Disciplines et techniques
Peinture, Sculpture, Peinture matiériste, Relief, Sculpture Verre
Formation : - Académie des Beaux-Arts de Liège
Nationalite : Belgique
Communaute : Communauté française
Peinture, Sculpture, Peinture matiériste, Relief, Sculpture Verre
Artiste
Abstraction, Abstraction géométrique, Abstraction lyrique, Nouvelles tendances
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Formation :
- Académie des Beaux-Arts de Liège
Formation :
- Académie des Beaux-Arts de Liège
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in catalogue Surface sculpturale. Bruxelles, Atelier 340, 1984.
Désir de renouvellement, évolution de l’esprit vers des sphères moins tourmentées, aspiration vers un avenir où la poésie dominerait la technique, sans doute, mais en plus l’inexplicable comment qualifier cet impact décisif entre la matière-verre et moi ?
Hasard, inspiration, réponse à un besoin d’air, de lumière, de pureté, besoin d’exprimer mon adhésion au monde actuel, dans une forme où son angoisse, transfigurée, atteindrait à la sérénité.
Autant de questions auxquelles l’artiste ne peut mieux répondre que par son œuvre.
Elle parle pour lui à qui sait l’entendre.
- Jacques Parisse mars 1974, sur l’invitation Galerie Le Zodiaque, Helleweegen, du 24/04/ 16/05/1974.
Bientôt dix ans que Willy Helleweegen exposait pour la première fois à la Galerie Le Zodiaque. Préfaçant l'exposition de 1965, j'écrivais que l'artiste ne s'arrêterait pas en chemin, qu'il approfondirait sa manière.
Le temps et l'artiste m'ont donné raison : Willy Helleweegen sait ménager ses effets, chacune de ses expositions apporte la preuve d'un progrès, d'un pas nouveau vers la maitrise totale de toutes les possibilités de ses moyens d'expression.
Après avoir découvert les vertus plastiques de l'éclat de bois et du plomb fondu, après avoir capté la lumière dans ses pièges à clarté, voici Helleweegen installant ses sculptures de lumière en plein cœur de l'espace sans qu'il renie pour autant le mur. Je ne sais ce qui pousse cet artiste sans cesse de l'avant : le goût de l'aventure, la volonté de porter l'expérience au plus loin, jusqu'aux frontières sans cesse reculées du possible, la crainte aussi de la stagnation rassurante dans une manière ou dans un style où il a désormais fait ses preuves ? Que nous importe ses raisons. Il nous reste l'essentiel : juger sur place, juger sur pièces
Willy Helleweegen accumule sur une surface donnée mais discrète (justifiée seulement comme support) des dizaines, des centaines de flacons de toutes tailles dénaturés par son imagination artiste de leur fonction originelle. La disposition de ces éléments ne relève pas du hasard : Helleweegen dessine et construit et l'organisation en plans et en formes répond au double souci de structurer la composition et de permettre à la lumière d'y vivre ses métamorphoses. A y regarder de plus près, on observe combien le blanc s'enrichit de nuances. L'application du mastic de soudage permet une opacité variable qui se répercute sur l'ensemble.
Depuis peu Willy Helleweegen a donné une dimension nouvelle à l'œuvre : la troisième. Ainsi la sculpture-relief s'est haussée à la noblesse de la sculpture à part entière. Un champ nouveau d'investigation s'ouvre à lui. Pour permettre la transparence et le reflet, Helleweegen use maintenant de la glace et du plexi qu'il a appris à plier à son gré. Il le ploie ou le déploie, en fait le « dramatise » sans cesser néanmoins d'organiser sur les supports les masses serrées de ses flacons. Libérée du mur l'œuvre se développe dans l'espace. Nos points de vue se sont multipliés, la lumière plus que jamais se permet des jeux inouïs, braquée ou diffuse, concentrée ou éparse. Comment pourrait-il maintenant accorder des signes musicaux programmés aux ruissellements baroques de la lumière ? Helleweegen se pose la question. N'en doutons pas : ce chercheur patient mais heureux trouvera la réponse.
