Nicaise Christine - Art Info
Nicaise Christine

Nicaise Christine

Ne en 1952
Collage Dessin Peinture

Formation :- Etudes supérieures artistiques (Sérigraphie, dessin, peinture) Diplôme A1 1981(  /  -  /  ) Liège, Galerie Espérides1982(  /  -  /  ) Ciney, Galerie l’Automne des Jours. Nicaise...

Nationalite : Belgique

Communaute : Communauté française

Lieu de naissance : Grandménil

Disciplines et techniques

Collage, Dessin, Peinture, Aquarelle, Peinture matiériste, Technique mixte (Dessin)

Ecoles et roles

Ecole belge, Ecole namuroise, Ecole wallonne

Mouvements et themes

Abstraction, Abstraction lyrique, Art et écriture

Artistes lies

Aucune relation pedagogique documentee.

Resume

Formation :

- Etudes supérieures artistiques (Sérigraphie, dessin, peinture) Diplôme A1

 

1981
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Espérides

1982
(  /  -  /  ) Ciney, Galerie l’Automne des Jours. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Galerie du Beffroi. Nicaise Christine.
(27/03-25/04) Femmes peintres de la Communauté d’Expression française.
(  /  -  /  ) Jambes-Namur, Galerie Détour.
 (  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Alexandra Monett, City II et Shopping Center, "Langages et messages de femmes"

1983
(  /  -  /  ) Bruxelles, Jardin de Marie. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Rez-de-Chaussée, 28. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine.
(03/12-29/12) Namur, Maison de la Culture. Triennale des artistes de la Province de Namur (3e ). 24 artistes de - 35 ans

1984.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Alexandra Monett.
 (  /  -  /  ) Bruxelles, Centre Culturel Jacques Frank. .Artistes pour la Paix.
(20/08-30/8) Bruxelles,: Confrontation 84.
(  /  -  /  ) Jambes-Namur, Galerie Détour. Actuel 7.
(14/09-30/09) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain – La Châtaigneraie. Multiples '84.
(  /  -  /  ) Liège, Château de Colonster (Sart Tilman). Colonster 84. (Unesco).
(06/10-06/11) Ostende, Stedelijk Museum voor Schone Kunst. Prix Europe 84
(  /  -  /  ) Lodi (Italie), Galerie Il Gelso.
(  /  -  /  ) Tourinnes-Ia-Grosse, .Fête de la St-Martin.
(  /  -  /  ) Namur, Rez-de-Chaussée, 28
(  /  -  /  ) Liège, Société Littéraire.

1985.
(  /  -  /  ) Redu, Le Bateau ivre.
(  /  -  /  ) Lodi (Italie), Galerie Il Gelso.
(  /  -  /  ) Monaco, .Prix d’Art contemporain.
(  /  -  /  ) Namur, Conseil Régional Wallon. Œuvres d’artistes wallons.
(  /  -  /  ) Haltinne, Atelier.
(  /  -  /  ) Brignole / FR, ………………………………. Biennale d’Art contemporain (01e).
(  /  -  /  ) Jambes, Galerie Détour, Différences, même.
(  /  -  /  ) Jambes, Galerie Détour. Petits formats d'artistes,
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer.

1986.
(  /  -  /  ) Bruxelles, M.M.H. Gallery.
(  /  -  /  ) Watermael-Boitsfort, Centre culturel - La Vénerie. Sur les traces de ma jolie.
(  /  -  /  ) Waterloo, Galerie Arcade.
(22/11-31/12) Namur, Maison de la Culture. Triennale des artistes de la Province de Namur (04e ), 23 artistes de-35 ans"
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer.
(  /  -  /  ) Uccle, Académie.

1987
(  /  -  /  ) Mannheim / DE, Galerie Am Kleine Markt. Nicaise Christine.
(25/04-23/05) Namur, Maison de la Culture. Abstractions '87.
(11/09-10/10) Bruxelles, Centre d'Art Contemporain. Parcours.
(  /  -  /  ) Roma / IT, Galerie Artevise, Rome.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Médiatine 87
(  /  -  /  ) Louvain-la-Neuve. 12 heures-12 arts.
(  /  -  /  ) Namur, Cinquante-œuvres acquises par l'Etat.
(  /  -  /  ) Cul-des Sarts, Musée du Petit Format, Cul-des-Sarts.

1988
(juillet) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine. Peinture
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Fontainas. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture.

1989
Prix Grafox, Bruxelles.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie d’Art Actuel. Nicaise Christine.
(15/04-19/04) Namur, Palais des expositions. Le Défi culturel : Arts plastiques dans la Province de Namur depuis 1945.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Crédit communal. Les Droits de l'Homme.
(  /  -  /  ) Liège, Banque de Paris et des Pays-Bas

1990
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer. Nicaise Christine
​(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture. Nicaise Christine. Traces.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie d'Art Actuel.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Médiatine 90.
(  /  -  /  ) Ostende. Prix Europe de Peinture.

1991
(09/05-23/06) Knokke, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles et Knokke. Galerie Willy d'Huysser.
(02/11-10/11) Gand, Kongrescentrum : Lineart ‘91.
(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture. Peintres après 45.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Centre Culturel, La Vènerie.
(  /  -  /  ) Tournai, Maison de la Culture.
(  /  -  /  ) Montréal / CA Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal.

1992
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine.
(30/10-07/11) Gand, Flanders Expo. Lineart Internationale Kunstbeurs.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d'Huysser.
(  /  -  /  ) Bergame / IT. Prix International de peinture.

1993
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d'Huysser.
(  /  -  /  ) Bruxelles. Banque Degroof.
(23/11-30/11) Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique / Musée d’art moderne. Arts pour la vie. Vente au profit de la ‘Fondation pour la Vie’. Prévention du SIDA.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie La Bateau Ivre. 10 ans du Bateau Ivre,
(  /  -  /  ) Paris, Grand Palais. FIAC.
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve.

1994
(  /  -  /  ) Lectoure / FR – Gers, Galerie le Bleu de Lectoure. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser.
(  /  -  /  ) Paris,                                 .Salon Découvertes,
(17/03-27/03) Paris / FR,                            .Salon de Mars.
(  /  -  /  ) Paris / FR, Galerie du Fleuve.

1995
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Madrid / ES, Galerie Almirante, Nicaise Christine. Expo-Barcelone.
(  /  -  /  ) Gand, Galerie Moving Space. Lire objet “Le Chemin”.
(  /  -  /  ) Paris / FR Galerie du Fleuve.

1996
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Bernard Cats. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Bernard Cats.
(  /  -  /  ) Bruxelles. La Vènerie  Matière des mots.

1997
(  /  -  /  ) Bruxelles, Générale de Banque. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Mannheim / DE, Reichsmuseum. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Aachen / DE, Galerie Hexagone, Aachen : Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Pascal Polar. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles Galerie Faider. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Facultés Notre-Dame de la paix. Exposition de groupe.
(  /  -  /  ) Villers-les-deux-églises, Galerie La Muse Hardie.
(  /  -  /  ) Foire d’Art Contemporain.
(  /  -  /  ) Casablanca / MA,                                    Salon des Femmes de la Méditerranée.

1998
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Strasbourg / FR, Foire d’Art Contemporain.
(25/09-13/12) La Louvière. Centre de la Gravure  Un siècle de collage en Belgique.
(  /  -  /  ) Knokke, Galerie ABC.
(  /  -  /  ) Bruxelles, La Vènerie. Matière des mots.
 !!! Est-ce une seconde exposition du même type que celle de 1996 ? Où est-ce un doublon avec erreur de date ? [A vérifier]
(  /  -  /  ) Mont-Saint-André (Lyon) / FR, Galerie Evelyne Guichard.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider.

1999
(  /  -  /  ) Lectoure / FR, Galerie du Bleu de Lectoure, et Toulouse / FR. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Knokke, Galerie ABC.
(  /  -  /  ) Boston / US, Galerie B. Van Sice.
(08/07-22/08) Liège, Musée d’Art Moderne Acquisitions de la Communauté française 1993-1998.
(  /  -  /  ) Ballens-Morges / CH, Galerie Edouard Rock.
(  /  -  /  ) Montréal / CA, Galerie Circa, Montréal.
(  /  -  /  ) Lisboa / PT. Centre Culturel de Cascais / Fondation D. Luis I.

2000
(  /  -  /  ) Anvers, Galerie Serge Scohy : Nicaise Christine.
(15/04-14/05) Huy, Galerie Juvenal / Fondation Bolly-Charlier. Lambillon Jean-Pierre (photos rehaussées), Nicaise Christine, Van Petegem Liliane.
(  /  -  /  ) Villers Deux Eglises. Galerie La Muse Hardie.
(14/05-20/08) Morlanwelz, Musée royale de Mariemont. Féérie pour un autre livre, création dans le domaine de l'art et du livre en Communauté française de Belgique entre 1985 et 2000.
(  /  -  /  ) Coimbra / PT, Mairie de Cantanhede et Cloître.

2001
(  /  -15/02) Bruxelles, Galerie Faider (1e étage). Nicaise Christine. Paper.
(  /  -  /  ) Groningen / NL, Galerie Anderwereld-Jan Katuin. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Den Haag / NL,                                            Foire d’art contemporain

2002
(  /  -  /  ) Groningen / NL, Galerie Anderwereld-Jan Katuin. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Lectoure / FR - Gers, Galerie du Bleu de Lectoure.

2003
(  /09-18/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2005
(08/09-09/10) Bruxelles,  Galerie Faider. Nicaise Christine

2006
Grand Prix de l’ Académie des Arts et des Sciences du Pastel à Toulouse / FR

2007
Invitée d’ honneur à la 3éme rencontre d’Art Contemporain au Cloitre de Condom (France)
(  /  -13/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2008
(  /  -  /  ) Furnes, Galerie Hugo Godderis. Nicaise Christine.

2009
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2010
(  /  -  /  ) Paris, Galerie Linz.
(  /  -26/09) Lectoure / FR, au Bleu de Lectoure, Pont de Pile. Exposition collective
(  /  -22/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2013
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2014
(  /  -  /  ) Wavre, Banque Degroof. Nicaise Christine.

2015
(29/10-05/12) Nicaise Christine, peintures ; Lanc Emile, sculptures. Traces.

