Ernst Engel - Art Info
Ernst Engel

Ernst Engel

1885 - 1965
Dessin Gravure et image imprimée Peinture Artiste

   « C’est curieux, je n’aime pas l’art non-figuratif, mais c’est plus fort que moi, il y a dans cette toile d’Engel quelque chose qui me fascine. »  (Paul Valéry, à propos de la toile ‘Le volcan’, in Gros, L. G., U...

Nationalite : Belgique

Communaute : Communauté française

Disciplines et techniques

Dessin, Gravure et image imprimée, Peinture, Crayon, Crayons de couleurs, Encre, Gouache, Huile, Lithographie, Pastel

Ecoles et roles

Ecole belge, Ecole liégeoise, Ecole wallonne, Artiste

Mouvements et themes

Abstraction, Abstraction lyrique, Expressionnisme, Figuration, Surréalisme, Tachisme

Artistes lies

Aucune relation pedagogique documentee.

Resume

 

  « C’est curieux, je n’aime pas l’art non-figuratif, mais c’est plus fort que moi, il y a dans cette toile d’Engel quelque chose qui me fascine. »

  (Paul Valéry, à propos de la toile ‘Le volcan’, in Gros, L. G., Un magicien vivait parmi nous, 1977)

 

  "Rythme, pureté, lignes, couleurs", tels étaient les termes qu'Engel-Pak avait inscrit de longue date au mur de son atelier. L'artiste ne pouvait mieux dire : il dévoilait ainsi les aspirations vitales de sa création, ce qui, chez ce plasticien d'origine spadoise, commandait sa "nécessité intérieure", pour reprendre ici la belle expression de Kandinsky. Ces quatre mots éclairent également la rapidité surprenante avec laquelle Engel-Pak évolua, en peu d'années, d'un  expressionnisme figuratif à une abstraction lyrique dont le contenu expressif reposait exclusivement sur les pouvoirs spécifiques de la peinture : couleurs, lignes et rythmes les animant. 

(Serge Goyens de Heusch, in Engel-Pak. Pionnier de l'abstraction, 2004)

 

  "Je cherche les vibrations que les lignes géométriques ne donnent qu'imparfaitement. Je peins en toute pureté !" 

  (Engel-Pak, lettre à son ami et critique d'art Léon-Louis Sosset, 1947)

 

Biographie

Formation

Vers 1900 : Ernest ENGEL est élève, à l'école de dessin de Spa, de Louis Sosset (grand-père du critique d`art Léon-Louis Sosset).

1923 : se marie avec Claire Rozier qu'il associera à son œuvre en signant ses premières toiles ENGEL-ROZIER.

 

1926
(  / -  /  /1926) Paris / FR, Galerie Vignol, (rue Jacob). Engel-Rozier Ernest.

1928
(10/05-19/06/1928) Liège, Palais des Fêtes Boverie. Salon quadriennal de Belgique,
(  / -  /  /1928)               ,                    . [Sans titre]
(03/11-15/11/1928) Paris / FR Galerie Marck. 5 peintres refusés par le jury du Salon d’Automne.

1929
(31/10-15/11/1929) Barcelone / ES. Galerie Dalmau. Exposicion de arte moderno nacional y extranjero.
(02/10-  /11/1929) Amsterdam / NL, Stedelijk Museum. ESAC (expositions sélectionnées d'Art Contemporain) 
(24/10-24/11/1929) Paris / FR, Porte de Versailles. Salon des Surindépendants.
(  / -  /  /1929) Paris / FR, Galerie du Taureau (rue d’Assas). Les trois 7.

1930
(  / -  /  /1930) Paris / FR,                . Salon des Surindépendants.
(  / -  /  /1930) Paris / FR, Galerie Schotte (rue Saint-Georges) [Sans titre]
(  / -  /  /1930) Paris / FR, Galerie des Editions Bonaparte. Engel-Rozier Ernest. Dessins et pastels abstraits 

1931
(11/06-30/06/1931) Paris / FR, Galerie Renaissance (Paris, rue royale). Groupe «1940 » 

1932
(27/06-10/07/1932) Paris, Galerie Zak (rue de l'Abbaye, Paris). [Sans titre]

1934
(20/08-  /  /1934) Montevideo /UY. Estudio 10 37. 1a Exposicion de pintura y escultura
(  / /-  /  /1934) Toulon, Musée communal. [Sans titre]
(  / /-  /  /1934) Toulon, (Galerie de Paris) chez Bassano. [Sans titre]

1943
(octobre 1943) Rencontre Catherine Gilbert-Pierre qui devint sa compagne jusqu'à sa mort.  Dès lors il signera ses œuvres ENGEL-PAK


1946
(22/03-12/04/1946) Paris / FR, Salle du «Centre de Recherches » (rue Cujas). Groupe des Trois
(29/05-22/06/1946) Paris / FR, Salle du «Centre de Recherches » (rue Cujas). Gouaches, dessins, aquarelles.
(juillet 1946) Paris / FR, Palais des Beaux-Arts de la ville. Salon des «Réalités Nouvelles» (01e).

1947
(08/02-19/02/1947) Bruxelles, Galerie Dietrich (Montagne de la Cour). Engel Pak. Images réelles
(30/01-28/02/1947) Paris / FR, Galerie Colette Allendy. [Sans titre]
(  / -  /  /1947) Paris / FR,                   . Salon des Réalités Nouvelles (02e)

1948
(  / -  /  /1948) Paris / FR, Palais des Beaux-Arts de la ville.Salon des Réalités Nouvelles (03e)
(25/01-05/02/1948) Liège, Apiaw (bld d’Avroy). Engel Pak. Images réelles.
(19/04-05/05/1948) Toulon / FR, Galerie de Paris (chez Bruno Bassano). Ernest Engel-Pak. Peintures abstraites.

1949
(  /  - /  / 1949) Marseile / FR, Galerie Da Silva. Ernest Engel-Pak.

1950
(  / -  /  /1950) Paris / FR,                 . Salon des Réalités Nouvelles (05e) 

1951
(15/06-21/06/1951) Paris / FR, Galerie Colette Allendy, Engel-Pak. Peintures.
(  / -  /  /1951) Paris / FR, Cercle du Livre (Gérard Macret au bld Raspail). Engel-Pak Ernest.

1952
(29/03-06/04/1952) Paris / FR,                       . Salon du Jazz  (02e). Jazz-Plastic.

1953
(  / -  /  /1953) Aix en Provence / FR, Librairie Colliard. Engel-Pak, peinture ; Maillol Aristide, gravures sur bois.

1954
Engel Pak est nommé conservateur du pavillon du Roi René à Valabre (Bouches du Rhône).
(  / -  /  /1954) Paris / FR, Petit Palais. Collection du Docteur Girardin (420 peintures et dessins).
(03/04-17/04/1954) Aix-en-Provence / FR, Aux Amis des Arts. Ernest Engel-Pak.
(12/07-30/07/1954) Aix-en-Provence / FR Chapelle des Pénitents blancs. Art Non-Figuratif

1955
(15/10-30/10/1955) Marseille / FR, Galerie Alain Capeillères. Engel-Pak Ernest.

1956
(juil.-sept. 1956) Ambierle / FR, Château-Gaillard. Salon de Peinture Moderne (02e). Confrontation.
(  / -  /  /1956) Marseille / FR, Cité Radieuse. Festival des Arts d’avant-garde. Salon des Réalités Nouvelles,

1957
Parution du Dictionnaire de la peinture abstraite de Michel Seuphor, chez F. Hazan, Paris
(            /1957) Paris, Galerie Creuze. 50 ans de peinture abstraite.
(14/12-25/12/1957) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Ernest Engel-Pak 

1958
(18/01-29/01/1958) Kruishoutem, Atelier Veranneman. Ernest Engel Pak, tableaux et pastels.
(novembre 1958) Aix-en-Provence, Galerie des Amis des Arts (cour Mirabeau). Engel-Pak.
(04/12-11/12/1958) Gardanne / FR, Maison du Peuple de Gardanne. Engel-Pak 
(02/02-13/02/1958 ou 1959) Paris / FR. Cimaises de Paris (bld Raspail). Peintures Non-Figuratives.

1959
(24/01-06/02/1959) Aix-en-Provence / FR. Chez les Amis des Arts. Art Non-Figuratif. Cinq peintres d'Aix.
(04/04-18/04/1959) Marseille / FR, Galerie Da Sylva. Engel Pak Ernest. Peintures récentes, série de petits formats, peintures sur papier marouflées sur toile.
(11/04-04/05/1959) Paris / FR, Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, Salon «Comparaisons ».
(14/11-27/11/1959) Aix-en-Provence, Aux Amis des Arts. Ernest Engel-Pak.
(10/10-8/11/1959) Anvers, G58-Hessenhuis. Les premiers « abstraits » en Belgique. Hommage aux pionniers.

1962
Le musée de Grenoble lui achète une toile.
(05/12/1962-26/01/1963) Lausanne, Galerie Pauli. Gravures Contemporaines.

1963
(09/02-24/02/1963) Bruxelles, Galerie d’art Ravenstein. Hommage à un précurseur : Ernest Engel Pak.
(23/08-15/09/1963) Arles ( ?), au Mazet de Vaccarès / Chez Bob. Engel Pak
(22/11-06/12/1963) Marseille / FR, Au Club. Engel-Pak. Petits formats.
(  / -  /  /1963) Paris / FR, Galerie Houston-Brown. [Sans titre]

1964
(08/02-08/03/1964) Liège, Musée des Beaux-Arts. Abstraits Wallons.
Ensuite (25/03-02/04/1964) Charleroi ; Palais des Beaux-Arts ; (15/05-  /  /1964) Gand, Sint Pieters abdij; (09/07-  /  /1964) Nice, Musée des Ponchettes ; (  /   - /  /1964) Lyon, Musée des Beaux-Arts
(déc. 1964) Anvers, Hessenhuis. La peinture abstraite en Flandre.

1965
(15/03/1965) Valabre / FR. Exposition en son atelier du Pavillon du roi René. Engel-Pak.
(avril 1965) Cabriès / FR, Foyer St Raphaël. Ernest Engel-Pak.
(03/06-19/06/1965) Martigues / FR. Au Club Khariessa de l'Etang de Berre. Ernest Engel-Pak.
«Aux mystères de la vision, Engel-Pak propose l'alchimie des couleurs»

 

(27/12/1965) DECES D’ENGEL PAK, chez lui au pavillon du Roi René, à Valabre.

 

Post-mortem

1966
(08/07-29/07/1966) Aix en Provence, Aux Amis des Arts, cour Mirabeau. Exposition rétrospective Engel-Pak 
(octobre 1966) Bruxelles, Galerie 44. Exposition collective.

1970
(05/02-26/02/1970) Bruxelles, Galerie Aspect (Mme Giron). Engel Pak (période surréaliste 1928-1932)
(25/09-22/11/1970) Bruxelles, Musée d'Art Moderne de Bruxelles (locaux provisoires). Tendances surréalistes en Belgique, choix d'œuvres appartenant à nos collections.

1971
(25/03-28/05/1971) Bruxelles, J. Walter Thompson Company SA. Tour de la porte de Namur. Exposition collective : Engel Pak, Jadinson Roland, Mondry Luc, Sondag Willam, Willot Claude. 

1972
(17/03-23/04/1972) Bruxelles, Musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Vers une plastique pure. Les premiers abstraits belges. 1918-1930.
(17-27/05/1972) Paris, étude de Maître Claude Robert. Exposition-vente de l'Hôtel Drouot Paris : Ernst Engel – Pak Rozier (1885-1965) Fusains – pastels – Gouaches – Peintures.

1978
Publication du premier ouvrage consacré à la vie et l'œuvre d'Engel Pak : Alain Bosquet, Engel Pak. Les bonheurs de l'abstrait, Paris, éditions de la Différence, 1978 (collection l'apparence). 

1979
(mai-septembre 1979) Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, / Cabinet des Arts Graphiques. Sous le Signe.

1980
(09/02-08/04/1980) Calais, Musée des Beaux-Arts. Réalités Nouvelles, 1946-1956.
(10/05-01/06/1980) Flémalle, La Châtaigneraie. Artistes liégeois de la Principauté.
(26/09/1980-04/01/1981) Bruxelles, Musée royaux des Beaux-Arts de Belgique. 150 ans d'art belge dans les collections des M.R.B.A.

