Paul Franck - Art Info
Paul Franck

Paul Franck

1918 - 1989
Dessin Gravure et image imprimée Livres Peinture Sculpture Artiste

Sa mère, de nationalité suisse, étant morte alors qu'il n'avait qu'un an, il rentre à Liège avec son père, Liégeois d'origine, fin 1919. Apparenté au peintre liégeois Maurice Léonard.Formation :- 1927. Etudie le piano dès son plus jeune âge...

Nationalite : Belgique

Communaute : Communauté française

Disciplines et techniques

Dessin, Gravure et image imprimée, Livres, Peinture, Sculpture, Gravure, Huile, Recueil, Sculpture Bois, Bois

Ecoles et roles

Artiste, Professeur de gravure

Mouvements et themes

Abstraction, Nouvelle figuration I (1950), Surréalisme d'après-guerre et ses dérivés

Artistes lies

Aucune relation pedagogique documentee.

Resume

Sa mère, de nationalité suisse, étant morte alors qu'il n'avait qu'un an, il rentre à Liège avec son père, Liégeois d'origine, fin 1919. Apparenté au peintre liégeois Maurice Léonard.

Formation :
- 1927. Etudie le piano dès son plus jeune âge avec comme professeur sa tante Yvonne Franck-Debefve.
- Enfant difficile et particulièrement insoumis, Paul Franck est placé en pension de 1930 à 1940 dans des établissements catholiques : au Collège Saint‑Louis à Namur (1930-31), chez les Frères à Malonne (1931-33) d'où il s'enfuit deux fois.

‑ 1934-40 Saint‑Luc, Tournai.
‑ 1941 (septembre). Saint‑Luc, Liège.
- 1942. Suit des cours à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles dans l’atelier dirigé par Anto Carte.
- Fin 1942 - début 1943, suit des cours à l'Institut supérieur des Arts d'Anvers.

1942.
(  / -  /  ) Mons, Galerie Le Sagittaire. Franck Paul. PREMIÈRE EXPOSITION PERSONNELLE.

1943.

Début 1943, à l’Institut supérieur d’Anvers, entre en contact avec Gustave van de Woestijne 
Contact, cette même année, avec le peintre malinois Prosper de Troyer dont l’œuvre l’impressionna beaucoup.
Durant l’année 1943, fait la navette entre Bruxelles et Liège.

1944.
Se fixe à Liège et y fréquente notamment le peintre Edgar Scauflaire qu’il avait rencontré en 1943.

1945.
(04/03-16/03) Mons, Galerie Le Sagittaire. Franck Paul.

Membre de la Jeune Peinture Belge 

1946.

Fait son service militaire à Tervuren mais est « replacé en congé illimité » à la date du 08/05/1946. 

Paul Franck passe ensuite tour à tour les années 1946, 1947 et 1948 à Mons, à Bruxelles et à Liège ; ainsi que des séjours en Suisse, à Chêne-Pâquier (Vaud), dans la famille de sa mère.

1947.
19/02/47. Fondation du GROUPE HAUTE NUIT : Van de Spiegele Louis, Franck Paul, M. Lefrancq, (A. Simon), d`Hondt, Marlier, Holyman, Maurice Arnould (président) et le poète Franz Moreau.
(02/03-23/03) Mons, Galerie Le Sagittaire. Haute Nuit.
Voyage en Tunisie, Algérie, Maroc et Corse.
(27/09-09/10). La Louvière, Maison des Loisirs. Haute Nuit.
(11/10-25/10) Bruxelles, Maison de la Presse communiste. Maîtres belges et étrangers.
(12/10-23/10) Liège Apiaw. Le groupe "Haute Nuit" de Mons.
(29/10-31/10) Bruxelles, Café de l’Horloge. Participe à la Conférence internationale du Surréalisme Révolutionnaire. 

1948.
(janvier) Mons, Galerie Le Sagittaire. Franck Paul.
(29/02-14/03) Tournai, Cercle artistique. Franck Paul du groupe Haute Nuit. Œuvres expressionnistes et surréalistes.
Collabore au numéro du Surréalisme Révolutionnaire N*1, (mars-avril ; n° unique)
(05/03-18/03) Gand, Galerie Jordaens. Franck Paul.
(22/05-03/06) Bruxelles, Galerie Apollo. Franck Paul.
(juin) Mons, Musée des Beaux-Arts. Salon du Bon Vouloir (50e)

1949.
Suite à une évolution sensible de son œuvre et au fait qu’il jugeait que le groupe Haute Nuit se préoccupait trop de politique, il quitte le groupe et s’installe à Liège après un séjour en Suisse (Lausanne, 9 chemin du Bourg).

(24/09-31/10) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la BoverieSalon quadriennal de Belgique, Liège 1949

1950.
(07/01-01/02) Lausanne / CH, La Guilde du Livre. Franck Paul. Œuvres récentes. Dessins, gouaches, peintures.
(28/03-10/04) Bruxelles, O.C.A. (182 rue de la Loi) Franck Paul, Leduc Paul.
(27/05-08/06) Le groupe "Réalité" [I] (Réalité - Cobra) : Bury, Collignon, Franck, Léonard, Plomteux, Silvin.

1950-51.
Simultanément à ses activités au sein de différents groupes, Franck suit les cours de gravure de Georges Comhaire à l’Académie de Liège 

1951.
Travaille en qualité de décorateur sous la direction du publiciste Théo, habitant 4 rue du Diamant à Liège pour la décoration de vitrines.

Co-fondateur du groupe Origine.
(02/06-14/06) Liège, Apiaw. Le groupe "Origine".
Suit le cours de Joris Minne à La Cambre (gravure et illustration du livre) (1951-52).
(30/09-  /09) Paris / FR,                  . Salon d’Automne (05e).
(Octobre) Chaudfontaine, Les Thermes. Peintres de l’Apiaw.
(07/10-28/10) Mons, Musée des Beaux-Arts. Salon du Bon Vouloir (53e)

1952.
(janvier) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent. Franck Paul.
(21/03) Paul Franck. Quelques problèmes de l’art. Conférence donnée aux Jeunesses littéraires de Bruxelles, 1952.
(31/05-12/06) Liège, Apiaw. Origine.
(23/06-13/07) Zurich / CH,                                 . Groupe Origine.
Paul Franck quitte la Belgique pour le canton de Vaud en Suisse. Il y reste jusqu'en 1956. Il y expose des œuvres abstraites.
(  / -  /  ) Zurich / CH, Galerie 13. Franck Paul.
(  / -  /  ) Lausanne / CH, Galerie de la Paix. Franck Paul.
(  /  -03/12) Anvers, Graphic Art Horemans. Franck Paul. Gravure, monotype, reliefs, bois gravés.

1953.
(Février) Lausanne / CH, Guilde du Livre. Franck Paul.
( /  -  /  ) Sao-Paulo / BR,                                . Biennale de dessin.

1954.
(18/02-04/03) Paris / FR, Galerie Vivet. Franck Paul.

1956.
(02/02) Ne pouvant plus vivre avec sa femme, il quitte la Suisse pour s'installer à Paris et se fixe dans un atelier de Montparnasse, rue d’Arsonval. Le divorce ne sera acté qu’en 1959.
Enseigne la gravure, à Paris, de 1956 à 1980. 
(18/04-03/05) Paris / FR, Galerie la Roue. Franck Paul.
(  /  - /  ) Paris / FR, Musée d’Art Moderne de la Ville. Salon de la Jeune Peinture.

1957.
(04/10-17/10) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent. Franck Paul. Irisations.

1958.
(07/02-25/02) Paris / FR, Galerie Colette Allendy. Decock J., Franck Paul, Webb M.
(Juillet) Paris / FR, Musée d’Art moderne. Salon des Réalités Nouvelles (13e).
(  /  - /  ) Paris / FR, Musée d’Art moderne. Salon Comparaisons
(16/12-10/01/59) Paris, Galerie 135-B. Choix.

1959.
(22/05-13/06) Paris / FR, Galerie Colette Allendy. Graphisme abstrait. 
(17/11-23/11) Sidney / AU, Macquarie Galleries. Exhibition of French Graphic Art.

1960.
(14/10-  /  ) Paris / FR,             . L’Exposition des Artistes du XVe 1960.

1961.
(11/04-30/04) Paris / FR, Musée d'art moderne de la ville. Salon des Réalités Nouvelles (16e)
(22/06-15/07) London / GB, Drian Gallery (Halima Nalecz). 50 artistes du 16e Salon des Réalités Nouvelles.
(  / -  /  ) Bruxelles, Bibliothèque royale. Trente années d’acquisitions.
(  / -  /  ) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent. Groupe Parallèle (gravures)

1962.
(12/03-02/04) Paris / FR, Musée d'art moderne de la ville. Salon Comparaisons.
(31/03-26/04) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent (Cabinet graphique). Franck Paul. Univers errants.
(06/07-14/09) Bruxelles Galerie Saint-Laurent. 5 sculpteurs, 5 graveurs.
(  /  - /  ) Gand,          . Salon des Beaux-Arts (Quadriennal).
(  / -  /  ) Paris / FR, Musée d’art moderne de la ville. Salon des Réalités Nouvelles.
(  /  - /  ) Paris / FR, Galerie Colette Allendy. Petits formats.
(  /  - /  ) Biarritz / FR,                          . Biennale.
(  /  - /  ) Lyon / FR,                              . Exposition européenne.
(  /  - /  ) Monaco / FR,                         . Biennale.
(  / -  /  ) Menton / FR,                         . Biennale.
Participe au Prix Marzotto.

1963.
Fonde le groupe ORIGINE II avec les élèves de son atelier de gravure « L’Atelier 19 »
(  / -  /  ) Paris / FR., Galerie Riquelme. 5e prix Biarritz pour la peinture.
(  / -  /  ) Amiens / FR, Musée de Picardie. Exposition Internationale


1964.
(  / -  /  )           / PL,          . Gravure contemporaine belge.
Dès 1964, il réalise des « Kalcinat », plaques de plastique calcinées (d'où le nom), faisant office à la fois de matrice pour le tirage et de relief pour la sculpture et transformées en corps sans tête, craquelés et percés.

1965.
(  / -  /  ) Paris / FR, Salon Le Trait.
(20/06-19/09) Lubijana / Youg., Moderna Galerija. Biennale de Gravure (6e).
(  / -  /  ) Skopje / MK, Musée d’art contemporain. Exposition internationale.
(26/11-02/01/66) Liège, Musée des Beaux-Arts. 20 ans d'Apiaw.

1966.
Se met à pratiquer le collage, utilisant des objets usuels en plastiques de couleurs et de formes diverses.
(11/03- /04) Paris, Club de la Cimaise du Marais, Passage 66.

 

1967.
(nov.) Envoie un dessin à la plume intitulé pour le VI Premio International Dibuix, fondation Joan Miro à Barcelone.

1968.
(16/02-29/02) Liège, Galerie Baudoux. Franck Paul. Du collage au relief.
(  /  - /  ) Cracovie / PL,            . Biennale internationale de la gravure (02e).
(07/06-20/06) Gand, Galerie Kaléidoscope. Franck Paul. Collages.
(13/07-11/08) Spa, Pouhon Pierre-le-Grand. Artistes liégeois contemporains.
(28/09-13/10) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Peintres et Sculpteurs brabançons et Artistes liégeois contemporains.
(05/06/69-21/06) Bruxelles, Salles des Métiers d’art du Brabant. Artistes liégeois contemporains.
(27/06/69-27/07) Saint-Hubert, Fourneau Saint-Michel.
(04/12-27/01/69) Bruxelles, Galerie Régence. Graveurs belges d’Ensor à nos jours.

1968-69.
Participe aux expositions du Groupe Cap d’Encre : (25/10-06/12) Tournai, Centre culturel ; (08/11-22/11) Bruxelles, Foyer Archimède ; (23/11-09/12) Vielsalm, Centre culturel ; - (janv. 69) Huy, Théâtre communal.
Dans les années 1968‑69, Paul Franck réalise une série de toiles à l'aide de fins papiers chiffonnés, peints et collés.

1969.
(15/02-16/03) Première Biennale Internationale de gravure de Liège et Rétrospective (Théodore, Jean-Théodore et Jean-Israël) De Bry.
(30/04) La Société des Amateurs et des collectionneurs de Paris organise une visite de l’atelier de Paul Franck, 7 rue d’Arsonval à Paris.
(06/06-31/08) Lubijana / Youg., Musée d’art moderne. Biennale internationale de gravure (8e).
(24/06-15/09) Paris / FR, Bibliothèque nationale. Cinq cents gravures contemporaines.
(  / -  /  ) Bruxelles,                         . Introduction au Surréalisme.
(  / -  /  ) Barcelona / ES,                                        . Patronat Premi Joan Miro (08e)

1970.
(10/02-  /  ) Liège. Les Chiroux. Gravures au pays de Liège. Estampes, Armes, Verre, .
(  / -  /  ) Paris / FR, Grand Palais. Salon d’automne.
(  / -  /  ) Frechen / DE (RDA), Musée. Exposition internationale de gravure.
(  /  - /  ) Cracovie / PL,                              . Biennale de Gravure.
(  / -  /  ) Vallaurie / FR,                                    . Exposition internationale de gravure.
(Juin) Barcelona / ES, salle du Collège. Internationale Joan Miro (09e)
(19/12-17/01/71) Avignon / FR, Château de la Barbière. Le GRAVGRP International.

1971.
Guy Vandeloise. Paul Franck, Temps Mêlés, n° 109, Verviers, 1971. (18 x 18, non paginé, br. 14 ill. n/b.).
J.-J. Laffargue réalise un film super 8 dans l’atelier de Paul Franck : recherche sur les rapports entre le réel et l’imaginaire dans l’œuvre de Paul Franck.
(Avril) Mérignac / FR,                       . Biennale internationale des Arts plastiques (03e).
(Août) Barcelona / ES, Galeria Adria. Internationale Joan Miro (10e)

1972.
(04/03-26/03) Mons, Musée des Beaux-Arts. Arts des 5 Provinces.
(  / -  /  ) Barcelona / ES,. Internationale Joan Miro (11e)
(08/10-29/10) Frechen / DE (RDA), Musée. Grafik-Biennale.
(  / -  /  ) Wien / AT, Albertine. Graphikbiennale.
(22/11-09/01/73) Bruxelles, J. Walter Thompson Company. Andal Michèle, Borgrave Elie, Franck Paul.

1973.
( /  -  /  ) Barcelona / ES,                                        . Internationale Joan Miro (09e)

1974.
(15/02-15/03) Limoges, Galerie Knoll. Andal Michèle, Franck Paul.
(juillet) Razès / FR, Syndicat d’Initiative. [Sans titre]

1975.
(07/01-26/01) Liège, Société royale des Beaux-Arts. Andal Michèle, Franck Paul. Peintures, dessins, collages.

1976.
(13/03-11/04) Mons, Musée des Beaux-Arts. 12 années d’acquisitions de gravure 1964-1975.
(juillet) Saint-Denis-lès-Sens / FR. Locaux de l’entreprise Pierre Monthulé. [Sans titre].

1977.
(21/03-08/04) Paris / FR, Galerie L’œil de Bœuf (Direction : Ceres Franco ; rue Quincampoix 58) .[Sans titre]

1978.
(  / -  /  ) Liège, Musée d’Architecture. Poupée d’encre


1979.
(30/03) Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts. Œuvres données aux Musées en 1977 et 1978.

1980.
(14/01-26/01) Verviers, Société royale d’Harmonie. Artistes et artisans de notre région.
(20/02-21/03) Paris / FR, Hôtel des Monnaies. Exposition des gravures et de leurs bois gravés originaux présentés au prix Jean Chièze 1979.
(24/04-17/05) Bruxelles, Galerie Echancrure (107 bld Anspach). Franck Paul. Gravures.
(  / -  /  ) Leverkusen / DE (R.D.A.). Exposition européenne de gravure.

1981.
(24/01-22/02) Liège, Cabinet des Estampes. Franck Paul. Rétrospective. Gravures, dessins, sculptures.
(28/04-05/06) Paris / FR, Galerie d’Art de l’Hôtel Astra (Suzanne Cattan ; 29 rue Caumartin 75009) Belgica 81.
(Août) Cadaques / ES, Taller Galeria Fort. Mini Print International Cadaques 1981.

1982.
(08/04-05/06) Stavelot, Musée de l’Ancienne Abbaye. L'Estampe liégeoise d'aujourd'hui.
(09/05-31/05) Flémalle, La Châtaigneraie. Réalité-Cobra.
(08/06-03/09) Paris / FR, Galerie d'art Hôtel Astra. Grafica Belgica.
(septembre-octobre) Anvers, I. C.C. Grafica belgica.

(octobre 1982-mai 1983) Cadaquès / ES,                 . Exposicio : Mini gravat internacional (02e).

1983.
(05/11-17/11) Namur, Galerie Le Rez-de-Chaussée. Grafica Belgica.
(  / -25/11) Liège, Maison de la laïcité. Groupe Cobra.
(16/12-15/01/84) Liège, Société littéraire. Grafica belgica.

1984.
(10/01-15/02) Liège, Musée d'Art Wallon. L'atelier Paul Franck. Gravures.
(03/03-31/03) Huy, Galerie Carpe Diem. Grafica belgica.
(mars) Dans un courrier du 16 mars (archives Franck/ FPLAC), Marcel Piqueray signale une exposition à Gand (Musée de Laethem) ????????).
(  / -  /  ) Ferrol / ES.                 . IIe  Premio de grabado «Maximo Ramos».
(  / -  /  ) Cadaquès / ES,           . Exposicio : Mini gravat internacional (04e).
(17/10-16/12) Boulogne-Billancourt / FR, Centre Culturel. 92 du 92 (92 artistes du département 92).

1985.
19/09-05/10) Bruxelles, Centre culturel mutualiste, asbl. Un certain regard sur une jeunesse incertaine.
(Décembre) Ferrol / ES, Musée. Premio de grabado « Maximo Ramos » (3e).

1986.
(21/03-13/04) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC. Paul Franck Paul. Le laboratoire du portrait.
(07/06-29/06) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC. Le surréalisme à Mons et les amis bruxellois.
(30/08-06/09) Huy, Hôtel de ville.  Graveurs liégeois contemporains.
(13/09-13/10) Ferrières, La Maison d’Images. Les graveurs liégeois contemporains.
(20/09-06/10) Herstal, Musée communal. Franck Paul (avec Pace Maria).

1987.
(14/11-29/11) Soumagne, Galerie de Wégimont (Salle des Carmes). Cinq graveurs autour de Jean Donnay.

1988.
(18/01-19/02) Paris / FR, Union de Banques à Paris (Champs-Elysées 154). La Wallonie à Paris.
(04/02-24/02) Paris / FR, Galerie Callu-Mérite (rue des Beaux-Arts, 17, 6e arrondissement). Abstraits belges n° 1.
(12/04-27/04) Paris / FR, Galerie Callu Mérite. Abstraction 1. Dessins de peintres et de sculptures / Cieslarczyk. Sculptures en plexiglas, 1954-55.
(05/06-26/06) Villeneuve-sur-Yonne / FR, Salle des Chevaliers de la porte de Joigny. Franck Paul. Le laboratoire du portrait 2, poètes et écrivains contemporains de langue française.
(14/11-26/11) Nantes / FR, Salle d’exposition de la Médiathèque. Franck Paul. Le Laboratoire du Portrait 3. 

1989.
(04/03-31/03) Ville d’Avray /FR, Centre culturel Le Colombier. Salon de l’Estampe et de l’Image multipliée (05e)
(09/03‑01/04) Paris, Galerie Callu Mérite. Franck Paul. Œuvres abstraites datant de 1949 à 1955.
(28/02-27/03) Paris, Salons de l’Hôtel de Ville / Salle Saint-Jean. La passion de Dunkerque (la passion du Christ vue par 60 artistes contemporains)
(11/03-16/04) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain. Abstraction 50, 2e volet
(18/03-08/05) Nançy / FR, Galerie Capazza. Œuvres géométriques.

28 mai 1989. DÉCÈS DE L’ARTISTE À COLOMBES.

 

 

Post Mortem.

1989.
(19/06) Paris / FR, Association Confluences (190, boulevard de Charonnes). A l’occasion de la parution aux éditions « Le Pont sous l’eau », de « Volatil embonpoint de la mer » de Jacques Kober, illustré par Paul Franck, 

1990.
(03/08-16/09) Liège, Galerie Cyan. Art Informel 60’

1991.
(22/05-16/06) Bruxelles. Galerie Echancrure. Franck Paul.

1993.
(09/04-31/05) Liège. Salle Saint-Georges. COBRA et Réalité-Cobra dans les collections liégeoises

1999.
(18/12-25/02/2000) La Louvière, Musée Ianchelevici. Autour d'Achille Chavée.

2002.
(20/09-15/11) Liège, Assurances Fédérales. Andal Michèle, aquarelles, 1998-2002 ; Franck Paul, collages, 1968-1969.
(04/10-03/11) Soumagne, Galerie de Wégimont. Andal Michèle, Franck Paul. Gravures.

2020..
(12/09-13/09) Liège, Palais des Prince-Evêques. Journées du Patrimoine. - La Province y expose certaines œuvres de la Fondation provinciale pour l’art et la culture.

 

 

 

Biographie

Sa mère, de nationalité suisse, étant morte alors qu'il n'avait qu'un an, il rentre à Liège avec son père, Liégeois d'origine, fin 1919. Apparenté au peintre liégeois Maurice Léonard.

Formation :
- 1927. Etudie le piano dès son plus jeune âge avec comme professeur sa tante Yvonne Franck-Debefve.
- Enfant difficile et particulièrement insoumis, Paul Franck est placé en pension de 1930 à 1940 dans des établissements catholiques : au Collège Saint‑Louis à Namur (1930-31), chez les Frères à Malonne (1931-33) d'où il s'enfuit deux fois.

‑ 1934-40 Saint‑Luc, Tournai.
‑ 1941 (septembre). Saint‑Luc, Liège.
- 1942. Suit des cours à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles dans l’atelier dirigé par Anto Carte.
- Fin 1942 - début 1943, suit des cours à l'Institut supérieur des Arts d'Anvers.

1942.
(  / -  /  ) Mons, Galerie Le Sagittaire. Franck Paul. PREMIÈRE EXPOSITION PERSONNELLE.

1943.

Début 1943, à l’Institut supérieur d’Anvers, entre en contact avec Gustave van de Woestijne 
Contact, cette même année, avec le peintre malinois Prosper de Troyer dont l’œuvre l’impressionna beaucoup.
Durant l’année 1943, fait la navette entre Bruxelles et Liège.

1944.
Se fixe à Liège et y fréquente notamment le peintre Edgar Scauflaire qu’il avait rencontré en 1943.

1945.
(04/03-16/03) Mons, Galerie Le Sagittaire. Franck Paul.

Membre de la Jeune Peinture Belge 

1946.

Fait son service militaire à Tervuren mais est « replacé en congé illimité » à la date du 08/05/1946. 

Paul Franck passe ensuite tour à tour les années 1946, 1947 et 1948 à Mons, à Bruxelles et à Liège ; ainsi que des séjours en Suisse, à Chêne-Pâquier (Vaud), dans la famille de sa mère.

1947.
19/02/47. Fondation du GROUPE HAUTE NUIT : Van de Spiegele Louis, Franck Paul, M. Lefrancq, (A. Simon), d`Hondt, Marlier, Holyman, Maurice Arnould (président) et le poète Franz Moreau.
(02/03-23/03) Mons, Galerie Le Sagittaire. Haute Nuit.
Voyage en Tunisie, Algérie, Maroc et Corse.
(27/09-09/10). La Louvière, Maison des Loisirs. Haute Nuit.
(11/10-25/10) Bruxelles, Maison de la Presse communiste. Maîtres belges et étrangers.
(12/10-23/10) Liège Apiaw. Le groupe "Haute Nuit" de Mons.
(29/10-31/10) Bruxelles, Café de l’Horloge. Participe à la Conférence internationale du Surréalisme Révolutionnaire. 

1948.
(janvier) Mons, Galerie Le Sagittaire. Franck Paul.
(29/02-14/03) Tournai, Cercle artistique. Franck Paul du groupe Haute Nuit. Œuvres expressionnistes et surréalistes.
Collabore au numéro du Surréalisme Révolutionnaire N*1, (mars-avril ; n° unique)
(05/03-18/03) Gand, Galerie Jordaens. Franck Paul.
(22/05-03/06) Bruxelles, Galerie Apollo. Franck Paul.
(juin) Mons, Musée des Beaux-Arts. Salon du Bon Vouloir (50e)

1949.
Suite à une évolution sensible de son œuvre et au fait qu’il jugeait que le groupe Haute Nuit se préoccupait trop de politique, il quitte le groupe et s’installe à Liège après un séjour en Suisse (Lausanne, 9 chemin du Bourg).

(24/09-31/10) Liège, Palais des Beaux-Arts / Parc de la BoverieSalon quadriennal de Belgique, Liège 1949

1950.
(07/01-01/02) Lausanne / CH, La Guilde du Livre. Franck Paul. Œuvres récentes. Dessins, gouaches, peintures.
(28/03-10/04) Bruxelles, O.C.A. (182 rue de la Loi) Franck Paul, Leduc Paul.
(27/05-08/06) Le groupe "Réalité" [I] (Réalité - Cobra) : Bury, Collignon, Franck, Léonard, Plomteux, Silvin.

1950-51.
Simultanément à ses activités au sein de différents groupes, Franck suit les cours de gravure de Georges Comhaire à l’Académie de Liège 

1951.
Travaille en qualité de décorateur sous la direction du publiciste Théo, habitant 4 rue du Diamant à Liège pour la décoration de vitrines.