2017
(  /  -31/03) Anderlecht, Maison des artistes (14 rue du Bronze). Trois femmes, une rencontre.
(08/06-10/06) Bruxelles, Galerie royales Saint-Hubert / 24, Galerie du Roi. [Sans titre]
(05/09-07/10) Jambes, Galerie Détour. Nicaise Christine.
(01/12-  /  -) Namur, Gery Art Gallery. 20 ans de passion, de galerie.

2018
(11/01-17/02) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.
(22/04) Saint-Gilles, Maison du Peuple. Exposition-vente aux enchères d’œuvres d'art organisée au profit de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés

2020
(05/03-11/04) Bruxelles, Galerie Faider. Christine Nicaise. Récents works.

2022
(18/03-30/04/) Bruxelles, Galerie Odradek (rue américaine 35, 1050). De la matièreFabienne Claesen, Christine Nicaise
(09/09-08/10) Bruxelles, Galerie Zédes. Christine Nicaise. Ataraxia.

Biographie

Formation :

- Etudes supérieures artistiques (Sérigraphie, dessin, peinture) Diplôme A1

 

1981
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Espérides

1982
(  /  -  /  ) Ciney, Galerie l’Automne des Jours. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Galerie du Beffroi. Nicaise Christine.
(27/03-25/04) Femmes peintres de la Communauté d’Expression française.
(  /  -  /  ) Jambes-Namur, Galerie Détour.
 (  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Alexandra Monett, City II et Shopping Center, "Langages et messages de femmes"

1983
(  /  -  /  ) Bruxelles, Jardin de Marie. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Rez-de-Chaussée, 28. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine.
(03/12-29/12) Namur, Maison de la Culture. Triennale des artistes de la Province de Namur (3e ). 24 artistes de - 35 ans

1984.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Alexandra Monett.
 (  /  -  /  ) Bruxelles, Centre Culturel Jacques Frank. .Artistes pour la Paix.
(20/08-30/8) Bruxelles,: Confrontation 84.
(  /  -  /  ) Jambes-Namur, Galerie Détour. Actuel 7.
(14/09-30/09) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain – La Châtaigneraie. Multiples '84.
(  /  -  /  ) Liège, Château de Colonster (Sart Tilman). Colonster 84. (Unesco).
(06/10-06/11) Ostende, Stedelijk Museum voor Schone Kunst. Prix Europe 84
(  /  -  /  ) Lodi (Italie), Galerie Il Gelso.
(  /  -  /  ) Tourinnes-Ia-Grosse, .Fête de la St-Martin.
(  /  -  /  ) Namur, Rez-de-Chaussée, 28
(  /  -  /  ) Liège, Société Littéraire.

1985.
(  /  -  /  ) Redu, Le Bateau ivre.
(  /  -  /  ) Lodi (Italie), Galerie Il Gelso.
(  /  -  /  ) Monaco, .Prix d’Art contemporain.
(  /  -  /  ) Namur, Conseil Régional Wallon. Œuvres d’artistes wallons.
(  /  -  /  ) Haltinne, Atelier.
(  /  -  /  ) Brignole / FR, ………………………………. Biennale d’Art contemporain (01e).
(  /  -  /  ) Jambes, Galerie Détour, Différences, même.
(  /  -  /  ) Jambes, Galerie Détour. Petits formats d'artistes,
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer.

1986.
(  /  -  /  ) Bruxelles, M.M.H. Gallery.
(  /  -  /  ) Watermael-Boitsfort, Centre culturel - La Vénerie. Sur les traces de ma jolie.
(  /  -  /  ) Waterloo, Galerie Arcade.
(22/11-31/12) Namur, Maison de la Culture. Triennale des artistes de la Province de Namur (04e ), 23 artistes de-35 ans"
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer.
(  /  -  /  ) Uccle, Académie.

1987
(  /  -  /  ) Mannheim / DE, Galerie Am Kleine Markt. Nicaise Christine.
(25/04-23/05) Namur, Maison de la Culture. Abstractions '87.
(11/09-10/10) Bruxelles, Centre d'Art Contemporain. Parcours.
(  /  -  /  ) Roma / IT, Galerie Artevise, Rome.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Médiatine 87
(  /  -  /  ) Louvain-la-Neuve. 12 heures-12 arts.
(  /  -  /  ) Namur, Cinquante-œuvres acquises par l'Etat.
(  /  -  /  ) Cul-des Sarts, Musée du Petit Format, Cul-des-Sarts.

1988
(juillet) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine. Peinture
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Fontainas. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture.

1989
Prix Grafox, Bruxelles.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie d’Art Actuel. Nicaise Christine.
(15/04-19/04) Namur, Palais des expositions. Le Défi culturel : Arts plastiques dans la Province de Namur depuis 1945.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Crédit communal. Les Droits de l'Homme.
(  /  -  /  ) Liège, Banque de Paris et des Pays-Bas

1990
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer. Nicaise Christine
​(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture. Nicaise Christine. Traces.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie d'Art Actuel.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Médiatine 90.
(  /  -  /  ) Ostende. Prix Europe de Peinture.

1991
(09/05-23/06) Knokke, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles et Knokke. Galerie Willy d'Huysser.
(02/11-10/11) Gand, Kongrescentrum : Lineart ‘91.
(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture. Peintres après 45.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Centre Culturel, La Vènerie.
(  /  -  /  ) Tournai, Maison de la Culture.
(  /  -  /  ) Montréal / CA Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal.

1992
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine.
(30/10-07/11) Gand, Flanders Expo. Lineart Internationale Kunstbeurs.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d'Huysser.
(  /  -  /  ) Bergame / IT. Prix International de peinture.

1993
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d'Huysser.
(  /  -  /  ) Bruxelles. Banque Degroof.
(23/11-30/11) Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique / Musée d’art moderne. Arts pour la vie. Vente au profit de la ‘Fondation pour la Vie’. Prévention du SIDA.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie La Bateau Ivre. 10 ans du Bateau Ivre,
(  /  -  /  ) Paris, Grand Palais. FIAC.
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve.

1994
(  /  -  /  ) Lectoure / FR – Gers, Galerie le Bleu de Lectoure. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser.
(  /  -  /  ) Paris,                                 .Salon Découvertes,
(17/03-27/03) Paris / FR,                            .Salon de Mars.
(  /  -  /  ) Paris / FR, Galerie du Fleuve.

1995
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Madrid / ES, Galerie Almirante, Nicaise Christine. Expo-Barcelone.
(  /  -  /  ) Gand, Galerie Moving Space. Lire objet “Le Chemin”.
(  /  -  /  ) Paris / FR Galerie du Fleuve.

1996
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Bernard Cats. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Bernard Cats.
(  /  -  /  ) Bruxelles. La Vènerie  Matière des mots.

1997
(  /  -  /  ) Bruxelles, Générale de Banque. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Mannheim / DE, Reichsmuseum. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Aachen / DE, Galerie Hexagone, Aachen : Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Pascal Polar. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles Galerie Faider. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Facultés Notre-Dame de la paix. Exposition de groupe.
(  /  -  /  ) Villers-les-deux-églises, Galerie La Muse Hardie.
(  /  -  /  ) Foire d’Art Contemporain.
(  /  -  /  ) Casablanca / MA,                                    Salon des Femmes de la Méditerranée.

1998
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Strasbourg / FR, Foire d’Art Contemporain.
(25/09-13/12) La Louvière. Centre de la Gravure  Un siècle de collage en Belgique.
(  /  -  /  ) Knokke, Galerie ABC.
(  /  -  /  ) Bruxelles, La Vènerie. Matière des mots.
 !!! Est-ce une seconde exposition du même type que celle de 1996 ? Où est-ce un doublon avec erreur de date ? [A vérifier]
(  /  -  /  ) Mont-Saint-André (Lyon) / FR, Galerie Evelyne Guichard.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider.

1999
(  /  -  /  ) Lectoure / FR, Galerie du Bleu de Lectoure, et Toulouse / FR. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Knokke, Galerie ABC.
(  /  -  /  ) Boston / US, Galerie B. Van Sice.
(08/07-22/08) Liège, Musée d’Art Moderne Acquisitions de la Communauté française 1993-1998.
(  /  -  /  ) Ballens-Morges / CH, Galerie Edouard Rock.
(  /  -  /  ) Montréal / CA, Galerie Circa, Montréal.
(  /  -  /  ) Lisboa / PT. Centre Culturel de Cascais / Fondation D. Luis I.

2000
(  /  -  /  ) Anvers, Galerie Serge Scohy : Nicaise Christine.
(15/04-14/05) Huy, Galerie Juvenal / Fondation Bolly-Charlier. Lambillon Jean-Pierre (photos rehaussées), Nicaise Christine, Van Petegem Liliane.
(  /  -  /  ) Villers Deux Eglises. Galerie La Muse Hardie.
(14/05-20/08) Morlanwelz, Musée royale de Mariemont. Féérie pour un autre livre, création dans le domaine de l'art et du livre en Communauté française de Belgique entre 1985 et 2000.
(  /  -  /  ) Coimbra / PT, Mairie de Cantanhede et Cloître.

2001
(  /  -15/02) Bruxelles, Galerie Faider (1e étage). Nicaise Christine. Paper.
(  /  -  /  ) Groningen / NL, Galerie Anderwereld-Jan Katuin. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Den Haag / NL,                                            Foire d’art contemporain

2002
(  /  -  /  ) Groningen / NL, Galerie Anderwereld-Jan Katuin. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Lectoure / FR - Gers, Galerie du Bleu de Lectoure.

2003
(  /09-18/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2005
(08/09-09/10) Bruxelles,  Galerie Faider. Nicaise Christine

2006
Grand Prix de l’ Académie des Arts et des Sciences du Pastel à Toulouse / FR

2007
Invitée d’ honneur à la 3éme rencontre d’Art Contemporain au Cloitre de Condom (France)
(  /  -13/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2008
(  /  -  /  ) Furnes, Galerie Hugo Godderis. Nicaise Christine.

2009
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2010
(  /  -  /  ) Paris, Galerie Linz.
(  /  -26/09) Lectoure / FR, au Bleu de Lectoure, Pont de Pile. Exposition collective
(  /  -22/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2013
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2014
(  /  -  /  ) Wavre, Banque Degroof. Nicaise Christine.