1981
(27/02-29/03/1981) Liège, Ancienne Eglise Saint-André. Rétrospective Engel-Pak Ernest(huiles, fusains, pastels, vitraux
La ville de Spa reprend une partie de la rétrospective de Liège pour l'exposer au Musée de la ville d'Eaux du 4 au 20 avril.

1982
(04/11-17/01/1983) Paris, Centre G. Pompidou. Eluard et ses amis peintres.

1983
(22/05-26/06) Flémalle, La Châtaigneraie. 30-40, de la crise à la guerre.

 

1984

(16/10-04/11) Flémalle, Centre Wallon d’art Contemporain, Les premiers abstraits wallons

1985
(05/01-03/02/1985) Bruxelles, Le Botanique Les premiers abstraits Wallons
(03/04- ../../1985) Paris, centre Culturel Wallonie Bruxelles. Les Premiers abstraits Wallons.

1988
(02/03-19/03/1988) Bruxelles, galerie Le Sacre du Printemps (M et M Gokelaere). Engel-Pak Ernest (1885-1965).

2004
(18/06-01/08/2004) Bruxelles , le Botanique. Engel-Pak, Pionnier de l’abstraction
(  /  - /  /2004) Bruxelles, Galerie Boycott. [Sans titre]
(  / -  /  /2004) Bruxelles, Pfizer Convention. [Sans titre]

2006
(  / -  /  /2006) Nîmes / FR,             . ARTeNIM
(  / -  /  / 2006) Paris / FR, Galerie Brissot & Linz. Engel-Pak ‘De l’Ecole de Paris à l’Abstraction lyrique.

2007
(  / -  /  /2007) Strasbourg / FR,            .Foire européenne d’art contemporain ST.ART 2007 (12e)
(  / /2007-  /  /2008) Paris / FR, Galerie Brissot & Linz. L'invention du geste

2009
(  / -  /  /2009) Paris / FR,  Galerie Arnoux. [Sans titre]

2014
(08/02-29/03/2014) Paris / FR, Galerie Arnoux. Gestes abstraits vers 1950.
(21/11-24/11/2014) Paris / FR, Galerie Arnoux. Foire européenne d'art contemporain – Strasbourg

2015
(  / -13/06/2015) Bruxelles, Galerie Intuiti (Rivoli Building, chaussée de Waterloo 690 1180). Engel-Pak, peintures et fusains.
(nov 2015) Paris / FR, Galerie Arnoux. Artistes de la galerie.
(27/11- 30/11/2015) Paris / FR, Galerie Arnoux. (Hors les murs : St'Art Karlsruhe). [Sans titre]

2016
(22/09-29/10/2016) Paris / FR, Galerie Arnoux. Engel-Pak Ernest. Peintures des années 30 à 60 ; Guérin Yves, sculptures.

(25/11-28/11/2016) Paris / FR, Galerie Arnoux. (Hors les murs : St'Art Karlsruhe). [Sans titre]
(10/12/2016-13/01/2017) Paris / FR, Galerie Arnoux. Small is beautiful.

2017
(21/09-17/10/2017) Paris / FR, Galerie Arnoux. Abstractions vers 1950.
(16/11-20/11/2017) Paris / FR, Galerie Arnoux. (Hors les murs : St'Art Karlsruhe). [Sans titre]

2018
(22/02-25/02/2018) Paris / FR, Galerie Arnoux. (Hors les murs : St'Art Karlsruhe). [Sans titre]
(10/02-07/03/2018) Paris / FR, Galerie Arnoux. Engel-Pak Ernest. Peintures des années 30 à 60.
(avril-mai/2018) Paris / FR, Galerie Arnoux. Accrochage.
(31/05-27/07/2018) Paris / FR, Galerie Arnoux. Abstraits des années 50, œuvres inédites.

2019
(janv. 2019) Paris / FR, Galerie Arnoux. Accrochage
(24/05-26/07/2019) Paris / FR, Galerie Arnoux. Voir l’Europe en peinture(s) … Vive l’Europe des peintres
(21/09-22/10/2019) Paris / FR, Galerie Arnoux. Grandes, œuvres, grands formats.

2020
(11/01-05/02/2020) Paris / FR, Galerie Arnoux. Engel-Pak Ernest, peintures des années 30 à 60

2021
(fév. 2021) Paris / FR, Galerie Arnoux. Accrochage.
(29/05-24/07/2021) Paris / FR, Galerie Arnoux. Acquisitions récentes et œuvres inédites.
(16/09-19/10/2021) Paris / FR, Galerie Arnoux. Italie / Belgique. Davanzo Wanda, Engel-Pak Ernest 
(16/10-27/11/2021) Paris / FR, Galerie Arnoux. Artistes abstraits des années 50 soutenus par la galerie.
(  /12/2021-  /02/2022) Paris / FR, Galerie Arnoux. Accrochage.

2022
(24/03-17/05/2022) Paris / FR, Galerie Arnoux. Six peintres en exclusivité à la galerie.
(19/05-27/07/2022) Paris / FR, Galerie Arnoux. Acquisitions récentes ou œuvres inédites.
(07/09- 27/09/(24/08-13/10/2024) Ittre, Musée Marthe Donas. Un socle pour l'expressionnisme abstrait belge. Regard d’un collectionneur ...2022) Paris / FR, Galerie Arnoux. Engel-Pak Ernest, peintures des années 30 à 60 ; Malkin David, bronzes des années 50

2023
(04/02-07/03/2023) Paris / FR, Galerie Arnoux. Small is beautiful.
(09/03-18/04/2023) Paris / FR, Galerie Arnoux. Grands abstraits (méconnus ?) de la seconde école de Paris

 

2024
(24/08-13/10/2024) Ittre, Musée Marthe Donas. Un socle pour l'expressionnisme abstrait belge. Regard d’un collectionneur ...
(16/11-23/11/2024) Gardanne / FR, Maison du Peuple Roger Meï. Engel-Pak, pionnier de l’abstraction.

 

2025
(21/05-19/10/205) Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique / MRBA / Salle Spilliaert. Spilliaert - Be.PAPER - Album Rousseau.

 

  • Nationalite : Belgique
  • Communaute : Communauté française

Catalographie

Il existe un inventaire daté du 19 avril 1975 qui fait état de 3.415 œuvres (archives FF-MR)

 

Bibliographie

Aucune bibliographie reliee n est actuellement disponible.

Oeuvres documentees

  • Capitale de la couleur - 1964 - 92 x 65 cm
  • Composition - 1964 - 32 x 24 cm - Encre lithographique
  • Sans titre - 1964 - Carton - 10 x 10 cm
  • Le soleil se lève sur le désert - 1964 - Papier - 24 x 32 cm
  • Giboulée - 1964 - Papier - 32 x 24 cm
  • Silex - 1964 - Papier - 32 x 24 cm
  • Sans titre - 1964 - Carton - 10 x 10 cm
  • Sans titre - 1964 - Carton - 10 x 10 cm
  • Ma ligne de vie - 1964 - Unalit - 92 x 65 cm
  • Limite des ombres - 1964 - 100 x 65 cm
  • Sans titre - 1964 - Carton - 10 x 10 cm
  • Sans titre (Série "Mort") - 1964 - Papier - 27 x 21 - De la série “Mort” (1964)

Acquisitions

Collections

 

Belgique

 

Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique 

** Œuvres offertes par Mme Engel Pak en 1969.
- «Mélanie» 1930, huile/toile inv. 7631.
- « Huitième composition », 1932 — Inv. 7632

- «Foule illusoire» 1930 pastel/papier inv. 7683
- «Fleur originelle» 1931 pastel/papier inv.7585.

[Note : seules Mélanie et Huitième composition sont répertoriées sur le site du Musée]

- Texte de A.C.S A propos de son exposition au Bruxelles, Palais des Beaux-Arts (14/12-25/12/1957) : Il expose 50 toiles. L'Etat décide d'acquérir la «Peinture n°12» (acquisition 1958 ; inv. 8257)"

Bruxelles, Cabinet des Estampes, Bruxelles 

Dessins :
- Portrait d'homme. En buste., de face. E.-f. par Engel-Pak, c.I930 (inv.3054)

Composition surréaliste. Dessin au fusain par Engel-Pak, 1929.Coll. de dessins. : Engel -Pak(inv F 3505)

Suite de six dessins, projets d'illustration pour l'œuvre "Les chimères" de Gérard de Nerval. Dessins au crayon lithographique par Engel-Pak, c.1950. (inv. F. 3506 à 3511)

Gravure

Portrait de Engel Marie-Guillaume-Ernest, dit Engel-Rogier ou Engel-Pak (1885-1965) , peintre- graveur belge. Tige, de 3/4 à droite. E.-f. par Engel-Pak. Ier état, IIe état et IIIe état avec additions à l'aquatinte (inv.  F 3501-3503)

Lithographie

Composition en trois couleurs, Lith, en coul, par Engel-Pak, 1963 (?) .folioO-(inv S.V. 87468)

 

Furent exposées dans 150 ans d’art belge (26/09/1980-04/01/1981)

* Engel-Pak Rozier est représenté par 2 œuvres dans le catalogue : «Les gémeaux» 1929 (craie noire sur papier et «Le vaisseau fantôme» 1929 (craie noire sur papier) (don de Mme E.P.) 

Et dans l’exposition de dessins, aquarelles, gouaches : 2 œuvres également «cœur perdu» 1931 pastel rouge et noir sur papier et «âge ingrat›› 1931, craie noire sur papier, (don de Mme E.P.).

 

Bruxelles, Ministère de la Culture ( ?????????) 

 

Bruxelles, Crédit Communal. 

Bruxelles, Banque de Paris et des Pays Bas

 

Liège, Musée des Beaux-Arts

Liège, Musée d’Art Wallon

 

Louvain-la-Neuve, Musée L, ULC

 

Spa, Cercle Artistique

 

/

 

France

 

Paris, Musée d’art Moderne de Paris (Engel-Rozier) 

Grenoble, Musée Fantin Latour

Marseille, Musée Cantini.
Abstraction, 1956, h. sur isorel, 100 x 65 (inv. C. 2525 ; don des Amis du Pavillon du Roi René en 1956)

Cabriès, Église de Cabriès

 

/

 

USA / Georgia, Museum of Art, University of Georgia

Manifeste

Aucun manifeste n est renseigne pour cet artiste.

Interview

Engel Rozier            cité par André Baillon, préface de l'exposition de 1926, Galerie Vignol à Paris..

«Devant une ébauche, je jouis ou je souffre des joies et des souffrances des êtres que je crée. J'aime leurs grimaces dans ma glace ».

«On prétend que dans chaque individu, il y a dix hommes. Il y en a bien davantage. Pour chaque pensée, il met un autre masque. Dans le métro, je pense à la cohue de tous ces gens à masques. J'entends de légers froissements, des chuchotis, des déclics. Si la voiture est vide, j'y vois, compressées, entrelacées, les pensées que les voyageurs ont laissées là...››

 

Extraits de correspondance de l'artiste.

« (...) 
J'ai cédé à divers mouvements et maintenant encore je cherche, mais je ne sais plus quoi, on croit un beau jour avoir trouvé l'idée ou l'homme, et puis c'est un système bien présenté que tu as démoli en l'approchant, j'ai inscrit sur mon mur «Phallus et Bacchus ». Soleil et Soleil-Cantiques. 
Il y a aussi ma peinture qui m'aide à transposer. Seulement des fois elle donne des suées lourdes. Je ne sais comment elle agit sur les autres (...) ».

(Lettre d'Engel Rozier à son neveu Fred, 24 mai 1944; publiée dans l'ouvrage d'Alain Bosquet Engel Pak. Les bonheurs de l’abstrait, Paris, éd. de la Différence, 1978, p118)

 

« (...) 
Je viens de terminer onze peintures de 30 que j'avais préparées à mon retour de Paris il y a 3 mois.
J'écris «terminer» non, ça va et ça revient sous mes yeux et cela change encore. C'est une joie pour moi que ces recherches.›› (...)

(Lettre d'Engel Pak à Léon Louis Sosset, du 3 septembre (?) A.A.C. 3450)

 

« (...)
Ma position dans les rangs est presque celle d'un isolé, je donne toute liberté à ma sensibilité, alors je suis très éloigné de ceux qui continuent les recherches de Kandinsky, Bauhaus, Stijl etc... 
Je peins en toute pureté. Je veux que les couleurs et les lignes laissent à l'esprit la même impression, la même émotion que celles données par le souvenir des poèmes de Paul Eluard que j'ai eu tant de joie à illustrer. Je cherche les vibrations que les lignes géométriques ne donnent qu'imparfaitement (...) ».