- Jacques Parisse. in Actuel XX., La peinture à Liège au XXe siècle. Ed. Mardaga, Liège 1975
(…) En modifiant l’inclinaison du tube-cellule, en le multipliant, en disposant les masses suivant un ordre où n’intervient pas le hasard, Helleweegen est passé du baroque à un nouveau classicisme (…) Ces masses sont moins loin de la forme colorée en aplat qu’il n’y parait à première vue Qui regarde sans trop s’attarder, voit le plan avant d’en détailler, les composants.
Mais un élément intervient réintroduisant au sein du tableau-relief une dimension supplémentaire : caressée de lumière changeante, suivant l’angle du regard, l’œuvre paraît saisie d’un mouvement interne.
En fait Helleweegen « sculpte la lumière » en la captant dans ses miroirs sans tain (…).
- Jacques Parisse AICA 1986,in catalogue 42ème Biennale de Venise, 1986, p 10
Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse... Mais, ici, dans l'œuvre de Willy Helleweegen, il s'agit bien de l'ivresse de l'œil devant la lumière piégée.
Le flacon, l'ampoule, la petite bouteille de verre - si originale et personnelle que soit la découverte accidentelle de ce matériau et de ses possibilités - n'est pas plus au peintre-sculpteur - dans cette esthétique du déchet - que n'était la touche de couleur pour le peintre pointilliste : un moyen, pas une fin. -
Au contraire d'Arman qui "accumule", Helleweegen cherche à faire oublier l'accumulation. La surface du relief devient fragment de sol jetant les feux de ses éclats de quartz, devient rivière vivante des friselis de l’eau : elle devient surface où la lumière captée continue à vivre selon l'angle de vue, selon l'heure éblouissante ou se voilant d'ombre, se colorant de la présence des objets qui lui font cortège.
Il aurait peut-être suffi à Helleweegen d'en rester-la, de laisser faire la Nature et les choses, d'abandonner la lumière à ses fantaisies. Il a voulu, au contraire, décider d'un ordre en organisant la surface, en déterminant des plans, des inclinaisons, des profondeurs. Il ne se contente pas d'enfermer la lumière, il faut lui tracer des chemins et l'habiller en ajoutant la couleur - cette chaleur - avec une discrétion suffisante pour que son apport serve la lumière sans la dénaturer.
En sculptant la lumière Helleweegen n'a pas oublié qu'il était aussi peintre,
- Gaetan Lodomez in catalogue 42ème Biennale de Venise, 1986, p
Un artisan devenu artiste : Willy Hellewegen
Rien ne prédisposait Willy Helleweegen à devenir l'artiste important qu'il est. Il aura fallu l'intensité d'une intuition et d'une sensibilité originales, un talent guidé par l'ambition et un absolu besoin de s'exprimer pour donner à l'oeuvre que l'on connait toute sa dimension humaine et poétique.
Helleweegen aime à rappeler qu'il a commencé à travailler à 14 ans, débutant comme peintre en bâtiment, à l'exemple de Braque.
Très vite, il enrichit ses possibilités en apprenant l'usage du bois et du marbre dans la décoration, en pratiquant le lettrage, en s'essayant à la technique du pochoir, etc.
Parallèlement, il suit des cours à l'Académie des Beaux-Arts de Liège. Il peint des aquarelles figuratives qui obtiennent un succès certain puisque leur vente, pendant les années de guerre, lui permettra de survivre alors que son état de réfractaire le condamne à la clandestinité.
Les circonstances fluctuant, la nécessité de gagner sa vie demeurant, l'esprit aventureux et volontaire, il crée quelques années plus tard le premier atelier de sérigraphie commerciale à Liège, dont la qualité de production lui vaudra deux fois le prix EEA (L'Expansion et l'Education Artistiques a.s.b.l.).