Co-fondateur du groupe Origine.
(02/06-14/06) Liège, Apiaw. Le groupe "Origine".
Suit le cours de Joris Minne à La Cambre (gravure et illustration du livre) (1951-52).
(30/09-  /09) Paris / FR,                  . Salon d’Automne (05e).
(Octobre) Chaudfontaine, Les Thermes. Peintres de l’Apiaw.
(07/10-28/10) Mons, Musée des Beaux-Arts. Salon du Bon Vouloir (53e)

1952.
(janvier) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent. Franck Paul.
(21/03) Paul Franck. Quelques problèmes de l’art. Conférence donnée aux Jeunesses littéraires de Bruxelles, 1952.
(31/05-12/06) Liège, Apiaw. Origine.
(23/06-13/07) Zurich / CH,                                 . Groupe Origine.
Paul Franck quitte la Belgique pour le canton de Vaud en Suisse. Il y reste jusqu'en 1956. Il y expose des œuvres abstraites.
(  / -  /  ) Zurich / CH, Galerie 13. Franck Paul.
(  / -  /  ) Lausanne / CH, Galerie de la Paix. Franck Paul.
(  /  -03/12) Anvers, Graphic Art Horemans. Franck Paul. Gravure, monotype, reliefs, bois gravés.

1953.
(Février) Lausanne / CH, Guilde du Livre. Franck Paul.
( /  -  /  ) Sao-Paulo / BR,                                . Biennale de dessin.

1954.
(18/02-04/03) Paris / FR, Galerie Vivet. Franck Paul.

1956.
(02/02) Ne pouvant plus vivre avec sa femme, il quitte la Suisse pour s'installer à Paris et se fixe dans un atelier de Montparnasse, rue d’Arsonval. Le divorce ne sera acté qu’en 1959.
Enseigne la gravure, à Paris, de 1956 à 1980. 
(18/04-03/05) Paris / FR, Galerie la Roue. Franck Paul.
(  /  - /  ) Paris / FR, Musée d’Art Moderne de la Ville. Salon de la Jeune Peinture.

1957.
(04/10-17/10) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent. Franck Paul. Irisations.

1958.
(07/02-25/02) Paris / FR, Galerie Colette Allendy. Decock J., Franck Paul, Webb M.
(Juillet) Paris / FR, Musée d’Art moderne. Salon des Réalités Nouvelles (13e).
(  /  - /  ) Paris / FR, Musée d’Art moderne. Salon Comparaisons
(16/12-10/01/59) Paris, Galerie 135-B. Choix.

1959.
(22/05-13/06) Paris / FR, Galerie Colette Allendy. Graphisme abstrait. 
(17/11-23/11) Sidney / AU, Macquarie Galleries. Exhibition of French Graphic Art.

1960.
(14/10-  /  ) Paris / FR,             . L’Exposition des Artistes du XVe 1960.

1961.
(11/04-30/04) Paris / FR, Musée d'art moderne de la ville. Salon des Réalités Nouvelles (16e)
(22/06-15/07) London / GB, Drian Gallery (Halima Nalecz). 50 artistes du 16e Salon des Réalités Nouvelles.
(  / -  /  ) Bruxelles, Bibliothèque royale. Trente années d’acquisitions.
(  / -  /  ) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent. Groupe Parallèle (gravures)

1962.
(12/03-02/04) Paris / FR, Musée d'art moderne de la ville. Salon Comparaisons.
(31/03-26/04) Bruxelles, Galerie Saint-Laurent (Cabinet graphique). Franck Paul. Univers errants.
(06/07-14/09) Bruxelles Galerie Saint-Laurent. 5 sculpteurs, 5 graveurs.
(  /  - /  ) Gand,          . Salon des Beaux-Arts (Quadriennal).
(  / -  /  ) Paris / FR, Musée d’art moderne de la ville. Salon des Réalités Nouvelles.
(  /  - /  ) Paris / FR, Galerie Colette Allendy. Petits formats.
(  /  - /  ) Biarritz / FR,                          . Biennale.
(  /  - /  ) Lyon / FR,                              . Exposition européenne.
(  /  - /  ) Monaco / FR,                         . Biennale.
(  / -  /  ) Menton / FR,                         . Biennale.
Participe au Prix Marzotto.

1963.
Fonde le groupe ORIGINE II avec les élèves de son atelier de gravure « L’Atelier 19 »
(  / -  /  ) Paris / FR., Galerie Riquelme. 5e prix Biarritz pour la peinture.
(  / -  /  ) Amiens / FR, Musée de Picardie. Exposition Internationale


1964.
(  / -  /  )           / PL,          . Gravure contemporaine belge.
Dès 1964, il réalise des « Kalcinat », plaques de plastique calcinées (d'où le nom), faisant office à la fois de matrice pour le tirage et de relief pour la sculpture et transformées en corps sans tête, craquelés et percés.

1965.
(  / -  /  ) Paris / FR, Salon Le Trait.
(20/06-19/09) Lubijana / Youg., Moderna Galerija. Biennale de Gravure (6e).
(  / -  /  ) Skopje / MK, Musée d’art contemporain. Exposition internationale.
(26/11-02/01/66) Liège, Musée des Beaux-Arts. 20 ans d'Apiaw.

1966.
Se met à pratiquer le collage, utilisant des objets usuels en plastiques de couleurs et de formes diverses.
(11/03- /04) Paris, Club de la Cimaise du Marais, Passage 66.

 

1967.
(nov.) Envoie un dessin à la plume intitulé pour le VI Premio International Dibuix, fondation Joan Miro à Barcelone.

1968.
(16/02-29/02) Liège, Galerie Baudoux. Franck Paul. Du collage au relief.
(  /  - /  ) Cracovie / PL,            . Biennale internationale de la gravure (02e).
(07/06-20/06) Gand, Galerie Kaléidoscope. Franck Paul. Collages.
(13/07-11/08) Spa, Pouhon Pierre-le-Grand. Artistes liégeois contemporains.
(28/09-13/10) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Peintres et Sculpteurs brabançons et Artistes liégeois contemporains.
(05/06/69-21/06) Bruxelles, Salles des Métiers d’art du Brabant. Artistes liégeois contemporains.
(27/06/69-27/07) Saint-Hubert, Fourneau Saint-Michel.
(04/12-27/01/69) Bruxelles, Galerie Régence. Graveurs belges d’Ensor à nos jours.

1968-69.
Participe aux expositions du Groupe Cap d’Encre : (25/10-06/12) Tournai, Centre culturel ; (08/11-22/11) Bruxelles, Foyer Archimède ; (23/11-09/12) Vielsalm, Centre culturel ; - (janv. 69) Huy, Théâtre communal.
Dans les années 1968‑69, Paul Franck réalise une série de toiles à l'aide de fins papiers chiffonnés, peints et collés.

1969.
(15/02-16/03) Première Biennale Internationale de gravure de Liège et Rétrospective (Théodore, Jean-Théodore et Jean-Israël) De Bry.
(30/04) La Société des Amateurs et des collectionneurs de Paris organise une visite de l’atelier de Paul Franck, 7 rue d’Arsonval à Paris.
(06/06-31/08) Lubijana / Youg., Musée d’art moderne. Biennale internationale de gravure (8e).
(24/06-15/09) Paris / FR, Bibliothèque nationale. Cinq cents gravures contemporaines.
(  / -  /  ) Bruxelles,                         . Introduction au Surréalisme.
(  / -  /  ) Barcelona / ES,                                        . Patronat Premi Joan Miro (08e)

1970.
(10/02-  /  ) Liège. Les Chiroux. Gravures au pays de Liège. Estampes, Armes, Verre, .
(  / -  /  ) Paris / FR, Grand Palais. Salon d’automne.
(  / -  /  ) Frechen / DE (RDA), Musée. Exposition internationale de gravure.
(  /  - /  ) Cracovie / PL,                              . Biennale de Gravure.
(  / -  /  ) Vallaurie / FR,                                    . Exposition internationale de gravure.
(Juin) Barcelona / ES, salle du Collège. Internationale Joan Miro (09e)
(19/12-17/01/71) Avignon / FR, Château de la Barbière. Le GRAVGRP International.

1971.
Guy Vandeloise. Paul Franck, Temps Mêlés, n° 109, Verviers, 1971. (18 x 18, non paginé, br. 14 ill. n/b.).
J.-J. Laffargue réalise un film super 8 dans l’atelier de Paul Franck : recherche sur les rapports entre le réel et l’imaginaire dans l’œuvre de Paul Franck.
(Avril) Mérignac / FR,                       . Biennale internationale des Arts plastiques (03e).
(Août) Barcelona / ES, Galeria Adria. Internationale Joan Miro (10e)

1972.
(04/03-26/03) Mons, Musée des Beaux-Arts. Arts des 5 Provinces.
(  / -  /  ) Barcelona / ES,. Internationale Joan Miro (11e)
(08/10-29/10) Frechen / DE (RDA), Musée. Grafik-Biennale.
(  / -  /  ) Wien / AT, Albertine. Graphikbiennale.
(22/11-09/01/73) Bruxelles, J. Walter Thompson Company. Andal Michèle, Borgrave Elie, Franck Paul.

1973.
( /  -  /  ) Barcelona / ES,                                        . Internationale Joan Miro (09e)

1974.
(15/02-15/03) Limoges, Galerie Knoll. Andal Michèle, Franck Paul.
(juillet) Razès / FR, Syndicat d’Initiative. [Sans titre]

1975.
(07/01-26/01) Liège, Société royale des Beaux-Arts. Andal Michèle, Franck Paul. Peintures, dessins, collages.

1976.
(13/03-11/04) Mons, Musée des Beaux-Arts. 12 années d’acquisitions de gravure 1964-1975.
(juillet) Saint-Denis-lès-Sens / FR. Locaux de l’entreprise Pierre Monthulé. [Sans titre].

1977.
(21/03-08/04) Paris / FR, Galerie L’œil de Bœuf (Direction : Ceres Franco ; rue Quincampoix 58) .[Sans titre]

1978.
(  / -  /  ) Liège, Musée d’Architecture. Poupée d’encre


1979.
(30/03) Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts. Œuvres données aux Musées en 1977 et 1978.

1980.
(14/01-26/01) Verviers, Société royale d’Harmonie. Artistes et artisans de notre région.
(20/02-21/03) Paris / FR, Hôtel des Monnaies. Exposition des gravures et de leurs bois gravés originaux présentés au prix Jean Chièze 1979.
(24/04-17/05) Bruxelles, Galerie Echancrure (107 bld Anspach). Franck Paul. Gravures.
(  / -  /  ) Leverkusen / DE (R.D.A.). Exposition européenne de gravure.

1981.
(24/01-22/02) Liège, Cabinet des Estampes. Franck Paul. Rétrospective. Gravures, dessins, sculptures.
(28/04-05/06) Paris / FR, Galerie d’Art de l’Hôtel Astra (Suzanne Cattan ; 29 rue Caumartin 75009) Belgica 81.
(Août) Cadaques / ES, Taller Galeria Fort. Mini Print International Cadaques 1981.

1982.
(08/04-05/06) Stavelot, Musée de l’Ancienne Abbaye. L'Estampe liégeoise d'aujourd'hui.
(09/05-31/05) Flémalle, La Châtaigneraie. Réalité-Cobra.
(08/06-03/09) Paris / FR, Galerie d'art Hôtel Astra. Grafica Belgica.
(septembre-octobre) Anvers, I. C.C. Grafica belgica.

(octobre 1982-mai 1983) Cadaquès / ES,                 . Exposicio : Mini gravat internacional (02e).

1983.
(05/11-17/11) Namur, Galerie Le Rez-de-Chaussée. Grafica Belgica.
(  / -25/11) Liège, Maison de la laïcité. Groupe Cobra.
(16/12-15/01/84) Liège, Société littéraire. Grafica belgica.

1984.
(10/01-15/02) Liège, Musée d'Art Wallon. L'atelier Paul Franck. Gravures.
(03/03-31/03) Huy, Galerie Carpe Diem. Grafica belgica.
(mars) Dans un courrier du 16 mars (archives Franck/ FPLAC), Marcel Piqueray signale une exposition à Gand (Musée de Laethem) ????????).
(  / -  /  ) Ferrol / ES.                 . IIe  Premio de grabado «Maximo Ramos».
(  / -  /  ) Cadaquès / ES,           . Exposicio : Mini gravat internacional (04e).
(17/10-16/12) Boulogne-Billancourt / FR, Centre Culturel. 92 du 92 (92 artistes du département 92).

1985.
19/09-05/10) Bruxelles, Centre culturel mutualiste, asbl. Un certain regard sur une jeunesse incertaine.
(Décembre) Ferrol / ES, Musée. Premio de grabado « Maximo Ramos » (3e).

1986.
(21/03-13/04) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC. Paul Franck Paul. Le laboratoire du portrait.
(07/06-29/06) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC. Le surréalisme à Mons et les amis bruxellois.
(30/08-06/09) Huy, Hôtel de ville.  Graveurs liégeois contemporains.
(13/09-13/10) Ferrières, La Maison d’Images. Les graveurs liégeois contemporains.
(20/09-06/10) Herstal, Musée communal. Franck Paul (avec Pace Maria).

1987.
(14/11-29/11) Soumagne, Galerie de Wégimont (Salle des Carmes). Cinq graveurs autour de Jean Donnay.

1988.
(18/01-19/02) Paris / FR, Union de Banques à Paris (Champs-Elysées 154). La Wallonie à Paris.
(04/02-24/02) Paris / FR, Galerie Callu-Mérite (rue des Beaux-Arts, 17, 6e arrondissement). Abstraits belges n° 1.
(12/04-27/04) Paris / FR, Galerie Callu Mérite. Abstraction 1. Dessins de peintres et de sculptures / Cieslarczyk. Sculptures en plexiglas, 1954-55.
(05/06-26/06) Villeneuve-sur-Yonne / FR, Salle des Chevaliers de la porte de Joigny. Franck Paul. Le laboratoire du portrait 2, poètes et écrivains contemporains de langue française.
(14/11-26/11) Nantes / FR, Salle d’exposition de la Médiathèque. Franck Paul. Le Laboratoire du Portrait 3. 

1989.
(04/03-31/03) Ville d’Avray /FR, Centre culturel Le Colombier. Salon de l’Estampe et de l’Image multipliée (05e)
(09/03‑01/04) Paris, Galerie Callu Mérite. Franck Paul. Œuvres abstraites datant de 1949 à 1955.
(28/02-27/03) Paris, Salons de l’Hôtel de Ville / Salle Saint-Jean. La passion de Dunkerque (la passion du Christ vue par 60 artistes contemporains)
(11/03-16/04) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain. Abstraction 50, 2e volet
(18/03-08/05) Nançy / FR, Galerie Capazza. Œuvres géométriques.

28 mai 1989. DÉCÈS DE L’ARTISTE À COLOMBES.

 

 

Post Mortem.

1989.
(19/06) Paris / FR, Association Confluences (190, boulevard de Charonnes). A l’occasion de la parution aux éditions « Le Pont sous l’eau », de « Volatil embonpoint de la mer » de Jacques Kober, illustré par Paul Franck, 

1990.
(03/08-16/09) Liège, Galerie Cyan. Art Informel 60’

1991.
(22/05-16/06) Bruxelles. Galerie Echancrure. Franck Paul.

1993.
(09/04-31/05) Liège. Salle Saint-Georges. COBRA et Réalité-Cobra dans les collections liégeoises

1999.
(18/12-25/02/2000) La Louvière, Musée Ianchelevici. Autour d'Achille Chavée.

2002.
(20/09-15/11) Liège, Assurances Fédérales. Andal Michèle, aquarelles, 1998-2002 ; Franck Paul, collages, 1968-1969.
(04/10-03/11) Soumagne, Galerie de Wégimont. Andal Michèle, Franck Paul. Gravures.

2020..
(12/09-13/09) Liège, Palais des Prince-Evêques. Journées du Patrimoine. - La Province y expose certaines œuvres de la Fondation provinciale pour l’art et la culture.

 

 

 

  • Nationalite : Belgique
  • Communaute : Communauté française
  • Geographies associees : Gryon

Catalographie

Aucune catalographie n est actuellement renseignee dans la base.

Bibliographie

  • Le fond d'atelier de Paul Franck (oeuvres et archives) à été confié à la Fondation Province de Liège pour l'Art et la Culture (2019-2020).&nbsp

Oeuvres documentees

  • Dumortier - 31/12/1987
  • Scutenaire Louis - 1987 - Toile
  • Mur de la poésie - 1985 - Papier - dessin reproduit sur la couverture du feuillet présentant l'exposition : Mur de la poésie  (avec e.a. François Jacqmin) du 13 au 22 sep...
  • Phantomas, ou les 7 types en or ( 2e version) - 1985 - Toile - 60 x 74 cm - autre titre : 7 veaux à cinq pattes (2ème version à: 7 pers.)… Il  (Pierre Puttemans) me dit après sa pose : « Pourquoi ne feriez-vous...
  • François Jacqmin - 31/12/1985 - Toile - 100 x 80 cm - Laboratoire du portrait 1
  • Sans titre - 1985 - Toile
  • Autoportrait vu de face - 1982 - Toile - 100 x 80 cm - Archives PF FPLAC
  • Autoportrait, techn mixte - 1982 - Toile - Archives PF FPLAC
  • Hommage à Jacques Villon (le Pendu) - 1981 - Toile - 200 x 100 cm - 1986 Paul Franck. Le Laboratoire du portrait. Flémalle, CWAC.oeuvre reproduite n/bl au catalogue.
  • Autoportrait 1981 - 10/01/1981 - Toile - 82 x 65 cm - atelier Paulet
  • Mon Père - 1980 - Toile
  • Enigmes palpables - 1979

Acquisitions

Aucune information d acquisition n est renseignee.

Manifeste

Aucun manifeste n est renseigne pour cet artiste.

Interview

- Paul Franck. « Du rythme », 1948.  (Archives Paul Franck / FLPAC).
Les grandes causes du rythme interviennent dans l’Être par la cadence répétée des vibrations.
Les vibrations extérieures font naître au cœur de l’homme la vie intérieure et toutes les connaissances de temps et de lieu. La majeure partie des bruits, par exemple, s’agglutinent dans notre organisme pour en faire une sorte de création spontanée.
La base de la vie est le rythme et le rythme est la création.
Le rythme a deux phases, la première vient du vide, accompagnée de cadences ; la seconde de la connaissance pour faire de notre vie un rythme.
Le rythme est la base de tout ce qui vit. Il est aussi vivant que la cadence de la chute des feuilles, la cadence de la pluie, la cadence de nos gestes ou de notre jet de pensée.
Le vent est rythmique comme le froid et la chaleur. La vie animale est une obsession du rythme. On l’appellera « rythme gelé » parce que dans l’animal tout sera identique aux mêmes degrés ; mêmes gestes, mêmes conditions de vie.
Chez l’homme, il changera selon les heures, les mois et même les années. A tel moment, l’accélération se fera plus vive ou alors monotone. Un homme immobile est comme un arbre mort dans une forêt.
Toutes les œuvres humaines sont rythmées ; tels concerts, tels quatuors, tels chants, telles manifestations picturales sont rythmées par une préconscience de l’être d’écarter le mobile, de laisser loin derrière lui, cet état mort du silence.
Cependant le silence est encore rythme parce que le silence appelle le retrait des successions de pensées. Prenons tel mouvement de la pensée vers un objet, pour atteindre cet objet la curiosité au voisinage de l’objet s’aiguisera. Cette succession de plans restera dans un rythme perplexe. De-ci de-là pour enfin découvrir l’harmonie qui est aussi rythmée que les scories qui ont attisés la curiosité. En somme, dans l’être organique, les pulsations du cœur ne sont-elles pas les vrais rythmes de la vie.
Partant du cœur jusqu’au plus infimes pulsations des veines où l’organisme enfle, par la sève, en une perpétuelle cadence, le rythme s’accumule pour entrer de plein pied dans la vie extérieure. Quand les froids du Nord cristallisent l’atmosphère, quand le givre recouvre la vie, les pulsations de l’écorce sont encore pleines de rythmes. Quand la chaleur du Sud s’écrase sur les fruits, les entrouvre de chaleur, la vie s’agrandit comme une plaie béante. Le rythme y est entré tout entier.
Le rythme, ce rongeur des cœurs, des cerveaux, des mains, ce coquillage à millions d’insectes, cette forme pleine où le tout fourmille. L’Ether, l’eau, le feu, la terre.
Qu’est-ce en somme, si ce n’est pas l’essence de la vie ?
Les nébuleuses sont rythmées dans l’espace de notre galaxie. Mars, Venus, la Lune, Jupiter autant de planètes aux rythmes de vide et de néant.

 

- Paul Franck. « Du sensible au Merveilleux », article dans le journal Relief. Liège, Académie des Beaux-Arts, 1950. (Archives Paul Franck / FLPAC).
Si nous nous transportons en esprit à travers les époques, où l'art de tous les temps a pris conscience des éléments créés dans la nature, nous assistons à des classifications dites : Ecoles.
Il est, je pense, inutile d’épiloguer sur l'histoire de l’art, la disséquer pour en extraire le fond sensible, je m’efforcerai donc dans quelques articles, d'en souligner l'essentiel, parcourant des anciens aux modernes, sans toutefois avoir recours à une classification rigoureuse.
J'essayerai de faire saisir le frémissement d'humanité que l'on découvre chez les barbares d’autres hémisphères soit chez nos primitifs, Renaissance moderne.
Pour en faciliter l'approche,  faisons abstraction une fois pour toute des règles et des censures qui n'examinent l'art qu'à la loupe et lui enlève tout contenu poétique et sensible. Au contraire laissons-nous transporter en pensée sur les faits généraux qui stimulent l'art tout entier.
Toutes choses peuvent nous rendre sensibles, même cette émotion forte, la peur ou l'angoisse qui sont, elles aussi, d'ordre esthétique sans pouvoir nous l’expliquer à la loupe, nous reviendrons d'ailleurs sur ce point dans un prochain article en considérant les effets de la mystique sur l'Art en général.
En partant de l'homme des cavernes à Giotto, en parcourant cet immense défilé artistique qui se perd dans la nuit des temps, qui va de l'auroch ou du renne crûment jeté sur le roc, à la douceur naïve d'un Giotto.
Disons de suite, que l’aspect extérieur des choses n'a point changé, si ce n'est que dans son contenu poétique suivant les individus, les époques et les mœurs. L’essence poétique change et devient pureté et féérie dans une fresque comme St François et les oiseaux. Giotto exprime ici la sensibilité humaine en la transfigurant dans le domaine du merveilleux, l'intimité avec la nature, l'amour des plantes et des animaux, le fait atteindre dans le domaine encore inexploré de l'extase : "SES SUBSTANCES IMPENETRABLE DU SENSIBLE".
Quand, par exemple, Giotto reproduit un édifice antique comme le temple de Minerve à Assise, il le fait avec une méconnaissance absolue des proportions et de l’esprit même de l'antiquité.
Peut-on appeler cela négligence ? Dédain pour les choses connues ? Certes non. C’est dans un plaisir sensible qu'il élève cet édifice et nous le donna dans le sens féérique du terme.
Bien souvent, la contemplation d’une chose aimée, adoptée, se sublimise à force de la contempler, elle provoque la plupart du temps chez l'artiste au cours de son élaboration, un délire d’interprétation selon sa réflexion sensible et sa propre inspiration. RECREATION: Toutes choses qui tendent vers le lyrisme du connu à l'inexprimable de l’inconnu.
Si nous avançons plus loin chez nos flamands, les Van Eyck, les Dirk Bouts, les Vander Weyden, là encore, le plaisir sensible de la nature se sublimise. Les fastes de L'Agneau Mystique s'élèvent jusqu'à des visions paradisiaques avec Jérôme Bosch et Breughel, nous assistons à ses fêtes champêtres aux ciels convulsés ; fêtes drues avec cette verve paysanne toute particulière. Ou alors les visions de cauchemars (comme « Margot l’enragée » ou « L’Enfer »), visions issues très certainement des guerres dont les Flandres étaient embrasées en ce moment. Nous assistons à des échafaudages de monstres, d'esprit érotique. Une imagination fertilisée par le sensible à entourer les choses et les êtres d’une atmosphère irrespirable. C’est que l'esprit de la haute Renaissance du XVI siècle se détache progressivement d'une certaine intransigeance gothique. La liberté d’un Rabelais, par exemple, scandalise les milieux ecclésiastiques et les bizarreries d'un Bosch sont un fait indéniable de cette liberté de placer en enfer les papes et les évêques.
Les rires fusent de toute parts, dans les anfractuosités des rochers aussi bien que dans des objets hétéroclites (Voir la chute des mauvais anges de Breughel, Musée d’Art Ancien de Bruxelles)
De la poésie tendre d’un Fra Angelico, de l’angoisse profonde d’un Grünewald, du pathétisme de Roger de la Pasture, de l'humour noir d'un Bosch ou d’un Breughel. Si nous traversons toutes les fééries vers les âges de la contre-réforme ou du baroque au XVIIe siècle, il est indéniable que le succès de la réforme contraint l'Eglise romaine à se resserrer, à se réarmer elle-même pour lutter à revenir au sérieux et à la sévérité, cependant que l’esprit jésuitique se fait terriblement sentir, les contraintes deviennent évidentes. Malgré tout, le fond reste puissamment sensible.
Alors le monde Rubéníen s’empara des Flandres catholiques avec ses chairs cendrées, ses fulgurantes harmonies dans les genèses de transfiguration volcanique qui vont au fond du devenir.
Dans ce tout immuable, les formes et les êtres se multiplient malgré l'empirisme jésuitique.
On dirait une véritable marée sensible pour le transfigurer en merveilleux.
Et ce coin a toujours subsisté même dans l'école la plus réaliste.
Ainsi après avoir parcouru l’ordre ancien dans le langage du merveilleux nous tâcherons prochainement de découvrir le ferment de ce langage, par quel levier toutes les œuvres d'art en général sont sorties, avec des feux extraordinaires qui font rêver d'elles aujourd'hui.

 

- Paul Franck. « Effets de la mystique dans l’art » in Le Cocotier, Liège, mars 1951.
-  Les cinq mille ans de civilisation égyptienne construisant minutieusement son monde religieux - Osiris, Râ, Horus - tombent dans le jour créateur où il n'y aura désormais plus de finalité pour l'Egyptien.
C'est que du polythéisme au monothéisme, ces tendances subsistent comme divinités nationales.
Intransigeante, l'Egypte des pharaons conservera son anonymat éternel. Art hermétique comme celui de toutes les grandes civilisations à base religieuse ; sans signature, sans la liberté de pouvoir créer pour soi.
L’artiste antique imprimera dans son œuvre ce caractère d'uniformité qui nous frappe encore actuellement.
Il est vrai que l’ensemble des forces centrifuges concourent à l’établissement d'une métaphysique quelle qu'elle soit pour l’imprimer dans la pierre ou le torrent impétueux des forêts.

