jouannais : À l’origine, comment ce projet d’une oeuvre médiocre t’est-il venu ?
Jacques Lizène : Le terme de médiocrité s’est imposé à moi en 1969 au cours d’une conversation avec Yellow, alias Guy Jungblut. J’avais néanmoins, dès 1966, réalisé des petits dessins minables que j’ai réutilisés bien des années plus tard. Aujourd’hui, un coup d’œil rétrospectif sur certaines attitudes et démarches que j’avais à l’époque m’indique que je me destinais à cela. Je pense en particulier à la décision de ne pas procréer, qui était en partie liée au fait que je n’avais pas beaucoup de succès auprès des jeunes filles qui me plaisaient. Je décidai donc qu’il n’y aurait pas de petits Lizène et choisissait de donner à cette décision une dimension pseudo-philosophique ; du genre, « puisque l’état de l’espèce humaine est ce qu’il est, je décide de ne pas procréer ». Le frère d’un ami, revenant du Canada, avait lu dans l’avion Le Précis de Décomposition de Cioran et, m’entendant parler de cela, m’avait abordé pour me parler de ce livre, et en particulier du chapitre concernant la non-procréation. Cela m’a beaucoup intéressé. C’est seulement des années plus tard que j’ai appris que Cioran avait eu une fille.
Ceci dit il me suffisait de songer au fait que le but de la vie était incertain pour ne pas désirer faire se multiplier la matière. Cette idée est bien sûr liée à ma démarche artistique. Comment avoir envie de créer des oeuvres belles et idéales lorsqu’on a pris une telle décision dans sa vie privée ?
De plus j’avais l’intime conviction que la médiocrité demeurait le seul créneau encore libre dans le domaine de l’art. Il me fallut plusieurs années pour me rendre compte que bien d’autres exploitaient ce créneau mais apparemment sans l’avoir choisi, eux. De manière plus intelligente, il y avait cette idée là dans certaines démarches de Filliou. Mais en 1969, je ne le connaissais pas. Mais qui connaissait Filliou en 1969 ?
J.Y. J. : Jacques van Lennep t’a parlé pour la première fois en 1975 de l’art zwanze et des expositions que ces artistes organisèrent à Bruxelles de 1870 à 1914.
J. L.: Le terme zwanze, en dialecte bruxellois, signifie blague, plaisanterie ou bobard. Il s’agissait essentiellement de tourner en ridicule l’art académique et officiel. En fait ma démarche se rattacherait à l’art zwanze par le seul fait qu’il demeure quand même une tentative d’humour dans la médiocrité, ou du moins cette petite chose que l’on y introduit pour qu’elle soit supportable. Sinon autant se pendre tout de suite.
J.Y. J. : Faut-il s’appliquer pour faire de l’art sans talent ?
J. L.: Tu sais que «L’Art sans talent» est le titre d’une de mes vidéos. J’étais allé à la RTB pour voir leur matériel. Un technicien m’avait expliqué toutes les fonctions de la caméra et du montage. Et j’avais décidé d’utiliser systématiquement dans un film toutes ces possibilités, je dirais bêtement. D’où un film à la fois terriblement ringard et drôle. J’ai toujours préféré faire des vidéos que des performances devant un public. Je suis un peu comme Jacques Brel qui vomissait de trac avant chaque concert.
J.Y. J. : Autre point commun avec Brel, tu es aussi chanteur. (...)
J. L. : Oui et il y aussi toutes les petites chansons médiocres pour cassettophone à placer dans les galeries.
J.Y. J. : Ces chansonnettes médiocres me font penser aux poèmes niais que récite le personnage principal, tueur psychopathe et belge, de « C’est arrivé près de chez vous ».
J. L. : Je ne pense pas qu’il faille y voir une influence de l’art lizénien. Même s’il est vrai que les jeunes gens qui ont fait ce film ont été étudiants à l’INSAS et qu’ils ont sûrement eu l’occasion d’y voir des vidéos de J. Lizène. (...)
J.Y. J. : À quoi ressemblait la musique de tes chansons ?
J. L.: Un peu à n’importe quoi. D’ailleurs les copains qui m’accompagnaient étaient tout sauf des musiciens. L’un était architecte, l’autre, philologue, organisait des expositions de peintures d’handicapés mentaux et a créé à Liège le musée de la peinture différentielle.
Je chantonnais, sans mélodie, sur le même ton que la première chanson médiocre. (...)
J.Y. J. : Le projet de la médiocrité n’est pas exactement celui du ratage, mais n’en est pas si éloigné que ça. T’est-il arrivé de rater complètement une oeuvre, c’est-à-dire de la réussir ?
J. L. : Il m’arrive en effet de ne pas tout à fait rater certaines pièces. Mais l’important est la volonté. Je crois que cette idée de médiocrité est d’une immense générosité ; cela permet à tout d’exister. D’où la possibilité de photographier 36 fois, avec le même cadrage, la même partie d’une allée de gravier... mais entre la 35e et la 36e prise de vue, de retirer un gravier. De cette façon, la dernière photo, en apparence ressemblant aux autres, n’est pas identique (« Le Perçu et le non-perçu ») (...)
J.Y. J. : On pourrait dire de toi que tu es une espèce de maçon de la médiocrité. Je pense là à l’utilisation que tu fais d’objets comme la bétonnière, la pioche, le mur.
J. L. : Non ce n’est pas ça. Mon idée est d’inscrire mon oeuvre, à l’image de Broodthaers, dans l’art belge et de toujours rajouter un élément à quelque chose de préexistant. Par exemple, à partir des boîtes de Manzoni, je décidai de faire un mur de merde parce qu’il existe beaucoup de représentations de murs de briques dans toute la peinture belge. Mon attirance pour la bétonnière s’explique par la même raison, avec en plus l’intérêt que j’ai toujours porté aux objets à roulettes.
J.Y. L. : Ton travail fonctionne donc de manière autonome.

J. L. : Je parlerais aussi en effet d’autarcie. Plus précisément, je pense souvent en termes de circuits fermés. Cela à bien sûr à voir avec ma vasectomie. Le circuit fermé implique que là où ça se finit, ça recommence. Ce qui est en somme le contraire de la génétique qui fonctionne en spirale.
J.Y. J. : Mais le circuit fermé est une construction parfaite donc sûrement pas médiocre.

J. L.: Si, parfaite mais médiocre contrairement à la spirale génétique.

J.Y. J. : Tu sembles entendre l’expression au sens où Louis Scutenaire dit de Magritte, avant sa « période vache », qu’il avait peint « en circuit fermé ». C’est-à-dire qu’il avait peint jusqu’alors selon certaines conventions qui lui étaient propres, de manière parfaite, exacte, immobile mais contre son gré, pour plaire à Georgette, médiocrement en somme.
J. L. : Oui, parfaitement. Et tu nous permets de croiser ainsi l’une des grandes figures qui comptent pour moi, Magritte.
J.Y. J. : Dans une interview, on t’a un jour posé la question suivante : « La médiocrité, c’est un refuge ?»
J. L. : Et j’ai répondu : « Non, c’est le chemin le plus difficile. Ou alors c’est un refuge de montagne, au pied d’un précipice, là où la terre est très friable et où la cabane ne tient pas ».

 

 

- Interview de Lizène par Lino Polegato dans Flux-News, n° 7, sept. 95.
Votre avis sur le ratage en art ?
Le ratage en art est une naissance à toute une partie du monde qui est occultée. Les artistes qui ratent une oeuvre, ça c’est autre chose, c’est l’incident intéressant, le hasard, le ratage inconscient. Le ratage conscient est une naissance, c’est tout un pan obscur qui se révèle. Je ne sais plus qui a dit « En commençant par le ratage ça me donne une liberté plus grande de faire ... » Il est sûr qu’un artiste déclarant cela à d’abord raté inconsciemment, puis s’est aperçu qu’il valait mieux rater consciemment, que c’était mieux pour lui et pour l’art. (rires). Le ratage c’est une idée de jugement sur un résultat tandis qu’une erreur, c’est ponctuellement une chose dans un moment. Le mot ratage est connoté par un jugement qui est souvent une erreur. (rires)
L’esthétique du ratage peut déboucher sur une nouvelle forme d’académisme ...
Même l’académisme s’il devient conscient, dans la fracture du ratage, n’est plus un académisme. La conscience du ratage comme démarche élimine l’académisme, c’est formidable, ça élargit le champ de liberté.
Comme le cocu qui n’est plus cocu le jour où il découvre la vérité ...
À partir du moment où il y a conscience de ratage, il n’y a plus de cocu en art. Le mot cocu provient du comportement du coucou, l’attitude éthologique de cet oiseau qui s’appelle le coucou est de s’approprier le nid des autres, en jeter les oeufs et mettre les siens à la place. C’est une stratégie d’appropriation, le coucou fait du ready-made avant la lettre. Il est sûr que le type qui a inventé l’urinoir que Duchamp a repris, à un moment donné, en inventant la forme a inventé une sculpture, la différence entre ce type et Duchamp c’est que Duchamp l’a baptisée fontaine.
Duchamp était le coucou magnifique ...
C’était le cocu conscient. Connais-tu la différence entre un comédien et un acteur ? Un acteur joue toujours le même rôle dans n’importe quelle situation, un comédien joue des rôles différents, je suis un acteur quelquefois doublé d’un comédien. Quand je fais des remakes, je suis un comédien, quand je fais mes propres oeuvres je suis un acteur.

 

 

(25/11/1994) Lettre de Jacques Lizène à Eric Duyckaerts (archives Lizène)

Cher Eric Duyckaerts
J’ai lu avec grand plaisir l’article sur toi et ton expo à la galerie Magalerie de Paris, dans Artefactum (01/03/94).
Je suis formidablement enthousiasmé par l’œuvre « La main à deux pouces » et par le ton général de tes démarches et l’aspect « scientifico-artistico-philosophique » haut en humour de ton discours.
Bravo !
J’ai le regret de ne pas l’avoir fait apparaître dans mon film sur « Un certain art belge, une certaine forme d’humour » … J’aurais pu montrer « La Main à deux pouces » croissant sur le sommet de mon crâne ; par exemple, et animer les doigts par simulation électronique.
Avec mes amitiés.

 

 

- Entretien avec Jacques Lizène, l’inaugurateur de service in Flux News, 4e trimestre, 1998
- .Jacques Lizène : je suis le spécialiste des ouvertures et des fermetures ;  j`avais fait en 69 l’ouverture et la fermeture de la galerie Yellow, de l'Apiaw, de Billinelli ... J'inaugure la nouvelle galerie de Nadja Vilenne.
- Que fais-tu dans l'entre-deux ?
- Je fais de la vidéo, je compose de la musique à l'envers, j'ai composé un mini opéra pour la Rtbf , j`enregistre dans un studio numérique en novembre avec une noire qui va chanter des textes que je vais dire … Charles Magnan qui a écrit sur les réfugiés, m'avait offert son livre. J’ai ouvert son livre à la page 24 qui parle des problèmes de réfugiés … Sans être surréaliste nous faisons de temps en temps du hasard objectif, comme disait Breton.
- C’est une expo qui couronne trente ans de carrière, tu as commencé début des années 60, comment fais-tu-tu pour te ressourcer...
J`ai commencé en 1964, 65... Je me ressource en faisant des remakes, je repêche dans mon fonds de commerce, je reprends et je refais...
- Tu es un peintre classique, maniériste à la manière de Lizène (rire)
Je touche à plusieurs disciplines, je fais sur une des toiles un projet d`architecture d`une maison en métal léger, des vitres en plexi et des panneaux solaires. Le tout sera surélevé sur des grosses roues d'avions, on pourra déplacer tout ça. 
- Tu auras 53 ans le 5 novembre, peux-tu nous citer un fils spirituel ?
Il y a beaucoup de jeunes gens qui prennent un peu ce même genre de voie : l'art d'attitude. Quand il était élève à Saint Luc, on appelait Monsieur Delmotte le nouveau Lizène, c'est incroyable ! (rire) En France il y en a beaucoup : Lemercier, Labelle Rojoux, Stéphane Callais... Il y en a encore beaucoup d'autres. Je vais bientôt participer à une exposition, à la Caisse des dépôts et consignation, Quai Voltaire à Paris. Quatre jours en décembre, il y aura le piano, le musicien qui jouera à l'envers et on laissera pendant quatre jours la bande vidéo. On fera du Chopin, il y aura un portrait de Chopin avec les yeux de Lizène et Lizène avec les yeux de Chopin. Une expo d`un mois suivra avec beaucoup de pièces plus tard...
- Dans cette exposition, c'est surtout le visage de Topor qui est évoqué sur les sexes en érection ...
C'est un hasard, j'avais fait en 1977 des sexes marionnettes, des polaroids où l'on voyait des visages très simples, sur celui-ci j'ai remarqué que ça ressemblait à Topor. Il y aura une corde aussi qui tombera comme si on avait lâché la ficelle.
- Tes sculptures de chaises "relax" proviennent des dessins médiocres de 64. Toutes tes idées actuelles proviennent des recyclages de dessins médiocres de 1964 à nos jours. Je remarque qu'en 64 tu dessinais médiocrement, aujourd'hui ce n'est plus le cas, la facture s'est améliorée...
C`est parce qu'on se laisse un peu aller, à l'époque on se retenait, il fallait que ça reste médiocre. Maintenant c'est toujours médiocre mais on laisse un peu plus faire la main...

 

 

- Lizène. Propos recueillis par V. S in Cassandre, nos 36-37. Septembre-octobre 2000, pp.32-33.

Autoproclamé « Petit maître liégeois de la 2e moitié du XXe siècle, Jacques Lizène revendique te titre d’artiste de la médiocrité et développe des théories pertinentes sur l’origine de l’art.

Plasticien éclectique
Jacques Lizène affirme pratiquer l`art sans talent, avec assiduité. Il a accumulé les œuvres multiformes dont le seul point commun, se veut la médiocrité assumée: Musique non -séductives (1970), Nature morte à la maladresse (1973), Imitation navrante du bruit d’une petite moto (1974), Abstractions nulles (19801, Photographies volontairement réduites d’une miniature à placer au bas d’un mur (1984) …
« Décevoir est mon luxe », explique-t-il. S'affirme obstinément médiocre l`autorise à s'essayer à la peinture, à la photographie, à la vidéo, au son voire aux « sculptures génétiques » (1971-1984) sans encourir les foudres des maitres proclamés. Son autocritique devance les critiques, et l'on pourrait l’en suspecter de coquetterie. Ce serait sous-estimer la capacité de subversion de ses pièces navrantes, et l’importance de ses référents, d'Allais à Duchamp. Amateur d'art et fin critique lui-même, il se veut aussi « collectionneur virtuel » et son musée imaginaire n'a rien de médiocre... En assénant au public et à la critique son insignifiance proclamée, Lizène leur refuse le plaisir du dénigrement.

Jacques Lizène : Même quand je fais des jolies, je dis: « c'est justement pour cela qu’elles sont médiocres ». Le « joli » chez moi devient tout de suite médiocre. C'est une façon aussi de taquiner l'idée de jugement des critiques et des historiens de l`art.
J’ai commencé mon travail en 1964-65, alors que je ne connaissais pas l'existence de Marcel Duchamp. J’ai appris, en 1969, qu'il avait déclaré qu’il fallait abolir l'idée de jugement. ]'ai répondu « c’est formidable, c'est exactement le sens de ma démarche ».
Cassandre : Y-a-t-il une spécificité de la médiocrité par rapport à d’autres médiocrités artistiques ?
Non. En revanche, la médiocrité est à l'origine de l’art. Dans une conférence, en 1977, j`ai expliqué que les premiers artistes n'étaient ni des chefs de clan, ni m de grands chasseurs. Pour séduire les femmes, ils ont inventé la représentation des animaux qu'ils ne savaient pas attraper. C’est ainsi qu’ils entrainaient les jeunes femmes dans le fond des grottes : c'est le début du coup des « estampes japonaises ». C’est pour ça qu'on voit apparaître sur les pierres gravées du néolithique un petit bonhomme en train de prendre une petite bonne femme avec un large sourire - un trait gravé -: l’artiste victorieux avait conquis les femmes et donc trouvé sa place dans la société. Je suis le représentant en ligne directe des peintres préhistoriques, ceux d'avant la victoire. (rires)
- Vous êtes « petit maitre universel » depuis 2000, mais ne peut-on dire que cette capacité à l’autodérision et à l’humour est quelque chose que l’on retrouve chez vos concitoyens ?
L’art belge a cette qualité d'avoir une certaine forme d`humour. Pour ne citer que les décédés, il y a de l’humour chez Magritte et Broodthaers, comme chez James Ensor, ou chez Rops ou l'humour est un peu grinçant, un peu noir : c'est pour cela que Baudelaire l’aimait bien ...
Ça ne s’explique pas. S`il faut des classifications, il faut dire que l'art belge a toujours une certaine forme d`humour plutôt que : il est amer, arrogant ou chiant.
Roland Topor a dit un jour que « la Belgique est une mauvaise plaisanterie faite par les Anglais aux Français » ou quelque chose comme ça. C'est un drôle de pays, composé d'un groupe de pays, sa forme d’humour vient peut-être de là.
Vous qualifiez volontiers votre art de « théâtral ». Comment faut-il l’entendre ?

Comme votre revue est, à l'origine, théâtrale, je me suis dit qu`il fallait que je trouve une formule pour m’adapter. Je me suis dit : « mon œuvre est un nr théâtre d`arts plastiques ». C'est pour ça qu'on m'y voit souvent dans des poses. Le mouvement d'art d'attitude dont je fais partie, utilise une sorte de théâtralisation. Moi je donne dans la tentative ratée du comique... Certaines de mes pièces doivent être regardées sous le point de vue burlesque, c`est-à-dire du théâtre ! Il y a une tendance théâtralisante dans mon travail, au sens péjoratif du terme, bien sûr !
Comment définissez-vous l'art d’attitude ?
J'ai créé la formule en 1965, pour définir l'attitude que j'avais prise vis-à-vis de l`espèce humaine, celle de ne pas procréer. J'ai écrit la phrase : «je propose à l'espèce humaine de s'éteindre gentiment en toute conscience, en cessant de procréer ».
Évidemment, ça n'arrivera jamais, mais moi je me suis fait vasectomiser en 1970. Mais je suis contre ceux qui veulent stériliser les autres ! Quand c’est auto-décidé, c'est un luxe, c'est une position, c'est de l'art d'attitude. Ben Vautier, à qui l`on attribue cette formule et qui sait très bien qu'elle n'est pas de lui, a commencé dès 1961 à faire de fait d'attitude. On peut dire qu'une bonne partie de la démarche duchampienne relève de l'art d'attitude, comme celle de son ami Man Ray, inventeur de la formule (souvent attribuée a Duchamp) : « il n'y a pas de problème parce qu'il n'y a pas de solution ».
L`art attitude serait un enfant naturel du dadaïsme et du surréalisme ?
Ça vient de plus loin, du mouvement des Incohérents et de son versant de l'Art-Zwanze en Belgique en 1886 et 1887. C’est repris d’une autre façon par les dadaïstes et se continue chez certains surréalistes, comme ce génie du monologue du music-hall qu’est Salvador Dali, dont les toiles sont faites uniquement comme décor de son attitude ! Il y a de l’art d’attitude chez Magritte, quand il s’habille comme un petit bourgeois et promène son chien, alors qu’il s’agit d’un anarchiste de l’image, comme chez beaucoup d’autres.
Vous pratiquez la vidéo, le vitrail en cristaux liquides et les sculptures génétiques ; faut-il voir en vous un pionnier du virtuel ?
Oui, mais virtuellement ! (rires) Le mot « pionnier » pour un artiste qui se revendique de la médiocrité est difficilement  acceptable. Pas pionnier, pas suiveur non plus, mais le moyen terme … Ce qui se rapproche de la médiocrité. Je suis « presque un pionnier ».
En 1973, j’ai fait une série de démarches qui s’appelait Le perçu et le non-perçu. On photographiait 36 fois une allée de gravier, et entre la trente-cinquième et la trente-sixième prise de vue, on enlevait un caillou, ce qui est imperceptible sur la photo. Il y a là quelque chose d'un travail sur le virtuel, presque.
Comment a évolué votre travail de sape de la critique et du jugement sur l'art ? Comment a-t-il été reçu ?

En 1965, j'étais aux Beaux-Arts à Liège, et je faisais chez moi le contraire de ce qu`on me demandait à l'Ecole. Les profs parlaient toujours de talent : j’avais pris position pour l'art sans talent. Je faisais de petits dessins médiocres à la maison, je leur montrais, et ils me disaient: « où vous devenez riche et célèbre, ou maudit et pauvre ». Et, bien ni l'un ni l'autre : le moyen terme !
Il y a des types qui m'abominent surtout parmi les hauts représentants des institutions, mais des jeunes gens me trouvent amusants. Un certain nombre de personnes sont très sympathisantes de la démarche lizénienne, de la médiocrité, de la sans-importance, comme Ben Vautier, Labelle-Rojoux ou Jean-Yves Jouannais.
Je me suis souvent trouvé en phase avec des artistes que je ne connaissais pas : j`ai fait une vidéo en circuit fermé sans connaitre le Bouddha TV de Nam ]une Paik, par exemple. J’ai peint avec ma matière fécale en m'inspirant des Merdes d 'artistes en boîte de Manzoni, mais sans connaître le travail de Gasiorowski dont je n'ai entendu parler qu'après sa mort !
On m'a souvent demandé si ma démarche était si ma démarche était parallèle à celle de Duchamp, que j’ai découvert tardivement. Ce qui me permet de répondre : « Marcel Duchamp a quelque fois fait du lizène sans le savoir ! » (rires).

 

 

- Bezzan Cécilia, (entretien avec Jacques Lizène), "Jacques Lizène ou la contrariété intuitive, part III, in Trouble, n°3, printemps-été 2003, pp. 176-187. (cf. Textes de présentation)

 

 

- Mast Wenke, Jacques Lizène, La touche finale in Sabato (supplément du samedi à L’Echo), 07/03/2009.

Artiste liégeois un peu loufoque qui a réussi à mettre le Centre Pompidou à Paris sens dessus dessous quand il y a exposé ses œuvres. Avec « Le(s) Moi(s) de Lizène », il occupe encore jusqu’au 27 mars le premier étage du musée anversois Mukha.

 

Ce que je suis, je le suis.
- Grâce à Picasso. À vrai dire, je puise mon inspiration auprès de tous les artistes qui m’ont précédé. Mais Picasso sort quand même du lot. Petit, je ne voulais qu’une chose : devenir clown. Jusqu’au jour où mes parents m’ont emmené au cirque. J’y ai rencontré pour la première fois un vrai clown et j’ai compris tout de suite que son métier était plutôt compliqué. Peu de temps après, j’ai vu une photo de Picasso cri train de peindre des clowns. J’ai alors su que je voulais devenir peintre. Comme ça, je pouvais créer mes propres clowns, ce qui me semblait un peu plus facile. Entre - temps, j’ai appris que la vie d’un artiste est au moins aussi complexe que celle d’un clown.
- Grâce à mon frère aîné Guy. J’ai toujours entretenu de bonnes relations avec lui. Quand j’ai renoncé à l’idée de devenir clown, il m’a poussé vers l’art. Il avait lui-même suivi des études artistiques et m’a transmis toutes ses connaissances. Il a été mon premier professeur d’arts plastiques.
- Grâce à l’humour et à l’autodérision. Ces deux vertus sont l’essence même de ce que je fais. L’humour m’aide à relativiser le monde de l’art et les autres artistes tandis que l’autodérision me permet de m’examiner à la loupe. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je me suis rebaptisé « le petit maître de la médiocrité ». Appelez cela une pose, une attitude. Je suis un artiste d’attitude. Je livre en permanence une « performance » dans laquelle l’humour tient une place importante. Il va de soi que cet humour a déterminé ma vie. Heureusement !
- Grâce à mon imagination. Je possède une gigantesque collection d’art « virtuelle ». Elle n’existe que dans ma tête mais elle contient de nombreux chef-d ’œuvres. De l’art préhistorique à l’art moderne en passant par l’art africain. La Renaissance aussi y est bien représentée, avec des travaux de Piero della Francesca et du peintre allemand Dürer. Des œuvres qui ont, chacune à leur façon, exercé une influence sur moi.
- Grâce au support vidéo. À la fin des années 70, un de mes amis a acheté une caméra. II m’a filmé pour me montrer comment ce truc fonctionnait. Ça a été une vraie révélation. Surtout parce que l’on voit directement ce que l’on a filmé. Pour la première fois, le matériel avec lequel je travaillais, à savoir cette caméra, devenait une source d’inspiration. La qualité de mes images n’était peut-être pas parfaite mais je les trouvais magnifiques.
- Grâce à Jacques Louis Nyst. L’un de mes camarades à l’Académie des Beaux-Arts de Liège. Il est le seul à m’avoir apporté quelque chose pendant mes études. Mes professeurs ne m’ont rien enseigné. Jacques Louis avait une culture générale étendue. Lorsque nous discutions, il m’inculquait tout son savoir. Il m’a également initié au monde de la science-fiction et de l’imaginaire, des domaines dans lesquels j’étais profane. Je trouvais cela fantastique. 

 

 

- Parole d’artiste : Jacques Lizène, in Les Maîtres du désordre, catalogue de l’exposition, Musée du Quai Branly, Paris, 11 avril-29 juillet 2012, pp. 130-132.

Je suis un petit-maître du désordre, quasiment nul. Je ne suis pas un chamane. Beuys voulait être une sorte de chamane, un artiste social. Moi pas.
Celui qui décide de ne pas procréer, ça c’est le summum du désordre. Paradoxalement, le chamane, c’est un type qui essaye de solutionner les problèmes obscurs de la société. Je n’ai pas ce rôle dans la communauté humaine. Je suis un « individualiste crasse » Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Aïe aïe aïe ! (En parodie à l’ultralibéralisme financier sauvage : souriez ! Vous êtes filmé par une nano caméra insérée dans la trame du papier de cette page. Et votre image est transférée sur internet). Ou alors je suis une sorte de comédien qui joue au faux chamane, si j’en suis un.
C’est comme les gens qui croient être clown quand ils mettent un nez rouge. Et bien moi, c’est cela, je joue au clown, sans nez rouge. De faux chamanes dans mon genre, en un sens, il en a existé avant moi, mais on ne s’en apercevait pas, on les appelait plutôt des importuns. Je joue souvent au misanthrope, mais je joue surtout à l’art, dans le rôle du petit maître d’art nul.
En vérité, moi, c’est l’ordre absolu qui pointe derrière mon désordre apparent. Je propose que l’espèce humaine s’éteignent gentiment - c’est l’ordre absolu, ou plutôt « la nostalgie de la perfection ». Mais c’est ironique. C’est une théorie ironique.
Toutes mes œuvres sont clownesques. Mais il n’y a pas d’humour dans ce que je fais, car mon humour consiste à ne pas en avoir. Ah ! Ah ! Ah ! (Déclaration faite en 1979 à la radio belge, pour l’émission « Dérive »). Mes sculptures génétiques ? C’est mon côté Arlequin. La génétique, c’est un peu un patchwork. Je tourne en dérision la génétique en surenchérissant, virtuellement. En montrer toutes les possibilités, burlesquement (hop !).
Comme Picasso, j’ai repris tous les thèmes classiques de l’art, le portrait, le nu, la nature morte… systématiquement. Mais lui, il l’a fait de manière très talentueuse. C’est un peu mon parangon inversé. Moi, c’est la lune, lui, c’est le soleil. Dans la commedia dell’arte, peut-être encore plus qu’Arlequin, moi, je serai plutôt Pantalone, celui qui dit tout et n’importe quoi.
J’ai souvent fait partie de confréries diverses. Si Arnaud Labelle-Rojoux veut un « fou de composition » dans son char carnavalesque, alors j’en suis !
La Fontaine de cheveux (1980) vient d’un souvenir d’enfance, quand on s’amusait avec mon frère, en se lavant les cheveux, à se les dresser sur la tête. J’ai repris cette idée de mèche pour le personnage du chanteur en dessous de tout et le Minable Music-hall en 1980. Je me suis dit : Cela sera ma fontaine, après celle de Duchamp. Une sculpture de soi. Le Minable Music-hall est une suite de clips particulièrement médiocres : de minables chefs-d’œuvre vidéo interprétés par le Petit-Maître à la Fontaine de Cheveux. Je déclare que je suis la médiocrité et comme je fais effet de miroir, les autres ne me supportent pas, puisqu’ils se voient ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Et hop ! Encore une œuvre de faite ! Tout n’est qu’une histoire de point(s) de vue(s). (Sic)
(Note de l’artiste)

 

 

- (26/04/2016) Interview par téléphone par Alice-Anne Brassac in Alice-Anne Brassac. L’art de l’autodérision – l’autodérision de l’art. 2016, pp. 71-73.

- A. A : Pourquoi et comment avez-vous fait le choix de l’autodérision ? Est-ce quelque chose qui est profondément ancré en vous, dans votre caractère, un genre de réflexe de relativisation et de mise à distance ?  

- J. L. : Oui, quand j’étais petit, je trouvais que je n’étais pas beau. Ma mère me disait le contraire, mais c’était parce que c’&tait ma mère (rires). Les filles ne s’intéressent pas à moi, en tout cas, pas celle qui me plaisaient. Alors, je me disais que je trouve « un truc ». En faisant des pitreries, elles s’intéressaient davantage à moi. Je n’aimais pas faire du sport alors que, dans la cour de récréation, les garçons jouaient au football. Alors, pour ne pas être obligé de jouer, je me suis mis à commenter les matchs. Je suis tombé malade une semaine, et je me suis dit qu’ils seraient fichus de mon absence mais pas du tout, cela leur manquait. Alors j’ai trouvé ce moyen de m’intégrer, tout en restant à l’écart. L’autodérision c’est un peu le même mécanisme de défense, rester à l’écart tout en participant. C’est un mécanisme de défense grâce auquel l’on se sent plus libre. Faire une œuvre en utilisant l’autodérision, cela coupe l’herbe sous le pied des critiques. Et comme je ne supporte pas que l’on me critique (rire), l’autodérision est le meilleur moyen pour se sentir à l’aise et libre.
- A. A. : Il s’agit donc de quelque chose qui vous suit depuis votre enfance qui vous a véritablement marqué ?
- J. L. : Absolument, oui.
- A. A. : Il me semble que dans la plupart des cas, une personne qui se sentirait rejetée se renfermerait instinctivement sur elle-même et nourrirait une sorte de complexe.
- J. L. : Oui mais faut s’intégrer un peu quand même, sinon on devient une tête de turc. Toujours à l’école primaire, il y avait un type singulier qui, lui, se refermait sur lui-même. Malgré lui, il était devenu la tête de turc des autres. Je me suis alors dit qu’il fallait tout de même faire semblant de s’intégrer. C’est une forme d’auto-défense. L’autodérision, c’est de l’auto-défense.
- A. A. : Vous vous êtes proclamé « Petit Maître liégeois, artiste de la Médiocrité et de la sans importance ». Quelles étaient les problématiques qui se cachaient derrière ?
- J. L. ; Un ami qui tenait la galerie Yellow dans laquelle a eu lieu ma première exposition individuelle, pour l’ouverture de la galerie, m’avait prêté un livre de Restany sur les nouveaux réalistes. Dedans, Restany écrit : non, Spoerri n’est pas un petit maître » Alors, je me suis dit; « tiens, je vais m’appeler, moi, petit maître, je vais jouer au petit maître, puisque ça a l’air d’être un truc qu’il ne faut pas faire (rires). J’avais l’esprit de contradiction. Cela mène à l’autodérision.
- A. A. : En créant ce paradigme, avez-vous le sentiment de vous positionner en dehors du monde de l’art ?
- J. L. : Je suis dans une certaine marginalité, c’est sûr. Je vous donne un exemple. On me présente Jean de Loisy en 1994, lors de l’exposition « Hors Limite ». Arnaud Labelle-Rojoux que j’avais rencontré en 1992, m’encourageait à participer à l’exposition de Jean de Loisy. En parlant de moi, ce dernier a déclaré plus tard, en 2012, sur France Culture : « je trouvais son travail absurde, médiocre, je ne comprenais rien, alors j’ai dit qu’il ne serait pas dans l’exposition, je voulais bien le supporter dans le catalogue mais pas dans l’exposition. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai compris que je ne pouvais pas me passer de lui ». Ces attitudes-là marginalisent mais c’est une position intéressante, c’est un peu comme commenter le match pour ne pas jouer.
- A. A. : Qualifieriez-vous cette démarche de politique ?
- J. L. : Je vais vous répondre ce que des jeunes gens me répondaient en 68 lorsque je leur disais que j’étais apolitique et que je ne voulais pas rentrer dans les mouvements maoïstes, trotskistes, léninistes, etc. : « Personne n’est apolitique. Ne pas faire de politique, c’est déjà en faire ».
- A. A. : Et vous, que répondiez-vous ?
- J. L. : Je répondais « hé bien j’en fais alors, mais pas comme vous ». Jouer à l’idiot, c’est bien aussi pour que l’on vous foute la paix (rires) 
- A. A. : Quels sont vos critères pour considérer qu’une de vos œuvres est suffisamment médiocre pour être conservée ? 
- J. L. : Je dois vous avouer que je n’ai aucun critère. Je fais ce qu’il me passe par la tête. Ce n’st pas un travail uniquement sur la médiocrité mais sur l’idée de jugement.
- A. A. : Vous arrive-t-il détruire des tentatives considérées trop réussies ou trop ratées ? 
- J. L. : je ne détruis aucune œuvre. Dans la démarche du Petit Maître, artiste de la Médiocrité, on ne détruit rien puisque tout est mauvais ou tout est bon. Enfin, ce n’est ni bon ni mauvais comme dirait Duchamp. Une peinture mauvaise ou une bonne peinture, c’est toujours une peinture disait-il.
- A. A. : Comment reliez-vous votre travail autodérisoire et votre travail non-autodérisoire (je pense notamment à la série Perçu / Non Perçu) ? L’autodérision est sous-jacente dans vos travaux, même lorsqu’elle n’est pas frontale ?
- J. L. : C’est frontal, mais ce sont les personnes qui ne le voient pas. Comme le disait encore Marcel Duchamp, c’est le regardeur qui fait l’œuvre. C’est vous qui ne voyez pas que c’est de la dérision frontale. Ce ne sont pas mes œuvres qui ont de l’humour mais la personne qui les regarde qui doit en avoir (rires)
- A. A. : Ce que je veux dire c’est qu’il y a quelque chose de beaucoup plus profond dans votre travail. Frontalement, on perçoit, certes, la dérision dans toutes ces pièces mais elle renferme des questionnements profonds. Alors l’autodérision s’estompe quelque peu pour leur laisser la place.
-J. L. : Oui, bien sûr. L’attitude de Petit Maître, c’est un questionnement sur la génétique par exemple : pourquoi Picasso était-il hyper-talentueux alors que moi je suis à peine moyennement doué ? (rires). Je posais cette question à l’Académie des Beaux-Arts de Liège dès 1965 car je voulais devenir Picasso évidemment. Mais j’ai compris que je ne serais jamais Picasso car lui était extrêmement doué et très extravaguant.  Mais je me suis dit ; « Soyons le contraire ». C’est la raison pour laquelle, la même année, je commence à réaliser des dessins sur lesquels j’inscrivais : « Petits dessins médiocres » que je ne montrais pas à mes profs qui me trouvaient déjà un peu spécial … Les dessins médiocres et la peinture nulle commencent entre 1964 et 1966. J’ai fait Picasso à l’envers. ». J’aurais pu faire comme Dali qui déclarait « Picasso est un génie. Dali aussi (rires)
- A. A. : Votre vidéo Quelques séquences d’art sans talent (1979) met à mal la notion de jugement, comme le fait l’ensemble de votre travail d’ailleurs. Quelles alternatives proposeriez-vous à l’égard de l’idée de jugement ? il est 
- J. L. : Il faut laisser le jugement où il faut, mais il faut le remettre en question, il faut taquiner l’idée de jugement.
- A. A. : Vous, quand vous êtes face à une œuvre, vous taquinez le jugement ?
- Oui. Je fais une collection virtuelle depuis 1961, à ce moment-là, je l’appelais « Collection mentale » C’est en 1992 que je l’ai nommé « virtuelle ». J’ai aussi réalisé des « Expositions virtuelles » dans tous les musées du monde., virtuellement. Dans un magazine belge qui vient de paraître, il y a une grande image de l’entrée du Guggenheim devant laquelle j’ai intégré via Photoshop, une sculpture de moi. Cela s’appelle « L’exposition virtuelle 1992 en remake 2006 ». Il faut taquiner le jugement et taquiner la vie aussi. C’est pour cette raison que je ma suis fait vasectomiser en 1970. J’ai pris la décision en 1965 car je me suis dit que j’allais procréer un type qui ne serait pas non plus Picasso (rires) et qui n’aura peut-être pas ma forme d’autodérision. C’est une façon de taquiner la vie.
- A. A. : Ne vous sentez vous pas proche de Filliou et de son concept « bien fait, mal fait, pas fait » ?

- J. L. : Si mais j’ai appris cela plus tard. Vers 1965, j’avais vu la petite maquette du Poïpoïdrome de Filliou et de Joachim Pfeufer dans l’exposition « L’Art d’Extrême-Occident », organisée par André Blavier à Verviers. Ce n’est que plus tard que l’on m’a expliqué ce que devait être le Poïpoïdrome : un centre de créativité permanente dans lequel tout le monde pouvait amener des projets. J’avais vu de lui une autre exposition à Villeneuve d’Ascq dont le titre aurait pu s’apparenter à ma démarche : « Génie sans talent ». Mais ce n’est pas la même chose que l’art sans talent.

 

– – – – – 

Textes non datés

 

Pierre-Olivier Rollin, « Jacques Lizène : « Tout me met de mauvaise humeur, donc je ris ! » », in ?

(Le texte est annoté/corrigé à la main par Jacques Lizène. Les annotations sont reprises entre [] ).

Le Petit Maître liégeois de l'art nul rit pour ne pas râler. Mais les autres ?

Jacques Lizène, le Petit Maître liégeois de l'art nul autoproclamé, avale son cinquième verre de vin blanc, entre deux ricanements gutturaux. Non qu'il fasse chaud ; inutile d'avoir soif pour boire. « Je déclare, depuis 1965, que la matière est erreur, mais nous somme dedans... Vivons alors vifs et joyeux ! » Toujours de bonne humeur, alors ? « Non ! Tout, absolument tout, me met de mauvaise humeur. Mais je me dis : « Lizène, mon vieux, comme le disait un humoriste anglais dont tu as oublié le nom, pourquoi prendre la vie au sérieux puisque l’on n’en sortira pas vivant ? », alors je me force à rire. » Rire pour ne pas râler. « C'est une excellente thérapie que de se forcer à rire. Au début c'est dur, mais à la fin, on rit de bon cœur et surtout sans raison. »
En 1974, en phase avec l'émergence de l'art d'attitude, Lizène met en pratique sa théorie et enregistre huit cent septante-six tentatives de rires forcés. Mais la réalisation de l'œuvre est pénible. Le début est presque douloureux. Le rire paraît bloqué par une contraction de souffrance. Comme si tous les rires n'étaient pas possibles, que certaines situations ne pouvaient se résoudre dans le simulacre de la bonne humeur. Une forme de mauvaise humeur contre laquelle on ne peut rien faire. « Toutes les possibilités de fictions me font rire. « LaNausée » [de Jean-Paul Sartre] ? A crever de rire ! Mais par contre, je ne ricane jamais du malheur des autres. C’est pour cela que le mieux est de ne rire [que] de soi. Je déteste le rire crapuleux qui est l’arme des fascistes. »
Artiste de la médiocrité
Quand le grand Art se pare des oripeaux de l'innovation, de la virtuosité, de l'originalité, voire du génie, Lizène se chausse gaiement de la médiocrité, du manque d'imagination et de la nullité. Être en permanence le Petit Maître liégeois de l'art nul nécessite paradoxalement une attention soutenue, une forme de rigueur, une danse du contre-pied systématique. Un certain art de la (mauvaise) posture, en somme : « Je suis un érudit de circonstance », lâche-t-il, avant de citer une phrase (pas plus) de Miller, Nietzsche ou Schopenhauer « dont la moustache empêche de voir s'il rit ou non » (Ricanements).
L'art d'attitude de Lizène suscite évidemment des réactions très contrastées, jamais indifférentes. Entre le soutien inconditionnel (dont il se méfie) et l'irritation épidermique (dont il se joue), se moque-t-on (encore) du public ? L'humour, voire l’incrédulité, prennent souvent le pas sur la colère, même face à ses œuvres les plus extrêmes, comme ses peintures à base [de] matières fécales : « Quelqu'un m'a même dit : « Allez, c'est de la gouache ? » La plupart des gens prennent bien mon travail. Lizène met [parfois] les gens de bonne humeur. »
Quelques rares mais notables exceptions toutefois, pense-t-il, qu'il s’empresse d'énumérer, chronologiquement, entre deux ricanements : « Mes professeur d'Académie, d’abord. Ensuite, Manette Repriels, [Catherine Decroës], Laurent Busine, Jan Hoet (mais cela s'améliore avec le temps) ; Claude Lorent (parfois), Xavier Canonne (mais il cache bien son jeu). Georges Vercheval aussi (malgré les bons services de René Debanterlé). André Lambotte aussi (depuis que j'ai diffusé des enregistrements de rires lors des discours inauguraux d'une exposition à Mons). »
Un panel d'exceptions issus des « officiels de l'art ». Déception ? Derrière le rire, la frustration ? Car pourquoi pas, par exemple, d'autres artistes ? « Je crois qu’[un certain nombre d’] artistes m'aiment plutôt bien. Peut-être est-ce parce que moi aussi j'aime les artistes, que je les respecte. Par contre, je mets souvent de mauvaise humeur Antaki. Mais c'est pour me taquiner qu'il se met de mauvaise humeur. Parce qu'il est taquin, Antaki ! »

 

Texte libre

- Philippe Minguet in « L’Art à Liège en 1980 » in Bulletin d’informations IBM n° 96, Bruxelles, Automne 1980, p. 28-29.

De Jacques Lizène, je n’aimerais pas de dire ce que je vais pourtant me risquer à écrire, à savoir qu’il a souvent cherché, mais ceci caractérise l’œuvre plutôt que le personnage, à passer pour particulièrement, j’hésite encore à braver l’honnêteté, à passer aux yeux du public pour tout à fait « ennuyeux ». La scatologie est un genre éprouvé, qui a depuis longtemps ses lettres de noblesse. Sans remonter aux méditations rabelaisiennes ou aux « instructions » de Swift, qu’il suffise de rappeler, dans le domaine plastique, l’illustre Urinoir de Marcel Duchamp, une des oeuvres les plus souvent reproduites dans les ouvrages sur l’art moderne, ou, à peine moins célèbres, les boîtes de conserves offertes naguère par l’italien Manzoni. Est-ce plus ingénieux, de la part de notre ami liégeois, d’avoir décidé un jour qu’un artiste pauvre, c’est vrai que Jacques Lizène est moins riche en argent qu’en talent, devait fatalement devenir son propre tube de couleur : d’où ces toiles au caca qui ravirent le chroniqueur artistique de La Libre Belgique lorsqu’elles furent exposées au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ? Exposer un mouchoir usagé (Bruges, 1973) est peut-être moins audacieux et politiquement moins provoquant que l’exhibition par Gina Pane de son linge le plus intime. De toute façon Lizène s’est mis une fois pour routes à l’abri, croit-il, du reproche du démarquage en s’affichant comme « maniériste », au sens originel du terme : il n’a jamais prétendu être plus qu’un « petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle »; il travaille toujours dans la manière de quelqu’un. À y réfléchir, cette façon de parler de soi est faussement modeste. Elle se réfère explicitement au vocabulaire de l’histoire de l’art, supputant qu’un Bénézit du XXIe siècle conservera au moins la trace du nom de Lizène. Ce qui n’est pas impossible. À tout ce qu’il y a d’ennuyeux dans la production du petit maître, on peut préférer telles actions photographiées vers 1972-1973 lorsqu’une galerie de poche dynamique avait ouvert le chemin de Roture à des restaurants et cercles culturels minables. Le chef-d’œuvre de Lizène reste à mes yeux les 881 enregistrements sonores de tentatives de rires et les 144 photographies de tentatives de sourire.
Lizène n’est pas toujours ennuyeux. Cette année-ci, en tout cas, il aura créé un des meilleurs moments de la manifestation La Nuit Parcourt le Ciel organisée par Francis Edeline (C.R.E.A.) et Jean-Paul Tréfois (RTBf Liège), le 16 mai, dans le charbonnage d’Argenteau à Blégny-Trembleur. Cette soirée mémorable, au moment où j’écris à peu près la seule manifestation artistique de qualité qui ait marqué le millénaire de la Principauté, réunissait quelques-uns des grands ténors de la poésie qui se cherche jusqu’à «la limite du son »: John Giorno, Ernst Jandl, Bernard Heidsieck, Adriano Spatola. Je n’en cite que quatre parmi ceux que je préfère. Annoncée avec les précautions terroristes d’usage, la performance de Lizène a surpris plus d’un spectateur-auditeur par son sens de la mise en scène et la perfection technique de son propos. Ce très court récital d’un texte anecdotique savamment interprété sur un ton nasillard, soutenu par le rythme obsédant d’une percussion, brouillé par le roulement de billes dans une bétonnière hissait d’un seul coup cet outsider à la hauteur des spécialistes chevronnés de la poésie concrète. Peu importe qu’après le spectacle, Lizène, félicité, se soit cru obligé de déclarer sa tristesse d’avoir réussi, lui qui s’est fait l’apôtre de la médiocrité et de la non-importance. Même une esthétique de l’échec doit aboutir pour exister. On peut me trouver injuste à l’égard du petit maître, adoré par quelques demoiselles de la bonne société, porté au pinacle par l’architecte de génie qui règne sur l’univers liégeois.
Je m’en tiens à mon goût, qui est le bon, comme disait Kant. Et d’ailleurs évoquer Duchamp et Rabelais à propos d’un artiste, ce n’est pas une insulte.

 

 

- Wim Van Mulders in K. Geirlandt (dir.), L’art en Belgique depuis 1945, Anvers, Fonds Mercator, 1983, p. 179.

Jacques Lizène s’appelle lui-même « Lizène, petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle ». Déjà en 1970, il réalisa une « sculpture interne » en déclarant vouloir se rendre volontairement stérile par vasectomie. Il est surtout hanté par la démystification des prétentions de l’art par rapport à une réalité sociale déprimante. Il propose ainsi en 1971 de filmer l’arrivée des trains dans la gare de La Ciotat comme « recherche académique ». Lizène se moque de lui-même dans une série de photos le présentant la tête baissée, coupé en deux, exprimant ainsi métaphoriquement la pression et l’oppression sociale. Dans 144 Tentatives de Sourire de 1974, on voit l’artiste avec un sourire plus ou moins forcé devant un environnement urbain ; car, ajoute-t-il : « on connaît la vie de tous les jours de la plupart des individus » ... Il photographie de petits coins banals et insignifiants et des fragments de la ville (Un document d’art banlieue découvert à l’intérieur de celle-ci et attribué à un petit maître ...) et présente ces photos comme des vues partielles de « camps de travail », des individus (« viande à travail ») et leur misère. Pour échapper à l’atmosphère déprimante d’un travail insensé Lizène propose l’invention de « maladresses à la manière involontaire » et cela dans le cadre du « Musée des Contraintes (encore un musée de plus): Archives du Camp de travail ».
Le caractère socio-critique de l’œuvre de Lizène se développe également dans des préoccupations d’ordre strictement artistique. Depuis 1977, il présente des tableaux avec le slogan « être son propre tube de couleur ». Ainsi à l’exposition Le Jardin à Bruxelles il montra un tableau de merde, dont les différentes couleurs étaient dues à un contrôle sévère de l’alimentation. Lizène ridiculise également la résurgence de différents « pictorialismes » ainsi que «la crise économique ». Il écrit au sujet de ces produits remarquables : « mise en économie de la matière picturale par la récupération du déchet fécal. Boire-Manger-Déféquer ». On peint avec de la merde, on espère en tirer de l’argent pour qu’on puisse de nouveau boire, manger, déféquer, peindre, etc. Rarement le caractère autorégulateur de l’art n’aura été illustré de façon si concrète que par les tableaux organiques de Lizène. »

 

 

- Ben (Vautier), critique d’art, 1985, « Notes critiques Jacques Lizène, L’artiste de la médiocrité comme art d’attitude » in Catalogue Jacques Lizène. Atelier 340, 1990, pp. 266-270.

Je n'aime pas parler peinture, ça m’ennuie. C’est peut-être pour les mêmes raisons que LIZÈNE ne veut pas jouer la carte du grand artiste et revendique d'être un minable, un médiocre.
LIZÈNE est un paradoxe vivant, un angoissé de la gloire qui ne veut pas la gloire, un égoïste non égoïste.
LIZÈNE c’est le désespoir devenu humour. C'est l’artiste qui sait qu’on est dans la merde et qui fait parler la merde.
C’est l’artiste qui dit : tout le monde veut être important, je ne veux pas être comme tout le monde, je ne veux pas être important. Et qui pense, malgré lui, je serais ainsi plus important que les autres.
Chez Lizène il y a la mort et la vie au même instant : « La matière est une erreur, l’espèce humaine ne vaut rien, ça ne vaut pas la peine de vivre sa condition, mais je veux bien baiser une petite maintenant entre 3 et 4 heures » (et il ponctue par un rire: ah, ah, ah, ah, ah, ah !).
(note de J .L. : Ben fait ici allusion à la Vasectomie que Lizène a subie volontairement en 1970, et qui est la stérilisation de l'homme, n’empêchant évidemment pas la copulation).(ah, ah, ah, ah, ah ,ah, ah, ah I).
Parlons de sa peinture, de ce que les critiques appellent le « donné à voir ». Sa peinture est une réflexion sur l’homme et sa peinture.
Tout le travail de LIZENE tourne autour du fait de ne pas vouloir être ce que les autres veulent être.
En fait LIZENE cherche du nouveau.
Mais alors, comme dirait BEN, il n’est pas nouveau, car tout le monde aussi cherche à faire du nouveau. Mais si ! il est nouveau, et ce sont les autres qui croient faire du nouveau qui ne sont pas nouveaux !
Ce que je ne sais pas encore de LIZENE c’est exactement combien il est ambitieux.
LIZENE doit être très ambitieux, car seule une énorme ambition pourrait s'intéresser à vouloir être un « minable ».
Il y a des jours où je crois qu’il croit qu'il n’y a pas plus fort que lui, et puis bien sûr, chacun a ses faiblesses, il y a des jours où je crois qu’il croit que c’est moi BEN le plus fort.
LIZENE a pris un chemin difficile pour atteindre la célébrité, comme Jésus. (ah,ah,ah,ah,ah! rire de LIZÈNE) (Note de J.L.).
De toutes, la rupture de CHARLIER est moins forte que celle de LIZENE.
Ça provient de ce que CHARLIER veut être aimé à tout prix et que LIZENE a peur d’être aimé. LIZENE aimerait que j'avoue que je l’ai copié quelques fois. Mais alors LIZENE tu es comme tous les autres, tu as peur qu'on te copie ?
Moi BEN, je copie qui je veux et me copie qui veut ah ah ah ah ah hi hi !
CHARLIER dit : « toi qui souffres d’art sais de quoi je parle ».
LIZENE dit : « la matière est une erreur, on est dans la merde, restons-y, mais joyeusement, ah, ah, ah ! »

JOHN CAGE dit : «la situation est désespérée, donc tout est possible ».
La peinture de LIZENE est une réussite, elle est « presque minable ». (référence à « Être presque nul », 1969, de Lizène) (note de J.L.).
LIZENE a l’attitude de ne pas vouloir être ce que les autres veulent être !
LIZENE retourne les valeurs; quand c’est beau ça devient inintéressant, quand c'est raté ou ennuyeux ça devient « bon »» ou «  très important » ... il retourne la table ».Je préfère LIZENE à BEUYS car BEUYS ment et LIZENE pas.
LIZENE me fait penser à G. BRECHT qui m’a dit: « je veux être le 17ème et pas le Ier », parce que être autre est plus difficile »
LIZENE est une grande rupture en art, car son travail concerne le cœur du problème : l”EGO... (en cela il copie BEN).
(Et non ! cher ami, mon travail n’est pas sur l’ego de l’artiste, comme le vôtre... mais un travail sur l’idée de classement et le jugement de valeur du regardeur d’art, ce qui n’est pas la même chose, chère vieille branche bien aimée.) (ah,ah,ah,ah !) (note de J.L.).
Je soupçonne LIZENE d’avoir choisi la technologie vidéo parce qu’elle tombe souvent en panne, et que ça fait minable (eh oui cela est justement vu, ah, ah, ah, ah !) (note de J.L.).
Le point faible de LIZÈNE c'est son besoin de mettre des dates partout, pourtant on ne peut pas s'en passer...
LIZENE est une sorte de paranoïaque lucide qui a la manie de se laver les dents et rêve d’être un «sexe-maniac ». (ah,ah,ah,ah! Rire de Lizène en lisant cette phrase) (note de J .L.).
En fait, LIZÈNE ressemble à tous les artistes en ce qu'il veut la gloire comme eux et il ne leur ressemble pas en ce qu'il le sait et brouille les cartes.
LIZÈNE fut un des premiers à considérer son travail comme de « l’art d’attitude››, et de comprendre qu’après DUCHAMP, l'art ne pouvait innover que si il cultivait une attitude.
Lizène a également été le concepteur de la formule : Art d'Attitude.
L'art d’attitude est la prochaine tendance à venir en peinture... (phrase extraite d'un article de BEN daté de Février 84) (note de J .L.).

 

 - BEN

LIZÈNE est plus qu’important, il n’est pas important. Aujourd'hui où tout le monde doit être important ne pas vouloir l'être c”est de la différence. Et comme on est important à cause de la différence qu’on apporte, LIZÈNE dans sa non-importance est plus important que les importants.
Je pourrais ainsi parler de LIZÈNE mais cela lui donnerait trop d'importance et je ne veux pas nuire à sa carrière.

 

- BEN (1990)

Il y a des artistes que j’aime bien tels que Présence Panchounette, Jonier Marin, Bruno Duval et Jacques LIZÈNE parce que, chez eux, ce n’est pas tellement le produit mais l’attitude qu’ils ont envers l’art qui compte.

 

 

- René Debanterlé. Texte manuscrit, tapuscrit accompagné d’une autobiographie par Jacques Lizène daté de mars 1985 
Si Broodthaers et Charlier ironisent sur les constellations artistiques, il demeure chez eux un penchant pour l’objet raffiné et la préciosité, fut-elle vulgaire, que ne partagent plus du tout Jacques Lizène. Se désignant lui-même, depuis 1970, comme « petit maître liégeois de la deuxième moitié du XXe siècle », celui-ci opte résolument pour le trivial, le manqué, le maladroit, le « sans importance », le « minable », l’«ennuyeux» (termes qu’il emploie lui-même pour qualifier ses œuvres), c’est-à-dire pour l’envers de l’estime, pour tous les reliquats dépréciés par l’histoire sinon comme faire valoir de « grand art ».

D’autant plus expressif qu’il néglige l’esthétique pour bâcler, mais avec quelle puissance formelle quelquefois, toiles, dessins et bricolages sculptés, Lizène axe essentiellement son discours sur sa personne, et à travers elle sur l’image sociale de l’artiste, qu’il met efficacement en scène dans des photographies, des « clips vidéo », des « performances » et des concerts. Ce resserrement thématique autour de lui-même débouche sur une intégration physique des matériaux de création : le corps est statuaire (proposition de vasectomie comme sculpture interne, 1970), territorial (délimitation de l’espace par l’urine, 1974), pigment (« être son propre tube de couleur », 1977).
L’humour acerbe, décapant et facétieux, non dépourvu d’intellectualisme cependant, qui dynamise les productions de Lizène semble se fonder sur l’écart qui s’interpose entre la bestialité humaine et la suffisance préservée de l’art.
Il en suggère aussi cette coïncidence : l’irrépressible volonté de puissance. 

 

 

- René Debanterlé. Jacques Lizène in Actualité de la peinture, 1987.(repris in Guy Jungblut, Patrick Leboutte, Dominique Païni, Une encyclopédie des cinémas belges, Paris - Crisnée, Musée d’art moderne de la ville / Edition Yellow Now, 1990, pp. 178-179)

Bien qu’il déclare n’avoir « jamais voulu être ni acteur, ni réalisateur, ni producteur, ni même starlette, ... (ni écrivain, etc.) », Jacques Lizène a endossé, parfois très discrètement, chacun de ces rôles (sauf peut-être celui de starlette ...). Il fut notamment « reporter » dans le film d’Alain d’Hooghe consacré à un rallye de police (1972), « silhouette intelligente » dans un polard de Zerbib (avec Bernard Blier et Michel Bouquet, 1977) et, plus généralement, comédien et scénariste de ses propres œuvres cinématographiques.
Pour bien comprendre ces dernières, il convient de les inscrire dans la démarche spécifique de l’artiste, ainsi que dans le contexte historique, celui des avant-gardes des années 70, qui les a vu naître.
Se désignant lui-même comme « petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle », Jacques Lizène prône le « sans importance », le « minable », l’« ennuyeux » en tant que catégories esthétiques. Ce contre-pied des valeurs artistiques, désarmant pour la critique, atteint chez lui une rare intensité, par les qualités paradoxales d’un bâclage formel hautement expressif et de talent (quoiqu’il en dise).
« Peinture médiocre », « sculpture nulle », « musique non-séductive », performance, vidéo, etc., illustrent un discours sur l’échec sans complaisance régressive ni effet apologétique.
On note dans cet « art d’attitude » une manière de resserrement thématique physiques des matériaux de production: le corps est statuaire (vasectomie comme sculpture interne, 1970), territorial (appropriation de l’espace par l’urine, 1974), pigmentaire («être son propre tube de couleur», 1977), etc. L’humour acerbe, décapant et facétieux, non dépourvu d’intellectualisme cependant, qui dynamise les oeuvres de Jacques Lizène semble se fonder sur l’écart qui divise la bestialité humaine et les suffisances préservées de l’art. Il en suggère aussi, mais à contrario, la coïncidence : l’irrépressible volonté de puissance.
Si l’on ajoute à ces traits personnels le caractère fondamental des avant-gardes du modernisme, savoir : la fonction expérimentale, au sens scientifique (tenter de démontrer) et phénoménologique (faire l’expérience de), on peut mieux percevoir la portée des séquences filmées de Jacques Lizène, accepter leur répétitivité, voire goûter le charme de leur fragilité. La frustration y devient jouissive ; la « proposition » l’emporte sur le réel.
Le choix du support concret des séquences (8 et 16 mm) est purement pragmatique et accuse la dimension aléatoire, chère à l’artiste. (La majorité de ces concepts filmés sera reprise plus tard en vidéo). L’incitateur et, souvent, l’opérateur en fut initialement Guy Jungblut. Toujours muets, rarement en couleurs, jamais projetés en salles commerciales, « sans intérêt », ces films sont l’antithèse du cinéma, comme l’art est (ou devrait être) le contraire de la consommation. Généralement très courts (à peine quelques minutes), ils recèlent une durée implicite infinie, qui les rapproche du rituel.
Ainsi, ce « long travelling sur un mur de briques nues » (début 1971) pourrait ne pas s’achever, n’ayant à proprement parler ni début ni fin. De même, l’idée (non réalisée) de « filmer l’entrée d’un train en gare de la Ciotat », maigre référence historique, devient bientôt le projet quasi-perpétuel de « filmer le plus grand nombre d’entrées de trains en gares d’un peu partout » (mars 1971)
Cette potentialité ouverte des séquences est souvent freinée par une règle formelle qui la contraint et qui lui donne corps: obliger l’acteur à s’inscrire dans le cadre, de plus en plus rétréci; imposer le point de vue de la caméra à hauteur des yeux, du sexe et des pieds, etc.
Parfois, la loi de l’oeuvre entre en contradiction, ou en extrême tension avec l’œuvre elle-même, à la limite de sa mise en absence: filmer «en n’ôtant pas le cache de l’objectif» (avril 1971); filmer «la prise (en gros plan) du projecteur éclairant justement cette prise ... après trois minutes de ce plan fixe ... la main du réalisateur vient brutalement retirer la prise ... et le reste du film est plongé dans le noir» (1971).
À ce jeu avec l’impossibilité physique (absence de lumière) s’allie celui de l’impossibilité programmatique, comme dans la séquence intitulée AGCT (novembre 1971), visant à «enregistrer tous les visages humains adultes, tous issus de la formule génétique AGCT ... tous les visages humains existant au moment où le film a commencé à être réalisé ... et tous ceux qui existeront par la suite».
La fatalité de ces tentatives d’emblée avortées s’avoue mieux encore dans cette oeuvre de trois minutes : «un film raté et barré à la main, image par image» (janvier-février 1972).
Il serait toutefois partial de résumer ces films à leur seule négativité constitutive. Il convient plutôt d’y voir une méditation sur le «perçu et le non-perçu», la défense (morale) de la marge, de la lisière des choses matérielles ou sociales : «filmer le bas des murs au cours d’une longue promenade urbaine» (1971); «filmer uniquement le bord des choses» (non réalisé, 1971) ; « filmer le bord d’un écran où est projeté un film comique » ; se filmer traversant «sans raison pendant une durée de plusieurs heures le même passage pour piétons ... attendant chaque fois de l’autre côté que le feu soit redevenu vert» (non réalisé 1973).
Autant d’images manquées de notre monde, qui en donnent peut-être le meilleur sentiment ... 

 

 

- Carmelo Virone, février 1988. Le savon des artistes ou l’hygiène publique. Texte écrit à l’occasion de l’exposition, « Ateliers de production ». Liège Espace 251 Nord, 20/02-15/03/1988, repris in Arte Factum, n° 25, pp. 11-15 ; repris in Catalogue Jacques Lizène, Bruxelles, 1990, pp. 314-316. 
[ce texte, sur proposition de l’artiste et contrairement aux autres est uniquement en français.]