Dans les années 50, grâce aux conseils éclairés de quelques amis, il découvre la peinture abstraite. Première révélation. "Je me trouvais moi-même dans les tableaux abstraits", confie-t-il.
Il fréquente alors les expositions, pratique l'abstraction lyrique pendant 4-5 ans. Les choses vont vite. Il entre à l'APIAW et expose pour la première fois dans la galerie de cette prestigieuse association qui, dès 1945, exposait Tal Coat et Pignon avant de montrer au cours des années suivantes Appel. Kandinsky. Bury, Delvaux, Klee, le groupe Cobra et Magnelli entre autres.
Prédécesseurs de choix s'il en est. Compagnie on ne peut plus brillante. La critique le salue, le loue. Ce qui l'encourage mais ne lui suffit pas. "Je ne voulais risquer d'être à la suite de quelqu'un", explique-t-il. Ce peintre amoureux des promenades en forêt, pour rompre le charme, va s'engager brièvement sur une autre voie : il va utiliser, en plus de la couleur, le plomb fondu sur toile et le bois (racines et branches trouvées au cours de ses randonnées). Premiers tableaux-sculptures de son oeuvre. Le métier de son adolescence lui vient en aide. "J'avais une expérience du bois et du marbre. Cela m'a heureusement servi. Tout a convergé vers mon travail artistique actuel", dit-il.
En artiste rigoureux qu'il est, Willy Helleweegen aime dominer l'improvisation comme en témoigne sa phrase-fétiche: "L'art commence où finit le hasard" (Reverdy). Pourtant, il repère les circonstances les plus fortuites. Il les récupère au bénéfice de son art, orienté par l'idée qu'il se fait du "beau" et par son amour de la matière.
C'est cette attention en éveil et sa sensibilité au réel environnant qui vont lui faire découvrir ce qui deviendra son matériau de prédilection. "Curieusement, c'est par la sérigraphie, que je pratiquais alors professionnellement, que j'ai découvert le tube de verre", raconte-t-il. "Une usine de transformation du verre cherchait un sérigraphe capable d'enseigner la sérigraphie à ses ouvriers pour pouvoir imprimer ses flacons (la législation belge n'admettait plus les étiquettes collées sur des ampoules).
J'ai vu ces tubes.
Il y avait un amas de tubes, de flacons qui étaient destinés aux rebuts qui se trouvait dans la cour de l'usine. Un rayon de soleil donnait dessus. Quelle lumière il y avait là ! J'ai touché ces tubes. Je les ai pris en me disant que c'était de la peinture ! J'ai voulu peindre avec de la lumière.
J'ai commencé avec des fonds blancs sur lesquels j'ajoutais mes tubes. Mais je me suis cassé les dents pendant cinq ans. Ça a été terrible. Techniquement, je n'arrivais pas à faire tenir les flacons. Ou, quand j'avais trouvé la solution, je n'avais plus d'inspiration. J'étais devant un bloc. Je me demandais si j'allais continuer. J'ai pourtant cherché jusqu'à ce que je trouve la solution technique pour fixer les ampoules. C'était vraiment le grand point.
La sérénité est arrivée à ce moment-là.
Finalement, j'en suis arrivé au stade actuel, c'est-à-dire à avoir une expression tout à fait personnelle".
Pourtant l'évolution n'est pas finie. Depuis la fin des années 70, ses reliefs s'organisent sur fonds de couleur. "J'ai essayé d'aller plus loin. C'est comme cela que je me suis mis à colorer les fonds. A les brosser ! car je me suis rappelé que j'étais aussi peintre". Ce qui leur confère un lyrisme discret qui est comme un souvenir de ses origines dans l'abstraction.