- La religion grecque fait naître les premières représentations plastiques. Son anthropomorphisme est si résolu, si enraciné dans la sensibilité humaine qu'on ne saurait distinguer les hommes des dieux et cette fidélité à l’homme-dieu embrasse les Cyclades et l'Attique sous un ciel permanent de poésie.
Quand la voûte Chaldéenne et Assyrienne se met en branle, les molosses se lèvent en l’honneur des dieux et Marduk - Anu-bel - sont des transfigurations pour l’exorcisme des fidèles. Les prêtres, potentats de la magie, forment un clergé héréditaire, intransigeant.
La plaie du sacrifice humain inonde alors les temples et les autels : cette race de guerrier sanguinaires imprime son tempérament racial à l’art sculptural au même titre que 1'Aztèque ou le Mayas.
Le Serpent à plumes Kukulean ou le Quetzalcóatl sont de véritables stigmates humains.
Tandis que le Bouddha grec se met en marche vers l'Est par la route des oasis, il rencontrera bien un jour des formes persanes et chinoises venues comme un seul homme se fondre en lui-même. Alors, une sorte d'euphorie métaphysique sortira de son ombre. Permanence contemplative, ce tout se transformera au-delà de richesses insensées. Recherches subconscientes explosant en pleine forêt, dieux fourmillant de toutes parts. Les temples d’Ajunta s’engouffrent dans le domaine des ombres et le silence reste éternel d’érosions, son cosmique boursouflé dans les bois, les marbres, dans les seins, les têtes, les jambes et les sexes. Là où la forêt est embrasée d’ecchymoses, l’Indien la découvrira prête à son champ d’expérience, lui inoculant au fur et à mesure, la puissance envahissante des dieux.

 - Si nous regardons l’envers du miroir magique, nous trouvons le culte impérial romain tout aussi fabuleux. César, qualifié Jupiter Julius, eut un temple. Les premiers rois sont prêtres et magiciens autant que souverains. L'empereur possède des pouvoirs surhumains. Auguste passe pour être fils d'Apollon. Rien d'étonnant, le nombre immense de dieux sous l'Empire. Il faudra attendre le rigorisme de l'ère chrétienne pour repousser toute velléité de pacte avec l’idolâtrie et faire apparaitre le Christ rayonnant. L'Art s'adressera alors avant tout à l'Intelligence, il sera évocateur de souvenirs et d'idées.
Des forteresses s’élèvent, remparts contre l'esprit du mal. « Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elles ». Le Romain est un converti, par conséquent, un pénitent, un craintif, un austère rempli de mouvements intérieurs. Quoi de plus naturel, dès lors, que de se terrer dans les cryptes et les cloitres, d'attendre l’accomplissement émotionnel du Gothique, ascension frémissante vers le Père, la gloire du Père dans toute son intégrité - lyrisme dans l'équilibre, ordre et beauté issus du même désir éternel que 1'Egyptien, le Bouddhiste ou le Brahmane.
Quoi de plus naturel que l'épanchement d'un peuple craintif devant la damnation éternelle. Le moyen âge se sacrifie corps et âme en jet de pierres. 
Les cathédrales, refuges du Tout-Puissant, avalent des vies entières dans le tremblement de l'Eternité. Et l'amour chrétien adoucira les angles ou la courbature robuste de l'austérité romane. La permanence du tourment mystique a toujours contrarié les civilisations reculées comme les plus modernes.
Quand un beau jour, Nietzsche tombe du ciel de la liberté, Wilde du ciel de l'art. Un long et lent labeur livresque d'écoles et d'universités - la métaphysique allemande, le Romantisme noir, un certain purisme grec, anglais traverse le cœur et la chair de l’homme. Alors, l’atmosphère tremble de vibrations sourdes, notre époque comme celle de la Renaissance, sont des rejetons traqués, vendus, violentés, avec parfois des cris vers le ciel, très peu cependant pour entendre un écho d’amour dans l’esprit moderne.
Après avoir trouvé tant de fausses puretés, après avoir goûté tant de sentimentalisme, de fadeurs écœurantes, l'art moderne touchera durement le réel et le décantera pour en saisir la transcendance. Il voudra peut-être désagréger la vie et la rendre impossible dans une sorte de métaphysique, asphyxié par trop d’orgueil. Il voudra se révolter contre l’esprit bourgeois en constatant la négation pure et simple de l’objet à fabrication bourgeoise, il le réduira à néant et se plongera dans le rêve de quelques paysages saturniens.
Il voudra découvrir tout, presser sur toutes les commandes pour exploser, écraser, exagérer, comme l'enfant devant un jouet, dans la terreur de se trouver seul dans un monde de ruines et de misères. S'il n'a plus ce monde, il s'en construira un autre. Que demandons-nous, si la science nous fabrique des robots ? Que demandons-nous, si la machine écrase l'homme dans son émotion, dans sa sensibilité, dans son orbite humaine ?
A ce point de vue, Picasso n'est pas un barbare, car l'intuition de l'artiste dépasse bien souvent les événements. L’intuition d'un Léonard de Vinci dépassait bien, en son temps, L’entendement humain.
Il est peut-être regrettable de voir injurier l’homme par des peintures insensées. A qui la faute ?
Faisant passer à l'art moderne, les frontières de l'esprit, Baudelaire et Rimbaud en sont les seuls responsables.
Comme dit très bien Maritain dans son livre « Frontières de la Poésie » : « Ces régions sont celles des suprêmes périls, les plus lourds problèmes métaphysiques y tombent sur la poésie ; c’est là que se livrent combat les bons et les mauvais anges et ceux-ci se déguisent bien souvent en messagers de lumière... »
En somme, ce qu’une civilisation créatrice a laissé palpiter derrière elle dans le désert ou dans la forêt, cette somme créatrice était tout entière vouée à l'exercice d’un culte.
Aux tâtonnements de la civilisation moderne ou les langages se fractionnent aux premières lueurs d'un quelconque génie, l’art n’est plus qu'un vaste chantier de démolition divisé par les stupeurs du moment.
L’artiste échafaude son monde dans ce bocage de désolation, parfois, il prend un accent bien tragique dans sa vision de l’avenir, parfois, il heurte les conceptions routinières et c’est alors l’abîme entre le public et lui. Abîme infranchissable où chacun reste sur ses positions.
Un jour, peut-être, la réconciliation viendra-t-elle assez proche pour nous sentir poussés vers les lueurs de la science.
L’âge d’or problématique ? N’est-ce qu’une sinistre farce ?

 Après le péché d’angélisme des cubistes, après la rage d'un Picasso dévorant les monstres à la façon aztèque, après la ritournelle du surréalisme inventant des mondes venus des profondeurs du subconscient, cette course de 1'infini à l'infini.
N'est-ce peut-être pas le signe avant-coureur des époques encore lointaines : règne de quelques molochs aux pieds d'argile. Qui sait ? Ou alors la vérité - cette vérité toute nue sans avoir recours à cette hantise humaine : « tuer pour construire une mystique ».

 

- Paul Franck. à propos de Céleste Pedoux dans le texte : ”De l’esprit de candeur dans l'art" in Cocotier n°5 p 5 et texte réduit  in Relief. Académie de Liège, avril 1952 
(…)  L'admiration portée à un Rousseau ; la reconnaissance pour un Vivin ou un Bauchant, d'avoir délivré au monde ce message si précieux de sérénité et de poésie bénéfique, me fit découvrir le peintre Céleste Pedoux dans le plus grand secret des âmes délicates, entre un Henri Rousseau en peinture et un Francis Jammes en poésie. Je placerai donc le peintre Céleste Pedoux entre le maître des « forêts exotiques » et celui de « L’Angélus à l’aube » ou de « Deuil des Primevères ». Rousseau et Jammes aimaient la nature. Pedoux aime la nature comme tous les grands amoureux, une nature qui est en lui, pour lui et en dehors de lui. Ses ciels, ses saisons, sa frémissante candeur, le soulèvent très haut parmi nos peintres actuels.
Vivant en dehors de toutes conventions, en dehors de ce tapage mesquin et inepte, Pedoux a le respect et la dignité de sa fraiche et tendre poésie. S'il m'est permis de rapprocher sa peinture de celle de l'Angelico ou de Giotto , il le doit certainement à se fraicheur printanière et à son inégalable équilibre.
Il ne s'avoue jamais vaincu devant la nature, mais il l'installe comme bon lui semble dans ses champs comme dans ses vergers ou ses fleurs éclaboussantes de couleur. Il y a plus encore que la couleur dans ses toiles, il y a ce vent, cette atmosphère, cet espace sans limite qui libère la pâte sortant du tube, il y a cette assurance qui plonge le véritable amateur d'art dans un univers jamais égale. Pedoux aime parler peinture avec un rameau d'olivier en main parce que, dans la tourmente actuelle, il existe encore un peintre avec des gestes de clémence.
Peinture sans prétention, l'œuvre de Pedoux se situe entre le bien et la malice, beaucoup plus vers le bien. La malice est chez lui un signe d’intelligence et d’intuition, qu’il peigne ses fleurs aux pivots mystérieux, ou ses graines gonflées de semences, ou bien encore ses maïs gravés en forme de cagoule, ces mondes-là ne sont pas longtemps positifs malgré leur signification. Ces mondes-là sont séduisants dans les pétales et les calices.
Pedoux les aime parce qu'il est en verve quand il les transcrit sur la toile, ou les grave sur le zinc.
Sa façon de pincer les bourgeons, les attaches des feuilles ou la pigmentation des arbres semble pour lui un jeu d'une fine intelligence française.
La distinction de son coloris ou de son écriture, l’exactitude des objets tels que les feuilles, les branches, tout cela qui se situe même dans sa pâte lumineuse, a cette beauté du XVIIème au XVIIIème siècle. 
Ses compositions, dans l'ordre subconscient, le dirigent très souvent vers les causes de la vie. Ses toiles « La Guerre et la Paix » ou bien « La Pesée » sortent d'une main fragile et cependant cruellement aiguisée.
C’est en tout cas dans ses paysages et ses fleurs que Pedoux se révèle authentique poète, plus encore parce qu'il se penche amoureusement vers la plénitude des végétations et des sites. Tel bouquet d'iris le mène droit vers une incantation délicieuse de tendresse et de fraicheur.
Tels paysages, « L'Automne » ou « L'Hiver », semblent tirée des régions ensoleillées du Midi.
C'est ainsi que Pedoux cherche la vie et la cache bien souvent dans un grand silence blanc.
Ce silence qui effraie les durs, les tièdes et les emmurés, ces silences qui glacent parce qu'ils ne hurlent pas et qu'ils restent comme de bons enfants bien sages, conscients de leurs espiègleries.

Rousseau, Bombois, Vivin, Séraphine Hirshfield, Pedoux, autant de noms volatlies ; autant de noms blancs, parce que leur art ne prend aucun détours, aucune étiquette, aucune couleur locale.
Parce que leur art est fondé, avant toute chose, sur la splendeur du cœur et non sur l’aspect extérieur de la matière.

 

- Paul Franck. « Quelques problèmes de l’Art (Sur un nouvel espace plastique) ». Conférence aux Jeunesses littéraires de Bruxelles, 1952.
Je vous demanderai tout d'abord de vouloir m'entendre avec beaucoup d'indulgence. J'ai dû rédiger ces quelques notes à l'improviste et assez rapidement, en remplacement de l'un de mes amis qui devait vous entretenir de ma peinture.
Je passerai en revue les différents apports de l'art actuel .Ce sera, si vous le voulez bien, une schématisation pour celui qui désire des suggestions.
A mon avis, il est urgent que des peintres modernes, animés des meilleures intentions prennent souvent la parole en public pour exposer leurs buts, leurs presciences, leurs sensations voire même leurs recherches créatrices.
Alors que, dans les tribunaux, des avocats plaident la cause des accusés, nous peintres, dans nos expositions, sommes fréquemment condamnés par nos avocats mêmes Car, hélas, nos critiques d'art sont loin d'être toujours à la hauteur ; nous sommes le plus souvent abandonnés sans un traitre mot d'explication ; cependant, ils ont tout à dire et nous n'avons qu'à nous taire.
Nous n'irons pas, à l'instar du surréaliste Man Ray jusqu'à prôner l'assassinat de tous les critiques, prétextant qu'un critique n'a pas raison d'être, à moins qu’il ne fasse l'éloge de ce qu'il aime et qu'il ne se taise sur ce qu'il désapprouve.
Avant de placer notre caméra dans le champ magnétique des expériences actuelles, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes redevables de l'art ancien qui a fait le monde dans lequel nous vivons, car c'est à travers lui que nous avons pu le voir et le comprendre. Bien que ce monde soit en train de mourir, le concept traditionnel de la peinture sujet est encore à notre époque, un véritable mythe.
Or embourbée jusqu'au cou, poncifiée, poussiéreuse, fossilisée dans nos académies, elle ne peut plus se suffire et, dans un avenir proche ne sera plus considérée comme critère universel. Ces tics effrayants, issus de combinaisons douteuses et superficielles, ces conventions du trompe-l’œil, ces clignements d'yeux, ce modelé incessant des formes académiques, ces développements à la manière des plus grande pompiers, tout cet arsenal gelé comme les cires de Grévin s'en ira rejoindre le vieux placard aux anecdotes et ne pourra plus aider à l’investigation artistique.  Pétrifiée, chargée de grisailles et de bitume déliquescent, ruinée par le nouvel espace plastique impressionniste, voilà plus d’un siècle que cette peinture périclite. Bientôt nous serons étonnés de la voir ruinée par de nouveaux apports scientifiques dans le genre de ceux dont nous parle avec tant d’insistance le prophétique Huxley et les productions américaines ; même les dessins animés de cinéma partis du chromo, finiront par devenir complètement non-figuratifs ou affreusement figuratifs aux extrêmes de l'expressionisme. Nous en avons vu un exemple, il n'y pas bien longtemps avec Norman Mac Laren. 

Je ne m'arrêterai pas à la grande épopée impressionniste avec ses spéculations de formes et de lumière, sa question de la triangulation de l’espace ou encore avec son problème moderne des valeurs tactiles.
Il y a quelques jours se terminait, au Palais des Beaux-Arts, l'exposition de l'admirable collection Walhraf Richartz de Cologne : grande homogénéité, étonnante diversité et, cependant, rien de régional ou de national. Je ne vous entretiendrai pas de la grandeur expressionniste et de son contenu psychique. Comme l'impressionnisme, l'expressionisme est entré dans la légende, nous laisserons disséquer ces différents visages par les critiques.
Loin de nous les plagiaires pícassistes ou autres sous-produits abstraits, ils n'intéresseront que les collectionneurs et les dilettantes, sûrs d’avoir entre leurs mains des choses archi-connues.
Déchirons le velum de l’art consacré, voyageons vers d'autres contrées, regardons avec sang-froid l'apport artistique pour la peinture de demain et nous irons directement au nouveau mécanisme actuel.

Il y a un an, mon groupe "Origins" composé des peintres : Karji, Antoine Plomteux- Rener et moi-même avons organisé une exposition sous les auspices de l’Apiaw à Liège. Nous avons démontré l'importance de l'art non-figuratif venu des formes plongeantes du subconscient, formes qui devaient fatalement rejoindre les structures organiques de la minéralogie, de la biologie ou de la cristallographie. A côté de nos travaux, nous avions exposé des cristaux bénévolement prêtés par le professeur Florkin de l’Université de Liège. Nous aurions pu y ajouter des objets du grand biologiste Rush du XVIIe siècle tellement l'aspect de nos toiles et de nos gravures nous semblait une secrète géométrie de l'espace et du cosmos. Depuis longtemps, nous avions analysé les mêmes phénomènes dans certaines œuvres les plus organiques, quoique fort dissemblables entre elles, des Masson, Ernst, Picabia et Dali.... Nous étions persuadés que l'art ainsi disséqué, rendu à sa nature profonde et intrinsèque pouvait être pour nous un champ d'expérience de tout premier choix. En même temps nos amis suisses du groups " 5 " de Lausanne s'engageaient, inconsciemment, dans cette même voie par les planches d'Albert Yersin sur sa "Physiologie imaginaire". En Tchécoslovaquie, le peintre Istler préconisait le même débat. C'est d'ailleurs lors de l'une de mes expositions à Lausanne que Georges Peillex constatait "Il n'est pas sans intérêt de relever le domaine d'inspiration absolument identique qui conduit et marque la création artistique, non seulement d'artistes suisses comme Yersin et Dalvit, belges, comme P. Franck, mais encore de certains peintres tchèques à Prague, sans qu'il n'y ait jamais eu de contact entre eux. C‘est la meilleure preuve qu'il n'y a pas de systèmes mais bien plus utilement, une réponse à une nécessité du moment. 

 Et voilà que nous arrive d'Italie le bouleversant manifeste sur la peinture nucléaire et dont deux des auteurs : Baj et Dangelo exposent, en ce moment à la galerie "Apollo". Beaucoup souriront de ce manifeste qu'ils prendront pour enfantin, grotesque ou autre. Voici quelques extraits de ce que proclament Ercole Arnaud et Enrico Brenna : " 3000 ans de pensée scientifique consciente et méthodique nous ont approché aux insondables possibilités qui germent de chaque aspect de la réalité. Les artistes bourgeois, isolés dans l'air pur de leurs personnages types, images définies, le fulare du cosme [sic]. La psychanalyse de Freud est seulement un petit expédient psychologique, bien des zones pas encore révélées de l'être sont à notre portée de main et nous ne savons pas même les voir. Le nucléaire est l'homme qui n'a pas peur de descendre dans tous les abîmes, de s'élever au-delà de toutes les étoiles, car il croit pouvoir regarder d'une manière fixe et décidée tous les éclats et imprévus du futures. Seulement le nucléaire peut rendre vivant le dialogue entre les formes du cosmos libérées et l'homme qui les libère. Les autres hommes craignent et croient devoir supporter ces choses. Les nucléaires sont l'espérance du monde. La recherche scientifique devrait servir à un monde qui ne soit pas seulement appelé civilisé, car il dispose à son gré des lois de la physique et de la chimie, mais qui soit profondément civilisé dans son esprit. Un monde qui n’ait pas honte de la beauté et de la bonté. La terrible puissance déchaînée par la physique nucléaire est là comme une épée flamboyante qui peut répandre le mal, mais aussi le bien, si les hommes le veulent.
Au-delà de toutes les esthétiques, tâchons d'écrire un message qui dans sa beauté puisse éclater comme une bombe de sérénité divine parmi les hommes … ».
Ce manifeste renforce singulièrement notre position sur les destinées d'un art très voisin. Nous avons constaté que les œuvres nucléaires apportaient quant à la forme, une explosion étonnante de liberté sensible, et quant au coloris, une délectation (visuelle) de bonne peinture. Leur mécanisme n'est pourtant pas neuf, chacun de nous connait le dadaïsme et les explorateurs subconscients de 1920-1925. Certaines de ces décalcomanies n'étaient explicables que par l'automatisme seul. Freud n'était-il pas, pour eux, le dieu arbitraire mais non convaincant. Leur infantilisme destructif ne leur permettait pas de sonder plus le problème. Nous constatons à peu de chose près le même processus automatique chez Baj et Dangelo. De notre côté, nous sentons la nécessité de guider tous nos ébats poétiques. Nous voyons avec les peintres Baj et Dangelo que le réel est de plus en plus bombardé mais avec cette différence que, pour nous, la vie rapide et intarissable dans toutes ses sensations, doit être colmatée et conduite vers sa destinée comme les hommes de science mènent leurs expériences vers leurs finalités.
Les manifestations de la vie primaire nous attirent spécialement parce qu'elles sont comme des liens invisibles cristallisés à notre espèce. Nous sommes tous, selon la formule heureuse d'un savant, un musée ambulant d'organes morts en apparence qui nous rappellent nos lointaines origines animales. Ainsi la vie universelle vient-elle se résumer dans la constitution physique de l'homme.
A nous d'appeler toutes nos facultés afin de saisir le noyau sensitif de l'individu. A nous de pouvoir faire jaillir de nous-mêmes une multitude de pierres précieuses.
Nous aimerions, un jour, pouvoir confronter nos travaux avec une vaste documentation biologique. Cette exposition montrerait le domaine purement organique de la matière à côté du lien affectif et purement poétique des œuvres. Ce serait une expérience des plus intéressantes : expérience qui doterait la jeune génération de points les plus attrayants comme les plus émulateurs du magnétisme des choses en propulsion, nous pourrions y intégrer une foule de logique scientifique toujours renouvelée,
Depuis un demi-siècle à disséquer l'art, à tâter la trajectoire du bolide lancé en pleine stratosphère ou à plonger le microscope électronique dans sa propre essence, l'artiste moderne a de plus en plus besoin d'un refuge neuf. Sonder l'univers est devenu pour lui une affaire urgente. Il ne lui restera plus qu'à prendre sa toile en l'épluchant à la manière du pélican. C’est-à-dire en arrachant de son être des bribes de cet idéal univers poétique où semble se mouvoir le meilleur de lui-même. Il n'a que faire de théorie pareille à celle du peintre nabi Maurice Denis qui affirme qu'un tableau est une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. Celles-ci ont fait leur preuve et sont hypertrophiées. Le systématisme infernal des groupes : « Madi » de Buenos-Aires, de certains membres du groupe « Allianz» de Zurich ne sont que des pis-aller et des concrétions gelées, ces rhumatisants ne communiquent plus avec le germe. Ils sont morts dans le fœtus. Revenir au folklore est encore un signe de faiblesse face aux problèmes toujours plus exigeants de la création.
Certains artistes s'imaginent encore que le folklore est une parfaite définition de l'art. Il n'en n'est rien. Nous avons sans doute rencontré par hasard, au cours de différentes expositions, ces formes littéralement empruntées du folklore danois ou autres. Nous ne les avons pas trouvées intéressantes, elles ne sont que fragmentaires, elles n'approfondissent pas 1'élement créateur, désarticulées, forcées, faites pour étonner. Marcher dans les plates-bandes des pelouses comme les enfants n'est pas le signe constructif de l'art, mais bien la défécation d'un art qui se dit d'avant-garde. Lors de l'exposition du Musée Wallraf Richartz dont je vous ai signalé l'exposition au Palais des Beaux-Arts un peu plus haut. Il était aussi heureux de rencontrer à cette splendide manifestation un Kandinsky préconscient de notre nouvelle génération. Il a pour lui le génie et la fougue qui ouvre la voie vers nos horizons. Il a cette force vitale et cérébrale qui souligne les grandes arêtes d'un monde en perpétuelle gestation.

Il y a deux ans, la Kunsthalle de Bale donnait un ensemble étonnant de sa puissance, d'immenses toiles représentaient tout ce que son être était capable de pressentir. L'aérien côtoyait la fuite des lignes vers d’insaisissables mondes.
Cette musculature sidérale se déployait en de longues taches vineuses. L'on sentait le rythme de son cerveau et de son cœur. En pénétrant cette œuvre et celle du grand magicien Paul Klee, nous avions le net sentiment qu'une résurrection artistique devait se préparer.
Aujourd'hui, les formes ne nous appartiennent plus, elles sont livrées aux investigations profondes et au gigantisme Universel, tout comme la science.  C’est à coup de sensibilité et de matière grise que nous découvrirons le secret des choses,

 Nous désirons le plus souvent retourner à l'origine des âges ? Fouiller cet immense arsenal de sociétés défuntes dont nous avons perdu le souvenir conscient, mais qui continuent à vivre dans les profondeurs obscures de l'âme collective. Des documents subsistent de certaines d'entre-elles sous forme d'œuvres d'art ou de fragments d'œuvres qui apparaissent disséminées comme des satellites sur les âges de la préhistoire. Une pierre gravée du quaternaire nous confirme dans la pensée qu'un Pisanello a pu naitre parmi les hommes des cavernes et trouver les conditions qu'il fallait pour créer ses poèmes graphiques avec des burins de silex et des bâtons d'ocre. Le même phénomène peut être identique chez les anciens Thibétains qui pratiquaient un art abstrait et dont les œuvres étaient utilisées comme instruments de méditation. Ainsi Paul Klee pensait-il peut-être que l'art devait comporter ce facteur de méditation qui serait à côté de la création des nouveaux objets l'une de ses missions. Problèmes cosmiques qui n'a plus rien à voir avec l'aspect périssable des choses. Ainsi, en peignant ce qu'il y a d’élémentaire dans les objets qui constituent la manifestation visible, on en créera une nouvelle image et par conséquent de nouveaux objets.
La question est des plus fascinante parce qu'elle ouvre des voies encore insoupçonnées vers le nouvel édifice artistique.
A nous de descendre comme le spéléologue vers les sources où les initiés seuls malheureusement peuvent pénétrer. Je veux parler de la biologie, de la psychologie, des sciences mathématiques et physiques, chimiques et biochimiques. La connaissance de l'art aurait tout à gagner d'une transformation de notre culture littéraire en une culture scientifique, de notre culture humaniste en une culture tout simplement humaine.
En prenant conscience de ses caractères constitutifs et des facteurs matériels, historiques qui déterminent notre économie et notre condition sociale, l’homme romprait la coquille monstrueuse de sa misérable solitude et de son aliénation, la personne humaine acquérait une singulière richesse. Partie intégrante de l’organisme social, il serait morphologiquement partie intégrante de la nature matérielle, mieux informé sur la nature et ses lois, mieux aussi s’ouvrira-t-il aux messages que les œuvres d'arts lui transmettent à travers les siècles, mieux il pénétrera les subtilités et les voies secrètes de la création artistique. Alors nous serions effrayés du nombre incalculable d'insensibles, de penseurs inhumains, nous aurions une classification exceptionnelle dans la vocation de peintre. Les vrais talents sortiraient de l'ombre, les trusts d'art lâcheraient leurs navets et le premier pharmacien ou épicier du coin cesserait toute prétention artistique. Nous attendons ce message des mieux intentionnés, nous serions heureux de voir s’élever dans nos rangs quelques clairvoyants, la route serait moins épineuse, la collaboration plus vivace, l'élaboration de l'art plus féconde. En ce siècle atomique nous pénétrons à bras ouverts dans la série blanche ou noire. Nous nous contemplons avec nos atouts, nos anciennes cartes artistiques sont froissées avec leur vieille dame de pique, leurs rois coloriés et leur valet de cœur. 
A nous de tenir en main un nouveau jeu, celui-ci ne porte aucune reine, aucun roi, aucun valet. A nous de le déchiffrer avec notre cerveau et notre cœur.