« Dans la guerre qui oppose le savon à la crasse, n'est-ce pas en définitive la crasse qui fait disparaître le savon ? »(D'aprês Clausewicz)

Les interventions de Jacques Lizène sont de nature à intimider celui qui veut recourir à leur égard à une parole critique. Pour deux raisons. C’est que d’abord les réalisations de Lizène sont elles-mêmes porteuses d'un discours d’apparence critique. L’artiste n’arrête pas, en effet, de se poser en observateur de son œuvre et de commenter les formes qu’il a produites, que ce soit par le biais des titres de ses compositions (nouvelle abstraction nulle), par des auto-références historiennes (citant ses propres sources : d 'après des dessins minables de 66) ou encore par la multiplication de marques d’appréciation sur ce qu’il a conçu ou réalisé (appréciations toujours paradoxales dans la mesure où pour J L,, ça ne commence à être bien que lorsque c'est suffisamment nul. Formulation canonique : très mauvais, bien ! », variante, parmi beaucoup d’autres : « d’un certain inintérêt... bien ! », ou, a contrario : « presque pas assez inintéressant ». Ainsi prend-il lui-même en charge la double énonciation normalement dévolue au critique : celle qui consiste à juger (du point de vue de l’esthétique) pour pouvoir ensuite classer (en historien) et, dans les deux cas, établir une échelle de valeur, somme toute : fixer un prix. C'est la condition même de « l’art d’attitude » qu'entend développer Jacques Lizène, « artiste de la médiocrité et de la sans importance » et « petit maître liégeois de la deuxième moitié du XXème Siècle ».
C’est cette prise en charge qui l’amène à délimiter lui-même la portée de ses interventions dans le champ de l’art (puisqu'il sait, pas bête, que désormais, entre conceptuels, c'est là que ça se passe) ou encore à décrire de sa propre autorité ses positions successives dans les diverses parcelles dudit champ (parcelles du champ puisqu’il passe d’un médium, ou d’un médiocre, à l’autre). Si donc dans sa rapide biographie incomplète il déclare avoir fait réaliser (en 1971) une série de diapositives où le personnage photographié fait une promenade autour du cadre de l'écran, c'est pour aussitôt préciser qu’il s’agit -bien entendu- de « réflexions sur les limites du cadre ». Quant au cursus de ses « prises de position » on peut glaner, dans la même biographie, les assertions suivantes : « 1966 : prend position pour l'art sans talent », (1968) « pour l'inefficacité », (1970) « pour la facilité » et « pour la banalité ». Suivront : « pour la futilité », « pour la lenteur », « pour la facétie » etc.

On conçoit ce qu'une telle démarche peut avoir, dans un premier temps, de décourageant : que pourrait-on écrire d'autre que ce qu'il a lui-même énoncé ?
Dans la rivalité incessante qui oppose les artistes aux critiques (et dont les derniers avatars ont amené les uns et les autres, en pacte de paix provisoire, à coupler leurs rôles respectifs, le critique ou l’opérateur ne s’assignant le statut d'artiste que pour mieux pouvoir, sans perdre la face, reconnaître à l’artiste son opérativité critique), dans ce joyeux combat de coqs, comment celui qui se propose d’énoncer un métadiscours accepterait-il de reconnaître sa défaite en ne trouvant rien d’autre à aligner que des paraphrases de l’œuvre elle-même ?
Quand bien même on accepterait de courir ce risque, il faudrait alors affronter le plus redoutable : le rire de Lizène (dont l'approximation dactylographique est du type: ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah l) (Lizène a présenté, à la galerie Yellow Now à Liège l’enregistrement de « 881 tentatives de rire »). En plaçant son travail sous le signe du dérisoire, de la médiocrité souriante, de l'absence de talent, il désarme toutes les volontés qu'on pourrait avoir de le prendre au sérieux : pas la peine, les amis, de vous mener avec vos concepts-truelles, le ciment ne prendra pas. Et le mur de brique n'est jamais que de la merde... (Et voici énoncée la seconde intimidation critique)
Lizène embarrasse, donc. Le prendre au sérieux, avancer la pesanteur d’un discours explicatif, c’est risquer d’affronter le système d'ironie qu’il a élaboré, et de passer pour ridicule.
À moins, bien sûr, d’opter pour l’indifférence (c’est trop bête), par le mépris (c'est trop vulgaire) ou par l’indignation (c'est trop négatif). Les raisons de justifier de telles attitudes ne manqueraient pas. Et au moins auraient-elles le mérite de répondre à l’une des données fondamentales de la démarche non-talentueuse : sa violence, développée avec une extrême rigueur.
Jacques Lizène a adopté l’attitude de la transgression. Il se déclare « contre la vie », parce que « la matière est une erreur ». La société exclut-elle par des interdits la frénésie sexuelle et la mort ? Lizène va avancer les propositions suivantes : « 1965, décide de ne jamais procréer », « 1966, propose à l'espèce humaine de s'éteindre à jamais, gentiment, en cessant de procréer », « 1970, subit volontairement la vasectomie (stérilisation définitive) ». Il affirme donc effrontément se placer du côté de la mort, de la dépense en pure perte.
On pourrait évidemment montrer qu'il n’y a pas grande audace, dans l’art contemporain, à traiter la question du sexe. Quel moderne, invoquant Sade ou Bataille, n’a-t-il pas eu sa phase de prurit libidinal ? Mais Lizène connaît son époque. Et c’est dans l’institution même de l'art qu'il entend porter sa marque négative. Aussi ne va-t-il pas exalter les forces obscures de l’érotisme ou confronter son ego aux fantômes de Thanatos (toujours susceptibles d’intéresser). Au contraire il se contentera de représenter gentiment des scènes de rut et de chasses au sexe où des bonshommes ithyphalliques poursuivent allègrement des cambrures fessières et des poitrines opulentes. Ou bien il soulignera, en Pierrot, qu'il « aurait aimé plaire... aux belles jeunes filles ».
Dans ces représentations, Lizène ne livre pas au public une image de soi, ni ne justifie la forme obtenue par une référence à son imaginaire personnel. Il n'étale pas ses fêlures intimes et ne mime aucune impulsion irrépressible. Non. Ses personnages ou ses objets tendent au purisme du pictogramme, au consensus d'un lexique élémentaire, au détachement d'une signification reconnue par tous. Ainsi Lizène à ce premier niveau d’intervention peut-il opérer en classique, qui se contenterait de faire voir la comédie du monde. Son « humeur », il la place au second niveau de sa démarche, celui où il commente sa pratique et où il fait intervenir de nouvelles formes de la transgression. D’une part, ses prises de position « contre la vie » renvoient toutes les scénographies du coït à l'inanité d'un geste erroné (mais amusant). D'autre part, en soulignant la médiocrité (la banalité, la facilité...) de ses mises en forme, le « petit maître » se dérobe à la doxa qui fonde son évaluation sur le critère de la qualité du travail. Ce n'est pas qu'il refuse le travail et ses règles (on n'évite pas l'interdit), mais il n’y apportera rien d'intéressant. De sorte qu'une fois de plus, il sera amené à produire en pure perte, puisque son produit n’a pas la valeur nécessaire pour alimenter l’Economie.
La famille de l'art enjoint à chacun de ses enfants de se singulariser (trouver son style) et à tous de devenir le meilleur (avoir la cote). Situation paradoxale, car si tous ont en commun de vouloir occuper le haut de l'échelle, qu'en advient-il de leur singularité ? N'en serait-on pas amené à devoir dire : « le style, c'est l'or même » ? Situation insoutenable pour tout véritable enfant de l'art. Trouver un style sans avoir de cote, ce serait s'exclure de la famille. Avoir la cote, comme tous les autres, ce serait perdre sa singularité. Schizophrénie. En tant qu'artiste, Lizène est celui qui ne peut quitter sa famille et qui ne veut pas perdre la singularité qui l’empêcherait d'y rester. Dès lors, il n'a qu’un choix, s'il veut échapper à la schizophrénie ambiante : dédoubler sa pratique pour se proposer à lui-même une injonction paradoxale qui lui permette d'échapper à la double contrainte familiale.
Se proposer de faire carrière comme « artiste de la médiocrité », c'est à la fois reconnaître l'autorité de la famille (il en accepte les règles, puisqu'il se situe par rapport à l'échelle de valeur qu'elle-même a disposée) et conserver sa singularité. Et voici la famille placée à son tour devant une double impossibilité : si elle ne peut pas reconnaître l'enfant, elle ne peut pas non plus ne pas le faire. Eh, eh !
Qui plus est, la singularité même de Lizène l'amène à disqualifier la démarche de tous les autres fils de famille, puisque ceux-ci ne visent banalement qu'à être - tous - le premier. Et voici le fils prodigue réhabilité.
Embêtée, la famille. Ou contente malgré tout, que le tour de passe-passe communicationnel ait réussi, parce qu'il lui permet, sans perdre la face, de réajuster les règles du jeu, de s'y trouver plus à l'aise, et d'enfin décrisper son rire ?
La médiocrité, pour Lizène, est un style et une position. Il faut aussi considérer que c'est le fondement d'une liberté d'écriture et de communication.
Dans la mesure où l'artiste ne doit pas faire preuve de talent (puisque son art, il l’annonce, en est dépourvu), il peut se permettre, selon ce qui lui convient ou ce qui l'amuse, de passer d'une technique et d’un medium à l'autre : dessins néo-rupestres (minables), peinture (nulle, médiocre ou vraiment médiocre), sculptures et vidéos (tout aussi nulles), fragments de fresque, séquences-photos, musique (non-séductíve), minable music-hall et chansons médiocres ...
Lizène n’est pas contraint, comme tant d’autres, de se montrer à la hauteur. Il n'a aucune précellence à justifier, aucune réputation de qualité à préserver. Ce n'est pas à lui de s'embarrasser à souligner une maîtrise quelconque. (Lui : « maître ») Aussi n’est-il pas obligé de montrer qu'il peut se jouer d'une technique pour pouvoir en jouer - comme on s'amuse.
Plus important, peut-être : sa pragmatique n’a pas besoin d'être légitimée par la performance qu'elle représente (sous-entendu : par l’originalité ou l'intensité particulière de l'acte). Puisque le petit maître » n'entre pas en lice, qu'il a marqué définitivement sa place dans l’Histoire de l'Art, il peut se permettre, par exemple, de répéter cette histoire, et donc de se proposer très sérieusement de filmer l’arrivée d'un train en gare de La Ciotat ou, plus quelconque encore (mais non plus indifférent), l’arrivée d 'un train en gare de La Louvière.
Cette éthique de la médiocrité s'applique également à l'écriture même, qui ne se référera ni dans ses formes ni dans ses substances à une pratique « noble ». Lizène bricole, chipote, fait des « tentatives ». Il fait du bruit avec sa bouche pour essayer d'imiter les aboiements des chiens ou les pétarades des 

motorettes (« Tentative avec la bouche, d’imitation d’aboiements et de grognements intempestifs. Enregistrement présenté à l’exposition Fluxus, Liège, Musée Saint-Georges). Ou bien il fait du bruit avec des billes, des milliers de billes étalées au-dessus du grand escalier d’un Musée, et qui composent un sol mouvant, des billes multicolores, qui déferlent en cascade, qui dégringolent toutes les marches dans un potin du tonnerre, parasitant les discours officiels (Musée de Hasselt, 1987). Il communique avec le bruit même, le laissé pour compte de l'interaction. Gageons que s'il lui prenait un jour l’envie de composer un médiocre air d'opérette, ce serait à coup sûr la Chevauchée de la Vache qui rit (avec Madame-les-mimosas et Don Juan des Olivettes).
Les formes que Lizène déploie tendent à l’ennuyeux, au non-séductif, au cacophonique, au gribouillage consciencieux, à la facétie. Elles récupèrent la face cachée de la lune.
Arrêt 1977 : le mur de merde (Peinture analitique ou Mur des défécations). On a beaucoup vomi la merde, on a beaucoup ri de l'odeur. Il faudrait interroger le mur, l’obstination avec laquelle a été peinte, brique après brique, cette toile de plusieurs mètres.
Lizène présente sa démarche par un discours économiste d'autarcie : « être son propre tube de couleur ». Manger pour produire de la matière et grâce à elle gagner de l'argent pour pouvoir manger.
Pourtant Lizène se présente « contre la vie », parce que « 1a matière est une erreur ». Se contredirait-il soudain en accordant l'honneur d’une mise en peinture à ce qui constitue la matière par excellence ?
La merde est le luxe de la vie. Elle est, précisément, ce qui lui permet de continuer à être. (Et c’est ce luxe, cette perte d’être assurant à la vie ses possibilités de permanence que Bataille appelle « la part maudite »). Accepter la perte, c’est consentir à la vie (« approuver la vie jusque dans la mort »). Interrompre le cycle, récupérer la matière pour peindre son mur, brique après brique, c'est donc faire de l’art avec son refus de la vie. Construire son œuvre en acceptant de n'être.
Lizène produit ses inscriptions avec ce qui, sans lui, serait perdu, oublié, renié, évacué, rejeté par le Monde et par l’Art. Petit chanteur. Petit bonheur. Vapeurs de bière. Bruits de bistrots. Cirques divers. Petits joujoux du quotidien. Meccanos. Electros. Electrucs pour communiquer.
Lizène nous représente le luxe de la vie.
Petits bonshommes néo-rupestres.
Petites usines, bites et nichons, où le travail part en fumée.
Voilà pourquoi, sans doute, il importe, le soir, de bien se brosser les dents.

 

 

- François Jacqmin. Deux chansons absolues, 1990Deux chansons écrites par François Jacqmin, et qui devaient être chantées par Jacques Lizène au vernissage de l’exposition de l’Atelier 340 (novembre 1990); une seule sera réellement chantée.
Les deux auteurs publient une plaquette originale (8 exemplaires) intitulée « 2 chansons absolues »: dessins de Jacques Lizène et textes manuscrits par François Jacqmin.
 

1. « On se paie votre tête »

 

Votre déchéance est à vendre

Votre décomposition est à vendre

Votre lâcheté est à vendre

Votre abjection est à vendre

Votre mise en pli est à vendre

 

Votre vulgarité est à vendre

Votre dépravation est à vendre

Votre débraillé est à vendre

Votre détresse est à vendre

Vos poux sont à vendre

 

Votre vieillesse est à vendre

Votre agonie est à vendre

Votre suicide est à vendre

Votre néant est à vendre

Votre calvitie est à vendre.

 

2. « If »

 

Si vous êtes trop bas

pour atteindre votre bassesse

Si vous vous considérez

un insurpassable zéro

Si vous êtes à ce point dénaturé

que tout soleil vous sûrit

Si votre clarté

est une ampoule qui a mal tourné

Si vous vous reconnaissez

dans votre vomi

 

Si vos ordures vous apportent

la notoriété

Si vous réservez la beauté

aux porcs et aux demoiselles

Si à Mozart vous préférez ce chant

de morveux,

Vous serez un artiste, mon fils !

 

3. Colophon

Ayant constaté la médiocrité de leur entreprise, les soussignés, Jacques Lizène et François Jacqmin ont renoncé à multiplier cette plaquette au-delà de huit exemplaires, tous également déplorables, et marqués de un à huit. Tout détenteur de la dite plaquette sera, à son tour, réputé médiocre, méprisable, maladroit et singulièrement répugnant.

 

 

- Ben (Vautier) « Sur L'Art d'Attitude (Ben, mars 1990) » in Catalogue Jacques Lizène. Atelier 340, 1990, pp. 262-266.

Faire un tableau sans témoin, sans constat, monter dans un train qui ne part pas.
Plus je pense à -Lizène moins j’ai envie de l'expliquer...
Pour ne pas passer à côté des choses simples il faudrait ne pas en faire des choses compliquées.
Comment passer dix jours à écrire qu’écrire est superflu ?
J’ai écrit assez de bêtises comme ça pour ne pas récidiver !
L’histoire de l’art n’est pas une accumulation de fiches ou si ça l’est, c’est le système de classement qui m’intéresse.
Il y avait d’abord la vie, c'est-à-dire la télé, des femmes nues, des bottes de cuir, et puis c’est devenu de l’art...
Qu'est-ce qui est nouveau ?  Ne pas penser au nouveau !
On veut tous être des ruptures, pour devenir une rupture, ne pas faire comme les autres, ne pas jouer le jeu.
Le spécialiste de l'art d’attitude jongle avec les mille et une possibilités de ne rien foutre : Et si j’allais dormir ? et si je me suicidais ? et si je me cuitais ? ça ou autre chose...
L’art conceptuel aurait pu englober l’intention et l’idée... mais les conceptuels, des sardines sèches, n’ont pas voulu des ivrognes. Ils voulaient du clean...
Je crache dans la soupe et je bois la soupe : à bas le marché de l’art, à bas les marchands, à bas l’art, mais on ne va pas donner nos œuvres pour rien tout de même...
Dans le monde de la science on découvre toujours que la réalité est ailleurs, que l'univers est toujours plus grand ou plus petit, qu’I y a des trous noirs, que la matière n'est pas matière, bref on se faisait des illusions. C'est idem pour le monde de 1”art. S’il le faut, rien n’est réel, tout est faux ou irréel : les musées, les galeries, la foi dans le beau ou dans le laid...
Je passe mon temps à vouloir ce que je ne veux pas.
La gloire s'accompagne d’un tas de petits emmerdeurs profiteurs hypocrites complimenteurs qui nous tournent autour et qui me font penser que je me suis trompé de chemin. À force, même ces mouches à merde me font penser que j’en suis une.
L’abondance des productions d’avant-garde entraîne un refus de l’avant-garde.
Relançons autour d'une bière gaiement le débat de l’avant-garde, sa définition, son but.
Il n’y a aujourd'hui que des astuces, des variations sur quatre thèmes. La figuration, l’abstraction, l'objet et l’attitude. L'art pédale dans la semoule.
Support Surface a dit : nos toiles ne sont que l’image du travail qui les a produites, l’Art d’attitude dit: nous n’avons ni travail, ni image, mais des propositions impossibles.
Il y a autant d'histoires de l’art qu’il y a de points.
On est dans une course absurde du nouveau pour le nouveau. Et nous qui n’en finissons pas d'essayer d’arrêter de courir.
J’ai rien à dire et je dis que je veux que tout le monde sache que je n'ai rien à dire.
Écrire c’est trop. Parler c’est trop. S’éteindre, ça va.
Je ne sais pas si c'est de l’art d’attitude mais je suis en train de perdre ma mémoire. Je n'arrive plus à me concentrer. Il faudrait non seulement que je m'y habitue mais que j’en sois content.
Chaque fois que j’essaie d'abandonner l’art j’en fais de l’art.
La chat sur la télé n'en a rien à foutre.
Dans l'avenir personne n’aura la gloire mondiale.
La culture court après la culture, la culture parle de la culture, la culture produit la culture, la culture montre la culture, la culture essaie de s’échapper de la culture.
Il n’y a absolument aucune règle qui puisse me prouver que quoi que ce soit beau ou laid.
Lizéne, c’ est le roi de la culbute; le mauvais qui devient bon à force de vouloir être mauvais.
Il dit: je suis impiégeable car le piège c’est moi.

 

 

- Michel Baudson, février 1990. « Jacques Lizène » in Catalogue Lizène. Bruxelles, Atelier 340, 1990, pp. 294-295.

« Couché la caméra ! . - Debout la caméra... ! »
La voix est cinglante, cassante, et la caméra obéit aussitôt. Devant mes yeux, sur le petit moniteur noir et blanc, apparaissent d’abord les pieds, puis le buste et le visage hilare du Petit Maître liégeois de la deuxième moitié du XXème siècle, qui ordonne et rigole ouvertement de sa parodie.
C’était une de mes premières rencontres avec l’ouvre de Jacques Lizène, il y a de cela environ quinze ans, à l’époque du groupe CAP, qui réunissait la verve de quelques libertaires de l’esprit et de la créativité (Courtois, Evrard, Gehain, Herreyns, Horvath, Lennep, Lizéne, Nyst). 
Depuis lors, Jacques Lizène n’a eu de cesse de trancher autant dans le vif des pentifications intellectuelles et critiques que dans le gras des interprétations bouffies de fatuité des thuriféraires de l'art contemporain. À chaque fois, il s’agit pour lui de faire passer dans le tamis ubuesque le bon goût, la bonne éducation et l’obédience du connaisseur et de sa consommation du beau et du rentable.
Jacques Lizène n’épargne rien ni personne, pas même lui. Le rire est sardonique, l’insulte n’est pas gratuite, L’œuvre jarnais innocente mais éloge de la folie... de cette folie consciente et volontaire qui met l'actuelle perversité du système artistique à nu et démonte les mécanismes des grandiosités théoriques qui encombrent nos regards sur l’art et ses conséquences.
L’humour de Jacques Lizène, à chaque fois nourri par l’esprit d’irrévérence, est dévastateur. C'est pourquoi, après avoir fait table rase de la séduction analytique, il ne pouvait plus que laisser libre cours à la peinture analitique, celle des premiers étalements de matières et de couleurs de notre stade anal, peinture scandaleuse sans aucun doute pour beaucoup, comme la plupart de ses travaux et propositions, et pourtant si exactement juste de sens.
C’est pourquoi aussi, il désespère joyeusement de ne pouvoir créer des dessins, des peintures, des environnements, des performances vraiment mauvais, suffisamment minables, à coup sûr exécrables. Les autocritiques négatives : « pas assez mauvais ... pas assez minable ... nul ... » ponctuent en effet allégrement ses œuvres depuis plusieurs années.
Prônant un art de la non-qualité et de la non-importance, refusant l`autosatisfaction ou l’auto-suffisance, il se montre d`autant plus irrévérencieux qu`il remet en question non seulement le système de l’art, mais aussi le bien-fondé d’un appel aux concepts de qualité ou de valeur, esthétique ou autre, en déniant à l’artiste et à l'œuvre toute importance.
Sans doute Jacques Lizène nous confronte-t-il à un art d’attitude, mais surtout et avant tout d’apologie: celle de la dérision où se jouxtent la pauvreté volontaire de l'inspiration, la spontanéité libidinale du trait, l'ironie vis-à-vis des media et des techniques de communication, le refus de toute idée d’évolution ou de conséquence historique lorsqu'il joue avec les dates de pro j et et de réalisation de ses œuvres.
Seul le rire, celui de l’artiste mais aussi du public, ressort indemne de cette apologie de la dérision, rire spontané, ludique, vibrant d’éclat, tel celui qui fusait en permanence lors de la récente ouverture de son exposition à la Criée à Rennes.
Artiste de la non-importance, sachant ne point auto-censurer sa « nullité », Jacques Lizène déboute avec santé ce qui est véritablement scandaleux: la prétention des néo-pompiérismes.

 

 

- Francis Pire (professeur de Philosophie à l’Université de Liège), « Jacques Lizène » in Catalogue Jacques Lizène. Bruxelles, Atelier 340, 1990, pp 294-300.

« Il est inélégant de reprocher à quelqu’un sa stérilité, quand elle est postulée, quand elle est son mode d”accomp1issement, son rêve. » (Cioran)

Tel est Jacques Lizène, qui s’accommode à la manière de l’« inconvénient d’être né ». En 1965, il a décidé de ne jamais procréer. Un tel vœu de stérilité pourrait passer pour une attitude ou un aveu déguisé d’impuissance. Avec Lizène, ce renoncement se définit comme un « art d'attitude », et donc comme une action ou, préfère-t-on dire aujourd’hui, comme une « performance ». Quand, en 1970, joignant le geste à l’intention, il pratique la vasectomie, celle-ci est présentée comme une « sculpture interne ». Ce qui s`inscrit en creux fait ainsi relief pour attenter à notre conformisme animal.
Où qu'il aille, Lizène brandit l’étendard de la « mort en rose », vécue au quotidien comme la chose du monde la plus naturelle, la plus juste qui soit. Il se fait de l’inexistence un lit douillet d'où jamais ne s'élève une lamentation, mais ce rire d'une imperturbable fragilité qui traîne après soi les odeurs moites d’une enfance, indurée et disqualifie une fois pour toutes les râles et les plaintes dont s’assortit chez d’autres le mal de vivre. Sans espoir, Lizène n’est jamais triste. Provocant, il n’est pas agressif. Tout en lui est douceur de ne pas exister, de ne pas « ex-sister », dirait un philosophe, s'il est vrai que Lizène n’est jamais sorti qu'à moitié de la gangue fœtale. Lizène «tel qu’en lui-même... »
Certains, qui prennent l’art au sérieux même quand il procède d'une désinvolture calculée, dissertent, si on le leur demande, sur l’art de J .L., sur son « œuvre ». L’artiste lui-même cède parfois à la tentation. Mais son œuvre, c’est d'abord lui-même, « petit maître », comme il se désignait, des années 70, des années 80, voire «de la seconde moitié du vingtième siècle », tant il est vrai que cet ennemi de la vie oppose au temps qui ronge et rouille une adolescence inoxydable.
Son nom rimant avec « fredaine », et quasiment avec « baliverne », L. fait figure d’histrion de la pulsion de mort. Quand on voit les ravages que celle-ci exerce, on doit sans doute savoir gré à notre artiste de l’avoir apprivoisée avec tant de tact et de nous donner à voir, à sentir, à vivre enfin l’aimable déchéance à laquelle la culture post-moderne nous convie.
Le détachement de J.L., son art de ne pas trop y toucher pour laisser quand même à la vie sa chance font de lui un curieux moraliste qui, comme le clown, parodie nos mœurs pour en narguer l’inconsistance. Risquons une autre métaphore, même si elle est un brin emphatique : J.L., qui est son œuvre même, réalise à travers un destin marginal l’alchimie du geste qui transforme le banal en art de vivre. Tout cela est subtilement médiocre et mérite, comme dirait l’artiste, qui n'a pas peur des mots, la mention : « très bien ».
L. pratique l' « art de banlieue », parce qu'il végète activement dans la « banlieue de l'art », utopie qui devient concrète à mesure que s'y accumulent, en hommage à sa lucidité goguenarde, les fruits avariés de sa verve immobile. Du médiocre au futile, via l’inefficace et le sans importance, L. dessine tendrement la carte de nos possessions illusoires.
En 1974, J .L. enregistre « avec la bouche » le tintamarre d'une motocyclette qui démarre et qui ne démarre pas. Certains possèdent encore le « disque mou » qui commémore ce simulacre. De quoi s'agissait-il ? De faire du bruit, pour rien, pour l’art, mais d'un art qui mine la vie en la mimant et qui procède par simple mention ou monstration. Depuis lors, J .L. a conçu des machines qui machinent, mais ne produisent que de la fumée. Belle négation du travail par la simulation d’un travail stérile ! Dans un autre registre, mais toujours selon le même plan, il crée en 1977 la peinture analitique » dont son « mur des défécations » sera (on peut l'espérer) la seule illustration.
Face à une débauche aussi activement employée, ou déployée, à ne « rien » faire, la question se pose: « J.L. est-il un artiste ? ». Autant, semble-t-il, qu’une rose est une rose. Si l'art est d'abord une activité ludique qui excède les limites de l'utile et du rentable, J .L. est un maitre de l'inutile. Si l'art transcende l’esprit de sérieux, J .L. est un très sérieux garant du droit à la frivolité. Si l’art n'en est pas moins sérieux, en ce qu'il excède les frontières du vécu pour imposer sa finalité propre, L. peut passer pour un adepte de l’art pour l’art. Sa stérilité même, ou plutôt la manière dont il la met en scène, rappelle à l’esthète que le geste de l’ouvrier est l’essence même de l'œuvre accomplie.
Un brin d’exaltation, un peu d'emphase et le parti pris d’en rire aussitôt pourraient encourager à saluer le nietzschéisme de J.L., car il est vrai qu’il a contribué pour son humble part à la transmutation des valeurs. Rien de ce qui fait l’ordinaire d’un homme adapté ne résiste à ses manœuvres de dévaluation. Au gré de « performances » qui sont au-delà du bon ou du mauvais goût, J .L. toise la vie. Du haut de sa superbe indifférence, il la subvertit et la contraint à n'être qu’un effet de l'art. De la sorte, il en souligne la vacuité brute ou l’ineffable insuffisance. Cependant, pour autant, il ne la transcende pas, comme y a prétendu l'humanoïde auquel Nietzsche prête le nom de Surhomme. J.L. n'est pas assez naïf pour se croire au-delà de la vie, mais il a assez d’humour pour vivre à côté.
J .L. a les dents longues et le regard clair. Cela suffit à cet animal pour capter à notre profit quelques moments de la vie des hommes qui, sinon, se perdraient dans la fosse commune où s'entassent pêle-mêle les produits de nos ambitions désuètes et de notre industrie optimiste. Armé de nonchalance, J.L. se love dans la médiocrité. Il en fait une valeur, une sagesse même qui défie les nobles entreprises dont les chantres du Progrès aiment à s’enorgueillir.   
Plutôt que de faire carrière dans une de ces institutions dont l’artiste aux abois trop souvent s’accommode, J .L. a décidé de vivre dans la misère de l'art. Il y est bien, comme le bernard-l’hermite dans sa coquille d’emprunt. Mieux : il y prospère et prouve ainsi qu'on peut prétendre à la nullité sans perdre son temps, ni son âme. Le plus piquant des paradoxes, concernant cet artiste du dérisoire, est peut-être, en dernière analyse (ou faut-il dire : « analise » ?) qu’il vise à l’essentiel et que parfois il y atteigne mieux que le gros de ses confrères qui se l`étaient promis. Sans doute sa pudeur lui interdirait-elle de l'avouer, mais c'est un fait dont se réjouissent ceux qui l’aiment : J .L. est moins futile qu'il ne veut le faire croire.
En somme, s’il fallait d’un seul mot couvrir les errements dont J .L. est l'auteur et dont il est le premier à rire, ne pourrait-on pas dire qu'ils sont les caprices d'un dandy qui, selon les mots de Baudelaire, cultive « le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné » ? S’il souffre quelquefois, il a pris une fois pour toutes le parti d’en sourire quand même, « comme le Lacédémonien sous la morsure du renard ». Belle indifférence qui, si nous adoptons le type de cotation dont il agrémente ses performances, mérite peut-être la mention : « très, très bien ». Mais n’exagérons pas. Disons qu’en se mordant la queue, J .L. serpente dans notre inconsistance et que c’est bien ainsi.

 

 

- Yannick Miloux, juillet 1990, « Fragments surexposés (pour une approche critique) » in Catalogue Jacques Lizène. Bruxelles, Atelier 340, 1990, pp. 302-308.


Le samedi 14 octobre 1989, après un été chaud où il fut largement question de nationalisme et de bicentenaire, surtout en France, La Criée ouvrait une exposition intitulée :
JACOUES LIZENE, ARTISTE DE LA
MEDIOCRITE.
RAPIDE RETROSPECTIVE, 1964-1980,
PEINTURES MEDICORES ET SCULPTURES-NULLES,
DUN PETIT MAÎTRE LIEOEOIS DE LA
SECONDE MOITIE DU XXe SIECLE,
COMME ART D’ATTITUDE.
Cette rapide rétrospective (faute d’espace, La Criée ne possède que 160 m2), faisait suite à L’ORDRE TOTAL, à la fois première exposition «moderne» (selon les propos termes du groupe) et l’une des dernières du groupe aujourd’hui séparé PRÉSENCE PANCHOUNETTE. Cette coïncidence n’est pas fortuite. Il s’agissait de rapprocher des cousins qui ne se connaissaient pas. (Lizène est le « cousin » de Raoul Vaneigem, théoricien situationniste, grand inspirateur avec Guy Debord de Présence Pantchounette)
Cette présentation exceptionnelle des travaux du petit maître de Liège fut l’occasion de rassembler des œuvres majeures, voire historiques, de réaliser (ou de réactualiser) certains vieux projets inédits, d'organiser un ensemble multimédia (peinture, sculpture, dessin, vidéo, photographie, son). Nous nous appuierons sur cet ensemble pour tenter de dresser certains rudiments d’approche critique, tant il est vrai que jusqu'à peu, Lizène fut seulement appréhendé selon les dogmes psychanalytiques terriblement ennuyeux et réducteurs. (Seul le texte de Carmelo Virone – p. 314 et Arte factum n° 25, pp. 11-15 – propose une première approche esthétique de qualité)

En 1964-65, alors qu’il était encore étudiant, Lizène conçut une série de projets autour de la reconstitution picturale et sculpturale d’un pignon aveugle en démolition. Il passait davantage de temps, m’a-t-il confié, à l'étage inférieur, celui des étudiants en architecture, fasciné par leurs travaux. Le plan d’architecte et sa lisibilité conceptuelle permettent sans doute une lecture autre de ce qu’en fait Jacques Lizène. Une grande toile libre, épinglée à même le mur (l'œuvre peut être également un mur peint) décrit de manière simple l’histoire fictive de cette représentation. Le découpage en séquences, les glacis, le papier peint, l'étagère, le bris de lavabo, un torchon, quelques restes de chauffage et d'électricité … tout surdétermine une histoire postnucléaire (avec symptômes de conservationite aiguë du patrimoine pour la partie sculpture). Cette tentative de reconstitution, c’en est une, permet à Lizène de réactualiser sa propre histoire (comme tout au long de cette rétrospective, et nous y viendrons) et de reprendre la ligne claire (l'architecture, la B.D., ...), la peinture néo-rupestre, le néo-déco, ... nous en reparlerons notamment lorsque nous évoquerons le véritable déménagement de l'atelier de Lizène (qui a d’ailleurs failli s’installer définitivement à Rennes) auquel a conduit la « placard à tableaux ». 
Cette œuvre véritablement fondatrice qu’est la peinture à la manière fécale participe également d’une origine quotidienne, voire anecdotique : un pari stupide avec Ben convaincu d'ouvrir (comme tout récemment Bernard Bazile à Marseille) une boîte de merde d 'artiste exemplaire de l’œuvre de Piero Manzoni (1961). La boîte est vide. Lizène se voit dans l'obligation de se réapproprier cette absurdissime situation. Voilà l'artiste transformé en son propre tube de couleur. Lizène sculpture-vivante, peint une représentation d'un mur (encore) de briques, semblable aux murs de Liège épuisée, l’industrielle avec une précision et une surdétermination d’informations. Menus, tickets de restaurant, polaroïd, autant d’annotations qui disent le méticuleux du travail, et vient saturer cette toile lâche organisée selon de subtiles gammes d'ocre et de brun. Cette œuvre englue véritablement le spectateur ébahi dans l'histoire lizénienne.
A peine rehaussée par un petit miroir triptyque de poche au graffiti néo-rupestre proche de Rodin (tous les matins, moi aussi, je. _.) et d’une poêle sur roulettes contenant une statuette africaine que n’aurait pas reniée Présence Panchounette, l’œuvre trouvé également réponse en vis-à-vis sous la forme d'un fragment à la crotte de chien (pour ne pas oublier le visiteur canin).
Tout près, un tas de moniteurs vidéo où est diffusée une rapide rétrospective de l’œuvre vidéo.
Une autre pièce de choix de cette présentation fut sans doute la reconstitution du placard à tableaux Date de 1967-70, et réactualisé en 1989, au moment même où Lizène n’avait plus d’atelier à Liège, le placard a tableaux permet de reconstituer avec excès et artifice, 1 atelier / réserve de tableaux, sorte de conglomérat illusionniste, allant jusqu’au trompe-l’œil, la B D la toile libre, découpée, tendue sur châssis, le châssis, à l’envers, à l’endroit, perspectiviste et frontal, en tout cas très riche, très varié, papier peint, toile cirée, graffiti néo-rupestres, balais, pots de couleurs et brosses sur plateau a roulettes Même la bouteille de champagne vidé, elle aussi sur roulettes, réhausse l’ensemble d’un clin d’œil appuyé à l’ «artiste dans son milieu ». Ce gigantesque placard a tableaux constitue une pièce d’importance à mettre au compte de l’auto-historicité pratiquée par Lizène Toute œuvre porté en général deux datés (conception, réalisation) parfois trois (réactualisation) parfois davantage.
En gros plan, comme pour épauler ce placard, un ensemble de six plaqués de contre-plaqué peint et grave, conçu à l’origine pour une des fenêtres du musée de Liège. Une exposition collective durant l'été 1989 avait permis à l'artiste un premier grand format préparatoire. Alors que le toit de l’édifice prenait l’eau, L’organisateur imagina d’utiliser le musée comme une vitrine, en périphérie. Lizène répondit par un placard, lieu de rangement, de désordre aussi.
Au pied du placard a tableaux, le sol est jonché de 3000 billes d’agate : il s’agit de la sculpture dangereuse. En éclairage rasant, ce tapis mouvant est retransmis par vidéo à un moniteur dressé, et se transforme en « vitrail moléculaire » par le miracle minable d'une technologie simple. L’effet est saisissant, également pour sa portée in process. La pratique surréaliste du « fil en aiguille » qui sous-tend tout l'œuvre de Lizène, en écho, trouve ici une remarquable présence
Quelques entassements néo-déco et néo-rupestres permettant de réactualiser quelques brosses, chiffons, palettes, chaussures sur roulettes, jusqu’à cette pièce photographique de 1972, où Lizène, en séquences, s'attachait à tenter de sortir du cadre d'une photographie (1972), sur fond de mur de briques.
L’association de sculptures nulles (dont les plus récentes avec fumigènes) avec des toiles peintes permet dans une même ambivalence (de type fourniture-sculpture) de reconstituer ou d’aménager quelques pièces de choix. Ainsi cette pièce sonore (un magnétophone diffusant 369 tentatives de rire) et cette sculpture nulle (la pioche-guitare et le micro sur pied) prennent le relais 3D d’une toile où sont également présents une bétonnière remplie de billes et quelques billes jonchant le sol ; ou cette sculpture nulle avec fumigène (sorte de maquette d'usine constituée d’objets de rebut, de tuyaux, de bonbonnes de gaz, montée sur un sommaire châssis métallique rouillé) qui trouve écho dans cette toile paysagère qui décrit un projet de la même espèce. La toile désencadrée et déchirée excède la perspective. Dans un paysage désert, une usine fume, paisible, dans le lointain. Un faux air de broyeuse de chocolat où certains experts verront même l’empreinte de Giorgio De Chirico, c’est ce même excès au-delà de la troisième dimension que l'on trouve dans le matériau fumée (et la matière sonore pour la précédente) qui ramène encore au surdéterminisme que j'évoquais plus haut.
Une armature rouillée, de toile de tente, tente d’abriter l‘accouplement monstrueux (contre nature) de deux photocopieurs. Il s'agit, sous des atours que le connaisseur attribuera à Lavier, Leccia, et même Vilmouth, d'une réactualisation de la peinture sur verre. Le processus en libre-service pollue invariablement la feuille de papier d’un graffiti néo-rupestre peint à même la vitre. Cette pièce est caractéristique de la grande période néo-rupestre où Jacques Lizène a pollué de nombreux supports (passage pour piéton, disque laser, voiture neuve, grottes, toiles, etc.).
Cet ensemble incomplet quoique consistant était accompagné d’un florilège de dessins, projets, photographies, et autres avatars d’une non-carrière. L’artiste a en effet conçu de nombreux projets jamais encore réalisés.
Cette exposition fit l’unanimité. J’ai peine à croire que Lizène ne figure pas parmi ces artistes de l’imaginaire belge (Ensor, Magritte, Marién, Broodthaers, Geys, Charlier, Panamarenko) tels qu’a pu les rassembler Achille Bonito Oliva à Rome en 1987. Ou dans la sélection de Suzanne Pagé à propos d’une perspective historique de l’art belge, à l’ARC (Paris), à l’automne prochain. Et pourquoi pas dans celle de son voisin Jan Hoet, pour Kassel, en 1992 ?

 

 

- Lettre de Jean-Yves Jouannais à Jacques Lizène. Paris, le 1er janvier 1993

Cher Jacques,
(Mon père s’appelle Jacques, surnommé Jacquy…)
Je tenais absolument à te souhaiter une merveilleuse année 1993. Démarche on ne peut plus commune, certes, mais ô combien sincère en l’occurrence !
Il m’est venu à l’esprit qu’en guise d’étrennes je pourrais peut-être composer en ton honneur une petite chanson médiocre. Celle-ci est inspirée par mon sujet de prédilection que sont les nains de jardin et s’intitule : NAIN PORTE QUOI ?
(N’importe quoi ?) = terriblement médiocre, n’est-ce pas ?
On disait de Pétain
Qu’il écrivait des quatrains
À peu près aussi vilains
Qu’un troupeau de p’tits nains

 

Un p’tit nain
Ça mange pas d’pain
Un p’tit nain

Ça n’a pas de pépin (refrain)

 

Quand de moules ils ont faim
À marée basse s’aventurent les nains
Et dans la vase au doux parfum
Parfois disparaissent corps et biens

 

[refrain]

 

Voilà donc pour cette chansonnette assez médiocre et bête ! 
J’espère qu’elle aura su te séduire.
Dans l’attente de te revoir, peut-être à Liège, je t’envoie toutes mes amitiés.
Amicalement,
Jean-Yves.

 

 

- Jean-Yves Jouannais, "Jacques Lizène : les fastes de l'insuccès", in Documents n°3, juin 1993, pp. 15-20. (introduction à un entretien avec l’artiste [cfr Textes de l’artiste])


« Chez Lizène il y a la mort et la vie au même instant : « La matière est une erreur, l’espèce humaine ne vaut rien, ça ne vaut pas la peine de vivre sa condition, mais je veux bien baiser une petite maintenant entre 3 et 4 heures. » Ben

Le ratage, le fiasco demeurent des positions idéales, des absolus au même titre que la réussite. Jacques Lizène, lui, choisit l’entre-deux, le moyen. Se présentant comme "Petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle", artiste de la médiocrité, de la sans-importance, et prenant position dès 1966 pour “l’art sans talent”, il s’impose une ambition qui fait de lui le dernier rejeton d’une généalogie ubuesque qui compta parmi ses ancêtres quelques excentriques anglais, une poignée d’artistes incohérents dont Raoul Colonna de Césari ou Fabre des Essarts ainsi que les représentants (pré-dadaïstes) de l’art zwanze bruxellois.
Jacques Lizène bricole des riens, trafique du presque et, campé sur cet équateur du médiocre, passe sa vie à rire très fort. Ainsi sa vasectomisation volontaire (1970) ne peut-elle être vue comme un acte d’héroïsme anarchiste (il se déclare lui-même “anarchiste tempéré”), mais comme l’annonce de la création, dès l’année suivante, de l’Institut de l’Art stupide. Dans le cadre de cet Institut, dont il est le seul membre volontaire et déclaré, seront composées des Chansons non-séductives et répétitives, réalisé un film raté et barré à la main image par image (1972), enregistrée sur disque souple l’imitation approximative d’un bruit de mobylette (1974). Jacques Lizène se revendique banlieusard de l`art. Il hante cette périphérie du goût. Lizène est de la lisière. Ce qui n’implique aucunement qu’il se contente de désigner de manière simpliste et critique les frontières du champ artistique. Il feint, tout au contraire, d’imposer à sa démarche le cadre d’une définition convenue de l’art. C’est ce qu’évoque métaphoriquement une pièce burlesque de 1971, Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo. Une série de clichés montre l’artiste, tandis que l`appareil se rapproche progressivement, s’efforçant de maintenir sa silhouette dans le cadre en se courbant peu à peu jusqu`à se retrouver nez à nez avec l’objectif, vautré au sol. Participent de cette même expérience les photographies systématiques et morcelées du contour des choses et des personnes (Bord de corps, 1973). Ainsi Jacques Lizène s’applique-t-il à ne pas dépasser les limites, il les parasite. Son œuvre se caractérise par une violence endogène, une pratique autonome jusqu’à l’autarcie qui l'amène en 1977 à devenir “son propre tube de couleur” et à peindre avec sa matière fécale. On saisit la combien cette fréquentation de la médiocrité, poursuivie depuis presque trente ans, s’apparente peu à un dandysme.

 

 

- Arnaud Labelle-Rojoux Du mauvais goût (2) : calamiteux ratages et chaos in catalogue Hors Limites, Paris, centre Georges Pompidou, (09/11/1994-23/01/1995), 1994, pp. 227-228.

Dans un article on ne peut mieux renseigné, luxuriant d’« exemples de misérables ratages », sur un sujet lui tenant particulièrement à cœur, le « fiasco », Jean-Yves Jouannais écrit de Jacques Lizène : « [...] Lizène, dont la pratique de la catastrophe, depuis plus de vingt ans, ne prête guère à confusion quant à son anti-dandysme. C’est bien loin, au large de cette comédie esthétique du dandy qu’il chavire, s’applique à son naufrage. [...] Rien n’est plus éloigné [du dandysme que] cette aventure en creux, patiente collection de non-réalisations, de sabotages et de dépits choisis dont Jacques Lizène a décidé de faire sa vie ; vie ratée, idéalement saccagée, œuvre d’art nécessairement, sûrement pas mise en scène » (in Débandade, Documents n° 1. Octobre 1992). On peut discuter la thèse de l’anti-dandysme de Lizène lorsque l’on sait qu’il érige la nullité en attitude. Elle relève d’une exigence, d’un calcul, d’une inconvenance recherchée comme nombre de gestes dandys.
Je serais, moi, plutôt enclin à parler de dandysme du ratage, de dandysme du mauvais goût. « Être nul, dit Lizène, c’est ne strictement rien faire d’intéressant. Quasiment nul, c’est plus médiocre, c’est jouer le jeu, faire de petits efforts sans jamais aller jusqu’au bout, présenter des choses boiteuses ; cela s’intègre mieux avec ma démarche d’artiste de la médiocrité comme art d'attitude » (in « Conversations ». +-0, Bruxelles, octobre 1987). Le « ratage », le mal foutu, le « piteux » dont parle Jouannais font partie du calcul, même si Lizène s`acharne avec bonheur à ne satisfaire aucune attente, la sienne comprise. Le mur constitué de briques d'excréments humains produits après ingestion de spécialités régionales, refusé par le Symposium d’art-performance de Lyon en 1979, relève-t-il plus, ou moins, du « fiasco » que la volontairement insignifiante performance, déjà ancienne (1971), proposée à la place : Lizène traînant en laisse un cassettophone muni d’un marker et qui diffuse un rire « inextinguible », afin de tracer au sol la représentation approximative d’un microsillon ? Nul besogneux apprentissage de la déficience ou, pour dire comme Cioran, « cure d’inefficacité ». Car il y a efficacité (et le cas échéant solution de rechange). Et il y a méthode. Mais une méthode systématiquement inorganisée à partir du refoulé de la création, son fond minable, consternant, indigne, trivial, prosaïque, archaïque, régressif, infantile, méchant, immaîtrisable souvent, en un mot : déplacé. C’est le mauvais goût du cynique ingérant une quantité suffisante de fèves pour mettre à l’aise son interlocuteur atteint de pétomanie involontaire. Le cynique en effet, ainsi que le dit Jankélévitch (je ne m’attendais guère à le reciter ici !), « croit en la fécondité de la catastrophe ».

 

 

- Dictionnaire des Peintres Belges du XIVe siècle à nos jours (Renaissance du Livre, 1994), Notice par Marie-France Willaumez.

* « Peintre, vidéaste et artiste multimédia. Utilise cassettes vidéo, photos, concerts, textes et performances pour s’affirme comme Maître de L’Art Nul. Le petit maître liégeois, artiste de la médiocrité et de la sans-importance, démystifie l’art actuel en revisitant tous les « ismes » depuis la préhistoire, pour annuler et construire les messages du rien qui a créé son mythe. En 1973, rejoint le groupe Cap fondé par J. Lennep, dont la notion d’art relationnel détermine le caractère commun des travaux du groupe. Développe le caractère socioculturel de son œuvre dans la peinture depuis 1977. Expose, depuis 1969, dans différentes galeries liégeoises et bruxelloises. Présent, en 1982, aux rencontres performances de Nice et d’Albi, à différentes foires d’art actuel à Bâle et à Bruxelles. »

 

 

- Michel Houellebecq, in Les Inrockuptibles / La Lettre du Réseau n° 0, Montpellier, juil. 1995, p. 15(Ce texte a été réédité dans "Interventions", Flammarion, 1995, pp. 83-84.)


Mercredi. École d’art d’Avignon, pour une « Journée du ratage » organisée par Arnaud Labelle-Rojoux. Je devais parler de l’échec sexuel. Les choses ont commencé presque gaiement, par une production de courts-métrages réunis sous le titre « Films sans qualités » : les uns hilarants, les autres étranges, parfois les deux. Puis j’ai vu une cassette de Jacques Lizène. La misère sexuelle le hante. Son sexe dépassait d’un trou aménagé dans une plaque de contre-plaqué ; il était enserré dans un nœud coulant par une ficelle servant à l’actionner. Il l’agitait longuement par secousses, comme une marionnette molle. J’étais très mal à l’aise. Cette ambiance de décomposition, de foirage triste qui accompagne l’art contemporain finit par vous prendre à la gorge ; on peut regretter Joseph Beuys et ses propositions empreintes de générosité. Il n’empêche que le témoignage porté sur l’époque est d’une précision éprouvante. Toute la soirée j’y ai pensé sans pouvoir échapper à ce constat : l’art contemporain me déprime ; mais je me rends compte qu’il représente, et de loin, le meilleur commentaire récent sur l’état des choses. (...) 

 

 

- "Infamie", éditions Hazan, 1995, pp. 27, 96 & 97
 

 

- Cécilia Bezzan, Jacques Lizène ou la contrariété intuitive in Art & Fact n°16 (L’Art et le corps). Liège, 1997, pp. 103-117.


Démarches provoquantes teintées quelquefois de cynisme, autodérision flagrante, manifestations corrosives sont autant de traits caractérisent l'œuvre de Jacques Lizène. Il faut une forte dose d'humour pour comprendre le travail du petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle (L’artiste se dénomme comme tel à partir de 1966, il a alors 20 ans). Ériger la nullité au rang de discipline artistique ou encore se définir comme médiocre et le crier haut et fort est un moyen de légitimer de de nombreuses actions. Cela sert, en quelque sorte, de paravent à la critique. D’emblée, l'analyse s'annonce haute en couleur, le personnage adopte une attitude auto-critique vis-à-vis de sa production et se perçoit comme un nihiliste convaincu doté d’un pessimisme joyeux, de nature sceptique, mais non mystique. Anarchiste tempéré, il avoue également militer gentiment contre la vie. À en croire l'artiste, c'est avant tout le désespoir et une grande incompréhension vis-à-vis de la Création qui animent ses travaux : « le ratage est une destinée et la matière (Interview accordée le20.09.1997). L'œuvre est donc placée tout entière sous un seul et même signe, celui de la médiocrité en art. Plusieurs thèmes, récurrents par ailleurs, s'articulent autour de ce leitmotiv lizénien (châssis, art banlieue, remakes, idées non-abouties, perçu / non-perçu, inachèvement, etc.) ; ils sont cependant trop nombreux pour être développés ici. Le présent article s'attache à illustrer l'inhérence de la dimension corporelle dans les travaux de l'artiste, dont la vasectomie, le « shit painting », l'art d'attitude, les diverses photographies (AGCT, contraintes du corps, etc.) et performances en tout genre sont autant d'exemples.
L’intérêt apporté à l'œuvre du Liégeois se justifie au sens où elle est représentative d'une tendance qui, peu à peu, acquière ses lettres de noblesse. On assiste aujourd'hui, dans le milieu des critiques d'art, à une effervescence de termes (infamie, idiotie, fiasco, mauvais goût, dérision, irrévérence qui tous désignent des productions entretenant un rapport très critique et même caustique vis-à-vis de la création en particulier et de la vie en général. Parler d'émergence d'un nouveau courant est abusif, car, comme le fait remarquer Jean-Yves Jouannais (« Le siècle Mychkine ou l’idiotie en art » in Art Press n° 216, 1996, p. 32-41), une perspective historique peut déjà être esquissée. Celle-ci prend source à la fin du XIXe siècle dans la mouvance des Arts Incohérents. Comme l'explique Catherine Charpin (Les Arts Incohérents, 1882-1893. Paris, 1990, p. 18), « l’incohérence est d`ores et déjà le royaume du calembour graphique et des supports inattendus ».  Afin d'adhérer au royaume de la cocasserie, les esprits irrespectueux glanent les facéties dans le champ de la dérision.  De fait, le constat d'analogie est évident entre le L.H.O.O.Q (1919) de Marcel Duchamp et l'œuvre d'Eugène Bataille dit Sapeck, quand on note que la Joconde fume, en 1887. Sapeck réalise pour l'illustration du Rire de Coquelin Cadet plusieurs dessins inattendus. En effet, trente-deux ans plus tôt que Marcel Duchamp, Sapeck fait d’un des joyaux de la Renaissance une figure de petite bonne femme bien sympathique. Dans le même esprit, étonnement précurseur, on ne peut s'empêcher d’évoquer les travaux d'un Daniel Spoerri face aux « compositions sur cervelas à l'ail ou à balai et sculptures en fromage de gruyère » (11) présentées à l'occasion de la première manifestation incohérente en octobre 1882. Même visée subversive et drolatique avec Alphonse Allais dans Première Communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige, sorte d'achrome avant la lettre. L'art Zwanze variante belge de l'incohérence (cf. J. Van Lennep in Bulletin des Musées royaux des beaux-Arts de Belgique. Bruxelles, 1970 1/-4 et 1985-88 / 1-3, pp. 313-326), propose également maintes productions satiriques. Le cercle l'Essor organise le 20 février 1885, au musée du Nord, la Great Zwans Exhibition au profit de l'Œuvre de la presse. Il s'agit d'une exposition où se rencontrent les talents fantaisistes et tintamaresques. Leur succès est incontestable. Les zwanzeurs obtiennent le concours d'un grand nombre d'artistes étrangers, dont « les morceaux les moins académiques de l'exposition des arts incohérents, qui a fait sensation à Paris » (in L’Indépendance belge n° 43, 12 février 1885). Dans la lignée, on retrouve I'écho de cette raillerie burlesque chez plusieurs Belges comme René Magritte, Marcel Broodthaers et Marcel Mariën. Arnaud Labelle-Rojoux (L’Art Parodic’, essai excentrique. Paris, 1996, pp. 42-46) souligne, à ce sujet, le côté subversif de la période vache de Magritte. Michel Baudson vient de consacrer une exposition autour du peintre belge, en mettant à l'honneur l`irrévérence des artistes belges contemporains. Enfin, Laurent Jacob prépare une exposition sur une certaine école liégeoise du ratage.
Force est de constater le foisonnement d`arguments en faveur d'une mouvance belge impertinente et insolente. Il s’agit bien sûr d'un problème trop vaste à exposer ici, cependant, la question mérite d'être envisagée.