(Lettre d'Engel Pak à L.L. Sosset, le 2 septembre 1947. A.A.C. 29620)

 

« (...)
Je peins, des choses me font joie d'autres hum, mais je ne suis pas seul juge. Je reste pour mon plaisir honnête ( ) »

(Lettre d'Engel Pak du 29 avril 1955 A.A.C. 21596)

 

« (...) un besoin de peindre. Mais la période ne fait que commencer me semble-t-il. J'entends, besoin de peindre, besoin parce que quelque chose se prépare, pas de nouveau, non-mais de plus tendu, émouvant même pour moi.
Dans les peintures faites et lorsque je commence à les voir, à les comprendre, je trouve un accord avec mes recherches intérieures qu'elles soient philosophiques, sensuelles, crapules ou innocentes. (...) ».

(Lettre d'Engel Pak du 29 avril 55 A.A.C. 21596)

 

« (...) depuis 9 h. ce matin j'ai à mes pieds une plaque d'isorel qui attend, un ensemble de couleurs doit apparaître.
J'ai sous les yeux les fleurs jaunes... coquelicots écarlates, les feuilles terre... chêne qui débutent et le bleu tendre ... et les murs d'un ocre de tous les ocres.
J'en ai un sur ma palette «ocre d'or››.
Je ne sais de quelle région il vient en tube -il est caca d'enfant malade, il s'anime au mélange, il s'assouplit, il joue un jeu, à lui seul il peut faire une toile chantante mais le moindre bleu, rouge, violet et toutes les autres teintes le font vibrer, claquesonner- il devient amollisseur des cœurs -il a sa plénitude totale- il ne fait pas valoir les autres couleurs, frères et sœurs, il viole tout à son profit.

Je vais peut-être l’utiliser. (...) » 

(Lettre d'Engel Pak du 29 avril 1955 A.A.C. 21596)

 

« (...) il y a la joie... de connaître certaines de mes peintures car je ne les connais pas quand je les fais. Il y a des mots que j'ai accrochés sur les murs de mon cerveau, surface, rythme, couleurs (...).
(...) il y a le flacon de rouge qui me confie des lignes des origines, même planétaires, il y a le MYSTERE qui veut bien me laisser imaginer qu'il suffirait d'un rien pour sauter le mur, quitte à accepter une dégringolade à s'en casser la gueule (...) »

(Lettre d'Engel Pak à son neveu Frédéric, 31 octobre 1956 publiée dans l’ouvrage d'A. Bosquet, op. cit, p 122).

 

« (...) 
Dommage que vous soyez si loin de chez nous, vous verriez par où j'ai passé pour être à cette période que je pense presque classique pour nos connaissances actuelles. Je pense à un demain pour mes recherches.
(...)
Quant à inventer, c'est une suite, la connaissance acquise de touche après touche, de rouge sur rouge, un minuscule point bleu les fait chanter autrement, quand ce minuscule est jaune, c'est une autre joie.

(…) »

(Lettre d'Engel Pak à L.L. Sosset, 2 mai 1959, A.A.C. 3446)

 

« (   )
Toujours en contact avec Hélion qui me conseille d'écrire mes pensées. J'aimerais un magnétophone, j'ai mes jours à parler.
Si, pour mieux m'expliquer, j'arrive à me mettre dans l'état d'Engel qui œuvre, qui crée.
J'ai fait un essai il y a quelques années, c'était curieux. »

(Lettre d'Engel Pak à L.L. Sosset, 22 août (1962)

 

« (...)
L'évolution continue lentement. L'hiver 63 et le printemps 64 j'ai repris une idée appliquée et abandonnée en 45-46. Des sujets découpés et colorés (peints) mobiles à 10 cm. du mur. L'idée cherchée voulait que la peinture ait par les couleurs et les formes une autre signification suivant le sens qu'on lui donne.
...En mars, j'ai aussi découvert un trait de rouges travaillés, sur un fond très travaillé de terres verte, de sienne brûlée, d'ombres brûlées et de noir renforcé de laque de garance (...) ».

(Lettres d'Engel Pak à L.L. Sosset, 25 octobre 1964,; A.A.C. 21537)

 

« (...)
Il y a 3 couleurs fondamentales en plus le blanc et le noir. Une peinture de peintre c'est d’assembler ces couleurs.
Tout le problème est dans une harmonisation, mais la désharmonisation peut se faire agréer par l'œil.
Ah, ah, dit l’'écho. (...) »

(Lettre d'Engel Pak à son neveu Fred, non datée; publiée in A. Bosquet op.cit. pg.120)

 

« (...)
Il y a longtemps que j'ai collé sur une face de mon chevalet le bout de papier «Bache|ard. L'inconscient ne se civilise pas. ». Cela mène loin et toujours à reprendre. Je traduis avec les couleurs. Après, pour le spectateur que je deviens il y a une phrase du poète T.S. Eliot. «Art : a machinery of satisfaction ».
Il faut y mettre l'accent anglais. Léon-Gabriel Gros a traduit par: l'Art est une mécanique de plaisir. (...) »

(Lettre d'Engel Pak a son neveu Fred, 7 janvier 1964. Publié dans A. Bosquet op. cit., p 124)

 

« (...)

Au fond je suis à la tête de l'abstrait symbolique avec d'autres peintres et aussi l'abstrait romantique. » (...)

(Lettre d'Engel Pak à Jean Hélion, 15 décembre 65)

 

 

 

Citation d'Engel Pak dans le cahier n° 1 des «Réalités Nouvelles, 1947

«Contact avec des forces lumineuses des éléments du mystère-accrochés, décrochés et joints à ma vie-pensée. »

 

Texte libre

- André BAILLON, 1928,  in Alain Bosquet, Engel Pak. Les bonheurs de l’abstrait, Paris, éd. de la Différence, 1978, p. 186.


Le peintre ENGEL-ROZIER. 
Il y a de l'ange dans ce nom et aussi, du rosier. Mais pourquoi le diable en a-t-il bousculé quelques lettres ? La technique du peintre ? Je n'y entends rien. Que les autres la jugent. La toile est bien couverte et, comme on dit, « cela tient en équilibre ». Les couleurs se prennent par la main et dansent leur belle ronde. Quelquefois, elles s'attrapent aux cheveux..., ce n'est pas moins amusant, Profane, on peut aimer qu'un tableau vous confie quelque chose. Pas l'anecdote d'un instant ; ce qui dure. Chez l'ange-rosier le sentiment est exaspéré. Il m'a dit : 
- « Devant une ébauche, je jouis ou souffre des joies et des souffrances des êtres que je crée. J'aime leurs grimaces dans ma glace. »
Il m'a dit encore :
« On prétend que dans chaque individu, il y a dix hommes. Il y en a bien davantage. Pour chaque pensée, il met un autre masque. Dans le métro, je pense à la cohue de tous ces gens à masques. J'entends de légers froissements, des chuchotis, des déclics. Si la voiture est vide, j'y vois, compressées, entrelacées, les pensées que les voyageurs ont laissées là... »
Je lui ai répondu : « Mon cher ami, vous me demandez une préface. Que pourrais-je ajouter à ce que vous me dites ? ».


- Paul FIERENS, préface au catalogue de l’exposition Engel Pak. Images réelles, Bruxelles, Galerie Dietrich, février 1947

Que l'art soit libre jeu, plus d'un philosophe en fut convaincu et plus d'un artiste se comporte comme si ce fut jeu d'enfer. Avec quoi jouer ? Avec des idées. Avec des objets ? Et pourquoi pas avec des éléments premiers de toute vision picturale, les formes et les couleurs pures. Ainsi fait Engel Pak, revenu d'un expressionnisme halluciné, mais qui lui paraissait encore terre à terre. Il s'est envolé loin de notre monde pour réaliser les images d'un autre monde, exclusivement celui de l'esprit. C'est en signe de soi qu'il assemble ces taches, en signe de sa disponibilité intérieure, de son être profond, secret, -et aussi d'un tempérament de peintre qui, au-delà de tout parti, de toute attitude esthétique, s'impose très directement. Il est plus malaisé qu'on imagine de créer des œuvres qui ne ressemblent à rien- à rien si ce n'est à l'homme dont elles émanent, faisant abstraction du déjà dit, du déjà-vu.


- Léon-Gabriel GROS, Légendes possibles pour Engel Pak, 1951, in Alain Bosquet, Engel Pak. Les bonheurs de l’abstrait, Paris, éd. de la Différence, 1978, p. 188

Au gré du vent
Des touches d’ombre
Font saigner le soleil
A colin-maillard
Le jaune et le bleu
Jouent à qui perd gagne
Et la nuit prend feu.
Ici le regard
Respire les étoiles
Par la racine.

(en guise de préface pour l’Exposition Engel-Pak à la galerie Colette Allendy, 1951)



- Roger VAN GINDERTAEL, in Arts, Paris, 29 juin 1951

L'abstraction d'Engel Pak est très poétique. Elle s'exprime par des organisations de couleurs qui créent des formes, tantôt concentrées, tantôt étalées, juxtaposées, liées par un équilibre uniforme, dans le cadre du tableau. La forme, parfois cernée d'un trait noir, n'est pas un signe; non plus une tache, quoique s'évanouissant dans un fond changeant. De temps en temps apparaît un graphisme plus net, des lignes droites même. C'est un monde encore en fusion où s'organisent des blocs en voie de solidification, des corps vivants à un stade incomplètement différencié. La pâte en est belle, agréable, les tons riches, dans les rouges, bleus, or et citron, roses. Un grand métier, un tempérament d'artiste volontaire et poète s'y confirme une fois de plus.


- Léon SOSSET, préface au catalogue de l’exposition Hommage à un précurseur: Engel Pak Ernest, Bruxelles, Galerie d’art Ravenstein, février 1963


(...) Engel Pak fait partie de la foule des pionniers qui dotèrent l'esthétisme de l'abstraction d'un important répertoire d'accompagnement. Disponible de longue date à l'aventure picturale, il se refuse à représenter l'apparence des choses sans que l'on puisse dire que ce refus ait glacé son inspiration. Attaché à la vie et, comme celle-ci, toujours se faisant, la libre et féconde nature de son art ne peut se justifier par l'une ou l'autre démarche de la raison. C'est en ce sens déjà que la critique s'expliquait dès 1930 à son propos, à l'heure où il commençait à pratiquer une peinture « sans lignes ni formes », constituée exclusivement de taches de couleurs juxtaposées. S'appropriant les sensations de l'instinct et les audaces de l'improvisation, les tableaux d'Engel Pak revêtent le caractère d'imprécision et l'indétermination propre à un certain lyrisme abstrait dont il perçut d'intuition les ressources et ce, à un moment où cette conception, isolée de toute discipline homologuée, était blâmée pour sa désinvolture et, comme telle, négligée.
Morphologies dynamiques et couleurs animées traduisent les impulsions d'un esprit indépendant, qui accorde plein pouvoir à l'acte d'effusion, sans jamais se soucier d'en exploiter ou d'en normaliser les singularités.


- TOURSKY, in Le Soir, Marseille, 26 août 1963.

(Pour l’exposition Engel Pak, Chez Bob, au Mazet du Vaccarès)
Avec lui, nous sommes loin de l'exploitation méthodique du hasard et du rêve. Ce qu'il nous ramène, pris au filet d'une attention picturale patiente et lucide, ce pourrait fort bien être les faits et gestes du cosmos. Il nous entraine vers cet « ailleurs » dont la réalité apparente dissimule mal l'enchantement.