Prix de la critique belge en 76, Helleweegen est classé maintenant comme abstrait géométrique, mais n'aime pas le cercle parfait ni le carré. "Je les déforme" dit-il. "J'ai l'impression que c'est prétentieux de prendre un compas et de tracer un rond. Je ne sais pas m'en tenir à quelque chose de mécanique"
Démarche d'ouverture.
Pendant ces trente dernières années, il n'a cessé de cadastrer de nouveaux espaces, d'affiner inlassablement sa technique, d'harmoniser pensée et expression plastique, de s'inscrire définitivement dans la modernité.
Employant un matériau fragile, fabriqué en séries, voué au rebut après une brève carrière utile Helleweegen le détourne de son usage habituel, l'organise en ensembles où il disparait en tant qu'objet au profit de surfaces lumineuses qu'il crée en même temps qu'il s'y fond.
En cela, l'artiste piège l'uniformité, donne une âme à la loi des nombres. Dorénavant, il maitrise les trois dimensions et le temps qui détermine la lumière comme acteur vivant de ses tableaux.
Ce qui lui permet de se risquer avec quel savoir-faire et quel bonheur, avec quelle perfection dans des compositions architecturales comme en témoignent, par exemple, la réalisation qui orne l'entrée du bâtiment de chimie dans le complexe universitaire du Sart-Tilman ou celle qui décore le rez-de-chaussée de l'hôpital de la Citadelle (Liège).
Pourtant son oeuvre maitresse est certainement le relief en verre qui constitue le tympan de la Chapelle S.S. Pierre et Paul à Droixhe (Liège). Cette magnifique composition (13 m de long. 2,50 m de haut, 20 cm de profondeur), dans son appréhension visuelle extérieure, varie sans cesse en fonction des intensités de la lumière ambiante, tandis que, vue de l'intérieur, elle remplit le rôle d'un vitrail sans message biblique.
Elle est le lieu rare où l'impeccable métier de Willy Helleweegen plonge ses racines dans la tradition, un instant retrouvée, des artisans verriers à qui l'on doit la merveille des vitraux qui allument le silence des cathédrales.
Elle témoigne hautement de la transcendance de l'homme sur la matière.
Tableau lumiere "Eclipe" (1986) tryptique 1240 X 1441 X 95 mm
Tableau lumiere "Croissant" (1981) tryptique 240
1. Association pour le Progrès Intellectuel et Artistique de la Wallonie, créée en 1945 par Fernand Graindorge, a connu un rayonnement international.
- Béatrice Dewez « les orientations de l'abstraction dans les années soixante », in catalogue Galerie Cyan, Liège, (1990)
Dès la fin des années quarante, la production picturale non- figurative est en crise. Elle s'essouffle en proie à des querelles entre abstraction lyrique et abstraction construite Les formes traditionnelles de l'art, insuffisantes, sont rejetées. De façon très schématique on reconnaît que trois grandes options vont en renouveler les moyens expressifs. Les attraits des effets du spatialisme et de la recherche d'une plus grande objectivisation transformeront la notion de peinture. Dans certains cas le support mural ou même toute matière picturale se verront abandonnés.
En 1949 Fontana renoue avec le concept de spatialisme. Il produit des toiles monochromes perforées. En 1959 il lacère des toiles. Par la volonté de produire un meilleur effet spatial il transforme le support habituel de la peinture en partie intégrante de son oeuvre. Sa peinture s'étire dans les trois dimensions.
En 1958 Yves Klein expose du vide. Deux ans plus tard, il produit ses anthropométries. Officialisés en 1960 avec la parution du manifeste de Pierre Restany, les ‘’Nouveaux Réalistes’’ considèrent le monde comme un tableau dont ils s'approprient des fragments dotés d'universelle signifiance. Ils souhaitent objectiviser au maximum leur création et réagissent contre l'individualisme du propos de l'expressionnisme abstrait. Ils redécouvrent « la Vraie Nature d'aujourd'hui qui n'est ni une vision sentimentale, ni un mythe mais un fait concret objectif et tangible : le monde de la ville, de la rue et de l'usine, du néon, de la publicité et des machines pensantes. » (P. Restany, 1964).