Eléments biographiques
Issu d'un milieu modeste de la banlieue liégeoise, Jacques Lizène voit le jour le 5 novembre 1946 à la clinique d'Ougrée. Le futur petit maître liégeois de la seconde moitié du XXsiècle passe sa prime enfance à Comblain-la-Tour puis, à Wenduine, près de Blankenberge (ou Knokke-Heist comme l’artiste se plait à le dire). De retour à Liège, il poursuit, de 1961 à 1966, des études à l’Académie royale des Beaux-Arts. Dès cette période, Lizène intrigue. D'une grande timidité, le jeune artiste cherche à se composer une image qu'il supporte, afin de communiquer sans retenue. À l'époque, Lizène est d'un abord prétentieux et arrogant et prend, à 19 ans, la décision de ne jamais procréer. C'est la première manifestation d'un art qu'il nomme déjà d'attitude. Prix Claude Liard en 1966, Jacques Lizène se distingue en peinture murale.
C'est à la même date que l’artiste prend position pour « l'art sans talent ». Les premiers « dessins médiocres » apparaissent : Les chaises dorment assises (1964), Le sexe et la multitude (1966). Ces dessins « minables » montrent de petits personnages ithyphalliques, qui, en 1980, seront définis par l'artiste comme « néo-rupestres ». Pendant une courte période, Lizène réalise des toiles « semi-figuratives » : Femmes et skieurs (1965), Femme et autoroute (1965), Femme et avion (1966). Les tableaux sont très proches quant à leurs thématiques et leurs traitements : présence féminine récurrente, camaïeux, utilisation de points de vue multiples, formes sculpturales, et paysages parcellaires.
Par la suite, son attention se porte sur le thème du châssis : Personnage ithyphallique poursuivant une petite femme (une toile dans une toile) (1966), mais aussi Première peinture d'art spécifique. Châssis et tache (1967), et plus tard, Coin de toile (1969), Cadre (1969), Châssis voilé (1970) et Toile disséquée (1970). Aux dires de l'artiste, c'est la sans-importance, l'inefficacité, la facilité, ainsi que la banalité qui s'expriment au travers de ces œuvres. Ces productions remettent à l'honneur le questionnement sur la raison d'être, sur la nature du support en tant que médium essentiel dans la réalisation picturale. La réflexion était, dès 1966, au centre des recherches d'artistes français comme Claude Viallat et François Rouan, qui, en 1970, formeront le groupe Supports-Surfaces.
Les années '70 sont fécondes en travaux de tout genre. Un événement lourd de conséquence radicalise l'attitude nihiliste de l'artiste : la vasectomie. Plusieurs manifestations, connexes au thème, viendront désormais ponctuer la nouvelle vie de l`artiste. Ainsi, pour matérialiser scéniquement l'intervention chirurgicale, il se propose d'organiser un lancer de ballons et de baudruches dans les rues de Liège. À l'inscription « À mort les ovules », certains répondraient « Non à l'agression spermatozoïque ». L'action resta au stade du projet. Dans le même ordre d'idée, la première performance, Extinction de l'œuf... geste, odeur et son (1970), est réalisée à l'A.P.l.A.W.
« L'Institut de l'art stupide », dont Lizène se constitue l'unique représentant, est créé en 1971, dans l'esprit subversif qui caractérise déjà l'artiste.
La thématique des limites est développée au travers des clichés où l'artiste contraint son propre corps, ou celui d'un modèle, à s'inscrire dans le cadre de la photo : Contraindre le corps d'une jeune fille à s’inscrire dans le cadre de la photo (1971), Contraindre le corps à s'inscrire dans les limites de la photo (1971), Petit maître liégeois hésitant a entrer dans le cadre d'une ou de /'autre photo (1971), Petit maître liégeois s'introduisant joyeusement dans le cadre d'une photo (1971), Bords de corps (1973). Par la suite, Lizène emboîte le pas avec toute une série de films 16 mm destinés à illustrer la sans-importance : Travelling sur un mur de briques et Propositions de filmer le plus grand nombre d'entrées de trains en gare (La Ciotat, La Louvière ...). Cette démarche est un joyeux clin d'œil aux débuts du cinéma français. Lorsque l'on évoque La Ciotat, on ne peut s'empêcher de penser au célèbre film de Louis Lumière où l'on voit une locomotive surgir du fond de l'écran et foncer sur les spectateurs. Les années '70 sont également l'époque des chansons non-séductives, sorte de traductions humoristiques de l'ennui quotidien qui ravage les esprits démunis. Ces mélopées, enregistrées sur cassette, doivent légitimement accompagner les photos ou autres productions de l'artiste, accueillies bien charitablement par les galeries d'art ou les musées.
La première exposition de vidéo-art (On doit au Coréen Nam June Paik, l’insertion comme nouveau médium dans l’histoire de l’art en 1968-69) en Belgique s'intitule Propositions d'artistes pour un circuit fermé de télévision (1971) et se déroule à la galerie Yellow Now, à Liège (Faute d’un matériel, la réalisation verra le jour sous un film 16 mm). Accompagné notamment par Jacques-Louis Nyst, Jean-Pierre Ransonnet, Guy Vandeloise et Jacques Charlier, Jacques Lizène propose plusieurs projets : Torsion électronique dans l'espace, Totem-Vidéo ... Comme l'expliquent J. P. Tréfois et G. Van Broeckhoven (in Salade liégeoise, Cat. ICC. Anvers 1985 pp. 5-6), même si l'lCC d'Anvers devenait au même moment le pôle principal de la production et de la diffusion vidéo en Belgique et en Europe, grâce aux travaux de Florent Bex, les deux actions pionnières de Jacques Charlier et de Guy Jungblut signifiaient le début d’un intérêt croissant pour la vidéo à Liège.
En 1973, Lizène joue sur Le perçu et le non-perçu (Titre de son exposition à la galerie Yellow). Une jeune fille nue aux chaussettes noires est photographiée à trois reprises : « sur la deuxième photographie, la chaussette noire, portée au pied droit par le personnage est portée celui-ci au pied gauche sur la première photographie ; tandis que sur la troisième photographie le personnage porte deux chaussettes différentes » La même année, Lizène rejoint le groupe CAP (28). Fondé en 1972 par Jacques Van Lennep, aujourd'hui chef de travaux agrégé aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, le groupe comprend les artistes suivants : Pierre Courtois, Michel Gehain, Gilbert Herreyns, Pal Horvath, Jacques Evrard, Jacques Van Lennep, Jacques Lizène et Jacques-Louis Nyst. « Le but assigné est essentiellement prospectif. Les tendances réunies sont diverses - mal art, art cinétique, conceptuel, constructiviste et autres. Lennep s'inspire du titre d'un tableau de Courtois pour définir la tendance, il la nomme art relationnel ».
En 1974, l'artiste se déclare comme étant de la banlieue de l’art et réalise les « navrantes », 144 tentatives de sourire mais on sait le vécu quotidien de la plupart des individus, ainsi que les « abominables », 887 tentatives de rire, enregistrées sur cassette, d'une traite. L’installation présentée à l'ICC et s’intitulant L'histoire de la misère de Marc W ..., apprenti d'usine à Ougrée fait quelque peu scandale. Fresque de la dure réalité ouvrière, l'œuvre à l’atmosphère froide et funeste dépeint la vie anonyme d'un pauvre hère, petit cousin éloigné de l’artiste. Esseulé, le jeune homme. Marc W ..., rejeton débile d’une société en pleine crise économique, mène la morne vie d’un apprenti-ouvrier de banlieue. La réalisation consiste en la présentation de photographies représentant de sinistres bâtiments de l’agglomération industrielle liégeoise. Un drap de lit blanc, souillé çà et là de taches de sperme, ultimes souvenirs d'un plaisir meurtri, orne une des cimaises de l'exposition. Censuré, le linge fut lâchement jeté aux rebuts. Un enregistrement accompagnait l'ensemble et diffusait les cris de l'aliéné.
Toujours avec le groupe CAP est organisée, en 1975, au Capc de Bordeaux, L'idée de la couleur. Lizène y présente une nouvelle chanson non-séductive. ll s'agit d'une énumération monocorde de plusieurs noms de couleur inventés, l'ensemble est présenté dans l'obscurité la plus totale. Lizène présente dans le catalogue une photographie entièrement noire qu’il intitule Objets très colorés photographies dans l'obscurité.
Dans un élan pseudo-philanthropique, « le triste pitre en art » propose aux bourgeois d'améliorer leur intérieur cossu en achetant du Lizène. Le choc opéré par l'évident contraste de qualité et de style mettrait leur mobilier en valeur. Cette démarche auto-publicitaire (1975) devait aboutir à la publication de petits prospectus destinés à être distribués dans les galeries d'art. L’année suivante, l'hôpital de la Citadelle n’est pas épargné. Bien plus burlesques que les dessins minimalistes d'un Sol LeWitt au Centre hospitalier universitaire, du Sart-Tilman, Lizène propose l'acquisition de deux Peintures thérapeutiques qui, malgré leur inscription « ne souffrez jamais plus ! furent refusées.
Création autarcique, la démarche « devenir son propre tube de couleur » perturbe l’opinion. Lizène, en 1977, décide de produire avec sa propre manière fécale et obtient un nouveau médium pictural. Suite au manque de « bienséance » lors de l'exposition Le jardin. Lectures et relations, Lennep ne souhaite plus coordonner les activités du groupe CAP. Lizène est exclu du groupe pour non-conformité d’esprit. Étaient notamment exposés : la première Peinture à la matière fécale, vaste aplat merdique, et Drôle de mycologie, polaroïdes de verges en érection. L'ensemble était accompagné d’une pièce sonore pour bombardon et pot W.C. Chaque fois qu’un spectateur intrigué s'approchait de l’œuvre, l'instrumentiste soufflait un grand coup.
Dans le même style décapant, la vidéo, Sexes marionnettes (1977) propose un dialogue, pour le moins incongru, entre le sexe d’un homme et celui d'une femme. Le premier est guidé par un fil, à l'instar des pantins, le second, articulé par des mains comme une bouche parlante. Ce « dialogue de sourds » ne possédait pourtant rien de compromettant, il tut toutefois interdit sur l’antenne de la RTBf : «Croyez-vous que le malheur de la matière vienne de l'impossibilité à résoudre le concept » et de suivre, « Tout travailleur accidenté sur le lieu de travail ou le chemin de celui-ci doit immédiatement téléphoner à la direction ou à la direction de son service ».
En 1979, les Sculptures-nulles se succèdent : Guitare électrique surmontée d’une pioche (1979), Bétonnière avec micro sur pied et Billes de verre dans le tonneau (1979), Projet de chorégraphie pour bras robots (1980-1982) ... Toutes occasionnent une incongruité dans le choix et l’assemblage d'objets communs. Il est intéressant de noter que le choix des objets de base sur la banalité de leur nature et de leur fonction. Cela n'est pas sans rappeler les ready-made duchampiens. Les Sculptures-nulles avec fumigène (1980), sorte d’usines en réduction, dispersent un jet de fumée colorée selon l'envie du moment.
La nouvelle décennie se caractérise par plusieurs collaborations avec l'émission Radio-Titanic, sur le premier programme de la RTBf : Le chanteur-en-dessous-de-tout et son minable Music-Hall (1980), Pièce sonore pour rasoir électrique, Craquements de noix et chant désagréable du nez (1980). Avec des « Récitals-performances », le petit maître privilégie l’art musical sans talent et laisse quelque peu de côté les réalisations plastiques.
Lizène se résout à définir sa démarche d'auto-historique, « on retrouve là cette capacité de l'artiste à tourner en dérision des mouvement artistiques dont il prend prétexte pour réaliser des travaux ponctuels » C'est ainsi qu'en 1980, le Liégeois crée la « nouvelle abstraction nulle » et la peinture « néo-rupestre ». Les dessins « néo-rupestres » parsèment les souterrains urbains (place Saint-Lambert, ou caves de particuliers). Dans le cadre de |'exposition Tectonic'84, Jacques Lizène réalise un passage pour piéton fissuré par le souvenir du tremblement de terre qui secoua la Cité ardente en octobre 1983. Ce passage fait à nouveau intervenir deux personnages « néo-rupestres », réalisés cette fois-ci à l'aérographe.
La peinture « néo-déco » voit le jour en 1987. L'artiste justifie-re son propos : « cette nouvelle tendance consiste en la prise conscience que toute œuvre d'arts plastiques (sic) est ou devient décorative, vaille que vaille », et de prendre pour exemple : « vous placez un urinoir de Duchamp sur un meuble de luxe avec un spot qui le met en valeur dans un appartement clean et vous avez un des plus beaux effets décoratifs ... :. un Beuys dans une vitrine dans un hall de marbre ».
En 1989, l'artiste présente Placards à tableaux (projet, 1970), lors de l'exposition à la Criée de Rennes. Il s'agit d'un entassement de toiles ou de châssis sans toile. À l'instar de Marthe Wéry avec Installation (1982), il s'agit d'une part, d'une dénonciation de la représentation traditionnelle de l'art pictural. Le cadre soumet le regard à un champ visuel arbitrairement délimité. D'autre part, il y a revendication d'un espace d'exposition éclaté ou la vision du spectateur n'est plus conditionnée par un accrochage traditionnel. Aussi, les œuvres sont-elles déposées à même les murs et génèrent, de ce fait, une ambiance moins institutionnelle, donc plus encline à la découverte du contexte créatif.
En 1990, l'artiste se rend compte qu'il fut un des inventeurs du conceptuel comique du début des années '70 et crée 2 Chansons absolues. On se paie de votre tête, sur les paroles de François Jacqmin. À l'occasion de l’exposition La vidéo casse le baroque, Marie-Ange Brayer (« Contrebandes » in Art & Culture, n°6. Bruxelles, 1990, p. 4) donne une description du Salon (nul) de Lizène, dont la complexité est à l'image de la cocasserie de l'artiste : « Un magnétoscope envoie une bande sur un téléviseur, étendu de côté, dans un fauteuil en face duquel une caméra, couchée sur une table basse, envoie des images a une T.V. à l'endroit, posée sur un bar à roulettes, de l'autre côté de la pièce, images reçues plus loin par une télévision a |’envers sur un autre fauteuil ! Dans ce jeu de l'oie aux cases zigzagantes, retour au départ avec une essoreuse, où haut et bas, envers et endroit sont brassés et leurs secousses enregistrées par un mini-cassette sismographique qui émet, affolé, des bulles sonores ... ».
Une requête hors du commun caractérise l'année 1994, Lizène envoie une demande d'entrée dans le dictionnaire Larousse en émettant une condition expresse : la notice biographique et le portrait de l'artiste y entreraient l'année 1995 pour en sortir l'année suivante, comme démarche d'art d'attitude. La réponse fut négative. Gilbert Gatellier, rédacteur du département des Beaux-Arts répond : « le désir d'insertion-événement dans le Petit Larousse se heurte sans remède au caractère imperturbablement austère, terriblement positif et benoîtement impersonnel que nous estimons devoir maintenir à cet ouvrage ».
Le 27 novembre 1996, la Société belge des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs, marque son accord pour les pièces musicales de Jacques Lizène. D'après une idée de 1979, « il s'agit de n'importe quelles compositions en lisant à l’envers toutes les œuvres comme art d'attitude d'art médiocre ». Le concept de réécriture est accepté comme procédé compositionnel original, du fait qu'il n'est pas possible d'identifier les thèmes utilisés. C'est ainsi que l'unique compositeur non-composant réécrit Mozart au travers de Etanos Trazom (1979-1996) et Taifansie (1979-1996) avec remake Taifansie Trazom (1996). Toutefois, le menuet pour guitare à Loukiainée, partant de l'œuvre originale de Luigi Boccherini n'a pas été acceptée en raison du manque d'apport créatif. Il est certes évident que le but assigné au concept de réécriture compositionnelle n'a pas la prétention de créer de nouvelles sonorités, mais bien de poursuivre le travail sur l'idée de jugement entamé depuis 1969. 
Lizène en profite pour y appliquer le procédé de translation employé pour le Fun fichier / Sculpture génétique (1996). Sur une idée de 1980, Lizène propose de réaliser des Avions métamorphiques, Picasso anno '50, comme il n'en a jamais fait. Ce remake de 1996 était destiné à un projet de sculpture monumentale. Faute de moyens, le tout resta au stade de projet.
À Rennes, en 1997, avec l'exposition Petit, économe, tonitruant, Lizène en profite pour revisiter le thème de la «vanité» avec son Projet de sculpture pour crânes et vidéo (1993) et la démarche Mettre n’importe quoi sur la tête (1980).

L'exposition à la galerie Michel Ray, en mai de la même année, est la première exposition individuelle à Paris du petit maître. Il y présente plusieurs de ses productions médiocres dont l'Action polaroïde (remake de 1971) et Fun fichier. 
Pour Ecce homo, l'artiste présente la Fontaine à provoquer les quolibets. Il s'agit du projet présenté au concours de sculpture monumentale de la place Saint-Lambert à Liège, mais qui subit plusieurs modifications. À l'origine, l'artiste proposait un pénis ityphallique, dont le gland, coiffé d'une mitre, devait cracher, toutes les deux secondes de la vapeur d'eau en hiver et des jets d'eau en été. La sculpture était accompagnée des attributs du saint, la crosse, l'épée et la lance. La sculpture présentée à Soest, démunie de ses pieux attributs, se réfère au thème de la vasectomie. Elle conserve sa nature sexuée, mais a perdu toute allusion sacrée. Le sexe est sectionné, de l'entaille jaillit un mince filet d'eau colorée.
Enfin, Lizène entame la démarche Internet-art avec la 5e édition de Bandits-Mages. Durant la biennale, le festival propose, dans les principaux lieux culturels de la ville de Bourges, une programmation multimédia où se croisent projections vidéo et cinéma, consultations de sites internet et de CD-Rom, installations, performances, tables rondes et rencontres. Vingt pays y participent dont l’Allemagne, l'Autriche, le Brésil, le Japon, la Russie, la Suisse ... et la Belgique.
Aujourd'hui, le Liégeois est loin d'avoir regagné ses pénates. Jacques Lizène continue de mener une carrière internationale parmi les capitales et autres centres de production d'art contemporains les plus notoires comme Angoulême, Rennes, Paris, Londres, etc.

Ecce homo : l'art d’attitude ou l'attitude en art
« Quelle ne fut pas ma stupeur quand j'appris que Duchamp, déjà, avait lui-même nommé une de ses pièces Médiocrité ! Cela vient renforcer l'idée que mon art est intuitif » (interview par C. Bezzan daté du 4 avril 1997). La « pièce » dont parle Lizène est un dessin au crayon (fig. 1) qui, de façon très schématique, représente l'avant-corps d'une locomotive. Il s'agirait de la première apparition d'un thème machinique chez Duchamp. Au bas du dessin, une légende, de la main de l'artiste, indique le nom du poète symboliste Jules Laforgue (1860-1887). La même référence se retrouve également dans deux autres dessins : Sieste éternelle (1911) et Encore à cet astre (1911), ce qui témoigne de l'intérêt de Duchamp porté au poète. L'emploi du terme « médiocrité » par Duchamp peut-être fait-il écho, au ton railleur, mais affligé, de Laforgue traduisant son immense désespoir face au drame humain. Pour sa part, Lizène joue, depuis 1965, avec la médiocrité comme d'un aulos. Concept qu'il emploie dans les deux sens communément admis par le Littré : « état de ce qui est entre le grand et le petit, entre le bon et le mauvais » et « insuffisance du côté du mérite, de la qualité ; état de peu d'esprit, de peu de talent, de peu de capacité ». La médiocrité comme art d'attitude, la sans-importance, la ludique jouissance que procure le ratage, sont les instruments avec lesquels Lizène s'ingénie à contrer l'idée de jugement. En 1969, date d'ouverture de la galerie Yellow Now, Lizène expose pour la première fois individuellement. Le carton d'invitation se présente sous la forme d'un avis mortuaire au liseré noir, une phrase parcourt la plaquette : « Il faut abolir l'idée de jugement (m. Duchamp) (sic) ». Par ce biais, Lizène insuffle à sa démarche une dimension critique et caustique qui touche directement le monde artistique d'aujourd'hui, avec tout ce qui gravite autour de cette immense famille gangrénée où siamois et frères ennemis s'affrontent à tire-larigot redoublent de vigilance pour ne pas heurter le mythe sacro-saint de la création.
Dans ses travaux, Lizène courcircuite non seulement la tâche de l'historien de l'art en délimitant lui-même ses périodes (conceptuel comique des années ‘70, art néo-déco, nouvelle abstraction nulle, ...), mais aussi celle du critique en établissant un jugement de valeur, lequel consiste en un renversement sémantique puisqu'avec lui, « ça ne commence à être bien que lorsque c'est suffisamment nul ».
Si Jacques Lizène a la rature aussi féconde, c'est qu’elle possède une beauté plastique et qu'elle ajoute au style me certaine saveur. Cette rature intentionnelle est propre à l'art de la non-séduction, de la récrimination perpétuelle sur laquelle joue Lizène. De l`état de rature à la dimension du ratage, il n'y a qu'un pas ... Chez le dandy du ratage, comme le nomme Arnaud Labelle-Rojoux, le geste est une « attitude qui relève d'une exigence, d'un calcul, d'une inconvenance recherchée ».. Jean-Yves Jouannais, lui, se prononce au contraire pour l’anti-dandysme. « (...) Lizène, dont la pratique de la catastrophe, depuis plus de vingt ans, ne prête guère à la confusion quant à son anti-dandysme. C'est bien loin au large de cette comédie esthétique du dandy qu’il chavire, s’applique à son naufrage (...) rien n'est plus éloigné de cette aventure en creux, patiente collection de non-réalisations, de sabotages et de dépits choisis dont Jacques Lizène a décidé de faire sa vie ; vie ratée, idéalement saccagée, œuvre d’art nécessairement, sûrement pas mise en scène ». Il suffit de se pencher sur quelques ouvrages traitant du sujet pour remarquer que la définition du dandysme, même si, avec Jacques Lizène, elle sort des sentiers battus, s'applique à merveille au personnage.

Pour résumer le propos, le dandysme Iizénien mêle l'irrespect à l’insolence du geste. Il fait de sa vie quotidienne une œuvre d’art et la soumet à des exigences rigoureuses. L'attitude de Lizène rejoint, en ce qu'elle a de profondément égotique, le mythe romantique de l'artiste. Tout l'art de Lizène est de feindre la déficience : il simule la notion d'« à peu près» et défende celle du «presque ». À ce sujet, on pourrait parler d’hymne au non finito, non pas du point de vue plastique, mais bien au point de vue idéel. C'est notamment en ce sens que l’on peut rapprocher les productions de Lizène de l'art conceptuel. L’artiste bouleverse les valeurs par un comportement aussi singulier que spectaculaire, mais il s'applique toujours avec méthode dans la pitrerie. C’est ce que l'on retrouve dans la démarche de l’inefficacité, lorsqu'à la Neue Galerie d’Aix-la-Chapelle, en 1972, il présente un film 16 mm noir et blanc d’une durée de trois minutes, raté et barré à la main, image par image. Quand de surcroît l'artiste ajoute « n'a intéressé personne ... pas même l'auteur ... très bien ! », le résultat déconcerte. Un autre exemple dans le même lieu, mais cette fois en 1975, démontre le déterminisme de l'artiste. Tentative frustration de l'amateur de peinture (1975) consiste à filmer, en noir et blanc et de façon morcelée, les œuvre du musée fermé intentionnellement pour l'occasion. Un moniteur T,V. est placé à l'extérieur, ce qui contraint le public à se contenter d'une «médiocre» visite. Ainsi, le petit maître aime à se donner les allures d'un être infatué, à la limite du parasite social. Cela fait bien évidemment partie du jeu : « (...) ma démarche est (__.) sincère, d`une telle sincérité que je peux me permettre une malhonnêteté sincère. L'art c'est la sincérité du mensonge ». L’artiste s'auto-disqualifie et se place en marge de la création en instituant la médiocrité, la sans importance comme valeurs artistiques. Son point de vue sur l'art est subversif, impudique et transgresse les limites en les repoussant toujours plus loin, ce qui ne va pas sans créer de nombreuses polémiques. En 1974, à la galerie Elsa van Honolulu, la démarche Exposer l'autre débouche sur un événement qui fit quelque peu scandale. Lizène, alors membre du groupe CAP, prend l'initiative d'inviter un artiste non-convié à l'exposition et l'engage à présenter ses propres œuvres sur la cimaise qui lui était destinée. Non content de cela, Lizène le fait uriner afin de délimiter le territoire d'accrochage. Lizène institue la trace comme sa propre participation, il ajoute : «C`était une façon personnelle d'éviter la contrainte et de lutter contre l’acharnement risible de certains à arriver les premiers lors de l’accrochage, afin d'obtenir le meilleur espace d'exposition ». Contrariété et agacement sont une fois de plus au rendez-vous, lorsqu'en 1987, au Provinciaal Museum d`Hasselt, lors de l'Euregionale 2, Lizène interrompt inopinément le discours le discours officiel avec le vacarme de la Sculpture nulle aux 6000 billes multicolores qui dévalent l’escalier du musée.
On l'aura compris, la réputation « scandaleuse » de Jacques Lizène n'est plus à faire et ne débute pas seulement, comme le souligne Jacques Parisse), avec ses «peintures odorantes ». Aujourd'hui, l'humour scabreux caractérise toujours la personnalité de l’artiste : « dans le domaine de l’art seul l'humour, même médiocre, ou ses tentatives m'importe. Je tends, et je n'ai jamais rien fait d’autre, à la facétie. La facétie, en art, (même quand elle semble manquer d'intérêt) a comme qualité principale et c'est son mérite, d'être justement facétie... elle se suffit à elle-même » (Texte de 1975).
L’art d'attitude peut déjà être évoqué en tant que discipline artistique. Sur ce point, le travail d'Harald Szeemann (1933-), est hautement significatif. Historien de l'art de formation, Harald Szeemann est nommé directeur de la Kunsthalle de Berne, en 1961. Il y monte, en 1969, When Attitudes become form. Cette exposition, comme le note Michel Baudson «apparaît aujourd’hui comme un tournant décisif dans l'histoire des expositions d'art contemporain ». Szeemann avoue ne « s'intéresser qu’à la conscience divergente, parce que c`est là seulement que se trouvent les énergies utopiques ».
Au travers des comportements des artistes, les attitudes se font formes, c'est-à-dire qu'il y a, dans la perception de l'œuvre, transfert de l'intérêt sur le processus créatif et non plus sur le résultat. Dès lors, l’appréhension de sens se focalise sur l’événement, sur le geste artistique, au-delà de tout esthétisme. Cet ébranlement des valeurs artistiques traditionnelles doit beaucoup à Marcel Duchamp, à la peinture gestuelle de Jackson Pollock, ainsi qu'aux « nouveautés » instaurées par John Cage, La Monte Young, George Maciunas et relayées par Fluxus. «L’unité entre le matériau, l'effort physique et la durée des happenings du début des années '60 peuvent faire partie d'une généalogie artistique créatrice »
Il y a recentrement sur le moi créateur, le résultat compte moins que Faction qui l'engendre. La force de Szeemann a été de légitimer l’idée que la vie est art : «c`est la première fois que l'attitude intrinsèque de l'artiste est présentée de façon aussi précise, comme une œuvre » Les artistes présents à l’exposition, tels que Joseph Beuys, Jannis Kounellis, Joseph Kosuth, Sol LeWitt, Richard Long, Robert Morris, Bruce Nauman, Claes Oldenburg, Richard Serra ... « ne sont pas des faiseurs d’objets, ils cherchent, au contraire, à leur échapper et élargissent ainsi ses niveaux signifiants afin d'atteindre l'essentiel en-deçà de l'objet, d'être la situation ».De cette façon, « les artistes concrétisent un processus mental qui met en perspective l'acte créateur» .

Le cadre comme limite...
Avec Contraindre le corps à s'inscrire dans les limites de la photo (1971) (fig. 2), le sujet photographié, l'artiste en l'occurrence, est forcé de se contorsionner afin de rester entier sur la pellicule pour ne pas être amputé de ses membres. Le sujet est subordonné aux limites définies par le format photographique, comme si le fond revêtait moins d'importance que la forme. C'est le thème du cadrage qui est abordé ici, avec ce qu'il peut avoir de contraignant. Toutefois, on peut déceler plusieurs allusions métaphoriques dans la démarche. K. J. Geirlandt penche pour l'allusion à la pression et l'oppression sociale. La lecture de Jean-Yves .Jouannais est tout aussi pertinente : « l'artiste ne se contente pas de désigner de manière simpliste et critique les frontières du champ artistique. Il feint d'imposer à sa démarche le cadre d'une définition convenue de l'art » (Jouannais, 1993).
Lizène poursuit le jeu de la dérision et le travail sur l'idée de jugement entamés en 1969, qui consistent ici, à ne pas dépasser les limites établies, tout en les parasitant. D'autre part, il s'agit d'une constatation ironique, qui dénonce le conditionnement de |'œil au format standardisé. Il en découle une contestation de l'académisme qui banalise la création puisqu'il la subordonne à une donnée matérielle. Lizène choisit le renversement par l'absurde pour traiter le sujet. Par conséquent, il remet à l'honneur la critique de la conception picturale en deçà d'un espace établi, non modifiable, auquel l’acte créateur doit se soumettre. Une réflexion semblable était déjà présente dans la célèbre action de Saburô Murakami, à l'Ôhara

Kaikan de Tokyo, en 1955. Membre de Gutai, l'artiste traverse avec violence et de façon successive huit paravents de papier. La démarche se comprend en deux temps symboliques. D'une part, il y a rupture avec la tradition du cloisonnement intérieur qui régit l'espace domestique japonais. D'autre part, il y a éclatement du cadre institutionnel de l'art, qui permet l’émergence d`un nouveau logos artistique, par le biais d'une remise en question des valeurs promues par les cultures occidentale et japonaise.
Promenade autour du cadre (1971) présente le petit maître en train de parcourir le pourtour d'une pellicule de diapositives. Disposé en forme de cadre rectangulaire les séquences de pellicule se succèdent. Anne Wauters conçoit l'œuvre comme une « moquerie du comportement de l'artiste sur la scène artistique et, au-delà, du fonctionnement arbitraire de celle-ci››. Le cas présent, mieux vaut parler de facétie quand il s'agit de Lizène. L'artiste travaille dans le même esprit avec Personnage se promenant d'un bout à l'autre de l'écran (1971), Petit maître liégeois hésitant à s’inscrire dans les limites du cadre (1971), ou encore avec Bords de corps et Bords d’automobile (1973).
Le titre du tableau Personnage ithyphallique poursuivant une petite femme (1966) (fig. 3) est complété par une parenthèse, Toile dans la toile, celle-ci donne un indice quant à la nature de la démarche : le trompe l'œil. Cette toile apparaît comme vrai jeu de piste, où l'artiste emploie le subterfuge pictural à feindre la tridimensionnalité. Le regard du spectateur se méprend quand il croit percevoir deux toiles. En fait, l’œuvre est constituée d'une toile unique et d'un cadre de bois. À l’origine, l'artiste part d'une surface qu'il recouvre entièrement de couleur vert olive et obtient de ce fait un monochrome. Il griffe la toile afin de faire apparaître une seconde surface. Qu’il recouvre, cette fois-ci, de couleur noire, où deux personnages aux membres grêles se détachent, dans un trait stylisé. Dans leur plus simple appareil, un homme ityphallique et une femme de taille réduite semblent fuir un danger. Une onde sonore les accompagne. Le trait schématique découpe les silhouettes sur le fond uni, ce qui provoque un grand effet de contraste. Seuls les personnages sont peints. L'onde, la délimitation de la toile, ainsi qu'une prise de courant fortement schématisée qui vient orner le coin inférieur gauche, sont griffés, ce qui laisse la toile apparente, ainsi que le montant droit de la toile. Par un procédé habile, l'artiste simule une grande ouverture rectangulaire, souvenir lointain de la vedutta renaissante, où deux planches de bois factices simulent un garde-fou. Démuni de sa toile, un cadre s'accroche à cheval entre le mur de briques et le pseudo-monochrome ; il participe à l'effet épuré de l'œuvre.
Si j'insiste sur la description de cette toile, c'est parce qu’elle recèle plusieurs thèmes pour le moins récurrents dans l'œuvre du petit maître. La thématique du cadrage sera exploitée par l'artiste avec Première peinture d'art spécifique, Châssis et tache (1967), Coin de toile (1969), Cadre et Châssis voilé (1970). Le procédé d’assemblage à l'infini, qui fait écho à la mise en abîme d'une toile dans la toile, se retrouve également dans différents projets : Filmer l’arrivée des trains en gare (1971), Photos A.G.C.T (1971) avec remake en Fun-Fichier (1993) et Internet'Art (1996), Tracer inlassablement la représentation d'un mur de briques avec sa matière fécale (1977). La thématique qu'offre les briques est également omniprésente dans l'œuvre de Lizène, la réalisation puisque, dès 1971, l’artiste propose la réalisation d'un Long travelling sur un mur de briques nues, puis Une promenade urbaine du bas des murs. Dès 1974, les briques illustrent au mieux la nouvelle étiquette du Liégeois banlieusard de l'art. Plus tard, en 1977, on retrouve les mêmes parois murales avec ses «shit paintings ». Le personnage ityphallique ainsi que la petite femme participent d’un trait semblable aux Dessins minables (1966), en étant toutefois plus épurés. Ils resurgissent dans Extrait de 8964 tentatives de tracés (1964-1984) et les Peintures néo-rupestres (1984).

Non olet. Il n’y a pas d'odeur belle : le beau ne sent pas
Elle se génère en chacun de nous et est matière. Elle, c'est la merde. Sans aucun doute, les antécédents stercoraux foisonnent et le domaine artistique n'y échappe pas. On serait tenté de citer comme premier exemple d'œuvre a tendance scatologique la très célèbre Fontaine de Duchamp, refusée par la Society of independent Artists, à New York, en 1917. Jean Clair (dans le catalogue raisonné de M. Duchamp, 1977) explique : « Comme dans la photo prise par Man Ray du Sèche-bouteilles qui le détachait du sol et l'installait dans une sorte d'irréalité, ici, à nouveau, le basculement de la pissotière de 90 degrés par rapport à sa position normale transforme cet objet prosaïque en une pièce de sculpture pure pas très éloignée de celles d'un Arp, par exemple ... ». L’œuvre, signée sous le pseudonyme de Richard Mutt, n'a rien d’ordurier ; jamais utilisé, l'urinoir ne possède rien d'une relique. En l'occurrence, ce qui est déterminant, c'est la démarche de l'artiste qui s'explique par le choix d'extirper un objet de la banalité et de l'élever au rang d’œuvre d'art, sans apporter de modifications plastiques. Avec In Advance of the Broken Arm (1915), Duchamp lance le concept du ready-made qui ébranlera les conventions artistiques traditionnelles-et dont les échos se font toujours ressentir aujourd’hui dans le vaste champ de la création actuelle. Avec les grandes « machines auto-construites » (1915) du Suisse Henrich Anton Muller, on s’achemine peu à peu vers le côté provoquant et déviant de la création qui nous occupe plus particulièrement. Avant-goût du mauvais goût, l'artiste employait ses excréments pour assembler ses travaux. Kurt šchwitters propose avec ses Merzbau des environnements qui allient peinture, sculpture et architecture. Œuvres d’aat totales, perpétuellement modifiées, donc toujours en gestation, elles font intervenir le quotidien au travers d'objets quelconques, détritus et substances variées. L'un de ces Merzbau présentait plusieurs bocaux emplis de rebuts divers dont l'urine de quelques connaissances de l'artiste hanovrien. On ne peut évoquer le thème de la scatologie en art sans se référer aux célèbres boîtes de Piero Manzoni. En réalisant ses premières boîtes de conserves sensées contenir la Merda d’artista, l'ltalien franchit un pas de plus dans la déstabilisation de l’esthétique. Les 90 petites boîtes (5 x 6,5 cm) créées dès 1961, devaient se vendre, selon le vœu de l'artiste, au poids et selon le cours de l'or. Outre le côté provocateur volontairement présent dans la démarche, l'artiste concentre son travail, depuis ses Linea (1959, sur l'étiquette. L’événement de la galerie Pailhas à Marseille, en 1989, vient corroborer l'analyse de cette thématique. Le Français Bernard Bazile fait ouvrir l'un des récipients métalliques. La surprise est grande, le public se retrouve face à une mise en abîme : la boîte contient une autre boîte. Hommage, profanation, ou curiosité malsaine ? Il est toutefois étonnant que « l'expérience » ne soit pas mentionnée dans le catalogue de l'exposition Piero Manzoni édité en 1991.

« Arrhe est à art ce que merdre est à merde » : le « shit painting », ou l'analogie de la peinture analithique, sans y et avec h.
Après la fallacieuse aventure manzonienne, le dandy de la médiocrité réussit un réel tour de force : être son propre tube de couleur (fig. 4). La démarche intitulée «survivre» du petit maître liégeois aboutit, en 1977, à la réalisation d'une toile scatologique figurant un mur de briques de 220 x 600 cm. Cette toile s’inscrit, avec beaucoup d'humour, dans un projet de longue haleine, puisqu'il s'agit de produire inlassablement, afin de donner sens à l'expression « une œuvre emmerdante ». Cette première paroi murale factice est également appelée Mur des défécations. L'artiste y résume, de façon étonnante, le cours de la vie en une litote savoureuse : boire, manger, déféquer, peindre avec, tenter la transformation en argent... pour, à nouveau boire et manger. Lizène s'applique avec assiduité à la tache assignée. Il s'astreint à un régime sévère et élabore son menu afin de modifier sa palette : du brun clair au brun sombre. Avec l'installation Mur à la crotte de chiens, os a ronger avec mini-micro et tentative d'imitation d'aboiements (1985), les spectateurs canins et humains se voient proposer une variante d'étrons. Un dispositif sonore envoie, sur une cassette audio enregistrée par l'artiste, des tentatives d'imitations d'aboiements, invitant de manière fort adroite, les animaux de compagnie à ronger un os, disposé un peu plus loin. Subterfuge subtil pour piéger l'animal, l'os est pourvu d'un micro. Lizène espère pouvoir capturer, à leur insu, les bruits des braves toutous. Sans doute trop impressionné par la bizarrerie de l’installation, il n'y eu aucun visiteur à quatre pattes.

Quid ?
Avec les « shit paintings », Lizène est voué aux gémonies. Une fois de plus, l'artiste déstabilise et sidère. Il faut cependant dépasser le constat de la réaction opérée et se poser la question du sens. On serait tenté d'avancer comme hypothèse le simple désir de provocation, ou l’expression grandiloquente de la bêtise. Ce serait un raccourci simpliste pour aborder les productions car le personnage lizénien est bien complexe. De fait, l'artiste analyse le sentiment d'inappétence éprouvé par le public. «Ils (les spectateurs) trouvent cela honteux et éprouvent une sensation de rejet ou de gêne par rapport à ce qu'ils voient, peut-être parce qu'ils se retrouvent dans ce que je fais ». En ce sens, l'œuvre produit une catharsis, abréaction qui se manifeste par un sentiment dérangeant qui heurte ou moleste. Si on laisse la parole à Jacques Lizène afin de justifier les raisons qui l'ont poussé à peindre avec sa matière fécale, il justifie son propos en évoquant l’anecdote d'une visite au zoo d'Anvers en 1956. Il aurait été impressionné, par un singe qui, du bout d'un doigt, étalait dans l'interstice du carrelage de faïence la substance qu'il venait de déféquer. Dans l'intervalle d'idées, il ajoute « mais, je voulais aller plus loin que Manzoni dans l’aboutissement de son œuvre ».
Une autre interrogation concerne la forme. Pourquoi représenter un mur de briques lorsqu'il s'agit de peindre avec de la matière fécale ? L’artiste préfère expliquer la forme, de façon plus poétique, par analogie au rythme de la vie. Vaste programme que cette métaphore fécale ! Lizène perçoit la construction d'un mur comme une action lente, qui demande de l'attention et de la vigilance. Petit à petit, brique après brique, s'érige une surface, tout comme moment après moment se trace la vie. Dans les deux cas, pris à part, la brique ou l'instant quotidien qui peuple l'existence paraissent extérieurs au tout qu'ils engendreront, une fois le processus d'élaboration terminé. Jean-Pierre Criqui proposait déjà de considérer le geste de Manzoni à la lumière de l'anthropologie, il serait légitime d'appliquer une réflexion analogue pour la production de Lizène. La question est bien sûr trop vaste pour être envisagée in extenso dans la présente publication toutefois, le geste de Manzoni diffère de celui du Liégeois dans la mesure où il se réfère à d'autres dimensions significatives propres à l'importance de l'authenticité de l'œuvre sur le marché de l'art. Pour K. J. Geirlandt, « Lizène ridiculise la résurgence de différents picturalismes ainsi que la crise économique », il constate ensuite que «rarement le caractère autorégulateur de l'art n'aura été illustré de façon si concrète que par les tableaux organiques de Lizène ».
Dès que l'on évoque le thème de la scatologie en art, beaucoup aime à justifier leurs hypothèses en évoquant très vite le système d'équivalence symbolique démontrée dans les théories anales de Freud. Une lecture attentive des écrits freudiens permet de réfuter les propos ascientifiques qui établissent trop rapidement une relation de cause à effet entre la démarche artistique, qui fait de l'étron soit un médium pictural soit une métaphore décorative et la démarche subconsciente que permet de dévoiler une psychanalyse. De fait, Freud voit l'excrément comme le premier cadeau que fait l’enfant à sa mère. Au fur et à mesure que la vie sociale de l'être s »épanouit, le statut évolue de présent à celui d'argent. Freud ajoute qu'un premier défi intervient si l'enfant retient l'excrément, manière narcissique d'exprimer une première réaction à l'encontre des exigences sociales, mais qui, par sa rétention, provoque aussi un certain plaisir. La rétention ou le don se perçoivent également comme un symbole de pouvoir vis-à-vis du souhait d'un tiers. Le défi anal intervient de surcroît dans la constitution du complexe de castration, au sens où, l'excrément est pensé comme substitut psychique, puisqu'il y a analogie organique entre « contenu intestinal » et pénis. Toujours selon Freud, la conjonction des trois traits de caractère suivants envoient à un renforcement des composantes érotiques-anales : l'ordre, l'entêtement et l'avarice.

« Le caca d’un monarque, c'est la foire du trône »
L’histoire de l'art nous fournit d'autres exemples d’œuvres scatologiques Non numerentur sed ponderentur, pourrait-on ajouter ! Certaines analogies entre Jacques Lizène et Gérard Gasiorowski (1930 - 1986) sont frappantes. Sur le plan artistique d’abord, on retrouve notamment la pratique de la rature dans les écrits (, quelques « faux Picasso », l’utilisation de la matière fécale, tandis que sur le plan idéologique, on note un certain extrémisme véhiculé par une vision désenchantée de la vie et un jusqu'au-boutisme exacerbé. La liste de noms de l’Académie Worosis Kiga (1975 - 1976), présente des artistes, aujourd’hui affirmés, comme étudiants virtuels. On y rencontre par exemple Vito Acconci, Ben Vautier, Robert Filliou, George Maciunas, ou encore Bruce Naumann et Denis Oppenheim ...
Le jeu de la perspective historique est moins présent chez Lizène. On peut toutefois noter que l'artiste se fait établir un « tableau de famille » [ Note de M. Renwart : en fait, il ne se fait pas faire un portrait de famille, c’est Marc Renwart qui en prit l’initiative], sorte de lignée historique ou apparaissent successivement les Arts incohérents, Marcel Duchamp, Yves Klein, Piero Manzoni, Ben Vautier et Fluxus.
A ce sujet, une certaine accointance est présente dans le choix des personnalités artistiques chez les deux créateurs. En 1975, Gasiorowski décide de mourir et délaisse son identité pour une autre. Gasiorowski s'invente un monde nouveau dans lequel il évoluera désormais. Ce renouveau, l'artiste l'incarne dans la figure mythique de Worosiskiga (anagramme de son nom). L'indienne Kiga est « la plus somptueuse démonstration conceptuelle et pédagogique du phénomène pictural d'abord, et plus largement artistique ensuite, par la mise en forme d'un projet associant aussi bien la musique, l'architecture, que le langage et les matières anthropologiques ». Le long intermède de sept ans dans la vie du peintre donne lieu à une sorte de réserve naturelle qui l'aidera à puiser les ressources essentielles afin de s'approcher d'une forme primitive de l'art, du «fait pictural comme expression originelle». À cette fin, Worosis Kiga crée le langage Edig Dou a Dou. L’indienne incarne particulièrement bien l'état non souillé par le vernis d'une civilisation pervertie. Les Tourtes et les Jus (fig. 5 et 6) illustrent le processus de création naturelle. L'artiste recueille sa matière fécale qu'il malaxe avec de l'urine et des herbes aromatiques. Après cuisson, le tout est pressé, un liquide brunâtre servira de médium pour la réalisation des Jus. Les dessins représentent le patriarche de Kiga, ainsi que les objets et ustensiles du quotidien qui peuplent la vie : le Panier à poissons, le Bois pour carder la laine,... D'une extravagance peu commune, Gasiorowski a fait de sa vie d'artiste une suite de révolutions, plus fantastiques les unes que les autres. L'artiste voit en Cézanne un maître à penser, les Tourtes sont à l'image des pommes cézaniennes.
Gilbert & George proposent avec The Naked shit Picture (1994) plusieurs pièces monumentales, où la dimension scatologique s’exprime avec une verve toute particulière. Bernard Marcadé parle de « déflagration visuelle » lorsque le spectateur est confronté aux étrons gigantesques. Ceux-ci prennent diverses allures et symbolisent, tour à tour, le phallus et la croix (fig. 7). Comme le note le critique, ce qui frappe l'esprit, «c'est la relation d'équivalence qui se joue entre la représentation des corps et celle des excréments (...), exprimant par-là une promiscuité ». De taille analogue, hommes et excréments se côtoient, dans une atmosphère sereine, où les tabous de l’homosexualité, de la religion, du sexe et des excréments semblent être relégués au placard pour une vision naturelle de la vie quotidienne menée par les artistes. La dialectique de l'œuvre de Gilbert & George opte pour une tension à chaque fois contrastée. L’aspect propret de l'allure des personnages ainsi que la rigidité caractéristique de leurs productions viennent se heurter au message violent professé par un art qui, selon les artistes, ne doit pas respecter la société ou le monde. <
En 1996, la galerie new-yorkaise Elise Baron Boisanté propose au public une exposition inédite qui s'intitule Shit. Ingrid Schaffner et Thérèse Cafaro présentent laconiquement les travaux de Robert Arneson, Gaston Bertin, Gilbert & George, Sam Goodman, Rachel Harrison, Martin Holland, Peter Huttinger, Mike Kelley, Raimund von Luckwald, Boris Lurie, George Maciunas, Piero Manzoni, Paul McCarthy, Bruce Naumann, Not Vital, David Nyzio, Chris Ofili, Florio Puenter, Dieter Roth, Tony Tasset, Rosemarie Trockel, Rolf Walz, et les vidéos de Kurt Kren, Otto Muehl et Jim Zivic. On pourrait encore ajouter d'autres créateurs qui ont touché directement ou indirectement à la matière fécale, comme dernier exemple, je citerai l'œuvre de François Bouillon qui ne lésine pas sur les moyens avec les étrons d'or(1996). En effet, quatre kilos d'or ont été employé pour leur réalisation. Présentés dans un coffre-fort et précieusement gardé par un vigile en arme, les éclatantes fèces résument pour le mieux l'allégorie freudienne. Comme le note Martin Monestier, « un questionnaire était distribué à chaque visiteur, on pouvait y lire les interrogations suivantes : Est-il plus facile de transformer l'or en merde que la merde en or ? Mystification ou œuvre d'art ? Cette œuvre est-elle le fruit d'un état d'âme romantique ? Est-elle un art gratuit ? L'artiste répond lui-même : Elle s'inscrit parfaitement dans l'opportunisme des propositions conviviales de l'art d'aujourd'hui, tout en se rattachant à la métaphore intemporelle de la matière la plus vile qui se mue en esprit ». Le Français propose également d'autres métaphores fécales : Mausoléex [sic] (1996), Être tas retable (1996) qui sont autant d'innombrables petites crottes parsemant allègrement la surface picturale.
De toute évidence, une histoire de l'art à thématique stercorale reste à écrire.

L'art corporel n'est pas un avatar dégénéré de la création du XXe siècle
Il est communément admis que la tonsure en forme d’étoile filante de Marcel Duchamp, réalisée en 1919, est l’acte fondateur d'un courant artistique qui institue l'attitude, le comportement et le corps comme médium de Faction artistique. Une réserve peut être émise quant à cette information dans l'introduction du corps même de l'artiste dans l'art avec la publication, en 1913, de Why We paint ourselves :a Futurist manifesto. Un an plus tard, David Bourliouk et Vladimir Maïakovski se produisent le corps et le visage peints. Avec l’art corporel, ou Body art pour sa variante anglo-saxonne, le corps devient le support de l'expression plastique, dans d'autres cas, il en est le propre instrument.
Les questions suscitées par l'interrogation de la signification du concept d'œuvre concernent le fondement artistique ainsi que les valeurs culturelles. Elles se font jour dès la fin du XIXe siècle, dans l'ambiance cocasse de mouvements subversifs et satiriques comme les Arts incohérents ou l'art Zwanze. Trente ans plus tard, Dada récupère l'amorce de la réflexion et intellectualise la position. Les questions découlent alors d'une provocation intellectuelle, agrémentée d'une contestation anti-bourgeoise. De ce fait, le geste, l'idée, l'objet ainsi que leur contexte sont remis en question. La position de Marcel Duchamp est essentielle pour comprendre l’émergence et la nature des mouvements artistiques, à partir des années '60 et peut se résumer en deux points : la perception conceptuelle de l'objet et l'ingérence corporelle en art. Comme le note Pierre Restany, « le ready-made incarne à la fois un code et une philosophie générale de la vision››. En ce qui concerne l'intervention corporelle, il faut se référer au personnage de Rose Sélavy (1921) joué par Duchamp, à Faction painting de Jackson Pollock (1946) et à la Concerted Action de .John Cage (1952). Une question point alors à l'horizon : Qu'est-ce qui distingue l'art et la vie quotidienne ? En d'autres termes : En quoi le moment où l'« artiste-créateur » se différentie-t-il du moment où l'«artiste-homme» rejoint la commune mesure du quotidien ? La réponse apparaît comme évidente. Il n'y a pas de rupture. Dès lors la vie même peut engendrer de façon légitime une œuvre d'art.
Il est édifiant de constater qu’à quelques années d’intervalle, Gutai rejoint les préoccupations outre-Atlantique. Dans un esprit nécessairement novateur, les créations se succèdent à un rythme effréné. En effet, « l'art Gutai respecte tous les pas en avant et toutes les audaces vers l'inconnu ». Il s'agit de « faire ce que personne n'avait encore entrepris ». Comme le souligne Alfred Pacquement, la réputation internationale de Gutai est due pour l'essentiel à la rencontre de Michel Tapié en 1957, puis à l'ouvrage d'Allan Kaprow rendant hommage à l'esprit précurseur du group. Il y a un investissement comportemental chez les Japonais, qui s’accompagne souvent de violence physique. Le corps est perçu comme un nouveau référent sémiotique du discours artistique. Gutai explore de nouveaux matériaux, tels que la fumée, le goudron ou la poussière. Par exemple, Kazuo Shriraga imprime la marque de son corps dans la boue : Lutter dans la boue (1955), Atsuko Tanaka propose avec beaucoup d’audace La robe électrique (1956), vêtement multicolore constitué d'ampoules et de néons.
La Theory of Inclusion de Cage va séduire et rallier à une cause commune plusieurs grandes personnalités du monde artistique, parmi eux : Allan Kaprow, Merce Cunningham, George Brecht, La Monte Young et George Maciunas. Le rôle de Maciunas est essentiel dans le cheminement vers la reconnaissance de l'attitude de l'artiste comme valeur incarnée. Dans le même ordre d'idées, il faut aussi épingler la thé de Merce Cunningham, pour qui le support de la danse ne doit pas se trouver dans la musique, mais dans le danseur lui-même.
La performance ou le happening consiste en une mise en scène de l’artiste. La sacro-sainte distance entre l'œuvre et le spectateur est rompue, puisqu'il s'agit d'un accomplissement public. Ainsi, l'art du comportement propose une consommation directe du travail de l`artiste et relègue au placard les beautés figées. L`œuvre d'art en tant que telle devient éphémère. En effet, les traces, preuves de son existence seront celles laissées par la prise de clichés ou les bandes vidéo réalisées à cet effet. Seuls ces supports pourront traverser le temps, une fois l’action terminée.
Les années ‘60 voient également la naissance des actionnistes viennois. Hermann Nitsch oriente les happenings issus de Gutai, Allan Kaprow et Fluxus, vers une provocation politique et une interrogation des codes moraux et sociaux. Action (1966) est une sorte de rituel, où Nitsch use d'un langage violent qui mêle le scatologique et la profanation. Le discours proposé perturbe toujours, il est corrosif, morbide, critique et arrogant. Après la performance, le spectateur est en proie à une vision post mortem d'une guerre, face à un cadavre ensanglanté, noyé dans les déjections de son propre sang. Jorge Glusberg propose de catégoriser les actions dans le domaine de l'art corporel. Chez les adeptes du corps meurtri, on retrouve, fin des années '60 et début des années ’72 les travaux de Michel Journiac et de Gina Pane, pour ne citer qu'eux. Avec Messe pour un corps (1969), Journiac invite le public à communier avec du boudin confectionné à l'aide de son propre sang. Gina Pane se singularise par les célèbres incisions faciales pratiquées pour la réalisation de Sang, lait chaud (1972). Les adeptes du corps souillé trouvent un exemple avec les travaux de Stuart Brisley, dont les premières performances remontent en 1966. L'artiste cherche à provoquer le dégoût chez les spectateurs. On retrouve à chaque fois une volonté de frapper les consciences par l'excès. La performance 10 Days, An English Lie, Hunger Makes Free (1973) montre l`artiste régurgiter les mets d'un repas au-dessus de leurs répliques exactes, agencées sur une table de dix mètres de long. Brisley monte sur la table et rampe nu sur les aliments mêlés aux vomissures.
La plupart des performers, proches de l'Actionnisme viennois, apparaissent généralement dénudés. Le corps est alors perçu dans une certaine virginité, libéré des servitudes civilisées d'une société pervertie par la sophistication. « Le corps représentait non seulement un gisement d'expression, mais aussi le lieu où devait se dérouler le renversement qualitatif de l'individu fragmenté et aliéné par le capitalisme en un homme libre, authentique et autonome ». Il faut aussi remarquer que présenté nu, l'artiste force le respect et intensifie l'impact sur le spectateur. Du reste, toutes ces actions bravent les interdits et les tabous : sexe, patriotisme, mort, religion, maladie. En termes provocants, elles se targuent de secouer le côté malsain et sadomasochiste qui dort en chacun de nous, puisqu'il s'agit de mettre à nu l'hypocrisie mondaine et la bonne conscience populaire.

La vasectomie comme sculpture interne
Pour Jacques Lizène, le paradoxe originel se répercute dans ses démarches. Sous des allures fanfaronnantes de gaité, l'artiste est enivré de désespoir : «Je ne renie rien et pourtant je renie tout». « Je propose à l'espèce humaine de s'éteindre gentiment, à jamais, en cessant de procréer (1965) ». Fondamentalement contre la vie par voie de non-procréation, Lizène s'interdit toute descendance. En 1965, la violente décision est prise par l'artiste comme position réfractaire au monde. Cinq ans plus tard, en 1970, Lizène s'envole pour une bourgade près d’Oslo et se fait vasectomiser. L’intervention chirurgicale aboutit à une stérilisation permanente, il s'agit d'extérioriser, puis de sectionner les deux canaux déférents, qui sont ensuite ligaturés au testicule. Mutilation volontaire, la vasectomie comme sculpture interne, inclut l'artiste dans les manifestations de l'art corporel. L'œuvre est d'ailleurs dénommée Coupure et / ou Rupture par l'artiste. Plusieurs productions gravitent autour de cette démarche. Plus concrètement, l'une d'entre elles se matérialise par Faction, à la galerie Yellow Now, Volet clos, noir funèbre (1970). L’artiste, en hommage à la non-procréation, descend symboliquement le volet de la galerie et plonge ainsi le lieu dans l'obscurité. La première performance de Lizène est réalisée à l`APlAW. Il s'agit d'Extinction de l'œuf (197O). Après avoir aligné plusieurs œufs, Lizène se munit d'un aérosol insecticide et pulvérise, dans un geste symbolique, la vie naissante. Un cassettophone disposé à proximité diffusait des cris de nouveau-nés. L'année suivante, Lizène dépose à la Maison de la Culture de Verviers une affiche informant le public de sa démarche. L’affiche est retirée en raison du manque de bienséance du propos. Le texte définissait sommairement la vasectomie et visait a soutenir moralement le petit maître.
La toile dénommée, Vasectomie, Youppie ! (fig. 8) est réalisée en 1993. Sur un fond rouge vif, un pénis crache du sperme sous l'aspect d'un nuage de fumée, manière symbolique d'exprimer que le liquide a perdu toute fonction séminale. Les bourses sont représentées très schématiquement par une coupe anatomique. L'artiste a figuré par deux traits l'endroit où s’effectue la coupure des canaux déférents. Une photographie visage du petit maître vient s'accrocher au bas de la toile. Un bambin est posé sur la tête et est barré d'une croix, ultime rappel d’une procréation désormais impossible. Lizène part véritablement en croisade contre la Vie, l'Espèce humaine et la Matière. L’artiste se plaît à rappeler que c'est bien après la décision de 1965, qu'il eut connaissance du Précis de décomposition d’Emile Michel Cioran. Lorsque l'on retourne au texte de l’auteur il est vrai que certains passages du Refus de procréer s'appliquent de façon étonnante à la démarche du petit maître : « Il déteste se survivre dans un autre, auquel d’ailleurs il n'aurait plus rien à transmettre ; l’espèce l'effraye. Sans être pour autant un saint auquel Cioran fait référence. Lizène « est parvenu aux cimes dorées de ses dégoûts à l’antipode de la Création, il a fait de son néant une auréole ». La position de l'artiste fleurte avec le paradoxe ambulant qu’est la vie. Il est en ce sens intéressant de remarquer que cette auto-interdiction radicale de toute descendance vient se heurter au caractère inachevé de plusieurs démarches : A.G.C.T., peinture à la matière fécale et remakes.

Incongruité de la génétique
Tout être humain est génétiquement défini par une formule de A G.C.T. Un homme sera différencié de son semblable par le principe d'association libre des bases puriques que sont l’adénine et la guanine et des bases pyrimidiques que sont la cytosine et la thymine. La répartition est aléatoire, c'est ce qui crée la variété humaine. Face à l'ampleur d'un tel phénomène microcosmique et contingent, |'artiste exprime à la fois un émerveillement teinté de désarroi et un sentiment de résignation : le monde est une immense histoire génétique. Déconcerté par la science de l'hérédité, Lizène entreprend un vaste travail de recensement à vocation inachevée. En 1971, la chasse au visage est entamée : c'est L'Action polaroïde. Il s'agit de faire réaliser le plus grand nombre possible de photographies de visages, toutes races confondues. ll en résulte Extrait n° 1, film de 16 mm noir et blanc et en couleur d'une durée de six minutes. En 1972, la démarche débouche sur A.G.C.7 Extrait n° 2, présenté à la galerie Impact à Lausanne avec la galerie Yellow Now et la Schwind Foundation où Lizène est accompagné par divers artistes dont Jean-Pierre Ransonnet, Maurice Floquet, Alain d'Hooghe et .Jacques-Louis Nyst. En 1993, l'artiste reprend, de manière personnelle, le principe fondamental du processus biologique et l'applique aux visages photographiés. L'entièreté du corpus photographique réalisé jusqu'alors est transformé en Fun Fichier. Il ne s'agit pas ici d'un remake à part entière, puisque Lizène décide de découper les visages selon trois zones. La première concerne le front, la seconde, les yeux et le nez, la troisième la bouche et le menton. L'artiste propose ensuite d'échanger les zones entre plusieurs visages et d'en créer, en quelque sorte, de nouveaux. Cette année, l'idée est reprise à l'occasion de la 5e édition de Bandits-Mages où Lizène entame la démarche Internet-art. À partir de visages filmés, l'artiste transforme électroniquement le faciès humain en échangeant le nez et les yeux. Banque humaine de donnés aux dimensions incommensurables, Lizène avec A.G.C.T. revisite le mystère de la création biologique et s'assure une paternité foudroyante.
La diversité des moyens d'expression utilisés, la variété des sujets abordés, la densité significative des propos de l'artiste prouvent combien l'œuvre de Jacques Lizène est complexe et plurielle. Elle fait de lui un des parangons du milieu artistique liégeois.

 

 

Lequeux Emmanuelle, "Le maître du Fiasco", in Aden, rubrique les Arts, 16-22 décembre 1998, p. 28.

 

 

Bourriaud Nicolas, "Formes de vie", Denoël, 1999, pp. 129-130.

 

 

- Cécilia Bezzan. Texte de présentation pour Rencontre avec Jacques Lizène. Première soirée organisée par les « Jeunes Amis du Musée », sous-section de l’Alpac nouvellement créée. Liège, MAMAC, 24/02/1999.

L'œuvre de Lizène (Ougrée, 1946-) procède d’un engrenage d'idées, de symboles précis, développés autour de l'image négative que l'artiste a de lui-même et reliés aux objets qui l’incarnent. Très vite, l’artiste adopte une position réfractaire au monde. En 1965, il formule un choix qui guidera désormais ses actes : le refus de procréer. L’idée est sous-entendue dans chacune des œuvres ou des concepts véhiculés.
Le travail de Lizène s'inscrit dans une logique individualiste. En l’occurrence, l’accumulation d’idées (la non-procréation, la médiocrité, l’inefficacité, le perçu et le non perçu, l'art de fermeture, l’art banlieue, la facétie, la banalité, etc.) font office de charpente au concept d’art d’attitude. Elles sont des abstractions, des procédés, sur lesquels l'artiste attire toujours l’attention, notamment par l’inscription de leur libellé sur le tableau, le dessin ou la sculpture.
Depuis qu'il est parti en croisade contre la Vie et l’espèce humaine, Lizène n’a pas cessé de faire reculer les frontières pour acquérir encore plus de liberté en art. Marginal et inconvenant, le travail de l’artiste propose au public d'accepter la médiocrité, le commun et le banal comme valeurs artistiques. Les créations se ponctuent par un rire gras et dérisoire, elles s’ingénient à contrer l’idée de jugement.
La médiocrité comme art d'attitude

Le concept se met déjà en place dès 1965 (comportement marginalisé, Dessins minables). L’acception correspond aux deux sens communément admis par le Littré : “état de ce qui est entre le grand et le petit, entre le bon et le mauvais” et “insuffisance du côté du mérite, de la qualité ; état de peu d’esprit, de peu de talent, de peu de capacité”.
La médiocrité comme art d’attitude est le concept mis au point par l’artiste pour revendiquer, comme valeur artistique, ce qui est généralement considéré comme non louable. Lizène nuance lui-même le concept (l’inefficacité, la frustration, la rature). Par ses comportements aussi singuliers que spectaculaires, l’artiste perturbe et bouleverse la bienséance ou les valeurs morales. Il s'applique toujours avec méthode dans la pitrerie.
Dans la mesure où la détermination acharnée de Lizène relève bel et bien d’un calcul, d’une suite de décisions prises dès le début de sa carrière, l’artiste est un dandy. La volonté de se démarquer, l’impertinence, voire l’arrogance, vis-à-vis d’autrui sont des caractéristiques communes au dandysme et à l’artiste. Il est plus qu’évident que l’esthétisme ou le raffinement du Beau ne sont pas les références prônées par le petit maître. En fait, il a opéré un déplacement de valeurs, certes paradoxal, pour créer sa propre mode. Le “dandysme lizénien” mêle souvent l’irrespect à l’insolence du geste. Le mauvais goût généré par l’ensemble de l'œuvre va lui servir à lutter contre l’idée de jugement- Lizène aime se donner l'allure d°1m être infatué, à la limite du parasite social. Cela fait bien évidemment partie du jeu, de la mise en scène : “[...] ma démarche est [...] sincère, d'une telle sincérité que je peux me permettre une malhonnêteté sincère. L'art c’est la sincérité du mensonge”.
Une œuvre autarcique

Le principe de l'autarcie est inhérent à l'œuvre de Lizène. Pour reprendre le titre d’une exposition à laquelle l'artiste a participé, on peut dire qu’il fonctionne bel et bien en “circuit fermé”. Être son propre tube de couleur (1977) exprime de façon on ne peut plus claire le cycle des peintures à la matière fécale : manger, déféquer, peindre ; vendre pour pouvoir à nouveau manger, etc. D’autre part, la vasectomie est elle-même un exemple de coupure vis-à-vis du monde extérieur. Elle symbolise par conséquent le repli sur soi, ainsi que le caractère d’autosatisfaction sexuelle. Le regard que l'artiste porte lui-même sur son œuvre adhère également au principe. En effet, non seulement Lizène court-circuite la tâche de l’historien de l’art en dénommant lui-même ses productions (l 'art banlieue, la nouvelle abstraction nulle, l'art néo-déco, le conceptuel comique des années '70, etc.), mais aussi celle du critique, en établissant la valeur, certes contradictoire, puisqu’avec lui, “ça ne commence à être bien que lorsque c'est suffisamment nul” (Carmelo Virone. Jacques Lizène, le savon des artistes ou l’hygiène publique dans Arte factum n° 25, 1988, p. 11). C’est également un moyen de s’assurer une critique (bonne ou mauvaise), c’est-à-dire se donner l’illusion d’un intérêt partagé avec le monde.
Depuis 1971 (date à laquelle il fera la déclaration qui suit), l'humour facétieux de l'artiste se suffit à lui-même : “Dans le domaine de l’art seul l’humour, même médiocre ou ses tentatives m’importe (sic). Je tends, et je n'ai jamais rien fait d'autre, à la facétie. La facétie, en art, (même quand elle semble manquer d'intérêt) a comme qualité principale et c'est son mérite, d'être justement facétie... elle se suffit à elle-même”.
Les remakes sont un concept mis en œuvre par Lizène, Ils consistent à reprendre le projet d’une œuvre ou d’une thématique et d’en proposer une réactualisation. Le côté répétitif sous-jacent au concept est d’autant plus accentué par la pratique de l'artiste à inscrire les différentes dates (date du projet, date de la première réalisation, de la seconde, etc.) sur les œuvres. Quelques exemples sont fournis avec les Contraintes du corps (1971, 1980, 1996), les Entassements de toiles (1970, 1980, 1989) ou Récrire toutes les musiques du monde (1979, 1996)

 

 

- Emmanuel d’Autreppe, « Jacques Lizène » in Dic Doc. Le documentaire des documentaires. 191 réalisateurs Communauté française de Belgique. Wallonie-Bruxelles. Bruxelles, éd. du Service général de l’Audiovisuel et des Multimédias, 1999, pp. 282-284.


Né à Ougrée, le 5 novembre 1946.
Beaux-Arts de Liège
“Les œuvres médiocres mêmes expriment, le plus souvent à leur insu, des aspects significatifs de la société qui les sécrète". Cette affirmation de Luc de Heusch convient parfaitement au joyeux jacques Lizène qui, fort de cette caution et d'un tel “gage de légitimité", pourrait occuper dans le Panorama du documentaire belge une place qui lui revient de plein droit : scandaleusement usurpée. Et pourtant, c'est peut-être dans son rapport au documentaire que ce spécialiste du ratage a donné sa pleine mesure. En effet, la majeure partie de ce qui, dans son œuvre, a vaguement trait au réel, soit n'existe pas (ou alors virtuellement, à l'état du concept), soit n`existe plus (les bandes sont perdues ou abîmées). Conséquence des empiètements fâcheux de l'art d'attitude sur le cinéma du réel, le documentaire relève, chez lui, de l'acte manqué, du projet avorté.
Né à Ougrée en 1946, précocement nul et insignifiant, Lizène, « Petit Maître liégeois de la seconde moitié du vingtième siècle », a touché à tout avec une égale incompétence et un mauvais goût certain: peinture, dessin, sculpture, photographie, vidéo, pièce sonore, chorégraphie, texte, chanson. Des chansons d'ailleurs parfois en prise sur leur temps : Ces démocraties-ci ne sont pas les pis ou, plus radicale et engagée, La banane n'a pas ce que l'ananas a. Tout un arsenal au service d'une critique de « l'idée de jugement » et d'une apologie du banal qui, par la force des choses, le rapprochera par quelques détours de la réalité sociale : ce sera Banalité banlieue, où le quotidien des faubourgs apparaît d’autant plus sordide qu'il est filmé à travers un filtre plastifié d'une propreté douteuse, et dont Lizène prépare actuellement un remake à fort petit budget.
Auparavant, il y a eu la rencontre avec Guy Jungblut (dont la galerie Yellow organise, en novembre 1970, |'une des premières manifestations d’art vidéo en Europe : Propositions d’artistes pour un circuit fermé de télévision, et leurs approches minimalistes d’un réel microscopique : travellings rapides le long des bordures de trottoirs, en plan serré, ou très lents panos sur un mur de briques... Réalisations marginales, banlieue de l'art, lisière entre « le perçu et le non-perçu » : filmer le bas des murs, le bord des choses, toute une philosophie... Les images sales mais violemment contrastées, found footages trompeurs, tremblants, terriblement muets engendrent un sentiment d’inquiétante étrangeté, voire certains effets de suspense; la foule n'est que jambes, la vie, décadrages, et la présence, mouvements furtifs. Recadrage radical : c'est à cette époque également que germe l'idée folle « d'enregistrer tous les visages d'humains adultes, présents ou à venir » (AGCT, sculptures génétiques. Filmer tous les visages. Œuvre à vocation inachevée, 1971-1997), projet assez proche du Cinématon de Gérard Courant, mais en beaucoup plus fortiche (les comparses s'arrêtent après quelques visages à peine) et, dans ses séquelles modernes matinées de “sculptures génétiques", en beaucoup plus loufoque (à Angoulême, en 1996, Lizène découpe les visages filmés et les reconstitue par bandelettes vidéo).
Dans le débat caricatural qui semble opposer les tenants du spectacle et du divertissement, héritiers de Méliès, et ceux du réel, descendants des frères Lumière, Lizène semblera formellement du moins opter pour quelques vieux procédés chers au magicien du Théâtre Robert Houdín : séquences courtes (mais, chez Lizène, délibérément ennuyeuses), scènes frontales, corps protéiforme, variation et répétition, déroulement à ressorts, à surprise et à trucages, plus grossiers, toutefois chez Lizène que chez Méliès. C'est cependant vers les Lumière que se tourne encore l'idée inaboutie de « filmer l'entrée de trains en gare de La Ciotat » (197l; le clin d'œil est peu discret...), qui donnera bientôt le projet (inter)minable lui aussi de « filmer le plus grand nombre d'entrées de trains en gares d'un peu partout ».
En 1993, Jacques Lizène délivre « Un certain art belge, une certaine forme d'humour, film sur l'art produit pour la télévision, qui porte encore son empreinte jusque dans le systématisme des incrustations (la technique progresse, la nullité demeure), et traque l'art belge dans le Paris des recoins célèbres pour le passer à la moulinette du médiocre. Ce reportage-compilation devrait connaître une suite puisque Lizène est finalement, à lui tout seul, un documentaire possible sur notre absurde et infinie belgitude, monté en boucle...