- Lambert JOASSIN, Engel-Pak, père du tachisme. Extrait de la revue générale belge, avril 1966

Dans les derniers jours de décembre 1965 est mort non loin d'Aix-en-Provence, à Valabre où i1 était conservateur du Pavillon du Roi René. Il était né à Spa, le 19 août 1885, il s'appelait alors Engel-Rozier.
Enfant, il rencontre dans la librairie paternelle Henry de Groux ; à l'âge de 4 ans, il sert de modèle à Antoine Fontaine, son cousin, auteur du célèbre tableau du Pouhon de Spa où l'on voit assemblés les personnages illustres qui ont fait la gloire et la fortune de la cité thermale.
Son grand-père, le peintre Crains, lui enseigne le dessin, mais l'élève est rétif et refuse de croiser les traits du fusain. L'indépendance de l'adolescent s’affirme chez l'adulte qui parcourt l'Europe de Londres à Berlin, de Paris à La Haye et trouve à subsister au hasard des métiers de fortune.
Quand il prendra les pinceaux pour commencer une carrière de peintre professionnel, Engel-Pak a quarante ans. C'est l'expressionnisme qui sera la matière spontanée de ce géant vigoureux à qui le réel apparait dans ses reliefs les plus accusés.
André Baillon, qui avait le goût du jeu de mots et composait des variations sur le thème Engel-Ange, é à l'occasion de la 1" exposition de son ami, en 1925 à la Galerie Vignol à Paris : « Chez l'Ange le sentiment est exaspéré ». Exaspéré à tel point que les masques torturés, les rictus dramatiques, les regards perdus qui scrutent l'infini, constituent le thème permanent de la période expressionniste de Engel-Pak, période que d'aucuns ont nommé la période des « gueules ».
Mais une rencontre d'apparence banale va donner à la carrière d'Engel-Pak sa direction définitive. Torrès Garcia, un Uruguayen au visage anguleux comme le Cardinal Tavera du Greco, apprend à Engel-Pak que l'intensité avec laquelle le réel impressionne l’âme humaine peut se traduite, non par le délire de l’expressionnisme mais par l'épuration de la représentation abstraite. Dès lors, Engel-Pak brûle les étapes qui le conduiront à la peinture non figurative. Mas au hasard de la route que d'aventures !
Au salon d'automne de 1928, Torrès Garcia et Engel Pak sont « refusés » et avec eux, le Polonais Aberdam, le Catalan Daura, le Français Jean Hélion. Les cinq s'indignent et organisent un «Salon des refusés à Galerie Marck, rue Bonaparte. Le jour du vernissage, on fait le coup de poing. Mais le critique Pourcherol félicite les cinq et oppose leur vigueur créatrice à ces tableaux du « Salon des non-refusés» où la vue d'un sein dans la fente d'une robe fait crier à l'audace alors qu’il conviendrait de dire « Voilà un bien joli souvenir du XVIIIe siècle ».
En 1930, des dessins et des pastels abstraits sont exposés à la Galerie des Editions Bonaparte et Max Terrier écrit : « Ces dessins gardent une certaine imprécision qui ne laisse pas supposer (sic) le mot « lignes. En réalité c'est plutôt formes ou même taches qu'il faudra dire … ». Retenons ce mot « taches ». Vingt-cinq ans plus tard Philippe de Coninck fera visite à Engel-Pak le Pavillon du Roi René est encombré de toiles et d'esquisses construites en points colorés reliés par des courbes. Le visiteur interroge l'artiste qui répond : « J’étais là un soir regardant les rayons de soleil filtrer à travers les troncs et les feuilles. J'ai dû trop regarder, être ébloui, que sais- je... Alors, en fermant les yeux, j'ai vu ces trois points danser derrière mes paupières. Depuis, tous mes recherches s'orientent autour d'eux ». Voilà les étapes de ce « tachisme » dont on a dit qu'Engel-Pak a été le grand initiateur. Mais n'anticipons pas.
Dans les années trente, la peinture non-figurative d’Engel Pak est exposée à Liège, à Barcelone, à La Haye. En 1938, le Musée d’Art Moderne de Paris acquiert les œuvres du Spadois.
Tour à tour, Paul Fierens, Léon-Louis Sosset, J Todrani, L G. Gros, Clavel expriment à propos d'Engel-Pak des jugements dont l’exacte convergence permet de mesurer la franche évidence de son art. Unanimement, la critique loue l'accord de l’artiste avec la nature ; sa peinture non figurative n’est pas une construction cérébrale ni un jeu d'épures glacées et de schèmes morts, ni l'échec répété de l'impuissance. Bien que non identifiables, les objets nés de ses pinceaux nous sont familiers, chaleureux et amicaux; ils semblent suppléer à quelque oubli de la création et non pas sourde des délectations moroses de l'intellect.
S'il fallait définir l'art d’Engel-Pak, créateur d’un monde de formes libres mais lourd, pourvu de densité charnelle, on parlerait volontiers de réalisme non-figuratif. Une citation nous aidera à réconcilier ces ennemis ; elle est de Valéry : « ... Je crois que la méthode la plus sûre de juger une peinture, c’est de ne rien y reconnaître d'abord, et de faire pas à pas la série d’inductions que nécessite une présentation simultanée de taches colorées sur un champ limité, pour s’élever de métaphores en métaphores, de suppositions en suppositions, à l'intelligence du sujet,, - parfois à la simple conscience du plaisir, d'avance, - qu’on n’a pas toujours eue d’avance … ».
Comme Michel de Ghelderode, Engel-Pak jouit en France d'une notoriété que la Belgique lui mesure encore De nombreuses expositions ont certes révélé la peinture du Spadois, mais son œuvre d'illustrateur reste méconnue.
« J’illustre, écrivait-il récemment, les œuvres qui me plaisent ; un distique de Tristan Tzara : 
J’ai mis de l’ombre dans l'arbre 
Et l’arbre dans de beaux draps
J’ai illustré un poème de Desnos, celui où Papillon et Châtillon riment »
Il a composé 36 illustrations figuratives au fusain pour La Mort de quelqu’un de Jules Romains, qui en 1929 les avait vues et appréciées. Mais Engel Pak, qui n'était pas homme à courir les maisons d'éditions, laisse dormir ses dessins dans leur carton. Une même négligence d'artiste que les contingences exaspèrent que vouera à un sort identique 15 fusains dessinés pour Marcel Jouhandeau, une eau-forte destinée à illustrer La Chute de la Maison Usher, 40 dessins au crayon graphique pour Don Quichotte, 6 dessins pour Les Chimères de G. de Nerval.
Qu'est-il advenu de toutes ces œuvres ?
Les unes, restées chez l'artiste, peuvent connaître un sort digne d'elles. D'autres out disparu, certaines aux Archives nationales sous la garde d'André Chamson. En février 1930, La Randonnée du Grillon de Jean Tousseul paraît dans Le Monde avec des dessins d’Engel-Pak.
Les lithographies en couleurs pour Objets des Mots et des Images de Paul Eluard, édité en 1947, feront regretter que sa carrière d'illustrateur ait pâti de ce que l'artiste appelait son « inaptitude à vendre ». Elles donnent la mesure d'un talent hors pair pour composer une illustration qui ne se dissocie pas d'un poème mais en épouse les sinuosités et fond en unité l'art du poète et celui du peintre.
Mais si la vie d'un peintre est comme dit Eugène Carrière, un combat incessant avec la lumière qu'Engel Pak portât ce combat sur le terrain où les jeux solaires catalysent l'œuvre, la font varier d'heure en heure en modulations infinies: nous parlons de l'art du vitrail.
Le 5 juillet 1965, Engel-Pak écrivait: «Vous ai-je écrit ce printemps que j'avais créé une nouvelle manière pour des vitraux de couleurs ?» 
En dépit de l'âge, il se livre avec enthousiasme à ses recherches, prend contact dans le val de Loire avec une verrerie qui doit lui fournir des dalles de couleurs, 
Quelques jours avant sa mort, le 6 décembre 1965, il peut annoncer: « Ce printemps dernier... j’avais créé une nouvelle manière de présenter des vitraux. J'ai pu en fabriquer 7 à ce jour.»
La manière est nouvelle en effet : des taches fulgurantes de couleur y aimantent et réfractent la lumière. On ne peut songer sans poignante mélancolie que c'est dans les dernières semaines de sa vie qu'Engel-Pak aura trouvé la plus intense peut-être des transpositions plastiques auxquelles aspire sa surabondance de vitalité et de joie.
Il est impossible de présager du sort que la capricieuse postérité fera à ses œuvres, mais Engel-Pak est trop intimement mêlé aux mutations que la peinture a connues depuis quarante ans pour que l'on puisse mettre en question la place importante qu'il occupera dans l'histoire des arts plastiques de notre temps.
Quant à la qualité de l'homme, il est une pierre de touche à laquelle on peut la mesurer: c'est la nature de ses amitiés. Malraux, Jean Cassou, Jean Paulhan, Pierre- Louis Flouquet, Paul Fierens, André Baillon, Jean Follain ne lui ont pas ménagé les marques de leur attachement. C'est Paul Fierens qui lui propose son aide, c'est André Malraux qui, en 1932, se fait démarcheur et, carton sous le bras, propose à Kahnweiler des œuvres d'Engel Pak.
C'est enfin et surtout Léon-Louis Sosset qui lui adresse des lettres d'une pénétration critique qui doit être pour l'artiste un précieux réconfort. En 1947, i1 lui dit : « L'art non figuratif est, à mes yeux, l'expression la plus sincère, la plus franche, la plus authentiquement personnelle du langage plastique. Affranchi de tout argument anecdotique, de tout rappel plus ou moins exact de choses vues, l'artiste peut, dès lors, se montrer totalement créateur. D'autre part, le spectateur, attentif au dialogue de la couleur, des formes et des lignes, peut s'abandonner à son plaisir sans devoir repousser la rhétorique inutile du sujet...»
Peut-être sans y songer, Léon-Louis Sosset écrivait-il l'épitaphe qui, sur la tombe où repose aujourd'hui Engel- Pak, pourrait le mieux honorer celui qui, il y a quarante ans, lançait un défi à l'académisme.


- B (non identifié) in Engel Pak, catalogue de l’exposition-vente à l’Hôtel Douot, Paris, mai 1972, p 2.


C'est peut-être une des plus surprenantes figures de ce temps qui apparait aujourd'hui sur les cimaises de l'Hôtel Drouot.
Engel Pak n'est pas seulement considéré par certains comme le père du tachisme mais il s'inscrit dans l'évolution artistique comme un grand pionnier qui n'a pas craint de renverser les barrières et de prendre l'initiative de la peinture abstraite. L'idée a fait son chemin et l'on sait maintenant comment ses recherches ont contribué au mouvement dont on connait l'impact en Europe et en Amérique.
Comme Tutundjian, l'homme est fascinant. Ses réalisations sont multiples et il passe sans effort d'un expressionnisme saisissant au constructivisme le plus strict, d'un surréalisme fantastique à cette peinture sans lignes ni forme qui fait allégrement abstraction du déjà dit ou du déjà vu. Il tend à la limite vers l'ascèse et la pureté d'un monde différent où règnent des rapports subtils entre les formes harmonieuses et éclatantes de lumière.
Engel Pak est un homme hors du commun. Un tas de métiers... On le voit en France, en Flandre, en Hollande, à Paris, à Berlin et à Londres. Une vie de joie et de souffrances. L'inquiétude. Une longue quête vers l'équilibre. Des expositions qui entraînent l'admiration et parfois la bagarre.
En 1928, cinq refusés du Salon d'Automne montent leur propre exposition. Engel est là avec Aberdam, Daura, Torrès-Garcia et Hélion, dont la notoriété est grande en Europe comme en Amérique.
Après son exposition à la Galerie Delmau à Barcelone, en 1925, il écrit sur les murs de l'atelier - Rythme. Pureté, Ligne, Couleur Ces mots auront un retentissement considérable : ces mots orienteront l'artiste et toute une génération.
Son évolution vers le Non Figuratif s'accentue et on peut le constater en 1930, lorsqu'il expose à Paris. En 1931, il prend place sur les cimaises de la Galerie de la Renaissance, rue Royale, aux côtés d'Arp, Delaunay, Van Doesburg. Gleizes, Hélion, Herbin, Kupka, Reth et Mondrian.
Nelly Van Doesburg l'expose en Hollande. On le réclame en Belgique et en Espagne où il parait trouver un accueil particulièrement chaleureux. C'est enfin une exposition considérable à Paris, en 1946, avec Marie Raymond et Poliakoff. Une phrase d'Eluard caractérise bien le sens profond des œuvres d'Engel Pak à cette époque :  « Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir ».
En 1947, son talent s'affirme aux côtés d'Henri Nouveau, chez Colette Allendy.
Nouvelles expositions tant en Belgique qu'en France. On le retrouve encore en 1957 chez Colette Allendy, puis en 1963 chez Houston Brown et à la Galerie Ravenstein.
Il peut enfin mener une vie libre en Provence dans le Pavillon du Roi René à Valabre, ses toiles sont entrées dans les Musées. Les expositions se succèdent jusqu'à la Rétrospective de 1966 à Aix-en-Provence, l'exposition à la Galerie Aspect en 1970 et à l'Exposition du Musée d'Art Moderne à Bruxelles, consacrée aux « Tendances Surréalistes en Belgique ».
Engel Pak parait alors en voie de s'imposer comme l'une des figures dominantes que retiendront ceux qui s'attacheront dans l'avenir à l'étude de l'Art de notre temps.