2015
(29/10-05/12) Nicaise Christine, peintures ; Lanc Emile, sculptures. Traces.

2017
(  /  -31/03) Anderlecht, Maison des artistes (14 rue du Bronze). Trois femmes, une rencontre.
(08/06-10/06) Bruxelles, Galerie royales Saint-Hubert / 24, Galerie du Roi. [Sans titre]
(05/09-07/10) Jambes, Galerie Détour. Nicaise Christine.
(01/12-  /  -) Namur, Gery Art Gallery. 20 ans de passion, de galerie.

2018
(11/01-17/02) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.
(22/04) Saint-Gilles, Maison du Peuple. Exposition-vente aux enchères d’œuvres d'art organisée au profit de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés

2020
(05/03-11/04) Bruxelles, Galerie Faider. Christine Nicaise. Récents works.

2022
(18/03-30/04/) Bruxelles, Galerie Odradek (rue américaine 35, 1050). De la matièreFabienne Claesen, Christine Nicaise
(09/09-08/10) Bruxelles, Galerie Zédes. Christine Nicaise. Ataraxia.

  • Nationalite : Belgique
  • Communaute : Communauté française
  • Lieu de naissance : Grandménil
  • Geographies associees : Leignon

Catalographie

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Bibliographie

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Oeuvres documentees

  • Sans titre - 31/12/2016 - 40 x 40 cm
  • Sans titre - 31/12/2015 - 40 x 40 cm
  • Sans titre - 31/12/2015 - 40 x 40 cm
  • Sans titre - 31/12/2015
  • Sans titre - 31/12/2014
  • Sans titre - 31/12/2009
  • Sans titre - 31/12/2002
  • Sans titre - 31/12/1998
  • Sans titre - 31/12/1997 - 36 x 28 cm
  • Sans titre - 31/12/1997
  • Sans titre - 31/12/1997 - 209 x 94 cm
  • Sans titre - 31/12/1996 - 36 x 24 cm

Acquisitions

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Manifeste

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Interview

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Texte libre

 

- Jacques-G. Watelet, 1987, Christine Nicaise ou la mouvance des tons in catalogue Abstractions 87, Namur, Maison de la Culture (25/04-23/05/1987)

Il en va de l’abstraction comme bien d’autres termes généraux. Ne serait-ce pas une manie de l’esprit raisonneur et ordonnateur de vouloir rassembler sous ce nom des peintures assez dissemblables qui n’ont en commun que de ne représenter aucun sujet ou motif apparent ? Quand la peinture ne prétend illustrer qu’elle-même et ses potentialités, elle devient concrète, plastique pure ou musique chromatique.
Ainsi en va-t-il de la peinture de Christine Nicaise. Sans nier certain lien avec le vécu de la vue, objets ou paysages encore mémorisés et décantés, elle entend se mouvoir librement dans des rythmes nébulaires.
La première surprise, c’est l’abandon du châssis comme contrainte, qui tend la toile, détermine un format et lui donne une épaisseur inutile. Est-ce souvenir de rame de papier suspendue par le haut que ces grandes surfaces d’une toile fine dont le peintre attend la finesse du grain et la matité des tons obtenus par la peinture acrylique ? Ces toiles pendent comme des tapisseries, planes, mates, et libérées des attaches et de toute entrave. Les grandes surfaces sont le théâtre d’un jeu de nuances apparemment monochromes, que ce soit dans la gamme des gris où se cache du rouge, des roses qui n’échappent pas au proche orange, des verts qui s’ouvrent au jaune et au bleu. En observant davantage, on plonge dans un monde de variations, de zones, de nébuleuses que projette une gestuelle large et sensible.
Sur ces surfaces mouvantes, viennent s’inscrire, comme des intervenants subreptices, diverses notations plus brèves : zigzags en éclair du pinceau, formes géométriques indicatives. Parfois éclatent de petites indications - symbole ou esquisses de mot -, qui d’une couleur vive, électrique donnent un sens, un point de repère, un rythme. La signature du tableau s’inscrit sous cette forme subreptice dans un coin de la toile.
On retrouve dans les dessins de plus petit format, cette rapide écriture qui franchit les frontières du fond coloré en lui posant ses griffes.
Il peut paraître outrecuidant de parler de cette peinture qui parle si bien d’elle-même s’il ne s’agissait d’y ramener sans cesse et de proposer un regard plus lucide. Ce qui en est dit pourrait laisser croire à une peinture qui ne tient pas sa surface et s’évade dans la troisième dimension, ou de barbouillage gestuel incontrôlé. Il faut renvoyer à ces tableaux mêmes, où la fougue est sensibilité et les ponctuations une force consciente et maîtrisée, trille ou cri d’ailleurs, éclats brefs et violents sur la basse continue des fonds modulants.
Pour dire ce langage, les grands formats - souvent deux mètres sur deux - sont nécessaires pour entrer dans ce mouvement, cette pulsation qui invite et résiste à la fois.
Le silence y est plus présent qu’un regard superficiel ne pourrait le deviner, et les cris qui le ponctuent sont jetés pour que nous recueillions mieux cette silencieuse mélodie intérieure.
Il y a ici plus de générosité picturale que d’expression angoissée et les solides étincelles vibrantes nous en avertissent. On peut admirer à la fois la qualité de silence et le caractère primesautier des notations et des rythmes.
La genèse de la démarche picturale est curieuse.
Qui pourrait deviner que c’est au cours de séances de modèle vivant dans l’atelier de Marcel Warrand que Christine a redécouvert la peinture, abandonnée jusqu’alors par elle. Chez ce maître qui apprend si bien à voir, elle a retrouvé sensibilité et volonté de se mettre au travail. Avec lui, elle a reconnu que développer un détail, amplifier un moment sont parfois des grands incitants de vision picturale et d’invention. Mais aussi, c’est un réveil du tempérament latent, fougue et sensibilité, geste et chromatisme, nuances et pirouettes, révélant son caractère enjoué.
Si on voulait faire montre de pédantisme historique, on pourrait classer Christine Nicaise dans la catégorie de l’abstraction lyrique. Mais que dit-on par là de sa peinture ? On sait tout au plus comment la ranger dans le placard de notre mémoire claire, mais non du sentiment partagé. Ne vaut-il pas mieux éviter ce classement commode, scolaire, qui dispense de l’effort de rencontre ? Cette rencontre est faite d’un apprivoisement dans le silence que tout mot prétentieux risque de souiller. Mais ce qu’on peut affirmer, c’est que c’est une peintre dans l’âme. Aucun moyen de son expression n’est autre que pictural, sans concession pour le charme facile. Christine est de ces peintres qui bannissent toute superficialité. Chaque geste spontané est le résultat d’une méditation préparatoire, et d’une vue prémonitoire de la composition.
Une oeuvre comme celle-ci nous rappelle que la peinture a toujours à raconter, pourvu qu’elle reste d’abord picturale, sans bavardage. Abstraite ? On veut bien accepter cette catégorie comme une étiquette provisoire, pour l’oublier devant l’oeuvre. Car le vrai et seul concret serait-il seulement le motif, le prétexte ? Pauvre Rubens alors... Il ne serait qu’un illustrateur. Qu’importe donc le sujet sinon comme incitation à la peinture ? Celle-ci a ses ressources et bien des modes à elle de nous parler.
Celui qu’a choisi Christine Nicaise ne cache pas son jeu : il se veut lyrique sans doute, mais peinture avant tout.
Et avec quel brio...!

 

- Eric Fierens, 1990 in Catalogue Christine Nicaise, Galerie Willy D’Huysser, 1991

"N'érigez point de monument. Laissez la rose
chaque année a sa gloire seulement fleurir.
Car Orphée est cela, c'est sa métamorphose
en ceci ou cela. Pas la peine pour nous
de chercher d’autres noms. Car une fois pour toutes
quand cela chante, c'est Orphée. Il vient et va.
N'est-ce donc pas déjà beaucoup, si quelquefois
il passe un jour ou deux sur la coupe de roses.?”… (R. M. Rilke. Les sonnets à Orphée. Ed. du Seuil, 1972)

Est-ce poésie? Est-ce musique? Ou peut-être peinture? Mais n'est-ce déjà pas trop que de vouloir nommer, car regarde-t-on encore? Alors, peut-être simplement écouter le poète et reconnaître Orphée pour ne pas se priver de voir, d'abord. Et découvrir ensuite, tout doucement, comme un voyageur une terre inconnue, des paysages : coulées, taches, surfaces, moirés, gouttes... Crémeuses géographies d'espaces sans nom, car d'aucun lieu vraiment, sinon ceux que le geste a parcourus sur un morceau de toile, pour célébrer seulement ce passage du temps en objet. Minutes, heures et journées, lentement, ou violement parfois, transformées, accrochées à quelques décimètres de coton écru : chaque travail est rythme et, comme lui, ordonné ou aléatoire, serein ou empli d'orages. Plaines de "vient et va", de griffures ou de caresses. Océans où ne voyagent que des marins solitaires pour qui le sablier ne marque jamais qu'une distance dominée, enfin, une unique fois apprivoisée. Parfois, le trait rencontré se veut écriture : l'œil et l'esprit s'emportent alors et se cherchent, recherchent un sens, peut-être une explication. Le temps de voir se fait moment de lecture. Mais non : comme un mirage, l'idée se défait en essayant de se construire. “Une fois pour toutes / quand cela chante, c'est Orphée." Oui. Oui, je sais. Même ces bords libres, cette toile flottante, sans châssis, presque provocante dans notre espace d'Euclide, revendiquent cette absence de contrainte ; mais le temps a-t-il début ou fin ? Ainsi son corollaire, l'espace, rendu à ses dimensions sans limites, sans sens, mais non sans signification. Epreuve d'humilité pour le voyageur qui tente de marquer le territoire, dresser les frontières, baliser l'horizon. Ces paysages-ci ne seraient-ils vraiment que de nulle part? Nul parti pris, pour sûr. Nul but. Non sans loi : géométrie sans autre économie que celle d'éprouver sa propre beauté. Ah, c'est donc beau? “N'est-ce pas déjà beaucoup“? Mais c'est bien plus encore, car cela demeure : comme un cristal de durée, où sont emprisonnés la joie et la peine, la légèreté et la profondeur, l'immense et l'infiniment petit. Ces espaces sont tout cela. Chacun comme une ode différente a ces instants vécus, mais aussi à vivre. Il suffit de se laisser mener par le bout de l'œil. Point de monument, juste un pays inconnu partagé. Un voyage merveilleux que l'on aimerait ne jamais voir s'achever et dont demeurent ces quelques chaudes reliques. Mais écoutez. Ecoutez-les : ne les entendez-vous pas chanter ?