 

 

- Arnaud Labelle-Rojoux, Leçons de scandale, Crisnée, éd. Yellow Now / coll. Côté Arts, 2000, pp. 147-148.


Le cas de Jacques Lizène est exemplaire. Son engagement modeste et intense à la fois, poussant la « facétie » jusqu’à se déclarer artiste d’« attitude » à travers sa propre médiocrité, fait de lui un artiste scandaleux au-delà des scandales ponctuels. Ainsi, celui en 1972 de faire inviter ã sa place un autre artiste lors d'une exposition collective, en lui demandant par ailleurs de bien vouloir délimiter son territoire en pissant sur le sol, n’est-il qu’un épisode de sa carrière d'artiste « sans talent ». Son œuvre maîtresse, « être son propre tube de couleur », entreprise dès 1977, et lui permettant de peindre un Mur des défécations infini composé de briques de tonalités différentes selon le régime alimentaire, est d’une autre envergure ! [Caca. La scatologie en art, jusqu'à ce que Bazile ouvre de façon sacrilège une boîte de merde d'artiste pour y découvrir une autre boîte, plus petite, semblait avoir un héros indépassable en la personne de Manzoni. Aujourd'hui, Lizène est, si j’ose dire, en bonne posture pour lui succéder. Certes, il n'est pas seul sur ce continent marron : rappelons les Tourtes (1977/ I979) et les Jus (1978) de Gasiorowski, les Shit Pictures de Gilbert & George bien sûr, Otto Muehl chiant durant certaines actions (Sexy Goose par exemple, en 1970), Kim Jones se couvrant de merde lors de performances au beau milieu des années soixante-dix, Nauman costumé en clown ridicule assis aux toilettes dans une vidéo de 1987,les Étrons d’or (l996) de François Bouillon et les carrelages à motifs d'étron de Wim Delvoye (1990/92), Maciunas collectant des crottes d'éléphants plusieurs années avant Chris Ofili, etc...Tout cela n'est guère appétissant, mais n'apparaît pas pour autant scandaleux. L'explication ? Elle est simple : c'est la contextualisation de la merde qui derange, et c'est elle aussi qui entraîne ou pas l'artiste dans une position d'auto-dégradation assumée.]

 

 

- Patrice Deramaix L’art d’échouer, Lizène, ironiste de l’échec, 2000 in http://membres.lycos.fr/patderam/lizene1.html 

Feinte d’ignorance, l’ironie socratique produit paradoxalement du savoir. La maïeutique conduit, sous couvert de la naïveté simulée, à la philosophie, c’est-à-dire à une réflexion consciente d’elle-même et des conditions de son advenue. L’ironie artistique procède de même. Par son retrait du savoir-faire, elle déconstruit l’habilité technique de l’artiste, révèle le surcodage des matériaux, de l’esthétique et de l’institution artistique, afin de mettre en évidence - de manière éclatée - l’essence de l’art. On peut affirmer que l’art contemporain, en raison de l’émiettement des avant-gardismes, ne peut être qu'ironique s’il entend maintenir sa fonction critique. Cependant, cette poly-fracture du discours critique et la dispersion des courants nous obligent à réexaminer les stratégies plurielles de l’ironie artistique qui porte tour à tour sur le matériau, le style, l’iconographie ou l’encadrement institutionnel. Globalement, nous pourrions la définir comme attitude déconstructive, une mise à plat de la forme, langage surajouté à un matériau que le savoir-faire dissimule par le geste même de sa mise en valeur. L’art conceptuel dévoile l’art en jouant sur le matériau qui lui est propre, la langue, dont la composante physique - phonème ou morphème - surgit à la conscience à travers les jeux gratuits de langage : les dadaïstes et surréalistes y excellent mettant à nu le cadavre exquis du concept. De sorte qu’on ne devra pas s’étonner de la proximité ironique d’un Magritte avec Kosuth que tout, formellement, semblait opposer.
Par détournement, piratage ou recontextualisation, l’ironiste frappe l’art d’une dérision révélatrice du caractère purement conventionnel de son formalisme. Il l’attaque aussi sur le plan sociologique en mettant en lumière les déterminations extrinsèques de la reconnaissance esthétique : la Fontaine de Duchamp, paradigme du ready-made, évacue l’irréductibilité du génie artistique et le mythe de l’œuvre unique (ramené à un processus industriel) tout en compissant l’aristocratie du matériau noble. Duchamp, en nominaliste, ramène méthodiquement l’œuvre à sa dimension prosaïque d’existant social, quitte à en vider l’essence de toute signification. En clair, l’art ne surgit qu’à la mesure d’un processus de reconnaissance et de validation. La réaction ne tarde pas : la prise de conscience du conventionnalisme sociologique n’oblitère nullement la production artistique qui, sans sourciller, renoue avec le réalisme illusionniste avec d’autant plus d’efficacité que l’artiste agit dès lors en toute lucidité. Le désenchantement critique que Duchamp entendait provoquer devient cynisme et sophistication postmodernes. Le travail ironique devra en conséquence porter sur le dernier carré de l’art, à savoir l’artiste lui-même et sa production.
A ce titre, Jacques Lizène nous apparaît emblématique. Se présentant comme un « petit maître liégeois médiocre », Lizène adopte délibérément la posture de l’échec. Nous voyons apparaître, marginalement à l’époque, 1965-1970, un travail opiniâtrement sous-tendu par une volonté d’auto-dénigrement. Il restait cependant dans la ligne d’une production picturale mettant en évidence le subjectile - la toile - et son support matériel - le châssis. Le public était en présence d’un détourage au noir sur fond jaune des châssis ; œuvres minimalistes - mais sans perfection formelle - parfois malhabilement complétée d’une silhouette humaine, frêle ombre portée. Par la réalisation de tableaux inachevés, montées de temps à autre sur un châssis volontairement voilé, Lizène exprimait sans ambiguïté sa volonté de biaiser la peinture en exposant l’inexposable. Mais rapidement, sa pratique aboutit au renoncement. L’autodestruction de l’artiste commença avec la poursuite d’objectifs impossibles tels la représentation statique du continuum temporel : deux photographies d’horloge, prises à 24 heures d’intervalle, restent indiscernables, mais sont censées illustrer le temps. L’incertitude subvertit les œuvres : de deux tableaux, l’une est de taille légèrement supérieure, Lizène prend soin de spécifier que l’une est la copie de l’autre, en laissant délibérément le doute sur l’identité de l’original.
Sa production cinématographique est parsemée de projets inaboutis, jugés par leur auteur « inintéressants », « médiocres », « irréalisables », « nuls » ... On n’en connaît que leur synopsis élémentaire, séries de propositions énoncées comme gestes artistiques dans les catalogues et les chronologies, et lorsqu’un scénario prend forme, on n’en peut que constater leur caractère dérisoire : un remake jamais concrétisé de l’entrée du train à la Ciotat apparaît comme l’anéantissement de l’art cinématographique puisqu’elle n’aboutit qu’au ressassement du film des frères Lumière. En 1975, sa proposition est de frustrer les visiteurs de la Neue Galerie en fermant du musée au public. Il filme l’intérieur du musée et en projette à l’extérieur, en vidéo, l’image morcelée, fragmentée des oeuvres qui y sont conservées.
Ce nihilisme que constitue cette pratique continue de la médiocrité, à la fois dans et hors du champ artistique, devient une réelle violence lorsqu’il expose le schéma de sa stérilisation : la vasectomie qu’il s’est fait pratiquer est présentée comme une « sculpture interne », déjouant ainsi le caractère productif de l’art en renonçant délibérément à toute procréation. Nihilisme antihumaniste qui affirme espérer que l’humanité s’éteigne, doucement, en cessant de procréer. Le coup devait porter sans doute puisque sa « vasectomie », un schéma sommaire de la ligature des canaux déférents, fut retirée de l’exposition sous ordre du Parquet. C’est dire que l’ironie esthétique que Lizène met en œuvre ne peut s’assimiler à l’humour. Lizène, tout en se jouant de sa propre renommée, s’engage totalement et la posture nihiliste qu’il adopte vise l’artiste plus que l’art. Sa mise en scène de soi, qu’il qualifie d’art d’attitude, dépasse en subversion l’auto-destructivité théâtralisée des actionnistes viennois dans la mesure où l’inachèvement, l’échec, la procrastination se donnent comme les matériaux propres de son projet. Sur un plan strictement technique, les procédés qu’il utilise restent élémentaires - peinture, dessins, vidéos, scénarios - et ne peuvent démontrer qu’un manque rédhibitoire de talent. Mais une telle monstration est paradoxale car elle ne peut aboutir qu’avec la complicité du public, du marché et de l’institution, capables - ruse ultime - de renverser la négativité de l’œuvre de Lizène par leur acceptation dans le champ artistique. 

Ironie du jeu : l’improductivité subversive se mue en production artistique légitimée par le jeu critique qu’elle met en œuvre. Le marché de l’art se nourrit de son dénigrement. Certes, on ne peut s’attendre à ce que l’œuvre de Lizène soit portée au pinacle de la cotation, mais l’institution de l’art s’énonce sur le mode ironique en intégrant dans son jeu de langage la radicalité d’une critique supposée définitive. Ne voyons pas là ruse ou mensonge, mais paradoxe inhérente à toute production humaine : le discours de la négativité se concrétise dans une œuvre affirmant positivement son existence. Mais chez Lizène, l’œuvre s’efface sous l’attitude : l’artiste se réduit à être le dandy de la médiocrité banlieusarde. Nous sommes, en fin de compte, devant une des figures de l’esthétisation de la vie : c’est « dans l’art et dans la vie » que Lizène affiche sa nullité. Serions-nous devant une simple mise en évidence de la banalité d’un quotidien où tous les actes se trouvent vidés de leur substance, réifiés sous le poids de l’économie toute-puissante ? Lizène s’autoproclame, dans une démarche publicitaire, qui n’est peut-être pas étrangère au kitsch de la réclame pour électroménager, affirmant de ses « médiocres peintures » qu’elles mettront « en valeur », dans les salons bourgeois, « le mobilier de qualité ». L’art médiocre, produit d’une activité artistique, mettrait en évidence la qualité d’une vie non productive, c’est à dire d’une vie non inféodée à la rationalité marchande. 

Nous connaissons la diversité des stratégies d’artiste pour échapper à cette contradiction fondamentale de l’artiste vecteur de valeurs non marchande mais producteurs de biens marchands à haute valeur ajoutée : proclamations incendiaires, échappatoires extra-institutionnels, production d’œuvres invendables (mais financées par les sponsors privés ou les institutions culturelles), pratiques de la performance - qui opère un glissement de l’art plastique vers l’art du spectacle - confinant à l’ascèse, dénonciation critique, sous le mode pédagogique ou ironique. Dans le meilleur des cas, ces manœuvres conduisent à une élucidation de la fonction sociale de l’artiste, sans pouvoir - faute d’une pratique politique intentionnelle - déjouer pleinement les ruses du marché. La plus radicale des protestations sera « cioranesque », énonçant l’inconvénient d’être né et tirant les conséquences de ce constat : mieux vaut ne pas naître comme artiste, mieux vaut ne pas faire de l’art... 

Lizène accomplit l’acte suicidaire, tout en contournant prudemment le geste léthal, en une improductivité, symbolisée par sa vasectomie, plus simulée que réelle : car en fin de compte, un catalogue, une chronologie et une bibliographie existent de ses œuvres, déniant et défiant le projet lizénien. Même l’échec lizénien échoue. 

La subversion ironique de l’art est donc une feinte, un détournement du code destiné en dernière analyse à renforcer la position de l’artiste. Tout comme le philosophe simule l’ignorance pour mieux jouer les torpilles, l’artiste déconcerte le spectateur en descendant de son piédestal. Pour ce, il se fait maladroit, improductif, paresseux, feignant d’oublier que c’est son existence elle-même qui, à la faveur de ce simulacre d’inhabileté, devient l’attitude artistique par excellence. Lizène est peut être plus proche de l’esthétisme fin-de-siècle des dandies, que l’on pourrait le croire. Cependant, si le dandy cherche à esthétiser sa vie au nom de l’art, c’est au gré d’un retournement dialectique de la négativité en positivité que Lizène redevient l’artiste qu’il cherche à nier.

L’efficace de la subversion se mesure aux obstacles que rencontrera Lizène pour se faire reconnaître (les refus d’exposition et d’intégration muséales furent nombreux) et à diverses tentatives de censure à l’encontre d’œuvres sexuellement incorrectes, la « vasectomie » ou « sexe marionnette ». Elle provient moins de la violence du geste que de l’acharnement lizénien à se déconstruire comme sujet. L’aboutissement de la négation de soi confine à l’identification totale avec le matériau que le peintre utilise : il devient « son propre tube de couleur » lorsqu’il use délibérément ses fèces comme pigment, contrôlant son alimentation pour obtenir les nuances chromatiques qu’il désire. Ce faisant, l’artiste ne met pas seulement à plat la jouissance anale de la production artistique, il met en demeure le spectateur de contempler, de toucher, d’acquérir - à prix d’or - l’immondice. C’est toute la production, comme processus d’assimilation et de dégradation du vivant, d’ailleurs mis en scène de manière plus efficace que la commercialisation par Manzoni des boîtes (vides paraît-il) de « mierda d’artista » qui restent dans le champ du simulacre. Avec Lizène, nous nous trouvons face à une œuvre littéralement « emmerdante ». 

Le badaud conclura immédiatement et sera tenté de reléguer l’art contemporain - et ses artistes - dans l’anus mundi d’un siècle trop fertile en exterminations, mais Lizène évite cette dénonciation trop facile : son ironie ne débouche pas en cynisme. S’il nous emmerde, c’est sous le mode d’un décalage rusé du discours de la réussite et de l’échec, ironie certes déconcertante mais qui nous met face, en fin de compte, à l’ennui profond que distille l’illusion dorée et proprette de la culture productrice de nos idoles.

 

 

- "Le fou dédoublé, l'idiotie comme stratégie contemporaine", journal de l'exposition, Moscou, 2000, pp. 78-79.
Note biographique très incomplète de Lizène (en russe et en français (facsimilé du manuscrit)

 

 

- Paul Ardenne in L’image du corps. Figures de l’humain dans l’art du XXe siècle, Paris, éd. du Regard, 2001, p. 176.


Quant au Liégeois Jacques Lizène, actif à compter des années 60, lui s'intitule carrément artiste de la "médiocrité" : il se fait vasectomiser pour éviter d'avoir à se reproduire, se décrète “petit maître", se fait l’apôtre d’un art du bas, sans ambition, dont la nullité serait l'unique ambition (Sculpture nulle, 1972), et crée même un Institut de l'art stupide. Entre les multiples réalisations de Lizène, réalisations “nulles” ou “stupides”, donc, beaucoup ont trait au corps humain, s'entend dans une perspective de déqualification sans appel. Invitation, faite à un concertiste, à jouer une partition à l'envers assis non sur le tabouret d’un piano mais perché sur ce dernier, carrément. Peintures d'un brun suggestif badigeonnées au moyen de matière fécale. Brève vidéo montée en boucle montrant l'artiste agitant son pénis au moyen d'une ficelle, comme une marionnette, devant une découpe de carton imitant la fenêtre où s’ébat d’ordinaire le Guignol de notre enfance. Entre les plus parlantes des propositions “corporistes" de Lizène, on retiendra toutefois les fameuses Sculptures génétiques, commencées dans les années 70 et ayant donné lieu, de la part de l’artiste lui-même, à de multiples remakes. Contrairement à ce qu'indique leur intitulé, les Sculptures génétiques ne sont pas des œuvres tridimensionnelles. Elles adoptent en fait la forme de demi-masques de carton sur lesquels est représenté un fragment de la figure d'une personne photographiée, anonyme ou célèbre. Libre au spectateur de s'en couvrir le visage, d'orner celui-ci de la demi-figure de Kafka ou d’une demi-tête de grenouille. Ce morphing élémentaire, quittant le périmètre du corps physique du spectateur, peut aussi donner lieu à des compositions bidimensionnelles appelées à être exposées pour elles-mêmes. Une composition, ainsi, présentera la demi-tête supérieure de Franz Kafka mariée à la demi-tête inférieure de Marcel Proust, une autre, l'inverse. Cette vision de l’identité égarée, chez Lizène, reste élémentaire, grossière, à dessein grotesque. Elle ne raffine ni sur les moyens ni sur la brutalité de la proposition. Ce en quoi elle atteint immédiatement son but, nous désignant, nous spectateurs, comme ces êtres de toutes parts divisés en quête d'identification, décidément inachevés, moins dotés d'une figure qu’à la recherche frénétique de celle-ci.

 

 

- Riout Denys, "Qu'est-ce que l'art moderne ?", Éditions Folio-Gallimard, 2001, pp. 324-325.

 

- "L'humour dans l'art contemporain" édité à l’occasion de l'exposition à l'Espace Belleville, 2001, p. 25.

 

- Piguet Philippe, "Jacques Lizène, maître es-fiasco", in L'Œil, n° 531, novembre 2001, p. 70.

 

- Lequeux Emmanuelle, "Jacques Lizène", in Aden n°184, rubrique les Arts, 21-27 novembre 2001, p. 31.

 

- "Magritte incarne-t-il l'esprit belge ?" in Ceci est un Supplément, Beaux-Arts hors-série : Ceci est Magritte, n°3, Février 2002, pp. 28-29.

 

- Parfait Françoise, Vidéo : un art contemporain, Editions du regard, 2002, p. 284.

 

 

- Cécilia Bezzan. Jacques Lizène in Cap, Art relationnel. Un aspect de l’art contemporain en Belgique. Coédition La Renaissance du Livre et Dexia, 2002, pp 185-187.

Jacques Lizène, qui se donne du «petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle » n’a de cesse d'intriguer. Qu'il s'agisse de son refus de procréer - position drastique à l’encontre du monde, adoptée comme art d'attitude en 1966, puis radicalisée par l'annonce d’une vasectomie - ou encore ses Shit paintings, peintures à la merde conçues dès 1977, cet artiste s’ingénie à contrer l'idée de jugement pour mieux repousser les frontières d'une bienséance convenue en art et contrarier les valeurs artistiques dominantes.
Quand Lizène exploite les médiums (vidéo, peinture, installation, photo, dessin) et les fait interagir, il rencontre le relationnel de manière générique, moins l'esprit de prospection théorique et structuraliste, pratiquée par Lennep et Nyst. Parmi ses multiples démarches relevant d’un art d'attitude, certaines apportent, à l'occasion par leur caractère narratif mais surtout par leur questionnement social et ontologique fondamental, une contribution des plus originales à ce qu'il est convenu d'appeler maintenant l'esthétique relationnelle.
On considère que Duchamp, puis Cage ont introduit du « social relationnel » dans la pratique artistique: les insoumis de la performance, du happening en sont les héritiers directs (cf. Fluxus). Simultanément et en conséquence de cette ouverture à la rencontre, à l'interaction des médiums et à la relation au spectateur, l'objet d'art s'est dématérialisé au profit de l’action contextuelle. Dans cette praxis, les concepts d'interaction et d'indétermination sont essentiels. Aussi, lorsqu'on se réfère à l'équation art = vie, conçoit-on que Lizène intègre fondamentalement le concept de performance. En soi, l’art d’attitude est une intégration et une situation continue de la performance : le fait artistique premier coïncide avec les opinions et le comportement de l’artiste qui les articule dans le discours autorisé.
L'attitude est ici subversive, impudique, elle se donne à voir dans la marge, la périphérie, comme position réfractaire au monde, nécessairement cynique. Laurent Goumarre se prononce sur l'art «déceptif » (l’art déceptif in Art Press n° 238, pp. 47-51). L'expression se réfère à «une stratégie du décept, projet subversif », et informe que « l’art déceptif serait un art dynamique a l'adresse du spectateur, non pas dans une volonté de mettre en échec la critique ou dénier le jugement, mais de « problématiser » sa place dictée par ses attentes. Il est moins la question d'incapacité que de renoncement ». Le décept est une notion séduisante pour aborder les «mises en (ré)actions et situations» de Lizène. Il serait légitime d'y lire que la provocation, produit succédané, agit uniquement pour elle-même, ce qui en soit serait peu intéressant. Certes, l'enjeu se situe ailleurs. Dans le glossaire lizénien, le concept de médiocrité se décline en « inefficacité », « frustration », « rature », etc., démontrant une réelle stratégie dans l'attitude.
Dans l'ouvrage consacré au dandysme, Françoise Dolto parle d'engagement, de présence liée à l'image et son miroir, « d'âme effeuillée », tandis que certains passages révèlent des accointances pour « l'attitude morbide » (Le dandy, solitaire et singulier. Entretien avec P. Favardin et L. Bouëxière. Paris, 1999, p. 21). Dolto ne limite pas le dandysme à son désir narcissique de la beauté, d' un idéal; elle le découvre aussi dans la « saleté » : « Ia beauté de la saloperie ça existe sûrement » (idem).
Elle rejoint le propos de Cioran dans son Précis de décomposition, ou celui-ci note dans un passage intitulé le Refus de procréer : « il déteste se survivre dans un autre, auquel d'ailleurs il n'aurait plus rien à transmettre ; l'espèce l'effraye »; plus loin, « (il) est parvenu aux cimes dorées de ses dégoûts, à l'antipode de la Création, il a fait de son néant une auréole » (Cioran. Précis de décomposition. Paris 1948, pp. 179-182).

Ces notions font écho à l'attitude lizénienne. Des 1965, celui-ci condamne la procréation : « Je

propose à l'espèce humaine de s'éteindre gentiment, à jamais, en cessant de procréer ». Il « est au monde » comme un désaveu des valeurs établies, un iconoclaste, un Narcisse dévoyé. L'ensemble de la geste fonctionne selon le principe de désublimation, lui-même se situant au centre d'une pratique scato. C'est précisément ici que Lacan interpelle (Lacan J. Qu’est-ce qu’un tableau ? dans Le Séminaire, livre XI. Paris, 1973, pp. 97-109). Lizène démonte la sublimation que comporte toute peinture, dans un geste qui est un retour, sans doute parodique, a l'état de nature. En peignant avec sa propre merde, Lizène se réfugie dans un tabou pour aboutira quoi tend tout son être: le rejet d'autrui, la marge. Le recours a la désublimation n'est-il point négation de la démarche du peintre et de son éthique ? La peinture a la merde équivaut symboliquement a une peinture aveugle. Quand il transforme la merde en regard, Lizène annule son regard.
Tout indique, chez lui, le positionnement stratégique, la détermination dans la volonté de se démarquer. L'esthétique du raffinement est dévoyée au profit d'un déplacement de valeurs et (se) joue de l'impertinence et de la dérision. Ce dandysme a rebours mêle l'irrespect à l'insolence du geste. Le « mauvais goût » ainsi généré sert à contrer l'idée de jugement. Les allures de l'être infatué font partie de la mise en scène. Jean-Yves Jouannais, quoique peu enclin à la notion du dandysme pour qualifier l'œuvre, l'inclut dans un art de l'infamie. il s'agit bien ici de mise en scène, tellement raccordée a la vie qu'elle se fond avec elle, une pratique du cynisme, tel qu'en parle Michel Onfray, analogue au dandysme, ou la « volonté est esthétique et distille l'essence du style dans une existence devenue ludique » (Onfray M. Cynismes. Paris, Grasset & Fasquelle, 1990).
Le dandysme lizénien est-il pour autant désabusé ? Pas sûr. Car il est avant tout question de liberté, d'une façon d'être au monde, comme de faire image dans le renversement quasi complet des valeurs généralement accordées au terme. La médiocrité en art est un concept pensé stratégiquement par l'artiste pour revendiquer comme valeur artistique ce qui est d'habitude considéré comme non louable. Par des comportements aussi singuliers que spectaculaires, Lizène perturbe et bouleverse la bienséance et s'applique toujours avec méthode dans la pitrerie. Ainsi, en 1974, lors d'une exposition du CAP à la galerie Elsa van Honolulu (Gand), Lizène invite l'artiste portugais Antonio Silvestre Terlica E Pinto, à occuper la cimaise qui lui était destinée. Non content de cela, c'est en urinant qu'il délimite son territoire d'exposition.
L'inefficacité est de mise à la Neue Galerie (Aachen), en 1972, lors de la présentation d'un film raté et barré à la main, image par image. Cette rature intentionnelle est propre à l'art de la non-séduction, de la récrimination perpétuelle sur laquelle joue Lizène. Elle apporte, d'après lui, une beauté plastique. La frustration définit la participation en 1975, dans le même lieu, avec Tentative de frustration de l'amateur de peinture, qui consiste à filmer, en noir et blanc, de manière morcelée, les œuvres de la galerie, fermée intentionnellement à cette occasion. Un moniteur TV, placé à l'extérieur, contraint le public à se contenter d'une bien maigre visite.
Lizène se donne dans le discours autorisé: une manière de (se) prononcer, sans demander son reste, de (se) produire dans l'attitude, via le texte, l'adresse épistolaire, l'auto-proclamation, une manière de régenter un discours et de créer son propre glossaire, son langage, d'être son propre exégète. Bref, une mise en œuvre d'un panel de moyens pour agir dans la communication d'un contenu, ce qui revient également à démontrer, ab absurdo, que la lecture de l'œuvre d`art participe avant tout de ce que l'on veut lui faire dire.
S'autoproclamant critique d'art, Lizène court-circuite les tâches exégètes. Outre la pratique du changement de rôles, pour le moins répandue dans la praxis contemporaine (Eric Duyckaerts, Fernando Alvim), il est ici une façon de s'assurer une critique (bonne ou mauvaise), c'est-à-dire se donner l'illusion d'un intérêt partagé avec le monde. Lizène enjoint la volonté de créer son propre système d'immunisation, pour ne point se laisser embarrasser par les critiques d'autrui. Afin de ne pas déroger au principe, l'artiste s'auto-disqualifie et se place volontairement en marge de la création en instituant la banalité, le « sans importance » comme valeurs artistiques.
Exemples : Aurea Mediocritas, Lizène s'en revendique. Terme qui englobe l'ensemble de la production. Souvent ajouté à l'intitulé de la pièce, avec ses variantes « artiste de la médiocrité, artiste du Nul ». Le discours manifeste une étonnante et non moins surprenante répartie dans l'argumentation référentielle: Lizène se réclame de Duchamp comme de Picasso. Pour l'un, c'est au hasard d'une conversation qu'il apprend que Duchamp réalisa un dessin au crayon Médiocrité (1911), première apparition d'un thème machinique et non moins référence à l'œuvre décadente du poète symboliste Jules Laforgue, tandis que pour l'autre, le petit maître réalise des avions métamorphiques « comme Picasso n'en a jamais fait » (1980, remake, 1996).
Ainsi, que sa vasectomie ait été effective ou non, peu importe, puisqu'elle est vécue comme telle. Le remake participe également du discours autorisé. Il s'agit d'un concept qui consiste à reprendre le projet d'une œuvre ou d'une thématique et d'en proposer une réactualisation, tout médium confondu. La notion d'inachèvement y adhère subséquemment. Aujourd'hui, on parle aussi de travail « augmenté ». Le côté répétitif caractéristique du remake est d'autant plus accentué par la pratique de l'artiste à inscrire les différentes dates des projets et celles de leurs (éventuelles) réalisations. Quelques exemples sont fournis avec les contraintes du corps (1971, remake 1980, 1996, 2001), les entassements de toiles (1970, remake 1980, 1989) ou encore réécrire toutes les musiques du monde à l'envers et les mélanger (1979, remake, 1996, 2001), etc.
De cette manière, Lizène témoigne d'une capacité à revisiter lui-même sa propre œuvre et à prouver, par argumentation tautologique, le caractère autarcique, une manière d'agir en «circuit fermé» (1971).

 

 

- Cécilia Bezzan, « Jacques Lizène ou la contrariété intuitive. Part III. Interview « orientée » par la critique d’art, à la demande de l’artiste, et un peu « loupée », à la demande de la critique », in Trouble#3, Paris, 2003, pp. 176-187, repris in Jacques Lizène. Espace 251 Nord. Productions et expositions 1984-2016, Liège, éd. E2N et Ecole Supérieure des Arts de la Ville de Liège, 2016, pp. 160-163 (catalogue de l’exposition Jacques Lizène, rotation de stocks 1984-2016, productions E2N, 4/03-18/06/16, Liège, E2N).

« Il ne suffit pas d'être arrogant, il faut aussi être un peu aimé ». (Jacques Lizène, d'après Maurizio Cattelan) (1).
Cette interview « orientée », à la demande de l'artiste, et un peu « loupée »›, à la demande de la critique fait suite aux deux précédents textes que j’ai publiés sur Jacques Lizène (2) Il appartient à une écriture critique et théorique processuelle. Il ne fictionne pas, mais se présente, telle une mise au point, fruit de réajustements permanents. Depuis la rencontre avec l'artiste, en l996, lorsque l'occasion se présente, les résultats des réflexions sont publiés. Cette manière de procéder permet de revenir sur les idées, de les retravailler. Il s'agit donc de donner à voir une pensée qui (s ') élabore, avec ses questions, voire ses contradictions.
Le va-et-vient entre l’interview et le texte de fond s'opère dans le mixage, la signification émerge de leur relation. Pour appréhender le mix dans sa globalité, on pourra se procurer un CD audio (3), où il est loisible d'entendre, entre autres, les onomatopées lizéniennes, sa musique, le bruit de fond urbain, etc.
La praxis de Lizène met a mal le propos esthétique par son choix de la médiocrité. Ce fer de lance concerne la démarche et l'objet. Pour l'étude d'une telle œuvre, les outils d'analyse propres d l'histoire de l'art ne peuvent suffire, aussi des lectures croisées incluant les champs d 'investigation sociologique et psychanalytique ont-elles alimenté la réflexion.
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Depuis qu'il est parti en croisade contre la Vie et |'Espèce humaine, Jacques Lizène, connu aussi sous le nom oie Petit Maitre liégeois de la seconde moitié du XXE' siècle, ne cesse d’intriguer. 0u'il s'agisse des Shit paintings (peintures à la matière fécale conçues dès l977), ou encore du refus de procréer, position drastique adoptée comme «Art d'attitude »› en 1965, puis radicalisée par une sculpture interne et non moins intervention chirurgicale : la vasectomie (effectivement réalisée ou non, telle n’est pas la question). L’ensemble des propositions artistiques s’ingénient à contrer l’idée de jugement pour mieux repousser les frontières dune bienséance convenue en art et contrarier les valeurs artistiques dominantes.
Aparté... un après-midi à l'aube du printemps, Paris 2° - au 34 rue Etienne Marcel, mars 2003.
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l. On peut être radical tant qu'on veut mais il faut aussi plaire à quelqu'un, in Beaux-Arts Magazine, numéro 227, avril 2003, p.80. Jacques Lizène ajoute :
« Cattelan a raison parce que lorsqu'on est radicalement désagréable, on n'est jamais cité dans les revues, ni invite aux expositions – ahhhahhhaha »
2. in Arf & Fact # 16, revue des historiens de l'art, des archéologues, des musicologues et des orientalistes de l'Université de Liège, Liège, 1997, p. 103-117 et in, CAP, Art relationnel, La Renaissance du Livre, Dexia, Bruxelles 2002, p. 185 - 191. Notez qu'à la suite d'astreintes quant au formatage de cette deuxième publication, le texte n'est publié que dans une version raccourcie : le titre et les sous titres étant, par exemple, tout simplement supprimés, le phrasé remodelé, le nombre de caractères sous-pesé.
3. CD édité au « coup par coup ». Pour les éventuels curieux, s'adresser à la rédaction de Trouble.
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Nous voulions nous rendre aux Marronniers, mais les réunions de perpendiculaire n'ayant plus lieu, nous sommes allez chez Parreno et Huyghe.
- C. B. :Vos propositions artistiques posent la question de la liberté en art. D'une part, vous revendiquez la banlieue, la périphérie, la marge comme lieux préférés d'identité ; d'autre part, vous réclamez la nullité, la médiocrité, le ratage comme «valeurs »› artistiques à part entière et les proposez sur un pied d'égalité aux côtés des questions prospectives dégagées par « l'art contemporain » depuis plus de 30 ans. Tentez-vous de créer une catégorie esthétique ?
- J. L. :Disons que la catégorie esthétique sera avalisée une fois qu'un théoricien de l'art aura pris la peine de publier sur le sujet. Si je suis aussi exégète de ma propre démarche, cela ne suffit apparemment pas à établir la médiocrité comme valeur artistique reconnue de tous. Ma démarche travaille à faire reculer les limites tous azimuts, comme les contraintes qui en résultent. Je contrarie le convenu, le prend au pied de la lettre dans l'humour. La marge est éminemment joyeuse ! Et puisque je me suis marginalisé, les astreintes ne sont qu'abstractions. Cela me permet une grande liberté de travail el d'altitudes, toujours promptes a générer avec facétie des réflexions sur le monde. En novembre dernier, j'ai eu l'occasion d'intervenir au Musée des Beaux-Arts de Brest. La collection regorge de naufrages et de marines. Le Petit Maître a eu l'idée de réaliser un naufrage de naufrage. AhahhahHAHAHhahha. Je suis intervenu sur l'accrochage en chavirant les cadres. Vous savez, lors d'un naufrage, tout est sens dessus dessous ! C'était une manière médiocre de donnera ressentir au spectateur la mer houleuse ou la lame de fond qui soulève les navires. Très amusant Je considère la marge, la périphérie, la banlieue comme des terrains d’expérimentations satellites au centre. Le cadre est contrainte. Je déboîte. Je préfère la tentative à la règle. On dit de moi que je suis parodique. Je ne suis pas contre, sans pour autant me laisser circonscrire à une définition. Je considère la médiocrité en art comme une valeur ajoutée. Une chose n'existe qu'en relation aux autres. Le Beau n'existe que par rapport au Laid. Je préfère ce côté et cela m'appartient. Il m'inspire moins d'artifice. Lors de ma première exposition individuelle, à Liège, en 1969, - cette date correspond avec l'ouverture de la galerie Yellow Now, le carton d'invitation se présentait sous la forme d'un avis mortuaire au liseré noir. Une phrase de Duchamp parcourait la plaquette :«Il faut abolir l'idée de jugement ». Je voulais citer Cioran « L'art disparaîtra el l'espèce humaine suivra de près » mais je m'en suis remis au conseil de Guy Jungblut. L'ensemble de mes démarches participe de cette première attitude. Un marginal qui a joué la marginalité, mais très soutenu par ses parents et par son frère aîné, Guy. Je bats le héros du film Tanguy d'au moins 2ó ans !!! ahhHHAahhahha.
- C. B. :Vous jouez sans cesse, Lizène, du repentir, de la récrimination perpétuelle. En soit, mieux vaut s'exclure que de se faire exclure. On aborde la question du dandysme ?
- J. L. :Si vous voulez. J'étais ravi lorsque Jean-Yves Jouannais a abordé le premier cette définition me concernant, mais lui parlait d'un anti-dandysme et a ajouté par la suite la position excentrique. Arnaud Labelle Rojoux argumente en faveur du dandy du ratage. Ce qui importe c'est que Lizène - voix nasillarde, en entonnant une mélopée - est ...et restera le Petit Maître liégeois... qu'il soit dandy ou pas. Non, non, non, il ne veut pas être papa non pas papa non pas. . .(rires)
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Art d'attitude :dandysme à rebours.
On voit en Duchamp, puis en Cage l'introduction du social relationnel dans la pratique artistique, dont les héros (in)convenus de la performance et / ou du happening en sont les héritiers directs (cf. Fluxus). Simultanément et par voie de conséquence, de celle position ouverte a la rencontre, a l'interaction des médias et à la relation au spectateur, l'objet d'art tend à se dématérialiser au profit de l'action contextuelle. Dans cette praxis, les concepts d’interaction et d'indétermination sont essentiels. Aussi, lorsque l'on se réfère à l'équation art = vie, sous les traits d'un Kaprow, on conçoit que Lizène intègre fondamentalement le concept de performance.
Par la stratégie d'un effet de doublure Lizène travaille a « s'étrangler ». La ventriloquie permet au Petit Maître d'endosser le rôle loufoque, tandis que Lizène régule constamment sa parole. L'effet de doublure produit la surenchère narcissique. Lizène joue son propre rôle a la vie, comme sur la scène artistique. L'un ne peut prétendre sans l'autre. Il faut chercher dans ce partenariat nécessaire la clef de la caution artistique. Chez Lizène, l'art d'attitude est une intégration et une situation continue de la performance : le fait artistique premier coïncide avec les opinions et le comportement de l'artiste, qui les articule dans le discours autorisé. Ils régissent le produit qui se matérialise en « œuvre », tandis que l'attitude artistique demeure dématérialisée, mais tout aussi signifiante.
Dans l'ouvrage (5) consacré au dandysme, Françoise Dollo parle d'engagement, de présence liée à l'image et son miroir, « d’âme effeuillée » tandis que certains passages révèlent des accointances avec l'attitude morbide : « dresse son dard contre la bêtise des larves processionnaires humaines (...), foules les valeurs composées et défendues par des hommes, sont par lui (le dandy) frappées de mortel dans son arraché iconoclaste, il risque sa face d'archange dans l'horreur démoniaque ». De ce désir mortifère « toujours en quête » el éminemment narcissique, Dolto n'exclut pas le dandy ailleurs que dans la beauté, a la recherche d'un idéal, sublimé(e) ou non, puisqu'il s'entend aussi dans la « saleté » :« la beauté de la saloperie ça existe sûrement ».
Dolto rejoint le propos de Cioran, lorsqu'elle évoque le dandy hors de la quête esthétique, de beauté avec le corps, dans l'image qu'il construit et qu'il renvoie, le rapprochant alors de la figure sanctifiée.
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4. Expression de Laurent Jacob pour désigner la pratique artistique qui s'opère a quatre mains. Exemples : la réalisation de peintures granas formats avec les rotulistas mexicains chez Francis Alÿs, ou les cinnebanners indiens chez Johan Muyle.
5. Le dandy, solitaire et singulier, Paris, seconde édition, 1999. Entretien avec Patrick Favardin et Laurent Bouëxière.
6 idem, p. 21.
7. idem,, p. 31. Et plus loin, il est question de Benoît Joseph Labre, mystique français du XVIe siècle, canonisé en 1881, autre dandy de la saleté.
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Cette dernière précision interpelle le Précis de décomposition, où Cioran dans le passage intitulé le Refus de procréer note : « il déteste se survivre dans un autre, auquel d'ailleurs il n'aurait plus rien à transmettre ; l'espèce l'effraye » ; plus loin, « (il) est parvenu aux cimes dorées de ses dégoûts, à l'antipode de la Création, il a fait de son néant une auréoles » (8)
Retors dans sa parole intensivement ludique, Lizène n'hésite pas à affirmer être le 25'* Bouddha. Il ricoche d'un argument a l'autre arguant de l'enjeu de non-procréation, de la bêtise de l'espèce humaine a vouloir se succéder a elle-même.
Je propose à l’espèce humaine de s'éteindre gentiment, à jamais, en cessant de procréer (1965), Lizène « est au monde » en marche de désaveu, de morbidité, d'opposition aux valeurs établies, d'iconoclastie, de rejet, de narcissisme dévoyé, alors que l'idée de quête renvoie a celle d’inachèvement. L'ensemble de la geste s'actionne dans le principe de désublimation, lui-même au centre de la pratique scato (9).
C'est précisément ici que Lacan interpelle (10). Lizène démonte la sublimation que comporte toute peinture, dans un geste qui est un retour, sans doute parodique, à l'état de nature. En peignant avec sa propre merde, Lizène renonce a proposer son mode de regard, se réfugie dans un tabou pour aboutir a ce vers quoi tout son être tend : le rejet d'autrui, la marge. Le recours à la désublimation n'est-elle point négation de la démarche du peindre et de son éthique '? La peinture a la merde équivaut symboliquement a une peinture aveugle, comme le mur de briques est une surface aveugle, sans fenêtre. Là où le peintre transforme la merde en regard, Lizène, par le recours à la matière fécale, annule son regard, 
Qu'il soit question d’inefficacité, de frustration du spectateur, ou de rature, tout indique le positionnement stratégique, la détermination acharnée dans la volonté de se démarquer. L’esthétique du raffinement est dévoyée au profil d'un déplacement de valeurs et (se) joue de l'impertinence, l'arrogance parfois, la dérision, toujours. Le dandysme lizénien mêle l'irrespect a l'insolence du geste. Le « mauvais goût » ainsi généré sert à contrer l'idée de jugement. Les allures de l'être infatué font partie de la mise en scène. Il s'agit bien de mise en scène, tellement raccord avec la vie qu'elle se (con)tond avec elle. Pratiquer cyniquement la sincérité, même dans le mensonge. Un cynisme, tel qu'en parle Michel Onfray, cultivé avec déférence, humilité vis-à-vis de la grande comédie humaine, analogue au dandysme où la «volonté est esthétique et distille l'essence du style dans une existence devenue ludique » (11)
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8. Emile Michel Cioran, Précis de décomposition, Paris, 1949, pp. 179-182.
9. La première toile à la matière fécale, vaste aplat de matière brune, a été réalisée en 1977 a l'occasion oie l'exposition CAP Le jardin. Lectures et relations. Par la suite, formellement, les Shit paintings opteront de manière récurrente pour le motif de la brique.
10. Jacques Lacan, Qu'est-ce qu'un tableau '? dans Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, 1973, p. 97-109.
11 Michel Onfray, Cynísmes. Grasser & Fasquelle, 1990. Ajoutons ici qu'il y matière à débat. Le cynisme d’Onfray est un exemple, non pour autant une référence obligée.
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Le dandysme lizénien est-il pour autant désabusé ? Pas sûr. Car dans son champ d'actions symboliques, il est avant tout question de liberté d'une façon d'être au monde, comme de faire image dans le renversement quasi complet des valeurs généralement accordées au terme. La médiocrité en art est un concept pensé stratégiquement par l'artiste pour revendiquer comme valeur artistique ce qui est d'habitude considéré comme non louable. Par des comportements aussi singuliers que spectaculaires, Lizène perturbe et bouleverse la bienséance et s'applique toujours avec méthode dans la pitrerie.
A parte... suive d'un après-midi à l'aube du printemps, Paris 2'* - au 34 rue Etienne Marcel, mars 2003.
C. B. : Le CD est vraiment pas mal, le remix du Minable music-hall et le chanteur en dessous de tout. J'avoue, quand la déprime me guette, j'en passe deux, trois morceaux et franchement je suis morte de rire, pliée en deux. C'est bon !
- J. L. : Moi je vous dirais plutôt, qu'il faut passer le CD lorsque l'on est joyeux pour se déprimer un peu (rires). Son air intimidé, souriant- Et quand on rit à l'écoute, c'est un peu la réaction au comique involontaire - Le CD a été réalisé grâce à Laurent Jacob, en collaboration avec Jean-Marc Sullon du Centre de recherche et de formation musicales de Wallonie. Outre quelques originaux, il s'agit d'un remix des petites chansons médiocres des années `70 et de celles produites à l'occasion de Radio Titanic en 1980-1982, l'émission de Jacques Delcuvellerie sur la RTBF première. L'équipe de Radio Titanic était constituée d'une bande de copains. On avait l'habitude de se réunir les jeudis soir pour décider du thème de l'émission le samedi matin. On travaillait sur la publicité, l'écologie, etc. Lorsque j'étais assidu, j'écrivais les paroles et les retravaillais avant l'enregistrement. Sinon, c'était du « live ».Vous voyez, Lizène a aussi du talent, mais il est involontaire. Ahhhahhahahahhah. C'est l’exception qui confirme la règle.
- C.B. : Pour un homme acquis ù l'idée de non-procréation, vous procédez par inachèvement. je pense au concept des remake et autres démarches qui fonctionnent selon le principe à visée exhaustive forcément vouées ù l'échec :« filmer tous les visages du monde », « réécrire toutes les musiques du monde, à l'envers ».
etc. Vous vous occasionnez donc dans la multitude. Cel essaimage, est-ce une manière détournée, une métaphore, pour subvenir à voire descendance, à jamais rendue impossible ?
J. L. : C’est votre avis et vous le partagez sans aucun doute (rires) et c'est le meilleur et vous avez tout à fait raison, comme le disait à peu près Kant, qui selon Eric Duyckaerts, dans son livre Hegel ou la vie en rose, prétendait que Kant et Hegel étaient plutôt des buveurs de bière. Moi je les soupçonnais d'être plutôt des buveurs de vin blanc. Nous nous sommes donc mis d'accord, Eric et moi, sur le fait qu’ils devaient, certains jours, être au vin blanc, et d'autres, à la bière !Voilà. Lizène prend l'accent espagnol :« Chaque jour je fais pire », comme disait Picasso. AHhahahHHAHahha. Chez moi, tout se recoupe... (jeu de mot involontaire).
(blanc - le Petit Maître sourit)
C. B. : Dois-je comprendre que vous réfutez la question ? (blanc)
J. L. : Et si on reprenait un petit verre '?
C.B. :Ln verre de vin blanc ou une bière ?
J. L. : L’un après l’autre.
C. B. :Oui Jacques. (blanc), je ne cherche pas à « surinterpréter ». Si vous sentez poindre l'outil analytique, je puis vous dire qu'il n'est qu'un moyen référent, non une méthode référentielle. Il sert à démultiplier les possibilités de lectures et permet à la pensée d'élaborer de manière radicante.
J. L. : Ma démarche si sincère, d'une telle sincérité que je peux me permettre une malhonnêteté sincère. « L'art c'est la sincérité au mensonge. Je ne renie rien et pourtant je renie tout », comme je le disais à Patrick Corillon en 1986. Ceci était un exemple d'autocitation, notez-le, je vous prie.
- C B : C'est noté. Au fil de votre carrière vous avez opté pour une personnalité multiple, à la fois exégète de votre démarche. Le dernier exemple est Lizène collectionneur virtuel. C'est aussi le sujet d'un film d'Erwan Maheo et d’Isabelle Arthuis réalisé à l'Espace 251 Nord. Ce qui m'a fait écrire sur votre démarche qu’il plaidait pour le discours autorisé.
- J L : Je suis aussi le 25e Bouddha (rires). Vous savez, le 24e que vous connaissez ayant déclaré que les 23 précédents, étaient restés inconnus … J’ai décidé d’être le 25e … une place était à prendre. Je l'ai prise. Et hop !
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Le discours autorisé - Kesako ? Plaidoyer pour la suspension d’incrédulité.
Le discours autorisé est une manière de (se) prononcer sans demander son reste, son reste, de (se) produire dans l'attitude, via le texte, l’adresse épistolaire, l’auto-proclamation, une manière de régenter une démarche et de créer son propre glossaire, langage, d’être son propre exégète. Bref, de mettre en œuvre un panel de moyens pour agir dans la communication d'un contenu, ce qui revient également ex absurdo, que la lecture de l'œuvre d'art participe avant tout de ce que l'on veut lui faire dire.
Aussi, que la vasectomie ait été pratiquée ou non, peu importe puisqu’elle est vécue comme telle.
S'autoproclamant historien et critique d'art, Lizène court-circuite les tâches exégètes. Outre la pratique du changement de rôles, pour le moins répandue dans la praxis contemporaine (artiste – curateur – critique), c'est ici une façon de s'assurer un commentaire (bon ou mauvais), c'est-à-dire de se donner l'illusion d’un intérêt partagé avec le monde. Lizène enjoint la volonté de créer son propre système d’immunisation pour ne point se laisser embarrasser par les critiques d’autrui.
Par ailleurs, on achoppe sur la répétition d’une démarche, l’artiste par de remake. Il s'agite dans l'augmentation de son propre travail. Pour exemple, alors que « l'art génétique » énoncé comme tel, voit le jour avec les séquences vidéo réalisées à Bourges, à l’occasion de Bandits-Mages en 1997. Lizène, interrogé sur le , prouve, photographies à la main, que l’idée remonte aux années ’70. Le remake est une méthode qui consiste à reprendre le projet d’une œuvre ou d'une thématique pour en proposer une réactualisation, tout médium confondu. La notion d’inachèvement y adhère subséquemment. Aujourd’hui, on parle de travail « augmenté ». Le côté répétitif caractéristique du remake est d’autant plus accentué par la pratique de l’artiste à inscrire les différentes dates des projets et celles de leurs (éventuelles) réalisations. Quelques exemples sont fournis avec Contraindre le corps à s’inscrire dans un cadre (1971) (remake 1980, 1996, 2001) ou encore Réécrire toutes les musiques du monde à l’envers (1979, remake 1996, 2001), etc.
De cette manière, Lizène témoigne d’une capacité à revisiter lui-même sa propre œuvre et à prouver, par argumentation tautologique, le caractère autarcique, une manière d’agir « en circuit fermé (1971)
Apané... suite et fin d'un après-midi ù l'aube du printemps, Paris 2° - au 34 rue Etienne Marcel, mars 2003.
C. B. :Vous avez défini votre démarche comme autarcique. La vasectomie est un exemple de coupure vis-à-vis du monde extérieur et symbolise par conséquent le repli sur soi, tout comme votre humour s'occasionne dans la facétie, il a la particularité de se suffire à lui-même. Que ... (Lizène interrompt)
- J. L. : Enfin, cela c'est ce que j'aimerais bien, quoique. C'est amusant aussi d'être plaisant pour les autres et d'éteindre le circuit fermé. Il faut beaucoup d'humour pour apprécier la démarche du Petit Maître. Être son propre tube de couleur exprime de façon on ne peut plus claire le cycle des peintures à la matière fécale : manger, déféquer, peindre, vendre pour pouvoir à nouveau manger, etc. C'est une manière de travailler en circuit fermé. C'est aussi une référence à la tentative, en 1971, de faire les premières vidéos, ù Liège. Faute de moyen technique adéquat, après la découverte du Portapak Sony, nous avons dû nous résoudre à travailler en relais direct au moniteur. Le circuit fermé est un perpétuel inachèvement, qui ne cesse de s'achever en inachèvement. Ça tourne en rond quoi.
Mais j'ai aussi créé L'art banlieue, La nouvelle abstraction nulle, L'art néo-déco, Le conceptuel comique des années `70 et L'art génétique. Cette surenchère des catégories, n'est en soit ni une critique du modernisme, ni du post-modernisme. C'est plutôt un joyeux jeu. Karel Geirlandt, un grand amateur de l'art belge dit de ma peinture a la matière fécale que cet art organique était une manière de ridiculiser la résurgence des différents pictorialismes, dans les années `80 et dans le contexte de la crise économique. Il avait un peu raison, mais aussi complètement tort. J'aime toutes les picturalités et toutes leurs résurgences !
- C. B. :Vous pensiez détenir l'apanage du concept de la médiocrité jusqu'au jour où  (Lizène interrompt)
- J. L. :Ouiiii, Duchamp ! Un dessin au crayon de 1911.Quel instant formidable ! Vous vous rendez compte : Duchamp avait noté de sa main « médiocrité ». Cela vient renforcer l'idée que mon art est intuitif. En fait, il a fait du Lizène sans le savoir ! Ahahhha. Ouuuuh Oui ! prodigieux ! visionnaire ! Mais d'autres, ont témoigné de la dimension du ratage, je pense à Picabia ou encore à Giacometti, ou Picasso dans le film de Henri-Georges Clouzot. La dimension du chef-d’œuvre flirte avec le ratage, comme quoi, nul n'est jamais à !'abri d'une erreur ! Même Lizène en fait involontairement, quelque fois il lui arrive de produire quelque chose de bien.
- C. B. : Il y avait de quoi réagir à la parution de l'article de Baudrillard, en 1996. A croire que le Complot de l'Art avait été rédigé avec une pensée particulière à votre égard. Si j'en cite un extrait, ce n'est pas pour raviver la « querelle des anciens et des modernes » qui a eu lieu fin des années `90, dans l'intelligentsia française et plus particulièrement en son sein parisien, mais simplement parce que les termes employés résonnaient étonnamment vis-à-vis de votre démarche. « Toute la duplicité de l'Art contemporain est là : revendiquer la nullité, l'insignifiance, le non-sens, viser la nullité alors qu'on est déjà nul. Viser le non-sens alors qu'on est déjà insignifiant. Prétendre à la superficialité en des termes superficiels » …
- J. L. :Je lui ai écrit un petit moi, auquel il n'a évidemment pas répondu. Je témoignais de ma démarche et le remerciais d'avoir fait indirectement, et sans le savoir, de la publicité pour !'art nul du Petit Maître. (rires) J'ai débuté, en 1965, avec les Dessins minables et, en 1966, avec la Peinture nulle. Mais, la formule employée comme « statement » : «encore plus médiocre›>, n'apparaît qu'en 1969. Il faut être quasiment nul. Vostell, qui parlait très bien le français m'avait demandé en lisant cette formule, dans une exposition organisée par Ben Vautier, peu après l'ouverture du Centre Pompidou, dans l'espace post Duchamp :« Pourquoi quasiment ? ». « Parce que c'est encore plus médiocre », lui ai-je répondu. Ahhahahahaha.
D'une voix décidée, Lizène harangue une jeune femme en rue, se lève et quitte la table. « Bonjour ! Vous ne me connaissez pas, ce n'est pas grave - Mon nom est Jacques Lizène. Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle. Artiste de la médiocrité. Enchanté. Bonne journée ». La jeune femme sourit tend la main et reprend son chemin.

 

 

- Arnaud Labelle-Rojoux, L’Art parodic’. Cadeilhan, éd. Zulma, 2003, pp.100-101.

LIZÈNE (Jacques) : Artiste belge (Ougrée, 1946), qui se définit lui-même « Petit Maître Liégeois de la seconde moitié du XX" siècle », « artiste de la médiocrité » comme « art d’attitude », depuis 1965. Il travaille sur « l’idée de jugement » en utilisant joyeusement tous les médiums (peinture, dessin, sculpture, photographie, vidéo, pièce sonore, chorégraphie, texte, chanson, etc.). Poète du Nul. Banlieue de l'art, travail périphérique. On ne saurait mieux dire que cette notice rédigée par Jacques Lizène lui-même afin de figurer dans l’édition 1995 du Petit Larousse Illustré ou dans une suivante. Cette requête, si elle n’est pas absolument vouée à l’échec, dépend naturellement pour réussir de l’approbation d’un comité éditorial qui lui a préféré pour l’année 1995, Jack Lang, ainsi que les mots « érémistes », « exclus » ou « plantage ». À propos de plantage Jean-Yves Jouannais a pu écrire de Jacques Lizène (« Débandade » Document n° 1, 1992) : « Lizène, dont la pratique de la catastrophe, depuis plus de vingt ans, ne prête guère à confusion quant à son anti-dandysme. (…). Rien n’est plus éloigné (du dandysme) que cette aventure en creux, patiente collection de non-réalisations, de sabotages et de dépits choisis dont Jacques Lizène a choisi de faire sa vie ; vie ratée idéalement saccagée, œuvre d’art nécessairement, sûrement pas mis en scène ». On peut discuter la thèse de l’anti-dandysme de Lizène puisqu’il érige la nullité en attitude. Elle relève d’une exigence, d’un calcul, d’une inconvenance recherchée comme nombre de dandys. Il conviendrait donc mieux de parler de dandysme du ratage. Du ratage et du mauvais goût. Le mal foutu, le piteux, le plantage, font partie du calcul, même si Lizène s’acharne avec bonheur à ne satisfaire aucune attente, la sienne comprise. Il n’y a pas à proprement parler de déficience. Car il y a efficacité de la déficience, méthode systématiquement inorganisée à partir du refoulé de la création, son fond minable, consternant, indigne, trivial, prosaïque, régressif, infantile, méchant, immaîtrisable souvent, en un mot : déplacé. L’attitude nulle de Lizène ressemble au mauvais goût du cynique, ingérant une quantité suffisante de fèves pour mettre à l’aise son interlocuteur atteint de pétomanie involontaire. Le cynique, ainsi que le dit Jankélévitch « croit en la fécondité de la catastrophe ». Ce à quoi peut-être adhère Lizène, dont le Grand Œuvre commencé en 1977 est un mur constitué de briques fécales aux couleurs changeant selon les repas ingérés.

 

 

- Gielen Denis, Le Vingt-cinquième Bouddha - Conversation avec Jacques Lizène, préface d'Arnaud Labelle-Rojoux, Éditions facteur humain, Bruxelles, 2003.

 

 

- Arnaud Labelle-Rojoux. Préface au 25e Bouddha. Ed. Facteur humain, 2003.

FACE B

“Du fond de cette caverne qui fascine,

les artistes anonymes, effacés, de Lascaux nous invitent

à nous souvenir d'un temps où les êtres humains

ne se voulurent de supériorité que sur la mort”

GEORGES BATAILLE

 

Je ne sais pas si les critiques d'art (choisissez qui vous voudrez !) font, dans l’ensemble, bien ou mal leur métier (chacun le sien, après tout. Le mien, voyez-vous, est de ne pas en avoir. Artiste, un métier ? Allons donc !), mais on a souvent l’impression que tout ce qui n'est pas susceptible d’éveiller le bavardage général (certes, plus ou moins bienveillant, selon les cas. Les teignes existent !) les gêne aux entournures.
Papotages ronron.
Jugements sans périls.
Cette affectation (cérébrale ?) s'explique par le fait que ces critiques se font une certaine idée (haute, bien sûr. Attention au vertige des cimes !), non de leur mission ou de leur état, mais de leur objet : l'art. Et cela quel que soit son caractère : « ancien », « primitif », « contemporain » …
Or, il en va de l’art comme de toute chose : ce qui le définit n'est évidemment pas assimilable au jugement que l'on peut porter sur lui, aussi sagace soit le commentateur et brillant le cliquetis de ses phrases. La nature comestible ou non du champignon ne le définit pas comme tel : un champignon est un champignon est un champignon ...
Duchamp le disait il y a belle lurette déjà (je le cite de mémoire) : une peinture bonne ou mauvaise est une peinture, comme une émotion, bonne ou mauvaise, est une émotion ... Biscuits à la cuiller et gaz de France : le champagne pétille aussi pour les vieux ! C'est ainsi ...
Pourquoi, alors, si l'art ne se fonde pas sur l'appréciation que l'on portera sur lui, ni même sur sa perception, s'obstiner a ne s'intéresser qu'à une seule de ses dimensions (d'ailleurs difficilement évaluable, qui plus est sans aucune garantie d'éternité, et charriant les clichés esthétiques les plus éculés) : le chef-d’œuvre ? La critique (étymologiquement supposée « mettre en crise » l’art a beau masquer le confort de sa position (ne parler que de ce qui le mérite. Jamais de face B !) en renouvelant régulièrement le stock de ses concepts, elle donne en réalité l’impression de ne s'armer que de nouvelles clés (reproductibles à l'infini) pour ouvrir des serrures sans surprise (oh, la belle image !-Lichtenberg parlerait, lui, de « regards neufs à travers de vieux trous »). Absence de lignes de fuite. 
Quelle fée impertinente a bien pu se pencher sur le berceau du petit jacques Lizène pour que celui-ci, entreprenant de rendre justice à cette « part maudite » de l'art que représente la médiocrité renverse d'un coup (comme on retourne un sablier) le système de valeurs attachées à l'art, mettant par là-même dans l’embarras tout discours critique fondé sur le jugement ? Cette part essentielle (aussi bien, si j 'ose dire, qualitativement - l'échec, c'est le yin du yang, la réussite, non ?-que proportionnellement pour un prétendu « chef-d'œuvre »combien d'œuvres qualifiées de minables, de nulles, d'approximatives, d'aberrantes, d’ingrates, d’insignifiantes ?) n’appelle pas plus l’approbation du public, qu'elle ne sollicite l’autorité critique. Mise à jour, elle révèle ce qu’il conviendrait de nommer la réalité effective de l’art (plurielle et contradictoire) en même temps que son refoulé (jusqu’à l’insoutenable).
Pour Lizène (auto-proclamé « Petit Maitre » fuyant les hauteurs de la gloire dans la « banlieue de l’art » très loin du Panthéon contemporain puissamment éclairé aux halogènes de Starck, militant contre « l’impérialisme du talent »), son entreprise s'apparente en fait à une « immense générosité» : s’il y a beaucoup d’appelés et peu d'élus en matière d’art, la médiocrité revendiquée « permet à tout d’exister ». Il est clair que cela traduit bien autre chose qu’une mise en cause polémique de la critique : il s'agit d'une vision du monde, d’une façon d’être et de vivre, en un mot d'une « attitude » (c’est ainsi qu’il qualifie sa démarche) authentiquement morale, postulant que l’art ne saurait être séparé des autres domaines de l’expérience humaine. Cette opération d’équivalence, confère paradoxalement à l’œuvre de Lizène un caractère « dandy » (exact contraire de l'esprit « grand échiquier » - remember Jacques Chancel ?- auquel son « immense générosité » pourrait l’apparenter) au sens où le dandysme porte au plus haut degré une attention au réel, attribuant au détail apparemment inessentiel une portée signifiante. Cette attention convertit, en quelque sorte, tout en signes, lesquels dans le contexte artistique ont valeur ; sinon d’œuvres, du moins participent à leur établissement, mais sans en revêtir le prestige ou la respectabilité.
Délibérément, donc, situées dans la médiocrité, le sans-importance, le banal, le ratage, voire la bassesse (les « peintures à la matière fécale »), les œuvres de Jacques Lizène n'en produisent pas moins du ou des sens « négligemment » subversifs.
S’il est éclatant, en effet, que l'art depuis un siècle, fécondé par différents champs de la création, dégagé des contraintes techniques (il n'y a plus de « métier »), tirant parti des matériaux les plus divers dans des œuvres protéiformes et sans tabous, semble l’expression d’une liberté quasi absolue, les modalités de l’art contemporain ne sont pas pour autant exemptes de modélisation et de soumission aux codes dominants. « L'attitude » de Lizène (certes inscrite dans une histoire d la pensée en action qui - pour aller très vite - des philosophes cyniques aux artistes fluxus, en passant par les libertins du dix-huitième siècle, Dada ou les situationnistes, célèbre l’insoumission aux normes morales, sociales, esthétiques), anéantissant « la différenciation tenue longtemps pour nécessaire entre l’art et la vie » - comme le disait André Breton de l'œuvre de Jarry - se situe hors des usages, fussent ceux de l’art du moment, lequel a en commun avec celui du passé de ramener très vite au culte de l'œuvre (sans qu'il y ait pour autant sacré) à coups de maniérismes séducteurs. Celle de Lizène a d’autres échos : elle interroge sans apprêt la (sa) présence au monde, dont l’art se veut une évidence. Bataille verrait sans doute là pointer le bout du nez (tiens ! À quoi ressemble-t-il ?) du religieux. Cela ne colle évidemment pas avec l'irrévérence du « Petit Maitre », dont tout semble indiquer que le divin ne l’obsède guère ! ... En revanche, il est certain que la voie de l'échec a quelque chose de mystique, au moins au sens ou Nietzsche emploie le terme (« l’étroite voie de notre ciel propre passe toujours par la volupté de notre propre enfer » ainsi qu'il l’écrit dans Le gai savoir). Elle s'affirme comme un effort quasi-contorsionniste (à l’image de sa série de photos de 1971 montrant Jacques Lizène s’efforçant de « s'inscrire dans les limites du cadre ») et désespéré à vivre en artiste un art non séparé de la vie même.
Quelle vie .7 Quel art. ?
« Aurait bien aimé plaire... aux belles jeunes filles »
ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !

 

 

- Denis Gielen, « Erratum artistique ; le réel », texte publié dans Chaque jour l'art à Liège change le monde, mamac, Liège, 2003, pp 78-93. Notice sur Lizène pp. 83-85, texte repris dans Jacques Lizène. Une certaine idée de la médiocrité. Traces d’un workshop organisé par la galerie Nadja Vilenne et l’atelier de vidéographie, Académie des Beaux-Arts Esal Liège, 25-27 avril 2008

(…)

Exploitant à outrance la capacité du réel à dissoudre l’art pour l’art, à le disqualifier sur simple convocation de l’artiste, comme en témoigneront les activités du Cirque Divers axées à partir de 1978 sur la “théâtralisation du quotidien”, Jacques Lizène, autoproclamé “artiste de la médiocrité”, fait figure, dans ce contexte particulier, de véritable “maître”. En s’en prenant au cycle de la vie, avec un “matérialisme cynique” marquant, comme le punk en pop music, la fin des utopies, celui qui multiplia à partir de 1970, au départ d’une posture prise dès 1965 contre la procréation, les actions et les déclarations contre la vie (Vasectomie, Extinction de l’œuf, Volet Clos, etc.), fit effectivement beaucoup, comme Charlier, pour purger l’art de ses mythologies.

Plus que ce dernier qui œuvrera surtout au niveau sociologique, s’attaquant par allégories ou caricatures aux archétypes du “monde de l’art”, Jacques Lizène donnera une dimension excessivement corporelle ou somatologique à l’expression de son désenchantement. Sa manière de s’en prendre à l’idéalisme en art, à sa façon systématique de dénigrer le réel, en le “sous” ou “sur” estimant, fait effectivement appel, comme plus tard Jean-Marie Gheerardijn, à des interventions radicales, parfois violentes, sur le cycle biologique ; qu’il s’agisse du cycle fondamental de la vie et de la mort, ou de celui, plus prosaïque, mais non moins nécessaire au premier, de l’alimentation et de l’excrétion. Répondant au sens philosophique de sa pose contre la procréation, voici ce que le “petit maître” répondait encore récemment : “La condition de l’espèce humaine, même évoluée, relève d’un pessimisme radical. Je crois qu’on n’arrivera jamais, même avec l’intervention génétique et l’eugénisme, à apaiser complètement les souffrances de l’humanité. Il y a aura toujours de petites catastrophes. C’est inévitable. Je suis persuadé qu’un jour on découvrira que la vie s’est développée par erreur ; que la vie et la nature sont une suite d’erreurs qui se multiplient en se complexifiant. Donc, par principe, je me suis dit : “Moi, j’arrête comme je peux.” Lorsque quelques années plus tard, Lizène qui avait pris très tôt position pour « l’art médiocre » (1965), se décide en 1977 à peindre avec sa matière fécale, matière qu’il qualifie en ricanant d’ingrate (ah !ah !ah !), c’est encore une forme d’intoxication idéologique du réel et de son idiotie ontologique, celle de “l’impérialisme du talent”, que notre artiste, décidément sur tous les fronts, commence à nouveau à combattre. Reprenant à son compte la déclaration de Marcel Duchamp selon laquelle “il faut abolir l’idée de jugement”, le “petit maître” s’engage alors sur la voie d’un “art conceptuel comique”, le premier peut-être avec celui également parodique de Charlier, où l’échec et la rature, en tant qu’ambassadeurs du réel, sont délibérément recherchés afin de rendre caduque par une sorte d’attitude scandaleuse la morale hygiéniste de la réussite artistique, qui hante l’histoire de l’art occidentale et dont le “génie” sera probablement la première figure, en tant que valeur symbolique, à mériter la liquidation. Préférant au centre la banlieue, au divertissement l’ennui, à la réussite le fiasco, au bonheur la misère, Jacques Lizène se fait, à l’instar de Jean-Marie Gheerardijn qui lui emboîtera le pas, le promoteur d’un monde réel perçu d’un point de vue philosophique comme une aberration dont il convient, par honnêteté, de ne pas maquiller le caractère désespérant. Plus enclin à la métaphysique, voire à la pataphysique, il est celui dont l’intérêt pour un réel dépourvu d’illusions, rabattus sur lui-même, en circuit fermé, sans échappatoire autre que sa propre annulation dans la mort, tend le plus vers une philosophie du désespoir. Ce n’est évidemment pas un hasard, si le corps de l’artiste, tel un clown, prend à plusieurs reprises, songeons globalement à son “interrogation génétique”, le relais d’une pensée activement tournée vers la conscience athée de sa propre disparition ; à laquelle renvoie, non sans humour évidemment, son contorsionnisme dans “Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre d’une photo” (1971). Si on peut parler dès lors d’humour noir à l’endroit de l’œuvre lizénien c’est que sous l’espèce du comique et du burlesque se tient, à l’écart de tout héroïsme ou de tout pathétisme, l’inéluctable face-à-face avec la mort ; bien qu’en y réfléchissant son rire, souvent forcé, semble aussi tirer vers le jaune. Deux couleurs qu’il affectionne, de toute manière... Parce qu’il choisit volontairement de ne plus procréer, décide de peindre avec sa matière fécale et fait vœu artistique de ne pas « séduire », sinon involontairement, Jacques Lizène préfère à tous autres cycles imposés par la nature, celui, tout aussi infernal mais qu’il aura au moins fait mine de choisir, d’un réel absurde, idiot comme les petites “chansons médiocres” qu’il chante avec une voix faussée, en boucles agaçantes,   bien sûr : “Ah ! Mais qu’est-ce qu’il y a dans mes souliers...” 

En s’enfermant, par cynisme tel Diogène, dans le cycle autarcique d’une réalité qu’il entend, en quelque sorte, devancer par ses propres “circuits fermés” – son usage en vidéo des premières caméras de surveillance empruntées au monde industriel n’étant pas innocente – l’artiste apparaît comme un révolté au sens existentiel où l’entendrait peut-être Sartre dont il avoue avoir lu, très jeune, La nausée. Parce qu’il se met délibérément hors jeu, régressant jusqu’au stade anal où il joue avec son caca, Lizène dénonce la condition misérable de l’homme, condamné, comme le disait si bien André Blavier, à « perdre sa vie à la gagner » ; et de reprendre comme en écho à cette pensée pataphysique : « Survivre en vendant sa merde ; toucher de l’argent ; se payer boire et manger ; déféquer ; repeindre avec sa matière fécale ; vendre à nouveau et ... ainsi de suite. (C’est con, ça, non ?) ». Tel est le saisissant raccourci emprunté pour qualifier sa vie d’artiste et l’existence de “nul” qu’il mène en faisant, à rebours de la propagande impérialiste de la réussite, l’éloge de l’artiste mauvais et idiot : personnage vivotant, s’ennuyant, répétant sans cesse les mêmes gestes, comme dans une pièce de Beckett. Il faut pour mieux comprendre le sens de son attitude dans le contexte plus spécifique de l’art des années septante faire l’inventaire de tous les projets ratés, remis à plus tard ou tout simplement jetés à la poubelle ; et se rendre compte à quel point l’activité artistique, même la plus absurde, ne résiste pas à l’érosion entropique du réel, lequel, par le biais de l’ennui et de la paresse, vient à bout de toute entreprise, même la plus héroïque : « Se propose de peindre, très minutieusement, sur une toile préparée, la trame de celle-ci... et cela sans agrandir le point de tressage “démarche absurde, non réalisée) (décide de ne jamais tenter un tel travail de forcené”). A la différence de Charlier qui s’attache à appliquer le « réalisme d’ironie » au domaine socio-professionnel de l’art, en y introduisant de la concrétude, Lizène travaille au contraire son ego, fabriquant tel un dandy un mythe artistique à “contre-sens” ; Charlier produisant quant à lui une œuvre historique à “contre-temps”.

 

 

Jean-Michel Botquin, Exposer l’autre. Morcellement de cimaise, remake (1975) (extrait de « Tableaux en quinze scènes », in cat. Chaque jour l'art à Liège change le monde, Mamac, Liège, 2003.

Jacques Lizène, Exposer l’autre, morcellement de cimaise, remake (1975).

Il était évidemment paradoxal de demander à Jacques Lizène d’effectuer un choix parmi les œuvres proposées, lui qui a entrepris « de mettre dans l’embarras tout discours critique fondé sur le jugement et de renverser (comme on retourne un sablier) le système des valeurs attaché à l'art, rendant justice à cette part maudite que représente la médiocrité ». L’œuvre de Jacques Lizène est en effet une entreprise d’une immense générosité. Cela va de soi : la médiocrité permet à tous d’exister. « Il est clair, ajoute toutefois Arnaud Labelle-Rojoux que cela traduit bien autre chose qu’une mise en cause polémique de la critique : il s'agit d'une vision du monde, d’une façon d`être et de vivre » (Préface à la conversation avec Denis Gielen, « Le vingt-cinquième Bouddha. Bruxelles, éd. Facteur humain, 2003). C’est l’affirmation de l’un des fondements de 1’œuvre lizénienne, l’abolition de l’idée de jugement affirmée par Duchamp et que Lizène revendiqua dès 1969. Alors qu’en effet, il essuie les plâtres de la galerie Yellow Now à Liège, Lizène propose en effet à Guy Jungblut, d’imprimer en exergue du carton d'invitation, bristol liseré de noir, la phrase de Cioran « L’art disparaîtra et l’espèce humaine suivra de près », référence bien évidente à son refus de procréer. Jungblut lui proposa plutôt la citation de Duchamp : Il faut abolir l’idée de jugement provoquant ainsi un beau parangon de ce que Lizène appelle sa « culture de coïncidence » : le carton s`apparente en fait à un faire-part de décès quelques mois après celui de Marcel Duchamp en 1968, disparition que Lizène n'apprit qu’à cette occasion. Comme il eut connaissance bien après 1967 de l’existence du texte de Robert Filliou, « La révolte des médiocres ». La citation est-elle de Duchamp ? Jacques Lizène en tout cas, faute de place pour les deux propositions, se décida finalement pour l’exergue suivant : « Je veux brouiller les cartes, renverser les données. Duchamp a dit : il faut abolir l 'idée de jugement » (cat. Atelier 340, 1990). Tandis qu’on rappellera que Duchamp a, pour sa part, écrit que « l'art peut être bon, mauvais ou indifférent, mais que quelle que soit l’épithète employée, nous devons l'appeler art : un mauvais art est quand même de l'art, comme une mauvaise émotion est encore une émotion (in Le Processus créatif 1957). Il faut en convenir : dans le cas de Jacques Lizène, il s'agit de « contrer l’idée de jugement pour mieux repousser les frontières d`une bienséance convenue en art et contrarier les valeurs artistiques dominantes »2 (C. Bezzan. Jacques Lizène ou la contrariété intuitive, 2003). C’est là revendiquer comme valeur artistique ce qui est d'habitude considéré comme non louable, y compris donc en marge de bien d'autres choses peu respectables ce qui est nul, raté, voire médiocre, y compris revendiquer sa médiocrité en art, ce qui constitue le scandale lizénien (Labelle-Rojoux. Leçons de scandale, 2000), mené avec un talent certain. Mais c’est aussi acte d’immense générosité pour l’immense amateur d’art qu’est Jacques Lizène, comme il aime à le rappeler. « J 'apprécie tous les artistes. Ce qui est bien dans l'art, c'est la diversité. Le système de l'art imite le système de la vie, mais avec la différence qu'en art, il n'y a pas d'erreur ou, si vous voulez, même l'erreur est une réussite. On peut faire quelque chose d’abominable en art, cela ne nuit à personne, sinon un peu à l'artiste lui-même, et encore » (Denis Gielen, op cit.). En quelque sorte, Lizène rédime par l’art l’erreur de la matière, puisqu’en matière d’art, il n'y a pas d’erreur, l’art dès lors pour seule échappatoire, l’art même sans talent.
Lizène ne pouvait donc que subvertir généreusement cette proposition de choix d'artistes au sein d’une collection bien qu'opérer au sein d’une collection soit également de sa pratique comme en témoigne son intervention récente, « Naufrage de regards » menée au musée des Beaux-Arts de Brest en 2002. Déjà en 1991, à l’occasion de l'exposition « Le Merveilleux et le Périphérique », Lizène s’était proposé de réévaluer les collections du musée d’Art Wallon à Liège, projetant donc un remake de « cadre de cadres » (sur une idée de 1970), projet refusé par la Conservation du musée craignant des réactions, non laudatives s’entend, des ayant droit de ces œuvres patrimoniales. Cette fois-ci, Lizène a pu réévaluer les nombreuses marines du musée de la ville portuaire française, chavirant leur accrochage, remakes des « toiles penchées vers la gauche » (1970) (ou vers la droite, c’est selon) donnant par là l’occasion au spectateur de ressentir la lame de fond qui soulève les navires avec régularité ainsi que la mer houleuse et tumultueuse, tout comme il créa un entassement de toiles, un placard à tableaux (1970), resituant une fois encore les notions de «perçu et non perçu» (1965), un des thèmes majeurs de son œuvre au même titre que la génétique, la mort, le sexe, la matière, comme il aime à le déclarer avec force et ambiguïté. Complétant la déclinaison de ce qu’il nomma « art spécifique » (1967-70), soit ce qui est spécifique au tableau, il réalisa un « cadre de cadres » avec une série de toiles du musée, permettant dès lors au regard du spectateur une « promenade au bord du cadre » (1971), tandis qu'il trouva dans les réserves quelques masques et sculptures africaines qu’il confronta à ses sculptures génétiques usant elles-mêmes de masques africains, jouant donc de redondance, ce qui en littérature est de parfait mauvais goût comme l'est une resucée dans le domaine de la peinture. Il va sans dire que Lizène fit chavirer ses propres œuvres dans cette collection revisitée, donnant donc là la pleine mesure de son principe d’auto-historicité (1970), système autarcique qui prévaut dans toute son œuvre, réévaluant ainsi ce principe même dans un contexte muséal et au travers d’une collection, milieu donc légitimant, bouclant pour ainsi dire la boucle. Au-delà de l’autarcie, le système est parfaitement cohérent, même en ses ratés, un système rebondissant. Sans aucun doute, le titre de l’exposition, « Naufrage de regard(s) » est-il ici parfaitement évocateur de tous les naufrages, y compris de celui de nos certitudes dont Jacques Lizène, comme ne l'a pas écrit récemment un critique, est un cheval de Troie. Ces marines chavirées à la cimaise nous rappellent une œuvre de Marcel Broodthaers, suite de quatre-vingts diapositives représentant le tableau d'un bateau de pêche rentrant du large (1973), Broodthaers observant dans une note annexe aux diapositives qu'en français les mots tableau et bateau ont un son si semblable qu’à force de les répéter rapidement et successivement, « on finira immanquablement par dire bateau au lieu de tableau et tableau au lieu de bateau », soit un beau chavirage du langage, un naufrage sonore.
Jacques Lizène a donc décidé de partager sa cimaise avec tous, remake donc du morcellement de cimaise (1975). La pratique provient d’une démarche, « Exposer l’autre » (1974), initiée lors d’une exposition du groupe CAP à la galerie Elsa van Honolulu-Loringhoven, manifestation où d'initiative Jacques Lizène invita son ami Antonio Silvestre Terlica E Pinto, artiste non convié à l’exposition, et lui proposa d’accrocher ses œuvres sur la cimaise qui lui était destinée, proposant de plus d’uriner afin de marquer son territoire d’accrochage comme le font certaines espèces animales, instituant enfin cette trace comme participation à l'exposition. La même année, à l’occasion d’une autre collective, il morcellera sa cimaise en lotissement à louer, y invitant d'autres artistes à y exposer contre une modique somme d’argent. En 1975, il morcelle une cimaise offerte dans un lieu officiel, le Palais des Beaux-Arts de Charleroi, à l’occasion de l’exposition « Mémoire d'un pays noir », sous commissariat de Jacques Lennep et Jean-Louis Froment, échange entre le groupe CAP et le groupe « Pour mémoire » de Bordeaux, partageant sa cimaise avec le couple Poirier d’une part et un aquarelliste, Marc Guiot. Le premier remake eut lieu en 1998 pour l’ouverture de la galerie Nadja Vilenne à Liege lors d’un idiot retournement de perspective, art stupide 1971, remake 1998, « l'inachevé en tentative manquée d'achèvement », soit le fait de retourner l’exposition, le dernier jour devenant le premier, occasion le dernier jour de partager ses cimaises avec tous ceux venus le premier jour. Ces morcellements de cimaises peuvent, on s’en doute, être tentative d’art syncrétique, celui-ci remake d'exposer des « bords d’œuvres » (1973). Il est de plus en ce cas tentative d'art référentiel, le lotissement de cimaise se dessinant à la manière du « Masque vide » (1928) et autres toiles morcelées de René Magritte. Les propositions de Lizène se régénèrent au fil des remakes, ce qui pourrait sembler paradoxal avec son refus de procréer, même les morcellements de cimaises, puisqu’il conçoit aujourd’hui une future partition au Frac de Marseille, en épisodes, ou remakes de remakes, où il s’agira de lotir, 1. Les photographies des supporters de l’OM en costume de supporter, 2. La collection d`un photographe qui a immortalisé des milliers de mariages depuis plusieurs décennies à Marseille, 3. Les ex-voto du musée du mont de la Charité ainsi que des ex-voto créés par des artistes locaux, 4. Des reproductions d’œuvres d’artistes liégeois, et peut-être d`autres projets dont l’un avec Erwin Wurm dont les « sculptures d’une seconde » pourraient témoigner d’affinités avec certaines attitudes lizéniennes 
Aux artistes présents dans la collection et des lors dans ce morcellement de cimaise, Jacques Lizène associe Jacques André, pour le moins « en sympathie avec Jacques Lizène », qui récemment exposa côte à côte une pile de cinquante disques d'Henri Chopin, une pile de vingt cédés du «minable music-hall et le chanteur en dessous de tout » de Jacques Lizène, 1970-1981, remake 2000 ainsi que deux exemplaires du numéro Sept de la revue de l’Internationale Situationniste ». Jacques André qui a également « génétisé », accouplé en quelque sorte, une œuvre de Jacques Lizène, « Guitare à deux manches pour guitaristes à trois bras » (1980), sculpture génétique et le « canard à quatre têtes » de Daniel Johnston, ou encore une sérigraphie de Rirkrit Tiravanija, « Ne travaillez jamais » et un scotch tape, « Loisirs et survie » d'Ann Veronica Janssens, autant d’œuvres qui témoignent, outre de la sympathie pour Lizène, d’une pratique d’achats répétitifs, nous oserions même compulsifs, d`un intérêt pour la collecte sérielle vécue de « façon intensive plutôt qu`extensive », de l’attitude d’un chineur chercheur qui dans «un espace-temps créé, s'autorise des pratiques de réflexions intensives ». De même, Babis Kandilaptis, également en sympathie avec Lizène participe également à ce morcellement, y proposant une iconostase d’images qui témoignent d’une certaine parenté avec le « regard au bas des murs » (1971) lizénien.
C`est idiot, mais on finirait par 1”oublier : Jacques Lizène expose un double remake dans une tentative syncrétique : filmer 144 manières de sourire (1974) et promenade urbaine le regard au bas des murs (1971). Jacques Lizène, autarcie du jugement, jugea cette promenade urbaine le regard au bas du mur de « suffisamment ennuyeuse (très bien) ».

 

 

- Jean Yves Jouannais. « L’art sans talent » in L’Idiotie, art, vie, politique – méthode, Paris, éd. Beaux-Arts Magazine / Livres, 2003, p. 105-106 et 110.
Jacques Lizène, artiste belge ne en 1946, reprend à son compte ce dévouement, plus sentimental qu'idéologique, à la médiocrité. Il cite d'ailleurs régulièrement Robert Filliou comme l'artiste qui aurait légitimé, grâce à la caution de son intelligence, le vaste champ d'action esthétique de la médiocrité. Jacques Lizène se présente comme « petit maître liégeois de la seconde moitié du XX° siècle, artiste de la médiocrité, de la sans importance ». Ayant pris position dès 1966 pour « l'art sans talent », il s'impose une ambition qui fait de lui le dernier rejeton d'une généalogie ubuesque qui compta quelques excentriques Anglais, une poignée d'artistes incohérents ainsi que les représentants pré-dadaïstes de l'art zwanze bruxellois. Jacques Lizène domestique des riens, trafique du presque et, campé sur cet équateur du médiocre, passe sa vie à rire très fort. Ainsi sa vasectomisation volontaire (1970), qu'il nomme « sculpture interne », ne peut-elle être vue comme la marque d'un anarchisme biologique, un anathème à la Cioran, mais plus vraisemblablement comme l'annonce de la création, dès l'année suivante, de l'Institut de l'att stupide. Dans le cadre de cet institut, dont il est le seul membre volontaire et déclaré, seront en particulier composées des Chansons non-séductivcs et répétitives pour cassettophones. Autres productions du même acabit au sein de l'Institut de l'art stupide : un film raté et barré à la main image par image (1972), l'enregistrement sur disque de l'imitation approximative d'un bruit de mobylette (1974), une Sculpture nulle pour une pioche ct une guitare électrique (1979). De 1974 encore, cette manie de Mettre des roulettes a` n'importe quel objet.
Jacques Lizène se revendique banlieusard de l'art. Il est de la lisière. Loin de se satisfaire d'une critique des limites conventionnelles de l'expérience artistique, il feint tout au contraire d'imposer à sa démarche le cadre d'une définition convenue de l'art. C'est ce qu'évoque métaphoriquement une pièce burlesque de 1971, Contraindre le corps à s'inscrire dans le cadre de la photo. (ill.). Une série de clichés montre l'artiste, tandis que l'appareil se rapproche progressivement, s'efforçant de maintenir sa silhouette dans le cadre en se courbant peu à peu jusqu’à se retrouver nez à nez avec l'objectif vautré au sol. Participent de cette même expérience les photographies s systématiques et morcelées du contour des choses et des personnes (Bord de corps, 1973). Ainsi Jacques Lizène s'applique-t-il à ne pas dépasser les limites, il les aménage, les tutoie. L'idiotie n'est pas un hors-champ et sa découverte ne nécessite ni dérives hallucinées ni excursions allogènes. I.'idiotie est centrale, originelle naturelle. C'est la lettre volée, le point aveu le. Elle habite la convention, l'habitude. Et cette étrangeté enkystée se dévoile par des efforts volontairement stupides à la manière dont Dubuffet s'essayant à ses jargons phonétiques, découvrait dans le français, sa langue, d'incompréhensibles mélanges d'eskimo et de tartare. L'œuvre de Jacques Lizène se caractérise par une violence endogène, une pratique autonome jusqu'å l'autarcie qui l'amène, en 1977, à devenir « son propre tube de couleur » et å peindre avec sa matière fécale.
Et c'est selon ce point de vue qu'il juge ses propres œuvres, les qualifiant lui-même dans son autobiographie critique de : « Très sot, très bien » ; « Facétie médiocre, bien » ; « Vraiment sans intérêt » ; « Démarche sans importance... à la limite du ridicule. Bien »
La médiocrité n'est pas une aspiration démagogique ou masochiste à la honte, mais s'affirme comme le rêve de ménager le lien social et de pointer ce que le réel recèle de poésie véritable. En cela, l'œuvre de Lizène explicite un lien demeuré invisible entre deux déclarations majeures de Filliou. La première, envisageant donc l'art moderne comme la révolution des médiocres, la seconde affirmant que « l'art n'est qu'un moyen pour rendre la vie plus intéressante que l'art ». Où doit s'entendre que la médiocrité dans l'exercice des arts doit laisser toute sa chance à la vie, l'assister dans l'affirmation de sa poésie propre.

 

 

- P. Deramaix, « Jacques Lizène », Notice in cat. Coconutour. Sète, 2003.
L'efficace de la subversion se mesure aux obstacles que rencontrera Lizène pour se faire reconnaître (les refus d'exposition et d’intégration muséales furent nombreux) et à diverses tentatives de censure à l'encontre d'œuvres sexuellement incorrectes, la « vasectomie » ou « sexe marionnette ». Elle provient moins de la violence du geste que de l'acharnement lizénien à se déconstruire comme sujet. L’aboutissement de la négation de soi confine à l’identification totale avec le matériau que le peintre utilise : il devient « son propre tube de couleur » lorsqu'il use délibérément ses fèces comme pigment, contrôlant son alimentation pour obtenir les nuances chromatiques qu`il désire. Ce faisant, l'artiste ne met pas seulement à plat la jouissance anale de la production artistique, il met en demeure le spectateur de contempler, de toucher, d'acquérir - à prix d'or – l’immondice. C’est toute la production, comme processus d'assimilation et de dégradation du vivant, d'ailleurs mis en scène de manière plus efficace que la commercialisation par Manzoni des boîtes (vides paraît-il) de « mierda d'artista » qui restent dans le champ du simulacre. Avec Lizène, nous nous trouvons face à une œuvre littéralement « emmerdante ». Le badaud conclura immédiatement et sera tenté de reléguer l’art contemporain - et ses artistes - dans l'anus mundi d'un siècle trop fertile en exterminations, mais Lizène évite cette dénonciation trop facile : son ironie ne débouche pas en cynisme. S'il nous emmerde, c'est sous le mode d'un décalage rusé du discours de la réussite et de l'échec, ironie certes déconcertante mais qui nous met face, en fin de compte, à l’ennui profond que distille l'illusion dorée et proprette de la culture productrice de nos idoles.

 

 

- Gaël Charbau, « Résister à la beauté, inestimable Jacques Lizène », in Particules, Avril 2003 cf. http://journalparticules.free.fr/mal_foutu/resister_charbau2.htm 

Qu’attendons-nous d’une œuvre d’art ? La réponse diffère selon l’endroit depuis lequel on parle : un marchand cherche un profit financier, un artiste la célébrité, un journaliste, un sujet, etc. Or il me semble que malgré la pluralité des attentes, chacun ne demande qu’une seule chose : en jouir. La jouissance, dans l’illusion qu’elle nous donne de la liberté, et par extension, du bonheur, fait que l’œuvre d’art pourrait être, dans l’inconscient collectif, l’archétype du bonheur.
Chacun estime donc légitimement qu’il a son mot à dire. Différentes strates de discours encerclent ainsi le monde de l’art, définissant des limites que l’artiste cherche régulièrement à repousser. L’art est perçu comme « consternant » lorsqu’il franchit ces limites d’un discours avéré, outrepassant le cadre de la structure qui le reconnaît comme art. En d’autres termes, l’art n’est plus reconnu lorsque le discours ne se reconnaît plus en lui : jeu de miroir où l’œuvre prendrait un coup d’avance - attentat contre la jouissance, négation du spectateur qui n’est plus qu’un œil mort .

Le « mal foutu », expression particulièrement méprisée dans l’art, est un projet sans paradigme qui s’offre l’opportunité de résister à ce qu’on attend habituellement d’une œuvre, à savoir une « certaine forme de beauté ». Beauté d’une démarche, d’un objet, d’un propos ou d’une posture - aussi subversive soit-elle -, régulièrement actualisés et mis en perspective dans un récit que nous appelons l’Histoire de l’art.

  Le mal foutu, dans cette histoire, n’a pas encore sa place ; le revendiquer serait en effet ébranler la logique idéale de l’art. Ce serait une entreprise profondément nihiliste.

Ce mal foutu - qui n’est pas tout à fait le laid - est d’ailleurs rarissime dans l’art : Marcel Duchamp lui-même ne s’y est pas frotté ; mobilisé par une œuvre sur le langage, il n’a pas cherché à en finir avec le « bien fait », mais a toutefois repoussé relativement loin – notamment avec les ready-made, choisis à partir de 1914 - le potentiel jouissif de l’œuvre. La Fontaine de 1917, avant de devenir une icône de la modernité, était un geste, un raccourci, un lapsus que nous n’avons pas fini d’interpréter.
Le mal-foutu, lui, vise l’inefficacité. Il n’a pas de programme esthétique.

  Depuis 1965, un artiste s’est approprié ce territoire inexploré. Jacques Lizène, le « petit Maître liégeois de la seconde moitié du XX°s, artiste de la médiocrité » ne cesse de produire des œuvres branlantes, inintéressantes, vaguement humoristiques, généralement stupides. Mettre des roulettes à n’importe quel objet (1974), réaliser un film en n’ôtant pas le cache de l’objectif (1971), représenter le côté d’une toile sur le bord de celle-ci (position : pour la facilité) en 1970 etc. Aucun style, aucune marque de fabrique n’est revendiquée, si ce n’est la difficulté permanente de mal-faire, de ne pas intéresser, d’éliminer ce qui pourrait devenir séduisant. Son « travail » exclut d’ailleurs l’assistance, - à l’image d’une performance inefficace qu’il donna il y a deux ans au Palais de Tokyo, où le public le regardait à peine gesticuler devant d’anciennes vidéo (tentatives de domptage d’une caméra (1974)- , et ne cherche pas de critiques. La question chez Lizène n’est jamais de « toucher au but », ce qui serait déjà trop intéressant et permettrait d’en juger, mais au contraire de rater ou de ne pas faire.

Il est tentant d’assimiler ses propositions au mouvement Dada ; mais le dérisoire Dada, érigé en style de vie, avait une dimension bien plus intellectuelle.

Le travail de Lizène est au contraire moins que dérisoire. Ce qu’il a inventé, c’est l’embarras, fixant pour le critique et le public une limite insolente à tout discours. Il se définit d’ailleurs lui-même comme étant de la « banlieue de l’art », et se tient de fait à la périphérie de toute analyse. La position qu’il occupe est celle du trou noir, dont l’objectif est le néant et l’inquiétude ; derrière une ironie profonde, son œuvre discrédite les discours ambiants et revendique le seul intérêt de l’art, inestimable et donc démesurément monnayable : sa vanité.

 

 

- Christine Vuegen, « Tout est génétique », in De Huisarts no 660, weekblad 1 october 2003

Il règne à Liège une folie exquise. Les spécialistes sur place en sont Jacques Charlier ou les jeunes Messieurs Delmotte. Le vieux de la vieille dans cette discipline, c’est Jacques Lizène. Ce doit être le premier artiste à faire de la chirurgie. À partir de la formule de base de l’ADN, il développe un art génétique.

Jacques Lizène tient haut dans son estime l’idiotie, le burlesque et le clownesque. Ce qui fonctionne d’une façon très relative. Depuis 1965, il apparaît comme le « petit maître liégeois de la seconde moitié du 20ème siècle, artiste de la médiocrité et de la sans importance ». Pourtant, son œuvre occupe une position artistique élevée. Ceci, il ne le doit pas uniquement à lui-même. « Duchamp disait : c’est le spectateur qui fait la peinture. Moi je dis : celui qui regarde une œuvre de Lizène doit avoir beaucoup d’humour et être très intelligent. » Sur quoi il explose de rire.

À travers des dessins, peintures, des photos et vidéos, sculptures, de la musique, des actions et installations, il revendique la médiocrité de manière conséquente. Il deviendra même peut-être célèbre. Il y a peu est parue « le 25ème Bouddha », une conversation amusante entre l’artiste et Denis Gielen, collaborateur du Mac’s. Une monographie est en cours de réalisation chez Flammarion. Sa camionnette, dans laquelle – grâce à un circuit de télévision fermé – on peut soi-même figurer en tant que « Sculptures génétiques », est allée au Palais de Tokyo, à Paris. Le 24 septembre y a eu lieu la première d’un tout nouveau documentaire réalisé par le jeune liégeois David Lucas. L’étourdissant documentaire lizénien est projeté pendant les expositions solo de Bruxelles et Liège.

Système immunitaire

L’artiste s’amuse toujours autant. Avant, on entendait souvent son rire (particulier, geschreven). « Vraiment nul. Très bien », « ennuyant », « non réalisé … dommage, aurait été assez médiocre », c’est ce qu’on lit dans sa « rapide autobiographie incomplète ». Le nul, la maladresse et la banalité triomphent. Durant ses études académiques, il revendiquait déjà un « art sans talent ». On ne peut le traiter d’anarchiste pour autant. Il n’opère pas d’offensive contre l’art, mais veut simplement faire entrer la médiocrité dans l’histoire de l’art. Avec ses commentaires, il est apparemment très vite débarrassé des critiques d’art. Ainsi se préserve-t-il avant tout grâce à un système immunitaire. Donc la médiocrité semble être une qualité. « Ce n’est pas vrai », dit-il. « C’est un malentendu, tout comme le reste. La vie est une longue série d’erreurs. »

Clown schopenhauerien

Il applique des mécanismes de la vie à l’art. « Ça arrive toujours d’une manière burlesque et clownesque », accentue-y-il. « Quand j’avais neuf ans, je voulais être clown. Mais je me suis rendu compte que c’est un métier très difficile. Puis j’ai vu Picasso, qui faisait souvent le clown dans son atelier et hop : j’ai décidé de faire comme Picasso. Ce qui ne veut pas dire que le métier de peintre doit plus facile que celui de clown. » Lizène se voit lui-même clairement comme un idiot, à tous les niveaux. D’autre part, il se nomme le 25ème Bouddha, le suivant du 24ème et dernier Bouddha. « Je suis éclairé », dit-il en riant. « Dans un sens clownesque ».

Sa vision de vie n’est pourtant pas particulièrement joyeuse. En 1965, il décide de ne plus participer à la reproduction de l’espèce humaine. C’est à ce moment-là qu’il arrive avec « l’art d’attitude ». Cinq ans plus tard, il s’est fait faire une vasectomie, bien avant qu’Orlan ne mette les chirurgiens à l’ouvrage. Cette intervention est alors une « sculpture interne ». Il ne va jamais montrer de preuves. Une part importante de son travail tourne en effet autour du perçu et du non-perçu. « Vasectomie, vas-y ! Youpie ! », chante l’artiste dans ses premiers travaux sonores. Il n’a rien contre les gens, il veut juste dire que l’humanité ferait mieux de s’éteindre lentement. Ça épargne beaucoup de douleur et de tristesse. Cette attitude n’est-elle pas extrêmement pessimiste ? « Absolument », dit-il. « Je lisais déjà très jeune Schopenhauer. Je suis donc devenu un clown schopenhauerien ».

Remake

Jacques Lizène occupe une place de premier plan s’il y va du clown et de l’idiotie dans l’art, une idiotie dans le sens philosophique du mot. Il faut d’autant plus tenir compte de lui s’il y va de la merde dans l’art. En 1977, il décida, en parfait autosuffisance, de devenir son propre tube de couleur, et se mit à peindre des murs de brique avec de la matière fécale. Il existe une version Lizène d’à peu près tous les styles et toutes les modes. Ou alors il en crée de nouveaux. Il a débarqué avec « l’art vidéo nul », « l’art conceptuel comique », des dessins de grottes néo-[rupestres, complète Jacques] avec des personnages ithyphalliques, et inventa le style « néo-déco » pour nous faire comprendre que chaque œuvre d’art est décorative ou le devient. Ses ( ? Strapatsen extravagances) ne sont pas directement anti-esthétiques. La « sculpture dangereuse » - sol couvert de billes vertes – par exemple, contient une beauté poétique. Il est un adversaire du des clones, et un grand fan des remakes, mais ce ne sont pas des répliques. Il reprend inlassablement son propre travail dans de nouvelles versions.

Génétique

Il s’intéresse depuis presque quatre décennies à la génétique. Il a demandé à un scientifique de lui donner la formule de base la plus simple de l’ADN. Ainsi, il se retrouva avec les quatre lettres de quatre acides. Partant de là, pour il composa de la musique et mis ensemble des sculptures jusque là jamais vues. Maintenant apparaissent régulièrement des « sculptures génétiques ». Il s’agit entre autre de collages à partir de photos de personnes, d’œuvres d’art ou autre, qui sont réunies sur base de ressemblances physiques. Ainsi s’est-il lui-même croisé avec Freud. C’est quelque chose de très actuel. Mais l’artiste indique clairement que la génétique est aussi vieille que l’humanité [annoté par Jacques « plus vieille, ahahah ! »].

Ses manipulations démontrent entre autres des affinités avec les anciens Duchamp, dada, Fluxus ou John Cage. Il a rencontré Robert Filliou et est un ami de Ben Vautier. Plus ou moins subtile, il arrive à un mélange très personnel. Tout fond dans tout. Il décrit son travail comme « syncrétique ». « Toutes les possibilités sont justes. C’est ce que j’appelle le syncrétisme », dit-il. « Je démarre à la fin du 19ème siècle et je traverse le 20ème siècle. Je donne à tout une nouvelle signification, d’une manière burlesque. Mais ce burlesque n’est pas grandiose. C’est burlesque de façon boiteuse. »

(Traduction « à main levée » par Quentin Legrand)

 

 

- Prêts à prêter, acquisitions et rapport d’activités 2000/2004, FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, co-édition isthme éditions/FRAC PACA, 2005, pp 108, 109

 

 

- Antoni Collot, « L’Aventure du scatologisme : quelques cms de meRdre sur le mur blanc au-dessus du canapé », Colloque : Qu’est-ce que l’Art Domestique ? les 5 et 6 mars 2004 à la Cité internationale universitaire de Paris, disponible en ligne à l’adresse

https://www.sourgins.fr/luniversite-et-lart-contemporain/ (dernière consultation le 04 octobre 2022)

Antoni Collot est agrégé et doctorant en arts : il rédige une thèse intitulée « Entre concessions et censures : l’art à l’épreuve des mœurs ». Mais, on s’en doutait, c’est aussi un artiste qui a rencontré Lizène chez un collectionneur où ils ont exposé tous les deux ; puis le jeune Collot a consacré un mémoire de DEA à Lizène.
Il présente donc, à ce colloque, un grand maître, Jacques Lizène, pourvoyeur d’un grand œuvre « fait à la maison » sic, à replaçer dans le contexte du monde moderne, atteint, comme chacun sait, d’un « manque à regarder » envers ce qui relève de l’excrétion, effet malencontreux de l’hygiénisation de la vie quotidienne. D’où, nous fut-il expliqué, la nécessité, la validité de la démarche de Lizène qui décide ne plus peindre qu’avec une matière, celle désignée par le mot de Cambronne. Ce sont des peintures monochromes, ennuyeuses, mais qui le revendiquent, « l’ennui étant le propre de ce qui est emmerdant » sic . Lizène se proclame « artiste de la médiocrité volontaire » sic, il se veut « exemplaire d’une position d’antihéros de l’art moderne ». La communication dura vingt minutes, rien ne nous fut épargné des tribulations de Lizène, « devenu son propre tube de peinture », surveillant son alimentation pour veiller à la cohérence des couleurs, etc.

 

 

- Luk Lambrecht, « Jacques Lizène », in Jacques Lizène en J.M.H. Berckmans En double aveugle, DW en B 5, 2004

Doubles pages, en double aveugle : la rencontre entre deux créateurs peut être fortuite, décidée, ratée, complice, convoquée, prolongée, ou bien d’autres choses… En l’occurrence, elle est ici aveugle, comme un rapprochement de deux êtres qui ne se connaissent pas, mais dont les œuvres pourraient réagir l’une sur l’autre, l’une au sujet de l’autre, au fil de l’imaginaire et de la réflexion du témoin de cette rencontre : le lecteur.

 

Le monde de l'art est comme une grande vitrine dans laquelle la marchandise la mieux exposée est convoitée et le reste disparaît à peu près à la braderie. Les musées, galeries et autres institutions artistiques payantes programment en toute sécurité, en choisissant des artistes qui correspondent à un consensus (mondial), de sorte que la programmation des expositions devient en soi un indicateur spéculatif de la valeur marchande du conservateur et de l'institution artistique, qui, de plus, reste parfois fortement dépendante (financièrement) de la réponse des médias.

Liège est une belle ville, autrefois ardente, dans laquelle prospère aujourd'hui une scène artistique florissante mais très égocentrique. Les nombreux artistes liégeois ne sont pas du tout à la botte du musée local somnolent et des galeries inexistantes. Et pourtant, dans cette ville, les artistes agissent en fonction d'un grand sentiment d'urgence, à l'intérieur et au-delà des limites du concept d'art.

Jacques Lizène est l'un des pionniers de la scène artistique liégeoise qui contredit résolument toutes les attentes élevées concernant l'artiste et son art. Dès 1965, Lizène se proclame "l'artiste de la médiocrité" et choisit de ne pas se conformer aux normes et attentes habituelles et existantes. Le concept de "médiocrité" est le fil conducteur de sa production provocante, qui reste indifférente à l'évaluation basée sur les critères de la critique d'art. C'est à Marcel Duchamp qu'il doit l'idée d'"abolir l'idée de jugement". Avec son humour mordant et ses interventions inspirées des situations, il fait honte au monde et au marché de l'art traditionnel. D'un nihilisme léger, il renonce à sa propre procréation et réalise des tableaux avec ses propres excréments depuis 1977, par exemple, comme les signes les plus primaires d'un système capitaliste au sein duquel l'engloutissement et la réémission sont extrêmement manifestes.

La négation de la concurrence et de l'unicité dans le monde de l'art et l'accentuation simultanée de la notion de médiocrité, grâce à laquelle "tout le monde peut prétendre à une existence", sont des bruits très dissonants dans le monde de la culture de plus en plus rationalisé.

Jacques Lizène se présente souvent comme un clown burlesque, ce qui n'est pas sans rappeler la manière ironique dont l'artiste américain Bruce Nauman visualisait la tragédie du clown dans ses vidéos. Lizène subvertit les attentes, les apparences et toutes les formes de jugement de valeur hiérarchique. Il morcelle sa production, partage littéralement l'espace avec d'autres artistes lors d'expositions et, par sa seule présence, parvient à réveiller la conscience d'un monde de l'art complaisant et baignant dans le narcissisme. Lizène est un "petit maître" de la démythification grandiose de la noble tâche de l'art, qui est censé, de manière ambiguë, être un exutoire légitime aux vies structurées et programmées de chacun d'entre nous. (Traduit avec www.DeepL.com/Translator)

 

 

- Arnaud Labelle-Rojoux, « Jacques Lizène, artiste de face B » in l’Acte pour l’art, Romainville, éd. Al Dante, 2004, pp.385-390.
Je ne sais pas si les critiques d'art font, dans l'ensemble, bien ou mal leur métier mais on a souvent l'impression que tout ce qui n'est pas susceptible d'éveiller le bavardage général les gêne aux entournures. Papotages ronron. Jugements sans périls. Cette affectation s'explique par le fait que ces critiques se font une certaine idée (haute, bien sûr. Attention au vertige des cimes !), non de leur mission ou de leur état, mais de leur objet : l'art. Et cela quel que soit son caractère : « ancien », « primitif », « contemporain » ...
Or, il en va de l'art comme de toute chose : ce qui le définit n'est évidemment pas assimilable au jugement que l'on peut porter sur lui, aussi sagace soit le commentateur et brillant le cliquetis de ses phrases.  La nature comestible ou non du champignon ne le définit pas comme tel : un champignon est un champignon est un champignon ... Duchamp le disait il y a belle lurette déjà (je le cite de mémoire) : une peinture bonne ou mauvaise est une peinture, comme une émotion, bonne ou mauvaise, est une émotion... Biscuits à la cuillère et gaz de France : le champagne pétille aussi pour les vieux ! C’est ainsi... Pourquoi, alors, si l’art ne se fonde pas sur l'appréciation que l'on portera sur lui, ni même sur sa perception, s'obstiner à ne s'intéresser qu'à une seule de ses dimensions (d'ailleurs difficilement évaluable, qui plus est sans aucune garantie d'éternité, et charriant les clichés esthétiques les plus éculés): le chef-d'œuvre ? La critique (étymologiquement supposée « mettre en crise » l'art) a beau masquer le confort de sa position (ne parler que de ce qui le mérite. Jamais de face B !) en renouvelant régulièrement le stock de ses concepts, elle donne en réalité l'impression de ne s'armer que de nouvelles clés (reproductibles à l'infini) pour ouvrir des serrures sans surprise (Oh, la belle image ! - Lichtenberg parlerait, lui, de « regards neufs à travers de vieux trous »).
Absence de lignes de fuite. Quelle fée impertinente a bien pu se pencher sur le berceau du petit Jacques Lizène pour que celui-ci, entreprenant de rendre justice à cette « part maudite » de l'art que représente la médiocrité, renverse d'un coup (comme on retourne un sablier) le système de valeurs attachées à l'art, mettant par là même dans l'embarras tout discours critique fondé sur le jugement ? Cette part, essentielle (aussi bien, si j'ose dire, « qualitativement » - l'échec c'est le yin du yang, la réussite, non ? - que proportionnellement : pour un prétendu « chef-d'œuvre », combien d'œuvres qualifiées de minables, de nulles, d'approximatives, d'aberrantes, d'ingrates, d'insignifiantes ?), n'appelle pas plus l'approbation du public qu'elle ne sollicite l'autorité critique. Mise à jour, elle révèle ce qu'il conviendrait de nommer la réalité effective de l'art (plurielle et contradictoire) en même temps que son refoulé (jusqu'à l’insoutenable). L’entreprise de Lizène (autoproclamé « petit maître » fuyant les hauteurs de la gloire dans la « banlieue de l'art » très loin du Panthéon contemporain puissamment éclairé aux halogènes de Starck, militant contre « l'impérialisme du talent ») s'apparente en fait à une « immense générosité » : s'il y a beaucoup d’appelés et peu d'élus en matière d'art, la médiocrité revendiquée « permet à tout, d'exister ». Il est clair que cela traduit bien autre chose qu'une mise en cause polémique de la critique : il s'agit d'une vision du monde, d'une façon d'être et de vivre, en un mot d’une « attitude » (c'est très précisément ainsi que lui qualifie sa démarche) authentiquement morale, postulant que l'art ne saurait être séparé des autres domaines de l'expérience humaine. Cette opération d'équivalence confère paradoxalement à l'œuvre de Lizène le caractère « dandy » évoqué plus haut, spécifiquement au sens où le dandysme porte à son plus haut degré une attention au réel, attribuant au détail apparemment inessentiel une portée signifiante. Cette attention convertit, en quelque sorte, tout en signes, lesquels dans le contexte artistique ont valeur, sinon d'œuvres, du moins participent à leur établissement, mais sans en revêtir le prestige ou la respectabilité.
Délibérément, donc, situées dans la médiocrité, le sans-importance, le banal, le ratage, voire la bassesse (les « peintures en matière fécale »), les œuvres de Jacques Lizène n'en produisent pas moins du ou des sens « négligemment » subversifs. S'il est éclatant, en effet, que l'art depuis un siècle, fécondé par différents champs de la création, dégagé des contraintes techniques (il n'y a plus de « métier », on l'a dit), tirant parti des matériaux les plus divers dans des œuvres protéiformes et sans tabous, semble l'expression d'une liberté quasi absolue, les modalités de l'art contemporain ne sont pas pour autant exemptes de modélisation et de soumission aux codes dominants.
L'« attitude » de Lizène, anéantissant la différenciation tenue longtemps pour nécessaire entre l’art et la vie, comme le disait André Breton de |'œuvre de Jarry, se situe hors des usages, fussent ceux de l'art du moment, lequel a en commun avec celui du passé, de ramener très vite au culte de l'œuvre à coups de maniérismes séducteurs. Celle de Lizène a d'autres échos : elle interroge sans apprêt la (sa) présence au monde, dont l'art se veut une évidence. Bataille verrait sans doute là pointer le bout du nez (tiens ! À quoi ressemble-t-í| ?) du religieux. Cela ne colle évidemment pas avec |'irrévérence fertile du « petit maître », dont tout semble indiquer que le divin ne l'obsède guère ! En revanche, il est certain que la voie de l'échec a quelque chose de mystique, au moins au sens où Nietzsche emploie le terme (l'étroite voie de notre ciel propre passe toujours par Ia volupté de notre propre enfer, ainsi qu'il |'écrit dans Le Gai Savoir). Elle s'affirme comme un effort quasi-contorsionniste (à l'image de sa série de photos de 1971 qui montrent Jacques Lizène s'efforçant de « s'inscrire dans les limites du cadre ») et désespérée à vivre en artiste un art non séparé de la vie même.

 

 

- Emmanuel d'Autreppe, "Le revers de la merdaille. Jacques Lizène ou la vitalité du médiocre", in Dits 5.8/9, 2007, pp. 198-207.

« L’effort quasi contorsionniste […] et désespéré à vivre en artiste un art non séparé de la vie même.
Quelle vie ? Quel Art ? » - ARNAUD LABELLE-ROJOUX (1)

« Jacques Lizène n’est pas assez naïf pour se croire au-delà de la vie, mais il a assez d’humour pour vivre à coté. » - FRANCOIS PIRE (2)

VIE BORD-CADRE ET RÉSIDU DE PERFORMANCE (3)
A-t-on assez remarqué, dans les nombreux commentaires qui ont été livrés depuis plus de trente ans à propos de « l'œuvre » de JACQUES LIZÈNE, à quel point celle-ci était traversée par l'éternel combat entre la vie et la mort (4), ou plus exactement par la lutte de l'une dans l'autre, en son sein même ? A-t-on suffisamment rappelé que « l'art d'attitude », s'il est mené avec constance et absurdité à son paroxysme, ne pouvait être - pour renverser la formule célèbre de BATAILLE à propos de l'érotisme – que l'acceptation de la mort jusque dans la vie ? Refus de produire et de (se) reproduire. Champ contradictoire de pulsions destructrices et d'élans - tout de même pas créateurs, il ne faut rien exagérer - mais en tout cas vitaux ?... Partie d'« échecs » (le plaisir de perdre, la gratuité de la dépense) entre survie et sabordage, entre énergie et entropie ? LIZÈNE a, dans ce champ d'antagonismes, placé d'entrée de jeu des pions imparables. Peindre avec sa merde (1977) : moins un acte provocateur ou le dépassement fracassant d'un tabou qu'une façon, vertigineuse et conceptuellement suicidaire, de boucler d'un seul geste la boucle, de ramener les fins ultimes de l'art à leur case départ ou à leur point d'origine, et bien entendu vice versa. Défense et illustration de la vasectomie (youpie (5)), éloge du ratage et de l’approximation, assimilation et phagocytage de l’accomplissement par l'avortement (et de l'art par le non-art). Saccage du piédestal au moindre signe d'importance velléitaire du personnage qui y trône (surtout ne rien réussir). Incarner rien, n'être personne, faire de l’inaboutissement un horizon, idéal d'une forme molle contenant pourtant instinct de survie, flair et intuition, pensée à la fois négative et projective.
En même temps, cette position « stérile » relève pour partie d'une manière d'incomplétude ou d'imperfection dans le pessimisme, d'un nihilisme non achevé (6). Il y a du CIORAN chez LIZÈNE, entre inconvénient d'être né et tentation d'exister... Plus que l'oxymore nihiliste (“Vive la mort”), son slogan ou son idéal pourraient résider dans l'autarcie ou l'autosuffisance (peindre avec sa merde est une façon « d'être son propre tube de couleur », en vase clos) voire dans la tautologie et le solipsisme : il appelle de ses vœux le terme de l'existence de l'espèce dans la foulée du sien propre – quant à se mordre la queue (7), c'est bien la moindre des souplesses à atteindre lorsque l'on peint avec sa propre matière fécale. La voie qu'il choisira pour y parvenir sera largement et logiquement celle de la régression : vers l'analité lorsqu'il fait œuvre de ses excréments, vers le stade fœtal ou embryonnaire lorsqu'il se ratatine et se racrapote en tentant d'inscrire son corps dans le cadre contraignant et mouvant d'une vidéo, ou immobile d'une photo. « Tentatives de rire/ de sourire » ou, somme toute, le premier geste posé après le traumatisme et les pleurs de la venue au monde. Régression encore avec ce cri primal qui signera son entrée dans le monde de l'intervention sonore (Cri de nouveau-né, pièce sonore produite à l'Apiaw, 1970 (8)) ou dans celui de la chanson, avec ce sens inné du braillement nasillard et le borborygme dans la peau qu'on lui connaît (Musique non séductive/Vasectomie, vas-y ! Youpie !). Plus tard, sa « musique génétique culturelle » (manière de composer de la musique sur le modèle de la structure de l'ADN) appliquera un mélange non-savant de biologie de comptoir et de machine à adapter à la musique le programme des « cent mille milliards de poèmes » imaginés par QUENEAU... C'est aussi un pas - d'autant plus essentiel qu'il est non décisif- vers le son perpétuel en même temps que vers le nirvana d'une possible « cacaphonie » absolue. Mais si l'on rapproche la célèbre sentence de NIETZSCHE (“Sans la musique, la vie serait une erreur”) de l'irrespectueuse conception lizénienne de la vie sur terre comme un concours erroné de circonstances malheureuses, il n'y a dès lors plus lieu de s'étonner du sort qu'il inflige à la musique (erreur par conséquent suprême !), ou plutôt de la façon dont il révoque encore d'anciennes hantises : celle du couac, de la fausse note, sous couvert et suprématie de l'« harmonie » (principe infiniment étranger à LIZÈNE, qui congédiera sans ménagement les muses, jusqu'à la dernière, et leurs diktats). Dans sa conception et sa pratique déglinguées de la musique se lit tout son rapport au genre humain et à l'acte de création. 
Toutes ces interventions rejettent les notions de nouveauté et d'invention au profit du recyclage perpétuel et de la resucée hasardeuse, au bénéfice de la reprise (en pire, forcément en pire) et de la méprise (au risque du mépris). Car l'art de LIZÈNE, combinaison (fort peu euphonique, on l'avouera) d'art rustre et d'acte rupestre mâtinée de posture dandy, est un art violent mais non agressif, un brin masochiste même puisque cette violence n'est pas dirigée uniquement vers l'extérieur mais a pour vocation de faire boomerang : tout comme le paratonnerre protège de l'orage en attirant à lui la foudre, l'art nul de LIZÈNE se protège de ce mépris d'autrui tout en aimantant ses décharges, tout en les alimentant et en les suscitant. Ni neuf ni dépassé, ni meilleur ni moins concurrentiel, LIZÈNE est toujours là, il a toujours été là, du moins là où on l'attend mais jamais comme on l'espère, et c'est à chaque fois un étonnement. Il fait mieux que décevoir : il consterne, il ravit. La condescendance fera encore farine à son moulin : l'œuvre contient ses propres antidotes, ses propres anticorps, et désempare d'emblée la moindre tentative d'élaborer à son endroit une parole critique ou un langage conceptuel (forcément ridicules et hors de propos). Mais cet empêchement de penser en vis-à-vis a deux autres effets ; tout d'abord, tenter de défendre l'œuvre implique de jouer assez largement le même jeu qu'elle. Et, avantageuse conséquence de cela, le renversement des valeurs opéré sur le discours critique (dire du mal, c'est encore dire du bien) a pour effet de libérer les mots, d'inviter à expérimenter avec eux à contre-emploi, sur le palier d'une espèce d'ironie de premier degré, de platitude uniforme partagée avec elle. Qu'on l'apprécie ou non, l'œuvre de LIZÈNE incline l’observateur ou le commentateur, l'invite, l'oblige même peut-être, à y aller franco, à renverser ses idées et à se retourner, y compris sur lui-même ! Et puisque là où la médiocrité est borgne LIZÈNE sera roi-visionnaire, cette œuvre sera bel et bien inattaquable ; contestée, infirmée, brocardée, irrecevable, ou d'emblée fièrement nulle et non avenue, la proposition, « toute » proposition, n'en ressort que plus vraie, plus vivace, plus increvable. Sept têtes là où l'on vient d'en couper une (à moins qu'elle ne se soit putréfiée sur pied), car l'éternel retour est le garant du mythe : pas besoin dès lors d'existence, et moins encore d'évolution, de reconnaissance ou de « postérité ». Ce caractère autosuffisant, absurde et contradictoire du travail du « petit maître » est notamment souligné par LABELLE-ROJOUX, selon qui cette œuvre “rebondit toujours alors qu’on pourrait croire qu’elle va s’étouffer dans sa propre médiocrité » (9). “Je suis d’accord avec lui, ajoute LIZÈNE, pour dire que mon travail est en perpétuelle évolution et qu’il se régénère constamment. Tout le paradoxe de ma démarche est qu’elle joue quasiment le même jeu que la vie, alors qu’on serait aussi en droit de penser qu’elle s'oppose à la vie et à son principe de régénération perpétuelle."
Somme toute, un incessant défi aux lois de la nature et de la culture - rien de moins.

LE CHIANT DU MONDE OU LES GAMMES GÉNÉTIQUES...
« Chanteur-en-dessous-de-tout » et chantre du « Minable Music-Hall », LIZÈNE aura touché à tout, y compris donc à la musique, et expérimenté avec une égale nullité peinture et vidéo, sculpture et photographie, dessins, découpages, collages, moulages, plastifications, procrastinations, fausses notes, errances et piétinements. Ses récentes Sculptures génétiques, produites avec le soutien de l'espace 251 Nord à Liège et dans la foulée de Bruxelles/ Brussel 2000, Capitale européenne de la Culture (10), ont occupé ces derniers temps l'essentiel de son temps de création. Conçues à partir de véritables copies de sculptures antiques puisées dans l'atelier de moulage des Musées royaux d'art et d'histoire, complétées par des statuettes africaines, des jouets d'enfants ou des masques plus ou moins carnavalesques, ces statuettes redisent le principe fondateur de LIZÈNE dès avant sa vasectomie : son sens du raccourci- ici, entre art occidental et arts « premiers », entre le blanc et la couleur, entre jeunes et vieux, bon et mauvais goût, mauvais sang et bon sauvage, bref un style néo-anar-bantou-Louis XIV, joyeux fatras qui préfigure l'humanité ou l'inanité de demain et ses bouillons culturels et artistiques inextricables. Sans souci de technique fluide mais en taillant à nouveau à vif, LIZÈNE bat en brèche, au passage, toute idée de hiérarchie, de ségrégation ou d'eugénisme en matière de biologie aussi bien que d'art et d'affaires de goût (11)... Il s'agit là encore d'un impossible retour aux origines : LIZÈNE aime à rappeler que les peintures rupestres (des hommes à têtes d'oiseau) autant que l'art égyptien (Sphinx en tête) produisaient déjà du métissage génétique et de l'hybride (12). Mais il s'agit aussi de nier, salutairement, l'idée même d'un progrès en art et d'une linéarité (chronologique et géographique) de sa représentation et de sa conceptualisation. De nier sa valeur, aussi. L’usage - non déposé et surabondant, au cœur même de l'art génétique - de la photocopie couleur ou du moulage reproductif participe de la dévalorisation de la notion d'original, désespère les collectionneurs et les spéculateurs, et fait de LIZÈNE un hérétique ou un résistant par rapport au marché et à son système d'œuvre originale signée et numérotée (13).
De cette manie de la (re)production interdite et du remake obligé, cet art génétique de LIZÈNE sous toutes ses formes (peinture, sculpture, photo, vidéo et surtout le mélange de tout cela) fournit donc peut-être le meilleur exemple, la meilleure déclinaison (tant il est vrai que LIZÈNE est un artiste fièrement et perpétuellement sur le déclin). Un art génétique qu'en d'autres temps sombres, et sous d'autres uniformes, l'on eût probablement appelé « dégénéré » et voué aux gémonies, avant d'en appeler à la destruction massive des pièces voire à la suppression de leur auteur. De là l’incorrection politique de ce parangon de la sans-importance : éloge de la mixture plutôt que de la mixité (art « syncrétique », AGCT - pour reprendre la dénomination fort poétique des groupes constituant l'ADN - ou « génétique », que préfiguraient parfois déjà les barres obliques d'antan en forme de chromosome surnuméraire approximatif qui barraient ses images), éloge de la pariture ou du piratage et non de la parité, apologie enfin de l'impureté sous toutes ses formes et jusqu'à l'informe même... Mais aussi, sève et sexe (figure de l'homme qui bande, hommes et femmes nus courant les uns après les autres, formes désespérées du désir ramené à « ses traits » les plus élémentaires (14)), projets de recensement et d'épuisement (de trajets et de trajectoires, de visages humains ou, dans Fun fichier (1993), de leurs décompositions et recompositions) ; tout chez LIZÈNE tend conjointement à la célébration sans joie du vivant et à l'extinction des feux avant liquidation définitive. Et ce sera peut-être en cela que son art contient ouvertement une position politique, ou plus exactement qu'il ne laisse aucune politique (en quoi il faut bien entendu inclure la critique « d'art ») avoir de prise sur lui : il se supprime tout seul. Mieux, il n'a jamais existé, ce qui ne l'empêche pas de revenir à plusieurs reprises (comme les académismes ou le Beaujolais nouveau) pour réaffirmer son inexistence sous des masques à la fois identiques et toujours différents. Un tour de force éreintant et fascinant, bien évidemment « stérile » à un degré qui dépasse l'entendement, et outrageusement bricolé : qu'il manipule de la colle, des ciseaux ou de la vidéo, la compétence technique de LIZÈNE avoisine le zéro absolu, et l'accumulation de visages ainsi triturés (si possible accompagnée d'une bande-son de bruits de bouche et de rythmes au Bontempi puisés dans ses vidéos consternantes des années 1980) parvient à lasser avant même d'avoir commencé. Pas plus que ces corps assemblés, pas plus que leur géniteur lui-même, la boucle n'a de début ni de fin, de queue ni de tête : c'est un art d'intervention en prêt-à-porter qui tombe à plat, se casse la figure quand il s'agrippe aux cimaises, se mord la protubérance en causant dans l'assistance des ricanements gênés. De la gêne aux gènes il n'y a qu'un pas, LIZÈNE ferme encore un cercle. Mais cette trajectoire a, dans ses développements récents, produit quelque chose de fascinant, d'inattendu, peut-être même d'incongru et de menaçant pour son propre équilibre ; de l'émotion esthétique. Et étrangement l'idée d'une grande « famille ›› finit par émaner de ce paradoxal registre de copulation détourné, élaboré par le chantre de la stérilité ! Certes pas d'une famille artistique (à la manière limite incestueuse du surréalisme, dont LIZÈNE est fort éloigné) ; moins encore d'une famille universelle comme celle à laquelle l'humanisme orienté d'EDWARD STEICHEN a tenté de nous faire croire en pleine guerre froide à travers un projet photographique inégalé à ce jour (15)... Non, c'est plutôt un principe d'« équivalence » ou de permutabilité qui finit par s'imposer ici, qui ruine toute tentative de s'identifier ou, mieux encore, de se « distinguer ». Sans se barder d'éthique mais avec une grande conscience des enjeux qu'elle brasse, la génétique selon LIZÈNE nous montre que toute son entreprise tend non pas à un nivellement par le haut ou par le bas (reproche trop souvent encouru), mais à un effacement réciproque, mutuel, de l'autre par le même (paradoxe mort-né achevé, imprenable, et constat, lointainement inspiré de LAVOISIER, que si tout se transforme, tout se vaut).
Petit maître de la seconde moitié du XX* siècle, certes. Mais LIZÈNE est aussi - comme le cinéaste OLIVIER SMOLDERS (dans un tout autre répertoire) et somme toute, assez peu d'autres -, l'explorateur « liégeois » le plus iconoclaste et le plus intelligent des tréfonds de l'âme, de la bêtise de l'homme, et de l'indispensable et glorieuse impuissance de l'art. Et c'est, bien entendu, en pure perte.