- Michel SEUPHOR, in Engel Pak, catalogue de l’exposition-vente à l’Hôtel Douot, Paris, mai 1972, p. 3.

Chaque tableau d'Engel-Pak est un hymne à la liberté. Il aura été un des premiers peintres tachistes et illustre de graphismes surprenants, extrêmement désinvoltes, un ouvrage de Paul Eluard. Homme charmant, singulièrement détaché, il n'a suivi aucune règle, ne s'est soumis à aucune discipline. Il naviguait avec nonchalance entre les écoles et se moquait ostensiblement des groupes, souvent figés dans leurs principes. Nullement vaniteux, peu gourmand sur le chapitre de la gloire, il préférait le complet isolement de la province à la jungle de Paris. Il était d'ailleurs tout à fait incapable de « jouer le jeu ». Nul ne s'étonnera qu'il a mérité plus que ce qui lui échut de son vivant. La parole est maintenant aux couleurs qu'il a laissées. Elles sont vives comme celles des fleurs, elles ont l'âme joyeuse, il les a jouées contre la toile dans un réel esprit d'enfance.
Tout Engel-Pak est authentique, sans fards. Cet œuvre pose d'une façon abrupte, presque insolente, la question de l'existence d'un art abstrait naïf.


- Bernard CLAVEL (de l’académie Goncourt) in Engel Pak, catalogue de l’exposition-vente à l’Hôtel Douot, Paris, mai 1972, p. 4.

J'ai toujours eu pour l'œuvre d'Engel-Pak, véritable père du tachisme, une immense admiration.
Dès notre première rencontre, une amitié solide est née entre nous, car j'ai senti que, chez lui, l'homme était aussi solide, aussi droit, aussi sensible et aussi beau que l'œuvre le laissait espérer.


- (Non signé), in Engel Pak, catalogue de l’exposition-vente à l’Hôtel Douot, Paris, mai 1972, p. 4.

Face au surréalisme, il nous invite à assister à la naissance d'un autre monde. 
Son Imagination l’emporte.
Il s'aventure dans le tunnel et s'élance sur cette voie rare et mystérieuse qui le conduit dans ce monde extravagant où surgissent des formes d'associations négligées pendant des siècles. Ici l'on peut danser librement. Telle est la puissance du rêve que les formes les plus étranges ont cours. On peut rencontrer les silhouettes d'allure fantomatique, l'homme à l'oreille à ressort ou ce quidam qui rit sans pudeur, plus loin ces trois formes grotesques. Nous revenons aux origines… L'insecte rouge ou le serpent vert se dressent devant nous. Les démarches les plus audacieuses de la pensée sont licites. La création trouve sa source dans une descente en soi-même et l'artiste médite sur un poème de Tristan Tzara. Dans cet espace règne l’illusion et tout est possible.
A un autre moment, Engel Pak fait revivre pour nous avec un sens plus strict des proportions et des réalités de la géométrie défilé, sarabande ou musiciens en pleine action. On notera la construction rigoureuse et l'admirable mise en page de ces ensembles.
Puis Engel Pak ne tarde pas à s'élever très haut. Il a été un des premiers à pressentir la puissance spirituelle des formes. Il nous révèle dans un éblouissement de lumière la force et la violence des taches et des signes. Il nous livre des créations inattendues et fantastiques qui nous laissent deviner l'extraordinaire richesse de son univers intérieur. Nous suivons sans effort apparent les méandres de sa pensée. Nous sommes charmés par ces harmonieuses symphonies colorées. Il nous arrive même de remonter aux sources mêmes de la vie dans un monde cellulaire que nous abandonnons au milieu de fulgurance, de tonnerre, de giration ou d'arc-en-ciel. Il est sensible à un rouge débordant de vie, ou jaune intense, à l'or et à l’orangé. Il explore avec audace toutes les possibilités d'une expression plastique enfin libérée et s'attarde volontiers à des thèmes qui lui sont chers, tels que le buisson ardent, le soleil, les larmes rouges ou la gerbe d'or.
Il commence par enlever vivement à la plume la lâcheté, la brutalité ou le burlesque factice de ces ahurissantes silhouettes qui jouent avec un chaudron ou un violoncelle sonnent les cloches ou sentent le soufre et la mort. Des gueules- l'homme de la rue. Nous sommes tentés d'évoquer Edgar Poe ou Baudelaire
Il ne craint pas d'interpréter avec un certain humour ces aquarelles qui nous invitent au café ou à admirer la femme au chapeau, évoquent la mémoire d'un rabbin ou la croustillante Suzanne et les vieillards.


- Jean HÉLION, « Les débuts de Engel Pak », avril 1972, préface à Engel Pak, catalogue de l’exposition-vente à l’Hôtel Douot, Paris, mai 1972, 2e de couverture.

Au milieu des années 20 et au sommet de Montmartre, le petit atelier de Lafnet, peintre liégeois romantique et généreux, mais plutôt incliné vers l’académisme, réunissait, encore indécise, une force nouvelle.
Engel-Pak était de ceux-là.
A la fois solide et léger, bien ancré dans la vie et disponible aux aventures de l’esprit, « l’Ange Rosier » comme le définit André Baillon, exposa d’abord des tableaux de la vie corse, robustes, éclatants et poétiques.
C'est en 1926 que Torres-Garcia arriva parmi nous à Montmartre, il prêchait -quasiment- le Cubisme et nous sensibilise tous à la structuration des images d'une part, à la liberté surréaliste de l'autre. 
Tout cela fermenta si bien dans nos ateliers que nous fûmes refusés tous les trois au salon d'Automne, en 1928, et que j'organisai, rue Bonaparte, une exposition des « refusés » à laquelle furent invités le Polonais Aberdam et le Catalan Pierre Daura.
Elle fit quelque bruit mais pour Engel et moi, son principal effet fut de continuer notre rupture avec le courant moyen de la peinture.
Tandis que je parvins bientôt à l'abstraction totale, Engel déboucha sur une sorte de figuration abstraite et surréaliste à la fois, dont la galerie Van Oyen, rue Bonaparte, fit une exposition en 1929 : l'année même qu'elle présenta la première et bouleversante exposition de Tutundjian.
Jusque-là, confinée dans de peu nombreux ateliers, l'Abstraction connût alors à Paris une sorte de flambée commandée par des impulsions très diverses : un purisme chez certains; une outrance dada chez d'autres; une exaltation de la géométrie, intellectualisation de l'imaginaire chez d'autres encore... Je crois que, sans en déployer l'attirail, la période non figurative de Fernandez ou de Tutundjian en quelque chose tient au surréalisme auquel ils devaient plus tard adhérer franchement. Les débuts d'Engel dans l'Abstraction procèdent de toutes ces tendances à la fois. Du reste il se lia avec des poètes bien différents : avec Pierre Flouquet (qui publiait la revue 7 Arts en Belgique et peignait déjà des abstractions qu'il faudrait peut-être revoir...), avec Jean Follain et ceux du groupe Sagesse... Plus tard, avec Duchamp, cet alchimiste qui réussit l'étonnante synthèse de Dada, du Constructivisme et du Surréalisme. 
Chez Engel Pak tout cela aboutit très tôt au Tachisme qui lui est particulier.


- Alain BOSQUET (janvier 1977), Engel Pak. Les bonheurs de l’abstrait, Paris, éd. de la Différence, 1978, pp. 7-116.


Les généralités inévitables
Il faut découvrir Engel Pak, il faut l'aimer, il faut lui donner sa vraie place. Ce sera la conclusion de ce livre, et d'emblée je l'annonce pour qu'il ne puisse y avoir le moindre doute sur mes intentions. Seul le cheminement est affaire de choix, donc de méthode relativement organisée. Quand un propos aussi téméraire veut s'articuler, il convient de remuer quelques idées générales, où Engel Pak, loin de disparaître, prendra peu à peu sa vraie figure : il est, je ne puis hésiter à le dire, assez puissant et original, pour se plier à une sorte de philosophie de la peinture, que je lui impose. Mais je suis plus modeste que je ne prétends : avant de l'aborder, j'ai simplement à cœur de me demander de quelle manière précisément il vaut mieux faire son siège. Je ne tiens pas à ce que ce soit en historien d'art. L'historien d'art est d'habitude un monsieur extrêmement cultivé, qui s'occupe des dates, des coïncidences, des chiffres, des petits faits et du panorama d'ordre technique qu'il y a lieu d'en tirer. C'est surtout un monsieur qui, sachant trop de choses, préfère se montrer neutre devant elles, et se contente de nous inculquer sa culture par le menu. L'historien d'art nous expliquerait en long et en large qu'Engel Pak est né et est mort ici ou là, et en déduirait que fatalement il a peint ce qu'il a peint parce que cela était écrit dans son destin.... sur papier. Je me dis qu'Engel Pak était un homme trop libre et trop spontané pour entrer, même à titre posthume, dans ce genre de démonstration. L'historien est un monsieur qui connaît tout, cherche la petite bête, ne sait rien de plus et finit par ne pas trouver le lion à force de lui découvrir un demi-pou. Je ne me ferai pas historien d'art, en l'occurrence.
Serais-je davantage un philosophe ? Ce pourrait être tentant, et quelque peu prétentieux. Le philosophe – mettons aussi, l'essayiste – est un manieur d'idées, qui, lorsqu'il s'en prend à la peinture, en déduit mille concepts étranges et abstraits, et n'a de cesse qu'il ne retire de ses réflexions une morale du com- portement. L'art le sollicite et à la fois l'agace, s'il ne peut se résoudre en moralismes divers. En somme, le philosophe ne se contente pas d'aimer la peinture pas plus que la littérature ou la musique - et il la préfère dénaturée, ou encore adaptée au bien ou au mal : c'est pour lui un matériau et une nourriture qui ne sauraient se suffire à eux-mêmes. J'ai toujours soupçonné que les philosophes et les penseurs, négligeant la personne du peintre, prenaient des libertés extrêmes avec son œuvre.

(Texte exhaustif dans Informations complémentaires (« Bosquet_A_Engel Pak_Les bonheurs de l’abstrait »))


- Léon-Gabriel GROS, Un magicien vivait parmi nous…, 20 décembre 1976-20 février 1977,  in Alain Bosquet, Engel Pak. Les bonheurs de l’abstrait, Paris, éd. de la Différence, 1978, pp. 129-182.
(Pour Engel Pak, témoignage de L.G. Gros)

Je ne me flatte point de proposer en ces quelques pages une biographie d'Engel Pak, ma seule ambition est de faciliter (sans trop la compliquer...) la tâche de ceux qui l'écriront un jour. En me référant à quelques dates d'expositions j'ai essayé de reconstituer un semblant de chronologie mais sans vrai- ment y parvenir. Le moyen d'évoquer autrement que dans le désordre les données de la mémoire ? Cette incohérence dans les propos est peut-être la rançon de la fidélité, le gage de l'authenticité des souvenirs. Les dates s'enchevêtrent, les sites se superposent, les souvenirs que l'on s'imagine situer de façon précise dans le passé anticipaient sur l'avenir, ainsi, du fait que cet avenir est devenu à son tour révolu il ne me reste d'autre recours que de mettre l'accent sur la notion d'un présent continuel.
On ne dira jamais à quel point Engel Pak inspirait en tout son comportement d'homme, autant que dans ses méthodes de créateur, cette idée de présent et de présence. Cette présence était bien différente de celle que l'on attribue d'une façon générale à tous les artistes tant soit peu hors du commun. L'affirmation extérieure d'une personnalité n'explicite en rien cette personnalité. Tous les créateurs, et cela n'ajoute et n'ôte rien à leur talent, se plaisent, le plus sincèrement, le plus naïvement du monde à jouer « leur » personnage. Rouerie cousue de fil blanc ! Chez Pak c'était autre chose, il s'imposait instinctivement de lui-même, de la même façon que sa peinture. Il suffisait de le voir comme il suffit de la voir. Le secret de Pak est de l'ordre de la pure sensibilité. Un seul mot convient, tout dans sa vie comme dans son œuvre procède du rayonnement ; dit « à froid » dans un contexte logique ce mot frise la platitude, il ne prend de sens, tout son éclat que dans son contexte propre, celui de la vie immédiate. Il va de soi que la seule façon convenable d'évoquer la réalité de Pak serait de présenter les images que j'ai gardées de lui en un discours « non-figuratif » inspiré de sa façon de peindre ; l'écriture ne permet pas, même en s'abandonnant à l'automatisme, de reconstituer comme le fait le jeu des couleurs la magie objective des choses et des êtres. Que l'on me pardonne si pour avoir cédé à cette tentation de l'impossible il m'est arrivé souvent de brouiller les images, mais que l'on se rassure, je n'ai jamais cherché à brouiller les cartes !