C'est une démarche de ce type qui est à l'origine des accumulations de Christo ou d'Arman, des assemblages de déchets de Spoerri, des compressions de César, des mécaniques inutiles de Tinguely.
Ils mettent l'accent sur l'objet quotidien et banalisé. Ils le sélectionnent pour lui-même ou en le désidentifiant par une couche de peinture ou par assemblage.
La volonté d'atteindre l'absolu, celle de concentrer le propos engagent à la peinture monochrome. C'est le troisième courant qui domine les recherches des ex-expressionnistes abstraits à cette époque. Les toiles de Fontana sont le plus souvent monochromes ainsi que celles de Yves Klein dont le bleu est mondialement connu. Soto recouvre ses assemblages de blanc, symbole d'absolu et de lumière.
Les années soixante voient la peinture s'ouvrir à la mise en oeuvre des ressources du mouvement, du cinétisme ou de la lumière. Les notions de peinture et de sculpture se rejoignent. On évolue vers une confusion des genres.
Les grandes options internationales se voient diffusées et prolongées par l'ensemble du monde artistique. Au niveau belge les jeux du spatialisme, de l'objectivisation et de la monochromie ont nettement influencé la production des années soixante.
Chacun y apporte une interprétation entièrement personnelle ou énonce des propositions théoriques qui rallient le consensus affiché de personnes engagées dans une recherche commune.
L'artiste utilise des matériaux multiples, d'origines diverses. Ce renouvellement de la notion traditionnelle de peinture en aplat aboutit aux techniques dites matiéristes, du collage et de l'assemblage. Il veut rendre sensible la notion d'espace et affiner notre perception de la réalité. Les matériaux proviennent de la nature ou sont manufacturés. Ils sont utilisés tels quels ou légèrement modifiés. Ils existent pour eux- mêmes ou comme éléments d'un tout. Ils peuvent être fonctionnels ou destinés au rebut. Leur origine sert de référence à la lecture de l'oeuvre.
Le travail en monochromie s'associe en outre souvent aux techniques matiéristes dont il met en valeur certains accents.
En 1966 Marcel Broodthaers propose un Grand cercle de moules. Espace circulaire couvert de coquilles de moules vidées. Le collage, mieux qu'un dessin, exprime la réalité du concept énoncé. Vic Gentils compose des constructions abstraites mais référencées. Il assemble des éléments d'encadrement ou des pièces de piano qu'il recouvre d'une couleur uniforme. Pol Bury joue avec l'espace, avec le mouvement, avec le temps. Il présente des reliefs abstraits dont l'animation modifie sans cesse la relation ou cherche à interpeller notre inconscient. Walter Leblanc compose avec un soin infini des reliefs blanchis. Des portions de cordes sont collées de façon structurée sur un support. Membre actif du groupe anversois G58, Walter Leblanc établit des relations étroites avec les Allemands et les Hollandais du Groupe Zéro et du Groupe Nul. Après une période tachiste et informelle, les artistes de ces mouvements cherchent de nouvelles méthodes, de nouveaux matériaux aptes à refléter la complexité de notre monde dominé par la technique. L'Allemand Uecker propose des panneaux plantés de clous en des arrangements géométriques divers. Confrontés à ceux-ci le déplacement de l'œil modifie la perception de l'espace. Walter Leblanc évoluera vers une accentuation de l'effet cinétique et optique.
Ces quelques exemples prouvent combien, à partir de techniques proches, la liberté d'interprétation est grande et riche de nuances. Ils permettent aussi, par similitude, de situer le travail de Willy Helleweegen.