 

- Paul Franck. « Causerie ». Hôtel de Londres à Yverdon / CH. 14/12/1953 (Archives Paul Franck / FPLAC).
Je remercie Monsieur le Professeur Burnier de m’avoir convié au milieu de vous tous pour vous entretenir sur l'art abstrait.
Le sujet est vaste, tellement vaste qu'il m'est impossible d’embrasser l’ensemble de l'art dit abstrait ou non-figuratif sur l'espace d'une causerie.
J'ai résumé à votre intention, soit au cours de mes conférences, d'expositions ou autres recherches, quelques faits saillants sur l'art abstrait.
Je dois vous dire toutefois, que c'est toute l'histoire de l'art en général qu'il faudrait compulser, analyser afin d'attirer l'attention sur telle ou telle qualité pure des œuvres d'art et non sur la réalité que ces œuvres représentent. C'est en faisant abstraction des images et anecdotes qu’il faut considérer l'essence même de l'art à travers les âges.
Partant du réalisme à l'art abstrait, la plupart des anciennes civilisations ont employés ces moyens d'expressions des préoccupations religieuses, métaphysiques et autres avec cette différence qu'il a fallu quelques millénaires aux anciens plasticiens pour construire leurs mondes. Et nous, l'espace d'une centaine d'années pour revoir, développer, approfondir toutes les expressions d'arts. Ainsi prenant le soleil comme vision primitive, les Incas formulèrent cette vision en signes ou symboles. Les premiers chrétiens aussi, les Thibétains pratiquent encore aujourd'hui l'art abstrait comme méditation.
D'autre part, les Egyptiens venus d'un hiératisme empirique et abstrait vinrent à rompre cette monotonie dès le règne d'Aménophis IV en produisant des œuvres réalistes. Réalisme exquis, poétique et combien remarquable.
Si nous prenons l'époque Gothique, pour nous un Van Eyck est abstrait dans son essence (voir l'agneau mystique) de Gand. Holbein, Dürer le sent aussi. Un Fouquet est énigmatique avec ses anges rouges et bleus. C'est un expressionniste avant la lettre. Breughel, Jérôme Bosch, Quentin Metsys sont des peintres spirituels.
Si nous feuilletons la Renaissance, le XVe siècle présente des peintres surréalistes en la personne d'Arcimboldo et Fieravino. Ce sent la plupart du temps des tableaux représentants des têtes composées sur les saisons ou les quatre éléments, etc.
Il faut donc convenir que tous ces qualificatifs - Réalisme - Expressionnisme -Surréalisme - Abstrait ont été tous réalisés dans notre XXéme siècle.
C'est en 1910 qu'il faut situer les recherches théoriques et plastiques sur l'art abstrait. C'est dans la clandestinité des ateliers d'avant-garde (Dada et surréalistes) que des peintres comme Kandinsky inventa un jour le concept de l'élément cérébral dans l’art. 
J'ai parlé plus haut de "clandestinité". En effet, vers cette date, l’académisme émergeait en maitre, il était le seul officiellement reconnu.
Les chercheurs étaient considérés comme des francs-tireurs. Cette clandestinité était observée déjà d'un mauvais œil et plus ou moins par le parti communiste en Russie, dès l'arrivée de Staline, la censure fut implacable. Elle est encore réelle aujourd'hui dans nos pays capitalistes 
L'art pour le peuple se retrouve partout, que ce soit sous régime fasciste, communiste ou capitaliste.
Dans un congrès, parlant au nom des surréalistes belges, il y a 5 ans, je disais notamment que bien que ce monde académique toléré et admis dans tous les régimes soit en train de mourir, le concept traditionnel de la peinture-sujet est encore tabou, véritable mythe "Mauvais goût". Embourbé jusqu’au cou, poncive, poussiéreuse, fossilisée dans nos académies, elle ne peut plus se suffire et dans un avenir proche ne sera plus considérée comme critère universel. Ces tics effrayant, issus de combinaisons douteuses, ces conventions du trompe l'œil, ces clignements d'yeux, ce modèle incessant des formes académiques, ces enveloppements à la manière des plus pompiers, tout cet arsenal gelé comme les cires du Grévin s'en ira rejoindre le vieux placard aux anecdotes et ne pourra plus aider à aider à l’investigation artistique. Pétrifiée, chargée de grisaille et de bitume, le nouvel espace plastique impressionniste, voilà plus d'un siècle que l’académisme périclite. Bientôt, nous serons étonnés de la voir ruinée par de nouveaux apports scientifiques, dans le genre de ceux dont nous parle avec tant d'insistance le prophétique Huxley et les productions américaines. Même les dessins animés du cinéma partis du chromo, finirons par devenir non-figuratifs comme nous en voyons des exemples avec Norman Mac Laren. Mais avez-vous remarquez que ce nouvel art reste toujours plus ou moins lié à ce secteur bourgeois et nouvel art pour le peuple. Verrons-nous peut-être aussi un jour un art " d'Amusement" sous des reflets abstraits toujours plus ou moins pompier ? Très sophistiqué, très en retrait de la vérité plastique. Une espèce de flatterie qui ne veut pas dire son nom ?
Voilà donc en substance le duel que se livre encore aujourd’hui l’académisme et l’abstrait.
Pour ne pas l’oublier, c'est par des activités révolutionnaires et des agitations que l'art se purifie, voir les surréalistes des années 1925 ou même les années troubles avant la guerre de 1914. Mais progressivement et malgré tout Kandinsky, Arp, Taueber fixèrent définitivement et avec un aplomb réel la notion de l'art dit “ ABSTRAIT“.
Avec le recul du temps, nous pouvons savoir que cet art est basé plus ou moins sur deux phénomènes. Celui, ayant à la hase des théories un peu comme celle de Maurice Denis : « Se rappeler dit-il qu'un tableau avant d’être un cheval de bataille ou une quelconque anecdote est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain assemblées ». Celle d'André Lhote :« Tout ce qui se passe dans un tableau est factice, tout y est calcul et arbitraire, le plus frappant y est immanquablement le plus abstrait ». Cependant et bien avant eux, nous lisons dans le journal de Delacroix cette notation : « L'art, la poésie vivent de fictions »
Enfin, les concepts divers d’un Mondrian en Hollande, Magnelli en Italie, Herbin, Dewasne, Estève, Poliakoff en France contribuèrent plus ou moins à un art systématique sans possibilité de progrès. De ces peintures émanent un certain collectivisme froid, insipide où ne passe plus aucun signe de vie. Nous voyons de grandes surfaces de peintures unies découpées comme dans de l’unalit ou de grandes tranches de bois contre-plaqué avec de-ci de-là quelques bruissements sensibles dans les plages. Toujours bien ordonnées ces peintures pivotent plus sur le côté décoratif que sur le côté humain. Sensiblerie à la surface et pigmentation dans la forme, cette peinture risque fort de rester stagnante pendant des années. Cette peinture meurt par placage, par l'auto-sécurisant, par le remplissage ; la variété des formes n'existe plus sauf pour les couleurs, la subtilité de la couleur, sans aucunes percussions pour la recherche et l'intérêt immédiat. Les plages sont ennuyeuses à la longue parce que la sémantique de la forme reste plaquée, elle ne bouge pas, elle reste immobile, elle énerve. Méditative, non pas au point de créer cette longue haleine, cette transcendance comme chez le Thibétain, elle désarticule pour désarticuler, elle est systématique à chaque toile, elle devient vite vieillotte, le souffle n'y entre pas, elle meurt de son beau plaqué.
Le second phénomène est beaucoup plus séduisant parce qu’à la base se situe la recherche pure. Il ne fait état que de son évolution naturelle, ce que j'appellerai " Evolution embryologique". Il ne s'embarrasse que fort peu des considérations techniques ou théoriques des premières abstraits froids.
Ces peintres constatent tout simplement, je parle de Kandinsky et Klee. A mon sens, ils ont répondu pleinement à cette évolution profonde de poésie et de rythme, en ce sens que cette pulsion instinctive est extrêmement vivante, active, superbe dans l'émerveillement continuel de créer. Véritable enfantement de l’être, véritable souche, onctueuse mélodie qui va de haut en bas. J’ai résumé pour vous un fragment de la conférence de P. Klee sur l’art moderne. Voici ce qu'il dit : « Permettez-moi de faire une comparaison : une comparaison avec un arbre. L'artiste s'est préoccupé de ce monde complexe ; et supposons le ainsi, s’y est acclimaté à peu près très simplement. Assez bien pour ordonner la suite des phénomènes et des expériences, cet ordre divers et ramifié, cette connaissance du monde et de la vie, je voudrais la comparer aux racines de l'arbre. C'est de là qu'afflue vers l'artiste la sève, pour le traverser lui et son œil. Le voilà donc dans la situation d'un tronc. Assailli, ému par la puissance de ce courant de sève, il élabore ce qu’il a vu. Comme la ramure des arbres s'épanouit de tous les côtés, dans le temps et dans l'espace de même en est-il pour l'œuvre.
Personne n'exigera de l'arbre qu'il forme ses branches sur l'exact modèle de ses racines. Chacun comprend qu'il ne saurait y avoir d'exacte correspondance entre le bas et le haut. Il est clair que des fonctions différentes s'exerçant dans des domaines élémentaires distincts doivent provoquer des écarts très sensibles. Mais on prétend justement dénier à l'artiste ce droit, pourtant indispensable à la création picturale de s'écarter de son modèle. On va même jusqu'à l'accuser d'impuissance et de falsification consciente. Or, dans cette situation de tronc, il n'est là que pour rassembler ce qui vient des profondeurs et pour le transmettre plus loin, non pour servir, ni pour régner, mais pour s'entremettre. Il revendique donc une place très modeste. Et la beauté de la ramure n'est pas son œuvre propre, elle n'a fait que passer à travers lui ».
L'admirable exactitude de P. Klee a de quoi faire réfléchir nombre d'abstraits froids, à sens unique, théorique et composante d'une seule plage.
Ces vases-là ne communiquent pas, ils ne peuvent servir le même breuvage. Ou il y a vie et nous versons l'onctueuse poésie d'un P. Klee dans les rangs de la jeunesse. Ou il y a mort, par le seul fait d'un découpage volontaire, énervé par sa strangulation picturale. Cet art-là ne servira que les placards de certains collectionneurs. Nous pouvons les enfermer à vie.
Forts de ces sentiments, nous avons au cours de ces dernières années réalisés quelques pas tant sur le plan artistique que sur le plan humain. C'est au cours de différentes expositions et conférences que j'ai donnés à la Maison des écrivains belges à Bruxelles que je traçais le panorama actuel de l'art non-figuratif. Je parlais au nom de l’évolution sur “Un nouvel espace plastique".
C'est lors d'une exposition en Belgique à l'aide de mon groupe "ORIGINE" que nous avions démontrés l’importance de l'art non-figuratif venu des formes plongeantes du subconscient ; ... etc.
(continuer la causerie sur "Un nouvel Espace plastique"......»)
... Voilà je pense le stade actuel de l'art abstrait. L'avenir ne nous appartient pas, mais je suis de plus en plus persuadé que l'art non-figuratif continuera à vivre par sa seule force interne (comme disait Klee) afin de rendre la vie un peu plus vaste et poétique qu'elle n'apparait généralement …

 

- Paul Franck. « Hommage à Victor Servranckx ». Suisse 1954. (Archives Paul Franck / FPLAC).
La recherche de l’inconnu à travers les veines du bois, comme les termites d’un autre âge.
Construisant rythmes, pleins et déliés, il regardait sur l’infini.
Il juxtaposait des drames intenses,
des silences, que de silence dans le marbre.
Des arrêts dans les nervures des toiles.
Brusquant les portes, il s’en allait à travers l’art,
avec de tresses aux poings, des doutes au front, des peurs au ventre.
Un tourbillon d’idées, comme des myriades d’abeilles, le laissait rêveur devant la vie.
Des audaces, des délices au cerveau, des voix d’outre-tombe, des voix organiques.
Il laissait un brin de muscle à l’orée des bois.
Il laissait passer l’orage de la vie pour introduire l’esprit.
Il disparaissait, digérait, affinait, triturait, discutait de tout.
Plongeait vers d’autres horizons. Voyageur de l’infini.
Voyageur de l’espace.
Voyageur en permanence partout à la fois.
La sculpture, il en faisait un acte volontaire.
Le rayon savant, le rayon cosmique ou le rayon d’or,
rayon peut-être des ancêtres, 
rayon exacte dans l’embrasure d’une folie.
Folie amoureuse.
Il demandait, questionnait, épiait tout ce qui pouvait être utile à l’intelligence.
Il sombrait parfois dans la démesure.
Il restait attentif aux questions-réponses.
Le fil d’Ariane s’entremêlait dans sa tête.
Folie amoureuse.
Exactitude pour plonger ensuite dans le sphinx de l’art.
Il ne s’arrêtait jamais pour respirer.
S’interrogeait sur les formes exactes.
Rigide, puis orfèvre précieux, didactique, oppressé puis sévère.
Horloger des nombres.
Horloger d’un âge futur.
Horloger des fuites en avant pour découvrir des dragons ou des signes venus des tombes anciennes.
Vois-tu dans l’espace une goutte d’eau ?
Des tremblements antiques ?
La nervure du bois ou l’écorce des forêts.
Des suites, que de suites chevauchées.
Des angoisses sur les titres.
DADA – escarmouche dans le vent.
Des dates, des flots, des bains d’acide dans le cerveau.
Bruissement au-delà des forêts.
Des audaces aux quatre coins des rues, mais dans le nuage magrittien.
Un seul ami.
Les sources coulent dans les veines.
Des veines d’acier, des cheveux en bataille, des lunettes embuées.
Le grand pardon des fous.
Et pendant des heures, des heures et des heures, il était partout à la fois.
Des heures, des heures, il parlait d’un monde étrange, organique, syncopé, ignoré, disparu.
Des serpents de mer aux hydres cachées.
Des troncs d’arbres aux instants calmes.
Des machines à volonté.
Un univers froid, un battement d’aile.
Rythme des nombres.
Des convulsions instantanées.
L’organisateur glacé, imperturbable, lisait l’avenir dans un bocal de rêve.
Puis l’objet sévère, l’objet inébranlable.
Il serrait les formes dans un étau d’acier.
Après un temps, il les desserrait avec plaisir.
Hors du temps et de l’espace, il s’ingéniait à poursuivre un calvaire instantané.
Derrière les hublots, un monde le regardait à l’envers sans comprendre.
Des disques cassés en cent mille morceaux.

 

- Paul Franck. « La déconfiture plastique ». Paris, 1956. (Archives Paul Franck, FPLAC).
La masturbation plastique absorbe un clan intermédiaire entre l’urine d’insecte et l’excrément de pissotière.
Le temps de néant et de vide est venu avec ses crevasses et ses trous.
- Le Dadaïsme était un temps héroïque, un acte de brave.
- Le Tachisme est un défroqué qui n’a pas d’odeur.
- L’excroissance du velu, de l’arachnide et de l’égotisme, il n’aura qu’un temps.
- La meilleure part restera aux structures et au besoin de canaliser.
- Le vide est pour le suicidé.
- Le trou et la tâche pour l’infortuné dollar.
- La crise persiste parce que l’heure est à la pitrerie.
- Elle n’existera plus dès que le balai atomique aura fait office de vidangeur.
- C’est la perception de la grandeur de la structure et de la suggestion qui recrée l’édifice humain (S’il y a édifice …)
- La façade cancéreuse du tachisme restera lettre morte pour nous.
C’est la vie et la mort.

 

- Texte de Paul Franck, dans un carnet de croquis daté de 1962. (Archives Paul Franck / FPLAC).    Concernant le choix fait en peinture en 1962 – Tournant extraordinaire.
Alors que l’on croit, à tout jamais, la figuration complètement dissoute. Il est curieux, par les séries de détours d’une carrière artistique, de vivre quelques bribes de nos fantasmagories. Les coins cachés de notre être forcent quand même les portes du conscient. J’ai, pour ma part, une expérience qui peut, à l’occasion, me précipiter dans les affres d’une lente agonie abstraite ou, tout au contraire, me conduire vers des horizons encore jamais atteints.
Pourquoi ? Parce que la vie apporte tous les jours des faits des vérifications qui correspondent avec notre état d’âme. Telle vue, tels spectacles précipités de notre subconscient, fait boule de neige vers la création. A un moment précis, vient ce que l’on peut appeler la phosphorescence artistique. Combien d’années contient les brontosaures, les mammouths, enfin les germes qui donnèrent naissance à notre vie actuelle. Bien souvent des besoins géants parce que l’abstrait par vibration ou par suggestion n’apparaissait pas en plein épanouissement.
Alors les monstres sortent des cavernes. Les corps sont disloqués, les yeux crevés, les jambes frisent l’arbre et la tête difforme éclate dans les lueurs de l’espace. Pourquoi ? Parce que le soin trop apporté aux choses abstraites se vident, se corrompent au milieu d’une carrière. 
Un retour aux cavernes Est indispensable pour mieux sentir, pour mieux voir. L’essentiel est de concevoir des choses, des faits en général sans pour cela tomber dans la brousse abstraite. Et quand bien même que ce terme soit équivoque, quand bien même que ce pourissoir soit fait pour galeries spécialisées, m’importe peu.
Il faut savoir où l’on arrête, dans le vide ou dans le magma humain, les chevaux. Il faut savoir où l’œil opère. Attendons les lueurs prochaines. Les cas sont nombreux des retours de flammes, des sorciers, des appâts, des germes souterrains. Il est lamentable de trouver le même plat de lentilles à la même table.
Avant, quand tout était noir, quand tout était dans l’ombre, un seul point lumineux marquait les monstres. Ce point vivait dans une nébuleuse et les êtres n’osaient affronter les lacs géants, les ignames et les monstres. Alors, il se forma des montagnes pleines de buées. Ceci dit, il me faudrait une immense casemate pour engloutir les bœufs, les serpents, les oiseaux. Pourquoi pas une arche ?
Le temps est résolu en deux tranches.

 

- Paul Franck. « Des essais et des réalisations de la gravure ¨ Kalcinat¨  ou Calcination plastique ». Paris, 20/04/1966. (Archives Paul Franck / FPLAC).
(…)
Je considère que l’Art en général ne peut atteindre son pouvoir de suggestion que par un appui technique, et par un développement interne ou subconscient, fortement empreint de notre système physiologique, mental et émotif.
Ce système émotif physiologique et mental est plus ou moins développé chez les individus créateurs. Chez le spectateur, la réception de l’œuvre d’art est exactement dans le même processus. Celui-ci, par son système émotif, recevra plus ou moins profondément le choc ressenti devant une œuvre d’art. Il est sûr que certaines œuvres ou ensemble d’œuvres à caractère suggestifs, soit magiques ou sacrés, influera énormément sur le caractère de l’individu primaire. Sur l’évolué, l’œuvre d’art au pouvoir suggestif le portera vers des émotions et des destinées qui ont probablement déjà été bâties dans les anciennes civilisations. Il se questionnera : « Que telles ou telles créations contemporaines puissent à tel point ressembler ou appartenir au passé ».
Eternelle rotation du système créatif à travers les âges. 

 

- Lettre de Paul Franck à Guy Vandeloise, le 15/10/1967(Archives Guy Vandeloise).
Nous venons de voir « Le cérémonial » d’Arrabal. Très fort. Théâtre d’effroi et blasphématoire.

 

-Paul Franck, « Les saugrenus de la victoire », 1968 in Wégimont Culture n° 177, septembre 2002, p. 8 et 11.

[Ce texte inédit, dont nous publions un extrait, a été écrit par Franck dans le courant de l'année 1968, au moment même où il réalisait les collages qui font l'objet de l'exposition aux Assurances fédérales. Il nous a paru intéressant de le faire connaître, à la fois comme un témoignage du talent littéraire de Franck et comme un reflet de la mentalité qui animait l'auteur au moment des événements de Mai 68 à Paris.]

L'Apache s'approcha en même temps que le petit frère et lui cria « Arrête ».
Le fruit de la nuit, les barbes blanches en chemises noires
C'était écrit au fronton de la Sorbonne « Viva el Papa »
Le résultat fut encore une fois déconcertant
Ils avaient hâte de rectifier le tir sur les individus
« Viva el Papa ». La minute fut horrible, que les grossiers personnages tout enivrés jusqu'au cou chahutèrent à qui mieux mieux.
« Viva el Papa » Énergiquement, ils balayèrent le vestibule bleu
« Viva el Papa » Énergiquement, elle conduisit le bal bientôt sur les genoux
On arrivait dans les troubles microscopiques du néant.

L'Éternel « Viva el Papa » restait dans les gorges sèches.
On attendait tous les jours un peu de pluie
Mais la pluie restait en suspens.
Une voix se fit entendre plus loin dans les rues adjacentes de « Rivoli »
« Viva el Papa », « L'imagination au pouvoir » non dirent-ils. « Le pouvoir à l’imagination », « MERDE » fut-il crié dans le boudoir de Pompadour.
Les vieux saugrenus restaient haletants, devant une pissotière.
Le creux de la peur restait figé au coin des rues
La nuit tombait comme toujours dans un mois de décembre misérable.
4 heures, on attendait sur le marchepied des autobus.
Les barbelés restaient en place tout autour du jardin immense de Paris
On ne voyait pas à 2 mètres

L'épouvantable se produisit. Un câble de 6 mètres se dressa au milieu des H.L.M. Électrifié, les êtres cuisaient littéralement dessus.
Aussitôt plusieurs câbles se dressèrent à leur tour au milieu des immeubles.
La mentalité restait imperméable à tout
L'idée unique d'avoir une suite dans la tête
L'autre du coin avait des menottes en carton
Les babioles se vendaient 3 frs « Tout à 3 frs »
La rue s'emplissait de petites femmes à 20 frs
On se disait « Adieu demain, les patates frites »
Demain - Après demain « Salut les copains »
On se retrouve tous unis dans le système électrique du métro
« Salut el Papa » on se retrouvera à Rome avec des sabots aux pieds
L'histoire imbécile d'avoir troué deux faces à la fois
La pluie cinglait le visage encore plus qu'hier
Les deux marmottes qui causaient dans le coin de la cour signifiaient le retour au passé
On stratifiait d'un bout à l'autre de la rue, des pieds bots, des pieds dissimulés
Des cars de flics comme des vautours s'abattirent sur un trottoir du boulevard St-Michel. Deux filles furent piétinées, le sexe écrasé
De jeunes mâles furent lynchés à l'autre extrémité de la rue St-Sulpice
Des gaz, que de gaz dans le gosier, depuis 5 heures du marin.

Asphyxiés, nous étions résignés nus sur le trottoir en caleçon
Les sinistres individus en noir portant des casques sur la tête frappaient à qui mieux mieux sur les têtes d'en face.
D'énormes pavés encombraient la rue, des camions aussi, des pancartes avec comme inscription « Il est interdit d'interdire » « MERDE »
Cela suffisait à emmerder les flics. On leur lançait « Nazis », « Fascistes »
La rage aussitôt s'installait en-dessous du casque noir. Une liqueur bleuâtre coulait entre les lèvres de certains flics. « Salauds »

 

- Lettre de Paul Franck à Guy Vandeloise, le 2 octobre 1968(Archives Guy Vandeloise).
Nous revenons d’une exposition de « L’art européen » avec les Vasarely, Dado, Raymond, Appel, Soulages, etc. Une trentaine de pelés au vernissage. Zéro. Sauf la toile de Soulages bien charpentées. Le reste, indifférent, emmerdant à souhait. On ne s’intéresse plus à des types cristallisés peignant en dehors du temps et de l’espace, ce que nous ressentons et ce que nous voyons. Esthétisme fini. On en a marre. Personne ne vient plus, sauf quelques bonzes collectionneurs, et encore. Malgré la police aux 4 coins du Palais de Marsan. Ça ne vaut même pas une barricade, ni même un cocktail molotov.  Laisse couler cela dans l’indifférence totale. Bury avec un relief tactilien en violet-mauve pour faire beau genre, cheveux de pin-up teint en violet, Arman avec des tube sous polyester. Emmerdant, emmerdant.

 

- Paul Franck. « Les enseignements du Bauhaus », 1969. (Archives Paul Franck / FPLAC)
(citations de Kandinsky, Itten, Albers, Schlemmer)
Les enseignements du Bauhaus sont des extrapolations d’idées et de constructions personnelles extraordinaire qui peuvent, à mon avis, servir de tremplin. Voir l’enseignement de Klee, Albers, Schlemmer, à des disciplines multiples et indéfinies Il est en tout cas certain qu’il n’y avait entre autre l’enseignant et l’élève une stimulation qui donnait à l’enseignant un bagage de combinaisons, assez extraordinaires. Les extrapolations étaient en un sens, et bénéfique pour l’élève et surtout pour l’enseignant. Un dynamisme toujours remis en mouvement. Une fois les cours élaborés, le jour suivant, ils se posaient d’autres questions pour aboutir à d’autres solutions.
Jamais, ici, en France, nous ne sommes arrivés à ces buts. Jamais encore et depuis longtemps, ce pays n’a jamais connu un enseignement aussi progressif dans toutes les fonctions artistiques. Jamais encore, de tels professeurs n’enseignèrent méthodiquement, les apports créatifs, combinés avec une telle science.
La France n’a jamais connu que cette minable peinture faite au coin d’une rue, devant une cafetière ou devant un cyprès. Lamentablement, ce pays connait à l’heure actuelle sa plus profonde défaite. Il en a toujours été ainsi. Et quand un enseignement de Lhote arrive plus ou moins à contrarier l’appareil paresseux, c’est vis-à-vis du Bauhaus une rigolade, une sincère parodie, 
Je dirais que la France n’a rien de semblable, sauf cette pauvreté commerciale qui engendre des Poliakoff, Manessier, Bazaine, Rouault, etc. Peinture de commerce sans but précis que de vendre et d’amasser. Le résultat : une simple baudruche qui vole en éclat – plus de peinture mais de la peinturlure.
L’oiseau s’est envolé aux USA, en Allemagne, et en France il reste de lamentables débris. Et lorsque, avec une rage folle, une agressivité soudaine, on me dira que la France est le seul pays au monde où la peinture existe. Je dirais que vous mentez parce que votre enseignement n’existe pas, où s’il existe, il est lamentablement coffré dans les galeries marchandes. Vous avez un carcan, vous ne pouvez plus bouger. Vous êtes pour longtemps figés dans vos mêmes Picasso, vos mêmes Léger, vos mêmes Braque, vos mêmes Villon, etc. Et vous n’en sortirez pas parce que vous êtes cloués pour longtemps. Vous êtes foutus.