(texte intégral dans Informations complémentaires (« Gros_L_G_ Un magicien vivait parmi nous »))

 

- Alain BOSQUET, «Engel Pak vers la peinture absolue», Paris, janvier 1981 
Texte du catalogue de l’exposition de Liège, ancienne église Saint-André. Rétrospective Engel-Pak  (huiles, fusains, pastels, vitraux. (27/02-29/03/1981)

Ce serait une erreur de juger l'œuvre d'Engel Pak selon ses origines, ses amitiés ou les événements de son existence, toujours libre et toujours empreinte d'une sorte de pimpante méfiance à l'égard de tous et de lui-même. Ses premières années sont laborieuses, et il fait partie de ces hommes qui se cherchent, qui hésitent, qui s'essaient à mille humeurs contradictoires, pour la simple raison qu'ils ne sauraient se contenter de suivre une mode ni d'illustrer les idées des autres. Il dépense ainsi les forces de sa vingtaine et en partie de sa trentaine à n'être qu'un velléitaire : du moins ne fonce-t-il pas, comme au lendemain de la guerre de 14-18 l'ont fait tant d'artistes, sur quelque manifeste rutilant et vindicatif. Il s'abstient donc de se vêtir d'une philosophie d'avant-garde et c'est, au fond, ce qui le sauve, en ce temps-là, du plagiat ou de la croisade inutile.

Ses premières toiles sont prises sur le vif; il se veut le peintre des «gueules»: ces ouvriers du bassin houiller, qui ne semblent pas tenir sur leurs jambes tant ils travaillent et tant ils boivent, entre la trique, le grisou et le bon coup de bière qui finit par les miner. Il y a alors de la véhémence dans ses huiles suintantes et plus lourdes qu'il ne voudrait. II salue ainsi son hérédité et se fait le pinceau, avec ce qu'il dédaignera bientôt pour toute la vie : la sale et ennuyeuse ressemblance. Car il n'attache qu'une très relative importance à ce métier qu'il tient mais qui le ligote, visiblement. C'est sans doute la rançon d'une mentalité encore provinciale : il faut que les autres se reconnaissent là où lui, déjà plus détaché, ne saurait voir qu'un exercice de force et de lucidité. On peut, dès les années 20, le croire engagé sur le chemin d'une certaine protestation sociale : c'est une erreur, et Engel Pak qui ne signe pas encore de ce nom tient à ce qu'on sache combien il est libre à l'endroit d'une société dont, en tout état de cause, il se moque.

Comme de loin, le mouvement dadaïste l'intrigue davantage : il y voit la défense du dérisoire et de l'art sans aucune attache ni le moindre devoir. Il lui plaît, à lui aussi, de jouer, de ne rien promettre, de se contenter de lignes, de petits profils, presque de graffiti, jetés négligemment sur une toile ou sur une feuille de papier : que le hasard les jette aux oubliettes ou en fasse des symboles d'enfantillage délicieux, que lui importe ! Dans son esprit une seule chose est sûre : s'il lui faut beaucoup apprendre, il lui faut également désapprendre. Est-il plus étonné bientôt par le surréalisme ?

Sans doute son aspect onirique et fabuleux l'intrigue-t-il, sans qu'il voie la moindre nécessité de rejoindre une discipline où il ne serait que le sous-fifre des peintres parisiens. Obéir est le cadet de ses soucis ; inconsciemment, il sait aussi qu'aux abords de la quarantaine il n'est pas encore un artiste mûr. Mettons qu'il effleure le surréalisme, le côtoie avec prudence, le contourne avec un peu de curiosité et finit par s'en éloigner. Dès 1929, il en prend son parti, hardiment ; peut-être est-ce parce qu'il a découvert une autre voie, qui, trois années durant, sera l'une des plus originales qu'il aura empruntées.

Il s'agit pour le peintre de s'interroger sur le post-cubisme et, au sein de celui-ci, une sorte de constructivisme particulier, qu'il exploite, pour la première fois, avec une opiniâtreté et une conviction qui jusqu'ici ne s'étaient pas encore manifestées dans ses tentatives. Il multiplie des êtres qui ne sont ni hommes ni robots, et qu'on dirait assimilés à des tours mécaniques très droites, très raides, très péremptoires : à la vérité, des hommes-objets qui relèvent de la science-fiction mais qui, de surcroît, savent émouvoir ou, du moins, intriguer. Constatation plus pertinente, ces pantins ne ressemblent à rien de ce qui s'invente à l'époque ni chez Picasso, ni chez Gris, ni chez Léger. Pourquoi, ayant découvert un domaine aussi bien défini, Engel Pak s'en est-il détourné en l'espace de quelques mois ? C'est un mystère qu'il serait profitable un jour d'éclaircir. La liberté consiste aussi à ne pas s'attarder, et à ne pas exploiter à fond ses propres richesses.

Sur ces entrefaites, Engel Pak fait deux autres découvertes, autrement plus importantes pour lui : la couleur et l'abstraction que d'un coup il va coupler, marier, intégrer l'une à l'autre avec un infini bonheur. La couleur lui vient de ses séjours en France, et précisément dans le Midi, qui l'éblouit et lui révèle toute la sensualité de ses gammes naturelles. C'est là un phénomène assez courant et qui, d'habitude, pousse les peintres à changer de palette et à chanter - le mot n'est pas inadéquat - les paysages méridionaux. Engel Pak ne mange pas de ce soleil-là. Alors qu'on attend de lui qu'il se précipite sur Van Gogh ou Bonnard, voilà qu'il leur tourne résolument le dos, et qu'il se coupe à jamais de la ressemblance. Dès les années 35-38, il détient son territoire, qu'il ne va plus lâcher, et dont il explore désormais tous les recoins, à la fois esthétiques et psychiques. Humainement parlant, c'est là une aventure assez unique, si l'on songe que tous les peintres, saisis par la frénésie novatrice des années 50 et 60, vont à qui mieux mieux y aller de leurs petites - ou grandes - trouvailles d'ordre professionnel, les uns se distinguant par les tissus brûlés qu'ils introduisent dans leurs toiles, les autres lacérant leurs tableaux, et quelques-uns en laissant leur bras penser à leur place - croient-ils - afin de gribouiller des jambages et des réseaux de lignes sans nécessité interne. Engel Pak n'a pas ce genre de culpabilité. Il pense que la couleur, traversée ou non de quelques éléments graphiques, se suffit à soi-même et peut traduire un sentiment d'intense bonheur d'autant plus intense qu'il vise à une certaine abstraction.

Au début, ces éléments graphiques jouent un certain rôle, comme si une présence humaine, au second degré, se voulait encore décelable, par sa nervosité, son humour, sa fantaisie. Sur une surface toute de radiation intime surgissent alors des écritures sous forme de courbes enlacées, de corps presque formés, de suggestions diverses. Nous nous situons dans l'allusion qui bientôt se passe de l'objet, de l'être ou de l'attitude suggérés. Les quelque deux cents toiles maîtresses qui marquent la dernière étape capitale de son œuvre, suppriment ces signes d'une présence repérable. Désormais tout est couleur et matière au sens propre, c'est-à-dire au sens d'un phénomène absolu qui ne saurait se définir par des éléments accessoires. Nous sommes dans le vertige de la révélation sans objet, sans repère, sans attache avec rien d'autre que le refus de se mettre à la traîne d'une situation ou d'un thème. La couleur est épaisse, inévitable, magnétique ; le contour ou le profil a disparu, et le champ de vision s'en trouve étonnamment élargi. Une intériorisation infinie nous est imposée, dans ses délices. Un peintre comparable à Francis Picabia, jusqu'aux approches de la seconde guerre mondiale, s'est mué en un peintre de l'enchantement sans images: un Poliakoff qui aurait poussé sa démarche jusqu'à l'extrême possibilité de la désincarnation, là où tout est absolu et sans références. Il ne suffirait pas de regarder l'œuvre d'Engel Pak : il faut - ce qui n'est guère difficile - conquérir, sensoriellement d'abord et spirituellement ensuite.
 

- Philippe ROBERTS-JONES. La peinture abstraite en Belgique 1920-1970. Bruxelles, Ed. Crédit Communal, 1996, p. 27.

Ernest Engel dit Engel Rozier ou Pak, Spadois de naissance, accomplira son œuvre en France dès 1918, passant du figuratif au surréalisme puis à l’abstraction lyrique. Il gardera toutefois le contact avec son pays d’origine, à travers le Journal des Poètes, fondé par Pierre-Louis Flouquet en 1931, expose des images d’une totale liberté à Bruxelles et à Liège en 1947 et 1948 qui feront dire à Paul Fierens dans une préface : « Il est plus malaisé qu’on imagine de créer des œuvres qui ne ressemblent en rien – à rien si ce n’est à l’homme dont elles émanent, faisant abstraction du déjà dit, du déjà vu ». Alain Bosquet résume excellement l’œuvre en un titre : Engel-Pak, les bonheurs de l’abstrait.
 


- Serge GOYENS, « Introduction à Engel-Pak », in Serge GOYENS de HEUSCH, Lara OLCHANETZKY, Roger PALM, Engel-Pak. Pionnier de l’abstraction, Bruxelles, éd. Didier Devillez, 2004, pp. 12-13.