L'ŒUVRE WILLY HELLEWEEGEN
A l'écart des mouvements constitués, Willy Helleweegen participe néanmoins aux mouvements des années soixante. Il abandonnera la peinture classique, la toile et l'expression lyrique pour les matériaux composites rattachés au monde industriel et l'assemblage de panneaux à la structure géométrique.
Jusqu'en 1964, année où l'APIAW lui consacre une exposition personnelle, Willy Helleweegen produit des toiles d'assez grand format aux thèmes lyriques et gestuels. Vient le moment où il ressent lui aussi les limites de la peinture traditionnelle sur toile. Il se tourne alors vers des techniques matiéristes et une expressivité plus riche de sensualité. Le travail en matières, avec ajout de plâtre ou de ciment, ajoute certaines modulations au message informel.
Willy Helleweegen produit quelques toiles de ce type puis s'oriente vers d'autres moyens picturaux.
La recherche matiériste l'incite à trouver les qualités propres du matériau. En 1965, il associe des éléments naturels, l'un végétal, l'autre minéral en des oeuvres chargées de subjectivité émotionnelle. L'artiste reste attaché à des réalisations informelles fortement liées à l'essence même du matériau utilisé. Il en utilise l'expressivité naturelle. Le bois et le plomb fondu dialoguent.
Par hasard Willy Helleweegen sera confronté à un amas de petits flacons de verre dont il ressentira immédiatement le potentiel plastique et de témoignage. Il réalise alors ses premiers panneaux de lumière. Il a maintenant trouvé le mode d'expression qui lui correspond.
Willy Helleweegen a choisi l'objet qui est pour lui la synthèse des éléments du monde qui l'entoure et de sa façon d'appréhender la société. La référence à la nature seule était insuffisante. Ces petits flacons, ces ampoules de verre sont un produit de l'industrie. Ils existent tous semblables en des milliers d'exemplaires.
Willy Helleweegen les rassemble en quantité et jouit des effets de la lumière sur ses compositions. Celle-ci, par sa caresse changeante, rend palpables les jeux de l'espace et du temps.
Depuis qu'il a découvert l'ampoule de verre, Willy Helleweegen reste inconditionnellement attaché à ce matériau. Son travail n'en devient pas pour autant figé. Il traduit à l'infini les variations de l'âme de l'artiste.
Quand il abandonne la peinture proprement dite, Helleweegen en explore encore les thèmes traditionnels. Cependant sa recherche, son développement formel, s'accompagnent cette fois d'une sensation accrue d'espace et de mouvement.
Dans ses premiers panneaux, l'artiste organise les flacons en des compositions informelles. L'observateur en tire inconsciemment des sentiments mélangés de sa participation à un monde à la fois fort et fragile.
Plus tard, les structures s'organisent en des plans construits. L'oeuvre interpelle davantage notre esprit. Il réalise en 1973 le fronton de l'église des Saints Pierre et Paul de Droixhe. Au cours de 1977 il travaille à une composition de dix panneaux pour l'hôpital de la Citadelle à Liège et à la décoration du bâtiment de Chimie de l'université du Sart Tilman. En outre, la même année, il se voit consacré par l'obtention du Prix de la Critique. En 1986, il est sélectionné pour assurer la représentation de la Belgique à la Biennale de Venise. La production récente d'Helleweegen accentue les effets de mouvement.
Le support mural sera parfois abandonné au profit d'une occupation totale de l'espace. Willy Helleweegen réalise des oeuvres tridimensionnelles, des sculptures proprement dites.
La non-couleur du matériau utilisé par Helleweegen le rattache aux tendances monochromes. La luminosité du verre force la sensation d'absolu. L'effet de sa transparence est plus intense encore que celui de n'importe quelle couleur uniforme. Seul le support est parfois coloré. L'artiste récupère aussi certaines matités et opacités de ses flacons. Les profondeurs et les espaces en deviennent plus perceptibles.
Eclairés de lumière éclatante et changeante, les panneaux de Willy Helleweegen vivent vraiment. Le mouvement anime la composition.