 

- Paul Franck. 1975. « L’art génial ». (Archives Paul Franck / FPLAC).
 La sinistre farce nationale " dans tout Matisse " cherchant le trait, ne sachant où se trouve le point pour accrocher la ligne, balbutiant aux contours. Des formes dans l'informe. Cette sinistre farce, où tout le monde artistique est plongé, est digne de la débilité nationale.
Le phénomène consistait à ne pas savoir dessiner, alors que bien sûr depuis les impressionnistes en ne savait plus où se trouvait le dessin. Était-ce dans la forme bâclée ? Dans les signes fatigués. Oui, c'était la grande fatigue des faibles, c’était le manque de force qui risquait d'appauvrir l'art. Et ce fut fait en quatrième vitesse. Les Américains s'emparèrent du bonhomme Matisse, il le hissait jusqu’au zénith. Puis plus rien, le plouf général, c'en était fait du plus mauvais peintre du XXe siècle. La coupe avait débordé.
Pendant ce temps, d'autres projets artistiques inondaient l'Europe : Bauhaus en Allemagne, l'Etat révolutionnaire Russe des années I925, l’impressionnisme belge, l'expressionnisme avec sa force et son prolongement vers les années abstraites, le Bauhaus en Amérique, l'expressionnisme allemand, la France restait avec quelques épaves de subtilités et surtout de théories. L'enrichissement second de l'univers. Le sous-développement existentiel. Le néant - formel. L'analyse infantilisante des autres facteurs artistiques d’Amérique. Tout se corrompait, l'échelle des valeurs escamotées au profit des putains, des marchands, des éditeurs. L’analyse d'un tel magma paralyse les meilleurs volontés,
Le sournois côtoie l'allégorie du pot de fleur, de l'accumulation en pagaille. C’est un euphémisme pour montrer à quel point tout allait à l'eau. Les critiques d'art absents de cette compétition inorganique, fantomatique, analphabète, débile ; d’autres choisissaient les cartes postales installées en écheveau sur la cimaise. Des boulettes de pain jour après jour pour signifier que l'art n'existait plus du tout. A la lueur d'une torche, on essayait de découvrir quelques ratés de peintres à l'huile. Démodés, dépassés, collectionneurs abrutis, pédalisants [sic] sous des décors Vasarely. Exténués dans les environnements, emballages, section d'hypertrophiés, des Hyper Réalisme (documents du réalisme socialisme russe mais dans le bourgeois), la clique des amateurs qui n’y comprennent rien. La folie s'en pris aux arcanes du vent. Une telle se brulait le machin à l'aide d'une chandelle. La casaque grillée gisait sur des pellicules sensibilisées par le néon en flamme. D'autres exhibaient des tampons "Tampax " dans des vitrines illuminées. D'autres se coupaient le pénis. Les règles féminines étaient un prétexte d'illustration inconsistante de la femelle en chaleur. Mais que de bosses, que de fosses, pour en arriver au vent fumeux des critiques. Erotico - sexualisant, l'art devenait une quelconque vitrine en délire, de sperme et d'aphrodisiaque.
Les années passèrent de pis en pis sur les estrades artistiques, des enculeurs, des enculés, de la mafia, des méprisants, des curés, des putains, des requins, des louftingues, des débiles, des dégénérés …la cour des miracles. 
L'art s'enlisait dans la stagnation jusqu'au moment où “ Ras le bol " des types se découvrirent des âmes d'apôtres. C’était encore une fois pour déconner. Alors la partie était jouée. Plus d’art à vendre, mais pour jouer “ Voulez-vous jouer avec môa ? "
Des pans entiers s'effondraient, le terrorisme le plus intéressant, c'était les salauds qui nous gouvernaient.
C'était les cosaques qui s'entretuaient à la belle étoile. Les Musulmans qui s'engouffraient dans des têtes coupées. La raison déraisonnait. A-t-elle été toujours raisonnable depuis les temps les plus reculés. Non, la connerie a toujours été des plus raisonnable dans sa connerie. Le seul expédient, les chambres psychiatriques, certains pays le font, d'autres sont en voie de développement. Verrons-nous alors l'art refleurir grâce à tous les fantômes qui peuplerons les centres psychiatriques. Certains psychologues et psychiatres le pensent puisqu'ils existent et font des collections d'œuvres d'art de fous.
Pourquoi ne pas fourgonner presque la majorité des gens dans d’immenses centres psychiatriques pour analyser les phénomènes particuliers ou de masse. Les occuper à quoi ? A dessiner, à sculpter.
Avec la jeunesse qui s'annonce dans ses libations du 17e – 18e, dessins précis - enjolivements bizarres - de Leonard da Vinci en passant par Michel-Ange ou les bizarreries du Roman si pas gothique. Verrons-nous un jour des centres artistiques se développer dans de grandes cités anonymes. " Cités des Arts " ? Certaines d'entre-elles le prouvent, d'autres préfèrent le lavement de certains cerveaux afin de les réduire à des robots - des fourmis - des lézardés [sic]. Pire que la fornication excrémentielle. L'Eglise commence à comprendre l'objectif des communistes, des fascistes. Avoir tout sous la main. Comment faire de tous ces types qui sabotent les lois, fourbissent des armes ? Le terrorisme sur toute la ligne. Les envoyer dans des centres de rafraîchissement du cerveau. Etablir la liste des plus suspects, les anéantir petit à petit à l'état de déchet. Pour les autres - Les arts - la peinture, la littérature. Il y a assez de dingues. Finissons en une fois pour toute, disent les responsables. Petit à petit, les paquets humains se préparent à de beaux lendemains. Fous à lier ou doux dingues à pervertir. C'est ce qu'il peut rester de l'humanité de demain. J'étais illuminé quand en 1947 j'écrivais « un monde sain, entièrement sain. Aujourd’hui c’est le noir total après 40 ans d'expérience plastique, sociologique, spécialisé dans l’entimologie [sic] eschatologique, pernicieux - fantastique - acrobatique. Les soucis des uns font l'imbécilité des autres. Et les autres ne sont pas mieux, c’est la boulimie excentrique des forçats rivés aux machines. Le futurisme ? Illumination infantile. La machine ne libère pas, elle enchaîne. La machine n’est pas aussi belle que la victoire de Samothrace (voir Marinetti) et le futurisme qui dira le contraire de ce que je dis. La machine est le machin à souder les pensées. Les futurologues nous annoncent des robots vivants ou par pièces détachées. Les dingues ? Désarticulons la pensée disent les psychiatres, les psychologues. Nous allons en découdre avec ce magma humain ou les mettre dans des placards étiquetés numérotés. Très bien disent les responsables du Vatican. Vous faites notre travail. Laissez-nous les restants pour continuer à les exploiter.
Eros~center - Eros - Usine - Eros psychiatrique - Eros- center fantastique où tout le monde cherche l'Eros. Et puis il pleut sur une petite banlieue du Nord, comme s'il pleuvait sur une petite banlieue du Sud. Il y en avait qui chahutaient à l’intérieur des églises. Les putains comme du temps Moyenâgeux, les gauchistes comme aux temps de la cour des miracles. Rien de change disait un haut fonctionnaire de l'Administration postale ?

 

- Paul Franck. « Kalcinat prints and relief from flame trented plastic sheet » in Leonardo, vol. 9, pp. 300-302. London, Pergamo Press, 1976. [cf biographie développée].

 

- Paul Franck, janvier 1977(Archives Paul Franck / FPLAC).
Du crayon noir, maître du dessin subconscient des ombres et des lumières rampantes sur la froideur du papier.
Des crayons de couleurs et des pastels, maîtres des douceurs, d’exquises arabesques de tons feutrés.
Illumination du cuivre par la pointe d’acier et son tirage fin, délicat, incisif, révélateur.
Du burin, véritable charrue labourant le cuivre en laissant échapper à travers les sillons ses barbes métalliques pour faire apparaître au tirage des sillons noirs de l’estampe.
Eaux-fortes, acide virulent pour la pesanteur des encres profondes sur le papier.
Aquatinte aux noirs aspects de velours.
Textures, vernis-mou, manière noire, décalcomanies du vernis pour déchiffrer des montagnes, des arbres, des plaines, des forces magiques, des dieux omni-présents aux couleurs intégrés par les rouleaux encrés.
Un monde bouge, s’en va de l’ombre esquissée par le crayon aux alchimies des pointes, des vernis et des encres, vers le rayonnement de la couleur. 

 

- Paul Franck. « Les nouvelles techniques » in Les Nouvelles de l’Estampe n° 34-35. Paris, 1977, p. 66.

 

- Paul Franck. « Des amplifications psychologiques des démolitions sur la peinture et la gravure ». (Archives Paul Franck / FLPAC).
En 1962, j’avais déjà calciné des matières telles que le zinc, le carton, la toile, le plastique (voir Leonardo, vol. 9, winter 76). Cela correspondait-il à mes débuts d’ennuis avec les démolisseurs que j’avais en ce temps-là dans les lieux où j’habitais ?
Ou une amplification de mon expression en peinture de ce je faisais en 1942 pendant la dernière guerre mondiale ? Était-ce déjà un ferment des œuvres comme « Le train de la mort », « Combat », « Crucifixion », délaissés depuis 30 ans, reprisent autrement de par ma nature lors des premières destructions de mon atelier, en 1962, à Paris ?
Murs troués, ateliers lézardés, verres cassés, bruit des machines agissant sur le physique et le psychisme. Les phantasmes apparaissaient, c’est-à-dire : la peur du lendemain, les conséquences de me retrouver dans la rue, l’expulsion immédiate, le cauchemar de me sentir écrasé par une force brutale. Je voyais tomber des murs, j’entendais les craquements des poutres par la scie mécanique, les bulldozers remuants des gravats. Je ressentais cela péniblement, physiquement comme quelqu’un qui perd sa peau.
Les vibrations des forages, les coups de pioches, les marteaux-piqueurs, les pelleteuses, l’asphyxie par le mazout des foreuses sous ma fenêtre. J’étais travaillé par je ne sais quelle angoisse, ou réagir brutalement contre les démolisseurs, ou me laisser couler comme une pierre au fond du gouffre. De l’agressivité ou de l’état de passivité. Je m’intéressais parfois plus aux choses futiles qu’à l’événement proprement dit. Entre ces positions, il y en avait une troisième : me lancer à corps perdu dans le travail … en subissant.
Quelques mois après, j’ai quitté les lieux, je me suis retrouvé au calme et à la tranquillité. Un repos de quelques mois faisait suite à une rage aveugle de brosser des toiles et de graver des plaques de cuivre.
De 1972 à 1974, j’ai gravé et peint des pierres, des châteaux en ruine, des pans de murs, des bunkers munis de canons et de mitraillettes, des bulldozers actionnés pas des jambes d’hommes.
De grands formats acrylic-collage représentant les forces de l’ordre en activité de combat, des matériaux structurés de plusieurs trous, des machines humaines que jamais je n’avais fait auparavant, cela après un an de démolitions. Tout cela a été construit jour après jour, consciemment structuré.
Quelques temps après les couleurs se sont éclaircies, les compositions ont changé de sujet.
De la désintégration psychique de l’être par des environnements agressifs tels que : destruction, privation, prison, guerre ou torture.
Peut-on arriver à créer un monde cohérent qui suggère ce passé ? Oui, car l’agressivité répond normalement à l’agressivité. La réception de l’événement, la réaction en se défoulant soit par l’écriture automatique, soit par la couleur brossée énergiquement ou le graphisme heurté, on peut retrouver l’équilibre interne par la brutalité d’exécution d’une œuvre. Plusieurs fois, j’ai constaté ce phénomène avec le recul du temps.

 

- Paul Franck, « An Artist's reaction to a psychologically disturbing círcumstances » in Revue Leonardo, 1977, vol. 10, p. 219[extrait de texte précédent).
Murs troués, ateliers lézardés, verres cassés, bruit de machine sur le physique et le psychisme. Les phantasmes apparaissaient. C'est-à-dire : la peur du lendemain, les conséquences de me retrouver dans la rue. L'expulsion immédiate, le cauchemar de me sentir écrasé par une force brutale. Je voyais tomber les murs, j'entendais les craquements des poutres par la scie mécanique, les bulldozers remuant les gravats. Je ressentais péniblement le vide, physiquement comme quelqu'un qui perd sa peau.

De la désintégration psychique de l'être par les environnements agressifs. Destruction, privation, prison, guerre, torture. Peut-on arriver à construire un monde cohérent en art qui suggère ce passé ? Oui, car l'agressivité répond normalement à l'agressivité. La réception de l'événement, la réaction, en se défoulant soit en' sculpture par la taille directe, l'écriture automatique en dessin, la couleur brossée énergiquement en peinture, le graphique heurté en gravure, nous pouvons retrouver l'équilibre interne par la brutalité d'exécution d'une œuvre. Plusieurs fois, j'ai constaté ce phénomène avec le recul du temps.

 

- Paul Franck. « Hommage à Paul Klee » (La magie du geste. Musée de Cologne, 1979). (Archives Paul Franck / FPLAC).
Pendant un bon moment la ligne de Klee se dissout dans la turbulence de la matière et renaît plus loin d'une vie nouvelle. Le tout est enrobé par des signes dans l'infini, comme si le peintre ne voulait pas raconter son histoire.
Le génie de Klee : Dire une chose simple avec des signes invisibles.
Une note noire monte, monte dans des volutes de fumée et s’éteint dans les mirages d'un désert, des fils invisibles se nouent se dénouent à la vitesse d'un train d'enfer. Les trois cents œuvres exposées au Musée de Cologne coulent de source avec des prouesses de voltige. On disait de Picasso " Un admirable équilibriste (cabotin) des formes". Je dis de Klee " Un splendide funambule dans le cristallin des mouvements authentiques". Architecte de l'éphémère, du ciel au zénith. Prière pour la nuit des lueurs, une douce mélancolie des routes célestes. La transparence d’un diamant Paul Klee est à lui seul l'élément primordial de l'histoire contemporaine. 
Abstrait lyrique - Métaphores irrésistibles. Tu vas, tu viens sans aucune difficulté vers des ondes inconnues. Tu parles délicatement sur les bords des abîmes. Tu frôles l’insolite pour retrouver la grâce et l'extase, comme l'Angelico arrondissant les angles dans son frémissant message sur les bords d'un voile ou d'une adorable figure. A sa façon, tu as découvert le firmament, le temps, l'espace, la mer et le fruit de ses entrailles. Tu entres dans l'énergie solaire comme dans la nuit lunaire. Tu échappes aux sophistiqueurs, à la critique, aux fonctionnaires de l'art. Tu restes dans ton écrin de soie. Tes joyaux dispensent la joie, le renouvellement, l’arbre de vie, le temps qui ne s'arrête pas. Ta création est à elle seule l'élément primordial de l'étincelle. Etincelle du pinceau sur le papier ou de la plume sur la matière.
Une musique s'élève de l'orient, s'emmêle avec des éléments vestiges d'un arrière passé. L'égal des méditations thibétaines, quelquefois l'humour égrené sur des papiers mouillés. Faiseur de lumière, architecte de rêves éveillés. Ton verdict.... Fuir la peste noire, les barbouilleurs et le dernier cru des crétins... Eveillé tout seul dans son jardin merveilleux, il étonne par sa fraîcheur. Elément équilibré, pourtant si fragile, tu es entre terre et ciel. Tellurique, par instant visionnaire, la pleine lune vire au vert, bleu, rouge ou mauve, elle s'engouffre dans le tombeau des plantes, des racines, merveilleux obélisque de la nature. Des nuées enveloppantes, des flèches indiquant l'endroit précis des transfuges terrestres ou célestes. Des transfigurations toujours recommencées jamais définitives. Des sols spongieux avec des résonnances miroitantes. Des structures qui sautent d'un point à un autre dans la lenteur des brouillards aquarellés. Là-dedans, des arrêtes, des fils, des fous volants, des poissons, des constructions indiennes, des plongées sous-marines, des fleurs maléfiques. Il y a cette fournaise ardente, cette " Aura" sur tous les objets, ce geste fuyant sur toute une largeur ou sur toute une longueur de la feuille. La griffure des constructions, des situations rapides comme si le staccato sortait d'un violon ou d'une épinette. C'est bien de musique qu'il s'agit en parlant de l'œuvre de Klee, un quatuor, un duo où le soliste épiloguerait sur des notes aigues acrobatiques ou sérielles. L'apprenti-sorcier officie par la magie du rythme, quelque fois échevelé. Il reste en suspens dans l'atmosphère, où dans l'aquarium de ses rêves, dans un brouillard diluant quantité d’objets. Des élastiques lancés à distance pour attraper les nuées, les maisons, les arbres et des lumières vertes et bleues éclaboussent les terres ocres.
A certains moments, tu imagines une infinité d'objets microscopiques, imprégnés d’eau de buée, noyés dans du coton. Mais regarde un seul élément, tu découvriras un monde particulier parlant à un autre monde. Tu devineras l'espace gazeux entre une inscription cabalistique pour viser un autre espace aussi gazeux que le premier.
Tu ne peux saisir toutes les situations irrésistibles Klee reste seul, artiste immédiat, subtil, fuyant, bondissant comme un cabri dans les broussailles de l'histoire du rêve. Le génie de Klee est fait de sensations subtiles. Impossible d'appréhender les images fugitives.
Combien de sous-Klee atrophiés par une seule de ses visions. Sclérosées, systématiques, ces œuvres restent inférieures jusqu'au bout.
Ainsi Reichel, bon nombre de peintres Allemands, Suisses, Français, même polonais se sont trouvés face à d'immenses difficultés pour continuer une œuvre émanant de Paul Klee. Soit, une dissolution de leurs œuvres à court terme, soit une autre expression rappelant quelques difficiles ascensions de l'œuvre du maitre du Bauhaus. Le graphisme est tellement épuré qu'il s'échappe et rejoint l'élément poétique pur. Comment alors s'immiscer dans les méandres d'un art comme celui-là ? Qu'il s'agisse de sensibilité, les œuvres des suiveurs sont mièvres, sans originalité. Ils confondent sensibilité et sensiblerie avec le sens plus ou moins aigu de la perception de la couleur que possédait Klee. Art très souvent commercialisé parce que plaisant à l'œil, il finit par lasser par ses répétitions - rétiniennes – amusantes - souvent cuisinées par des matières grattées ou superposées, confondent critiques et gens avertis. Les marchands profitent de cette aubaine pour promouvoir d'autres émules. Il est déplorable en ce temps de voir combien l'œuvre de Klee, heureusement sauvée, a été pillée avec un goût effréné de l'emporte-pièce. Qu'il s’agisse de ses premières périodes ou d'autres sources que le peintre suggérait par miracle (voir les peintures abstraites et peintures libres des années 1925-1930)
C'est une malhonnêteté que d’exposer des œuvres rappelant les signes ou les environnements des maitres, encore plus malhonnête que de promouvoir les sous-produits dans un but purement lucratif.

 

- Paul Franck. « De la morphologie de la gravure. » ?????? 
Extrait repris dans le catalogue de son exposition à la galerie Echancrure en 1980.
La gravure possède ses joies profondes, la naissance de nouveaux rythmes techniques, la prise de position d'un monde en perpétuel devenir. Enfin, une germination permanente, grâce aux différentes façons de l'approcher.
La gravure est l'alchimie moderne, l'embrasement technique de toutes les techniques pour faire surgir du dedans de nous, des mondes toujours renouvelés...
La gravure est une technique vivante et morale. C'est le flux et le reflux de la vie qui cherche sa voie par différentes transformations matérielles. Projeter sur le zinc ou le cuivre une vision autonome et originale, une authenticité extraordinaire...
Sur la pointe sèche
Elle a son climat, ses naissances, son rythme bien défini : elle ne suppose aucun repentir sur l'épiderme luisant du métal. Ainsi, l'attache d'un point à un autre, telle une flèche rapide et précise doit se traduire sans reprise.
Les circonvolutions de la pointe à la recherche d'un noyau, les sillons qui changent chaque fois de direction, sont autant de forces motrices activant les barbes aux intersections des traits...
Du vernis.
Les éclaboussures de pétrole ou d'essence sur le vernis provoquent le processus, délire d'interprétation ou délire des expressions internes. Les différentes décalcomanies de vernis frais posés sur deux planches différentes pressées l'une contre l'autre provoquent elles aussi ce même délire que les murs barbouillés de tâches dont parle Léonard [de Vinci]. Il suffit de quelques corrections ou d'une patiente reconstitution dans toute sa vraisemblance pour découvrir un monde encore jamais soupçonné... Le vernis est donc l'élément vivant, la matière fluide la plus enivrante qu'il soit avant la plongée de la planche dans l'acide. Il fixe définitivement une première image par sa morsure irréductible...
L'aquatinte.
L'aquatinte demande l'enveloppement des objets. C'est la plastique de la gravure, les heurts, les stridences des blancs ou la matité des fonds rappellent les pâtes appliquées en peinture. Mais, à l'envers de celle-ci, elles doivent être présentes dans le volume. Le meilleur moyen, c'est de travailler la plaque en imaginant le tirage déjà effectué. De l'âpreté du trait aux délicatesses de l'aquatinte succède le rythme effréné de la texture appliquée en formes personnalisées... 

 

- Paul Franck. 1979. « Quelques considérations sur les marchands d’art ».(Archives Paul Franck / FPLAC).
Exhibant l'incompétence, la rapacité, compromission-lâcheté-truanderie et j’en passe. Ces marchands font exactement partie de ces vendeurs de mauvaises répliques de casseroles anciennes, de la magouille immobilière ou du racket auprès du public au même titre que les vendeurs d'étoffe à l'arraché du marché aux puces. En vendant cette camelote à des prix exorbitant, la plupart ignore les problèmes de l'art, s'en fichant du 1/3 et du ¼, ils s'emparent des peintres ratés et sous-produit pour les lancer sur le marché.
Voilà plus de cinquante ans que l'art périclite sous les mains de ces cancres, de ces piétineurs du soi-disant art.
Alors quelle est la prochaine annonce « Galerie à vendre ? ». Quelle est la prochaine catastrophe économique pour que l'on ne parle plus de magasins ou d'hyper marché d'art ? Levé du rideau 11 heures du matin fermeture 19h. Leurs boutiqueries est un vice du XXème au même titre que les boutiqueries de Lisieux ou de Lourdes. On garde un, deux génies au tabernacle, on vend du sous bon dieu et des sous vierges. On garde le précieux chez soi enfermé dans les placards, on vend la merde au km. On agrippe le passant en lui racontant des boniments, des sornettes à dormir debout, on lui fourgonne un plagiat, une barbouille quelconque. On annonce l'angelus à l'aube pour cracher sur les tombes des génies le soir. On fait semblant d’y croire pour expédier au quidam une ordure compressée, une devanture Klee ou une sornette du dernier bateau. Le putain de marchand est faisandé, macabre ordure digérant très mal l'art, s'emmêlant les pattes à chaque vernissage, bredouillant par trouille, claquant la gueule à celui qui veut parler. Vantard, baratineur galéjeur, rustre ou maquereau. Enculeur des choses sacrées dans l'art, ce poison de notre siècle a contaminé les consciences artistiques, détruit l'essence même de l'art, arrangé à sa façon l’expédient journalier pour le trafic illicite des œuvres.
Requin, faussaire, admirable démolisseur, il reste une des pestes les plus néfastes que le genre humain ait fabriqué pour l'art.
S'il y a barrage depuis les Matisse, Braque, Picasso, c'est que l’effluve de l'art ne passe plus. Déjà ceux-là brandissaient le néant pour pousser l'art dans une voie de garage. Depuis ce temps, la marchandise était au service de ces retords. Trente ans, quarante ans, cinquante viennent de passer avec quelques rares retrouvailles de l'art vrai. Plus les années s'écoulaient, plus les gens prenaient des vessies pour des lanternes par les racontars des boutiquiers aidés des critiques à leurs soldes.
Que de noms fabriqués à l’enseigne" L'art pour tous". Que de farce, de ballon d'essai, de zigotos ficelés dans des officines douteuses à des prix vertigineux. Que de salauds vendant plutôt des lots de triperies, de ferrailles, de tôles ondulées ou des corned-beef en boîte. D'autres fumiers vendent des sous-produits provenant des Malevitch, des Klee, des Mondrian, des Kandinsky ou des Tanguy. Pis encore la vente des sérielles avec boulons enregistrés dans le socle d'un vénérable chêne. Fistules, araignées franchissant les abords des buildings, ou dégustation de saucissons bananes, flans plâtrés ou macaronis en sauce merdeuse, filtrées de lettrines ignobles. Plagia " ZEN" ou plagia Bouddhique.
Il est impensable d'avoir introduit une telle faisanderie sur les marchés, dans les musées après les admirables artistes que nous avons connus.
Par un brusque mouvement reptilien, ces sacrés vendeurs repartent de l’anus espérant en foutre plein la gueule. Revenant 100 ans en arrière avec un sous-produit Cézanne, symboliste, cinquante ans des sous Duchamp, d'autres larmoyant dans leurs magasins les restes des festins Klee et consorts...
La musique dure depuis une cinquantaine d'années. C'est trop. Rien qu'une vaste poubelle putréfiée par la magouille, la faisanderie du changement, les chapelles, l'esclavage de la matière pour la matière, l'art pauvre pour l'art pauvre. Être le mieux placé au-devant de la scène pour emmerder l'autre, le foutre en l'air. Entremetteurs, démolisseurs des arts, il est le seul juge de l'art, le castrateur des valeurs vivantes dans une nation. Accapareurs des biens, violeurs des âmes. Ils influencent historiens d'art, conservateurs de Musées, collectionneurs avertis. Débrousseurs des sources vives de l'art pour les vider de leurs substances. Tout artiste qui ose penser autrement qu'eux ils les cassent. Démolisseurs des êtres sensibles pour les remplacer par des pleutres, des gueulards, des barbouilles ou des fumistes.
Sinistre farce : l'art fabriqué par des parasites jaloux de l'artiste, frustrés par leur liberté. Comme le simple fonctionnaire envieux de leurs libertés, comme le simple fonctionnaire baisé d'être cloué au bureau à la pharmacie ou derrière sa boutique.
Les cartes sont brouillées, la récolte est faussée, empoisonnée, nous ne jouons plus de rôle mais de cobayes. Les moyens artistiques sont dans des fabrications ordinaires. Contradictions, incapacité d’introduire l'authentique, négativité dans l'accumulation des objets. Destruction de l'espace. Implantation absconse. Subordination à agglutiner le subconscient sur n'importe quel phénomène artistique. Falsification du cerveau, du cœur et de l'âme. Extrapolation de données scientifiques, ambigüité entre le réel et l'abstrait ? Farfouillage expressionniste pour l’épouvante ou la brutalité pour étonner. Voilà les faits essentiels qui me viennent à l'esprit.
Quand ce n'est pas la monstruosité voulue pour abêtir le client. Le client dans tout cela ? Un pauvre type illusionné par les panneaux publicitaires. Le baratin, l'acrobatie des mots ou le dépotoir des formules emporte-pièce. Espace - Art vivant - Optique - Surnaturel etc.
La boutique était le temple des amateurs et des collectionneurs, cette boutique commence à s'effondrer, elle attirait par le nouveau ou le retardement, le client : un cocu du jour, il était impossible de casser la baraque à barbouille.
Tout le monde est content, emmène sa crasse, reste le peintre avec 4 ronds en poche, rien dans son atelier, si c'est un raté passe encore, s'il est apte au sentiment, à la sincérité du sentiment, il meurt étouffé dans l'œuf, obligé de se répéter pour la vente jusqu’à la mort. L'Etat prodigue quelques subsides, quelques achats... des miettes... Il est encore capable d'aider l'artiste par des moyens insuffisants. Très peu d'argent pour l'art, sauf pour les ténors qui rapportent à l'état. Ainsi le mercantilisme est une légalité substantielle pour certains margoulins.