”Oh !/ qu’il doit se bannir pour que vous compreniez !
même s'il souffre seul l'angoisse de quitter
Tandis que sa parole plane encor sur l'ici,
il est déjà là-bas, ou vous ne l 'accompagnez point.
Aux grilles de la lyre, il n'a pas les mains prises,
et toute en passant outre, il ne fait qu'obéir ” (Rilke, op cit.)

 

- Madeleine Van Oudenhove, 1990 in Catalogue Christine Nicaise, Galerie Willy D’Huysser, 1991

Ce n'est que dans l'espace, cette étendue indéfinie, que Christine Nicaise pouvait à ce point faire culminer deux langages plastiques - considérés généralement comme antinomiques - à savoir l'abstraction et le réalisme.
Mais une réalité, ici, dépourvue d'images.
Il n'y a rien de paradoxal à cela : certains murs exercent sur l'artiste un attrait d'autant plus fort qu'ils lui renvoient, tels des échos, des parcelles de ses peintures existantes.
Ces confrontations-confirmations vont galvaniser, des lors, les constructions des toiles - non pas dans les formes (absentes ou plutôt éloignées de leur conception classique) mais dans les divers degrés d'intensité ; fusion de la puissance rugueuse et de la sensibilité pure.
D'où l'importance de la matière et des matériaux, de leur richesse picturale - plâtre blanc lumineux, surfaces presque délavées que des hiéroglyphes ont marquées d'étranges sillons, superpositions d'empreintes ...
Dans l'espace-temps s'inscrit la mémoire -rendue tangible-, résurgence de traces retrouvées, reconnues, indélébiles, qui vont se fondre dans la propre histoire des œuvres.
Longtemps intériorisées, les émotions vont graduellement s'exprimer a travers des gammes de tonalités infiniment délicates, ponctuées parfois d'élans soudains - l'écriture du geste, réponse accordée aux vibrations des plages longuement arpentées.
La vie, le vital, l`amour, imposent... leur omniprésence comme la lucidité n`exclut pas la sublimation.
Et ce n'est toujours pas contradictoire.
Christine Nicaise, arrachant au présent les résonances du passé, a quelquefois recours a des collages papiers de Chine déchirés dont les contours sont forcément et logiquement imprécis.
Or, cette œuvre est particulièrement ramassée, décantée a l'extrême, rigoureusement équilibrée.
Ses aspects lyriques impliquent la dimension du désir et donc la capacité d'émerveillement - une autre qualité soigneusement préservée.
Une autre étendue aussi, entre le calme et les remous qu'engendrent de sourdes angoisses, quasi imperceptibles ...
Les répercussions du monde s'infiltrent dans les interstices de ces immenses peintures laissant, ici et là, mais rarement cependant, apparaître la texture de la toile écrue.
De ces nuances significatives vont jaillir des entités dont les impacts diffèrent car il s'agit à chaque fois d'une nouvelle reconstitution d'alliances.
L'épidermique côtoie les fresques, la spontanéité se patine au contact des distances ...
Le refus des contraintes (autres que nécessaires pour l'artiste) est évident, c'est un échange d'énergies qui nous est offert et -dans ce sens- c'est une peinture de libertaire, de philosophe et, peut-être, de claustrophobe.
Nous avons effectivement le rare plaisir d'entrer dans une démarche picturale très dense et à la fois respirable, ouverte.
C'est subtil et subjuguant.
Comme la lumière, source première des créations de tout grand peintre.

- Madeleine Van Oudenhove, Juin 1999. [trajets] in Catalogue Christine Nicaise. Bruxelles, Galerie Faider, 1999.

Huile de lin, d’olive
bleu de Lectoure, Village de France
fusain qui fusionne dans l'écriture
secret de signes d`azur et d'air
éclatantes transparences de cristal
projetées sur les papiers
absorbées dans les toiles
toutes les résonances du monde
inondent de beautés nomades
transcendées, transcendantales
faisceaux de forces persistantes
taillées dans la matière
des jours et des nuits
rayonnement d`intempéries d'âme
sable mouvant, mouvances
amples mouvements, vagues de fond
profondeur d`océan
espaces interstellaires
du blanc au crépusculaire
nuages en suspend
la main orchestre le rythme des silences
fluidité des ondes, sonorités des tons
couleurs tranchées, couleur café
ocre brun, terre de brûlures
balayées par le mistral des intensités
frémissements froissés
miroir d'eau et d'argile
éclaboussées de lumière
rigueur de rugosité percutante
envol éblouissant
survol de territoires sensitifs
accomplissement vif des songes
perspectives d'osmoses fléchées
vestiges de mélancolies
vertige du vide aussitôt peuplé
champs et chants évocatifs
nébuleuses célestes et célébration limpide
indices de plaisirs entremélés
reliés par des passerelles
parcelles de messages engrangés
résonance de ferveurs
au cœur des origines
splendeur de la délivrance
univers de clarté
qui vibre
libre
libre
libre

- Madeleine Van Oudenhove, Juin 1999. [trajets] in Catalogue Christine Nicaise. Bruxelles, Galerie Faider, 1999.

Il y a des peintures dans lesquelles on entre
et celles qui entrent en vous -
des toiles qui reflètent la lumière,
d'autres qui la gardent -
certains tableaux sont porteurs de mémoire,
la même relevant du témoignage -
l'histoire de l'art
et l'histoire du monde se côtoient,
s'infiltrent dans l'histoire de soi -
créer ou voir une œuvre c'est se souvenir,
de part et d'autre -
il faut parfois des années pour y parvenir,
rompre les digues et les carcans anciens -
le présent est là dans ce bref instant
de la rencontre -
une seconde à peine et tout est clair
dans cet espace dont on ignore tout
sauf qu`une relation, toujours, s'établit,
se multiplie -
ni positivement, ni négativement -
un parcours dans le temps
 la fois simple et semé d`embûches -
la touche comme le doigt pointé
sur l'émotion vive
au bord du pinceau -
il n'y a qu'un pas qui sépare
l'intégration de la fuite
le vide du plein -
ils ne sont jamais loin
l'un de l'autre -
unissant le geste à la toile,
le regard qui s'y pose,
les non-dits qui s'interposent
pour libérer l'imaginaire.

- Madeleine Van Oudenhove. Passages in Catalogue Christine Nicaise. Bruxelles, Galerie Faider, 2003.

La au seuil des mystères s'étend la lagune
entre ciel, nuages et dunes l'aurore réverbére
les étranges brassages bleu clair des passages...
Le vacarme indigo martèle la toile éclaboussée d`azur
Raz-de-marée, trombes d’eau, se mélangent
apaisant les tourments des fêlures
Entre les longues entailles sinueuses et noires
glissent les continents peints
Traversant l'outre-mer, ruisseaux et rivières
s'éternisent les méridiens bleu roi
Secoué, trempé, le cœur sonné émerge de l'étreinte
féconde que le matin inondé
L'acier du vent à contre-courant rejoint les berges
des ombres, teintes d'abîme ultra marin
Les étendues prolongent les fulgurances, les diluent
dans l'éclairage cru de l'éveil
Du fond de ces mouvances rejaillit la source du sens,
ce voyage dans l'inconnu, ancré si fort
dans la solitude de soi
Pour tout bagage les solides liens font corps
avec les intimes merveilles
de tous les subtils passages...

- Madeleine Van Oudenhove (A.l.C.A.) s. l., s. d.

PASSAGES
Aussi loin que le temps puisse permettre sa remontée - tout en évitant les écueils de la fragmentation, du craquellement – donc par urgence (également par patience), l'œuvre s'extirpe du passé, se fait alors pressante, d’où ces fulgurances dans la persévérance des parcours.
Sur la pluralité de structures stables (ce qui se répercute, s'attache, refuse de s'effacer), a la vitesse de l°éclair, passent les images dont seule la substance perdure - visions élaguées jusqu'à la racine des formes pour qu’enfin l'importance, le primordial, puisse investir les espaces.
Les teintes, accordées au dire et à la multiplicité de leurs gradations, s'unissent au champ visuel immense de l'âme et du corps en parfaite symbiose.
Tailler le mur du silence pour, progressivement, décanter des jours et des nuits les blancs profonds et les noirs aigus qui vont s’imprégner dans la toile, s’imbiber dans le papier, tandis que les résonances sinon les stridences ainsi (res)sorties d’un possible oubli se diffusent ou se fondent, s'échelonnent ou s'agglutinent pour rendre quasi tangible l`étendue des perceptions humaines.
Le plus "petit" des formats distille cette particulière ténacité qui résulte de l’obligation intérieure d'exprimer, de traduire, de partager.
Ainsi, la feuille déchirée - pour cause de déchirure voire de déchirement, loin d'être un support, s’inscrit dans une conception de la grandeur, une nécessité vitale, impérieuse.
La splendeur s’instaure et se perpétue à travers des synthèses interférentes dont on ressent les impacts presque comparables a des atomes cosmiques qui se rencontrent, explosent  tandis que les trajectoires s'équilibrent et se complètent.
Seul le choc se rapproche de l'instant, du millième de seconde qui détermine les extrêmes entre la destruction et la création.
L'artiste innove dans le sens où l'intemporel, l’universel, l'emporte sur l’inéluctable disparition.
Plutôt la vie. Elle se révèle et se réveille en éloignant le cauchemar de l’éphémère pour l’anoblir.
D'innombrables indices se profilent comme autant d’omniprésences - il suffirait qu'une certaine radicalité s'introduise dans la rigueur pour que l’évidence des émois et des meurtrissures sombrent dans le récit. Or, les réponses effacent / dépassent les visions et atteignent l‘indescriptible.
Le secret est préservé - (l’)au-delà de l'être s’insérant dans l`écrit (les cris) de mots "interdits" mais qui n’en peuvent plus de se taire.
Bravant l’étouffement, fuyant tous les cloisonnements – exigeant l’informel - ils s'inversent, deviennent langue étrangère ou étrange, qu'on ne peut "lire" (opposé au discours) mais qui impose le langage absolu de l’intégrité, de la complémentarité des vécus de chaque individu.
Toucher sans jamais s’approprier, restituer la lumière pour la relier à l’énergie, indiquer l'indicible passion dont chaque tracé est innervé, s’engager dans les sentiers abrupts des résurgences, se jeter dans le désir  et refuser de faire transparaître ce savoir de l'autre / soi. Tout en préservant l'instinct intact.
Des reliefs indiquent des creux - vagues, remous, mouvances - mais le risque de l'enlisement est d`emblée écarté. La notion de la durée - ce long passage d’un point a un autre, ces partances à partager et ces retours à l`intégralité sans cesse enrichie - nous engage irrésistiblement à rejeter l'enfermement de l'angoisse de la perte.
Tels des leviers, les ouvertures se glissent dans les parchemins d’une sensibilité dont la plénitude et la maturité ont atteint les plus hauts degrés. Le vent du large - celui du rêve éveillé – se soulève alors et vient effleurer les plages inondées de peinture.
Traversant une brume bleutée, des réverbérations grisées éclaboussent l’aube naissante, (trans)lucide, envoûtante, en lévitation …
La respiration devient ample, allégée du poids des tensions inhérentes aux répercussions envahissantes du dehors. Leur résister pour célébrer enfin les vibrations fragiles des choses qui appartiennent au domaine de tous les domaines.
Et puis parfois partir de la terre et investir des aires désertiques pour (re)trouver de nouveaux contours sur la fine pellicule d`une tonalité sable.
Une patine d'huile ou d’ocre d’encre se répand, se propage, s’étend, s`invente d`autres lieux de permanence.
Le fil de la couleur relie les continents de la pensée - à chaque rupture (mais l`harmonie, elle, jamais ne se brise) le signe se pose sur la ligne d’horizon et s’y éternise; il est à la fois le premier et le dernier.
Le geste ultime parachève les longues traversées de la transparence.