"Rythme, pureté, lignes, couleurs", tels étaient les termes qu'Engel-Pak avait inscrit de longue date au mur de son atelier. L'artiste ne pouvait mieux dire : il dévoilait ainsi les aspirations vitales de sa création, ce qui, chez ce plasticien d'origine spadoise, commandait sa "nécessité intérieure", pour reprendre ici la belle expression de Kandinsky. Ces quatre mots éclairent également la rapidité surprenante avec laquelle Engel-Pak évolua, en peu d'années, d'un expressionnisme figuratif à une abstraction lyrique dont le contenu expressif reposait exclusivement sur les pouvoirs spécifiques de la peinture : couleurs, lignes et rythmes les animant. Au début des années 30, il apparait ainsi comme l'un de ces pionniers de la non- figuration, au même titre que ses contemporains de la plastique pure belge (Flouquet, Servranckx, Lacasse et quelques autres). Plus étonnant, il fut à l'époque le seul peintre d'origine belge - et l'un des rares au niveau international - à expérimenter une abstraction de caractère tachiste et organique qui n'avait été pratiquée un temps que par Kandinsky lorsque celui-ci créa au début des années 10 ses premières œuvres non-figuratives.
On a coutume de considérer dans l'abstraction deux manières antagonistes : d'une part une abstraction géométrique fondée sur une volonté intellectuelle de discipline formelle, issue d'une radicalisation du cubisme (Mondrian, Malevitch), d'autre part une abstraction lyrique et tachiste, voire gestuelle ou informelle, tributaire, elle, de facultés plus instinctives et basée sur la valeur expressive de la couleur, telle que l'avaient préparée le fauvisme et l'expressionnisme. En réalité, la seconde manière ne s'est épanouie qu'avec la deuxième génération des abstraits, au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec des artistes comme Wols, Pollock ou Mathieu. En effet, les premiers abstraits de l'histoire de l'art occidental, en Belgique comme ailleurs, se cantonnèrent en général dans les formes géométriques et architecturales. A cet égard, donc, Engel-Pak, qui élabora dès le début des années 30 un type d'abstraction opposée, apparait comme un expérimentateur tout à fait original, bien en avance dans le cadre des nouvelles expressions de l'aventure picturale du XXe siècle.
Son engagement dans l'abstraction, Engel-Pak le forgea à travers les contacts qu'il put avoir, lorsqu'il vécut à Paris de 1924 à 1934, avec des peintres comme l'uruguayen Torres-Garcia et le français Jean Hélion ; l'art novateur de ces artistes leur vaudra du reste d'être rejetés du Salon d'Automne et d'organiser en 1928, à cinq, un nouveau "salon des refusés" qui fut assorti de contestations et de bagarres esthétiques. Parmi ceux-ci, alors sous l'influence du néo-plasticisme de Mondrian, seul Engel-Pak évolua vers une abstraction tachiste. En 1930, l'année qui marque le départ de ses options non-figuratives, l'artiste participe au groupe
Abstraction-Création, lancé par Vantongerloo (un autre belge établi alors à Paris, comme Michel Seuphor), tandis qu'il montre des œuvres nouvelles à la galerie des éditions Bonaparte. La critique souligne déjà l'étonnante nouveauté de son langage plastique fait d'une certaine imprécision de la ligne au profit de "taches aux directions nettement indiquées". A l'évidence, l'artiste a su tirer parti dans sa peinture, bien avant d'autres, de l'écriture automatique prônée par les poètes surréalistes qu'il lui arriva d'illustrer, si bien que l'on pourrait parler à propos de sa peinture de "surréalisme abstrait". L'artiste ayant réalisé en 1946 une série de lithographies en couleur pour le recueil "Objet des mots et des images" de Paul Eluard, Michel Seuphor parla quinze ans plus tard de "graphismes et de maculations qui pourraient faire pâlir de jalousie le plus anarchique des informels d'aujourd'hui".
Désormais, après s'être installé en 1934 dans le Var, Engel-Pak approfondira cette abstraction inédite jusqu'à sa mort. Cet art sans images et sans formes délibérées autres que la sténographie non verbale des instincts profonds, ces formes fluides et capricieuses aux contrastes chromatiques violents, évoqueront dans l'esprit du contemplateur des sortes de paysages intérieurs à la fois tourmentés et éclatants de joie, aussi bien que des univers cosmiques, ou encore les aspects germinatifs et secrets de la nature organique. A ce propos, Paul Fierens écrivait en 1947 : "C'est en signe de soi qu'Engel-Pak assemble ces taches, en signe de sa disponibilité intérieure, de son être profond, secret, et aussi d'un tempérament de peintre qui, au-delà de tout parti, de toute attitude esthétique, s'impose très directement." Et le grand historien d'art belge d'ajouter : "Il est plus malaisé qu'on n'imagine de créer des œuvres qui ne ressemblent à rien, si ce n'est à l'homme dont elles émanent, faisant abstraction du déjà dit, du déjà-vu."
Pionnier du tachisme pictural, peintre habité par une nature dionysiaque, mû par les sensations instinctuelles et les audaces improvisatrices, Engel-Pak a réalisé une œuvre où les forces l'emportent sur les formes et vibrent au son des tambours du chaman. En 1947, n'écrivait-il pas à son ami le critique d'art Léon-Louis Sosset, d'origine spadoise lui aussi : "Je cherche les vibrations que les lignes géométriques ne donnent qu'imparfaitement. Je peins en toute pureté" !


- Emmanuel LAMBION, « Redécouvrir Engel-Pak », in Serge GOYENS de HEUSCH, Lara OLCHANETZKY, Roger PALM, Engel-Pak. Pionnier de l’abstraction, Bruxelles, éd. Didier Devillez, 2004, p. 19.

 

Avec le recul tout naturellement permis par le temps, il apparaît aujourd'hui comme une évidence que la genèse et le développement de l'art abstrait furent assurément, avec l'urinoir fondateur de Duchamp pour la veine conceptuelle de la création contemporaine, "la" révolution plastique majeure du XXe siècle. 
Dans ce contexte, l'importance, tant historique qu'esthétique, des artistes de notre communauté souffre bien souvent d'un manque de reconnaissance.
Leur rôle pionnier reste méconnu, et ce, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de nos frontières : Car si Kandinsky, Mondrian, Malevitch voire Larionov, Delaunay, Kupka ou O’keeffe viennent en effet instantanément à l'esprit des amateurs d'art abstrait, on reste en général davantage discret et silencieux quant aux noms des pionniers belges de l'art abstrait. Et, de fait, il est tout à fait loisible de s'interroger, par exemple, sur la place que l'on réserve aux Cailloux de 1911 d'un Joseph Lacasse dans les manuels d'histoire de l’art ?
En marge du "top 10" médiatique, ressassé et exporté, que l'on accorde à certaines figures, il est vrai, majeures de notre patrimoine (Magritte, Delvaux, Ensor et alii), du chemin reste en effet encore à faire dans cette prise de conscience et revalorisation du pan abstrait de notre apport à l'héritage artistique européen.
C'est dans le prolongement de ces considérations, matérialisées par l'organisation au Botanique en printemps 2003 de l'exposition Abstractions, que se dessina très nettement l'opportunité de redécouvrir et de consacrer une exposition à cette figure pionnière encore largement méconnue que fut, à une autre époque et à d'autres égards, Engel-Pak.
D'Engel, on met généralement en avant les fusains, toiles et dessins aux formes et à la symbolique librement organiques que l'on qualifie de "surréalisme abstrait", pour laisser généralement de côté l'évolution significative, et importante en termes quantitatifs, de son exploration successive et novatrice des voies multiples de l'abstraction. Car le peintre s'est constamment réinventé.
Après les peintures " de gueule " et les encres gouachées d'un expressionnisme fauve, ou encore les fusains surréalistes abstraits des années 30, se dessine nettement à partir de la fin des années 40, une évolution vers une abstraction informelle, toujours libre, expérimentale et lyrique, à la fois gestuelle et savamment contrôlée. La matière ou le geste, qu'ils soient dilués, écrasés ou soulignés, sont toujours consubstantiels de la forme, de la lumière et de la couleur. Force, tentante et incontournable, est de constater qu'Engel s'y révèle, avec la richesse chromatique et sensuelle de ses confrontations picturales et sur ces quelques centimètres carrés de papier, un véritable, puissant et inventif précurseur des courants tachistes, ou matiéristes qui feront les beaux jours de l'abstraction chaude " des décennies successives, quand il ne s'essaie pas à quelques "drippings" préfigurant une figure connue de l'expressionnisme abstrait d'Outre-Atlantique.
Au-delà de ces considérations historiques, l'objectif de cette publication et des expositions qui l'accompagneront sera déjà atteint par le simple fait de porter à la connaissance du public ces témoignages inédits, à la fois simples et envoûtants, de cette puissance dionysiaque qui fait d'Engel-Pak un véritable magicien de la couleur et de la matière...


- Lara OLCHANETZKY, « La peinture en recherche », in Serge GOYENS de HEUSCH, Lara OLCHANETZKY, Roger PALM, Engel-Pak. Pionnier de l’abstraction, Bruxelles, éd. Didier Devillez, 2004, pp. 23-29.