 

- Paul Frank. « Essai sur les "Disparates" de Goya et quelques considérations sur l'art », avril 1979 in Agenda, périodique mensuel de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège n° 12, mai-juin 1981.
Situation après les gravures "Effigies Romaines" de 1978-1979.
La faculté d'avoir obtenu une intense expression par le grattoir sur de vieilles planches, m'amène  à prendre en main une série d'estampes sur le thème "Enigmes Papales" mais uniquement à l’eau-forte-aquatinte.
Par hasard, c'est en Avril 1979, que je découvris pour la première fois tout l'œuvre gravé de Goya. Je savais que ce génie était à la fois un immense tacticien de l'humour noir ainsi qu'un organisateur de la pure contestation, mais jamais à ce point je ne m'étais rendu compte d'un tel savoir, d’une telle lucidité, d'une suggestion intense de la création.
Ce type d’artiste, unique en son genre ouvrait la voie vers le robotisme de l'an deux mille. L’implacable ouverture vers des rêves insensés dans les « Disparates » ou les « Proverbes » me clouait sur place. Des transferts névrotiques, para-psychologiques étranglent le spectateur ; jamais le lavage de cerveau n'avait été aussi bien calculé dans les « Caprices » ou les « Désastres de la guerre ». L’épée, le canon, prémonition du tout à l’égout par le presse-bouton nucléaire. J'avais bien remarqué l'une ou l'autre estampe lors de mes différents voyages, mais à ce point fixe d'avoir une masse d'aventures Goyesques devant les yeux m’étourdissaient de plus en plus.
Le somnambulisme, l’exorcisme, les troubles psychosomatiques, l'extermination collective par la politique, les religions, la guerre, tout y passe comme une vague à l'infini. L'énergumène sonde les masses para-démoniaques dans l'horreur, le lancinant engrenage de l'être en mutation par l’étrange force psychologique, quelques despotes irradiés par les malfaisances, les superpositions de gnomes, de putains. L'amalgame pour un défilé de débiles, d’'intoxiqués, de débris humains. Enfin, voilà bien subconsciemment le calcul mathématique et lucide de Goya sur une progéniture à l’état larvaire, gesticulant dans les réduits obscurs de l’humanité.
Reliquat des « Disparates » abrutissement prochain pour les lendemains qui chantent.
Cette vision intempestive, comment rester indifférent devant cette fresque gigantesque ? La technique très simple de l'eau-forte et de la subtile aquatinte est une réelle aventure dans le défilé magique de Goya.
Rien de calculé, mais une implacable insistance sur ces deux techniques jusqu'au bout de sa vie. Revenons, si vous le voulez bien, modestement à la simplicité pour découvrir d'autres mondes. Alors, l'affaire "Papale", histoire à dormir debout, devant les effigies des 264 Papes qui ont accumulé désordres, inquisitions, despotisme, brigandage, luxure et castration. L'énigme Romaine est remplacée par l'énigme Papale avec ses rejets, ses effluves d'affreux, ses bourgeons tentaculaires des Caligula aux Borgia, des ineffables lois de la jungle des Commode, Néron, aux barbituriques empoisonnés du Vatican. Des sièges dantesques des Césars à la foule des délires dans les arènes romaines, comme la férocité de la foi sur les parvis de Saint Pierre. Voilà je pense les résultats de l'histoire. La célébration saturnale est différente mais le résultat est toujours fixe dans les boyaux humains. L'enseignement de Goya, une vision riche avec une technique simple, mais une nécessité d'écrire, témoigner, crucifier, vilipender, stratifier, dénoncer, tout cela avec deux techniques. Quel miracle, quel enseignement. Nous exploitons trop la technique pour la technique. Beaucoup s'acharnent à copier servilement les techniques des maitres.
Aujourd'hui elle n'a qu'une valeur stylistique et spéculative, rien d'autre.
Le souffle n'y est pas, la passion absente, autant copier en tant que compositeur de musique la technique d'un Beethoven. En quoi cela peut-il avancer l'art ? Nous ne sommes pas Beethoven, ni Goya, ni Rembrandt, si l'on juge l'œuvre pour elle-même parce que le créateur a des impératifs internes. C'est qu'il est le narrateur de son temps, des mondes bien à lui, de l'espace, des troubles d'époque, des visions venues de l'intérieur sur des mondes encore inconnus. La coulée de la lave créatrice demande une technique bien appropriée. L'art n'est pas un jeu mais une nécessité interne. Il a son propre champ d'investigation pour un temps de sa jeunesse. Passé ce temps, délivré des contraintes techniques, il doit assouvir l'essentiel, il doit trouver sa véritable voie dans des techniques très réduites. Il est seul maitre de sa matière, de son monde qu'il a établi pour les siècles. L'œuvre qu'il a créée est un être neuf comme une nouvelle plante. Le terreau est le cerveau, l'humus vient d'une autre terre pas comme les autres. Il a été enfanté dans la douleur comme tout le monde avec cette différence que les tares qu'il porte en lui sont illumination ou néant, construction ou crétinisme. Il est peut-être lucide comme il peut être criminel. L'individu est tel qu'il a subi dans sa longue vie plusieurs fluctuations. Goya malade et devenant sourd se perd dans une course effrénée vers l'extra-lucide. Beethoven perd l'ouïe, alors le maitre sublimise ses derniers quatuors vers des exorcismes insensés. Sublimation collective. Musique indienne, Moyen-Age, des colosses merveilleux mais tarés. C'est l'état second en marche, des mélopées célestes, des constructions bizarres, des chants d'outre-tombe ou des mastabas cyclopéens, des exorcismes abscons, des temples pour des termites, des taupes ou des zombies. Aujourd'hui, l'état primaire, l'état grégaire. Par miracle, quelques êtres hors du néant soufflant sur le drame collectif de l'ineptie, de la rengaine par le bas. Or tout a été dit dans le sens du bas. Rien ou presque dans le sens du haut. Visions amorties par d'autres visions. Visionnaires sur visionnaires avant Bosch-Leonardo, après Bosch-Leonardo. Quelques moments de réveils collectifs, vite remis en question, larvaires par quelques usurpateurs démoniaques, quelques fauteurs de guerre, énergumènes, truqueurs, bravaches (la névrose, la folie). Dans ce magma géant, quelques irréductibles s'ingénient à dénoncer, bafouer le pouvoir pour combien de temps encore ?
Les restes s'en vont en lamelles rejoindre des cimetières insondables. Résister à la pression atmosphérique peut-être. Résister à la folie jamais. Il y aura toujours rapsodies Goyesques, il y aura toujours l'enfer Boschéen.
Peut-être un jour la crispation d'un colosse aux pieds d'argile démolira tout sur son passage. La course au suicide collectif, il n'y aura plus que les demeurés qui n'y croiront pas. L'appareil répressif est une science de tous les âges, l'esprit n'est qu'une infinie partie des êtres. Alors d'autres mondes obscurs peuvent encore pointer à l'horizon, d'autres lueurs chargées de haine, de tueries, de pourissoirs, peuvent encore déclencher des justiciers. D'autres forces magiques peuvent encore détruire, réduire, réduction le plus possible comme la confiture sur le feu. Réduction de l'humanité à l'état d'esclavage. Résultat permanent pendant des siècles, les « Désastres de la guerre » de Goya est un implacable exemple contre la stupidité à l'état d'embryon sur un clavier technique d'une admirable simplicité. L'état de grâce du peintre était vivant dans toute la multitude humaine ou fantomatique qu'il pourfendait à la pointe, la résine et le vitriol. L'exemple tenace d'un être placardé par la maladie, la surdité, le réduisait en une sorte de poudrière qui sautait de bacchanales en désastres, de rêveries absurdes en délires guerriers par la seule planche de salut de la VISION.
VISION et non pas technique. VISION et non pas cette crispation de l'artiste qui ne peut plonger dans les sources insondables de la création, à cause d'une technique.
Le perfectionniste est froid et raisonné. Il n'a pas de chair, de vent, d'espace. Il est castrateur au même titre que les Ingres et David.
Castrateur du monde en perpétuel devenir, castrateur des lueurs subconscientes, des lueurs d'enfer terrestre, il est gelé dans la seule plénitude d'une forme raisonnée. Frigorifié dans une viande blafarde, stoppé par ce manque d'origine, d'érosion, d'infiltration visionnaire.
Ce type de peintre est réduit à l'état de stratifié d'époque et de mode.
Hautain et dédaigneux des passages souterrains psychiques, articulant la phrase avec l'abstinence au ventre et au cerveau, plastifiant l’être dans un conditionnement bourgeois et emprunté ; ce genre n'est nullement généreux, il n'est pas dans le mystère, il ne vit que de sa propre contemplation. Il n'est regardé que par le fruit d'une technique châtrée d'antique, avivée par un soudain raidissement d'époque. La castration classique est un épisode dans le concert cacophonique de l'art. C'est un aspect mais non un prolongement, à la longue, il devient le pire des pompiérismes. Extenué dans une chapelle ardente, le classicisme n'est plus qu'une sorte de membre atrophié aux articulations de bois, c'est un mort asphyxié par l'orgueil. En art, l'orgueil et l'avarice sont les mamelles du vide et du néant.

Pourfendeur des analphabètes, des visionnaires, des magiciens, des autodidactes, il n'est plus que le reliquat des Consulats, des Thermidors ou des ratés d'une révolution abstinente et répressive. Il est le fruit d'une condensation de l'antique sans en avoir la puissance et le nerf. Il rentre dans les rangs au pas de l'oie, il vire vers les commodités d'un pouvoir centralisateur, despotique et fasciste. Il est le seul à franchir l'humain pour l'idéalisé comme les cires du Grévin. Il n'est pas vivant, il reste inerte, d'un profond sommeil, il peut couper l'Eros des sources animales permissives de l'instinct. Il est plaqué pour des siècles dans une soumission d'Etat. Il est le seul, à mon sens, admirablement froid et pédant. L'art national socialiste allemand était classique, l'art soviétique également. L'empirisme Napoléonien aussi et l'empire réserve parfois des malaises et des ennuis profonds. Usurpateur, pilleur, détrousseur, carotteur des valeurs étrangères, il digère à la manière d'un monstre, il rejette un amalgame, un succédané d'antique, de reliquat mal compris. Le classicisme est un cerveau qui a mal digéré l'art, il a le relent d'un spartiate, il est empirique, il meurt dans l'œuf d'avoir ingurgité des choses en dehors de lui.
Et si nous allions voir à la lueur d'une torche les envahisseurs des catacombes humains, les Bosch, Uccello, Breughel, Baldung, Dürer, Grünewald, Rembrandt, Goya. Les violeurs, les voyeurs de l'histoire, un monde qui bouge partout, se boursoufle, se recroqueville, se fend en deux, s'extermine. Leurs colts tirent sur l'absurde, l'abrutissement, le désespoir, les lézardes de la vie, le cauchemar ancestral, les rires angoissés, strangulation, banquets aphrodisiaques avec Jordaens, crucifixion de Grünewald, guerres et cerveaux anémiés par le vice et la folie. Ne sont-ils pas plus vivants que les batailles Napoléoniennes, les bains turcs, les angelots de cire, les bricoles du sacré ou les tartines géantes de David ?
Les affreux appartiennent à la marginalité, les autres dans des ciels de laves pour une société théâtrale. Les uns pour les rustres, les autres pour les empires et la bénédiction des béats.

 

-Paul Franck. « Armand Simon au Grand-Hornu » (Colombes Juin 1981) in Agenda n° 13. Liège, Académie des Beaux-Arts, octobre 1981, p. 3.
Son monde délirant est allé rejoindre le Grand Hornu.
Construction bizarre créée plutôt pour la Grèce antique que pour le pays noir... Il n'en avait pas demandé autant pour y contempler ses ruines humides, ses démiurges repus de femmes écartelées, ses torses calcinés, tout son aspect de visionnaire.
L'édifice ?... Subitement un vaste carreau en pierre comme à Epidaure, puis une colonne lézardée ayant fait office de cheminée d'usine. Dans cette vaste pelouse en arc entourée de bâtisses voûtées couleur brique sépia : Une immense statue noire.
Tu étais là, à l'intérieur des salles, véritables catacombes comme dans tes dessins. Ceux-ci paraissaient hermétiques pour le profane mais combien présents. Ils dialoguaient avec la pierre nue.
Des organes trapus, des mains coupées, des sexes lézardés comme la cheminée dans le parc sur les dalles de pierres bleues.
Des vagins cimentés, des poupées digérées par les noirs profonds dans le lointain du papier. Tu ne pouvais agir autrement. Attendre 75 ans, résigné au milieu la forêt vierge de ton jardin de Pâturages.
Je t'ai revu comme en 1946, enraciné dans ton village où tout me paraissait paisible et calme. Ton visage était aussi serein que du papier mâché. Tu avais fini par déguster tout ce qui t'avais permis de t'exprimer dans le fond de ton cœur et de ton cerveau.
Combien d'années as-tu prospecté ces damnées statues de chair moisie, ces orgies digestives avec quelques champignons vénéneux, ces articulations serrées autour d'un cou ou d’un visage fendu. Cette fantastique sarabande de filles aux yeux cernés de sexes masculins. Féerie d'outre-tombe. Tu as déglutiné tout cela entre tes quatre murs de Pâturages. Sans relâche, tu dessinais les traces des terres ouvertes, des caveaux gonflés par l'humidité, des ventres creux, des monstres de pierre pissant un enfant mort-né, ou la déesse en transe devant des nœuds de serpents. Et cette sublime fresque d'Isidore Ducasse "Les chants de Maldoror". Tous les jours tu devinais l'explosion sous-jacente qui te délivrerait de tes phantasmes. Tu appelais les sources telluriques où des affreux sortaient des bras porcins aux extrémités d'une voûte stellaire. Tu attendais patiemment le jour de te montrer enfin.
Je me souviens, en 1946, Chavée t'appeler à corps et à cri pour rejoindre notre groupe de Mons "Haute Nuit“. Tu préférais rester chez toi, pour définir en silence le dessin d'une jambe prise dans une chausse-trape, rongée par le cancer. Au-dessus, une admirable petite gueule de putain. Au coin, un orifice énorme, putride. Tout cela stratifié dans une camisole de force. De nos appels tu n'en avais cure et tu avais raison. Tu continuais inlassablement des souterrains, des larves sortant de partout, férocité de sang séché, d'éclaboussures organiques, d'éclats d'herbes, de têtes fripées aux extrémités. A ce moment, la politique n'existait pas pour toi, J'ai vu tes yeux qui ne demandaient qu'une chose : passer, passer le plus vite possible au-delà de cette pourrie société. Tu ne voulais rien, ni ce merdier pharmaceutique pour t'en sortir, ni les conneries de la consommation, ni les foutaises des gens. Oui, tes cigarettes pour avoir dans la bouche ce goût amer, retrouver tes paysages d'enfer bardés d'éléments curieux. Doucement, tes mains amaigries poussaient le fantôme de cet immonde caveau. Cette terre d'angoisse pour retrouver tes ombres et partir en vitesse les rejoindre.
Tu en avais trop sur les bras et le cœur. Continuer à saluer n'importe qui pour n'importe quoi. Surréaliste mon cher SIMON, dans le plus révolutionnaire. Au-delà du rêve Magritte, celui de Delvaux. Des saboteurs de l'art, des insurgés, des abstractions classiques et le reliquat des méprisants.
Drapé dans ta dignité, je ne t'ai jamais entendu te plaindre sauf pour fustiger les casseurs de la nature.
Tout dans tes dessins était arquebouté dans des lumières d'apocalypse. Tes éléments à la dérive n'appartenaient-ils pas, qui sait, au monde thibétain, chinois ou maya dans l'enveloppement de certains personnages ? Alors à quoi bon pour toi “Hornu" - Pâturages - Thèbes - Acapulco - l'Asie Centrale ?
Tu as voyagé aux environs du Styx, de l'Euphrate ou des forêts de l'Amazonie. L'incroyable s'est fait. Découvrir ton univers. Tu as choisi l'essentiel dans ton œuvre. Le noir et le blanc. L'obscurité et la lumière. L'occulte, le désespoir et l'au-delà dans les ténèbres.
Après des formes rongées par les rats et les limaces dans des ciels de boue, tu nous dis un tout petit espoir dans des champs lumineux du sexe, du végétatif ou de l'humide.
SIMON, un homme calme mais agité intérieurement de dessin pur.
Un monde de soufre, d'empoisonnement et de gravats.
Sur sa table, un amoncellement de lettres, de journaux, de dessins et de mégots.
Est-ce là, ton seul souci de ne tenir à rien dans ce monde absolument absurde ???

 

- Paul Franck, 1983.
Renouveau de la gravure, disent les uns. Renouveau du noir et blanc. Non : renouveau de la suggestion vive, du geste et du climat. Renouveau dans l’obscure tradition et le cruel présent.

 

- Paul Franck in Carnet 1983-1984. (Archives Paul Franck / FPLAC).
J’écrivais, il y a deux semaines, à Marcel Piqueray que l’art depuis l’abstrait tourne le dos à l’humain. L’art est devenu sécurisant, surtout ne pas déranger le spectateur, le faire réfléchir sur sa conviction, c’est trop. Alors, l’abstrait passé où admirer des taches, des croix, des pâtés ; l’audiovisuel ; l’informatique et bientôt l’ordinateur. Ça marche pour l’ineptie et la déco. (…) Quand je montre mes portraits à des amateurs d’art contemporain, c’est un monde. La personne reste interdite, elle ne comprend pas cette démarche. Un fossé. A croire que l’on ne peut, aujourd’hui, franchir certaines limites dans l’expression. (…)

(…)

Il y aura toujours silence autour d’un type qui veut s’exprimer. S’exprimer aujourd’hui est une maladie. En art contemporain, il ne faut plus s’exprimer, il faut barbouiller.

(…)

J’ai souvent constaté qu’un critique d’art ou historien-artiste ayant longtemps manipulé l’art dit abstrait, dit aussi conceptuel, n’entendait plus rien à l’art d’expression. Confusion totale au moment où l’artiste veut s’exprimer autrement. 

(…)

La grande erreur actuellement c’est de renoncer à l’expression. On tâche de compliquer les choses pour un si petit résultat : l’art décoratif.

(…)

L’art est définitivement décoratif depuis plus de 30 ans. Il n’en finit pas de mourir.

(…)

« Le conceptualisme » : la vitrification de l’art.

(…)

Regarde les oiseaux noirs dans le ciel opaque des lueurs étranges.

 

 

 

Texte libre

- Guy Vandeloise. « Paul Franck », édition temps mêlés, n° 109, Verviers, 1971. (18 x 18, non paginé, br. 14 repro. n-b.).

« Un triste bougre se rendait à pied au calvaire de son supplice. Partir. Toujours partir. D'énormes échancrures accusaient sa silhouette dans le vent qui l'emportait à travers tout. Un fruit brûlant s'écrasait sur son cœur de chair, un fruit pareil à cette chandelle que l'on veut souffler et qui ne peut s'éteindre, parce que la fuite du jour est là toute prête à l'envenimer ». Cet « autoportrait », qu'il pourrait retracer aujourd'hui, Paul Franck l'inséra dans la relation d'un voyage en Suisse en 1947 (Archives de l’art contemporain en Wallonie de Liège, « Voyages et conversations Berne-Lucerne-Zurich-Bâle », 28.02.47, p. 10). Trente ans plus tôt, le 4 juillet 1918, il naissait à Gryon, dans le Vaud. Sa mère, de nationalité suisse, étant morte alors qu'il n'avait qu'un an, il rentra à Liège avec son père, Liégeois d'origine, fin 1919. Enfant difficile et particulièrement insoumis, Paul Franck fut placé en pension de 1930 à 1940 dans des établissements catholiques : au collège Saint-Louis à Namur, où il ne resta qu'un an (1930-1931), chez les Frères à Malonne d'où il s'enfuit deux fois (1931-1933), et enfin à l'école Saint-Luc de Tournai d'où il fut exclu en 1940. Dans cet établissement, il poursuivit sa formation de pianiste (commencée dès sa sixième année avec sa tante Yvonne Franck), et de violoniste (dont les débuts remontaient à 1931). Paul Franck n'abandonnera la musique qu'en 1943 ; il apprendra à dessiner, à peindre et à sculpter dès son entrée à l'école Saint-Luc en 1934. Il garde un souvenir ému de son professeur Speybrouck qui, pendant six ans, lui apprit non seulement les rudiments du métier mais l'initia à l'art contemporain, notamment à l’expressionnisme flamand et allemand et au surréalisme, mouvements qui le marqueront profondément. Dès 1937, il réalisa des peintures volontairement frustes et heurtées ainsi que des sculptures où il tenta de rendre le drame humain (et le sien propre) en utilisant une technique proche de celle de Constantin Meunier (L'AVEUGLE (1938), LE COUP DE GRISOU (1939), ...).


Mis è la porte de l'école Saint-Luc de Tournai en 1940, Paul Franck passa la deuxième guerre mondiale dans les grandes villes de Belgique. Après avoir peint des paysages et des compositions dans un atelier situé dans la maison de sa tante à Herstal (banlieue liégeoise), Franck s’inscrivit en septembre 1941 à l'école Saint-Luc de Liège. Il y remporta le Grand Prix de peinture en juillet 1942 avec une PIETA. Cette œuvre, rendue pathétique par l'allongement des formes et par la pauvreté de la matière, manque encore d'originalité.
 

Fin 1942, début 1943, Franck suivit des cours à l'Institut supérieur d'Anvers. Il entra en contact avec Gustave Van de Woestyne qu'il revit dans sa maison d'Uccle durant toute l'année 1943. Nul doute que Franck ait été vivement impressionné par ce peintre de la première école de Laethem-Saint-Martin. Depuis longtemps cependant, il ne faisait plus rien de valable. Le CHRIST AUX TORTURES, peint en 1943, montre l'apport du peintre flamand (Pl. l). Dans cette œuvre dramatique, où Franck s'identifie au Christ, sont employés les moyens plastiques aptes à rendre au mieux le climat souhaité. La composition est heurtée, le dessin schématique est aride et la matière comme desséchée. On remarquera l'importance accordée à l'œil. Chose curieuse, cette obsession de l'œil, que l'on décèle dans tout l'œuvre figuratif de Franck, se trouve chez Van de Woestyne. Paul Haesaerts écrit (P. Haesaerts, Laethem-Saint-Martin, le village élu de l’art flamand, Bruxelles, 1966, p, 167) « cet œuvre est constellé d'yeux ». Certains, et ceux-là nous font penser, tant par leur forme que par leur expression, à ceux que peint Franck, « s'écarquillent, se font immenses et se remplissent de terreur. De tels yeux - mais distendus et injectés de sang - trouent le visage de certains CHRIST EN CROIX. Ce sont alors deux phares qui, sans pitié, braquent vers nous leur lumière aveuglante et froide. Et que disent-ils dans leur paroxysme ? Une sorte d'épouvante devant la perception de la réalité, l'inutilité non seulement du sacrifice consenti mais encore du désespoir devant la prénotion de cette inutilité. Et aussi l'effroi du vide, l'approche de la folie, comme si ouvrir les yeux tout grands et regarder les choses en face était intolérable ». 
Franck avait fait la navette entre Bruxelles et Liège en 1943. En 1944, il se fixa dans la cité mosane. Il y rencontra (dès 1943) Edgard Scauflaire qui, selon Franck, lui donna des « conseils chaleureux » et fit preuve de beaucoup de compréhension à l'égard de ses peintures expressionnistes. Celles-ci furent exposées à la galerie Le Sagittaire à Mons en 1945. Le critique Evrard Denies du Journal de Mons devait noter ; Franck « rend le sombre caractère de notre époque d'incertitude, de misère et de deuil, ou synthétise d'une manière saisissante certains problèmes moraux ou se charge de nous révéler par le contenu tout un monde d'idées ».
Nous connaissons de cette époque un intéressant carnet de croquis exécutés à Herstal en 1945 (Archives de l'art contemporain en Wallonie de Liège). On y trouve des « paysages schématisés, des dessins de fétiches, un autoportrait serré, tendu, d'attaque et sans espoir, et diverses compositions dans lesquelles l'imagination tient plus de place que dans celles des expressionnistes Flamands. Des formes « abstraites », mais profondément senties, restructurent complètement le visage ou le personnage.
 