 

- Jean-Marie Klinkenberg in Catalogue Christine Nicaise, Le temps et le geste. Bruxelles, Galerie Faider, 1999, pp. 6-7. [Christine Nicaise : de tijd en de handeling, trad. De Alais, pp. 8-9 ; Christine Nicaise : time and movement, trad. De Amélie Lauve, pp26-27] ; repris dans Voir faire – Faire voir. Liège, Les Impressions Nouvelles,, 2010, pp.122-133.

OXYMORON.
La première expérience, devant une toile de Christine Nicaise, semble toujours être celle du contraste. D’un contraste entre deux univers. En une première approximation : celui du sensible et celui du brutal ; du discret et de l’affirmé ; du subtil et du massif.
Le sensible et le discret tout d’abord : c’est le fond.
Les fonds de Nicaise sont de brun somptueux, avec des irradiations de violet ou de bleu électrique ; ils sont de blanc plâtreux avec des halos de fauve, ou des projections délavées. Ce sont encore des incrustations, toutes relevant aussi du doux et du discret : papier japon, film de soie, résille, gaze médicale. Mais l’important est ceci : que rien nia conservé son identité. Tout s’est noyé dans un volume sans limite tranchée. C’est que sur toute couleur et sur toute matière, la peintre a patiemment passé l’estompe - et en cela, bien qu'elle manie surtout l’huile ou l’acrylique, elle est assurément, comme Pirenne et Mambourg, une pastelliste. Les vernis sont passés, patinés jusqu’à la matité ; les couches ont été diluées, frottées jusqu’à la transparence ; les glacis ont perdu toute épaisseur ; aucun coup de brosse ou de pinceau, si tant est qu’il y en a eu, ne se laisse percevoir.
C’est le règne du continu et de l’épuré.
Tout souvenir d’un geste quelconque a disparu, dans une sorte d’absence, où ne vibre plus que l'expérience du ténu. Mais là-dessus, avec une brutalité de tagueuse, Christine Nicaise vous jette du blanc, ou le cru le dispute au dur, ou vous impose du noir, au plus noir de son noir.
Après la fusion, les extrêmes.
Et la limite est nette comme une blessure. L’arraché du pinceau, les coulures, les gouttelettes de la projection : tout atteste l’acte et dit le jaillissement.
Le contraste est aussi dans la texture. Ce blanc nouveau, il est souvent lisse et brillant, il n’est plus que surface, quand le fond est profondeur. Quant au noir, il n’est qu’absence, massive et sans repères, alors que le fond n’est qu’épaisseur.
Contraste ? Dialectique, plutôt. Ou oxymore : .alliance des contraires pour créer un nouveau lieu de sens. Car l’énergie du trait, chez Nicaise, ne réduit pas à rien les longues patiences. Et celles-ci, toutes de méditation, sont du coup la promesse d’on ne sait quel avènement.
Fermeté et douceur ont ainsi, chez Christine Nicaise, fait plus qu’apprendre à coexister ou à dialoguer. Vigueur et délicatesse : désormais deux manifestations sœurs d’une même vie.
ANAMNÈSE
Ce dialogue fusionnel, c’est aussi celui des temps.
Car, brisant la durée d)hier, le cri de l’instant est venu.
Jusque-là, oui, on s’était promené entre de vieux murs, portant les stigmates cicatrisés d’une histoire indécise. On devinait – mais à peine – qu’il s’était passé quelque chose. Quoi ? On ne sait.
Des murmures, des signes lointains, des on-dit. Des pellicules et des esquilles adhèrent à la toile, des fils erratiques la parcourent, des plis la marquent. De quels accidents peuvent-ils bien être la trace ? La mémoire n'en a rien dit. Parfois, un fragment d’anecdote passe : bout de quotidien, ticket de bagage, filtre à café, page d’atlas, carte d’état-major. Mais cette anecdote se tient hors du champ de notre savoir et de nos références : les actions et les obligations, échappées à on ne sait quel séisme boursier, sont celles du temps des colonies, le journal, en langue de Babel, renvoie à une actualité à jamais étrangère, le filtre est sans emploi. Et la carte, barrée d'une frontière effacée, à quel improbable territoire donne-t-elle accès ? Et ce fil collé - mais mal collé - à quoi mènerait-il si d’aventure on le suivait ? Des étoiles mortes nous envoient leurs messages, lumières d’années.
Et surtout, des écritures mystérieuses investissent ces manuscrits. On les reconnait pour telles, mais elles sont illisibles ; elles se contentent d’affirmer qu’il y a du sens, sans rien révéler de ce sens.
Ainsi, chez Nicaise, une peinture de la trace ne cesse de nous dire qu’elle vient de quelque part, de quelques zone primordiale et magmatique de notre existence, zone à laquelle nous n’avons pas accès, si ce n’est par le songe.
Et puis, d’un seul coup, l’aujourd’hui se dit avec netteté. Dans le geste, et dans la puissance du surgissement.
Le fond, c’est la longueur du temps. L’énergie du temps, condensée dans l’immédiateté, c’est la forme blanche ou noire. Dans l’immédiateté, la matière a repris ses droits contre l’histoire. L’assertion contre la rumeur. L’instant contre l’éternité.
ÉPITASE
​L’instant. Devant une toile de Christine Nicaise, je pense souvent à cette scène, entr’aperçue dans un village endormi d’Orient.
Une cour, délimitée par un mur bas, même pas gardée par une porte entrouverte. Un vieux lettré à genoux sur la galerie de bois du patio. Passant sur le chemin, je pouvais le voir, immobile, courbé sur son papier fragile, l’épais pinceau à la main, dans l’attitude de concentration extrême qui est aussi parait-il celle du pratiquant des arts martiaux. Au-dessus du bourg ensoleillé, vibrait une énergie muette. Repassant au même endroit une demie heure après, je vis le vieil homme dans la même posture attentive. Mais tout à coup, la main du calligraphe se mit en mouvement. Fulgurance. Et dans l'air, toute tension avait soudain disparu. L’œuvre était faite.
Il y a quelque chose de cette expérience de la contention et du geste dans la peinture de Nicaise. Oui, je m’imagine volontiers la peintre, penchée sur cette toile où l’histoire s’est oubliée jusqu’à se nier. La peintre est immergée dans l’épaisseur de l’attente. L’inquiétude et l’hésitation sont elles-mêmes devenues un bloc solide.
Et soudain, c’est la trace vive, dans laquelle l’être s’est jeté. L’orgasme peut-être. La tension tonique a basculé dans la tension cinétique. Mais ce sont bien là deux tensions : celles de la vie, encore. Sœurs encore.
LOGOS.
Autre preuve de l’union. Que ce soit par la peau usée de ses vieux murs ou par ses assertions massives, c'est toujours grâce au verbe que Christine Nicaise insuffle vie à sa toile : graffitis, inscriptions muettes, lettres malhabiles, tracés aux directions multiples, mentions parcellaires, ratchatchas, brachylogies, craboudjas, glyphes, kanas, runes.
Ce que lion trace ici, ce n>est pas le mot qui désigne, énonce et qualifie, et qui dès lors stabilise et enferme. Mais le verbe total, immanent et primaire. Le signe absolu, dont les fragments renvoient indistinctement au n’importe quoi du monde. Les palimpsestes de Nicaise sont les mille échos des mille voix de l’univers. Ce sont des paroles. Non point secrètes, mais jouissant pleinement de l’existence avant toute structuration. Le bruissement est lointain, le présent est ici.
ici le verbe se fait matière.
Et ce faisant, le verbe advient à l'écriture. Cette écriture qui, dans l’histoire de l’humanité, représente un effort inouï pour réconcilier l’irréconciliable : disséminer la langue, qui n’est que temps, à travers l’espace ; donner corps, épaisseur et volume, à cette langue qui n’est que linéarité.
La peinture de Christine Nicaise participe bien à ce pari. L’écriture y est partout : dans le fond réfléchi comme dans la forme agie. Et, pour signifier cette prégnance, elle investit aussi ces marges où la peinture parle habituellement d’elle-même - dates et signatures - et qui ont ici cessé d’être marges, participant désormais au temps du grand énoncé.
La nécessité de dire est dans les deux tensions : à la fois dans la méditation et dans le geste.
ZEUGMA.
Le verbe s’est fait matière. Mais la matière s'est faite cosmos. Car si l'histoire de l’humanité semble avoir laissé sa trace sur la toile de Nicaise, le substrat sensible de cette histoire y est aussi.
Tous les éléments primordiaux semblent en effet y avoir été convoqués : la terre, l’eau, l’air, le feu.
La terre d’abord, la plus évidente des présences. Avec ses rousseurs, ses champs de tabac, ses nudités et ses ombres, et ce sang bruni qui a abreuvé des sillons oubliés. Les eaux, qui meuvent les bleus et les gris et qui, venant parfois prendre la terre d’assaut, rendent ses rivages à jamais mobiles. Et qui dialoguent sans cesse avec la terre et l’air. Car ce sont aussi des bleus d’étoile, des bleus d’œdèmes, des bleus d'ardoise. L’air. Car les fonds ont privilégié la légèreté, et, de plâtre, leurs blancs sont aussi blancs de lait ou blancs de lune. Le feu enfin. Car la toile vit aussi de brulures sans formes et d'ardeurs hésitantes ; et l’on y perçoit aussi la lueur de quelque astre lointain.
La toile de Christine Nicaise s'étend ainsi aux dimensions de l’espace. D’ailleurs, elle a refusé la contrainte du cadre : ses tensions sont ailleurs, et n'ont point besoin des châssis. Elle vit librement dans l`espace, au gré de l’humidité et des forces physiques qui animent sa texture. Et même : quelques fils de trame ont échappé à la chaine.
Cette liberté n’est pas maniérisme : elle répond à une nécessité. Car une peinture qui pratique comme celle-ci la coïncidence des opposés devait nécessairement récuser l’opposition classique du dedans et du dehors.
La toile jouera donc du hors-champ.
C’est que Christine Nicaise, peintre des extrêmes, aime travailler aux extrémités et se jouer des limites. Parfois elle ramène à l’intérieur de son cham ces marques qui d’habitude bordent et bornent. Telle ligne, faussement conclusive, telle mince bande jaune ou rouge, qui semble appartenir à une autre toile, d’un autre peintre peut-être. Souvent, elle construit sa surface en partie double : anneaux symétriques, polyptiques. Mais de frontières, elle n’en trace jamais que pour mieux les franchir.
La toile est dès lors comme le lieu où vient s'achever, dans l’apparence, quelque chose qui vivait en dehors. A moins que ce ne soit le contraire : la toile, qui dit mais sous-entend plus encore, fait vivre ses contenus à l’extérieur d’elle-même.
APOTHESE.
Conclure ? Non. Conclure, ce serait comme imposer un cadre à une peinture qui lia refusé. Ce serait arrêter une œuvre dont on a vu qu’elle était de mouvement, mouvement de l'histoire et mouvement du geste. Ce serait donner un sens univoque à ce qui revendique de vivre dans la pluralité, la tension et la dialectique.
Ce serait clore ce qui est ouvert. Proposer des médiations, toujours provisoires, voilà qui fait de l’œuvre de Christine Nicaise – dont on dit volontiers qu’elle est toute de sensibilité - une œuvre d’intelligence. Tant il est vrai, comme le dit Flaubert, que « la bêtise consiste à vouloir conclure ».