Engel-Pak est autodidacte et poursuit son œuvre sans préconceptions picturales. Son travail se caractérise par un esprit de recherche. Engel-Pak aime peindre. La motivation de son travail est existentielle, pulsionnelle, autant que sa façon de peindre.
Il n'obéit pas aux propos formels des mouvements d'art de son époque, mais dès 1925, il se nourrit des recherches picturales qui l'entourent à Paris. Il est un homme de son temps " tout yeux, oreilles " (1) qui réfléchit aux débats de ses contemporains, en cherchant sa valeur propre tout et juste par rapport au contexte historique et artistique dans lequel il peint. Tout au long des années, quand on considère la diversité de ses œuvres, le peintre reste intègre. "J'ai cédé à divers mouvements et maintenant encore je cherche, mais je ne sais plus quoi, on croit un beau jour avoir trouvé l'idée ou l'homme, et puis c'est un système bien présenté que tu as démoli en l'approchant..." (2). L'œuvre d'Engel-Pak résulte d'un processus inachevable qui recommence à la fin de chaque tableau. Il ne cherche ni un système de représentation ni un aboutissement précis. C'est dans la démarche et la découverte que toute l'œuvre trouve son sens.
Dans tout processus créateur, entre le moment où les idées se décident et l'instant et la manière dont elles se réalisent, il existe un espace qui permet au potentiel d'une œuvre en cours de se révéler, et aux artistes de refuser ou de profiter des inattendus. Les Grecs de l'antiquité appelaient Chora ce moment entre deux étapes, un temps parfois imperceptible, un passage fuyant et propice qui expliquerait le manque auquel nous faisons toujours face devant une œuvre. Nous ne pouvons être qu'en porte à faux devant elle, car la part manquante est au cœur de la démarche. Ce passage insaisissable, qui échappe à toute maîtrise, est précisément ce qui anime toute recherche artistique et en fait une démarche inépuisable. Chora, c'est l'espace entre les mots, le silence dans la musique, le sens qui se révèle en même temps que la volonté de l'artiste. C'est cette ouverture " qu'Engel-Pak choisit de saisir et d'intégrer à chaque tableau.
Dans cet espace-temps, apparaissent aussi les malentendus ou la perplexité qui en résultent ; c'est pourquoi, devant l'art, nous nous trouvons parfois sans paroles. Chora, le manque qui propulse l'œuvre d'art dans son devenir est de l'ordre de la créativité pure, sans recours initial au contrôle de l'artiste et donc sans explication rationnelle pour l'œuvre. Face à ce vide, artistes et spectateurs se trouvent en position de spéculation. Engel-Pak, travaillant de manière pulsionnelle, n'évoque pas les termes qui définissent sa peinture. Les paroles comme le moment lui échappent et ce n'est que petit à petit que l'œuvre se définit : " il y a la vie qui passe... Il y a la joie...de connaître certaines de mes peintures car je ne les connais pas quand je les fais. " (3)
Les difficultés qu'Engel-Pak rencontre dans sa carrière artistique, sont souvent liées à son incapacité à expliquer les résultats que permet sa démarche. " Je reconnais ne pas savoir vendre mes tableaux ni avoir la souplesse requise « (4). Cette incapacité est non seulement due au caractère intransigeant du peintre mais aussi au fait qu'il n'a pas encore conscience de son inscription historique à venir. Le processus dont émane le sens plastique de sa peinture, ne peut lui apparaître à l'époque, comme une justification suffisante pour l'accepter en tant que tel. L'histoire de l'art n'est pas encore prête à reconnaître qu'une œuvre plastique se donne comme démarche. Les peintures d'Engel-Pak précèdent leurs explications.
L'ouverture qui est à la source des découvertes d'Engel-Pak est à double tranchant ; elle induit aussi l'incertitude qu'il rencontre en face d'un parcours livré en partie au hasard. En présence d'un travail motivé par le seul besoin de peindre, sans cible précise, il s'agit de faire face à l'angoisse de l'inconnu pour l'œuvre et pour l'homme. L'artiste qui vit difficilement de son art doit avoir une grande confiance et beaucoup de courage pour privilégier l'exigence intérieure de sa créativité plutôt que les nécessités du marché.
La peinture d'Engel-Pak évolue dans une ambiguïté qui résulte de la volonté du peintre de construire ses compositions tout en laissant un espace possible pour l'imprévu dans la réalisation du tableau. Cette ambiguïté est à la source de la tension propre au travail d'Engel-Pak ; celle-ci se retrouve dans son œuvre depuis les premiers travaux allant vers l'abstraction.
Le peintre assimile librement les leçons des Cubistes et des Surréalistes sans y voir quelque impératif catégorique. Ce qu'il retient du Cubisme, c'est la possibilité de produire des signes qui sont chargés de leurs propres valeurs expressives. Dans la série des Hommes de béton 1929 (5), les formes sont réduites à quelques éléments signalétiques. Engel-Pak transforme le réel en corps géométrisés qui tendent vers l'abstraction, mais qui n'en gardent pas moins leur référence figurative. Cette peinture est à la limite du basculement dans un autre ordre. Un langage pictural autonome émerge, attendant d'engloutir une représentation qui résiste encore. Le Surréalisme lui offre la possibilité d'explorer un monde imaginaire que ses moyens plastiques - encore figuratifs à cette époque - ne lui permettaient pas. Dans cette phase où le spectateur identifie encore des figures, nous rencontrons des signes organiques et des formes ambivalentes qui pourraient paraître symboliques si elles n'étaient pas tout simplement ambiguës, prises dans l'entre-deux du monde concret et de l'abstrait. De son vivant, Engel-Pak s'est d'ailleurs toujours refusé à nommer ses œuvres, parce qu'il considérait que sa peinture était porteuse de sa propre signification.
En avançant dans l'abstraction d'Engel-Pak, nous ne sommes jamais dans un espace purement fortuit ; il n'y a pas de geste gratuit sans recours à l'esprit. A partir du moment où le peintre fait de l'abstraction, il emploie des moyens précis pour que l'image soit contenue et orientée dans le champ pictural : dans les années 40, les fonds et les signes ne se mêlent que peu, et ces derniers sont généralement cernés de traits épais et gras ou de couleur revenant du fond. Les compositions témoignent d'une volonté de maîtrise, sans pour autant projeter l'œuvre dans une direction précise. C'est aussi ce qui fait la richesse et la diversité de l'œuvre. Les tableaux d'Engel-Pak sont à la fois spontanés et construits, et son œuvre, comme chaque tableau, se définit au fur et à mesure. Le peintre cherche l'image par approximation ; il n’y a aucun travail préliminaire et chaque œuvre est une entité libre, qui contient son propre dessein. Si une constante se dégage dans ses travaux, c'est la recherche intuitive d'un équilibre plastique.
Dès ses débuts dans l'abstraction, et jusqu'à la fin, les compositions d'Engel-Pak sont orientées dans l'espace, tenant compte du spectateur qui leur fait face. L'équilibre que trouve le peintre dans la finalité d'une œuvre, est due aux moyens compositionnels qu'il emploie pour structurer l'image petit à petit.
Les couleurs sont souvent liées par des traits noirs qui traversent le champ et qui structurent l'image. Dans l'œuvre d'Engel-Pak, les noirs ont plusieurs fonctions ; ils donnent aussi force, mouvement et lumière. La force centrifuge qui anime souvent ses tableaux, en en menaçant l'intégrité, est contenue par un travail de recadrage qui empêche la désolidarisation des couleurs et des signes. Ce n'est qu'à partir de la fin des années 50 que le peintre travaille parfois l'image sans que des signes se distinguent du fond pour guider notre regard. L'équilibre qui se trouve dans les tableaux a une dimension spatiale liée spécifiquement aux limites et à la forme du champ pictural. Le hors champ n'est que rarement suggéré et, s'il l'est, ce n'est que par la prolongation imaginaire des de pinceau, plutôt que par de réels débordements. Les compositions sont entières.
Au fil du temps, le style d'Engel-Pak n'est pas homogène. Les recherches du peintre l'amènent à réaliser une variété de traitements selon qu'il use du pastel, du fusain, de l'encre ou de l'huile. Après 1947, alors que le peintre construit toujours cet équilibre spatial, sa peinture se libère de styles connotés pour devenir sa propre peinture abstraite, caractéristique d'Engel-Pak et indépendante des mouvements artistiques. L'expression du peintre trouve maintenant sa plénitude, dans la liberté des gestes et des couleurs et dans la poursuite de vérités intuitives ; Engel-Pak ne s'encombre pas de contraintes intellectuelles. Pendant cette période la plus libre de sa création, il réalise entre autres, deux séries de tableaux que nous analyserons de manière plus approfondie.
Vers la fin des années 50, Engel-Pak fait une série d'environ trente tableaux qui, après sa mort, seront nommés les Cachets d'Uruk. Les tableaux ressemblent à de la calligraphie chinoise ou japonaise : des signes gras et noirs se dégageant de fonds blancs vêtus d'orange. La ressemblance dans l'image se trouve au niveau de l'orientation verticale, du contraste et de l'équilibre dans le champ pictural. La calligraphie est un travail de souffle et de geste ininterrompu : l'outil est en contact avec le papier jusqu'au moment où le signe et l'expiration s'achèvent. Au contraire, Engel- Pak montre dans les Cachets d'Uruk, une peinture à touches multiples et vigoureuses, sans l'intention d'évoquer une idée comme dans la calligraphie, ni celle de réaliser un geste continu. Les signes d'Engel-Pak sont denses et éruptifs, mais néanmoins contrôlés. Le peintre est dans un rapport à la calligraphie, inspiré certes, par la stabilité et la force du signe et par la libération de l'esprit essentielle aux démarches Taoïste, Shinto et Zen auxquelles il se réfère ; mais il ne le fait que par évocation. L'état d'esprit atteint à travers ces démarches est méditatif, ouvert, laissant apparaître une puissante expression par la maîtrise de soi. Pour le calligraphe, la maîtrise acquise se perçoit à travers le geste, dans les pauses du corps en harmonie avec l'esprit, par les rythmes de la respiration et encore par l'équilibre des signes sur la feuille. Le peintre ne rejoint que peu dans sa démarche physique, l'écriture orientale, en travaillant à plat ; mais il procède dans l'ouverture du moment, cherchant l'équilibre formel dans un esprit libre qui s'unifie de cette manière à celui du calligraphe.
Dans la série des "Trois Points" qu'Engel-Pak peint en 1960, nous nous retrouvons de nouveau dans une optique spatiale. Dans tous les tableaux sur ce thème, les trois points sont liés par deux traits. Il y a toujours un coté ouvert entre les points, et les traits ont pour fonction, de créer un déplacement plutôt qu'une forme triangulaire qui se refermerait sur elle-même. Les fonds sont de couleurs mêlées ; ce sont les points qui dirigent le regard. Le peintre n'offre aucune explication à ce qui le préoccupe dans ce sujet, mais nous voyons dans la récurrence des trois points, qu'à chaque fois, Engel-Pak guide notre perception de manière différente. C'est la reprise qui donne son sens à la série. Dépendant de l'angle créé par les points, notre regard peut être ouvert ou resserré. Quand les points sont petits, l'espace paraît vaste. Il est clair que le peintre s'intéresse aux effets des éléments picturaux sur la perception, et c'est en ce sens qu'il se place parmi ses contemporains dans son approche de la composition, de la couleur et de la lumière.
Engel-Pak construit ses tableaux de manière intuitive. En avançant dans son œuvre, il apprend et tire profit de ses découvertes. Il ne part pas d'harmonies préétablies, mais se fie plutôt à la perception des effets que sa palette provoque : " J'en ai un (un ocre) sur ma palette 'ocre-d'or'... il s'anime au mélange, il s'assouplit, il joue un jeu, à lui seul il peut faire une toile chantante mais le moindre bleu, rouge, violet et toutes les autres teintes le font vibrer, "claque-sonner"[sic], il devient amollisseur des cœurs - il a sa plénitude totale - il ne fait pas valoir les autres couleurs, frères et sœurs, il viole tout à son profit. « (6)
Les rapports varient entre les couleurs et font résonner différemment chaque tableau. Les noirs sont parfois frappants et lumineux ou sourds et profonds, selon leur traitement et leur relation aux couleurs vives. Ils peuvent aussi rassembler une composition de couleurs. Comme Matisse, Engel-Pak utilise parfois le noir en tant que pure couleur et lumière. Le peintre se sert de contrastes pour rythmer ses compositions : ce sont des constructions visuelles et temporales, concentrées par endroit, ouvertes et aérées ailleurs. En ce sens, ces travaux rejoignent en esprit ceux de Kandinsky, Kupka et les Delaunay parmi d'autres contemporains. Engel-Pak est tout à fait dans la ligne des recherches picturales du début du XXe siècle qui se basent sur la nature ondulatoire de la lumière et de la musique. Il est aussi très proche des poètes, dans son utilisation d'un langage, ici pictural, pour évoquer un état d'âme. Il se joint ainsi à Paul Eluard, mais aussi à beaucoup d'autres écrivains qu'il aimait. Comme la musique et la poésie, l'art abstrait se lit dans les rythmes et les cadences, dans les ouvertures et les appuis qui apparaissent dans ces tableaux par l'agencement des couleurs et des contrastes lumineux : "Il y a des mots que j'ai accroché sur les murs de mon cerveau : surface, rythme, couleurs." (7)
Dans leur luminosité et leur diversité, les pastels d'Engel-Pak sont remarquables. Libérés de l'épaisseur de matière qu'il y a dans les huiles, ces petits formats deviennent pure lumière, couleur et composition. Nous nous retrouvons alors dans un des espaces qui touchent au sacré grâce à leur intimité et leur luminosité, leur clair-obscur pauvre en matière. De tels effets résultent de l'action des moyens plastiques sur notre perception, et non d'une intention spirituelle ou symbolique de la part du peintre. Ce sens mystique qui a parfois été évoqué en parlant de l'œuvre d'Engel-Pak, ne peut être validé que par rapport à notre expérience des tableaux. Un propos délibérément spirituel ne se retrouve pas dans la démarche du peintre, même si l'obscurité et le secret pourraient le laisser croire.
Dans Other Criteria (8), Leo Steinberg parle du sacrifice de certains propos pour en privilégier d'autres dans une œuvre d'art. Dans les encres de chine et les pastels d'Engel-Pak, la matière est naturellement sacrifiée, ce qui concentre le regard sur les autres éléments picturaux et permet cette lecture plus spirituelle des compositions lumineuses. Sans la peinture épaisse qui appuie le geste du peintre et fait paraître son tempérament, la lumière prend le dessus.
Dans les huiles, la matière est très présente. Elle est appliquée en couches de toutes épaisseurs, en touches rapides et sèches, ou souples et grasses. Il apparaît souvent une variété de traitements dans un tableau. Le peintre est sans crainte dans ses coups de pinceaux et dans sa manipulation de la matière. Délaissant le chevalet, Engel-Pak travaille souvent à plat, et nous voyons dans certains travaux des amas de pigments sur lesquels la gravité n'a pas pu agir. Ils ont à moitié séché avant d'être écrasé par l'outil du peintre pour être encore couvert de couleur. Il y a aussi ces coulées délibérées d'orange liquide que nous retrouverons à une autre échelle dans les "drips" de Pollock. Nous voyons également des traces de pinceaux larges, chargés de couleur orange, qui ont balayé la surface sans la recouvrir, créant une fine trame qui donne une profondeur à la couleur qui se trouve en dessous.
Il se dégage de l'œuvre d'Engel-Pak une grande richesse de moyens plastiques. Pendant quarante ans, ce peintre ne cesse de chercher et de construire au fur et à mesure, une œuvre d'une grande diversité picturale. Ne se fiant qu'aux découvertes de ses recherches empiriques et ne tenant pas compte de doctrines esthétiques débattues à l'époque, Engel-Pak se montre libre. La démarche du peintre, qui découvre le sens de l'œuvre en la construisant petit à petit, ne nous permettait pas la cohérence du regard actuel, qui bénéficie du recul. L'œuvre trouve aujourd'hui, son importance historique. Engel-Pak appartient aux expressionnistes abstraits : sa peinture est gestuelle. C'est une peinture sans concessions. Elle témoigne d'un intérêt pictural pour la structure, en cherchant toujours un équilibre plastique de la composition ; et elle tire parti de tous les effets que les éléments et les contrastes graphiques, chromatiques et lumineux, peuvent avoir sur la sensibilité. C'est un travail lié au processus et à la perception, qui trouve place dans son temps.


1 : Ces mots apparaissent dans un tableau du même titre : huile sur isorel, non daté, de la période Engel-Rozier. 
2 : Extrait d'une lettre d'Engel-Pak à son neveu, Frédéric Engel, 24.05.1944. 
3 : Extrait d'une lettre d'Engel-Pak à son neveu, Frédéric Engel, 31.10.1956. 
4 : Extrait d'une lettre d'Engel-Pak à son neveu, Frédéric Engel, 05.10.1956. 
5 : Appellation donnée par Alain Bosquet pour cette série de tableaux d'influence cubiste, dans son ouvrage, Les Bonheurs de l'Abstrait, Editions de La Différence, 1978. 
6 : Extrait d'une lettre d'Engel-Pak, 29.04.1955, publié dans Les Premiers Abstraits Wallons, catalogue d'exposition conçu et réalisé par Florence Fréson et Marc Renwart, pour l'exposition tournante du même titre, 10.1984-05.1985. 
7 : Extrait d'une lettre d'Engel-Pak à son neveu, Frédéric Engel, 31.10.1956. 
8 : « Contemporary Art and the Plight of its Public », article dans Other Criteria, Leo Steinberg, Oxford University Press, 1972.

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