Willy Helleweegen n'est pas un théoricien. Il évolue en solitaire et poursuit avec constance et beaucoup de sérénité sa recherche personnelle. Il participe entièrement de la société dans laquelle il vit, il en ressent les besoins et les attirances. Grâce à ses verres de laboratoire, ses flacons, Willy Helleweegen nous rend conscients de la réalité de notre quotidien technicien, froid, répétitif et fragile. Il exprime la complexité de notre monde. Il nous en transmet toutes les inquiétudes. Cependant, les constructions qu'il réalise à partir de ces rebuts de verre incitent à la confiance. Elles témoignent qu'une démarche positive peut transformer l'objet ingrat en chose unique. Elles proclament que c'est en l'acceptant qu'on transformera le monde.
PASSE/PRESENT
- Jacques Parisse. « Willy Helleweegen (1914-1991) Qu'importe le flacon... », in Presse ?
Vivre chaque jour avec l'une ou l'autre œuvre de Willy Helleweegen, c'est s'offrir des spectacles qui changent. Ses petites fioles, conçues par l'industrie chimique pour la santé des hommes, ont perdu leurs vertus curatives puisque l'artiste les détournait de leur fonction. Il avait, au bout d'une longue recherche, trouvé son matériau. Qu'importait le flacon pourvu que nous soient réservées les ivresses des sens, de la perfection du métier, de la lumière car ces petites bouteilles, dans un certain ordre agencées, se prêtaient à toutes les compositions, à toutes les organisations. Droites ou inclinées, séparées ou en légion serrées, elles étaient, quoique fixées sur un support rigide, toujours en mouvement suivant l'angle de notre regard. Avant d'arriver à cette maîtrise et à la notoriété, Willy Helleweegen avait parcouru bien du chemin.
Chez lui, l'artisan précéda longtemps l'artiste mais le second a beaucoup appris au premier. Beaucoup de beaux esprits partagent encore cette opinion qu'artiste et artisan sont antinomiques. On ne peut être moins informé et plus ridicule.
De Maastricht à Liège
Hubertus Servatius Michel Guillaume Helleweegen nait à Maastricht le 17 mai 1914. Son père est artisan tapissier-garnisseur. En 1921, la famille les parents, deux garçons, deux filles s'installe à Visé où Willy - appelons-le ainsi désormais - devient apprenti peintre en bâtiment. Il a 14 ans. Il s'inscrit aux cours de dessin du soir à l'Académie. Nous croyons nous souvenir qu'il nous a dit avoir fait un détour par Saint-Luc. On le retrouve boiseur marbreur puis, trois années plus tard, publicitaire (et non publiciste comme on l'a écrit). Il se spécialise dans la réalisation d'affiches monumentales pour les cinémas de Liège et devient étalagiste attitré de la firme de tabacs Louis Doize. Après un premier mariage voué à l'échec, Willy Helleweegen, réfugié à Bruxelles pendant la guerre, rencontre Ruthy Cuisset. Pour l'avoir bien connue, nous attestons qu'elle fut sa compagne de chaque jour, la spectatrice la plus attentive et la plus critique des développements de l’œuvre. Les Helleweegen regagnent Liège, après la guerre. Ils s’installent quai de la Boverie avec, régulièrement, des échappées à Menton.
Engagé en 1950 comme publicitaire à La Gazette de Liège, en ces temps là rue des Waroux, Helleweegen crée en 1957, le département sérigraphie- imprimerie Rapid Press. Dans ce domaine, Willy Hellewegen s'affirme et les industries régionales reconnaissent son talent et sa créativité. En 1974 - il a soixante ans - il prend se retraite. Il a atteint vraiment la maturité de son art. Suivent de bonnes années, heureuses. Il expose, est connu et re connu. Il vend. Les architectes lui passent commande. Hélas ! Ruthy meurt en 1984. Jamais Willy Helleweegen ne se remettra de cette perte. On le voit moins. Il se confine souvent dans des œuvres de petit format. Il représente en 1986 la Communauté française à la Biennale de Venise. Il est « consacré », seul et triste. Willy Helleweegen meurt le 20 juillet 1991. Sa succession - il n’a pas d'enfant - sera balzacienne Son œuvre attend toujours une grande rétrospective officielle dans la ville où il a fait l'essentiel et le meilleur de son œuvre.