 

- Louis Colaux, 28/07/17 in http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2017/07/28/christine-nica...

De l’artiste peintre Christine Nicaise, il faut parler à voix feutrée, dans une poussée dominée de souffleur de verre, d’elle, il faut parler comme d’un poème de soie, d’un oiseau presque soluble dans l’air, d’une fragile et brûlante bulle de cristal.

D’elle, dans l’œuvre qu’elle édifie, ceci d’abord m’a puissamment bouleversé, ceci m’a retroussé l’âme comme une layette d’enfant mise à sécher. L’artiste a perdu le conjoint qu’elle aimait passionnément. Comme une Pénélope nouvelle, douloureuse, veuve, une inédite Pénélope dont l’Ulysse est en invisible voyage autour d’elle, en suspension dans ses parages immédiats, Christine Nicaise sertit dans ses nouvelles œuvres des traces de lui, elle incorpore à ses travaux de toile, dans sa geste picturale nouvelle, des éléments graphiques de son passage, des signes, des caractères, des traces. Elle crée, dans une complicité amoureuse déchirante et sublime, des œuvres dans lesquelles son amour vit, dans lesquelles son palpitant amour est recueilli et se manifeste. Elle reçoit, en hôtesse amoureuse et passionnée, son amant dans l’univers intime de sa création, dans l’univers appelé à s’avancer à la rencontre du monde. Le précieux, le grandiose, le vital d’un amour déchiré se recomposent désespérément, s’inventent poétiquement, se survivent aux travers de ces mains qui retiennent, agrègent et suturent. Je n’ai pas vu, de ma vie d’amoureux des tableaux, de plus poignante, de plus inspirée traduction artistique du magnifique poème d’Eluard.

Il s’est mis, au fond de moi et de son propre gré presque, à légender les nouvelles œuvres de Christine Nicaise.

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

Voilà cette œuvre qui m’étreint le cœur et qui dit avec son déchirement et au-delà de sa douleur ce poème et ce vers décisif : Toute caresse toute confiance se survivent.

Ainsi, Christine Nicaise, dans ses toiles habitées, dans ses célébrations picturales, retrouve-t-elle, invente-t-elle, après et à travers le terrible d’une épreuve insurmontable, le sacré amoureux. Voilà celle qui dit à son amour qu’elle crée encore par lui, en lui. Voilà celle qui reçoit ensemble dans son atelier la peine, la fièvre et le l’inspiration et compose avec elles des œuvres qui font naître en nous de la reconnaissance, les effets d’un charme délicat et indispensable comme l’oxygène, quelques indices d’amour ému à l’attention de la belle artiste. Et c’est à cette envoûtante eucharistie amoureuse que d’abord j’ai cherché à rendre grâce. Rien n’est important, il me semble, comme de chanter, de louer ce qui nous touche intensément, nous éclaire, nous atteint par la chaude bienfaisance d’une lumière. La lumière, la fervente humanité, la palpitante qualité du message amoureux et artistique, l’intensité délicate et bouleversante produites par l’œuvre de Christine Nicaise me traversent, m’éblouissent, m’éclairent  et m’élèvent. La rencontre d’une œuvre, lorsqu’elle se vit dans l’intensité, ne saurait se limiter à un strict bénéfice intellectuel ou esthétique. Une œuvre nous est aussi un soutien, une émotion physique, une présence fébrile, une caresse, un supplément de grâce, le moyen d’une résistance à la lassitude, à l’angoisse et au renoncement.  C’est tout cela à la fois que je veux brasser ici, dans ce salut enthousiaste, respectueux et empressé que j’adresse à l’artiste. Et le vers d’Eluard, dans le prisme de l’œuvre de Nicaise, se répand alors sur un mode exponentiel : Toute caresse toute confiance se survivent.

L’œuvre est bien plus vaste que ce que j’en dis ici, plus longue dans le temps, elle possède un large spectre que je n’ai pas encore identifié.  Je viens de l’entrevoir par ce bord sublime que j’ai dit. Je viens d’y succomber. Je veux dorénavant la découvrir dans son entier, dans son histoire et dans sa diversité. C’est sur ce chemin que je suis. Mais d’emblée, j’ai voulu, dans l’irrépressible élan d’affection que l’artiste nous inspire à Suzy Cohen et à moi, témoigner tout de suite de la lumière reçue et partagée. A présent, mon désir est de cheminer un temps avec l’œuvre, de rencontrer et d’entendre l’artiste. Je rendrai ensuite compte de ces événements et de la grâce qui les enveloppera et que je pressens.

 

- Roger Pierre Turine, Bruxelles, 8 juin 2003 in Catalogue Nicaise. Bruxelles, Galerie Faider, 2003.

Elle aime les mémoires qui laissent des traces. Sur le sol, sur un mur, sur du papier, dans l'espace même des choses, des gens et du temps.
Elle aime les matières qui brûlent comme des braises au large d'un vaste champ en jachère.
Ces matières diverses qui, de conserve, donnent à ses toiles une densité presque immatérielle, et néanmoins indispensable.
Elle aime sans aucun doute les longues méditations sur la fugacité des sensations plus encore que des réalités, si passagères et qui nous habitent.
Eprise de liberté, pour elle comme pour sa toile d'ailleurs, elle a l`inquiétude native et la modestie inexpugnable. Et son trop plein de tendresses, de désirs, de doutes, d'urgences sur lesquelles s'épandre, elle le consigne en des peintures parfois monumentales, toujours puissantes et secrètes, qui chantent une âme aux abois des souffles vitaux. La vie en elle et autour d'elle, ça la concerne, comment en douter !
Quand j 'ai rencontré Christine Nicaise pour la première fois, elle n'était pas à son aise. Un peu comme si un intrus tout à coup menaçait son destin de solitaire en quête d'images des abîmés de l'inconscient. Un peu comme s'il allait lui falloir se dévoiler d'un seul tenant alors que la vie, sous peine de drames annoncés, vous apprend à retenir par devers vous mots et couleurs mêmes. A paraître sans trop apparaître.
La rencontre pourtant s'est fort bien passée. Avec des mots et avec des couleurs, avec ce petit rien qui fait la différence et vous abjure de laisser votre inquiétude au salon quand la vérité de l’atelier parle de soi.
Avide d'espaces de liberté, Christine Nicaise n'apprécie cependant pas plus les contraintes extérieures que les enfermements volontaires et moins encore ces abandons tragiques qui vouent tant d'artistes a se complaire dans ce qui plaît et, finalement, saute aux yeux de tout un chacun comme autant d'images faciles à ingérer.
Elle ne peint pas sur un chevalet ou une table, mais tout le corps arc-bouté vers un sol sur lequel repose, encore vide de tout, une toile à emplir de fulgurances, spatiales, intemporelles. Conclues, ses toiles ne seront pas davantage encadrées comme tant de leurs semblables mais, au contraire, laissées « flottantes »› comme pour mieux appréhender et habiter d'amplitudes leurs cimaises d'un jour ou de toujours.
Elle aime les matières et les signes. Techniques mixtes ou l'huile et l’acrylique font corps avec un papier marouflé sur toile. Où les couleurs - souvent des noirs et des bruns, parfois du blanc, incidemment du bleu, du rouge - tracent des intuitions ou ces palpitations méditatives qui, tels des arrêts sur l'image, vous brossent des épanchements, des respirations, des confidences, sa foi en la valeur du non-dit trop formaliste.
Giclées de sang, bannières ou icônes contemporaines, les peintures de Christine Nicaise apaisent ou crucifient, c'est selon. Comme la vie et son quotidien, si divers parce que si changeants. Son art est à la fois gestuel et spirituel. Il l'est profondément dans les deux cas de figure quand, exprimé par des jeux de taches et de formes, ces taches et ces formes se font croix ou chemin.
Nicaise ne trace rien au hasard : qu'il serait sot de le penser ! Tout lui vient d'images demeurées en elles, plaques rouillées et vieillies, lumières célestes, murs délavés. Des images qui, surgies de l'immensité de ses songeries, la mettent en demeure d'attaquer un tableau, un dessin. Elle travaille beaucoup, régulièrement mais sans horaire préétabli, sous le coup d'une nécessité.
Le pli pris, la voilà désormais en commerce constant avec l'œuvre entamée. Ça peut durer des jours et des jours... « Ça tourne en rond dans ma tête », dit-elle. L'acrylique et l`huile agissent de mèche quand elle distribue ses couleurs, les frotte, les gratte, revient à la charge, soustrait, rajoute, «y va ». Un combat et lequel !
Il y a donc eu le déclic du démarrage, l`image enfouie et resurgie, laquelle, le travail démarre, disparaît souvent à nouveau, les images mêmes de la toile en cours d'évolution réglant désormais toute l'addition. « Je me bats ! », confie-t-elle. « jusqu’à ce que je sente tout à coup que j'en ai fini, qu'un équilibre s'est installé entre le sombre et le coloré, les ombres et la lumière, entre les formes elles-mêmes. Je ne peux expliquer ce moment-là. Sinon qu'une nouvelle peur m'étreint alors en songeant déjà à la toile suivante... ».
Vous le remarquerez aussi, il y a des écritures ici et là dans certaines des toiles. Des écritures, oui, mais ne cherchez point à les comprendre. Elle sont partie intégrante de l'énigme plastique. Elles sont geste et abstraction. Sachez toutefois que si Nicaise n’avait point peint, elle aurait sans doute écrit.
Le besoin d'expression colle à la peau de qui en emplit sa vie.
De qui, comme elle, éprouve le constant souci de tutoyer, d'apprivoiser la lumière et l'ombre incidente ou portée.