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(1) Extrait de la préface au Vingt-cinquième Bouddha, entretien entre DENIS GIELEN et JACQUES LlZÈNE, Facteur humain, Bruxelles, 2003, p. 11.

(2) Jacques Lizène, Tome ll, Atelier 340, Bruxelles, 1990, p. 298.

(3) Cette expression « Résidu de performance » est empruntée au titre d'une prochaine exposition qui doit se tenir en France.

(4) Deux auteurs en tout cas au moins l’ont brillamment esquissé, sans psychologisme forcené, dans deux courts mais remarquables essais : il s’agit de FRANÇOIS PIRE (J.L.) et de CARMELO VIRONE (Le Savon des artistes ou l’Hygiène publique) dans le catalogue de l’atelier 340, op. cit. - le second signalant à juste titre la dimension « sexuelle » de l’œuvre mais son absence de connotation « érotique ». Signalons par ailleurs que les éditions Yellow Now et la galerie Nadja Vilenne préparent pour 2008 l’édition d’un imposant Tome I, réputé jusqu'ici, et pour cause, « introuvable ».

(5) 1965 : décide de ne jamais procréer. 1966 : propose à l'espèce humaine de s’éteindre à jamais, gentiment, en cessant de procréer. 1970 : subit volontairement la vasectomie (stérilisation définitive). Etc. l’affiche de son expo à Verviers en novembre 1971, qui en constitue à elle seule la première partie et qui sera saisie par le parquet, stipule : “JACQUES LIZÈNE subira volontairement la vasectomie (stérilisation par coupure des canaux déférents). De ce fait il portera en lui une « sculpture ›› interne qu’il nommera Rupture."

(6) “Je suis [presque, a-t-il ajouté à la main dans mon exemplaire, ndla] persuadé qu'un jour on découvrira que la vie s’est développée par erreur, que la vie et la nature sont une suite d’erreurs qui se multiplient en se complexifiant. Donc, par principe, je me suis dit : ‘Moi, j'arrête comme je peux'. Bien sûr, quand on se fait incinérer, il y a des gaz et des particules de matière qui s’échappent dans l’atmosphère et continuent peut-être à alimenter les cycles de la vie - ce qui laisse penser que l'on ne peut pas être radicalement contre la vie. Mais enfin, on peut quand même prendre une position, une pose poétique.” (JACQUES LIZÈNE, in : Le Vingt-cinquième Bouddha, op. cit., p. 52)

(7) Au simple titre d'exemples, ce qu’il dit de la « facétie » : “En art, même quand elle semble manquer d'intérêt, [elle] a comme qualité' principale et c'est son mérite, d’être justement facétie... Elle se suffit à elle-même." (1971). Et les débuts de sa Peinture analitique (1977, sans y et « sans intérêt » - très bien, donc -, et possiblement inspirés, semble-t-il, par le comportement d’un singe au zoo d’Anvers) seront régis par le contrôle des aliments et la diversité des repas (pour les coloris) : “Démarche :« survivre »… boire, manger, déféquer, peindre avec, tenter la transformation en argent... pour à nouveau boire et manger, déféquer, peindre avec, transformer sa peinture en argent, etc.[…] Démarche :faire toujours la même chose pour donner son sens à l'expression :“une œuvre emmerdante” Ou encore sa déclaration (en 1980) d' « auto-historicité »... Autant de circuits fermés (comme l'étaient déjà les Propositions pour un circuit fermé de télévision à la galerie Yellow en 1971).

(8) “Tout en lui est douceur de ne pas exister, de ne pas ‘ex-sister’, dirait un philosophe, s’il est vrai que LIZÈNE n’est jamais sorti qu’à moitié de la gangue fœtale" (FRANÇOIS PIRE).

(9) Comme le résume LIZÈNE lui-même (Le Vingt-cinquième Bouddha. op. cit., p. 66).

(10) En passant : la Belgique fédérale comme plantage intégral d’une tentative de modification génétique appliquée au champ politique est un sujet - particulièrement d’actualité au moment d’écrire ces lignes - sur lequel LIZÈNE n’a pas manqué de travailler de longue date…

(11) Expéditif, approximatif et décousu comme dans toute son indigeste brique, PAUL ARDENNE (L’Image corps, éd. du Regard, Paris, 2001, p. 176-177) parle des Sculptures génétiques entamées dès les années 1970 en termes de « morphing élémentaire, [grossier], a dessein grotesque ». S'interrogeant sur le sens d’une telle « inflexion au dérisoire », d’une telle « contre-exaltation absolue », il n’hésite pas à conclure son paragraphe (évidemment impossible à résumer : il y est question en l'espace de dix lignes de GAUTIER, BAUDELAIRE, MALLARMÉ, de FLAUBERT, de crétinisme et de nihilisme, d’idiotie et de ‘Pataphysique’ catastrophiste, de zwanze et d’Incohérents, d'« après-culture » et de STEINER, on en passe) en évoquant guerres mondiales, Holocauste et Goulag. Ce serait - si les cinq cents pages restantes n`étaient pas à l’identique ou presque – un moment d’anthologie (voire d’involontaire Pataphysique catastrophiste ?). Quitte à donner dans le décousu mais avec d’intéressantes outrances, on pourra à la suite de La Voix du regard n°15 (revue littéraire - et polyphonique - sur les arts de l’image, oct. 2002) se poser la question, que nous n`aurons pas le temps de développer ici, de l’obscène en tant qu' « art ou image ? »...

(12) Dans son entretien avec CÉCILIA BEZZAN (in : E2N, Liège, Espace 251 Nord, automne 2007), LIZÈNE revient également sur son projet pionnier et merveilleusement défaillant d’inaugurer sur internet, dès 1993- 1996, un atelier interactif de sculpture génétique d`après photographies...

(13) “Ce qui ne m’empêche pas de produire, par ailleurs, des œuvres uniques que je vends. Il faut bien survivre, n’est-ce pas ! ? ” (in : Le Vingt-cinquième Bouddha, op. cit., p. 63.)

(14) Même réduit à ses plus simples appareils par ce que MICHEL BAUDSON appelait joliment « la spontanéité libidinale du trait », l'appareil génital se signale encore et plus que jamais - un seul T ithyphallique séparant, comme on sait, le génial du génital !

(15) The Family of Man, 1955.

 

 

"Petit lexique lizénien (ou laxique) (établi d'après les propos épars mais toujours cohérents de Jacques Lizène et quelques lectures hasardeuses)", in Dits 5.8/9, 2007, pp. 208-209.


ATTITUDE (ART D' -) (1965). Ce que l'on introduit dans le domaine de l'art mais qui pourrait très bien ne pas en être (ex. : la décision de ne pas procréer), différent en cela de l'art comportemental (1964), davantage programmatique/aléatoire (ex. : traverser un certain nombre de fois le même passage clouté, prendre un tram de son point de départ jusqu'à son terminus et retour, etc.). D'après BEN, attitude à adopter vis-à-vis de l'art (ne rien faire) : “C’est le dépassement de la forme par une attitude, c’est une situation post-DUCHAMP. Quand j’hésite c’est de l'art d’attitude, quand on ne sait pas quoi faire aussi (...)” (BEN, in : Jacques Lizène, Tome ll, Bruxelles, Atelier 340, 1990, p. 260)


CLONE (FAIRE LE -) “[...] J’interdirais aux générations futures de me cloner ! Je ne veux pas me reproduire, ni que l’on me reproduise. [...l C’est d’ailleurs pour cette raison que je voudrais me faire incinérer. À ce propos, quelqu’un de très drôle m’a dit qu’un jour on parviendrait peut-être à me cloner en allant rechercher mon ADN sur une de mes toiles à partir d’un peu de merde. Ce serait alors un clone de merde, comme on dit un gamin de merde (ha, ha, ha ! Mais c’était une manière de plaisanter, j’espère.” (JACQUES LIZÈNE, ln : Vingt-cinquième Bouddha, entretien entre DENIS GIELEN et JACQUES LIZÈNE, Bruxelles, Facteur humain, 2003, p. 52)


DANDYSME Terme employé à propos de LIZÈNE entre autres par ARNAUD LABELLE-ROJOUX et JEAN-YVES JOUANNAIS (qui se prononcerait plutôt pour l'excentrisme), alors que CÉCILIA BEZZAN parle de dandysme à rebours, “et ils ont tous également raison” (ajoute l'intéressé). Manière de passer le temps (et de s'adonner à l'art médiocre) en attendant la mort. Aussi : attitude de mépris protecteur vis-à-vis du mépris des autres. Dans la lignée de WILDE et de FILLIOU : façon de considérer que l'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art ou quelque chose comme ça (éventuellement).


IMPORTANCE “LIZÈNE est plus qu’important, il n’est pas important. Aujourd’hui où tout le monde doit être important ne pas vouloir l’être c'est de la différence. Et comme on est important à cause de la différence qu’on apporte, LIZÈNE dans sa non-importance est plus important que les importants. Je pourrais ainsi parler de LIZÈNE mais cela lui donnerait trop d’importance et je ne veux pas nuire à sa carrière.” (BEN, ln : Jacques Lizène, Tome II, Bruxelles, Atelier 340, 1990, p. 270.)


MÉDIOCRE Notion déjà présente chez WARHOL. Au sens neutre, dérivé de son étymologie latine : « moyen », sans qualité ni défaut particulier. Appliquée au domaine de l'art (sens péjoratif) : dépourvu de talent (« art sans talent », 1966), mauvais. “Quand je m’empare de cette notion de médiocrité, c'est dans le double sens du terme. Je suis involontairement moyen, et volontairement mauvais ! Ou inversement ! (Ha, ha, ha !)” (JACQUES LIZÈNE, in : Le Vingt-cinquième Bouddha, Op. Cit., p. 47) “- La médiocrité, c’est un refuge ? - Non, c’est le chemin le plus difficile. On ne va pas prendre comme refuge le chemin le plus difficile. Ou alors, c'est un refuge de montagne, au pied d’un précipice, là où la terre est très friable et où la cabane ne tient pas.” (JACQUES LIZÈNE, in : Que reste-t-il..., Flémalle, La châtaigneraie, 1986)


NUL (ART -) Titre de noblesse de la médiocrité (« en un peu plus posé et dandy ») Aussi : sans prétention, tout simplement.


REMAKE Terme emprunté au champ du cinéma, un peu usité en littérature, très peu dans les arts plastiques si ce n'est par glissement de sens, et qui a l'avantage « de sonner un peu comme readymade » (dont GUY JUNGBLUT éveille la curiosité chez LIZÈNE à l'orée des années 1970). De façon subsidiaire et néanmoins essentielle ; refus de l'original en art aussi bien que du définitif, du principe d'achèvement ou du succès dans l'accomplissement. Enfin ; échappatoire possible à la non-dialectique de la satisfaction et de l'insatisfaction (la vie comme remake).

 

 

- Cécilia Bezzan, « Croisé à rebours. Absolument » (2007), in Journal Liège-Bruxelles Automne 2007 (A3) de E2N, pp. 4-6, accompagnant la présentation de Rotation des stocks, exposition à Des Arts, Bruxelles (19/04-25/06/07), puis E2N, Liège (06/10-17/11/2007), repris in Jacques Lizène. Espace 251 Nord. Productions et expositions 1984-2016, (catalogue de l’exposition Jacques Lizène, rotation de stocks 1984-2016, productions E2N, 4/03-18/06/16, Liège, E2N), Liège, éd. E2N et Ecole supérieure des Arts de la Ville de Liège, 2016, pp. 174-177.

Alors que d'aucuns participent avec frénésie a l'écriture au « top de la fama » du ballet artistique mondial, Jacques Lizène, Petit maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle, concourt sans relâche à l'élaboration d'une farandole. Une chorégraphie du médiocre, infame el répétitive. Encore et toujours apporte-t-il une brique à l'édifice d'une reconnaissance (faussement) banlieusarde.
Chez Lizène, l'humour est facétie. La dérision s'emploie à coups tirés, semblables à des injections neuronales de verve déraisonnée. L'esprit dédaigne les valeurs dominantes, leur préférant les chemins contrariés d'une création singulièrement indisciplinée. Dès le début du grand œuvre, plusieurs statements provoquèrent le rejet et le dégoût, projetant la démarche dans l'abîme du renoncement : « Je propose à l'espèce humaine de s'éteindre gentiment, à jamais, en cessant de procréer (l965) ». Subversif et impudique, le trublion de service convoitera la déchéance morale par la réalisation de toiles à la matière fécale. Le principe autarcique se met efficacement en place par la création en « circuit fermé » : manger, peindre, vendre pour à nouveau manger …(l977). À l'image d'une coupure vis-à-vis du monde extérieur, la vasectomie en tant que sculpture interne signe symboliquement le repli sur soi (l970). Ailleurs, le pessimisme à l'œuvre dans la démarche s'exprime par le motif croisé. Deux barres obliques formant une croix évoquent avec incertitude le chromosome X, qui vient marquer en tant que négation un autoportrait (1970), la pellicule d'un film raté et barré à la main (1972). Parallèlement au propos morbide, Lizène organise cependant la résistance à la stratégie de sa propre perte, s'occasionnant dans une descendance remarquable. Une foule de petits personnages (médiocres) peuple dessins et peintures (minables) et se mue en groupe d'individus ithyphalliques courant après des « petites bonnes femmes » (l966). De la même manière, le recours continu au « croisement » en tant que principe de création universelle organise tout autant l'œuvre depuis ses débuts, un peu comme si tout dans le monde environnant devenait prétexte à échapper à la sévérité de la sanction affligée. Sous diverses appellations, « syncrétique », « AGCT» ou « génétique », le chiasme abordera au fil du temps chaque sujet, chaque discipline.

Déferlante génétique
L’intérêt génétique remonte à 1964, comme en témoigne un dessin au crayon de sculptures hindoue / africaine. Plus tard, la démarche se formule dans le systématisme de l’action. Action polaroïde (1971) propose un projet de recensement du plus grand nombre de visages humains, toutes races confondues. Vingt ans plus tard, Fun Fichier (1993) reprend le principe fondamental du processus biologique A.G.C.T. et l’applique aux photographies en échangeant entre elles les zones du nez, des yeux, du front et du menton. Sur enveloppe de récupération ou sur bouts de papier rapiécés au scotch, crayonnés au feutre noir ou plus simplement au stylo bic, une multitude de projets prendront forme. Quelle que soit la technique pressentie, le principe moteur de l’œuvre féconde conjointement peinture et vidéo, sculpture et photographie, dessin et papier plastifié : la déferlante génétique est lancée. La musique aussi n’y échappe pas. Depuis les mélopées des années 70, petites chansons non séductives enregistrées sur cassette devant accompagner ses œuvres d’arts, Lizène « chanteur-en-dessous-de-tout » produit le Minable Music-Hall, en collaboration avec l’émission Radio-Titanic sur les ondes du premier programme de la RTBF (1980-1982). Le principe de réécriture de musique à l'envers, déposé à la SABAM, en 1996, concerne les musiques de Chopin et de Mozart.
En 1997, Espace 251 Nord s’installe dans une boutique rue Bonne Fortune, à Liège. Tandis que la vitrine accueille les nombreux portraits génétiques réalisés au fur et à mesure par le « petit maître », une vidéo montre le pianiste Jacques Swingedouw interpréter une partition doublement à l’envers. Le musicien exécute le morceau assis sur le tabouret et continue de jouer dans un deuxième temps à genoux sur le couvercle de l'instrument. Quelques années plus tard, en 2000, Bruxelles/Brussel 2000 Capitale européenne de la Culture offre l’opportunité de produire les sculptures génétiques culturelles, à partir de véritables copies de sculptures antiques, renaissantes et classiques issues de l’Atelier de moulages des Musées royaux d’Art et d’Histoire, complétées de statuaire africaine. Conçue dans l’optique d’une démarche processuelle, cette première installation donne lieu, l’année suivante, au dispositif réalisé au Palazzo Franchetti à l’occasion de la participation A latere de la Communauté française de Belgique à la Biennale de Venise (2001). Proposées au-devant d’une projection noir et blanc d’extraits vidéo des années 70, les sculptures génétiques culturelles hautes en couleur reprennent en partie les œuvres fabriquées pour le Cinquantenaire et se dotent d’autres exemplaires mettant plus en valeur le croisement « art africain » / « art occidental ». Le processus perdure et quelques mois plus tard, lors de la vaste exposition Ici/ Maintenant, 100 jours / 100 ateliers, aux anciens entrepôts des douanes Tour et Taxis, Jacques Lizène réactive ses sculptures en une imposante installation dotée de photocopies plastifiées supplémentaires, mettant en scène aussi bien des artistes emblématiques du XXe siècle, tels que Duchamp ou Picasso, que des hommes politiques plus tristement célèbres, tels qu’Hitler ou Staline (Bruxelles, 2001). Lille 2004, autre capitale européenne de la culture, sera l’occasion d’un énième remake montrant « l’envers du décor ». A l’arrière d’une grande palissade stratifiée, Lizène dépose au sol plusieurs sculptures génétiques donnant à apprécier l'atmosphère bordélique de l’atelier d’artiste, qui a toujours animé l’esprit de la pièce au fil de ses nombreuses versions.

Remake, et cetera.
Le principe même du remake, à savoir la réactivation d'un statement, d’une manière de faire, à l’œuvre depuis les débuts de la démarche du Petit maître liégeois, artiste de la médiocrité, produit une sorte de suite répétitive et fastidieuse. Bien qu’il s’agisse d’entreprendre la relecture de sa propre œuvre, donnant lieu à des réajustements continus, c'est aussi l’occasion pour Lizène de provoquer la frustration du spectateur, tout du moins son agacement. Le remake procède donc du discours autorisé, qui chez Lizène correspond à une manière de s'exprimer sans demander son reste, de se produire dans l’attitude, via le texte, l’adresse épistolaire, l’auto proclamation. Une manière de régenter sa démarche et de créer son propre glossaire, langage, de se définir en tant que son propre exégète. Bref, de mettre en œuvre un panel de moyens pour agir dans la communication d’un contenu, ce qui revient également à démontrer par l’absurde, que la lecture de l’œuvre d’art tient avant tout à ce que l’on veut bien y lire. 
Lizène est une odyssée à lui seul, une fable. Bien que la médiocrité revendiquée ne laisse pas indemne le spectateur, l’œuvre jouit d’une humanité remarquable. Contrariante, taquine, subversive, égotique, la parole de Lizène revient toujours vers l’autre. Allusion à de nombreuses histoires racontées, comme les scenarii passés en douce à Woody Allen lors d’un séjour à Venise ou encore l’estomac tapissé de feuilles d’or de feu son père, Lizène fictionne de plus en plus, élevant le phrasé vers les limbes de la création. Son activité de conteur virtuel ajoute la dématérialisation à l’œuvre et participe tout autant du discours autorisé que de l'art d’attitude. A d’autres moments, le dédoublement entre Lizène et le Petit maître fonctionne sur un mode ventriloque, l’un permettant de réguler la parole de l’autre. L’effet de doublure ainsi généré produit la surenchère narcissique. Lizène joue son propre rôle à la vie, comme sur la scène artistique. L’un ne subsiste sans l’autre et c'est dans ce partenariat nécessaire que repose la clef de la caution artistique.
Cécilia Bezzan ( avril 2007)

Auparavant, au téléphone (extraits) :
Cécilia Bezzan : Ces dernières années, votre production s 'est quasi exclusivement orientée vers les sculptures génétiques, quelles que soient leurs formes. La médiocrité du petit maître se résume-t-elle désormais aux sculptures génétiques ?
Jacques Lizène : Oui et non. AHhaHAHHhahaa. Et bien vous voyez, vous aussi vous donnez dans le remake. C'est un thème que nous avons déjà abordé. C’est magnifique ! J'aime l’idée d’inachèvement et plus encore celle du sys-té-ma-tisme. aahahhahHAHHAhhaa. C’est une manière de créer en « circuit fermé ». Comme un tic de la création. Certains disaient d’ailleurs de Bernard Buffet qu’il n 'était pas un grand artiste parce qu’il se répétait. Je ne suis pas du tout d’accord. J’ai toujours aimé cela la sys-té-ma-ti-sa-tion. Cela ennuie le spectateur. J’ai beaucoup d 'empathie pour les systèmes répétitifs. J’aime aussi les coïncidences dans l’art. Il y en a beaucoup et pas seulement dans la pratique du petit maitre ! Ahahahahahahahah. Quand on est jeune, on est légèrement agacés mais lorsque l 'on vieillit, on se rend compte de l 'importance d’être constant.
CB : Essayons d’être méthodiques... (Le petit maître interrompt)
JL : Ouioui oui oui. Cela commence par l’art syncrétique, en 1964, puis par des petits dessins de projets non réalisés et en 1971, le terme génétique apparait. En 1996, j’ai déjà le projet d’un site Internet, où il est proposé aux visiteurs de déposer le scan de leur portrait pour en produire une sculpture génétique. Mais à l’époque, personne ne possédait de scanner ! Ahahhahahaha. Même Ben m’a envoyé sa photo par la poste. Le projet était donc nul, faute de moyens techniques adéquats. Dix personnes ont visité le site, dont cinq visites de Charles François. Le projet n’a vraiment pas fonctionné. Défaillance technique et défaillance d’audience totales !
CB : Depuis toutes ces années, le processus a-t-il évolué ?
JL : NonnonNon non non, pas du tout. Et pas seulement chez le petit maître. Ahahhahahaha. Déjà sur les peintures rupestres préhistoriques, on voit une représentation d 'un homme avec une tête d’oiseau. Intuitivement, ils ont découvert la sculpture génétique contemporaine. Les Égyptiens aussi. Le sphynx est une sculpture génétique. Ahahhahahaha. J'aime transgresser et créer des déplacements sémantiques. D'ailleurs, le terme remake provient du cinéma. Je l 'ai déplacé dans les arts plastiques. C’est un jeu plastique, comme mes sculptures. Pour clôturer, je vais d 'ailleurs citer un artiste américain positif Jeff Koons. Sa déclaration pourrait très bien servir ma démarche mais à rebours : « Il ne s’agit pas d'images qui seraient appréciées pour elles-mêmes mais il s'agit bien de permettre au spectateur de s 'accepter lui-même ». Voilà.

 

 

- Cécilia Bezzan, « La geste Lizène », in Artpress n°353, 2009, texte créé à l’occasion de l’exposition L’Emoi, les mois, le moi de Jacques Lizène (Muhka d’Anvers, 31/01-29/03/2009), repris in Jacques Lizène. Espace 251 Nord. Productions et expositions 1984-2016, (catalogue de l’exposition Jacques Lizène, rotation de stocks 1984-2016, productions E2N, 4/03-18/06/16, Liège, E2N), Liège, éd. E2N et Ecole supérieure des Arts de la Ville de Liège, 2016, pp. 182-183.

Auto proclamé « Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle - Artiste de la médiocrité et de la sans importance », Jacques Lizène produit une œuvre à l'image d'une fable philosophique marginale et irrévérencieuse, qui s'ingénie à lutter contre l'idée de jugement, contre la norme, la bienséance et le politiquement correct. Son esprit dédaigne les valeurs dominantes, leur préférant les chemins contrariés d'une création singulièrement indisciplinée. A l'occasion de sa rétrospective au Muhka (Anvers), « L'Emoi, les mois, le moi de Jacques Lizène », que les plus sensibles s'éloignent. Point n'est question de demi mesure ... 
LITTLE MAESTRO ET SON AUREA MEDIOCRITAS 
Empruntée à Horace, « Aurea Mediocritas » permet d'entrevoir la dimension d'équilibre Lizénien, jouant depuis 1965 du concept de la médiocrité comme d'un aulos, à savoir une flûte à double conduits aptes à signifier" l'état de ce qui est entre le grand et le petit, entre le bon et le mauvais » et de « l'insuffisance de qualité ". L'œuvre participe de l'élaboration d'une grammaire plastique (croix, ratures, ponctuation des termes " minable " et " nul ») propre à revendiquer la médiocrité, le ratage, l'inefficacité comme autant de valeurs artistiques. 
Pour aborder cette rébellion épique, mieux vaut évacuer le propos sur la Belgitude, caricature du folklore de la pensée. Néanmoins, le terreau fertile des illustres prédécesseurs, qu'ils se nomment Rops, Magritte ou Mariën n'est pas sans effets. Jouissive, la vidéo « Sexe marionnette" (1977, remake 1993) présente le sexe de l'artiste tenu par une ficelle, alternant entre sexe triste et sexe gai. 
Ce théâtre minimaliste rappelle précisément deux eaux-fortes de Félicien Rops, « L'Homme au repos" et « L'Homme au travail", où le premier avachi, tête basse, échine courbée, bourses tombantes avance péniblement, le second, col haut, poitrine gonflée, le poil dressé, plastronne d'aise. Et que dire des élans vaches de Magritte et sa profusion de petits dessins érotiques, ceux d'un visage présentant un long appendice bito-nasal, d'une main agrippant le fût d'une cheminée industrielle crachant un petit nuage tel un sexe en érection ?(1) Ne participent-ils pas du même enjeu métaphorique que les usines miniatures des" Sculptures nulles avec fumigène » (1980-1988) ? Ni hommage, ni réinterprétation, on serait tenté de traduire cette culture de coïncidence par ce que Breton appela « hasards Objectifs ". Les usines miniatures crachant aussi leur petit jet de fumée renvoient précisément à la dispersion de matière ayant perdu sa fonction séminale «< Vasectomie ", 1970) ainsi qu'au contexte périphérique banlieusard, ambitionné par la démarche à la fois excentrée et excentrique (<< Art banlieue », 1974). 
Il n'y aurait donc qu'un pas entre la « trahison des images" dont parlait Magritte et la sincérité chez Lizène lorsqu'il précise au sujet de sa démarche que « l'art est la sincérité du mensonge », 
THANATOS / EROS 
Etonnamment, il s'est toujours établi un équilibre entre esthétique morbide et désir de vie. Paroxystique, l'expression mortifère trouve son fondement dans le statement de 1965« Je propose à l'espèce humaine de s'éteindre gentiment à jamais en cessant de procréer (2) et sera relayée plus tard dans les performances « Actions spécifiques », « Volet clos. Noir funèbre. Pose d'une fenêtre morte" (1970) et la même année avec sa vasectomie (3), opération de stérilisation irréversible. Malgré cela, Lizène habille à foison ses dessins et peintures de petits personnages ithyphalliques prompts à exercer joyeusement leurs ardeurs. Autre témoignage de cette énergie vitale, le procédé génétique mis en œuvre dès 1971 avec « AGCT", un projet de recensement du plus grand nombre de visages toutes races confondues. Ailleurs, Lizène continue de s'occasionner dans la multitude des « Sculptures génétiques" (1996-2008), autant de collages photographiques et de sculptures mixant l'espèce humaine et ses représentations artistiques à travers les âges. Dans le même esprit, le remake permet à l'artiste de reprendre à souhait le projet d'une œuvre ou d'une thématique pour en proposer une réactualisation, tous média confondus (<< Contraintes du corps », 1971, remakes 1980, 1996, 2001, ... », " Entassements de toiles », 1970, remakes 1980, 1989, ... ). A la manière d'un disque rayé, le remake employé à gogo, systématisé, ritualise une manière d'agir au sein de sa propre production, sans demander son reste. 

MERDE ! 
Si le motif de la brique rouge présent dans la peinture à la matière fécale (1977) se réfère plus généralement à l'art belge (Mariën, Broodthaers), Magritte encore demeure une référence avec" La saignée » (1938 - 1939), une gouache sur papier montrant la représentation encadrée d'un mur de briques. A contrario des productions contemporaines (4) les plus récentes, " Kackabet " (2007) des Gelitin (photographies de leurs crottes formant les lettres de l'alphabet) ou « Shit » (2008) d'Andres Serrano (photographies des étrons de diverses espèces animales recueillies dans un zoo équatorien), Lizène continue d'être célébré dans l'infamie (5), sans doute parce le recours à sa propre matière fécale comme matière picturale s'emploie « au sens propre », alors que les autres productions ne l'abordent qu'à travers sa représentation. 
La formule autarcique « être son propre tube de couleur » révèle selon l'équivalence freudienne (or - merde) une" savoureuse" litote, puisqu'il s'agit de boire, manger, déféquer, peindre avec, tenter de vendre le tableau pour à nouveau boire, manger, etc. Eclairée par le propos lacanien, la peinture au caca et sa formalisation par le motif de la brique conduisent cependant à l'abîme du renoncement (6). Là où le peintre transforme la merde en regard, Lizène, par le recours à la matière fécale, annule son regard. L'artiste démonte la sublimation que comporte toute peinture, dans un geste qui est un retour - sans doute parodique -, à l'état de nature, se réfugiant dans un tabou qui provoque le dégoût pour concrétiser son désir de rejet. La peinture à la merde équivaudrait symboliquement à une peinture " aveugle », à l'image du mur de briques sans fenêtre. 
De la même manière que l'humour facétieux se suffit à lui-même, l'autarcie sera l'expression d'une attitude en " circuit fermé ", l'artiste endossant les rôles des acteurs du monde de l'art: du critique lorsqu'il produit sa propre exégèse, du curateur lorsqu'il propose le « Partage de cimaise » (1974, nombreux remakes), de l'historien de l'art lorsqu'il retrace l'histoire d'« Un certain art belge, une certaine forme d'humour » (1993) et du collectionneur lorsqu'il dévoile sa- Collection virtuelle» (2001). 
FABLE & UTOPIE 
Cette manière de (se) raconter le monde, de le dérouler poétiquement s'exprime aussi dans le désir utopique d'abondants projets non réalisés. Véritable odyssée drolatique, nombre de sculptures et d'installations parsèment le catalogue lizénien. Dans son discours, l'artiste fictionne de plus en plus. Ses récits faisant preuve d'une imagination débordante pourraient fort bien convenir au pitch d'un Burton ou d'un Gondry. Il raconte à qui veut l'entendre l'histoire de son père qui avalait des feuilles d'or pour panser ses aigreurs stomacales ou encore explique comment il fila en douce des idées de scenarii à Woody Allen dans un bar à Venise. 
Le dédoublement entre Lizène et le Petit Maître fonctionne sur le mode ventriloque, le premier permettant de réguler la parole de l'autre. Si l'effet du double produit la surenchère narcissique, c'est dans ce partenariat nécessaire que repose la clef de la caution artistique : Lizène joue son propre rôle à la vie comme sur la scène artistique. Dès lors, l'art d'attitude (1965) se comprend comme situation d'une performance continue contrariant la bienséance. Ce dandysme à rebours crée une identité somme toute foncièrement romantique dans ses ferments subversif et impudique, l'idée de raffinement étant dévoyée au profit d'un déplacement des valeurs. Le dandysme lizénien mêle l'irrespect à l'insolence du geste, afin de dépasser toute idée de jugement. L'allure faussement infatuée de l'être comme mise en scène tragicomique plaide volontiers pour un désir d'humanité à jamais renouvelé. Aussi, l'attitude lizénienne rejoint-il l'idéal d'une quête d'infinie liberté. 
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1 Graffiti dans" Magritte. La période vache ", catalogue de l'exposition, Musée Cantini, Marseille, 1992. 
2 Plus radicalement exprimé par Henry Flynt " Overthrown the Human race!! )', 1968. 
3 Qu'elle ait été pratiquée ou non importe peu, puisqu'elle est vécue comme telle. Cette affirmation fait partie du discours autorisé de l'artiste. 
4 Pour l'aventure de la merde dans l'art contemporain, voir Catherine Millet, Artpress, n" 242.
5 Jean-Yves Jouannais, « Infamie », Hazan, 1995 et plus tard, «L'Idiotie»,Beaux-arts magazine, 2003. 
6 « Le créateur ne participera jamais qu'à la création d'un petit dépôt sale, d'une succession de petits dépôts sales juxtaposés. C'est par cette dimension que nous sommes dans la création scopique - \e geste en tant que mouvement donné à voir", in Jacques Lacan, « Qu'est-ce qu'un tableau? », «  Le Séminaire, livre XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse »-. Paris, 1973, p. 107. 

 

 

Guy Scarpetta. L’énergumèneNew York, Paris, octobre 2009, disponible en ligne sur le site de la galerie nadjaVilenne, à l’adresse https://www.nadjavilenne.com/jacques-lizene.html#.YWmoyBpBxPY (dernière consultation le 04 octobre 2022)


Faire en français signifie chier. Exemple : Ne forçons pas notre talent, Nous ne FAIRIONS rien avec grâce. Aragon, Traité du style, 1928.

En 1970, un jeune artiste belge de 23 ans décide, par vasectomie, c’est-à-dire section ou ligature des canaux par où passent les spermatozoïdes, de se faire stériliser : façon, dira-t-il, de « tourner le dos au jeu des générations, résolument ». L’individu est étrange, il se définit comme « Petit Maître liégeois », « Artiste de la médiocrité », son registre de prédilection est la dérision, la farce, le « lamentable » revendiqué, le ratage délibéré. Plus tard, il définira cette opération comme une « Sculpture interne », évidemment invisible (l’art ne passe plus seulement dans la vie, mais dans l’interruption de sa transmission). Aucune pose emphatique, chez lui : la « vasectomie » deviendra une chanson consternante de son « Minable Music-hall » (hilarante, au demeurant), il ira jusqu’à en donner, dans une de ses performances, une version parodique, outrancièrement métaphorique (par exemple, en sortant de sa braguette un concombre, ou d’autres légumes de forme oblongue, et en les sectionnant au hachoir, devant lui, avec une euphorique frénésie). Il n’empêche : même assorti de bouffonneries, le geste est radical, irréversible, et d’une certaine façon métaphysique. Si le monde est insensé, grotesque, bâclé, ridicule, pitoyable, rien d’autre à faire que d’en rajouter. Si l’art s’épuise dans la confusion, la nullité prétentieuse, autant traiter cela par surenchère, et accentuer rieusement sa débâcle. Si l’humanité est ratée, il ne s’agit plus seulement d’opposer la création à la procréation, de montrer leur incompatibilité fondamentale (ce qui correspond à un minimum de lucidité), mais de congédier, au-delà, toute croyance envers la nature humaine : il n’y a en somme aucune nécessité à participer à la reproduction de l’espèce, dont rien n’indique (sinon une aveugle pression biologique, que toutes les religions ont codifiée) qu’elle soit même désirable. Il faut sentir, chez Jacques Lizène, l’héroïsme secret d’un tel geste, d’une négativité sans compromis et sans appel.
Du coup, la question peut se poser : faut-il prendre pour argent comptant la protestation de « médiocrité » dont Lizène pare son activité ? Sa volonté affichée de pratiquer un art « sans talent », d’annexer le territoire du « sans importance », de tendre vers la « nullité » ? D’une certaine manière, oui, bien évidemment, s’il s’agit de traiter par la dérision l’art « noble », sublimé, emphatique, pathétique – et Lizène, manifestement, plus que du côté des iconoclastes (comme Duchamp), qui ont congédié le principe esthétique (et le « rétinien »), se situerait plutôt du côté de ceux qui ont corrompu l’art de l’intérieur (Picabia, le Magritte de la  « période vache », Kippenberger), avec une conjonction de cynisme, d’irrespect, et de sens aigu du sabotage. Mais pour autant, on ne saurait s’interdire de percevoir que chez Lizène, en quelque sorte, l’art « revient » – mais à une autre place. La rétrospective récente qui lui fut consacrée à Anvers le laissait deviner : par l’impressionnante cohérence de son parcours, par la prodigieuse accumulation d’inventions formelles qui le scandent, par une subjectivité échappant à toute norme, et entièrement tendue vers une ruine ou un désastre qu’il s’agit de sans cesse réactiver – et aussi par la grâce paradoxale qui imprègne ses installations, ses objets, ses performances, ses manipulations d’objets, fût-ce au cœur du chaos le plus délibéré. Et peut-être n’est-ce pas complètement étranger à cette négativité secrète, héroïque, que je viens de mentionner : et qui pourrait bien constituer le point focal, dérobé, autour duquel tout le reste tourbillonne.
L’énergumène circule, s’agite, palabre, s’esclaffe, se saoule à mort, dérive dans les rues toute la nuit, s’endort une heure ou deux, rejaillit, s’amuse, fait le pitre, pontifie, voit ses amis (il en a beaucoup, indéfectibles), invente une blague par minute, une farce tous les quarts d’heure, théorise à la cantonade, puise dans son répertoire quand il est à court, ne se plaint strictement jamais, boit encore, et semble ne rien prendre au sérieux, sinon l’absence de sérieux. Il est tour à tour ironique, admiratif, enthousiaste, vaseux, génial, consternant, délicat (notamment lorsqu’il se risque à danser le tango ou le paso-doble), précis, approximatif, attentif, calamiteux, trivial, élégant, déconnant, extravagant, d’une drôlerie permanente, et en quelque sorte obstinée. Son œuvre, on le sent bien, n’est qu’une série d’actes. Exécutés en légèreté, comme si rien ne devait « prendre » (d’où son apologie de l’inabouti, du ratage). Par exemple, peindre avec sa propre matière fécale, sur un motif de « mur de briques » – en contrôlant systématiquement ce qu’il mange, pour obtenir la couleur désirée, à la nuance près. Recenser, en les filmant, le plus grand nombre possible de visages (tâche énumérative absurde et par définition infinie). Cumuler, sur son propre visage, et à tous les âges, le plus grand nombre possible de « Tentatives de sourire ». Élaborer une foule de « Sculptures nulles » (montages d’éléments hétéroclites, dont la réunion est hautement improbable), ou d’architectures foireuses (plus le bâtiment est mou, plus ça lui convient). Entasser des tableaux, en vrac, dont on ne voit le plus souvent que l’envers, les châssis (ce sont des « Placards »). Fracturer des meubles, et les raccorder de manière à ce qu’ils se cassent la gueule. Accrocher des tableaux (convoqués de façon plus ou moins aléatoire) en les penchant outrageusement, jusqu’à susciter une impression d’éboulis, de « Naufrage ». Intégrer à ses installations des bouffées de fumée, aussitôt promues « sculptures ». Tracer sur une chaussée les bandes jaunes d’un passage piétonnier, mais zigzaguant, fissuré en son centre, et sur lequel viennent s’écraser deux formes vaguement humaines, peintes dans un style « néo-rupestre », écrire des chansons impayables, volontairement stupides, gâteuses, ou truffées d’énormités («La banane n’est pas l’ananas»), mais soutenues par un rythme impeccable, les interpréter avec un look et une dégaine de punk déjanté, et même organiser, à partir de là, tout un «Minable Music-hall». Professer qu’on peut mettre n’importe quoi sur des roulettes, et le montrer. Proposer, dans ses expositions, des « Lotissements de cimaises » (où les copains sont invités à accrocher leurs œuvres). Pratiquer des greffes défiant toutes les lois naturelles (des croisements d’arbres, par exemple : un sapin se prolonge en palmier), construire des meubles hybrides (une chaise moitié Louis XV, moitié Bauhaus), étendre ce principe à toutes les sculptures, à toutes les images (c’est le registre « génétique » ou « syncrétique »), dans une sorte de dérèglement généralisé des formes naturelles ou culturelles dont nous avons l’habitude. Faire coïncider, dans la foulée, les deux moitiés de deux visages différents (on peut ainsi obtenir des mixtes particulièrement incongrus, des portraits croisés de Freud-Hitler, ou de Proust-Kafka, ou faire se télescoper le masque de « noire » et le visage de « blanche » que Man Ray s’était contenté de confronter). Inventer, selon ce même parti pris, des titres de livres, à écrire, soit en permutant les mots de titres existants (la Décomposition du précis, Des jeunes filles à l’ombre des fleurs), soit en « syncrétisant », à nouveau, deux titres de romans célèbres (la Recherche du bout de la nuit, qui peut du reste s’inverser en Voyage au bout du temps perdu) … Ou encore : intégrer à l’une de ses installations des aboiements enregistrés, à destination des chiens du quartier (qui ne manquent pas, dès lors, d’accourir, et de devenir partie prenante de l’œuvre d’art, en frétillant). S’aviser que Picasso, qui a la réputation d’avoir tout peint, n’a jamais figuré d’avion, et s’évertuer, en conséquence, à dessiner des avions dans le style de Picasso, avec suffisamment de maladresse (ou de « médiocrité ») pour qu’on ne puisse pas s’y tromper. Perturber (par une hybridation, encore) toutes les classifications de l’art décoratif (c’est le « néo-déco », conçu parodiquement sur le modèle des courants postmodernes, néo-pop ou néo-géo). Installer dans une performance-concert une bétonnière en mouvement, emplie de billes qui s’entrechoquent, censée produire une base rythmique infernale (il se trouve que Kantor, dans l’un de ses spectacles, avait eu une idée assez proche, mais il est peu probable que Lizène en ait été averti : « hasard objectif » …). Interroger les limites du « perçu » et du « non-perçu » (par exemple : deux pendules photographiées alors qu’elles marquent exactement la même heure, mais les photos ont été prises à une journée d’intervalle) – vague prolongement de la spéculation duchampienne sur l’ « inframince ». Mettre des faux-nez à toutes sortes de portraits. Organiser une exposition en plongeant la galerie dans le noir complet (mais l’obscurité est parfumée). Ou encore : filmer un groupe de copains qui « jouent au train », comme les enfants, en faisant teuf-teuf – et décréter que c’est là un remake d’un des tout premiers films de l’histoire du cinéma, l’Entrée du train en gare de La Ciotat. Filmer ce qui est ordinairement négligé ou méprisé par les codes cinématographiques ordinaires : effectuer, par exemple, d’interminables travellings sur des bordures de murs ou de trottoirs, ou sur les jambes des passants. Pratiquer des trous dans la perception – comme dans ces « bords de corps » où l’image d’une jeune femme nue est évidée en son centre, ce qui fait que l’on est frustré de tout ce qui focalise habituellement l’attention (visage, seins, ventre, sexe), et réduit à l’imaginer. Tenter de dresser une caméra (comme si c’était un chien, encore), l’amener à s’immobiliser, à se coucher, à « faire le beau » – l’image n’étant que la résultante de ce dressage. Se filmer soi-même en train de jouer avec le cadre défini par la caméra, et fonder une série de pitreries sur la façon de sortir du champ, d’y entrer, d’échapper à la « surveillance », ou de « contraindre le corps » à s’inscrire dans ce cadre (se ramassant sur lui-même au fur et à mesure que l’objectif s’approche et que le plan se resserre). Tenter l’expérience de jouer de la musique « à l’envers », en inversant systématiquement les notes de partitions célèbres (Mozart, par exemple), mais en respectant scrupuleusement tous les autres paramètres (si bien que contre toute attente le compositeur est aisément identifiable) – et redoubler la facétie en plaçant l’interprète lui-même « à l’envers » de sa position conventionnelle (accroupi sur la table du piano, donc face à un clavier inversé). Ou encore : creuser un trou rond dans une plaque de bois ou de carton, se glisser derrière, y introduire son sexe, l’attacher à une ficelle, le secouer dans tous les sens, et à tous les rythmes – c’est le désopilant « Sexe Marionnette », dont le performer commente les soubresauts désordonnés d’une voix tout à la fois stupide et excitée, comme s’il s’agissait, une fois de plus, d’un chien-chien… Tout cela ne sort pas du registre de la bouffonnerie, du gag, de la dérision ? Certainement – mais on ne peut cependant qu’être ébloui par la profusion (et la richesse) de l’imagination qu’une telle dérision mobilise ; et cela, d’autant plus que chacun de ces actes autorise toutes sortes de reprises ultérieures, de variantes, de remises en chantier, de « remakes ». D’où, pour reprendre une formule de Georges Bataille, une « agitation burlesque et incohérente » s’opposant au domaine de l’ordre, de la raison, de l’autorité, de tout ce qui est « harmonieux et réglé ». Comme si le monde de l’art (avec ses valeurs) ici se renversait, comme s’il était soumis à un processus de dérèglement systématique (et incroyablement proliférant) – mais sans jamais céder, pour autant, au pathos ou au romantisme du nihilisme convenu. Lizène, ainsi, serait en définitive l’artiste qui « ne respecte rien », mais qui, par l’accentuation de sa « puérilité parfaite » (la formule est de Bataille, encore) se situerait aux antipodes de ce conformisme de la rébellion ou de ces insolences inoffensives formatées dont nous sommes submergés (et pas seulement dans le domaine de l’art contemporain).
Aussi bien Barthes que Baudrillard l’avaient noté : certains slogans subversifs ou révolutionnaires, notamment dans le champ des avant-gardes artistiques, ont bien fini par se concrétiser, mais pas du tout comme on l’attendait. C’est ainsi, par exemple, que certains mots d’ordre des écrivains futuristes russes (fabrique de textes, écriture collective, etc.) caractérisent exactement la pratique du rewriting dans la grande presse commerciale ; que l’incitation dadaïste à « brûler les bibliothèques » a trouvé des échos fâcheux dans l’Allemagne des années 30 ; ou que l’appel situationniste au « détournement » alimente désormais les pires banalités du langage publicitaire. Il en va de même, en quelque sorte, pour ce mot de Duchamp, souvent revendiqué par Lizène : « Il faut abolir l’idée de jugement ». Formule provocatrice, bien évidemment justifiée face à la tyrannie des normes, ou du bon goût, et aux hiérarchies imposées par une conception de l’art normative et prescriptive (y compris, du reste, cet « académisme duchampien » largement propagé dans la plupart des écoles d’art). Or, il se trouve qu’aujourd’hui, d’une certaine façon, le « jugement » est en voie d’être effectivement aboli. La prolifération exponentielle des «productions artistiques» semble désormais être passée au-delà de sa masse critique, et avoir outrepassé tout principe esthétique; d’où le remplacement progressif de l’exercice critique (supposant des débats, des engagements, des évaluations, des critères affichés) par la pure et simple activité promotionnelle : la quasi-totalité des revues d’art sont devenues des sortes de catalogues indifférenciés, où l’on chercherait en vain le moindre parti pris, le moindre jugement de valeur argumenté (les «débats sur l’art contemporain» dans une radio comme France Culture poussent cette démission critique à son comble). C’est pourquoi cette référence à Duchamp, chez Lizène, doit pour le moins être nuancée. Car d’un côté, elle est parfaitement légitime dès lors qu’il s’agit de fuir les hiérarchies admises, de s’approprier le « médiocre », le champ de ce qui est couramment déprécié ou méprisé. Mais d’un autre côté, il est clair que Lizène construit sa propre hiérarchie, ses propres filiations, ses propres valeurs (fussent-elles négatives), comme tout artiste authentique (par exemple : lorsqu’il proclame que Man Ray, pour lui, est plus important que Duchamp). Ainsi lorsqu’il dit de l’une de ses réalisations : « Tout le monde peut en faire autant », il ne manque jamais d’ajouter : « Mais la place est déjà prise » … Preuve qu’il est pour lui au moins un critère de jugement (celui de l’invention, de l’originalité) qu’il ne saurait être question d’évacuer.
Du dadaïsme (visant à faire passer la poésie dans la vie) à l’attitude situationniste (critiquer l’art comme activité « séparée », lui substituer des « créations de situations »), il est tout un courant de la modernité, auquel manifestement Lizène se rattache, pour qui le plus important est de savoir « faire de sa vie une œuvre d’art », au-delà du fétichisme de l’œuvre. C’est pourquoi il n’est pas interdit d’assimiler cela à un certain dandysme, définissant lui-même, pour les artistes contemporains, une constellation d’élection (Jarry, Cravan, Picabia, entre autres). Lizène lui-même n’hésite pas à se réclamer d’un certain « Art d’attitude », il a entretenu à ce titre des rapports étroits avec quelqu’un comme Harald Szeeman, le promoteur de la fameuse exposition Quand les attitudes deviennent forme (1969). Et de fait, il suffit de le fréquenter un peu pour s’apercevoir qu’il est «artiste» vingt-quatre heure sur vingt-quatre, et pas seulement lorsqu’il réalise des œuvres, des installations, des performances ou des films-vidéo : l’œuvre, d’évidence, est un reste, une trace, qu’il ne s’agit d’ailleurs pas du tout de déprécier (Lizène apporte un soin maniaque à l’archivage de ce qu’il a élaboré, à la datation précise de ce qu’il montre), mais qui ne prend tout son sens qu’en fonction d’une «attitude» générale et permanente, où c’est sa propre vie qui peut être perçue comme une «œuvre d’art» (aucun relâchement, aucune concession à la banalité). Un certain dandysme, donc – mais à condition de préciser que là où le dandysme ordinaire vise à la distinction (au double sens du mot), Lizène le fait quant à lui basculer du côté de la trivialité, du ratage, ou de ce qu’il nomme la « banlieue de l’art » ; ce serait, en quelque sorte, un dandysme négatif, désenchanté, désublimé, désidéalisé (il est le contraire exact, sur ce point d’un « flambeur » comme Picabia). Il ne faudrait pas sous-estimer, par ailleurs, l’importance de sa formule : « L’art d’attitude est un prolongement du produit » Autrement dit : si l’œuvre (le produit) n’est qu’un reste, elle n’en est pas moins, par l’état d’esprit qu’elle met en jeu, et même les partis pris esthétiques qui la gouvernent, la cause de la vie qui l’englobe, des « attitudes » qui en sont la corrélation. Comme s’il s’agissait moins, pour lui, de substituer la vie à la création, que tout bonnement, de vivre comme il crée (avec la même intensité et la même désinvolture).
Peindre avec sa matière fécale, c’est, pour Lizène, « devenir son propre tube de couleur ». Principe radical d’autarcie, qui n’est sans doute que l’une des formes d’une pratique généralisée du recyclage : car Lizène ne cesse de recycler ; tout aussi bien les œuvres des autres – qu’il accumule, qu’il expose (parfois en les retournant, ou en les entraînant dans un «Naufrage» par leurs accrochage même), qu’il soumet à toutes sortes de greffes, d’hybridations, de croisements «génétiques» – que ses propres réalisations, sans fin reprises, relancées, développées, variées, transposées (les «remakes»). Cette propension au recyclage pourrait bien faire apparaître Jacques Lizène comme le plus écologiste de tous nos artistes : celui qui a pris conscience de l’épuisement des ressources culturelles, et qui modifie son art (et sa vie) en conséquence ; celui qui perçoit que l’art est aujourd’hui soumis à un régime de surproduction qui en transforme, si l’on peut dire, le « climat » ; celui qui incite à pratiquer une véritable décroissance esthétique, là où tant d’autres continuent à croire au progrès (1).
Il y a certains petits motifs, chez Lizène, qui se retrouvent d’un registre à l’autre, circulent, et finissent par former tout un jeu d’échos à distance et de liaisons souterraines. Ce sont parfois des signes plastiques (les silhouettes, toujours sexuées, des dessins «néo-rupestres»), parfois des éléments physiques (la «Fontaine de cheveux», qui peut passer des dessins aux performances live, la gestuelle «de pantin», qui peut s’étendre du sexe au corps tout entier, le sourire édenté), parfois des récurrences d’attitude (le rire sarcastique et nasillard, qui ponctue nombre de réalisations ou d’actions) ou des formules répétitives et disséminées («Encore une œuvre de faite !» « Encore raté ! »). Ces motifs n’ont pratiquement pas de valeur symbolique (contrairement aux Leitmotivs wagnériens), sinon de constituer une image de marque, un indice de personnalisation. Mais leur fonction est surtout de former, en apparaissant ponctuellement dans les champs d’action les plus divers (dessins, performances, installations, vidéos), un réseau de corrélations, un vocabulaire ramifié : cette œuvre, qui pourrait sembler dispersée, aléatoire dans son développement, est en réalité très savamment orchestrée.
 

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(1) Ce paragraphe relève bien évidemment de ce que Baudrillard nommait une « théorie ironique ». Je suis un peu gêné de le signaler – mais il en est, apparemment, même parmi les meilleurs artistes (j’en ai fait récemment l’expérience), qui sont rigoureusement incapables de repérer l’ironie d’un énoncé – celle-ci ne disposant d’aucun signe typographique permettant de la spécifier…

 

 

Il existe une vidéo où Lizène s’insère dans le contexte de l’art belge, et n’hésite pas à en promouvoir, de façon quasi anthologique, les créateurs qui lui sont contemporains. Ce qui, d’évidence, ne relève en rien des obsessions identitaires, des idéologies de l’enracinement, ou de douteuses mythologies du « génie du lieu », mais témoignerait plutôt de ce qui le rattache à un état d’esprit spécifique, dont il ne dénie rien. Certaines chansons de Brel font partie de son folklore (même s’il les affecte, le plus souvent, d’un sensible coefficient de parodie). Bien entendu, le carnaval grinçant de James Ensor ne lui est pas étranger – et l’on peut considérer que la pomme venant se substituer à un visage (image célèbre de Magritte) est déjà une « sculpture génétique » avant l’heure. Mais il ne faudrait pas sous-estimer, surtout, sa proximité avec certains artistes surréalistes ou néo-surréalistes belges (Broodthaers, Mariën), ou même, ce qui est plus implicite, avec les équivalents littéraires, très singulièrement belges, de ce courant, dadaïstes (je pense à Clément Pansaers, l’auteur de ce chef-d’œuvre qu’est le Pan Pan au cul du nu nègre) ou surréalistes (de Nougé à Scutenaire). Or ce qui caractérise cette mouvance, c’est d’avoir délibérément introduit le registre de la truculence au cœur même de son art – là où les surréalistes français, par exemple, beaucoup plus « nobles », s’en sont toujours soigneusement écartés (à l’exception notable de Benjamin Péret). C’est ce qu’il y a de plus « belge », je crois, chez Lizène : les quêtes de l’insolite, les effets d’incongruité, le passage au-delà de toute logique et de toute raison, n’excluent jamais complètement les énormités, ou la présence d’un rire gras.
Je pense à Cravan : « Dans la rue, on ne verra bientôt plus que des artistes, et l’on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme.» Eh bien, la prophétie est en passe d’être réalisée – et le dernier « homme » (celui que l’on rencontre parfois dans certaines rues ou certains bars de Liège) ne peut que prendre la figure d’un anti-artiste radical, celui qui s’évertue en toute circonstance à saper la religion de l’art – de façon systématique, enjouée, drôle, constamment inspirée.
L’énergumène, un jour, est invité chez Marion Meyer, au milieu d’autres artistes d’une exposition où il figurait. L’appartement est constellé d’œuvres de Man Ray (photos, tableaux, objets) – et cela semble le rendre tout à fait heureux, presque extatique. Vers minuit, alors que tout le monde s’en va, il décide qu’il va dormir là, et s’allonge sous la table, « pour ne pas déranger » … Nous avons toutes les peines du monde à l’en extirper. Comme la nuit n’est pas finie (avec lui les nuits ne sont JAMAIS finies), il se retrouve chez moi. Le loft où j’habite dispose d’un bar, cela paraît le consoler un peu d’avoir été chassé du Paradis, il s’installe sur un tabouret, commence à boire, renouvelle les commandes comme si c’était un VRAI bar, disserte, élabore une théorie toutes les cinq minutes, soutient, à un moment, que le créateur le plus important de la modernité n’est pas Duchamp mais Man Ray (et là, je le soupçonne d’être tout à fait sérieux), m’impose de passer un CD de Léo Ferré, reprend Comme à Ostende à l’unisson, veut n’écouter que cela jusqu’au petit matin… J’avoue ne pas me souvenir comment cela s’est terminé… Son seul commentaire, le lendemain : « Magnifique ».
Le registre des « sculptures génétiques » participe du double principe du collage et du montage – tel qu’il est présent dans nombre d’œuvres canoniques de la modernité (Max Ernst, avant tout, mais aussi Eisenstein, Heartfield, Erró, Rauschenberg, Godard, Jorn, etc…). Pour Lizène comme pour tous ceux-là, il s’agit de faire entrer en collision deux éléments hétérogènes (prélevés dans les registres les plus divers), suffisamment éloignés pour produire un effet de heurt ou d’incongruité (il s’agit de réunir ce qui logiquement n’aurait jamais dû l’être) et pourtant ajustables, harmonisables (la rencontre doit aussi avoir un caractère d’évidence). Mais ce qui singularise Lizène, c’est que l’effet de surprise ou d’émerveillement n’est jamais dénué d’une certaine dimension burlesque (seuls quelques collages d’Erró s’aventurent dans cette direction-là), résultant notamment d’une transgression des classifications et des hiérarchies admises. D’où par exemple, le «montage» d’une statuette d’art primitif et d’une sculpture classique ; l’hybridation de deux ou plusieurs visages (Freud-Hitler, Proust-Kafka, Lizène-Picasso) ; l’irruption d’un regard féminin dans l’image du buste de Sade par Man Ray ; l’ajout d’éléments farcesques et perturbateurs (les faux-nez) à certains portraits ; la création d’objets paradoxaux (la Guitare-pioche, la Guitare à deux manches) ; le télescopage de deux moitiés de meubles (chaises, canapés) appartenant à des styles opposés ; l’invention de végétaux d’une « dualité » défiant toutes les lois de la nature (un sapin «mutant» soudainement en palmier, un arbre dont le tronc se développe brusquement à l’horizontale, en formant un angle droit) : les variations, on le sent, sont infinies. Mais ce qui fait la singularité de Lizène, aussi, dans ce répertoire, c’est qu’il peut se concrétiser dans tous les langages dont il dispose : ces collisions peuvent tout aussi bien s’incarner dans des collages d’images ready-made, des dessins tracés à la main, des créations d’objets (résultant à l’occasion de ces dessins), des vidéos (les techniques de l’incrustation, ici, font merveille) des détournements de sculptures, des actions de rue (l’inénarrable performance où il aborde les passants, pour leur apposer sur le visage le fragment photographié d’un autre visage, les transformant de facto en sculptures génétiques vivantes), et même des inventions de symboles (son fameux drapeau belge, peut-être pas entièrement ironique, résultant de la conjonction de la moitié du lion flamand et de la moitié du coq wallon…).
C’est même pourquoi les vidéos de Jacques Lizène ne constituent pas un registre autonome, et ne sont pas séparables des autres aspects de son œuvre. Il faudrait distinguer, du reste, trois registres dans l’utilisation que fait Lizène de la vidéo. Les films « documentaires », d’abord, où il s’explique, commente son œuvre ou celle des autres (c’est sa parole, ici, qui compte le plus, même s’il ne faut pas négliger la part irremplaçable prise par ses mimiques, ses rires, sa gestuelle, son look, qui disent parfois tout autre chose que son discours, ou permettent de le relativiser). Les films, ensuite, où il s’est contenté de filmer (ou de faire filmer) telle performance, telle action, ou telle séance de « Minable Music-hall » : c’est le registre de la vidéo comme trace, reflet, accordant une part d’éternité (ou du moins de longue durée) à ce qui n’avait pour visée, initialement, que de surgir dans l’instant. Les films, enfin, où il tire partie de la spécificité du support, multiplie les incrustations, dénaturalise les codes et les conventions du genre, joue avec le cadrage, invente des formes inédites de montage, transforme la caméra en personnage : la vidéo, en ce cas, est l’un des registres de son art, et non plus son simple enregistrement. Il peut certes exister, entre ces trois catégories, des porosités, des zones de contaminations ou d’interaction – mais il ne fait aucun doute que dans ce domaine, Lizène est bien un créateur à part entière : ne serait-ce que parce que la vidéo perturbe les limites entre l’art et la vie, entre la représentation et l’action concrète immédiate, entre les œuvres «faites pour survivre à l’artiste» et celles qui impliquent sa participation physique (et devraient normalement disparaître avec lui) – et que de cette perturbation, il sait, à chaque fois, tirer le meilleur parti qui soit.