En 1944, Franck avait été « frappé », selon sa propre expression, par les travaux de Ernst, de Tanguy, de Dali et surtout de Klee. Au même moment, il découvrait, outre Kafka, Céline et Bloy, Lautréamont et Breton. Mais ce n'est « qu'à partir de 1946, l'année où il fit son service militaire à Tervuren, que Franck peignit des œuvres surréalistes. Plus précisément, ses toiles relèvent d'un surréalisme organique proche de celui de Frits Van den Berghe. Rien de mental en effet dans les œuvres de Franck que Magritte n'attira jamais. Tout au contraire, Franck peignit, en matière, des assemblages de membres et d'organes percés de trous (yeux, nombrils, sexes) dont la force de présence et le caractère envoûtant n'échapperont à personne. Ces œuvres sont le produit d'un artiste déchiré par le manque de charité et d'amour, qui tentait, et tente encore, de redécouvrir pour lui et pour tous « un monde nouveau sain, entièrement sain » (Voyages et conversations..., p. 6.) et spirituel. De là cette quête dramatique, « dans le subconscient » de la « perle » ; de là, bientôt, la création en 1951 puis en 1963, des groupes ORIGINE et ORIGINE Il. Plus encore que les œuvres expressionnistes, DERNIERS VESTIGES (1946), TERRE CONFIN DU MONDE (1946), etc., (Pl. 2 et 3) annoncent la production de Franck postérieure à 1962.

Fait intéressant à signaler, plusieurs critiques jugèrent avec à-propos la période surréaliste de Franck. Haurez écrivit (Critique d`une exposition des œuvres de Franck dans la galerie du Sagittaire à Mons en janvier 1948 (Le Peuple)) ; Franck « est une sorte de « rôdeur de confins » qui s'en va, une lanterne au poing, à la découverte de l'inexprimé ou de l’inexprimable... son œuvre nous oblige à descendre au plus profond de nous-mêmes ». Plus tard, le critique Gadenne (Critique d'une exposition des œuvres de Franck au Cercle artistique de Tournai en mars 1948 (Le Peuple)) signale que Franck exprime « cet inavouable que nous avons tous pu ressentir sans oser le traduire ». Quant au journaliste de La Nation Belge, il constate que les œuvres exposées par Franck à Bruxelles « appartiennent plutôt à la forme larvaire. Entendez une sorte de germination monstrueuse d'où sourd un monde animal et végétal d'une morphologie arbitraire ». (Les œuvres furent exposées aux Galeries Apollo à Bruxelles). Critiquant la même exposition, Stéphane Rey écrivit par contre (Le Phare, 27 mai 1948) : « II faut aller voir ça en bande, avec des faux-nez, des mirlitons et des serpentins. Carnaval pour carnaval ! ».
 

Le début de la période surréaliste de Franck correspond avec son adhésion en 1946 au groupe HAUTE-NUIT fondé à Mons par Louis Van de Spiegele. Ce groupe comprenait en outre Simon, Dhondt, Marlier, M. Holyman et Marcel-G. Lefrancq. Formé à la suite des dissidences qui divisèrent dans l'immédiat après-guerre l'école surréaliste hennuyère, HAUTE-NUIT exposa à Mons, à La Louvière et, une fois, à Liège, dans les locaux de l'APIAW (du 12 au 23 octobre 19479). Les membres de HAUTE-NUIT entretinrent d'excellentes relations avec le poète Achille Chavée qui présenta souvent leurs expositions par une conférence sur le surréalisme, et avec le groupe surréaliste de La Louvière (Hélène Jacquet, Pol Bury...). Les peintres montois et Franck rencontrèrent aussi Magritte à Bruxelles, au café de l'Horloge, en 1946 et en 1947. Il y était question, m'écrit Franck, de « définir le surréalisme en tant que voie marxiste » et de savoir si, en fin de compte, « il fallait rester sur les positions de Breton ou se tourner vers le surréalisme expérimental ». Outre ces contacts avec les grands maîtres du surréalisme en Hainaut, le groupe HAUTE-NUIT entretint des relations avec le groupe surréaliste RA de Prague ((lstler (A noter que Istler expose avec un groupe de jeunes peintres tchèques à l’APIAW du 21 au 29 novembre 1946), Lorenc...)), (Franck est toujours en relation amicale avec ce groupe å l'heure présente)  et avec Bucaille, qui fit reproduire HYPOTHESE de Franck dans la revue SURREALISME REVOLUTIONNAIRE (Mars-avril 1948, p. 27).S'il se manifesta surtout par des expositions, le groupe HAUTE-NUIT se préoccupa aussi d’un urbanisme qui, à cette époque comme la nôtre, tendait à transformer les villes en taudis fonctionnels.
[A. Simon, M. Holyman, P. Franck, M.-G. Lefrancq, M.-A. Arnould, A. Chavée, L. Van de Spiegele et F. Moreau signèrent un manifeste contre un proie: de nouvelle gare à Mons. Ils s'y insurgent contre les réactionnaires en art, contre l’art faussement nouveau « modernisme artificiel » et, en particulier, contre l'inhumanité de cette nouvelle gare, cette «boîte à conserve de fumée» qui « ne tient compte ni de la sensibilité, ni de l'œil, ni de la psychologie des gens qui vivront près de la nouvelle gare et des gens qui l'utiliseront. (Archives de L'art contemporain en Wallonie de Liège). ]
Jugeant que le groupe HAUTE-NUIT se préoccupait trop de politique, Franck le quitta en 1949. Son départ doit également être mis en relation avec une évolution sensible de son œuvre.

D'un naturel instable, Franck passa tour à tour les années 1946, 1947 et 1948 à Mons, à Bruxelles et à Liège. Dès 1949, il s'installa à Liège. La même année, il expose seul à Gand des œuvres moins organiques et plus abstraites. Cette évolution se confirme lors de sa participation au Salon Quadriennal de Liège (LES ELEMENTS CONTRAIRES, LE VASE DE SOISSONS) et de son exposition personnelle à la Guilde du Livre de Lausanne (1950). A ce moment, Franck cherche à transcrire directement les impulsions venues de son subconscient. Il participe ainsi à un mouvement important qui, après la deuxième guerre mondiale, s'appuie sur Masson. Mais, contrairement au peintre français et à son émule le plus connu Jackson Pollock, Franck tend à organiser sa toile, à donner à l'œuvre une forme cohérente (RYTHME INDIEN, 1950) (Pl. 4). Dans les peintures de cette époque, V. Moremans (Gazette de Liège, 5 janvier 1950) voit justement « une sorte d'écriture automatique et instinctive qui s'impose à la fois par la multiplicité du coloris et qui est comme la traduction inconsciente d'une rêverie intérieure qui se prolonge indéfiniment ». Et le critique liégeois d'ajouter « c'est par la courbe qui exprime à la fois la grâce, la vie et le mouvement - plutôt que par le trait sec et rigide dont il ne se sert qu'accidentellement, que M. Paul Franck nous dit cette rêverie qui tient du fantastique et de la magie ». Transcrire les données les plus subtiles de l'inconscient, c'est aussi bien, selon l'avis de Franck que reprend G. Peillex, en revenir « à l'élémentaire ; au-delà de la forme, à ce qui précède la forme. D'où ce monde embryonnaire, microbiologique, ces inventions en forme de coupes histologiques ou géologiques, tout un plasma où revient avec insistance la hantise du mystère qui entoure la naissance de la vie » (Tribune de Lausanne, 12 janvier 1950).
 

Au moment où Franck résidait à Liège, la Société royale des Beaux-Arts et l'APIAW organisaient des expositions importantes qui mettaient les artistes liégeois au courant des derniers mouvements artistiques. Ainsi stimulés, les peintres locaux formèrent des groupes, tous aussi éphémères, qui eurent au moins le mérite de créer un climat artistique dans la ville. En 1950, Franck fit partie du groupe expérimental COBRA-REALITE avec Pol Bury, Georges Collignon, Maurice Léonard, Léopold Plomteux et Silvin Bronkart. Leur première exposition, qui eut lieu à l'APIAW en 1950 (du 27 mai au 8 juin 1950), fut présentée par une brochure ornée d'une gravure de chaque artiste. Elle était préfacée par Léon Degand, défenseur acharné, dans les années d'après-guerre, de l'art abstrait. Dans la mesure où, suivant Christian Dotremont lui-même, « Cobra s'étend de l'art abstrait libre au surréalisme libre, de ce qui n'est pas muselière à ce qui n'est pas ouaté », (APIAW, Liège. Réalité internationale des artistes expérimentaux Cobra, s.l.n.d., p. 8) les artistes liégeois pouvaient se réclamer de COBRA. Mais comme l'écrit Franz Hellens, « COBRA avoue pourtant un parti pris, celui du spontané, du brut, du populaire. Ce parti pris est sa vraie capitale, son point de rassemblement » (F. Hellens, « Qu'est-ce Cobra ? » dans La Penne (Liège),   octobre 1951 n° 1, p. 3.). Dans ce sens, plus restrictif mais correspondant mieux à la réalité, les artistes liégeois ne peuvent être intégrés au mouvement COBRA qui se manifesta Liège par une exposition internationale en 1951 (IIe exposition internationale d'art expérimental, Palais des Beaux-Arts de Liège, du 6 octobre au 6 novembre 1951. Le catalogue de l’exposition fut publié dans la Revue internationale de l’art expérimental, n° 10, automne 1951, p. 11-14). Du groupe expérimental liégeois COBRA-REALITE, seuls Bury et Collignon furent invités à participer à cette manifestation. Franck, qui ne faisait déjà plus partie du groupe lors de sa seconde exposition (du 13 au 25 janvier 1951), critiqua sévèrement le Salon COBRA dans un article intitulé « LE VIDE ET L'ART EXPERIMENTAL » (Le Cocotier, Liège, 1951). Il écrit « Cobra n'est que le pâle reflet de la grande lignée dadaïste de 1923 ».

En réaction contre COBRA, Franck forma avec Antoine et René Plomteux le groupe REALITE 2 qui, devait dire S.L. Bourgaux, s'insurge contre l'art fabriqué et l'abstrait décoratif. Un peu plus tard, Franck affichait plus clairement ses positions en fondant le groupe ORIGINE composé de Léna Karji (Hélène Bury), Rener (René Plomteux) et Antoine Plomteux. Ce groupe exposa pour la première fois l'APIAW du 2 au 14 juin 1951. Franck présentait des gravures et six peintures réalisées depuis sa rupture avec HAUTE-NUIT en 1949. Des objets naturels, prêtés par le professeur M. Florkín, figuraient à l'exposition. Par ce rapprochement entre les travaux graphiques ou peints et les objets naturels, Franck voulait prouver que les différentes textures, ligaments, géométries de leurs travaux exécutés à l'aide du subconscient se trouvaient aussi dans « les structures organiques de la minéralogie, voire de la biologie et de la cristallographie ». Dès lors une transcription des données du subconscient devait lui permettre, non seulement de le mettre à jour, mais aussi de rendre compte des lignes de force mêmes des objets, de «recueillir la pulsation des choses ‘à l'origine’ » (L. Koenig, « Présentation du groupe Origine pour sa première manifestation à l’APIAW », 2-14 juin 1951) et de retrouver, en fin de compte, le « moment émouvant du monde où la matière arrive à la conscience et se connaît enfin » (L. Koenig, « Présentation du groupe Origine pour sa seconde manifestation à l’APIAW », 31 mai - 12 juin 1952).

La «descente aux enfers» que Franck tente à l'instar du Christ auquel, nous l'avons vu, il s'était déjà identifié (LE CHRIST AUX TORTURES), est le seul moyen pour «libérer» l'homme ou, mieux, pour le rendre disponible. On soupçonne toutefois Franck de se complaire dans cette « grotte infiniment mystérieuse », dont, écrit-il, Freud « semble tenir les clés » (« L'art en passe du devenir », dans Le Cocotier, Liège, 1950 ou 1951, p. 6). Son art le prouve, et ce texte : « N'est-il rien de plus fascinant que de s'aventurer dans les contrées ténébreuses, une lanterne au poing, visitant les recoins de l’inconcevable, avec la hantise de la trouvaille, grattant les organes humains à la recherche troublante de son essence, glissant entre les broussailles de l'histoire pour trouver des coquillages ou des perles d'une singulière beauté » (ibidem). D'ailleurs, seul compte pour Franck « le démon de la création » (S. Zweig, repris dans L'art et le réalisme socialiste). Seules sont intéressantes les œuvres des peintres qui, à l'instar de Tanguy, Miro, Masson et Ernst mettent à jour «les plus sanglantes images subconscientes » (La place vivante dans l’œuvre d'art, ibid.) ; celles des enfants (« De l'esprit de candeur  dans l’art », ibid.) chez qui «les forces antagonistes conscient-inconscient se présentent presque à l'état pur ; fraîches et naturelles, elles s'expriment dans les dessins à la fois lâchés et consciencieux, coloriés et mouvementés, presque toujours remarquablement composés, débordant d'imagination graphique» (M. Jean. « Histoire de la peinture surréaliste ». Paris, 1958, p.40) et celles des naïfs (« De l’esprit de candeur dans l’art », op. cit. [Il y est notamment question de Céleste Pedoux, artiste naïf liégeois de grande classe, exposé à temps mêlés, dès 1953]) dans la mesure où le naïf est celui qui, à l'âge d'homme, conserve intact le sentiment enfantin de la toute puissance, la conviction que le désir et le réel ne font qu'un » (M. jean, op cit.).

Par sa démarche depuis 1949, Franck suivait «le processus logique du surréalisme dans la non-figuration », ses bases étant celles «de l'automatisme, de l'intuition et de la suggestion ». Franck portait ainsi son intérêt « non pas sur la façon de faire du neuf pour le neuf, mais surtout sur ce que la richesse de la poésie subconsciente peut faire naître encore de nos jours dans le grand problème pictural » (P. Franck, présentation du groupe Origine à Radio-Liège en 1952). Sa démarche, Franck la retrouva avec plaisir chez des artistes suisses (Yersin, Dalvit), italiens (Bai, Dangelo, Bartolletti, Wahren), tchèques (lstler) et argentins (« Sur un nouvel espace plastique » ; « Billet de voyage » ; « Plastíca », dans Le Cocotíer, Liège, 1950 ou 1951). Nul -doute que Franck ait alors souhaité former un grand mouvement international qui se serait opposé aux « peintres abstraits décoratifs ». On lit dans un article consacré à l'art argentin contemporain : « Pour l'Argentin comme pour nous, les distances n'existent pas. Comme un seul homme, nous sommes tous liés par ce même cœur, par cette même chair, par ce même esprit de recherche. Qu'elles soient lumières ou nuits, ces journées ou ces nuits-là doivent être féériques et réconfortantes « pour l'humanité et l'art de demain » (« Plastica », op. cit.).

Durant l'année scolaire 1941-1942, Franck avait réalisé ses premières gravures sous la conduite de Boverie, professeur à l'école Saint-Luc de Liège. En 1950 et en 1951, il suivit à nouveau des cours de gravure à l'Académie de Liège auprès de Georges Comhaire. Franck obtint en 1951 un premier Prix avec la plus grande distinction et la petite médaille du gouvernement. Quelques mois après l'obtention de ces lauriers, fin 1951, il épousait une Tournaisienne et s'installait à Woluwé-Saint-Lambert. C'est alors qu'il suivit les cours d'illustration de J. Minne à La Cambre.

L'année suivante, en 1952, Franck quitta la Belgique pour le canton de Vaud en Suisse. Il y restera jusqu'en 1956, avec un séjour à Paris durant le premier trimestre de 1954. Il y exposa ses dernières œuvres et apprit de Hayter les nouvelles techniques de la gravure, notamment son procédé de l'impression en couleurs.
Durant son séjour en Suisse, Franck exécuta des peintures qui relèvent de « l'abstraction froide » (Pl. 5). Les formes sont rectilignes et les rapports de tons volontairement désaccordés. Si l'on en croit G. Peillex (Tribune de Lausanne, 12 février 1953), qui cite Franck, celui-ci veut toujours remonter à l'origine des choses, « les idées, les phénomènes, les sensations, les mille et une composantes d'une vie organique secrète et mystérieuse lui offrent des prétextes successifs à peindre et, du même coup, à résoudre, à sa façon, les questions qui se posent « à son esprit ». Etudiant l'œuvre du point de vue plastique, le critique ajoute « dans sa matière, sa forme, sa technique, la peinture de Franck a également sensiblement évolué. Dans un très bon sens car nous relevons dans son ensemble excellent des tableaux qui en tant que plastique pure sont de remarquables réussites, et se signalent autant par la beauté des harmonies colorées, l'équilibre des formes et le rythme du dessin, que par un soin du « rendu » et une beauté de matière qui sont loin de nous laisser indifférents ».
Nous connaissons peu de tableaux de cette période. Si, dans l'esprit de leur auteur, elles procèdent toujours d'une même finalité que les œuvres précédentes, elles nous paraissent cependant plus gratuites.

Ne pouvant plus vivre avec sa femme, Franck quitta la Suisse et s'installa à Paris le 2 février 1956. Il y vit encore dans un vieil atelier de Montparnasse destiné, comme tant d'autres, à la pioche. A peine arrivé à Paris, Franck « disloqua le géométrisme » et fit des œuvres tout en passages dans la gamme des ocres et des bruns (Pl. 6). Dans ces toiles, Franck accorde une grande importance aux touches qu'il pose et entremêle savamment ainsi qu'aux rapports des valeurs entre elles. Il s'agit de peintures tendres, sensuelles que ponctuent de-ci de-là une touche d'une tonalité plus forte.

Franck travailla dans ce sens jusqu'en 1962. Mais dès 1961, l'inquiétude, voire l’angoisse, le saisit à nouveau. Franck brûle une de ses toiles préalablement peintes, mais sans la trouer. L'année suivante, la touche devient plus lyrique et la matière plus lourde. A ces peintures correspondent de nombreux dessins non-figuratifs tournoyants, heurtés, agressifs qui relèvent plus de l'écriture automatique que les œuvres faites de 1949 à 1952 (Pl. 7). De ces dessins, exposés à la galerie Saint-Laurent en 1962, L.-L. Sosset écrira (Journal des Beaux-Arts, Bruxelles, 1962) : Franck « nous donne de curieux paysages imaginaires parcourus de trajectoires graphiques lancées dans un espace qui se définit selon les tensions, les heurts et les désintégrations des mouvements de l'écriture. Les effleurements fuyants des traits motivent ainsi, en pleine évidence, le choix du titre : « univers errants ». 
Dans ces dessins et ces peintures tourmentées réapparaissent, fin 1962, début 1963, des êtres mal dégrossis, noueux, tout en nerfs mis à vif, percés «de trous semblables à des sexes de femmes, sans têtes ou surmontés de têtes d'oiseaux (Pl. 8 et 9). Ces « êtres » déchirés, fuyants et agressifs composent des scènes de guerre ou de crucifixion. Mais plutôt que d'événements extérieurs, il s'agît pour Franck de nous donner à voir, comme dans l'œuvre réalisée entre 1943 et 1952, une guerre intérieure d'où il ressort crucifié.
 

Bientôt, le dessin et la peinture ne suffisent plus à Franck. Il brûle les bords du subjectile qu'il perce parfois de plusieurs trous. Il transforme ainsi un certain nombre d'œuvres de la dernière période en corps lourds et embryonnaires. De plus il se sert, dès 1963, d'objets usuels. Les tubes vernis qu'il perça en les brûlant ont l'impact magique des fétiches.

C'est également en 1963 que Franck forma, avec les élèves de son atelier de gravure, l'atelier « 19 », le groupe ORIGINE II. Outre qu'il reprenait le nom du groupe fondé à Liège en 1951, Franck réaffirmait, dans le nouveau manifeste, ses options antérieures. Il s'insurge contre le fait que la gravure se contente « de spécialistes et de répétiteurs patentés. Renouveau de la gravure, disent les uns. Renouveau du noir et blanc. Non. Renouveau de la suggestion vive, du geste et du climat. Renouveau dans l'obscure tradition et le cruel présent. Le cerveau accorde à la main ce que le tréfond de l'être dicte à la matière grise. On stérilise beaucoup dans les centrales artistiques. Nous ne conditionnons que nos impératifs subconscients. C'est tout... Les érosions des continents, nous les supposons, les gifles, les griffes, les échardes, les cancers nous les voyons parce qu'ils sont encore chauds dans notre corps. Nous les voyons parce que présents partout à la fois. Les larves, les insectes bourdonnent autour de nous. Il suffit d'ouvrir les yeux au péril archi-réaliste balancé par le va et vient de la foule humaine. La lâcheté, la honte, la peur thermo-nucléaire. Nous avons pensé écarter les rideaux de l'être sur différentes expressions qui collent encore au cœur et à la mémoire ». Dans un texte de présentation du groupe, rédigé la même année, Serge Hutin (« Confrontations ». Archives de l’art contemporain en Wallonie de Liège) situe clairement Franck et ses élèves par rapport au monde actuel lorsqu'il écrit : « Nous vivons la fin d'un cycle d'un monde et la terrible et difficile naissance d’un autre. Si les œuvres des graveurs du groupe sont tortueuses, rendent compte de tumultes et d'explosions, ce n'est pas par résignation mais pour trouver une issue au tunnel dans lequel on se situe, il faut pénétrer résolument en lui. Ces gravures ne représentent pas seulement l'actuel mais nos grands espoirs ».

Non seulement par son œuvre mais aussi par ses écrits, Franck en revenait, consciemment, à l'idée directrice de son travail antérieur à son départ pour la Suisse. Quant à la mise en forme, elle devient, après 1962, plus personnelle et plus efficace. Dès lors, son œuvre se situe au niveau des plus significatives de notre temps. Témoin ces « Kalcinat » [Un de ces Kalcinat se trouve au Musée de l’Art wallon de Liège], plaques de plastique calcinées (d’où le nom), transformées en corps sans tête, craquelés et percés (pl. 10). Témoin ces œuvres que Franck livra dès 1966 en se servant d'objets usuels en plastique de couleurs et de formes différentes (Pl. 11 et 12). En les brûlant, les découpant et les assemblant, Franck mit au jour des êtres déformés. Poitrail ouvert, reins saillants, intestins torturés, ils se présentent à nous englués dans un monde qui a perdu sa raison d'être.
Ils nous obligent à réfléchir, ils nous supplient de rechercher au fond de nous-mêmes la perle, le vrai sens de notre passage sur terre.

Tout en réalisant les œuvres dont nous venons de parler, Franck continua d'imprimer des gravures. Celles faites dès 1964 ont le même caractère magique que les toiles et que les plastiques transformés en corps ou en fragments de corps humains.
Il s'agit ici plus précisément « d'ex-votos » (sexes, oreilles, seins, pieds, mains) découpés dans des plaques de cuivre ou de zinc, gravés, passés à l'acide et imprimés [Planche reproduite en frontispice]. Ces gravures et celles qui suivront, dont la suite des « armures » peut être classées parmi les plus belles publiées après-guerre (Pl. 13).

En plus des dessins, des gravures et des plastiques, Franck fit, à partir de 1967, de petits et grands collages (Pl. 14). Il en avait déjà réalisé en 1961 mais avait alors rapidement abandonné cette technique. Elle lui permit, plus tard, de réaliser quelques-uns de ses chefs-d’œuvre. On a parlé de Klee à propos de ces collages, non certes pour ravaler Franck au rang de simple imitateur d'un maître qu'il a toujours admiré. Ce rapprochement s'impose par une identité d'écriture, de coloris et d'humour, l'humour de Franck étant toutefois plus grinçant.

Depuis quelque temps, Franck connaît un succès mérité aux Etats-Unis. Il a trouvé là un public longtemps et vainement recherché en Europe. Parti de l'expressionnisme flamand, Franck trouva rapidement dans le surréalisme un mouvement assez proche de lui par l'esprit et assez peu dogmatique quant à la forme pour s'y sentir à l'aise. Proche de Fríts Van den Berghe de 1946 à 1949, le « surréalisme organique » de Franck devient tout à fait personnel à partir de 1962. Franck est, dès ce moment, une des figures les plus importantes d'un mouvement qui sombre trop souvent, de nos jours, dans la fantasmagie pour « midinettes ».

 

 

- Defianas Louis. « Paul Franck. L’artiste - L’homme - Le visionnaire » in Le Miroir du Centre. France, n° 74, novembre 1973, pp 19-20. 