 

- Suzy Cohen, 28/07/17 in http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2017/07/28/christine-nica...

Elle peint
Biche embarbelée
Dont le nez cherche
En vain
Le vent
Ivre de térébenthine
Elle déchire
Elle gratte
Elle arrache
Elle peigne
Elle durcit
Tout reste
En suspension...

 

Jean Marie Klinkenberg, de l’Académie royale de Belgique. L’art et la matière. Promenade sémiotique à travers l’œuvre de Christine Nicaise
Conférence donnée à l’occasion de l’exposition de Christine Nicaise à la Galerie Odradek, le vendredi 22 avril 2022.

Comment ne rien dire des œuvres en prétendant en parler.
Il semble que, lorsqu’on parle de peinture, et plus généralement d’art plastique, on n’a guère le choix qu’entre deux types de propos.
On a d’un côté (et c’est le cas le plus courant), le commentaire inspiré. Le verbe s’y exalte jusqu’à l’ivresse. Les mots s’y bousculent. Dans le meilleur des cas, ces commentaires tentent de reproduire avec des moyens verbaux les impressions que l’œuvre a suscitées sur celui qui l’a regardée, tentent de mimer cette œuvre par les mots. Mais toujours, il s’agit de superposer un poème à cette œuvre. 
Le deuxième type de discours est celui qui entend remonter aux causes. Il tente de pointer la source cachée de l’œuvre. Et cette source ne peut être qu’inspiration et génie, ou encore une souffrance, ou un désir. Le discours se perd alors dans le dédale des pulsions et des intuitions.
Les deux discours semblent très différents : le premier est tenu en aval de l’œuvre : il entend éclairer sa réception. L’autre se tient en amont : il veut rendre compte de sa production.
Mais, quand on y regarde bien, ils traduisent une même attitude, c’est un même point de vue qui les inspire. Ils se fondent en effet tous deux sur l’idée — qui reste implicite bien sûr — qu’on ne peut parler de l’œuvre qu’en en sortant. En en sortant soit vers les effets qu’elle produit ; en en sortant soit vers ses sources lointaines. Et ils se rejoignent pour suggérer qu’il y a derrière l’œuvre un mystère à déchiffrer, un secret à dévoiler. Et que ce dévoilement n’est possible que grâce aux rites d’un langage inspiré.
Mais que fait-on, alors, de ce qu’il y a entre la source et les effets ? L’œuvre elle-même ? Paradoxalement, cette œuvre est devenue secondaire. Elle n’est qu’un point de départ. Un simple passage, qui mène vers l’endroit où gît le mystère, qui seul est digne d’attention. Au total, en tenant ces deux types de discours, on méprise en fait la peinture, la sculpture, l’installation, les arts plastiques en général. On ne fait rien d’autre, en effet, que les nier, puisqu’on les traite comme s’ils n’étaient qu’un prétexte. En prétendant les servir, on fait d’eux un obstacle, puisqu’on entend les dépasser, sous le prétexte de les serrer au plus près. 
Qu’on s’entende bien : je ne condamne pas, comme on va le voir, la recherche de la source, et encore moins la description des effets. Toutes ces démarches produisent assurément du sens. Et il est même possible que ce sens ait quelque chose à voir avec celui de l’œuvre. Car, bien sûr, prolonger l’œuvre en parlant de ce qu’elle a suscité en nous, ou tenter de la faire témoigner d’une personne ou d’un destin, c’est toujours dialoguer avec elle. Mais il faut souligner que ce dialogue ajoute du sens au sens de l’œuvre. Il ne dit rien de ce premier sens.

Alors, de quoi parler ?
Si l’œuvre n’est pas (pas seulement) un lieu de traversée vers autre chose qu’elle, alors qu’est-elle ? Et comment parler d’elle, au lieu de parler de ce qui passe par elle mais n’est pas elle ? 
La réponse est sans doute dans le fait qu’elle est la manifestation d’un langage. Comme toute actualisation d’un langage, une œuvre — tableau, sculpture, installation, édifice… — est une machine à produire du sens, à l’aide de formes. Voilà ce dont il faut rendre compte : de l’association d’une forme et d’un sens. 
S’il faut rendre compte, avec objectivité, de ce qu’est l’œuvre en tant qu’œuvre, c’est donc de son langage qu’il faut parler.

Mais de quelle nature est ce langage ?
Il est fait des deux seules choses que nous ayons à notre disposition quand nous regardons une toile, que nous assistons à un film, que nous caressons une sculpture. Ces deux choses sont : de la matière et du corps.
Du premier côté, donc, la matière, que nous sommes appelés à percevoir. Ce sont des textures, ce sont des formes, des dimensions, des positions, des orientations, des volumes ; nous percevons des reprises, des constructions, des rythmes, des concaténations ; nous observons des dominantes chromatiques, des niveaux de brillance, des degrés de saturation ; nous saisissons des contrastes, des vibrations, des mouvements et des volumes… Tous éléments qui sont comme l’alphabet du langage de l’œuvre. Et c’est en rencontrant cette matière, en nous emparant des lettres de cet alphabet que nous reconstruisons ce qui devient un énoncé et qui a du sens.

Mais quand je dis « nous », de quoi est ce que je parle ?
D’abord de notre corps : nos yeux, notre toucher, notre odorat, notre proprioception, la position que nous occupons dans l’espace. Ce corps est actif. Voir, en effet, ce n’est pas se laisser aller à une perception passive. Contrairement à ce qu’on nous a raconté à l’école, l’œil n’est pas une plaque photographique : c’est un processeur. Et la vision est une action. Et une action complexe : le corps y intervient, avec ses limites et ses déterminations, avec ses habitudes et ses paresses aussi.
Habitudes et paresse, parce que ce que nous faisons avec notre œil est modelé par nos codes culturels. L’occidental et l’oriental, par exemple n’ont pas le même rapport au vide et aux réserves.
Deux choses donc : une matière avec ses dimensions multiples, et un corps avec ses codes, ses grammaires. Et grâce à la rencontre entre nos grammaires et ces données sensorielles, dans ce constant aller-retour, que nous produisons le sens de ce que nous voyons. 
Parler de l’œuvre en objectivant le propos ce sera donc, pour moi, mettre en relation le donné matériel et le sens, les sens, que nous fabriquons. Ce sens ne vient pas du ciel, par on ne sait quelle magie. Non :  il est toujours produit causalement par la rencontre entre cette matière et notre corps.
Mais décrire cette mise en relation n’est pas simple. Il serait caricatural de mettre en relation linéaire une cause isolée (par exemple une tache, avec sa couleur et sa dimension) et un effet isolé (par exemple une impression de force, ou de déséquilibre). Tout fonctionne toujours par faisceaux : des faisceaux de causes et des faisceaux d’effets. Pour produire un effet donné, il arrive le plus souvent que plusieurs données matérielles ont coopéré : une couleur, une position, une répartition de volumes et une texture, et ainsi de suite. Et, de l’autre côté, une même donnée matérielle, par exemple une tache, peut prendre du service dans plusieurs productions d’effet. 
C’est cet exercice de mise en relation, ce sont ces petits exercices du regard, que je vous propose à partir de l’œuvre de Christine Nicaise. Non que je méprise celle de Fabienne Claesen, que j’ai découverte lors du vernissage du 17 mars 2022 en cette galerie. Avec ses textures et ses élongations illustre bien la thématique la thématique de la matière, que Simone Schuiten a intelligemment mis en évidence en rassemblant ces deux artistes. Mais je connais mieux l’œuvre de Christine Nicaise, et vous n’aurez aucune peine à transposer aisément les mécanismes que j’entends illustrer dans ces exercices à l’œuvre de Fabienne Claesen.
Une ultime précaution avant de commencer. Ces exercices n’entendent pas formuler le sens ultime de l’œuvre. Non : l’œuvre est ouverte et plurielle, elle s’offre à plusieurs approches. Je veux simplement montrer comment un regardeur peut s’emparer d’une œuvre restant à l’intérieur d’elle, pour associer des données matérielles et des effets.
Je le ferai sur trois points : 
Je partirai des contrastes, qui sont un des traits saillants de l’œuvre   de Christine Nicaise, pour envisager les effets qu’ils produisent ;
Je me demanderai par quels moyens matériels est produite la thématique du temps. C’est ici que je parlerai de la place et du sens de l’écriture, qui est un autre trait saillant de l’œuvre ;
Enfin, nous examinerons par quels moyens la peinture de Christine Nicaise dit un certain rapport au cosmos.
Chemin faisant, j’attirerai votre attention sur telle ou telle œuvre se trouvant sous vos yeux. Je dis déjà que je me servirai à plus d’une reprise de quatre d’entre elles : celle que vous trouvez immédiatement à votre droite en entrant dans la galerie, celle qui se trouve au fond de celle-ci, celle que vous trouverez face à vous dans la cave, et l’ensemble de petites toiles carrées à votre gauche en entrant dans la galerie.