Un autre soir, l’énergumène se trouve chez moi, dans la maison dont je dispose à la campagne, en Provence, après une exposition où j’ai rassemblé, dans la petite galerie du village, une quinzaine d’artistes. La plupart sont présent, ainsi que d’autres compagnons (notamment écrivains) de ces récréations d’été désormais rituelles. Lizène découvre qu’il y a là un bar, et tout naturellement s’y installe. Il commence une conversation, ponctuée de mouvements voltigeant des deux mains, son interlocuteur s’en va, un autre le remplace, puis un autre – mais Lizène, lui, continue à poursuivre son propos, comme si c’était toujours le même, comme s’il ne percevait pas la permutation de ceux auxquels il s’adresse (d’une voix, au demeurant, de plus en plus inaudible, au fur et à mesure que les verres se vident). Au bout d’un moment, il proclame qu’il va « faire un tour », sort de la maison, fait quelques centaines de mètres dans le village, tourne à un coin de rue, puis à un autre, et se retrouve devant un bâtiment dont le rez-de-chaussée est éclairé (le seul, apparemment, à cette heure avancée de la nuit). Persuadé qu’il s’agit d’un café resté ouvert, il entre, tombe au milieu d’une foule passablement avinée et enfumée, se dirige vers le comptoir, s’y accoude – et ne s’aperçoit absolument pas qu’il est tout simplement revenu chez moi… Une fille est là, légèrement vêtue, qu’il aborde comme s’il s’agissait d’une hôtesse, ou d’une pute venue boire le dernier verre après ses passes – et il ne comprend pas du tout pourquoi celle-ci, subitement, éclate en sanglots… Il en garde manifestement une certaine honte (même s’il ne peut s’empêcher, aussi, d’en rire). Il me racontera cette histoire, beaucoup plus tard, à Anvers, un soir, et tiendra absolument à la faire authentifier par un témoin (le pauvre Philippe Mayaux, appelé au téléphone en pleine nuit, confirmera en tous points les faits, et nous livrera même l’identité de la victime de cette méprise). Ce sera la seule fois, en tous cas, où j’aurai vu Jacques Lizène manifester quelque chose comme un remords.
Lizène, donc, se rattache (même si c’est le plus souvent sur un mode bouffon, burlesque, sinon parodique) à ce courant de la modernité selon lequel l’art doit cesser d’être « séparé » (selon le terme de Guy Debord) de la vie quotidienne : d’où, notamment, le choix de proposer des performances (des actions réelles) plutôt que des représentations scéniques, des objets ou des installations plutôt que des représentations picturales, des vidéo-performances plutôt que des représentations filmiques. Mais par un autre côté, il n’est pas indifférent à cette autre veine de la modernité (ou de la postmodernité) qui enregistre que nous vivons une époque où les « reproductions », justement, ont tout envahi, où nous sommes submergés et saturés d’images de toutes sortes, relayées et diffusées par des moyens techniques sans précédent, où les créations artistiques de toutes les époques et de toutes les civilisations sont désormais disponibles pour tous, à chaque instant – et qui postule qu’un artiste se doit de traiter cette situation, au lieu de l’ignorer. Or, il est significatif de voir comment Lizène répond à cette tension entre deux partis pris esthétiques apparemment antagonistes : tout simplement, en transformant ironiquement cette disponibilité et ce réservoir infini d’images en « performance », en « Art d’attitude ». C’est-à-dire en puisant dans ce répertoire illimité, mais en opérant par exaspération, surenchère, en effectuant une confusion délibérée entre les œuvres d’art réelles et la profusion de leurs reproductions (un peu à la façon des Carabiniers de Godard, qui croient avoir gagné à la guerre toutes les merveilles du monde, alors qu’ils ne disposent en fait que de leurs images en cartes postales). D’où l’idée, chez Lizène, de «collection virtuelle», comme s’il s’agissait de prendre à la lettre, au premier degré, ce que Malraux désignait comme «musée imaginaire» (et qui recouvre, on le sait, tout autre chose) : c’est ainsi qu’il feint d’intégrer à sa «collection» toutes les œuvres qui lui conviennent, qu’il se les approprie, qu’il s’en sert le cas échéant comme matériau pour ses propres manipulations, qu’il propose parfois de les exposer ou de les revendre – qu’il se comporte comme s’il les possédait réellement… Ultime farce, ultime facétie, dont rien n’interdit de penser qu’elle puisse donner lieu éventuellement, à de nouvelles œuvres réelles – mais qui indique surtout qu’il n’est de meilleure riposte, pour lui, à l’extension des simulacres que d’en rajouter, de susciter des simulacres supplémentaires ; d’autre stratégie au défi de la virtualité que d’inventer, en riant, une hyper-virtualité.

 

 

- Antoni Collot, « Matière fécale (Merde, MerdRe) » (à propos de la Peinture à la matière fécale lizénienne), in Jacques Lizène, Tome 3, Yellow Now - L’Usine à Stars / galerie nadjaVilenne, Liège, 2009, pp. 39-40 (ouvrage publié à l’occasion de l’exposition Le(s) Moi(s) de Lizène, MuHKA, Musée d’art contemporain d’Anvers, 31 janv-27 mars 2009).

Ma grand-mère avait écrit sur les murs des double vécés : « Vous, qui arrivez en riant, prenez garde de ne mourir en faisant car Dieu punit de mort celui qui fait sur les bords. »Au dixième mois du calendrier pataphysique (le mois de MerdRe ), à peu près, Jacques Lizène naît à la clinique d’Ougrée, dans la banlieue entrepreneuse de Liège. Quelques décennies plus tard, retournant sur les lieux, celui qui est devenu l’artiste de la Médiocrité a la confirmation d’une idée qui lui trotte dans la tête. Le mur qui fait face à la clinique est en brique rouge ! Sa première vision du monde après le visage de madame Lizène et ceux du personnel médical, fut donc un mur de briques à l’infini de sa mesure de nouveau-né. Autre événement essentiel de sa trajectoire, en 1977, il commence la réalisation d’un mur de briques peintes avec sa propre M… Mur qu’il envisage de poursuivre inlassablement, ou plutôt avec la plus grande des lassitudes. À moins d’avoir un goût affirmé pour la psychanalyse de drugstore, aucun rapport logique ne semble se dessiner derrière cette relative coïncidence. Il en existe cependant un : la narration de ses propres annales. Lizène se raconte et nous raconte sa propre vie. Reconsidérer les briques face à la clinique d’Ougrée au regard de son œuvre, c’est assujettir l’ensemble de sa vie à son art. Faire de ce dernier l’attitude qui préside à tout acte de la délivrance à la délivrance, en passant par l’expression (au sens strict). Expression limitée par une Vasectomie (1970) et par le désir de se maintenir au rang de la Médiocrité. Habitant le monde en artiste, Jacques Lizène, fait œuvre de chaque action. Il est en ce sens l’artiste emmerdant par excellence puisque la moindre bière qu’il boit, la moindre partie d’échec qu’il ne joue pas, sont frappées du sceau : « Ceci est une œuvre d’art, ou pas. » Besogne d’art médiocrissime, certes, emmerdante souvent comme le sont les tâches ménagères (cf. la citation de ma grand-mère). Précisément, Lizène assure faire toujours la même chose pour donner tout son sens à l’expression : « une œuvre emmerdante ». Et se prend au mot en utilisant sa M… comme médium pictural.Si on peut remarquer un certain attrait pour la défécation dans ses dessins dès 1966, où il met en scène des personnages assis sur des toilettes, le premier emploi de la peinture au caca (comme il aime à la baptiser) date de 1977. Où est exposée, au Jardin Botanique de Bruxelles, une toile monochrome marron. Il s’agit d’une peinture réalisée selon la technique de l’aplat – que Lizène a apprise aux Beaux-Arts de Liège – réalisée avec une seule déjection afin de préserver une cohérence chromatique. Cette première peinture fécale était accompagnée de quelques photographies d’aliments ingérés pour en fabriquer la couleur. Lizène est ainsi fidèle au précepte qu’il définit dans la nuit du 7 au 8 mars de la même année : « Devenir son propre tube de peinture », et, pour ce faire, contrôler son alimentation afin d’obtenir, je cite, « des coloris variés et délicats ». Ce monochrome a été jeté par le concierge qui faisait office de gardien d’exposition. On peut considérer cet acte comme les représailles du gardien qui a dû endurer l’effluve de la M… durant toute la phase d’exposition. Mais il est difficile de délier cet acte de toute implication morale, de litige esthétique. C’est suite à la perte de ce monochrome que le Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle entreprend la réalisation d’une toile de six mètres de long sur laquelle il trace avec sa M… la représentation d’un mur de brique. Cette œuvre titrée Peinture analytique (analitique), sans Y, sera exposée au Cirque Divers l’année suivante, puis en 1979 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et à la galerie ADDA de Marseille. Elle perd alors son premier titre pour prendre celui de Mur des défécations. Quelle place pour ce mur sur nos murs ?
Je suis l’heureux propriétaire d’un fragment de mur à la M…, longtemps je n’ai pu transformer mon espace domestique en scato logis. Ma compagne d’alors ne souhaitant pas – par principe –  arguait-elle, voir exhibée de la M… dans notre salon ou ailleurs ; les doubles vécés. Elle ajoutait : « J’aime bien l’idée, mais je n’aime pas l’odeur. » Elle apportait d’autres arguments à son refus :
1. Ce serait comme si tu me faisais la même blague tous les matins au réveil. Ou pire, comme si nous vivions dans une architecture humoristique de Venturi.
2. C’est dégoûtant.
Je m’interroge sur ce second argument ; en effet dans le dégoûtant, n’est-ce pas l’absence de goût qui crée la répugnance ? A-goûtant, en somme. La présence quotidienne d’une telle œuvre de M…serait donc susceptible de mener son regardeur à la perte du jugement de goût.
Hypothèse envisagée et souhaitée par Lizène soi-même, qui en forçant l’entrée de la médiocrité dans le domaine de l’art n’a d’autre dessein que d’en finir avec la faculté de juger (peut-être). Il s’agit de purger le monde de la pensée critique via une purge diarrhéique.
Mais j’arguë que le rappel à la M… est aussi essentiel à l’Homme lucide que le Memento mori des vanités. Je ne sais si la M… porte bonheur ou si, comme le croient les Falis du Cameroun, les âmes y élisent domicile, d’où elles passent dans le corps des femmes, mais la valeur de la M… me semble imputrescible. La doxa psychanalytique a volontiers associé rétention, désir de garder ses chères fèces, et collection. Les collectionneurs de l’œuvre de Lizène sont à la fois dans la rétention et dans la curation (curateur… les lacaniens vont se réjouir) occupant la place de la Mère, ils n’ont de cesse de s’adresser à l’artiste en ces termes : « Mon petit, tu as fait un beau caca. »
Je commençais avec une citation de ma grand-mère, je finis avec une citation d’un enfant de quatre ans, à qui je demandais : d’où viennent les enfants ? Il me répondit : « Des fesses, et avant j’habitais dans le ventre de ma maman. »
Fatalement, à grandir dans le ventre et non dans l’utérus (donc à avoir été délivré par l’anus), que faire d’autre de sa vie que de merder (verbe dénominatif intransitif qui définit très intérieurement le fait d’échouer, et également tout dysfonctionnement qui aurait des conséquences périlleuses ou fatales. Un usage au sens « déféquer » est avéré dans des idiomes meusiens).

 

 

- biographie de Jacques Lizène en 2009, disponible en ligne à l’adresse https://www.exquise.org/auteur.php?id=1061 (dernière consultation le 5 octobre 2022)

Jacques Lizène est un artiste belge, né à Liège en 1946.
Et c’est en 1966, qu’il prend position pour l’Art sans talent. L’Art sans talent nous rappelle la posture de génie sans talent de Robert Filliou, que l’artiste liégeois aime citer. C’est aussi en 1967 que le même Filliou proclame la révolte des médiocres, comme un refus « d’être culturellement colonisé par une race auto-désignée de spécialistes de la peinture, de la sculpture, de la poésie, de la musique. »
Pour Lizène, Filliou c’est l’utopiste ; lui, il arrive bien après. Mais, ce n’est pas pour autant qu’il s’en éloigne. Bien au contraire. Lizène c’est la médiocrité à son paroxysme, vécue au quotidien. La médiocrité comme source de liberté. Mais attention, comme il le dit lui-même, il faut avoir les reins solides pour supporter les quolibets. La médiocrité est une attitude, celle du bancal, celle d’un artiste conceptuel comique, un artiste pour qui le rire est fort et moqueur, pour qui le sérieux est abominable.
Médiocres comme les copies de français que je pouvais rendre à une certaine époque. Médiocre, comme ce qui ne respecte pas les règles, comme ce qui est marginal. C’est bien Lizène, lui-même, qui se revendique banlieusard de l’art. Et l’art le lui rend bien. Même si l’on pouvait voir une première rétrospective au Mukha à Anvers au début de cette année 2009, même s’il est représenté par la très bonne galerie Nadja Vilenne, Lizène n’est pas de ceux qui se font les plus fréquents, que l’on nous rabâche à tout bout de champ. Trop médiocre l’artiste !
Pour Lizène, la médiocrité lui sert à lutter contre « l’impérialisme du talent ». C’est vrai ça, le talent et ses talentueux nous fatiguent, nous ennuient. Et Lizène, avec son rire inimitable, de les décontenancer. Tout ce qu’il fait est médiocre, nul, sans talent, bancal, sans importance, minable, proche de la fumisterie et de l’imposture. Lizène est le bout en train dans toute sa splendeur, ce dandy qui se fiche du jugement. Avec Lizène rien n’est sérieux, pas même la vie, encore moins l’art.
Lizène fait partie de ses artistes d’attitudes (ou même arteurs, voir Opus international numéro 22). « L’Art d’attitude est un prolongement du produit et non pas le produit comme chez les autres. Comprenne qui pourra. » L’art d’attitude, on l’aura compris, est un terme lizénien, bien éloigné de la définition de Ben. « J’ai créé le terme en 1965 pour définir l’attitude de non-procréation que j’avais décidé de prendre. J’avais déclaré que je ne procréerais pas et que l’espèce humaine devait en faire autant et s’éteindre gentiment à jamais. Pour définir cette position de manière plus globale et la définir par rapport à l’art, j’ai créé ce terme d’art d’attitude. »
On le voit bien l’art d’attitude, chez Lizène, prend naissance avec cette première sculpture invisible, cette vasectomie qu’il a donc fait réaliser en 1970. Jean-Michel Botquin écrit que « la vasectomie lizénienne est l’image même d’un art qui se refuse à la production, à la productivité. » Ce geste, cette sculpture interne, alimente la mythologie individuelle débutée par cette auto-proclamation de Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle. L’art d’attitude chez Lizène relève bien du dandy, de cet homme qui erre sans attacher grande importance à ce qu’il fait. Et Jean-Michel Botquin de dire aussi que « l’œuvre dès lors construite n’est qu’une suite de fantaisies inabouties, une façon de passer le temps en attendant la mort. » Lizène propose alors à l’espèce humaine de s’éteindre, car c’est « en regardant le reste du monde que j’ai décidé de ne jamais procréer. »
Lizène, c’est cet artiste total, un artiste qui fait de la peinture avec sa merde, devenant ainsi son propre tube de peinture (mur en brique peint avec sa propre merde en 1977), c’est cet artiste qui fait de la musique à l’envers, qui bricole le langage, qui joue avec la vidéo, qui s’amuse au quotidien. Son art c’est lui, et lui c’est le rire, ce rire que l’on perçoit dans chacune de ses pièces, dans chacun de ses dessins nuls, ou sculptures médiocres, ce rire qui dérange, qui fait mal, qui met mal à l’aise. Et finalement, Lizène incarne l’artiste qui arrive parfaitement à allier l’idée à la blague, avec folie, sans prise de tête. Puisqu’il peut tout faire, alors il se permet tout. Oui Lizène est bel et bien libre ! Car Lizène ne travaille pas, et s’il y a bien un truc qui peut l’écœure c’est le travail. « Une société dont le but n’est pas la suppression du travail (contrainte) et le dépassement du modèle de la « compétition spermatozoïque », doit être sapée. »
Lizène artiste total : oui. Lizène, c’est aussi bien les peintures, que les dessins, que les performances, que les vidéos, que les expositions. Tout ceci forme l’art de Lizène, un art si singulier, un art nul, un art emmerdant, un art qui déboussole le bourgeois bien implanté dans ses valeurs, un art qui déstabilise. Comment ne pas voir chez lui, dans son attitude désinvolte, une rébellion envers notre réalité si sérieuse et aliénée. Comment ne pas voir dans cet art subversif une critique de cette société qui ne veut que des gens de talents, qui réussissent, qui cartonnent. Lizène c’est l’artiste qui ne réussit pas, c’est l’artiste qui échoue et qui en rit. « Démarche sans importance...à la limite du ridicule. Bien. »
Lizène est à la frontière de Fluxus avec ces jeux de vidéos que l’on rapproche à celles de Filliou (notamment le dressage de la caméra) proche du body art avec sa sculpture interne, mais pour autant on ne peut pas se permettre d’enfermer l’artiste belge dans un cadre comme il se permet de le faire dans cette série de clichés pour contraire le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo. « Ainsi Jacques Lizène s’applique-t-il à ne pas dépasser les limites, il les aménage, les tutoie. L’idiotie n’est pas un hors-champ et sa découverte ne nécessite ni dérives hallucinées, ni excursions allogènes. L’idiotie est centrale, originelle, naturelle. » (Jouannais, l’idiotie, p. 106)
Plus particulièrement, j’aimerai parler de l’art vidéo chez Lizène. Il découvre la vidéo avec Jacques-Louis Nyst dans les années 70. Il « voulait l’employer comme un médium spécifique en jouant sur le fait que l’on pouvait s’en servir comme miroir, notamment en contraignant le corps à entrer dans le cadre. Ce qui me plaisait dans la vidéo c’était la mauvaise qualité des images. » Et l’on peut voir que Lizène s’amuse avec ce nouvel outil, comme un enfant. Là encore, avec ses vidéos Lizène est proche des expérimentations de Robert Filliou. La vidéo, art qui est devenu aujourd’hui bien trop académique, bien trop rangé, bien trop proche du clip musical, était de l’ordre du jeu. Ainsi, la fraicheur de l’outil se rajoutait à celles de ces artistes pour un résultat tout aussi étonnant. C’est pourquoi, il me semble que ces vidéos lizéniennes sont indispensables. Chez lui, la vidéo est la compagne idéale pour un art médiocre et bancale, puisqu’il garde tout, ne coupant rien au montage. La vidéo sert aussi de trace de performance, bref, il l’utilise comme d’autres utilisent un crayon pour dessiner, sans réel savoir-faire.
Je pense évidemment qu’il y a dans l’art de Lizène, une arrogance envers tous les savoir-faire que possèdent un homme de talent. Et le talent énerve, non pas parce qu’il sait faire, mais bien parce qu’il est professionnel, et autoritaire, qu’il finit bien. Ce qu’il fait est propre quoi. Finalement, avec la médiocrité, on se débarrasse des complexes (« je ne sais pas dessiner », « je ne sais pas filmer ») pour expérimenter à notre manière.
Enfin, Jacques Lizène connaît avec cette année 2009 sa toute première monographie éditée par L’usine à stars et Yellow Now. Le livre est épais, près de 500 pages, et garni d’un dvd où le spécialiste de la médiocrité nous présente des extraits de ses vidéos. Là encore, on se régale. « Hop encore une œuvre de faite. »

Sources:
http://www.paperblog.fr/2642983/jacques-lizene/
Jacques Lizène, Tome 3, Yellow Now - L’Usine à Stars / galerie nadjaVilenne, Liège, 2009, (ouvrage publié à l’occasion de l’exposition Le(s) Moi(s) de Lizène, MuHKA, Musée d’art contemporain d’Anvers, 31 janv-27 mars 2009).
Denis Gielen, Le vingt-cinquième bouddha, conversation avec Jacques Lizène, Facteur Humain, Bruxelles, 2003
Jean-Yves Jouannais, « L’idiotie », in Beaux-arts magazine, Paris, 2003

 

 

- Jean-Michel Botquin. Notice sur Jacques Lizène in catalogue « Département des coqs », quelques figures de la scène francophone de l’art contemporain en Belgique. Co-édition De Warande – Galerie Nadja Vilenne, 2010, pp. 110-114.


Dans le cas de Lizène, c’est une question d'attitude, puisque dès 1966, l’artiste décide radicalement de prendre position pour la disqualification de son propre travail, une pratique de l'art sans talent, un art de la médiocrité et de la sans importance. C’est à ce titre qu'il multiplie les gestes idiots, les accompagnant d’un commentaire dépréciateur, ce qui, bien sûr, coupe l'herbe sous le pied à toute critique de jugement. Lizène conçoit la médiocrité non comme une fin en soi, mais comme un jeu permanent destiné à tester l’incomplétude des faits. « Être quasiment nul, affirme-t-il, cela veut dire essayer d’être nul. Être nul, voilà une performance qui est loin d’être médiocre. Être nul, ce n’est pas strictement ne rien faire d’intéressant. Quasiment nul c'est plus médiocre, c'est jouer le jeu, faire des petits efforts sans jamais aller jusqu'au bout, présenter des choses boiteuses ; cela s'intègre mieux dans ma démarche d'Artiste de la médiocrité comme Art d’attitude » (J. Lizène, Tome III sous la direction de J. – M. Botquin, éditions Usine à Stars – Yellow Now/ Côté Arts, 2009).
De même, Lizène se déclare Petit Maître. Petit Maitre liégeois de la seconde moitié du XX° siècle, précise-t-il. Cela participe bien évidemment de sa mythologie personnelle, tout en court-circuitant une fois encore toute tentative de critique fondée sur le jugement. Lizène, qui sans cesse provoque le naufrage de toutes nos certitudes esthétiques et académiques, qui se joue des prétentions des arts majeurs, se choisit une appellation - contrôlée - mineure et académique. On ne dira jamais assez l'importance et la précision de la rhétorique lizénienne. Un Petit Maître désigne en effet un peintre de second plan, tout comme cette médiocrité revendiquée qualifie une production insuffisante, sans intérêt, de faible valeur, en un mot, moyenne.
Et comme un petit maître, il pratique la peinture de genre, déclarant qu’il peint des murs de briques, ceux de la banlieue industrielle dont il est originaire, comme un petit maître hollandais peint des marines. Très logiquement dès lors, il commet également des natures mortes. Ainsi ce remake d'une «Nature morte à la maladresse, 1974 », une composition photographique comprenant une bouteille de vin, un verre, un croissant et un cendrier, une œuvre que l'on pourrait qualifier de position pour la banalité. Lizène présente des œuvres tellement « boiteuses », si l’on s’en tient à cette autodéfinition, que celles-ci finissent par chuter. En ce cas précis, un lamentable naufrage du verre de vin. La maladresse n'est pas dans la facture de l’œuvre, elle est au cœur de celle-ci, agissante. Lizène fait tache. « S’il s'agit de traiter par la dérision l’art ‘noble’, sublimé, emphatique, pathétique, écrivait récemment Guy Scarpetta, Lizène, manifestement, plus que du côté des iconoclastes (comme Duchamp) qui ont congédié le principe esthétique (et le « rétinien »), se situerait plutôt du côté de ceux qui ont corrompu l’art de l’intérieur (Picabia, le Magritte de la période vache, Kippenberger), avec une conjonction de cynisme, d'irrespect, et de sens aigu du sabotage » (Guy Scarpetta, L’Energumène dans Jouons avec les vidéos mortes de J. Lizène. Editions L’Eclat / Villa Arson – Yellow Now / Côté (non) cinéma, 2009)
Naufrage, sabotage, Lizène cultive le ratage. Il le provoque ou s'en accommode ; et en tous les cas, s'en réjouit. À la nomenclature de ses premiers projets vidéo des années 70, on trouve un film, perdu d'ailleurs depuis mais qu'irnporte, qu'il titre «Absence de sujet filmé ». En fait Lizène a filmé on ne sait quoi, des objets colorés dans l'obscurité, dit-il, en gardant le cache sur l’objectif de la caméra. « Très sot, très bien », déclare-t-il. En 1971, il tente un premier remake de « contraindre le corps a rester dans le cadre de l’image », tête et pieds parfaitement en bord d'image. La parallaxe de visée est imprécise, la tentative donc ratée. Qu'à cela ne tienne, en 1972, le Petit Maître disqualifie son œuvre, et barre le film, à la main, image par image. Toujours avec Guy Jungblut, premier éditeur des films de l'artiste, il entreprend en 1971-72 de filmer le plus grand nombre de visages humains : «enregistrer pendant un court instant chacun, tous les visages humains, issus tous du code génétique A.G.C.T. existant au moment où l’œuvre a commencé à être réalisée et tous ceux qui existeront par la suite ». L’incomplétude annoncée de cette entreprise absurde voue celle-ci bien évidemment à l'échec. Lizène organise quelques séances de prise de vue, en extérieur et en studio. Il abandonne très vite le projet, sans doute un peu par paresse ou par procrastination, aussi pour les raisons susmentionnées, et après la découverte des «Variables Pieces » de Douglas Huebler. Le film, de plus, est raté : la pellicule se voile à plusieurs reprises dans la caméra, ce qui confère à une part de cette humanité filmée, « grâce » au ratage, un aspect auratique ou fantomatique.
« Le monde est une immense histoire génétique », constate Lizène. Le sexe, la mort, la génétique occupent le Petit Maître depuis 1964. Art syncrétique, sculptures génétiques, sculptures génétiques culturelles, fun fichiers, actions de rues, Lizène croise et recroise toutes sortes de choses comme des animaux, des visages, des architectures, des arbres, des voitures, des chaises, des sculptures. Paradoxalement, alors qu’il a pris position pour la non-procréation en 1965, proposant à « l’humanité de s’éteindre gentiment », Lizène pratique sans cesse l’accouplement, mais il féconde des bâtards, altère, outrage, transgresse, se réjouit de la disharmonie et s'enthousiasme même de rendre celle-ci non perçue. Lizène hybride le réel en des créations indisciplinées, fusionne des éléments de cultures ou de natures différentes. Les sculptures génétiques culturelles, renouant avec les fondements religieux du syncrétisme peuvent même devenir des sculptures génétiques cultuelles. Tout récemment en effet, Lizène, à Pau, aux pieds des Pyrénées, lors d’une performance « un peu lourde(s) » a croisé la Vierge de Lourdes et Bouddha, un Christ saint sulpicien et autre plâtre de la Vierge. De même, il croise les arbres, les chênes, les sapins, les palmiers, cette fois, un sapin croisé fougère en pot, sculpture nulle posée sur un totem de vidéos, sur lequel défile des projets d’hybridations d’arbres, des projets de mutations en arbres fontaines, avec jet d'eau ou jet de fumigène, comme il fait fumer les cheminées de ses petites usines, encore des sculptures nulles, élevant ainsi la fumée au rang d'élément sculptural. Certains y décèlent une « dispersion de matière ayant perdu sa dimension séminale » (Cécilia Bezzan, Little Maestro et son Aura Médiocritas in Art Press 2009), ce qui renvoie évidemment à la «Vasectomie pour sculpture interne » signée par Jacques Lizène en 1970 et à sa « Fontaine de cheveux ».
Les chaises occupent dans ce charivari hybride une place singulière. Les chaises dorment assises, les chaises dansent, les chaises gondolent, ce sont autant de projets de Sculptures nulles (1980) que Jacques Lizène réalisera dès la fin des années 90. Elles sont corps et armatures. Des corps assis, des corps couchés, dansant et même déglingués, au bord de la chute ; elles sont aussi, à l’opposé, armatures, châssis, cadres, ossatures, toutes choses que Lizène a sondées dans l’Art spécifique des années 1967-1970. Lizène découpera nombre de chaises en Sculptures nulles, croisements de tous les styles dans une cacophonie de brocante, des objets idiots et donc singuliers, métissés, allant par paires comme les chromosomes. Ces chaises ainsi croisées peuvent, c’est presque du domaine d’une anthropologie tribale, devenir totems de chaises, à l’image de ses totems vidéo (1971).
Tout dans l’œuvre de Jacques Lizène fonctionne donc comme un redoutable circuit fermé. Ainsi cette « Trace de maison démolie sur pignon aveugle, réalisée d’après un projet de 1964-65 ». Elle fut tout récemment confrontée au Muhka d'Anvers à des documents de Gordon Matta Clark qui, lui aussi, découpe les maisons en deux, révélant l'âme de la bâtisse. Lizène a eu pour projet d’intégrer ces maisons démolies, au même titre que les buildings gondolants, dans le décor de ses toiles, renouant ainsi avec la tradition renaissante du Ruinisme. L’idée s’accompagne d'un grand rire. Dans le cas de cette grande toile libre, il opère chirurgicalement et nous révèle l’envers du décor, l'ossature de la maison, habitée par un couple ; et le monsieur ityphallique poursuit de ses ardeurs une petite dame fessue, un motif récurrent dans l’œuvre, et néo-rupestre précise l’artiste. Lizène s'est déclaré de l’art de banlieue comme de la banlieue de l’art en 1974. Il opère d'ailleurs des voyages anthropologiques au cœur de la civilisation Banlieue. Le sexe et la multitude (1966), la foule des anonymes portraits AGCT (1971), les films réalisés en milieu urbain, la vie camp de travail, plus tard dès 1977 les murs de briques peints à la matière fécale : Lizène révèle un univers déprimant dans sa banalité, sans aucune perspective un monde harassé cachant bien mal ses misères solitaires et quotidiennes. Et le pignon, ici, est aveugle, sans perspective.
Le clown continue à se contorsionner entre le rire et la mort ; Lizène lui tente ses « cent quarante- quatre manières de sourire réactivant sans cesse, entre deux facéties, la ruine et le désastre. « L'allure faussement infatuée de l’être comme mise en scène tragicomique, notait récemment Cécilia Bezzan, plaide volontiers pour un désir d’humanité à jamais renouvelé. Aussi, l’attitude lizénienne rejoint-il l’idéal d'une quête d’infinie liberté » (ibidem).

 

 

- Emmanuel d’Autreppe, « Jacques Lizène » in cat. Petit guide de l’irrévérence [au pays de Liège], Crisnée, éd. Yellow Now, 2011.

Il ne suffit pas de peindre avec sa merde :encore faut-il n’en tirer aucune gloire (ne pas devenir chiant) « Petit Maître » autoproclamé de la médiocrité, de la sans-importance et d'une seconde moitié de siècle, le vingtième, elle-même sans importance, Jacques Lizène (né à Ougrée en l946,vit à Liège) aura réussi pendant plus de trente ans à couper l'herbe sous les pieds de sa propre reconnaissance et du succès, à prendre la critique à rebours (ou à son propre jeu) et son public à revers, à refuser de s'asseoir sur les socles qu'on lui tendait, à rentrer par les fenêtres quand on lui fermait la porte, à se renouveler sans s’améliorer. Un personnage singulier, une attitude inégalable, une position imprenable (avec vue sur les toilettes) et oxymorique dans le milieu artistique : Lizène, c'est à la fois la provocation pure et l'élégance du trait de génie, la régression ad nauseam et l'avant-poste de la conscience de soi, le déni nihiliste et le mouvement perpétuel de la pensée, l’exaltation et la liquidation de la question de l'ego. La qualité de facture a, chez lui, toujours passé au second plan des propositions absurdes, des missions impossibles, de la fécondité du ratage, de la beauté du saccage : art syncrétique et petits dessins médiocres (1964), éloge de la vasectomie (« Youpie ») au tournant des années 70, expérimentations vidéo (souvent drôles) quelques années plus tard, notamment pour Vídéographie, peinture approximative (et pas qu'à la matière fécale -1977), sculptures génétiques touillant dans le genre humain comme dans l'histoire de l`art, films minimalistes, interventions et happening désastreux, chanson populaire débile... Lizène touche à tout avec intuition et maladresse, dérange là où ça fait mal c'est-à-dire souvent juste un peu à côté de la plaque. ll amuse et scandalise, déplaît et rebondit. Entre lisières et lisiers, il se revendique comme un « banlieusard de I'art  » ; Lizène hante les périphéries du bon gout, apprécie les bords (Filmer le contour des choses, années 70) et les cadre (Tentatives de dresser une caméra, idem) pour les court-circuiter, les parasiter, les déjouer. Avec énergie qui force le respect et n'est pas sans évoquer celle des usines à gaz et des pompes à merde, il s'applique depuis une trentaine d'années à recycler sa propre matière, à proposer des remakes de ce qu’il a fait et de tout ce que les autres ont fait, pas fait au défait (œuvre inachevée), du plus loin que remonte la mémoire de l'art bourgeois. Minable et interminable, son œuvre n'a même presque plus besoin de lui - ce qui devrait lui donner une liberté nouvelle pour tout reprendre à zéro, la liberté de ceux qui n'ont pas même à déplorer l’inconvénient d'être né et que rien ni personne ne semblera pouvoir « récupérer »

 

 

- Marta Lisok, mai 2011 (en conversation avec Jacques Lizène, Nadja Vilenne et Jean-Michel Botquin). Jacques Lizène, petit maître du désordre (J. de Loisy in Catalogue, Liège, 2009) in Catalogue Jacques Lizène. Remakes. Katowice / PL, 2011, pp. 9-11.

« Il est probable que si le cinéma n’avait pas existé, si je n’avais pas rencontré Rossellini et si le cirque était encore d’une certaine actualité, j’aurais beaucoup aimé être directeur d'un grand cirque (Federico Fellini)

Enfant, Jacques Lizène voulait être clown. Il adorait les applaudissements et le regard éblouis des spectateurs devant les gens du cirque. Leur pouvoir d’un instant sur le public, leurs talents incroyables, leurs numéros, déguisements et mascarades donnaient l’impression d'êtres d'exceptions. Le monde du cirque était comme le prélude d`un monde plein d`aventures, ouvert pour chacun qui en aurait le courage et qui aurait quelque chose à montrer.
Un beau jour, les parents du petit Lizène l’emmènent au cirque où il découvre que ce beau métier demande beaucoup de sacrifices et de travail fastidieux. Il laisse tomber cette idée. Dans son parcours reviendra souvent cette tendance à la procrastination, ce goût pour la paresse. Et c’est sous l’influence de son frère aîné qu'il s’intéresse à l’art.
Pourtant dans ses œuvres de maturité subsiste quelque chose de cette anarchie du cirque, de cette volonté de dépasser les normes et principes de la bonne éducation. Lizène n’est pas resté dans le cadre de ce qui sied ou de ce qui ne sied pas à un adulte. Il s’abandonne au jeu, mais un jeu qui n’a rien à voir avec le champagne et l’insouciance. Il apporte par contre une perdition nécessaire. Se mettant dans la peau du clown, il retrouve le pays de son enfance, remède à l'absence de sens.
Jacques Lizène a peint des tableaux avec ses excréments, suivant l’idée qu’il est son propre tube de couleur. En art, il refuse de reconnaître toute aire de tabou. Sans gêne, il se moque de la sexualité, en faisant faire à son sexe des actions plus ou moins obscènes. Qu’il pratique le collage, qu’il fasse des films ou qu’il fasse le pitre, son corps et sa physiologie maladroite restent le thème principal de son œuvre. Ce corps, il l'étudie, le perpétue et l’agace même, quel que soit le medium utilisé. Ses actes les plus triviaux, ses peintures à la matières fécale, sont pour Lizène un thème qui vaut tout autant qu'un paysage, une nature morte ou une scène historique. Peindre avec ses excrérnents est une façon spécifique de témoigner du quotidien. Une façon d'éterniser les traces d'un organisme fonctionnant normalement et sainement. Ce manque de hiérarchie des valeurs provoque sur le spectateur un sentiment d’inquiétude et d’embarras. Un dégoût. On se détourne pour ne pas regarder cette matière fécale desséchée. Projeter ou émettre des hypothèses quant à ce qui peut être montré dans une galerie semble être hors de propos. Lizène met notre monde sens dessus dessous. Il montre son envers, charnu et laid, qu’on voudrait oublier, en s’évadant dans le beau et le pathétique, en toute sécurité. Je mange, je digère, je chie, je vends mes tableaux pour de nouveau manger. Le rythme de travail et de vie dans la société contemporaine s`avère être pour l`artiste une forme d`esclavage. Ce rythme provoque chez Lizène le sentiment d`être étranger, de perte de lien avec les gens qui se complaisent dans ce système de valeur. De cette révolte contre la chosification de soi-même découle son envie de s`échapper de cette machinerie de la société.
Dans l`histoire des cultures, les corps ont toujours dépendu de la rigueur et de la discipline. La rigueur au travail, à l`armée, à l`école, à l`hôpital ou en prison formait les corps aux jalonnements des heures, où ils devaient être réveillés, lavés, habillés, actifs ou inactifs. Les habits ainsi que l`arrangement spatial des pièces aussi contraignaient les corps, en formant leur mollesse ou leur fluidité. Enfermés dans le cadre des chaises, des lits à barreaux, des bancs, ils étaient confinés dans les cases qui leur étaient destinées. Marcher au pas, rester debout ou assis les mains sur les cuisses, se déplacer tranquillement au rythme des processions, des promenades ou à la file. Les poses du corps sont faciles à prévoir, faciles à observer : ils sont sous contrôles, ils se laissent dominer. Ils servent en général uniquement à travailler et élever leur progéniture. Les moments de détentes aussi sont soumis au contrôle : le nombre des distractions admises est déterminé et promu. Un tel modèle garantit le bon fonctionnement de la société. Si quelqu`un s`essaie à des comportements non classifiés ou non admis il est aussitôt poursuivi et emprisonné en un endroit où son activité malsaine sera restreinte. Lizène veut détruire cet ordre rigide et aliénant. Dans son œuvre il tente de restaurer l`état primitif de communauté et d`harmonie du monde. Une liberté utopique et une fluidité des rôles.
« Il me semblait que j’étais rempli de lymphe ou de lait tiède » (Jean-Paul Sartre. La Nausée. Varsovie, 1974, p. 33)
Adolescent, Lizène a lu « La nausée ›› de Jean-Paul Sartre. Ce n'est pas non plus sans raison, qu’un jour, il demande à un bibliothécaire local une liste de livres de tous les écrivains qui se sont suicidés. Cette liste balisa le chemin de ses lectures pour des années. C'est peut-être pour cette raison que Lizène, dans son œuvre, est resté étranger à la société et à lui-même. De par ses actions et son travail, il n’obéit pas au rythme du quotidien, il se joue de lui. Il nie le système de valeurs reconnu. Il s’accroche aux besoins et réflexes inconscients de son corps, ses besoins spontanés, non appris, non domptés. Une situation apparemment naturelle le pousse à une réflexion profonde. Cette situation cesse d’être évidente, acceptée comme telle. Je pue, je chíe, je suis sexué, j’ai un corps, fragile, et que je ne veux pas reproduire. Le simple fait d'être que re suscite en lui le réflexe de la révolte, mêlé d’horreur. Il n’y a pas de sens, tout est inutile, sans fondement. La liberté apparaît dès lors comme ambigüe, comme une nécessité et une angoisse, associées à l'accomplissement de lourdes tâches. Dans ses commentaires sur l'art, on discerne un penchant bien français pour l’abstraction et la philosophie, une certaine légèreté de pensée. Racines surréalistes et lectures existentielles nourrissent l’œuvre de Jacques Lizène. Son art est construit sur la base de l’absurde et de l’aliénation.
Sa manière de s’occuper d’art est pour Lizène une façon de passer le temps en attendant la mort. Une journée sans faire d'autoportrait est une journée de perdue. Construire, tâche ardue, une image cohérente de soi semble être, dans sa pratique artistique, la chose la plus importante. Ses expériences avec différents médias, ont toujours l’homme pour centre, l’homme qui apostrophe la caméra, l’appareil photo ou un bout de papier. Comme un fakir ou un sorcier, il tente de les soumettre, de les dompter, les gouverner. Lizène, quand il joue des médias, tente désespérément, mais en même temps de façon attachante, de se faire remarquer. Il oblige la caméra à le suivre comme un petit chien. Il veut se faire remarquer par elle. Il la mène en laisse. Il contraint son corps à s'inscrire dans le cadre étroit de la photographie. De toutes ses forces il veut être visible. Être remarqué, exister. Présent pour toujours sur la pellicule. Prisonnier de celle-ci et conservé.
Au début de ses études aux Beaux-Arts, dans les années 60, Lizène voulait faire de la sculpture, mais comme cela s’avéra trop fatigant il se mit au collage. Ensuite il s’utilisa lui-même comme sculpture vivante. Il qualifie la plupart de ses actions de sans valeur. Cela semble légitime. La valeur de l’art, d’autre part, est-elle mesurable ? Peut-on lui donner une note ? Lizène classifie ses œuvres : il y a celles qui sont à moitié réalisées, celles qui restent à l’état de projet, celles qui sont « trop difficiles à réaliser, trop onéreuses », « trop nulles ».Il qualifie ses œuvres de « médiocres », c’est à dire, en français, de « moyennes ». On peut toujours s’accorder avec la moyenne, avec l’ennui et le dilettantisme. Dans un demi-succès, une mi-signifiance se reflètent une certaine dynamique de la vie : sa répétition, sa monotonie, sa médiocrité.
L’institut de l’Art stupide qu’il a créé en 1971 vacille sur la frontière entre le burlesque et la tristesse. Les stratégies utilisées par l’artiste peuvent être vues comme un système. Sa grammaire se compose de croisements, de ficelages, d’autocopies, de bouclages, d'effacements, de remplissages, de réécritures. Lors de la première rencontre avec son art, il semble que le rebus soit hermétique. Quand on s’introduit plus avant dans les méandres de son travail et dans ses thèmes récurrents, il s’avère, à la grande surprise du spectateur, que c’est un univers cohérent et triste. Les thèmes récurrents, les clefs pour comprendre le vocabulaire de l’art de Lizène sont : l'usine, la brique, les cheminées, le sexe, la génétique, le jeu avec les médiums, la peinture rupestre. Ses actions ont un rythme facilement discernable, un tempo d'origine de l’art pris d’un besoin sincère. Dans le chant grimaçant, la gestuelle et autres attitudes qu’il destine à ses films et vidéos deviennent des refrains familiers. Etudions de près quelques fragments épars de l’énigme.
Sexagénaire, Lizène n’a jamais aimé beaucoup voyager et vit dans une ville industrielle du sud de la Belgique. L’artiste affirme que la première chose qu'il ait vu, dans les bras de sa mère en sortant de la maternité, est un mur de brique. Le mur de vie que, dans son ouvrage, il tente de briser. Dans la plupart de ses œuvres, on peut retrouver le stigmate du ratage, de la non-réalisation, de la déception et du manque, qu'il essaie désespérément de combler. Dans ses dessins, ses installations, ses vidéos apparaissent et réapparaissent des chaises blessées, découpées. La chaise est comme un corps brisé, cassé. Incomplétude et rafistolages nés de l'imagination de Lizène. En 1970, il décide de se faire vasectomiser, opération chirurgicale irréversible consistant à ligaturer les canaux déférents des testicules. Cette action semble proche de l’actionnisme mais se situe davantage dans l’ironie. Une sculpture interne qui résiste à l'élan de la vie et à la reproduction. Il se situe à la frontière entre être un homme et une femme, au-delà de la culture et de la nature, ensemble. En dehors du système des codes imposés, que l’on confère à l’un ou l’autre sexe. En opposition aux demandes et attentes de ceux-ci.
Dans l'un de ses travaux les plus connus, Jacques Lizène fait un trou dans un carton et y introduit son pénis flasque qu'il anime grâce à une cordelette qui enserre son sexe. Des deux côtés de cette scène pendent des rideaux rouges. Ce travail porte le nom de « Sexe Marionnette ». Le sexe est ennuyeux et triste et, moi, je cherche à me rendre plus joyeux - répète Lizène au fil de la conversation. ]e suis obligé de faire l’idiot et le pitre pour ne pas tomber en dépression, ajoute-t-il. La dimension burlesque est présente dans plusieurs de ses films dans lesquels apparaissent des femmes attrayantes. Lizène y use d'allusions ambigües et d’un goût suspect propre aux shows vaguement pornographiques.
Quand j’étais enfant ma tante me répétait sans cesse : Ne te regarde pas tout le temps dans la glace, tu finiras par y voir un singe. » (J. P.Sartre, op cit., p. 47)
La plupart des actions dans le cadre de son art semblent intuitives, naturelles, spontanées. L’artiste a peint dans une grotte de la nouvelle peinture préhistorique, de la peinture néo-rupestre. Il est retourné au geste à l’origine de l'Histoire de l'Art. Il a essayé de recommencer depuis le début. Au point zéro. Il est entré dans le rôle d’un chaman, intermédiaire entre deux mondes. La peinture rupestre, recommencée par Lizène, se revêt d'une nostalgie pour une autre mentalité, là où l'homme pouvait être envahi par les esprits, par les dieux ou par un animal, se croiser avec lui, s'élever au-dessus de sa condition et de son statut. Né d'une nostalgie pour des temps où l’horreur d’un tel échange était acceptée et naturelle.
« J’approche mon visage de la glace jusqu’à la toucher. Les yeux, les yeux et la bouche disparaissent : il ne reste plus rien d'humain. Des rides brunes de chaque côté du gonflement fiévreux des lèvres, des crevasses, des taupinières. Un soyeux duvet blanc court sur les grandes pentes des joues, deux poils sortent des narines: c'est une carte géologique en relief. Mais malgré cela ce paysage lunaire m’est familier » (J. P.Sartre, op cit., p. 48)
Le fondement même des activités de Lizène réside dans ses multiples versions de « sculptures génétiques ». Qu’il s’agisse de photographies, de sculptures, de collages, ses œuvres naissent souvent par l’addition de fragments de visages tiers sur le visage d’une personne. L’artiste tente ainsi de reconstruire l’atlas de l’homme. Cette obsession de collectionner des figures hybrides et sauvages, comme dans un bestiaire médiéval, est née sans aucun doute au cours de ses études aux Beaux-arts, où il découvrit une collection exotique de sculptures. Aux copies d`antiques Lizène ajoute des morceaux de sculptures africaines primitives. Il crée ainsi un nouveau tout. Où l'hôte est en même temps un ami attendu, un donneur mais aussi un ennemi, parasite ou intrus. Les figures sont empruntées à différentes cultures et époques ; la découpe, le lieu de jonction de ces éléments hybrides est comme un tamis, une paroi perméable qui combine et confond ce qui est à l'intérieur et à l’extérieur et donne la possibilité à ce qui est extérieur de passer à l’intérieur et vice-versa. Lizène en divisant et hybridant ces figures crée en même temps une sphère au milieu de deux mondes. 
L’artiste prépare le spectateur à changer de perspective : regarder vers du décor, sur fond de scénographie du quotidien. Il se propose d’inverser l'ordre du monde ; à l’envers. Comme un clown, il se donne le droit de se moquer de ce qui est sérieux et important. Son art participe de ce qui questionne les gens. Il ne met pas à l'aise, il est difficile à digérer, réfractaire à la réception, camouflé. La distance transgressive du quotidien et l’utilité inscrite dans les danses du chaman autour du feu, ce qui nous réfère, à l’analyse, aux œuvres de l’artiste, ont leur origine et leur but. Elles servent à maintenir l’intégration de la communauté dans le rythme de l’univers. Les actions de Lizène ne sont pas nécessaires. En fait il pourrait les cesser. Mais leur légèreté et leur caractère inutile ne sont-ils pas fascinants ? Comme faire un pique-nique paresseux à l'ombre d'un arbre. Comment puis-je danser ? Avez-vous fait rire ?
Le rire est instable. Dans « Le nom de la rose » le rire est interdit, il porte en soi la perversité, le manque de sérieux et donc provoque l’anarchie, l'impossibilité de gouverner, aucun contrôle ni aucune prévision ; c'est dire qu'il met le système en danger. Les moines créés par Umberto Eco le savent très bien, ces moines qui interdisent de lire la « Poétique » d'Aristotèles. Le rire tue la peur et sans peur il n'y a pas de foi. Par contre, il y a la liberté et le chaos dans lequel se plonge Lizène. Souvent, durant ses actions, Lizène coiffe ses rares cheveux en une houppe sur sa tête, d’une façon singulière. Il ressemble alors à un poisson ou un spermatozoïde. Il se transforme en clown, en chaman. Il est la source, le lieu vertical du sacré. En fait ses numéros de cirque qu’il réalise devant la caméra, ses installations vidéo en boucle ne sont ni drôles ni réussies. Elles ne mènent à rien. Elles sont comme un crachat dans l'objectif de la caméra, ce que l'artiste a aussi pratiqué. Peut-être ne sont-elles qu’une recherche du rythme du monde et de sa propre présence en lui.
" Trois heures c'est toujours trop tard ou trop tôt pour tout ce qu’on veut faire. Un drôle de moment dans la journée " (J.-P. Sartre, op cit., p. 44).

 

 

-Jean-Michel Botquin. No DESlGN,HA!HA! Haz in cat Jacques Lizène. No Design Ha ! Ha ! Ha !. Coédition Galerie N. Vilenne. / L’Usine à stars et Office provincial des Métiers d’Art (Opma), 2012, pp. 6-7.
On sait, à propos de Jacques Lizène, combien les premières années de création ont été fécondes. Certes, le terme semble inapproprié puisque le petit Maître décide, dès l965, de ne pas procréer, position qu'il confirme en 1970 par sa «Vasectomie (sculpture interne) », l'une des fondations même de tout son Art d'Attitude, mais il en est ainsi : en une douzaine d`années, Lizène conçoit un impressionnant corpus d'idées qu'il ne cessera de décliner en remakes et remakes de remakes. Même les années passées à l'Académie de Liège furent inventives et fertiles, plus imaginatives sans doute dans les couloirs que dans l'atelier, mais qu'importe dès le moment où l'on a délibérément choisi la voie de la Médiocrité et de l'Art sans Talent. Jacques Lizène a longuement fréquenté les plâtres d'antiques qui hantent les couloirs de l'Académie ; bon nombre sont moulés en deux parties. C'est là le principe même de l'Art syncrétique, qu'il conçoit en I964 :« croiser toute sorte de choses, des animaux, des visages, des architectures, des arbres, des voitures, des chaises, des sculptures ». Ou encore : « découper et mélanger deux styles ».
On se souvient que Man Ray, en 1924, photographie une statuette africaine face à une statuette grecque ; il destine cette composition à la revue Dada et la titre « Black and White ». Deux ans plus tard, il commet la série « Noire et Blanche », célèbre rapprochement entre le visage de Kiki de Montparnasse et un masque africain. En 1964,]acques Lizène trace de minables petits dessins, les considérant parfois comme projets de sculptures, et dessine des croisements de statues antiques et africaines. En 1971, alors qu'il développe son propos sur l’interrogation Génétique et les acides de base (A.G.C.T), il métisse Kiki et son masque, hommage à Man Ray (d') après Man Ray, « Post Art », dira-t-il plus tard. Depuis, il ne cesse de pratiquer l`accouplement, mais il altère, outrage, transgresse, se réjouit de la disharmonie et s'enthousiasme même, à l’occasion, de rendre celle-ci non perçue. ll syncrétise le haut d'une sculpture hindoue adoptant la triple flexion végétale et les jambes d'une statue africaine, croise un sapin et un palmier, hybride un chameau et un bovidé, des poissons, entrecroise des maisons, des fenêtres, des meubles, des vases, des avions ou des automobiles, il génétise des visages qui se transforment en masques et renoue ainsi avec le grotesque, l'anormalité, ce que l'histoire de l'art positiviste a d'ailleurs longtemps refoulé. L'art syncrétique l'amène très vite à l’interrogation génétique, à la sculpture génétique. Le sexe, la mort, la génétique hantent l'œuvre lizénienne depuis ses débuts.
A propos de ses « Contraindre le corps » (1971) et de son projet d'appliquer ce principe à « toutes sortes de corps, nus, habillés, même des corps de policiers », Jacques Lizène m'a confié qu'en fait, à l'époque, il cherchait des idées qu'il pourrait inlassablement répéter, «comme Daniel Buren, dit-il, ou Roman Opalka ». L'art syncrétique d`abord, la sculpture génétique ensuite, sont de cet ordre-là : un procédé, permettant une multitude de répétitions. Longtemps, ces projets de sculptures sont restés minables dessins ou médiocres collages, de préférence photocopiés. C'est logique lorsque, de surcroît, on pratique assidument la procrastination. Il faudra attendre la fin des années 90 pour que le petit Maître fasse découper chaises et mobiliers. Ainsi compose-t-il d’improbables croisements en sculptures nulles (1980). Jacques Lizène orchestre des rencontres incongrues, organise des collisions d'éléments disparates et ajuste les télescopages. 
Dans un grand charivari de brocante, il découpe les chaises, en croise tous les styles. Sièges croisés, chaises boiteuses, ce sont des objets idiots, donc singuliers, métissés, allant par paire, comme des chromosomes. Lizène accroche ses chaises au mur, les érige en totem tribal, conçoit des cadres de chaises. Avec lui, les chaises se posent rarement au sol; au contraire, elles dansent, gondolent, dorment assises. Projets déjà tracés dès 1964, ce sont des corps déglingués, au bord de la chute, aussi dégingandés que le petit Maître en sa « Danse Nulle » (1980). Ce sont des corps absents et disséqués, des ossatures, des armatures, ce qui n'est pas sans rappeler l'Art spécifique des années 67-70, cette interrogation sur la spécificité du médium.
Lizène découpe les meubles. Joyeusement, le mobilier sombre et vacille. Le désastre est jubilatoire. Commodes et buffets s'hybrident de la même façon, dans l'inachèvement d'une submersion, d'un engloutissement ; c'est un continuel « Naufrage de regard » (2003). Petit maître (1969) d'Art nul (1966), il déséquilibre le mobilier, pose sur les meubles des natures mortes dites à la maladresse (1974), les accompagne de marines chavirées (1970) et craquelées (1964), leur prescrit des décors néo déco (1987), couvre les miroirs de nouvelles abstractions nulles (1987), de motifs de style néo floral (1991), de masques syncrétiques (1964). En un saisissant système autarcique, Lizène croise les projets, les propositions, les idées nulles, tous et toutes toujours bien assignés à la date de l'idée, en des dispositifs débridés. « Le principe du bricolage, note l'ethnologue Bertrand Hell, est ontologiquement liée à la fonction du maître du désordre. Mais ce principe ne gouverne pas uniquement la forme et l'enchaînement des rites. Il conduit à également maintenir ouvert le système de représentations de l'invisible. Celui-ci ne peut être pensé comme un monde figé, immuable ». Et Bertrand Hell ajoute : « Dans leur art du bricolage, les maîtres du désordre savent manier plusieurs ficelles. Il en est une qui détonne tout particulièrement au regard de notre conception occidentale du religieux, à savoir le rire » (Bertrand Hell in Cat. Les Maîtres du Désordre. Paris, Musée du Quai Branly, 2012). Le rire lizénien qui s'esquisse en ses « Tentatives de Sourire » (1973) est le redoutable moteur de son œuvre.
Ses « archéologies contemporaines » (1966), « traces de maisons démolies » et autres « buildings gondolants » (1964-66), son intérêt pour la fissure et la lézarde (1964) qui donnera lieu au « morcellement de cimaise » (1970) en témoignent tout autant que la submersion de ses meubles découpés : Jacques Lizène réactive le Ruinisme mais il en brinquebale les concepts établis. Je repense à ces lignes écrites par Sophie Lacroix sur la fonction critique des ruines (Sophie Lacroix. Ce que nous disent les ruines … Paris, éd. L’Harmattan, 2007) : « La ruine est alors ce grand corps qui a perdu son principe fondateur, et qui n'est plus qu'une multitude de liaisons passagères, contingentes. La ruine n`est pas le résidu laissé par une action qui a déjà eu lieu, elle est la présentation d'une action présente, car ce qui la distingue, c'est la conjonction d'un mouvement de déconstruction et l`énergie qui est à l'œuvre dans cette déconstruction, qui exclut que nous puissions penser cette tendance déconstructive comme une abstraction ou une déréalisation ». Il y a dans le chaos lizénien, une imprédictibilité aussi surprenante que stimulante.
Dans un chaos délibéré, le dérèglement est, en effet, systématique. Lizène renverse les meubles comme il renverse toutes valeurs et tout système établi. Lorsque, à l`occasion de cette biennale de Design, on lui propose d'exposer ses productions, il rétorque aussitôt : « Oui, mais ce sera No Design »,qu'il ponctue d'un grand « Ha! Ha ! Ha ! » désamorçant ainsi, par son rire, tout discours sur cette approche unique de deux domaines différents mais non sans lien. Si l'on évoque l'hybridité de certains meubles d'artistes, d'architectes ou de designers actuels, il répond par le principe de « culture de coïncidence » ou par sa Théorie des pommes :« Tout le monde a peint des pommes, mais les pommes de Cézanne ne sont pas celles de Matisse, ni celles de Picasso ». Facétieux, il ajoute : « J'ai peut-être aussi mes Juan Gris ». En titrant cette exposition « No Design », Jacques Lizène disqualifie une fois de plus ses propres œuvres, que par ailleurs il destine à magnifier, par opposition, les mobiliers de style qu’acquièrent les collectionneurs. « Le design nul, dit-il, écrivant parfois 'disign' comme il le prononce de sa voix nasillarde, est une façon d'exister face à la multitude ». L'injonction de sa déclaration de 1975 est d'ailleurs sans appel : « Collectionneurs avertis, il vous faut acquérir un Lizène d'art médiocre pour mettre en valeur, par opposition, vos mobiliers de qualité et vos tableaux de maître ». Le petit Maître serait même disposé, comme en témoigne son premier projet de catalogue publicitaire façon 1975, à opérer « des découpes » dans ses propres toiles afin de valoriser, ici, un «siège design », là un «meuble d`antiquaire ». Ses créations sont des « misères pour nantis »›, annonce-t-il sur une « Peinture Marchandise - Peinture Prestige » (1976), « facétie médiocre » qui fonctionne comme une enseigne. Son slogan ? « Cet objet d'art est un modèle valorisant son acquéreur. L'acheter, c'est créer ». Jacques Lizène remettra sans cesse à plus tard ce projet de catalogue façon publicitaire. Il le fera réaliser en 2004 sous forme d'une capsule vidéo. Lizène fait insérer, à « la palette graphique » ses propres œuvres dans les décors d'une galerie d'antiquités et d'un showroom de mobilier contemporain, tous deux réputés « de qualité ». On y voit le petit Maître déambuler, contemplant quelques-unes de ses œuvres dans ces environnements de marque. La bande sonore est une suite de discrètes exclamations admiratives sur fond de musique, une fois n'est pas coutume, destinée à séduire. Entretemps, Lizène a réalisé pour une exposition à Paris, « un salon / installation vidéo nulle, d`après un projet de 1971, pour collectionneur 'in' » (1992), un charivari de moniteurs vidéos installés dans les fauteuils du salon du collectionneur, accompagné « d'une essoreuse à haute vitesse avec cassettophone au son déformé ». Il conçoit également des « cimaises pour collectionneurs tendance », installant parmi ses œuvres fauteuil, téléviseur, plante verte et guéridon (2006), un dispositif essentiellement destiné aux foires d'art contemporain, ces lieux où l'on croise les collectionneurs «tendance» (2009, divers remakes). Poussez le vers la porte, le petit Maître reviendra par la fenêtre, qu'il aura soin d'avoir fait onduler au passage (châssis ondulés, 1966) car Jacques Lizène conçoit également des « plans d'appartements pour collectionneurs VIP excentriques » (2012), proposant ainsi un agencement précis de ses œuvres à acquérir afin de mettre en valeur, par opposition... On connaît la suite. Il propose même de couvrir un mur de brique extérieur de cette résidence d`une peinture à la matière fécale (1977).
Toujours aussi réactif, il conçoit cette exposition comme un showroom de mobilier, croise l'une de ses chaises avec un demi prototype du Fauteuil F02-09 du jeune designer liégeois Frédéric Richard et accompagne cette exposition, enfin, d'une publication façon publicitaire (1975),y glissant au passage, quelques projets non réalisés. Ses « AhAhAarchitectures ! », par exemple, des sculptures pénétrables sur grosses roues d`avion, avec escaliers dépliants, dotées de panneaux solaires, de cheminées en forme de priape, de jardins suspendus, de fontaines de fumée et d'écrans extra-plats qu'íl préfère bien évidemment penchés. Ou ces abribus habités par des primitives et rudimentaires chorégraphies de petits couples courant prendre leur bus, bonhommes ithyphalliques et petites femmes fessues de style néo-rupestre (1966). Ou encore ces bicyclettes désaxées et cette mobylette à soufflet, inventions destinées à ranger ces engins dans les coins. Ou, enfin, ce musée gonflable qui flotte dans le ciel de Tokyo et auquel on accède par un ascenseur à vide d'air, musée qui accueille une permanente exposition virtuelle (1983-1993) des œuvres du petit Maître liégeois.
Avec une obstination peu commune en ce circuit fermé que représente son Art d`Attitude, cette tentation continuelle pour les idiots retournement de perspective (Art stupide, 1971) qui peut l'amener à inverser le cours même d'une exposition (1998), ce continuel inachèvement burlesque, cette capacité à mettre en brèche tout académisme, rejouant dès lors tout ce qui semble acquis, Jacques Lizène, artiste de la sans importance, occupe la position d'un clown rituel ou d'un bouffon cérémoniel, cette figure de transgression institutionnalisée du désordre et de la turbulence.
Dans la « loge des fous » de certaines sociétés amérindiennes, Fous que l'on appelle aussi « Contraires », tout est disposé à l'envers : la toiture est sens dessus dessous, les poteaux sont plantés à l'extérieur, la cheminée est renversée (Laura Makarius. Mélanges et nouvelles. Journal de la Société des Africanistes, vol. 39. 1969, p. 241), une sorte de « Ahaharchitecture » en quelque sorte, qui suscite le rire de la communauté.
Le « Contraire » exprime le censuré, le réprimé, chacun de ses actes s'efforce d'évoquer l'inversion de la coutume et de la règle, rendant manifeste, jusqu'à l’inconvenance, ce que l'on nommerait aujourd'hui le politiquement incorrect. Sans aucun doute, est-ce là le rôle qu'endosse Jacques Lizène, figure transgressive « qui ranime sans cesse le jeu sans fin du chaos et de la règle, pour reprendre les termes de Jean de Loisy, déjouant ainsi les tentatives coercitives du consensus » (Jean de Loisy in cat. Les Maîtres de Désordre. Paris, Musée du Quai Branly, 2012). Je ne sais pas si Jacques Lizène descend les escalators à l`envers. Je sais, par contre, que l'une de ses premières pièces comportementales consista en 1964 à « monter et descendre deux escalators contigus pendant une heure ». Geste idiot s'il en est et circuit fermé. Le rire que suscite Lizène a sa part tragique, le « Naufrage de regard » est une conscience au monde.