Notre époque concentrationnaire manque de communications, partout l’égoïsme sécrète un univers carcéral qui enferme les consciences et détruit la « Petite Fée Espérance » dont parle Péguy.
Aussi, pour faire connaissance avec Paul Franck (peintre - graveur - dessinateur), m'a-t-il fallu plonger au cœur du sujet pour comprendre le motif et en saisir l’énigme. Là, j'ai rencontré un Homme qui sait choisir et ordonner ses possibilités Son esprit monolithique ne s'enferme jamais dans « l'impasse de l'embarras du choix ». Socialement parlant, Franck est un homme qui ne se laisse jamais accaparer par une autorité ou absorber à des fins douteuses par notre société de consommation étriquée et imbécile. Actuellement, il vit dans une adorable maison de Colombes avec son épouse, l'artiste Michèle Andal. Ce Belge manifeste très tôt des goûts prononcés pour les arts et ses dons se réalisent en piano, violon, peinture, dessin, sculpture, gravure ; notre homme avait de la « branche » en naissant... Mais il faut compter avec son caractère d’insoumis, de gavroche impénitent, il a besoin d'espace et d'idées larges, cela c'est son attache, sa pierre angulaire. Très vite, il quitte le fil d'Ariane où « l'enferme » la triste habitude pour voguer sur N’importe où et Pourquoi pas : improvisant avec l’inspiration dans un temps où la nostalgie désarme notre inquiétude. 1939-1945, les mouvements de l’époque l’entrainent à jeter un regard vierge sur les drames humains et le conduisent à se démarquer du quotidien et de son esprit banal et suffisant. Il prend contact avec les écoles flamandes et allemandes, il en fait le tour et les incorpore « A Vie » à ses projets. Voilà le grand et vrai départ. Selon Nietzsche, « tout artiste est à la fois une plante et un fantôme » ; sans doute cela relève d'une méthode à trois volets édifiée (je crois) par Taine : « Influence de la race, du milieu du moment ». Le talent étant ce qui demeure inexplicable dans la création. Chez Franck, les éléments sont réunis. Il s'exprime en bousculant les principes et les ordres dans un expressionnisme révélateur, c'est le moment opportun pour récapituler l’histoire des formes, car dans la réalité la raison n'est pas une forme qui se soumet, elle se sert au contraire de l'illusion expressive, c'est de l’imaginaire composé où l'œil, maitre de l'esprit, est plus qu'un accessoire dans l’étude des valeurs et des masses ; de cela, Franck s'en rend compte et c’est pourquoi il ramène les formes à l'essence même de la vie et de la mort ; on comprend mieux ainsi ses différents passages de l'Expressionnisme au Surréalisme, du Surréalisme à l’Abstraction, de celle-ci-au Visagisme et ici le retour inéluctable à l'expérimentation d’une nouvelle expression plastique.
Après-guerre, 1946-1947, il adhère au groupe Haute Nuit de Van de Spiegele, mais, opposé au diktat des censeurs, il s'insurge ; puis, en 1948, c’est son passage au groupe des Surréalistes Révolutionnaires qui tendent vers un certain abstrait (nous n'y sommes pas encore, mais des nuances consignent la trajectoire), c’est-à-dire vers une suite du Surréalisme des années 1925-1938 où Servranckx, Magritte, plus tard Delvaux, étaient les chefs de file côté wallon ; Permeke et Fritz Van den Bergh côté flamand.
1950, suite logique : il est introduit dans le groupe « Cobra-Réalité » avec Burv, Collignon, etc. Franck n'aime pas le restrictif, c’est oui ou non, jamais peut-être ; donc, il en sort. Il poursuit ses investigations et se révèle par tranches et impulsions, cette façon de tout traduire par instinct fait de ses peintures, dessins, gravures, une œuvre qui évolue comme un défi à la méthode ; j'ai personnellement gouté l’impression d'un alchimiste qui se serait trompé d'éprouvette et aurait ainsi opéré une rupture organique avec la matière ; comme une intuition originelle.
On s'habitue difficilement à une beauté neuve et dès que le public se flatte d'avoir compris la beauté si longtemps méconnue, elle lui apparait vieille et il n'a d'indulgence que pour le vieux-neuf ; le goût des auteurs a besoin de béquilles ou de références encouragées par l'adhésion des siècles. Mais voilà, après « Réalités 2 », le groupe « Origine » de Franck était trop en avance sur le quotidien, sa recherche allait trop profondément sonder le subconscient, « grotte infiniment mystérieuse » dont Freud semble détenir les clefs initiatiques ; Franck tenait comme possible la perception dans le même temps de notions aussi contradictoires que la Vie et la Mort, le Passé et le Futur, le Réel et l’imaginaire ; son surréalisme désirait atteindre les sources, c’est-à-dire tout ce qui se trame à l'insu de l'homme pour apporter témoignage de la « Spontanéité première de la force primitive » pour lui permettre de reconstruire dans un monde nouveau des formules nouvelles. Mais la grande idée (qui domine encore aujourd’hui) de Franck, c’est de mettre à la portée de nos sens des figures abstraites appelées à la même intensité, au même relief que les autres, pour nous dépayser en notre souvenir. Peut-être, de la sorte, échapperons-nous quelque jour au principe d'identité ? 
1953~1954~1955... L'idée d'association d'éléments disparates se précise, c'est le développement d'une image comme fixée dans l’espace, cette abstraction volante secrète une angoisse métaphysique.
J’aime cette période, car elle me semble révélatrice d'une recherche de clivage, l'espace ne se retranche pas, il s'incorpore à l'objet par la ligne couleur ; le graphisme est une illustration, on y sent un relent de poésie et là je réalise que la réalité est un moyen et une dépendance de la création. Cette époque est riche, c’est la rencontre avec les critiques Seuphor, Gindertael et les peintres belges, les expositions chez C. Allendy avec Klein et Hains.

1956. Après six années en Suisse, Franck s'installe à Paris ; ce départ parisien coïncide avec une peinture abstraite plus lyrique, c'est aussi la dislocation du géométrisme et la découverte d'une œuvre tout en nuances. A la suite du choc produit par l’œuvre de Monet et le contact avec le Japonais Kimura, Franck peint de grandes plages irisées avec des tonalités mauves, rouges, bleues. 
1960-1962 : celle période nuagiste est faite de sensibilité, avec parfois un accent, ou des noyaux dilués projettent un centre d'attraction, un univers de jouissance : cet Art, c'est de la vie concentrée, mais c'est aussi une façon de se démarquer de la sclérose du monde … Chez Franck, l'originalité engendre la contestation des situations ; il lui faut donc redémarrer pour récupérer la matière de son mouvement.
1963 : il brûle alors une ancienne toile au chalumeau ; détruite sur les bords, elle engendre une forme de corps calcinés ; l’idée fait son chemin avec des zincs pour la gravure, des cartons brûlés, des tubes vernissés.
1966-1967. Franck s'exprime aussi par des collages : de grands papiers de soie du Japon froissés el collés à l'aide de l'acrylique, il applique la pâte avec un pinceau ; apparaissent alors des personnages avec de grandes plages pour les fonds.

Mai 1968 : Franck expose à Gand une huile « Révolution » ; avec les artistes, on ne peut jamais savoir où s’arrête le seuil de la prémonition. C’est aussi le temps des solitudes intolérables : il faut vivre en « exclus » dans les ateliers d'artistes que le gros capital tente de récupérer à moindre frais. 55 ateliers sont démolis, Cité d’Arsonval, un seul demeure, celui de Franck et de sa femme Michèle Andal (voir « Miroir du Centre », décembre 1972). La lutte s’intensifie à en devenir atroce ; enfin après la reconnaissance de l’Etat français et le préfet de Paris du bien-fondé de leur lutte, on accorde à P. Franck et à M. Andal un dédommagement substantiel qui leur permet de s’installer à Colombes. Tout naturellement et inconsciemment, car « c’était écrit », Franck revient à un expressionnisme - surréaliste. Ce retour à la sérénité à partir de 1972 prouve, s'il en est besoin, que le calme de l'esprit joue un rôle prépondérant dans la création. Pourtant, ses œuvres ne sont qu’enchaînement de violences, de combats, de défis et d’oppositions à l’ordre abrutissant et conventionnel qui ronge les cœurs et les espérances, toutes ces « formes répressives », tous ces « objets informels et inertes » procèdent du désir de s’extirper de l’absurde et de l’idiotie des formules littéraires et artistiques qui pèsent sur le « destin de l’intelligence humaine et sur le devenir de la création spontanée ».

Nous venons de parcourir cinq évolutions continues de périodes en époques, de rythmes en structures, de nuances en impulsions, on s’aperçoit finalement que quand il est authentique, le talent n’a jamais de rides et encore moins de crevasses. Pour ma part, ce que je trouve grandiose ici, c’est cette façon tragique de lier toute une œuvre à l’angoisse de l’actualité, c’est sinon un cas d’espèce à tout le moins une réaction viscérale contre la manière d’être du monde et de sa représentation.
Paul Franck, ce sceptique, cet individualiste acharné, sait parfaitement exposer ses convictions et ses rancœurs les plus intimistes.
Ainsi, ses « personnages » hors du commun  présentent l’aspect d'une civilisation perdue ou à naitre ; mais la misère qu’ils portent les rend, hélas, à notre humanité ; ils sont comme les révélateurs de notre société en faillite.

Cet homme peut faire peur, car il possède l’art enviable et redoutable de savoir côtoyer les « précipices » pour nous révéler les profondeurs inconnues de notre humanité.
C’est une façon abrupte de nous monter la Terre et ses Enfers.

 

 

- Bernard Jourdan. « Esquisse d’un portrait de Paul Franck ». Non daté [entre 1985 et 1987] (archives Paul Franck / FLPAC)

La nuit tombait. Paul Franck vit de la lumière, entendit des murmures de voix. Il poussa la porte parce qu’il était curieux et pénétra dans une étable, celle où, tout justement, naquit plus d’un messie de la peinture abstraite. Les pèlerins nombreux, se déplaçaient sur la pointe des pieds, parfois s’inclinaient, faisaient mine d’égrener des rosaires. Paul Franck avait fait longue route. Il chercha un coin où prendre quelque repos. Il ne s’attarda point et, grommelant et riant fort, à son habitude, il se remit en route. Il se méfiait des institutions religieuses : il y avait passé toute sa jeunesse en de pieuses cités, s’en était enfui plus d’une fois. Il se fit pianiste et peintre par goût de la liberté. Assez tard, il abandonna le piano, ne garda que la boîte et les pinceaux. Il montra la terre inquiète et les hommes plus inquiets encore. Comment oublier une guerre encore si récente ? Il montra donc la terre et les hommes hallucinés, poignants, coupants comme verre mais hauts en couleur, arrachés à une palette un peu folle.
C’est alors qu’il pénètre dans l’étable messianique. On ne parlait que des « Réalités Nouvelles ». Paul Franck était de nouveau seul mais, comme tout compagnon, prêt à faire route avec quelques-uns, quitte à repartir avec quelques autres. Il demeure, au fond, un être de rigueur et de solitude. 
La gravure, où il est passé maître, est un art de rigueur et de solitude, une inquiétude de tous les instants. Cette inquiétude gouverne le sujet de toutes ses planches qui sont tragiques.
Il y a un quart de siècle, il s’est attaqué à la sculpture. Attaqué est le mot, n’ayant comme alliés que la gouge et le feu. Ces sculptures ne sont pas des formes humaines mais d’étranges totems où nous cherchons, malgré nous, un corps, une tête.
La figure humaine (imaginaire des Césars) est, celle, très réelle, très réaliste, de ceux dont il se sent proche, qu’il sait ou devine proches de lui : les poètes. Ce n’est pas seulement l’amitié qui a favorisé le choix. Franck a peint aussi des poètes qu’il ne connaissait guère, dont l’œuvre ne lui était encore que peu familière et cette étonnante galerie de visages qui n’a pas d’équivalent ; cette réhabilitation du portrait se justifie à la fois par un certain expressionnisme et une profondeur d’analyse, une perspicacité qui sont d’un homme qui a beaucoup vécu et ne s’accommode guère d’illusions. Portraits aigus et lucides, plus que vraisemblants mais prêt à éclater en fragments telluriques, portraits qui sont, en même temps, paysages, pentes de collines, clairières, plaines labourées.
Cette maison de banlieue ce n’est point l’ermitage d’un sage mais cinquante ans de peinture, par chemins, par étapes, par relais, par équipes à l’occasion, mais peinture jamais contemplative, jamais assurée, peinture d’un aventureux, d’un aventurier, la main offerte, méfiant tout de même.

 

 

- Michel Aubert, « Voici Paul Franck », novembre 1987 (archives Paul Franck / FLPAC)
Gueule de reître de Haut Moyen Âge, visage bousculé, taillé comme son art dans le bois brut de nos mondes obscurs, son œil nous fixe : œil rapace, qui patiemment s’enfonce, lacérant notre chair, violant ses apparences et qui dévore lentement, en savourant sa prochaine victoire. Nous nous observons. Il me regarde : Qui peint qui ? Mais qui est qui ?
Chevalier dépossédé, égaré en nos anonymes banlieues, trimardeur jamais las, éternel errant des voies Wallonnes ou Flamandes, Suisses ou Franques. Il veille, vélo au poing, heaume relevé, gardien figé d’un monde de héros sans armure, mais aussi sans victoire, témoins dénudés en nos Babylones modernes de l’ultime survivance d’un dessin barbelé aux pointes acérées, qui, mémoire encore présente, remonte aux confins d’un gothique presque à jamais disparu.
Saluons en Paul Franck un de nos derniers croisés d’un monde sans amour, sans colère et sans Dieu, d’un monde qui se renie, d’un monde apostat !

 

 

- Jacques Kober, 24/05/1989. « Paul Franck » in Wégimont Culture n° 177, septembre 2002, p. 4-6.
Le hasard objectif, cher aux surréalistes nous avait réunis dès 1948 par le truchement de la mise en pages du poète belge Christian Dotremont sur la même page (page 27) du numéro un de la revue Le surréalisme révolutionnaire, lui par une reproduction de peinture titrée Hypothèse et moi par un poème La femme de la rue de la même veine que la prose poétique dont vous entendrez un enregistrement de l'époque dans quelques minutes, mais cette juxtaposition n'était encore que la prémonition, la chrysalide de notre rencontre effective qui se situa dans les années soixante lorsqu'il épousa Michele Andal, alias Lucette Landau, rencontre d'amis exigeants et râleurs qui se concrétisa ensuite dans une œuvre commune lorsque, dans le cadre de son Laboratoire du Portraít il fit de moi quelques dessins rehaussés d'aquarelle, puis en 1986 grava l'un d'eux pour illustrer de mon portrait en frontispice, le livre paru en 1988 auquel cette soirée fait référence : Volatil embonpoint de la mer.
Mais cette aventure des « portraits », dernière étape d'une œuvre sur cinquante ans qui passa par l'expressionnisme, le surréalisme, se révélant presque endémique à la Belgique, puis par différentes sensibilités d'abstraction, tout en permettant que réapparaisse une figuration sublimée ou plutôt « transmigrée », cette aventure où il fonça avec fougue était aux antipodes de l'avatar d'un pompiérisme puisqu'il ose le portrait un peu comme le physiologiste violentant une fonction en préparant ses coupes de tissus, un peu aussi à la façon dont un Francis Bacon par exemple dérape sur ses toiles l’écrasement de ses personnages, coagule leur mise en équarrissage dans et par le stress moderne.
Bien sûr c'était au fond toujours lui-même qu'il peignait, et s'esclaffait-il et ricanait-il du souci des modèles que nous étions - Rousselot, Guillevic, Seghers, Gisèle Prassinos et des dizaines d'autres poètes - que le portrait puisse être photogénique ou même simplement bienveillant. Car Franck était lui-même un écorché vif, assurément bougon mais grave et vulnérable, bon sous l'écorce et ses allures atrabilaires de misanthrope, personnage d'une sensibilité si serrée et intransigeante, d'une sensibilité si combattante et donc agressive, que lui rendre hommage n'est que bien légitime s'agissant d'un artiste sans courbure, d'un artiste en droite ligne de sa vie, sans concession à son art qui était sa seule vérité.
Tempérament profondément révolté, même « anarcho » et Ravachol, de ce que la société est chroniquement à la traîne de l'art, en retard de l'artiste, ne le rattrapant que de façon posthume et peu s'en faut-il qu'il crut que cette société ne se vengeât de son infirmité en prenant en étau l'œuvre dans une mâchoire de requin, la soumettent à la loterie des « coquins », à la lenteur de digestion des bureaux, au clinquant d'une gestion manœuvrière. Parfois il ne décolérait pas de voir l'œuvre tombée au niveau des bonimenteurs du rêve, mise à la discrétion du frôlement des musées à mille pattes !
Donc parfois bougon ou bilieux mais toujours superbe, menant sa vie sans prudence, sorte de condottiere d'une cause perdue mais qui se battait à coups d'œuvres profondément contondantes !
Michele Andal me le confirme en qualifiant sa vie d'homme de la Renaissance, allant au bout de tous les excès, alimentaires et sensuels comme sportifs. Presque jusqu'à la fin, dit-elle, il a mené un train d'enfer, ferraillant son destin du matin huit heures au soir minuit... Être sans concession qui pouvait regarder défiler les paysages et les apparences extérieures sans entamer son essence faite d'ahan de bûcheron et - si l'on veut - d'une démolition d'astres à fabriquer des astres ! Combien ont-ils le cran de mettre leur vie et leur œuvre en conformité avec un art expérimenté sans morfil ?
Ainsi Paul Franck est-il assez inclassable, ayant traversé l'époque sans la saluer, ne révérant que les grands éclairs de chaleur au ciel d'une époque sans chaleur, contempteur, pessimiste mais s'étonnant de l'énormité flamande de la force vitale. J'allais écrire « de la farce vitale » car, haut en couleurs, apostrophant l'indifférence, l’incompétence, la muflerie, la salade mentale et la connerie, s'apostrophant lui-même d'un « il ne reste qu'à crever ! » il garde à la fois de l'Ubu et du Jarry, du mauvais collégien qu'il fut, renvoyé ou indésirable de plusieurs collèges jésuites, piètre « fils-de-famille » mais s'obstinant et triomphant en son parcours buté, toujours à la fois la proie et le Nemrod des vieilles têtes de guignol à la saveur restée pour lui intactes sur cinq décennies ; pêle-mêle le flic et le curé, le pape et le templier, le « traîneur de sabre » et le bureaucrate décoré. … mais en réalité c'est à la Camarde qu'il s'en prend et à ses pourvoyeurs, et quand il accompagne et justifie ses portraits de toiles annexes en agrandissements de détails tel sur une planche pédagogique d'entomologie : contours de faciès desquamés ou squameux, bourgeonnements ou lambeaux, lippes, fanon, bajoues et autres parchemins dont l'âge fait sa lecture préférée, protubérances et truculences accompagnant l'usure de vivre d'une sorte d'éléphantiasis fraternel, c'est en fait les appeaux et les rideaux de la Camarde dont il veut démonter le néant surtout s'agissant de « ses frères » les poètes, dont il nous veut « désépouvanter » par une sorte de travail jubilatoire.
Est-ce en vue d'une purification de l'élan par la scarification et la nécrose ? Il veut ravir son attirail à la Camarde ce « mauvais esprit » liégeois, cet increvable et irrévérencieux gamin qui ne veut rien moins qu'attacher une casserole au suaire, attacher une casserole aux voiles dont la Camarde s'affuble, lui enlever la possibilité de draguer avec ses breloques et coquetteries de fausse vieille, et ainsi rendre à la mort la dignité du coup de hache final, lui rendre la dignité de la peine capitale qu'enfin nous méritons, de même que sa dignité de peintre révélé par son éclair de sarcasme … Tel est en vrai flamand le caractère jovial et jubilatoire, me semble-t-il, avec lequel il démonte sainement, agressivement, le naufrage progressif et nous délivre de l'enflure et de la boursouflure d'exister.

 

 

- Jacques Kober, 19/06/1989. « Paul Franck » in Wégimont Culture n° 177, septembre 2002, p. 6-7.

Quant à son ultime peinture, terminée, trois jours avant sa mort d'une crise cardiaque, il se trouve que c'est une étude de mon portrait gravé dont j'ai parlé plus haut, et où il pensait inaugurer une nouvelle manière de rapports de tons, se rapprochant du tachisme, mais c'est une œuvre assez terrible en ce qu'il peignait sans le savoir sa propre angoisse et hantise, telle une chouette déjà perchée sur une branche de l'ailleurs.
Ainsi une extraordinaire suite de portraits entreprise par un peintre le plus souvent expressionniste surréaliste abstrait mais se penchant sur la géologie des visages comme sur la surface vérolée de quelque lune, tenant son pinceau sans qu'il s'en échappe nulle éclaboussure d'être timoré, défiant sa propre œuvre d'une démarche virile, creusant sous le sillon de l'âge la défroque de l'homme, procède-t-elle à mon sens d'une décision crâne et presque chevaleresque de disséquer la mort dans l'homme mais en même temps révéler l'homme de sa mort, affûter le clin d'œil dans l'asservissement des chairs et une transparence dans les méplats. Ces visages nous renvoient la liberté de juger intacte et donc récusant le charnier, nous y voyons la danse macabre mise au pas par un écho de l'oeillade, et son pied bronchant sur la rocaille de bonté d'une malice.
Franck avait coutume de dire lorsqu'il lui arrivait de s'incliner devant l'œuvre d'un contemporain : « il est très fort le bonhomme ! » et à mon tour de vous dire de lui qui a laissé cette œuvre insultante aux faiblesses, ce pétard inconvenant sous le paillasson de l'au-delà « il est très fort, le bonhomme ! »

 

 

- Serge Goyens de Heusch (dir.) « XXe siècle. L’Art en Wallonie ». La renaissance du Livre, 2001.

Nomade dans l’âme, se partageant entre le Hainaut et Liège avec d’intermittents passages à Anvers et Bruxelles, vivant en Suisse et s’installant enfin à Paris (avec des séjours aux Etats-Unis), Paul Franck poursuivit longtemps diverses études plastiques à Tournai, Anvers, Liège et Paris. Rien étonnant s’il expérimenta divers styles et plusieurs moyens d’expression (sculpture, peinture, collage et surtout gravure) qui témoigne toutefois d’une profonde originalité et s’il participa étroitement à divers groupes (dont il fut pour certains le fondateur selon ses orientations du moment. Ainsi, après avoir été influencé par Gustave Van de Woestyne, il découvrit le surréalisme et se mit à peindre des toiles relevant d’un surréalisme organique proche de l’art de Frits Van den Berghe (« Derniers vestiges », 1946, coll. MRBA) tandis qu’il adhérait au groupe surréaliste du Hainaut, Haute Nuit. Quelques années plus tard, il orienta ses recherches dans le sens d’une abstraction lyrique au moment où il exposa avec les peintres liégeois du groupe Réalité-Cobra. Son art, dont il convient de souligner la qualité de la partie gravée, demeure fidèle à l’évocation d’un univers mi-organique, mi-minéral aux frontières de l’abstraction.

 

 

- Jean-Pierre Rouge. « Paul Franck » in Wégimont Culture n° 177, septembre 2002, p. 2-3.
Jean Dols, José Delhaye, Henri Brasseur, Fernand Steven : année après année notre asbl s'attache à rendre hommage, à tour de rôle, à une figure qui, au cours des trente ou quarante dernières années, a compté dans la vie artistique liégeoise.

Paul Franck (1918-1989) que nous voulons célébrer cette année, est un cas à part. Né en Suisse, éduqué en Belgique, il vécut l'essentiel de sa carrière à Paris - à Montparnasse d'abord, à Colombes enfin. Mais ce personnage sans patrie ni religion avait quelques idées fixes. Ainsi en fut-il de son attachement indéfectible à Liège, où il avait pourtant passé une enfance et une adolescence difficiles ; ainsi aussi de son affection vraie pour quelques amis liégeois - Georges Comhaire, Jacques Nyst, Yvon Adam, Léopold Plomteux, Guy Vandeloise, Armand Silvestre, Dacos et quelques autres - qu'il adorait retrouver lors de ses fréquents séjours en bord de Meuse.
Nomade, Franck le fut aussi dans son art. Traversant les divers courants qui marquèrent la seconde moitié du XXe siècle, il s'essaya à l'expressionnisme, tâta du surréalisme, se hasarda dans l'abstraction, avant de se constituer un langage et une iconographie propres, à l'écart de toutes les influences, issus de son seul subconscient.
La galerie de personnages qu'il fait alors défiler devant nos yeux est constituée d'êtres monstrueux ou difformes, personnages dépourvus d'âme et réduits à la pure apparence, fantômes d'humains, décervelés par une société aliénante et castratrice. Les images surgissent du néant, comme des souvenirs estompés. L'atmosphère est oppressante, l'espace du tableau ayant disparu suite à l'abandon de la distinction sujet-arrière-plan. Le glissement de la forme et du contenu, qui fait que ni l'un ni l'autre ne sont plus à leur place, évoque ce que Georges Bataille, parlant de l'Olympia de Manet, appelle « l'informe ». Il s'agit là d'un véritable acte de sabotage contre l'univers académique et l'esprit de système, les deux dispositions que Franck abhorrait absolument. Ainsi, convaincu de la décadence de l'humanité, Paul Franck met en place une anthropologie de la cruauté, et traite la figure humaine avec un cynisme qui confine au grotesque.
Dans les années 1968-69, Paul Franck réalisa une série de toiles à l'aide de fins papiers chiffonnés, peints et collés. Ces « collages » donnent un surcroît d'évocation aux personnages ainsi créés : la force d'outrage de l'image est encore renforcée par les espèces de scarifications, nées des plis du papier, qui parsèment la surface du tableau. Dans la monographie qu'il a consacrée à notre artiste, Guy Vandeloise, évoquant ces collages, n'hésite pas à parler de « chefs d'œuvre ». C'est cette partie importante de l'œuvre de Franck que nous exposons aux cimaises des Assurances Fédérales.
Mais nous n'avons pas voulu évoquer Paul Franck sans appeler à ses côtés celle qui fut sa compagne, son égérie, son élève, sa complice et parfois aussi sa victime : Michèle Andal, à la fois son double et son contraire. Optimiste et passionnée, Michèle Andal fut la part solaire du couple, et ses aquarelles reflètent toute l'ambiguïté d'une œuvre, élaborée dans l'ombre d'une autre, et qui s'en distingue en la contredisant
Qu'il nous soit permis de remercier ici Lucette Franck-Landau - alias Michèle Andal - de nous avoir prêté les œuvres de son mari qui composent cette exposition. Nos remerciements vont aussi à celles et ceux, amis présents ou passés des deux artistes, qui ont bien voulu nous confier des articles pour cette revue : Jean-Louis Gérard, Denise Guillet, Jacques Kober, Guy Vandeloise.
Notons, pour terminer, que des gravures de Franck et Andal sont exposées au même moment à la Galerie de Wégimont à Soumagne.

 

 

- Vandeloise Guy, juillet 2002. « Paul Franck » in Wégimont Culture n° 177, septembre 2002, p. 4.
Crucifié vivant - dès 1943, il représenta le Christ aux tortures avec ses traits - Paul Franck fut sa vie durant en guerre avec lui-même et avec le monde extérieur. Aussi participera-t-il logiquement des mouvements contemporains susceptibles de le dire dans sa souffrance, sa recherche de lui-même et dans son horreur du monde contemporain... du monde ?
A travers son œuvre, on retrouve les angoisses et les aspirations de l'humanité tout entière. Sa quête, sa plongée nous concerne tous.

 

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