Des essais à la maturité
En cet art majeur qu'est la peinture-sculpture, Willy Helleweegen convenait volontiers qu'il était, en fait, une vocation tardive. Il avait connu bien des manières avant de trouver sa voie. Il avait été tout naturellement figuratif, une période qui fut celle de « sa » guerre et qui lui permit de vivre très modestement. Dans les débuts des années 60 -nous nous en souvenons très précisément - il décantait le paysage et s'approchait à pas prudents de l'abstraction. Son style était « propre », précis et anodin. Bien plus tard, une seule fois, pour un hommage plein de tendresse à sa femme morte, il peindra Ruthy. Un an après sa mort ! Habitué de l'Apiaw - cette chapelle liégeoise et historique de la place du XX Août - Willy Helleweegen, en 1961, aborde à la non-figuration. Il peint des abstractions informelles un peu dans le goût du temps qui séduisent par leurs tonalités sourdes, par la richesse de la matière. Quand on parcourt l'oeuvre de Helleweegen, il faut faire grand cas de cette période. En même temps, ce grand professionnel de l'œuvre sur papier crée des monotypes et des collages. Peu à peu - sous influence peut-être, mais ne l'est pas ? - il aborde aux tableaux en relief : aux écorces, aux fragments de bois enchâssés dans la couleur succéderont des chutes de plomb d'imprimerie. Une firme liégeoise, spécialisée dans la fabrication industrielle du flaconnage médical, mettait la clé sous le paillasson. Helleweegen a vite compris l'intérêt que représentent pour sa recherche de la troisième dimension ces petits flacons uniformément blancs mais de taille et de forme différentes. Il se rend acquéreur de tout le stock. Voilà enfin trouvé son objet de base, cette petite ampoule blanche, froide, inerte dont il fera l'élément d'une grande épopée plastique. Une longue aventure commence ; elle durera de 1967 à 1990. Le flacon, l'ampoule, la petite bouteille de verre blanc n'est pas plus pour le peintre-sculpteur que n'est la touche de couleur pour le peintre : un moyen, pas une fin. Au contraire d'Arman qui « accumule », Helleweegen cherche à faire oublier l'accumulation. La surface du tableau-relief est comme un morceau de sol jetant les feux de ses éclats de quartz. Cette surface devient vivante comme la rivière. La lumière captée ne cesse de vivre de cent vies selon l'angle de notre regard, selon l'heure éblouissante ou qui se voile d'ombre. Elle se colore des objets qui lui font cortège.
Il aurait peut-être suffi à Helleweegen d'en rester là, de laisser faire la nature et les choses, d'abandonner l'œuvre aux fantaisies de la lumière. Il a voulu, au contraire, s'en rendre maître en organisant la surface, en traçant des chemins, en déterminant des plans, en y ajoutant, venus du support coloré, des effets qui nous rappellent qu'il fut aussi peintre. L'œuvre majeure de Willy Helleweegen est le grand vitrail de l'église Saint-Pierre et Paul à Droixhe, Liège, une œuvre monumentale qui mériterait bien une restauration car le temps et le vandalisme surtout ont fait leur « œuvre». Le hall de la Banque nationale de Belgique, place Saint-Paul, expose en permanence une œuvre horizontale de grande taille. Les musées de la Communauté française, nos musées, conservent des œuvres de cet artiste qui a longtemps cherché et qui a trouvé.
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