 

 

- Yves Randaxhe, « Suite à un entretien avec Jacques Lizène, Mars 2012 » in Art & Fact n° 31 / 2012, p. 23 (in Les années 1980 à Liège)
 « Liège dans les années 1980, c’était surtout amusant », se souvient Jacques Lizène. Fourmillant déjà d’idées et de projets parfois couchés sur le papier des décennies plus tôt, le « petit maître liégeois de la ‘deuxième’ moitié du XXe siècle » sera alors sur tous les fronts. Grâce à l’appui du centre RTB Liège , il va par exemple concrétiser des projets de chansons et de spectacles remontant aux années 1970. En 1980, à l’initiative de Jacques Delcuvelle - rie, qui anime l’émission Radio Titanic avec un humour grinçant et décalé qui fera date, l’artiste va mettre en forme pour la première chaîne de la radio publique un « minable music-hall » où un « chanteur en dessous de tout » interprètera des chansons nulles dans des orchestrations improbables. Il y en aura plus de 200. Le minable music-hall connaîtra même une version vidéo au début de l’année 1983, grâce à l’émission Vidéographie, également produite par le centre RTB Liège. Lizène conçoit pour ce faire toute une scénographie, avec danse nulle, instruments hybrides et coiffure dite « à la fontaine de cheveux ». Le minable music-hall se produira aussi en live, entre autres au Cirque Divers, dont Lizène avait été l’un des fondateurs. Décidé - ment inspiré par cette veine musicale, il réalise différentes performances, (Musique à l’envers, 1979-1982 ; Vous êtes en coulisses, 1982 ; toutes deux au Cirque Divers), mais aussi des chorégraphies « primitives » et projets d’installations musicales pour bras-robots, des instruments de musique modifiés, et conçoit des sculptures utilisant des fumigènes de spectacle, qui seront finalement réalisées en 1988 grâce à Laurent Jacob et Espace 251 Nord. Si Jacques Lizène n’a plus de galerie à Liège à ce moment, il y est omniprésent. Son parcours illustre donc parfaitement la diversité du tissu culturel et artistique de la ville à l’époque. En 1984, il offre ainsi une participation marquante au projet porté par Daniel Dutrieux sous le titre Tectonic 84, et qui se proposait « d’aborder les questions du rapport de l’art à l’architecture et de la place qu’occupe actuellement le plasticien dans la démarche architecturale (ou urbanistique) », entre autres par une série d’interventions réparties dans la ville. Pour l’occasion, le « petit maître » réalise une « fresque urbaine horizontale » prenant la forme d’un pas - sage pour piéton fissuré d’où s’enfuient deux figures peintes à la bombe. L’année suivante, pour Place Saint-Lambert Investigations, Lizène présente une installation multiple autour d’une grande bâche « extrême réaliste » découpée d’une ouverture donnant sur les broussailles du chantier. Au fil des reprises de projets anciens et de l’émergence d’idées nouvelles, son œuvre continue donc de faire feu de tout bois, mais jamais au hasard : en 1987, son « néo déco » fait pièce au « néo géo » qui émerge sur la scène internationale. Deux ans plus tard, répondant à l’invitation de Daniel Dutrieux de participer à travers la ville à l’exposition Noise - Fenêtres en vue, il fait preuve d’une même ironie en inscrivant dans l’une des fenêtres du Musée d’art moderne un Placard à tableaux (1970). Mais si Lizène démontre un véritable attachement à sa ville, son activité de cette décennie ne s’y limite pas. On le voit entre autres à Bâle et à Venise (avec Laurent Jacob) et c’est une institution française, La Criée de Rennes, qui lui offrira en 1989 une Rapide rétrospective, un an avant celle mise sur pied par l’Atelier 340. Pour Liège, on attend toujours ... (Yves Randaxhe)

 

 

- Alice-Anne Brassac, L’art de l’autodérision – l’autodérision de l’art, 2016, pp. 71-73.


En 1969, Jacques Lizène s’autopromeut au rang de « Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle - Artiste de la médiocrité et de la sans importance », dont il incarne le rôle depuis. Cette démarche découle de ['Art d’attitude pour lequel il s’éprend en 1965 : prolongement de sa création au-delà de l’objet, l’art d’attitude s’immisce dans toutes ses activités, il vit comme il crée, et inversement. Il porte son œuvre en lui, son œuvre le porte en elle. Il l’incarne 24h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Il rallie ses moindres intentions au service permanent de son esprit artistique, ce sont cette absolue conviction et cet acharnement jusqu’au-boutiste, qui font de lui un artiste rare et sans pareil. Dans l’esprit de l’art d’attitude, le Petit Maître se fait vasectomiser (méthode de stérilisation consistant à sectionner les canaux transportant les spermatozoïdes) à l’âge de 23 ans, en 1970. Il assimile sa vasectomie à une « sculpture interne », imperceptible mais bien existante, tapie dans ses bourses. Geste absolu à la radicalité troublante, il fait le choix de « tourner le dos au jeu des générations » comme on le prend souvent à dire. Il propose à l'espèce humaine de « s’éteindre gentiment » en cessant de procréer.
Jacques Lizène met au monde le paradigme de la médiocrité, régi non plus par les règles artistiques communes mais par celles de la médiocrité. Cet équilibre souverain s’impose tant et si bien que l’on parle désormais d’« art lizénien », d’« attitudes lizéniennes ». Ce serait passer gravement à côté du Lizénisme que le résumer à une pitrerie satirique de l’art. Il met à mal la notion de jugement à laquelle une œuvre artistique est systématiquement soumise. Cette remise en cause passe par son auto-relativisation, voire à l’auto-ridiculisation. Confrontant le spectateur à des œuvres qu'il considérera comme ineptes, incompréhensibles ou minables, ou les trois en même temps, Lizène le pousse à passer à l’acte de jugement. Mais le système de jugement auquel se fie le spectateur pour affirmer qu’une œuvre de Jacques Lizène est médiocre, est précisément celui que le Petit Maître critique.
Cette remise en cause de la notion de jugement est mise en scène dans la vidéo Quelques séquences d’art sans talent (1979). La formule « Art sans talent » naît en 1966, trois ans avant que Robert Filliou ne s’affirme en tant que « génie sans talent ». Pourtant les deux concepts sont bien différents l’un de l’autre, et aux yeux du Petit Maître, Filliou est dans la catégorie des utopistes, inspirée de la philosophie zen, et lui dans celle marquant la fin des utopistes, gouvernée par le débordement et la débâcle. Dans cette vidéo donc, Jacques Lizène s’évertue à divertir le spectateur, à captiver son attention en réalisant des pitreries pathétiques en interaction avec la caméra : il suit du doigt une tâche sur l’écran, contraint son corps à rester dans le cadre de l’image qui rétrécit, etc. Face à une telle nullité, des commentaires acerbes surgissent à l'écran : « Sans intérêt », « Misérable », « Inepte », « Minable », « Médiocre », « Incompréhensible », « Infantilisme navrant ». De temps à autre, un message suggérant aux spectateurs de se faire vasectomiser s’immisce à l’écran, sorte de propagande subliminale. L’artiste se retrouve insulté, humilié, (castré ?) et le travail qu’il s’acharne à fournir est sèchement dévalorisé (stérilisé ?). Lizène met en scène ce rejet par l’humiliation, devançant celui du spectateur.
Le Petit Maître bâtit son empire de la médiocrité pour lequel il affiche un dévouement sans faille, et par lequel « on peut faire ce qu’on veut, n’importe quoi, c’est magnifique. C’est une sensation de liberté mais attention, ne vous y risquez pas, parce que ce n’est qu’une sensation. »

 

 

- Emmanuel d’Autreppe, « La troisième moitié de l’art (pas sûr, trouver mieux). Jacques Lizène, de la curiosité des cabinets au cabinet de curiosités … », été 2016, in Jacques Lizène. Espace 251 Nord. Productions et expositions 1984-2016, Liège, éd. E2N et Ecole Supérieure des Arts de la Ville de Liège, 2016, pp. 9-10 (catalogue de l’exposition Jacques Lizène, rotation de stocks 1984-2016, productions E2N, 4/03-18/06/16, Liège, E2N).
 
« Il n'y a que la médiocrité qui ait le privilège de la durée » (Joseph Henri Rosny-Aîné)

La civilisation serait-elle malade de ses images ? « Ce que nous donnent les communications de masse, ironisait déjà Baudrillard dans La Société de consommation, ce n’est pas la réalité, c'est le vertige de la réalité. Ou encore, sans jeu de mots, une réalité sans vertige ». Façon de dire aplatie, écrasée, banalisée, où tout se compte, où tout se vaut, mais où les valeurs s'annulent. Quarante ans plus tard force en tout cas est de constater que nos sociétés croulent sous les relents nauséeux des egos qui se déversent « en plein air », sous la prolifération anarchique et vaseuse des visages et des nombrils, des tics et des gimmicks, des clichés ressassés et resucés, des anecdotes et des jugements de bas étage, qui circulent désormais avec l’efficacité des mauvaises rumeurs et des virus nuisibles, convaincus qu'il suffit d'être infects pour être médiocres. L'asphyxie du regard nous guette. Celle du sens est, bien souvent, déjà consommée. Flickr et Twitter, Facebook et Twitter, réseaux foireux, forums douteux, on en mélange potes et spots, blogs et globes, faces et profils. Et, d'une certaine manière, c'est tant mieux. En tout cas, c'est bien fait : un grand bordel où rien n'est laissé au hasard, presque nulle part il n'y a plus d'intentions, ou alors il y en a trop.
Heureusement, il y a Lizène l il était-là, il a tout prévu, tout anticipé. Il est le dernier bastion du bon goût et de la rareté, le dernier homme à promener, dans les éternels décombres de l’art, sa tête en forme de lanterne, allumée en plein jour, allumée en toute circonstance, allumée ô combien ; à se fendre la poire en deux, à la recoller avec des pommes ; à proclamer (et pratiquer) joyeusement la fin de l’art ; à tenir bon sans même chercher à durer ; à séduire sans avoir besoin de plaire.
Il avait en tout cas pressenti et envisagé la dimension programmatique de l'individu. Ou plus exactement de son identité. Ou plus exactement encore de l'image de son identité. Car c'est bien à la question de l'identité que le travail critique, presque de sape, mené par Lizène se confronte principalement : identité en tant que répétition du même (Lizène préfère recycler et, de toute façon, faillir dans la reproduction ; en tant qu'attribution immuable (Lizène est pour la mutation permanente en tant qu'assertion monolithique (là où l'artiste pratique et privilégie l’aléatoire protéiforme). Eternellement répétitif, donc inlassablement différent.
Bien sûr des points de repère gros comme des ficelles : des bâches plutôt que des toiles, des entassements plutôt que des accrochages, zizi-caca plutôt que sexe et érotisme ; des usines (quitte-t-on jamais tout à fait Ougrée une fois qu’on y est né ?) et une vraie réflexion sur le labeur de l'art, une vraie ironie quant à son interprétation ; gestion des restes et affirmation du rien, tout parait dérisoire et aucun détail ne l'est, tout semble jeté et pourtant tout tient, notamment dans le temps et malgré les querelles de perron (quitte-t-on un jour une hypothétique « école liégeoise » sans jamais avoir été sûr qu'elle existe ?). Car enfin, ce n'est pas tant en faisant n’importe comment qu'on arrive à faire n'importe quoi.
Paul Virilio, dans Le Monde de l’Education en janvier 2001, se demandait déjà, dans questionnement qui le rapprochait du pessimisme de Baudrillard, si avec les technologies nous n'étions pas en train d'assister « a la disparition inéluctable de l'auteur ou du créateur », au profit du triomphe des marques (et de ce que l'on n'appelait pas encore les labels). Là aussi, Lizène avait anticipé : il avait ramené son œuvre a lui sans céder au narcissisme, créé uniment un indépassable label de médiocrité quand les autres - qui n'en sont pas encore sortis - s'acharnaient a revendiquer des labels de qualité. Ainsi peut-on remonter dans un double sens le fil ambigu d'une de ses déclarations célèbres :« L'art d'attitude est un prolongement du produit », qui semble inverser le lien de causalité réputé naturel en art :de nature bassement commerciale (et le bassement est, chez Lizène, plus important que le commercial), balayant la noblesse des intentions, mais assumant, tout en les adaptant, les principes du dandysme qui veut que l'on crée comme on vit (ici : comme on respire ou comme on chie), ou qu'on fasse même de sa vie un enjeu artistique plus essentiel que le « produit » lui-même.
Son œuvre avait d'ailleurs, d'emblée, généré ses propres critères d'appréciation, de récupération et de légitimation, dans le droit fil, autosuffisant et autarcique, de ses débuts, inaugurés par la peinture a la matière fécale (« Être son propre tube de peinture ››) et la vasectomie (« Youpi ») envisagée comme « sculpture interne ». Des idées qui, déjà, préfaçaient le déclin – ou la déclinaison à l'infini des images et de leurs grilles de déchiffrement, et la nécessité d'en faire le deuil. Qui invitaient à faire fi des avis, aussi : « juste assez médiocre, excellent », « pas assez raté, pas assez minable », ancêtres approximatifs, finauds et ironiques des broderies inquiètes aux « likes » et aux « hashtags » (et même aux « smileys » : voir ses « Tentatives de sourire », longuement expérimentées et accumulées sur le support toujours docile mais jamais glorieux de son propre visage).
Mais le flair et le sens de l'anticipation de Lizène vont plus loin, et plus profond que ces rapports de surface et ces liens anecdotiques. « Recenser, en les filmant, le plus grand nombre possible de visages », entreprise absurde et une fois de plus (inter)minable d'énumération, et plus encore le projet des << sculptures génétiques » (appliqué aux faces humaines ou a toute autre chose qui se prête de bonne grâce au bien nommé couper-coller, qui permet de créer sans procréer) sont des travaux de dynamitage dont la dimension politique, jamais martelée pourtant, ne fait que gagner en importance et en évidence au fil du temps et des relectures.
Ainsi en va-t-il des meubles hybrides (une chaise moitié Louis XV, moitié Bauhaus, par exemple), des objets impossibles que n'aurait pas reniés Carelman (guitare / pioche), des totems syncrétiques (moitié art africain, moitié classicisme occidental, autre exemple) ou de la volonté d'étendre ce principe de télescopage et d'ajustement à des parties du corps ou à des moitiés de visage que rien n'invitait a se rencontrer :Freud et Hitler, pour prendre un cas presque trop lisible dans ses mobiles ; Proust et Kafka, dans un registre plus lettré mais phonétiquement guère éloigné du scatologique ; mais aussi, le plus souvent - et là c'est encore plus fort -, rigoureusement n'importe qui avec n'importe qui d'autre ou avec n'importe quoi.
L'effet de transgression, accompagné d'une touche burlesque qui s'épuise délibérément très vite, tient à la remise en cause des classifications admises et des hiérarchies habituelles, à l'affirmation d'un principe d'hybridation et de dualité qui va jusqu'à toucher le règne végétal ou animal el met en péril, d'un même tenant, les lois de la nature el les codes de la culture. Si le procédé n'est pas neuf et emprunte largement au goût des surréalistes pour le montage el le collage, il débouche, de par son programme potentiellement ininterrompu, sur une forme de généralisation du cabinet de curiosités (rien n'y est jamais « le même », mais le même que quoi ?) el sur une mise à mal, à la lois ironique el exotique, du principe d'identité el de l'argument d'autorité, au profit de l'étrangeté el d'une forme labile, insaisissable, de contestation par la transformation. Célébration salutaire, libertaire, d’hétérogène voire de l'érogène - car le mobile initial de toute l'entreprise demeure d'ordre libidinal. Elle puise par ailleurs aux sources mêmes de la modernité : collage el assemblage (depuis au moins Rodin), montage et mixage, carambolage surtout, car Lizène n'a jamais cessé d'être un clown et un enfant, amateur de spectaculaire el de populaire, cachant sa noirceur derrière un nez rouge el, derrière sa noirceur, un trampoline el des confetti.
Ainsi, puisque la mode est, par essence, ce qui se démode, les « choses » de Lizène peuvent-elles finalement se larguer de ne pas trop mal vieillir, prêles à bondir mais confortablement à l'abri, tranquillement en attente de dépoussiérage et de réactivation. Les modes, l'œuvre de Lizène, profondément intemporelle voire anachronique, en perpétuel décalage, peul se permettre de les fuir, tout en ne quittant jamais de très loin l'orbe des avant-gardes. Pas forcément leur pointe, du moins leurs marges de proximité.
Symptôme: si elle n'est centrale en rien, celle œuvre est en tout cas primordiale en tout et notamment par sa faculté de dialoguer, avec d'autres œuvres tout autant qu'avec des « questions de société » ; avec l'accélération des technologies tout autant qu'avec leur abandon ; avec l'histoire de l'art aussi bien qu'avec ce « présent perpétuel » dont notre ère de l'information cherche à asseoir l'avènement ; avec le principe même de la critique tout autant qu'avec l'évidence de son inanité. Elle échappe à tout (tout jugement, toute interprétation, toute définition, tout catalogage) el ne se perd nulle part, s'invitant dans les débats et les rétrospectives, par les fenêtres quand la boudent les grandes portes, dans les galeries el les musées quand on en a marre des bistrots. La voilà à Venise ou a Beaubourg, au musée Branly, au Palais de Tokyo ou au Muhka, chez Nadja Vilenne ou a l'Espace 251 Nord - les allers-retours les plus délicats a effectuer ne sont pas forcément les plus lointains géographiquement - sans jamais (se) trahir ni renoncer. Pas revanchard ni frustré, puisque n'ayant pas de combat à mener qui ne soit d'emblée perdu, l'art de Lizène ne cherche à tirer profit ou parti de rien, s'enthousiasme en testant les postures artistiques avec le sérieux obsessionnel d'un enfant qui essaierait les attractions d'un manège : le voilà collectionneur virtuel, commissaire si on l'y pousse, partageant ses cimaises au nom (un des seuls qu'il prenne au sérieux) de l'amitié, le voilà « en partance pour Monaco a bord d'un sous-marin nucléaire » (du coup, pressé, il vous raccroche au nez), balayant le droit d'auteur tout en s'inscrivant a la Sabam (sous un vrai nom et un faux masque), le voilà personnage de fiction el objet d'affliction, formidabiliste et thuriféraire par principe de tout ce qui se fait et en même temps lecteur fin , minutieux même, de son époque el de l'œuvre des autres.
Il n'y aura jamais de point final à l'œuvre ni sur l'œuvre de Lizène, puisqu'il a pris soin de mettre le point lui-même avant le début. Pas de panégyrique exhaustif ni de rétrospective anthume. Bien plutôt, el bien plus librement, une exposition qui se concevrait comme un livre, et un livre qui se parcourrait comme une expo à travers la forme a la lois réactualisée el généralisée du cabinet de curiosités, tel qu'il se déployait dans la proposition récente de 251 Nord, c'est tout le capital génétique el le génie gênant de l'homme el de l'œuvre qui se livraient sous vitrines ou à ciel ouvert, avec intensité el désinvolture, el dans toute l'épaisseur de leur paradoxe. Il y était question de fidélités et de relations durables, d'attachements dans le détachement, de séduction ou de répulsion, de reprises, de méprises el de remakes, de non-procréation et d'hyper-productivité, d'abolissements el d'avortements, d'accidents faits main el de maladresses, des liens entre ratage el liberté de ton, entre technologie défaillance et autocitation, et des ambitions tâtonnantes d'une machine célibataire qui cherche son âme sœur, son improbable moitié. A éplucher ainsi, dans la fraîcheur d'un lieu, la profonde cohérence de l'œuvre, son incroyable réactivité et son obstination à ne pas évacuer les contenus, à nous toucher généreusement de pièce en pièce, de salle en salle, entre pessimisme joyeux el nihilisme proactif, on sentait a portée de main la menace familière de l'ivresse, des flacons el des idées, celle culture des bistros qui délie les langues ou alimente les grincements de dents, nourrit un humour cinglant ou corrosif mais, ici, jamais cynique ni agressif.
« L'air de rien » (cet air qu'il aurait tant voulu avoir sur les photos), Lizène aura coupé, à force de surenchère, d'exacerbation, d'exaspération, l'herbe sous le pied de la querelle des images, de l'intégrisme des icônes, de la sacralité du geste artistique, de l'incontrôlable question de la reproduction, de la diffusion, de la consommation de soi el de l'autre dans nos nouveaux et stériles circuits d'échanges symboliques. Une attitude aura suffi (qui est une sorte de performance, mais en plus épuisant). Moraliste, Lizène ? A sa manière, oui, si le moraliste est quelqu'un qui incarne son époque, lui donne forme el la déforme, quelqu'un qui réfléchit aux limites de son territoire et de la définition de son langage, quelqu'un qui fait mouche là où ça sent l'humain el sans pour autant s'exclure de la partie ; s'il s'approche à cloche-pied de l'essence des choses, et se demande pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, mais en se rappelant que l'origine de la question se trouve dans le lointain examen comparatif du contenu des culottes des filles el des garçons. Lizène demeurera tel : irrévérencieux jusqu'au néant, médiocre indécrottablement. Mal remis, comme nous tous, de l'inconvénient d'être né. Amer el facétieux, protestant véhémentement de son inexistence, dans la lignée d'un Cioran, d'un Théophile de Giraud, ou du Roland Jaccard qui, dans sa Topologie du pessimisme, avouait : « Comme je regrette que mon père n'ait pas dit un certain soir à ma mère que dans la vie il faut choisir entre la lucidité el la fécondité ». Lizène a choisi ; il a opté pour la pérennité du non-né, il nous force à toucher du doigt l'irrémédiable abîme. Le son creux qui en sort est alors étonnant : quelque chose comme ha, ha, ha, ha (ne pas oublier de forcer le rire a choque saccade). C'est un peu moins que mieux que rien !
Peut-être bien, comme le notait Jules Renard dans son Journal, qu'un soupçon de médiocrité entre toujours dans la composition d'un « bon classique ». Peut-être aussi la médiocrité est-elle, comme le croyait Montesquieu, un « garde-fou » (et qui osera contester que, probablement, la seule différence entre Lizène et un fou, c'est que Lizène n'est pas fou ?) …. Tant d'impalpable gravité entre deux confins, deux éclats de rire. Deux références légitimantes que Lizène aurait tôt fail de couper en deux pour les accoupler tête-bêche.
Une chose est sûre : à l'heure où  uchliuyhgkxughu i yil yvoiuliuvo il serait trop commode, réducteur même, de uchliuyhgk xuhguiyil : yv  et il n'est pas dit que le présent texte lui-même aura toujours su échapper à celle facilité, hélas. Mais s'il est évident que Lizène n'a pas uyhglkxuh guiylt ; yv et n'a pas non plus uhliuyhgkxuhguiylt , il est tout aussi manifeste, incontestable même, qu'il aura au moins uchliu yhgkxuhg uiyil : yvoiuliuvo ; et pas seulement en tant que … mais aussi …… .C'est en tout cas, espérons-le, ce que l'histoire de l'art récent risque d'en retenir - et, osons le dire, ce serait déjà un peu mieux que moins que rien.

 

 

- Vinciane Despret, « Lizène est un animal, mais pas comme les autres », Liège, le 25 juin 2016, in Jacques Lizène. Espace 251 Nord. Productions et expositions 1984-2016, Liège, éd. E2N et Ecole Supérieure des Arts de la Ville de Liège, 2016, pp. 11-13 (catalogue de l’exposition Jacques Lizène, rotation de stocks 1984-2016, productions E2N, 4/03-18/06/2016, Liège, E2N).

Au fond, (presque) presque tout est dans le fond

Dans sa Rapide conférence sur l'origine de l'art : « La médiocrité » (Résumé en mauvais français) (l), Lizène évoque, pour en explorer les motifs, l'acte de naissance de l'art préhistorique. Les premiers artistes, propose-t-il, auraient été des chasseurs sans talent et des chefs de clan médiocres qui auraient essayé de plaire aux femmes en s'attachant à dessiner ce qu'ils ne pouvaient prétendre s'approprier : lesdites femmes, el le gibier. Ce que celle fiction reconstructive implique, c'est l'hypothèse d'une capture, plus précisément d'une entre-capture : c'est par l'image capturée que l'artiste ambitionne de capturer ce dont il donne l'image (2). (A noter, par ailleurs :« Il [Lizène] dit :je suis impiégeable car le piège c'est moi » (3)
Mais le Petit Maître ajoute à cette première hypothèse une autre qui infléchit quelque peu le sens de celle capture. Il s'étonne en effet d'une absence, celle de paysages autour des représentations. Pas d'arbres, pas de plantes, rien. En somme, pas de fond pour ces formes. Il propose d'envisager que cette absence n'est pas d’origine, elle serait le résultat de la corruption, par le Temps, des matériaux utilisés. Des paysages auraient bien été peints a même la roche, mais en utilisant, pour ceux-ci, la matière fécale.
Lizène ne pose pas la question de ce choix. Fidèle a sa pratique d’inachèvement, il laisse l'histoire en plan. Pourtant, la question s'impose : pourquoi les animaux et les personnages auraient-ils été peints par ce qui laisse une trace, et pas les paysages ? Et si le choix de ce matériau particulier répondait à une stratégie ? Si l'artiste, en entourant les êtres représentés par un halo constitué de ses excréments, avait délibérément voulu laisser sa propre trace, celle de son corps, de son odeur, de sa vie intime ? Ne s'agirait-il pas alors, ici encore, de capture ? Tout autour de chaque représentation capturant l’attention des femmes, autre chose, qui capturerait plus encore, s'insinuerait à leur insu : une extension odorante du corps de l'artiste, les traces sensitives des aléas et métamorphoses de sa vie la plus intime. Une émanation de lui-même d’une telle puissance qu'il deviendrait difficile, voire impossible, pour les victimes de ces captures d'imaginer la moindre représentation d'êtres (ou même de quoi que ce soit) sans aussitôt

 

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l.  Repris dans J. Lizène Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle, artistes de la médiocrité, Catalogue édité par Atelier 340, Tome II, 1990, p. 274.

2 Voir à cet égard les hypothèses d'Alfred Gell, pour lequel les productions artistiques doivent être considérées comme des agents sociaux du fait qu'elles sont dotées des caractéristiques que nous accordons aux agents sociaux. Un bouclier décoré fait peur, fascine, il peut ensorceler, prendre au piège son destinataire, il capture l'ennemi ; il ne signifie rien, ne symbolise rien, il agit et fait agir ; il affecte et transforme. Il est donc un agent, médiateur d'autres agentivités. L'art ses agents, 2009, Dijon, Presses du réel

3. Ben, « Notes de Ben pour Lizène, sur l'art d'attitude », in J. Lizène, Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle, artiste de la médiocrité, op. cit., pp. 262-266.

4.  Bien sûr, on sait que des productions corporelles, le sang comme colorant et l'urine comme liant (qui ont, quant à eux, mieux résisté au Temps) ont été utilisés pour les représentations de personnes et de bêtes. Ajourons que la logique nous conduit à penser que dans le cas de représentations demandant de petites quantités de colorant, ces dernières substances ont été privilégiées.

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l'associer, de manière ineffable et entêtante, à la personne même qui en avait assumé le dessin - a son estomac, a ses intestins, a sa chair, a sa peau même (puisque l'intestin n'est jamais qu'un repli de la peau vers intérieur), et par la, à tout le reste, à ses poils, à sa bouche qui a mangé les aliments, à ses mains qui ont porté les aliments jusqu’à cette bouche, à sa voix qui en sort à présent, à son sexe qui attend patiemment son heure et qui observe, tranquille, tel un acteur en coulisse ou derrière le rideau, les effets des sortilèges.
L'art rupestre fécal relèverait alors des processus de la réminiscence active, de l'emprise machiavélique, des sorts analitiques (5).
Ce qui voudrait dire que chaque artiste de cette époque bien instructive, ainsi faisant, aurait marqué, tel que le fait un animal son territoire, le fond de sa toile rocheuse ou de sa cimaise rupestre, et affirmé, dans le geste lui-même : « le paysage, le creuset ou ces personnages puisent leur existence, C'EST MOI ». 

Faire retourner l'art aux fondements.
« Jacques Lizène ne dessine pas, il trace » (7)
- Préambule nécessaire -
Marquer : faire du même avec de I'autre
Remake : faire de I'autre avec du même.
Re-marquer (encore un métaplasme) : faire de l'autre avec du même fait à partir de l'autre.

Q : Est-ce que le remake serait comme une sorte de ressac ?
JL : Le ressac, c'est comme au tennis quand on joue tout seul. C'est le « renvoi au mur ››, surtout qu'il y a beaucoup de murs (8).
Sur le « Fragment de mur à la matière fécale, être son propre tube de couleur » de l977, on peut lire, sur les briques les plus claires, une inscription datée de 1978 : tentative de survivre par transformation de la matière fécale en matière picturale spéculative.
Q :Que voudrais-tu que l'on fasse de ton corps après ta mort ?
JL : Je voudrais qu'on m'incinère. Ça prend moins de place. Je veux prendre beaucoup de place maintenant, parce que de son vivant, c'est amusant. (Comme

 

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5 Selon le métaplasrne du petit Maître. Nous reviendrons, pour l'expliciter, sur cette figure de style qui est récurrente dans son œuvre.

ó. « Faire en français signifie chier.
Exemple :
Ne forçons pas notre talent,

Nous ne FAIRIONS rien avec grâce ». Aragon. Traite du style 92ó, cite en exergue du (très beau) texte de Guy Scarpetta, « L'énergumène » in Jacques Lizène, Remakes . Catalogue de l'exposition au Centre d'Art Contemporain BWA à Katowice (curateurs Jacques Lizène, Nadia Vilenne, Jean-Michel Botquin), 2011, p. 125.

7. Jean-Michel Botquin, Notule : Dessin médiocre issue de « Le Petit Lizène illustré. Une tentative inachevée d’abécédaire autour de l'œuvre du Petit Maître » in Jacques Lizène, tome III, (sous la direction de Jean-Michel Botquin), édité par L'usine a Stars et Yellow Now/Côté arts. Liege, 2000, p. 32,

8. Entretien par téléphone avec Jacques Lizène, le 16 mai 2016.

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je ne suis pas sûr que des personnes viendront sur mon tombeau). Quand on est enterré, on participe au cycle de la vie, avec les vers, etc. Quand j'ai décidé de ne pas procréer, j'ai décidé de ne pas participer au cycle de la vie. Et donc l'incinération, c'est la solution. Bien que... Il y a peut-être des particules qui vont au moment ou l'on m'incinère, se déposer quelque part, et participer au cycle de la vie ? (9)
Laurent Jacob m'a raconté une histoire, qui me sera confirmée et précisée par l'intéressé. Après une soirée joyeuse chez le premier, Lizène est rentré chez lui, mû par un besoin pressant. Quand il ouvre la porte de sa maison, les sphincters (sans doute se sentant chez eux) abandonnent leur effort. Ce pantalon ainsi marqué, Lizène proposera à Laurent de l'exposer : « Shit action painting ».
En 1974, au cours de la préparation d'une exposition collective, on apprend que le Petit Maître délimite son territoire d’accrochage en urinant sur sa cimaise. Il institue celle trace comme participation a l'exposition (et invite par ailleurs un autre artiste, non convié, à y exposer) (10). Il confirme : il s'agissait bien, dit-il d'uriner de part et d'autre de la cimaise, afin de délimiter mon territoire, el d'inviter un autre a v accrocher son travail- lui-même n'y laissant rien, si ce n'est cette trace.
N'allons pas trop vite. Je crois qu'il faut regardera deux fois avant de prendre pour argent comptant celle histoire très animale de revendication d'un territoire inscrit dans les limites. Celles, c'est une histoire éthologique. Mais il s'agit d'une toute autre éthologie que celle qu'on nous a enseignée à propos d'animaux marquant leur domaine et le défendant contre toute intrusion. Les limites, pour Lizène, ne sont de toute évidence pas dessinées pour circonscrire un intérieur. Elles le sont pour tracer une bordure par rapport à laquelle commence un extérieur. La place qu'il s'assigne se situe certes à la limite, mais au dehors. Relisez cette histoire, elle ne dit pas autre chose. Comme ne me semble pas dire autre chose Laurent Jacob, lorsqu'il affirme de Lizène, qu'il « se met à côté, il se met à l’extérieur des dispositifs d’apparition, de visibilité, élaborés des lors comme des contrepoints ». Les limites, des lors, ne sont pas marquage d’un intérieur à préserver, mais création d'un extérieur à instaurer comme tel. Il ne s'agit pas de s'approprier, mais plus proprement de s’exproprier. « Le territoire, disait Gilles Deleuze, ne vaut que par rapport à un mouvement par lequel on en sort (...), il n'v a pcs de territoire sans un vecteur de sortie du territoire. Il n'v a pas de sortie e territoire, c'est-à-dire de déterritorialisation, sans en même temps un effort pour se reterritorialiser ailleurs, sur autre chose » (12)
C'est encore de l'éthologie, entendue celle lois non comme une biologie des comportements, mais, si je me laisse encore guider par Gilles Deleuze conversant

 

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9. « Son œuvre n'est qu'une série d'actes (...) comme si rien ne devait prendre » Guy Scarpella, op. cit, p. 121.

10. On retrouvera cet élément biographique proposé dans ces termes dans J. Lizène, Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle, artiste de la médiocrité, op. cit.

11. Conversation préparatoire à l'écriture de cet article, 251 Nord, le 15 mai 2016. Laurent Jacob, juste avant cette proposition, suggérait : « Dans tout, Lizène trouve quelque chose d'intéressant. Comme il a choisi l'extrême limite avec la nullité, il se met dans un rapport inversement proportionnel à l'ambition, de la compétition »

12. Gilles Deleuze, "A comme Animal", Abécédaire.

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cette fois avec Spinoza, comme une science des modes d'existence, des manières d'être. Une science pratique des manières d'être, précise Deleuze, ce qui me conduit à proposer d'y inclure un « art des attitudes » une éthique en d’autres termes (13). Or, il faut comprendre pourquoi Deleuze insiste, le contraste qu'il veut nous faire sentir : l'éthique est une éthologie, une science pratique des modes d'existence, des manières d'être, et c'est bien en cela qu'elle se différencie de la morale. La morale est jugement (le moraliste est toujours la pour juger - soit dit en passant, notons les passions tristes de la critique), l'éthologie est, au contraire, pratique d'expérimentation : expérimentation de ce dont les êtres sont capables, expérimentation des affects qu'ils peuvent éprouver, expérimentation des puissances qui sont les leurs. Une éthologie, qui inclut une science des attitudes, et qui serait de ce fait la complice de ce « pied de nez [lizénien] à l'histoire et à la critique fondée sur le jugement » (14), voilà ce qu'il nous faut pour penser le marquage, les murs de défécation, son histoire de l'art inachevée.
Une éthologie de l'lzène [sic] : une expérimentation à tenter.
On s'intéressera d'abord à son alimentation, (Deleuze disait :« Le régime alimentaire, vous sentez qu'il s'agit des modes d'existence »), une alimentation que l'on sait choisie avec soin et sens aigu de l'anticipation. La plupart des êtres mangent pour de bonnes et de mauvaises raisons et, parmi celles-ci, pour assurer leur persévérance dans l'être - que ce soit pour favoriser la croissance ou pour garantir le renouvellement de parts de cet être. Lizène ajoute à ces puissants motifs biologiques un autre, un motif qu'il qualifie, on l'a vu, de survie spéculative (il mange pour aboutir a transformer de la matière fécale en matière picturale spéculative). Mais je voudrais préciser, ou tenter d'esquisser, la forme du projet, ou plutôt sa raison d'être : manger et métaboliser participe du projet de favoriser à distance I 'extension de son être.
A partir de là, deux hypothèses sont possibles, deux histoires sont en concurrence, toutes deux donnant à cet énoncé « favoriser à distance l'extension de son être » un sens qui divergera légèrement. Le remake lui-même y jouera un rôle différent.

Remake ou l'art de faire générer des générations sans se reproduire
Avant d'explorer la première hypothèse, celle d'une expansion de lui-même dans ses œuvres scatophores, il me tout faire un léger détour pour en exclure une autre, qui nous mènerait droit aux spéculations les plus extravagantes. On se souviendra de sa décision de ne pas procréer, décision prudemment radicalisée avec cette affirmation « s'il m'était donné de pouvoir éteindre gentiment à jamais toute vie, je n'hésiterais (peut-être) pas un seul instant » (15). On pourrait partir de la et considérer qu'avec le projet titanesque de filmer le plus grand nombre possible de visages humains, il s'est agi d'archiver, de garder trace, avant cette gentille extinction, d'une part non négligeable de ce qui a peuplé la terre (n'a-t-il pas voulu aimablement laisser aux archéologues du futur, et cela participerait du même esprit, d’anachroniques peintures rupestres ?). 

 

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13 Gilles Deleuze, Cours sur Spinoza du 09/l2/1980 ; http://www2.univ-pparis8.fr/deleuze/article.php3?id_article=137

14 Jean-Michel Botquin, Jacques Lizène, Tonne III, op. cit., p. 8.

15 « Position pour la non-procréation, 1965 » cité in Remakes, op. cit., p. 30.

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Ce serait toutefois aller trop vite et el beaucoup trop loin. Ce projet à première vue d'archivage ne prend pleinement son sens que dans ce que l'avenir lui a offert : les sculptures génétiques et les visages recomposés ou syncrétiques. C'est là que le remake emprunte véritablement la forme artistique du métaplasme. Le métaplasme est cette figure de style, assez minimaliste, qui consiste à ne modifier, dans un mol, qu'un ou deux éléments (par addition, fusion, soustraction, etc.) pour lui donner un nouveau sens, Tout en gardant du fait de la légèreté de l'écart celui d'origine- ainsi, par exemple, l'œuvre de Lizène invite à une injonction de « lis tes ratures ». C'est un métaplasme médiocre, ils le sont d'ailleurs souvent. En anglais, et qui l'est un peu moins, le terme remember peut produire, par métaplasme, quelque chose qui signalerait le travail opéré sur ces visages syncrétiques ou ces sculptures génériques ; remember signifie se souvenir (garder trace en quelque sorte), le métaplasme re-member (ajout d'un tiret) désignant quant à le fait de, en français, recomposer, de « remembrer ». Remake, en fait. La coïncidence, notons-le en passant, est d'autant plus heureuse que le métaplasme qualifie l'opération matérielle qui autorise les transformations par permutations génétiques des séquences formées par les compostions de l'alphabet AGCT de l'ADN.
Toul ceci nous éloignerait de notre sujet, si ce n'est qu'il faut remarquer une singulière répétition à l'œuvre dans ce travail : le visage de Lizène est omniprésent. Recomposé, refiguré, génétiquement modifié, affublé, prothésé, déguisé, coiffé, parfois souriant, en centaines d’exemplaires. Remakes de remakes. C'est un indice de lo volonté d'extension de soi dans l’espace et à distance. Un indice seulement, certes.
Mais si l'on s'intéresse au fondement, l'on se rend compte que celle multiplication de soi recomposés éclaire sous un tout autre jour le projet fécal :ces murs de défécation, ce sont autant de remakes de son propre corps. Croissance et extension dans l'espace : le corps de Lizène est non seulement dons l'espace du mur, mais s'étend dans tous les murs qui, à présent tapissent d'autres murs (ou attendent calmement dans des greniers des jours meilleurs).Alors, l'histoire du pantalon qui revendiquait d'être exposé ne vient-elle pas confirmer ce que nous pressentons ? Non seulement le confirmer, mois lui donner une portée théorique bien plus féconde. Cor ce pantalon n'est pas sons rappeler une histoire bien ancienne, celle d'un suaire que l'on peut encore voir à Turin et qui porte toujours les traces du sang et de la sueur du Christ. Loin de moi de suggérer que Lizène connaitrait la tentation christique, même si je ne suis pos loin de penser qu'il donne son corps en partage (16) En choisissant pour suaire celui de son fondement, Lizène opère en fait une inversion, cul par-dessus tête.
Cul par-dessus tête : au sublime, Lizène oppose le fondamental (ou sens propre) ; à l'idéal d'une infériorité spirituelle, se substitue une extériorisation du laborieux travail de ses viscères ; au sacrifice tragique du don de soi, une facétie incontinente ; au travail de la sublimation, celui de lo métabolisation el des rebuts de la digestion. Mais il n'en reste pas moins que ce sont bien des reliques païennes qu'il nous propose sur le mode de celle inversion, et qui en ont nombre des caractéristiques. Le corps de Lizène est partout, en expansion, à1 distance, sous la forme de restes de digestion, de cellules égarées, d'enzymes, de salive el de bactéries entraînées par mégarde, un corps multiplié à l'infini, comme le furent ces reliques el ossuaires qui ont, pendant longtemps, parcouru l'Europe chrétienne.

 

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16. Quoique ... « (Presque) jamais, le visionnaire n'a été perçu comme tel en son temps ! Aie ! Ahahahah ».  Lizène, Remakes, op. cit., p. 8. Qu'on m'explique ce « presque »

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Lizène est un voyageur immobile de son vivant, comme le furent les rois mages et quantité d'autres saints après leur moral, et dont des centaines de tombes revendiquaient avoir quelques restes, un doigt, un cartilage, un éclat de fémur. Il aura donc beau demander l'incinération, le voilà affecté a être pour bien plus longtemps ; chacune de ses œuvres fécales assure déjà sa dissémination, et procède, dès à présent à l'extension progressive de son corps. L'art comme manière d'être : certes, c'est cela aussi l'éthologie, l'exploration des modes d'existence et des façons d'être affecté - ou assigné à de multiples résidences.

Un animal. (presque) comme les autres
La seconde hypothèse éthologique, celle de l'lzène [sic] (Minor Magisler), sera beaucoup plus simple. Elle renoue, a certains égards, avec la fiction d'histoire de l'art préhistorique dont Lizène, par son silence, convoque la suite. Reparlons du pantalon, des murs de défécation, des peintures à caca, de l'urine sur les cimaises et de cette manière de pratiquer tout un art de l'extériorisation. On avait évoqué le territoire, et notamment avec Deleuze, lequel précise d'ailleurs dans l'abécédaire : « constituer un territoire, pour moi c'est presque la naissance de l'art ». J'avais toutefois contesté l'idée qu'il s'agisse de tracer des limites appropriatives d'un intérieur. Je ne crois pas d'ailleurs que tous les animaux territoriaux agissent de celle manière. Certes, ils marquent, par l'urine, la merde, le chaud, les poils, les odeurs, mais la marque n'est pas la frontière. Elle s'y arrête, c'est tout. Les marques sont souvent partout. Ce que fail l'animal qui marque, c'est créer un chez soi qui soit une extension sensible de son corps. Le nid, le terrier, l'espace défendu devient chez soi parce qu'il devient « soi », parce qu'il porte l'odeur d'urine, de sueur, de glandes, de fèces, parce qu'il porte les marques, des parties de corps qui s'étendent dès lors au-delà du corps el qui font que ce qui n'était pas le corps le devient, par appropriation, non au sens de propriété possession mais au sens des propriétés du corps. Le territoire est donc une extension du corps dans l'espace. Alors l'hypothèse si simple est que Lizène (Minor Magister) étend, par son œuvre, par objets interposés, le monde qui est le sien. Il essaime. Non pas passage a l'acte, mais passage par l'acte, frayage, déplacement.
Lizène étend son corps et son être se nourrit de son expansion.
Il fait du monde un prolongement de soi.
Voyageur immuable dans la répétition, car c'est encore le signe distinctif du marquage que cette nécessité incessante de réitération, qu'il soit chant repris sans cesse, urine ou merde toujours à rafraîchir et même postures, Lizène joue de la reprise, de la redondance, du remake permanent. Le monde de Lizène est un monde qui demande constamment a être repris, réinvesti, refait, remis à neuf. Faire du même avec de l'autre, de l'autre avec du même, faire du même avec de l'autre fait à partir du même. Marques, Remakes, Re-marques :repétillions au service de l'acte el non du progrès - série d'actes, actes en séries.
Encore une manière d'être, une attitude, qui le situera toujours là où on ne l'attendra pas. C'est son éthologie.

 

 

- Arnaud Labelle-Rojoux, Jacques Lizène : la postérité ? Voilà, la place est prise !, 6 octobre 2021.


Je tends, et je n’ai jamais rien fait d’autre, à la facétie. (Jacques Lizène)


Trente ans après, je ne me suis pas encore tout à fait remis de ma rencontre avec Jacques Lizène, ou plus exactement avec son œuvre battant en brèche tous les repères qui étaient jusqu’alors les miens, ceux des avant-gardes compris, Dada, happenings, Fluxus et autres cénacles dressant un système de « contre-valeurs » aux dogmes esthétiques dominants. Nous étions, je pense, en 1990. Ce que je connaissais de lui remontait cependant à quelques années auparavant, par le catalogue interposé du Symposium d’art performance de Lyon de 1979. Il s’agissait, après le refus essuyé d’y présenter un mur de briques constitué de ses propres excréments (on y reviendra), d’une action « rapide et légère » (datée de 1971), aussi « minable » en apparence qu’effectivement sans pitié pour ce qui se prenait alors pour le nouveau grand art, celui de la performance. Aucune subversion revendiquée pourtant. Tournant en rond, Lizène tenait en laisse un cassettophone diffusant son rire inextinguible ; celui-ci, équipé d’un gros marqueur noir, laissait au sol la trace très approximativement circulaire de sillons d’un disque vinyl. Lizène assumait joyeusement, ce que les gros gibiers de l’art ne peuvent envisager, sa « part maudite », la médiocrité, la nullité, le ratage. Jean-Yves Jouannais expose parfaitement la chose : « La médiocrité n’est pas une aspiration démagogique ou masochiste à la honte, mais s’affirme comme le rêve de ménager le lien social et de pointer ce que le réel recèle de poésie véritable. En cela, l’œuvre de Lizène explicite le lien demeuré invisible entre deux déclarations majeures de Filliou. La première envisageant donc l’art moderne comme la révolution des médiocres, la seconde affirmant que “l’art n’est qu’un moyen pour rendre la vie plus intéressante que l’art.” » Et de préciser : « Cette médiocrité se désigne ainsi, non pour se situer sur une échelle esthétique, mais pour rendre compte d’une ambition dont la seule mesure est l’intensité et la visibilité – une intensité discutable pour une visibilité problématique. » (Jean-Yves Jouannais, L’Idiotie, Beaux-arts magazine livres, Paris, 2003).
Chez l’autoproclamé « petit maître » s’entrenouent, comme le dit fort bien Jouannais, l’idée d’une revendication de la médiocrité permettant à chacun d’exister artistiquement et une singularité convertissant tout en œuvre unique, sans hiérarchie esthétique quant aux éléments qui la composent. Ceux-ci apparaissent très tôt sous ce jour avec le qualificatif d’art « d’attitude ». Premiers « dessins médiocres », dès la troisième année de ses études à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège entre 1961 et 1966 (Les chaises dorment assises, 1964 ; Le Sexe et la multitude et Femme et personnages ithyphalliques, 1966), période durant laquelle il se rend compte que son talent est de ne pas en avoir. Tout son répertoire formel, ou presque, est déjà là. Cependant qu’il créé en 1971, l’Institut d’art stupide dont il est l’unique représentant, le corps fait son apparition dans des séries de photos, le sien (Petit maître liégois hésitant à entrer dans le cadre d’une ou de l’autre photo), ou celui d’une modèle (Contraindre le corps d’une jeune fille à s’inscrire dans le cadre de la photo). Il réalise la même année un film 8 mm en noir et blanc Travelling sur un mur (de briques). On découvre à la toute fin de la séquence maladroitement filmée, cette phrase surprenante tracée à la craie : « Je ne procréerai pas ». De fait, Lizène ne procréera pas : il vient de subir à quelques kilomètres d’Oslo, en Norvège, une vasectomie volontaire après que l’œuvre de Cioran l’ait convaincu de l’absurdité de faire des enfants. Lecture hâtive (il s’est arrêté aux titres des chapitres du Précis de décompositions) mais geste irréversible. Il indique, nous sommes en pleine période de l’art corporel, qu’il s’agit avec cette opération d’une « sculpture interne », et fera de l’événement une des chansonnettes pitoyables de son « Minable Music-hall » (séquence de l’émission de Radio Titanic), Vasectomie ! chevrotée plus que chantée sur tous les tons de la dérision. Une autre petite chanson médiocre enregistrée à la même époque Ah ! Qu’est-ce qu’il y a dans mes souliers se voit qualifiée de « Minimal body art » du fait qu’il l’interprétait en soulevant son gros orteil de façon invisible puisque logé dans sa chaussure fermée. 
Mais Lizène est loin d’être le « pître » qu’il prétend être, ou plutôt, s’il apparaît tel, n’est pas moins pétri de références artistiques et littéraires, pour certaines faisant sens au regard de sa propre existence passablement teintée de désespoir. Ainsi, le mur filmé sur lequel il a écrit « je ne procréerai pas », n’est autre que celui faisant face à la clinique d’Ougrée, dans la banlieue de Liège, où il naquit, et s’il peint des briques à la « matière fécale », présentées pour la première fois sous la forme reconstituée d’un mur de six mètres de long au Cirque Divers de Liège en 1978, il le baptise sciemment « peinture analitique » jouant naturellement sur le sens d’analyse et d’analité. Son titre plus tardif, « Mur des défécations » a pu davantage sembler provocateur, ou disons régressivement puéril (ce qu’ont probablement pensé les organisateurs du Symposium d’art performance de Lyon qui l’ont refusé), mais quel que soit l’angle d’attaque choisi pour le définir, la dimension métaphysique est au cœur de sa démarche. Cela va au-delà de ce qu’il prétendait : « Si j’étais un petit maître hollandais, je peindrais des marines. Je suis un petit maître liégeois, né dans une banlieue industrielle: je peins des murs de merde.» Peindre des murs de merde (« au caca » comme il dit aussi) ou, lors de la performance Extinction de l’œuf (1970), pulvériser d’insecticide une série d’œufs alignés à l’aide d’un aérosol, cependant qu’un magnétophone diffuse des cris de bébés, ne laissent guère entrevoir une vision heureuse de la vie. C’est sans doute ce qui m’a fait tant aimer Jacques, en le rencontrant. Cette capacité à masquer son désespoir profond dans ce qu’il nommait la « facétie ». Il ne s’agissait pas d’un rire de complaisance, mais bien d’une « attitude », dans le sens même que donnait Harald Szeemann lors de son exposition When Attitudes become Form à Berne en 1969, une « conscience divergente ». Il reprend du reste à son compte le mot, faisant de chacun de ses gestes, comportements, inventions « minables », croisements photographiques « génétiques », pièces musicales à l’envers, un « art d’attitude d’art médiocre », personne de sérieux ne pouvant songer lui disputer la palme de la « Médiocrité ». 
En 1995, organisant une « Journée du ratage » à l’École d’art d’Avignon où j’enseignais alors, il m’était donc impossible de ne pas l’inviter aux côtés, à des titres variés, de Stéphane Bérard, Olivier Blanckart, Jean-Yves Jouannais et Michel Houellebecq. Idée saugrenue ? Sujet fleurant bon le nihilisme, pédagogiquement périlleux, c’est vrai, mais la chose, diversement accueillie par des étudiants déroutés, se fit sans difficulté grâce au soutien du directeur Jean-Marc Ferrari, lui-même obsédé par la question de l’échec, amateur de disques idiots et admirateur de Lizène. Il faut dire qu’il le connaissait bien pour avoir monté cinq ans auparavant avec Ben, l’exposition néo-publicitaire itinérante de caravanes d’artistes, Caravane de caravanes, qui avait sillonné la France de Dunkerque à Vendres, station littorale du Languedoc. Lizène y avait participé avec éclat, faisant l’intégralité du voyage (une vingtaine de jours) dans une caravane ajourée, réduite à une armature, c’est-à-dire complètement à vue. Lors de la « Journée du ratage » Lizène présenta de biais, et volontairement flou, un film sur l’art belge (selon lui très remarquable) qu’on entendait à peine, et surtout sa vidéo Sexe marionnette (1977) dont rendit compte encore sous le choc Michel Houellebecq dans les Inrockuptibles (repris dans le recueil d’articles Interventions, Flammarion, 1998) : « Les choses ont commencé presque gaiement, par une projection de courts-métrages réunis sous le titre de Films sans qualités ; les uns hilarants, les autres étranges, parfois les deux […]. Puis j'ai vu une vidéo de Jacques Lizène. La misère sexuelle le hante. Son sexe dépassait d'un trou ménagé dans une plaque de contreplaqué; il était enserré dans un nœud coulant par une ficelle servant à l'actionner. Il l'agitait longuement, par secousses, comme une marionnette molle. J'étais très mal à l'aise. Cette ambiance de décomposition, de foirage triste qui accompagne l'art contemporain finit par vous prendre à la gorge; on peut regretter Joseph Beuys, et ses propositions empreintes de générosité. Il n'empêche que le témoignage porté sur l'époque est d'une précision éprouvante. Toute la soirée j'y ai pensé, sans pouvoir échapper à ce constat : l'art contemporain me déprime; mais je me rends compte qu'il représente, et de loin, le meilleur commentaire récent sur l'état des choses. J'ai rêvé de sacs poubelle débordant de fIltres à café, d'épluchures, de viandes en sauce. J'ai pensé à l'art comme épluchage, aux bouts de  chair qui restent collés aux épluchures. »
Jacques Lizène a été sensible au commentaire stupéfait de Houellebecq, dont il m’a dit avoir ensuite lu et apprécié plusieurs de ses romans. Les mots qui viennent sous sa plume tombent juste en effet. Il y a une forme de pathéthique chez Lizène, certes à double tranchant (rire ou pleurer), en tout cas transmissible. En revanche je ne l’élargirai personnellement pas à l’art contemporain dans son ensemble qui n’est à l’évidence porteur ni de sa négativité, ni de son malaise, ni de son « ricanement » (mot préféré par lui à celui de rire). Lizène du reste s’est d’emblée situé dans la « banlieue de l’art », laquelle n’est pas séparée de la vie ordinaire. C’est là qu’il donne toute sa mesure. Artiste « vingt-quatre heure sur vingt-quatre, et pas seulement quand il réalise des œuvres », comme l’a noté Guy Scarpetta (« L’énergumène », Jouons avec les vidéos mortes de Jacques Lizène, L’ÉCLAT/Villa Arson, L’Usine à Stars, Yellow Now, Liège, 2009), il ne fait aucune différence, en dandy qu’il est, entre les moments les plus triviaux et les plus authentiquement créateurs, cela, avec une désinvolture confondante, alternant le plus haut degré de précisions explicatives (surtout une chope de bière à la main) et les dérapages très incontrôlés laissant paraître la morale sous-jacente de sa posture : le deuil de la vie se fait par la vie, sorte de suicide à petit feu. Il ajouterait ici : AH ! AH ! AH ! AH !
Mais Jacques Lizène vient de mourir. 
Je l’ai dit, peut-être d’ailleurs un peu trop, Jacques Lizène avait la tête métaphysique. Avec le corps d’un pétomane goguenard, dois-je illico  ajouter, ce qui n’est pas incompatible, on l’a compris. L’un ne compense pas l’autre, et les effets libérateurs du second, comme son rire générique, étaient là pour déterminer la parité de contraires supposés, ce qui en fait, non sans raisons, on l’a écrit souvent, en particulier récemment  pour annoncer sa mort dans la presse, l’héritier d’Alfred Jarry. Il faut cependant, et quoique lui-même ait minimisé la chose, revenir un instant sur son œuvre (prolifique) et rappeler qu’en 2011, à Paris, une grande rétrospective (qualifiée de « rapide ») au titre flamboyant « Désastre jubilatoire » lui fut consacrée au Passage de Retz, organisée par Jean de Loisy. Étaient présentes, bien sûr, les photos, les vidéos (dont il faut se souvenir qu’elles datent de la pré-histoire du genre) telle l’inoubliable Tentative de dressage d’une caméra (1971), les peintures à la « matière fécales », les chansonnettes, les sculptures nulles avec fumée, etc., qui trouvaient naturellement leur place dans la rétrospective, mais non comme les jalons passés en revue d’une œuvre par périodes. Frappait en effet la cohérence d’un ensemble extraordinairement vivant, et une permanence de formes (oui, il faut dire formes) n’appartenant qu’à lui : le remake (à partir de 1979) comme technique d’effacement du passé au profit d’un présent perpétuel (lui permettant de semer la confusion entre un projet réalisé réinterprété, un projet resté à l’état de projet finalement réalisé, un projet présent post-daté, supposément passé donc), et l’obsession du cadre, du chassis, du cloisonnement, des croisements, des accouplements d’objets. On a pu, bien entendu, trouver ici ou là des cousinages avec d’autres artistes (Filliou), en particulier belges (Jean-Yves Jouannais s’est focalisé sur le mur de briques emblématique, en effet présent chez Magritte, Mariën ou Broodthaers), mais domine - la chose était explicite au Passage de Retz - une volonté de faire une œuvre singulière abondante, casse-tête d’évaluation critique. Lui-même, en effet, n’hésitait pas à qualifier d’«  insignifiant », de « vraiment nul », d’« inepte », de « sans intérêt » ses propres dessins, vidéos, sculptures ;  il s’annote, se commente, ce qui laisse penser que ce n’est pas tant l’art, serait-il « médiocre », qui se prête au jugement que son auteur. Lizène, moraliste, se situe dans la Négation revendiquée. Mais au contraire de la constellation d’écrivains qu’Enrique Vila-Matas a réuni sous le patronage de Bartleby, le personnage du récit d’Herman Melville, sa « nullité » ne s’accompagne pas de retrait, d’incapacité créatrice, d’inachèvements, mais d’une hyperprésence et dans la profusion. Le Passage de Retz débordait de Lizène, corps néo-rupestres courant partout.
Lorsqu’est mort notre ami commun Éric Duyckaerts pour qui il avait tant compté et qui le vénérait, je lui avais téléphoné. Décrochant, il me demande d’emblée : « Tu m’appelles à propos d’Éric Duyckaerts (soulignant dans sa prononciation Deuillekaerts) ? » Lui indiquant que je voulais en effet l’associer dans ma prise de parole le lendemain au crématorium du cimetière du Père Lachaise, il me fit cette réponse, assez curieuse de la part du pessimiste radical qu’il était : « Les artistes disparaissent, pas leurs œuvres ! Avec elles, même les artistes oubliés, comme Paul Sérusier renaissent. Les œuvres ressuscitent les morts oubliés! » Il était parti ensuite d’un grand rire, avant d’ajouter : « Mais on n’oubliera pas Éric Duyckaerts ». Ainsi donc, Jacques Lizène, soudain prophète, croyait au jugement infaillible de l’histoire, dès lors qu’on y laisse des traces (même des « petites saletés de dessins ») ! Il y avait certainement pour Lizène une différence entre la postérité et une reconnaissance même tardive, généralement intéressée sur le plan mercantile. La postérité est une hypothèse toujours ouverte. Imprévisible. Plusieurs années avant sa remarque à propos de l’œuvre de Duyckaerts, il précisait, c’était en 1986 dans une lettre à Catherine Millet, rédactrice de la revue Art press, qui avait qualifié sa démarche de mise en scène obstinée de la « débilité la plus navrante » : « Je regrette que, pour je ne sais quelle coquetterie de critique parisienne, vous n’ayez pas employé mon propre vocabulaire (art du nul, artiste de la Médiocrité, petit-maître de la seconde moitié du XX è siècle...) plutôt que la formule de “ débilité la plus navrante” qui signififie “ grande faiblesse donnant peine et chagrin vif” (ah, ah, ah, ah !)... alors qu’il s’agit (ici c’est à moi d’être navré ... ah, ah, ah !) d’une forme d’humour et d’une critique de la critique (de l’idée de jugement en art) avec drôlerie, de la médiocrité amusante en somme ! Dans le sens de ce constat , je serais peut-être porté à croire qu’il n’y a aucune raison véritable de penser que la plupart des critiques d’art actuels soient infaillibles, plus que ne le furent ceux de la fin du 19 ème siècle ou du début du 20 ème ... qui eux, pour le plus grand nombre, se sont trompés très souvent, quand ce n’est pas TOUJOURS ... (ah, ah, ah, ah, ah !). » Et de glisser à la suite de son courrier quelques documents « d’art de la Médiocrité » à reproduire dans Art press « avec pourquoi pas un petit article de vous, pour, qui sait, donner à la postérité l’image d’une jeune femme qui ne s’est pas toujours fourvoyée ... ah, ah, ah, ah, ah ! ». Sous couvert de mise au point amusée, il y avait dans la réponse faite par Lizène à Catherine Millet, plutôt que le désir de la voir s’amender, qu’elle reconnaisse une erreur de jugement, la dénonciation d’un pouvoir critique discriminant, moins durable que l’art même. Il y a toujours eu, et partout dans le monde, des artistes par millions en proie au doute, au ratage, à l’échec, au découragement, que le qualificatif de « médiocre » élimine sur le champ de leur vivant. Il parlait pour eux, proclamant  « personne, vraiment personne ne peut considérer que ce que tu fais est inintéressant. Il faut toujours laisser faire le temps ». La postérité est en effet leur chance. Enfin, était leur chance : la place est  désormais prise par Jacques Lizène !

Notes

- Michael Dans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Emilio Lopez-Menchero

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Jean-Pierre Verheggen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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