Des contrastes.
La première expérience, devant une toile de Christine Nicaise, semble toujours être celle du contraste. D'un contraste entre deux univers. En une première approximation : contraste entre le sensible et le brutal ; entre le discret et l'affirmé.
- Le sensible et le discret tout d'abord : c'est le fond qui produit cet effet. Les fonds. Les fonds de Nicaise sont des gris somptueux, avec de discrètes irradiations de violet ou de bleu électrique ; ils sont de blanc plâtreux avec des halos de fauve, ou des projections délavées. Il y avait aussi dans ces fonds, mais moins aujourd’hui, des bruns parfois terreux.
Il y a encore, dans ces fonds, des incrustations, toutes relevant aussi du doux et du discret : du papier japon, des films de soie, résille, gaze médicale. Mais l'important est ceci : que quand nous avons ces rencontres entre matières, rien n'a conservé son identité. Tout s'est noyé dans un volume sans limite tranchée. C'est que sur toute couleur et sur toute matière, la peintre a patiemment passé l'estompe — et en cela, bien qu'elle manie l'huile ou l'acrylique, elle est assurément une pastelliste —. Les vernis sont passés, patinés jusqu'à la matité ; les couches ont été diluées, frottées jusqu'à la transparence. Sur le fond, les coups de brosse ou de pinceau ne se laissent pas percevoir. Ce qui pourrait encore ressortir, c’est l’arrière fond, avec sa texture.
C'est le règne du continu et de l'épuré, de la patience, du temps qui a passé. 
Tout souvenir d'un geste quelconque a disparu, dans une sorte d'absence.
Mais là-dessus, avec une brutalité de tagueuse, Christine Nicaise vous jette, ou vous jetait — je dis jetais car elle le fait moins aujourd’hui qu’hier —, du blanc, cru et dur, ou bien elle vous impose du noir. 

Après la fusion, on a donc les extrêmes.
Là encore, l’œuvre a évolué : elle comporte moins de blanc blanc et moins de noir noir, mais il y a quelque chose qui reste. Il y a toujours du contraste. La limite entre le fond et ce qui survient est nette comme une blessure. On observe l'arraché du pinceau dans les grands signes bien visibles, on voit les coulures, les gouttelettes de la projection, on voit aussi, plus discrets, les grattages et les râpures qui ont arraché les volumes des couches de peinture : cette fois, tout atteste l'acte, tout dit le jaillissement. 
Le contraste est aussi dans les textures. Ces blancs et ces noirs qui surviennent sont souvent lisses et brillants ; ils ne sont plus que surface, quand le fond est profondeur. Ce noir, il semble que ce soit celui des trous noirs, où l’on se perd, un lieu sans repère, celui de l'absence, alors que le fond n'est qu'épaisseur. J’ai dit « contraste » Il aurait plutôt fallu dire dialectique : alliance des contraires pour créer un nouveau lieu de sens. Car l'énergie du trait, chez Nicaise, ne réduit pas à rien les longues patiences des fonds. L’énergie de ce qui survient et la patience dialoguent, se donnent un rôle l’une à l’autre. Les fonds renvoient à une sorte de méditation, mais une méditation qui est la promesse d'on ne sait quel avènement.
Fermeté et douceur ont ainsi, chez Christine Nicaise, fait plus qu'apprendre à coexister. Vigueur et délicatesse : désormais deux manifestations sœurs d'une même vie.

Le temps.
Ce dialogue fusionnel, c'est aussi celui des temps : le fond, c’est la durée, c’est la longueur du temps et c’est hier ; et ce qui survient avec netteté, c’est l’instantané, et c’est le présent ; la forme blanche ou noire, c’est l'énergie du temps, condensée dans l'immédiateté.
Il y a donc chez Christine Nicaise une réflexion, ou une rêverie, sur le temps. Réflexion ou rêverie ? Cela dépend du degré d’attention que nous voudrons bien accorder à ce rapport entre les fonds et le surgissement.
Il semble qu’avec Nicaise, c’est comme si on se promenait entre de vieux murs, portant les stigmates cicatrisés d'une histoire indécise. On devine — mais à peine — qu'il s'est passé quelque chose. Quoi ? On ne sait pas. Ce sont des murmures, des signes lointains, des on-dit. Et cela, ce sont d’autres données que le rapport entre fond et survenir qui le produisent. Il y a des pellicules et des esquilles qui adhèrent à la toile, des fils erratiques la parcourent, des plis la marquent, et même un discret cheveu. De quels accidents peuvent-ils bien être la trace ? Nous n’en savons rien, mais nous savons qu’il y a là comme une mémoire. 
Parfois, un fragment d'anecdote passe : un bout de quotidien, un ticket de bagage, un filtre à café, page d'atlas, carte d'état-major, une page de comptabilité, de mystérieux quadrillages. Mais cette anecdote se tient hors du champ de notre savoir et de nos références : les actions et les obligations, échappées à on ne sait quel séisme boursier, sont celles du temps des colonies, le journal est écrit en arabe ou en chinois, en tout cas en langue de Babel, et il renvoie à une actualité qui restera à jamais étrangère, le filtre à café est sans emploi depuis longtemps. Quant à la carte, elle a perdu toute précision, et elle est barrée d'une frontière effacée ; on se demande donc à quel improbable territoire elle pourrait bien donner accès. Et ce fil collé — mais mal collé — à quoi mènerait-il si d'aventure on le suivait ? Toutes ces anecdotes sont comme sont des étoiles mortes qui nous envoient des messages, mais des messages dont nous n’avons pas la clé, dont nous savons que nous n’aurons jamais la clé.
Et surtout, il y a des écritures mystérieuses. On les reconnait pour telles, à cause de leurs formes, qui rappellent des caractères que nous connaissons, à cause de leur caractère séquentiel, à cause des relatives régularités dans leurs dimensions. Des écritures, donc, mais qui sont illisibles et le resteront, car nous savons que nous n’avons pas affaire à une pierre de Rosette ou à un document retrouvé par des archéologues et qui sera un jour déchiffré. Ces écritures se contentent d'affirmer « il y a du sens », sans rien révéler de ce sens.
D’ailleurs, la variété même de ces écritures est là pour nous dissuader de tenter d’en pénétrer la signification. Ce sont tantôt des graffitis de banlieue, tantôt des lettres malhabiles tracées à on ne sait quel âge, ce sont des tracés aux directions multiples, des glyphes, des kanas, des runes, des ratchatchas, des craboudjas … 
Ce que l’artiste trace ici, ce n'est donc pas le mot qui désigne, énonce et qualifie, et qui dès lors stabilise et enferme. Cette écriture renvoie plutôt à verbe total, immanent et primaire. Prêt à servir à tout. Christine Nicaise invente donc en quelque sorte le signe absolu, dont les fragments renvoient indistinctement au n'importe quoi du monde. Ses palimpsestes sont les mille échos des mille voix de l'univers. Ce sont des paroles, non pas secrètes et ce sens qu’elles ne prétendent pas livrer un secret, mais qui jouissent pleinement de l'existence avant toute structuration, avant toute mise en forme, avant toute grammaire et tout dictionnaire. 
Quand on parle des écritures, on pense toujours qu’elles sont les traces de la volonté que l’humanité a eu de fixer le langage. Mais ce que nous savions de l’histoire des écritures nous apprend que c’est plutôt le contraire qui s’est passé : l’humanité a inventé des signes spatiaux, pour se souvenir de son histoire ou pour tenir sa comptabilité, et ces signes ont, à un moment, rencontré le langage. C’est un peu cette histoire que raconte la peinture de Christine Nicaise, en inventant des signes primitifs, préalables à tout langage. Sans le savoir sans doute, elle refait ce chemin qu’a parcouru l’humanité avec l’invention de l’écriture, dans un effort inouï pour réconcilier l’irréconciliable : elle a disséminé la langue, qui n'est que temporalité, à travers l’espace ; elle a donné corps, épaisseur et volume, à cette langue qui n'est que linéarité. 
La peinture de Christine Nicaise participe bien à ce pari. L'écriture y est partout : dans le fond lent et réfléchi comme dans la forme surgissante et instantanée. Et, pour signifier cette prégnance, l'écriture investit aussi ces petites zones en marge où habituellement la peinture parle d'elle-même : les dates et les signatures. Ces données ont ici cessé d'être marginales et d’afficher leur habituelle différence : elles participent désormais au temps du grand énoncé. 
Ainsi, on peut dire que la peinture de Nicaise est une peinture de la trace. On ne cesse de nous dire que cette peinture vient de quelque part où des choses ont lieu, mais sans nous dire quoi. On se dit alors que ce quelque part est une zone primordiale et magmatique de notre existence, zone à laquelle nous n'avons pas accès, si ce n'est par le songe, le songe que produit la contemplation. Ou par la pleine conscience que cette contemplation peut produire, en nous renvoyant à l’acte brut de regarder.

L’ouverture au cosmos.
Avec l’écriture, le verbe a rencontré la matière. Le verbe s'est fait matière. Mais la matière s'est faite cosmos. Car si l'histoire de l'humanité semble avoir laissé sa trace sur la toile de Nicaise, le substrat sensible de toute cette histoire y est aussi. 
Tous les éléments primordiaux semblent en effet y avoir été convoqués : la terre, l'eau, l'air, le feu. Et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles cette peinture nous parle.
La terre d'abord : c’est la plus évidente des présences. La terre avec ses rousseurs, ses champs de tabac, ses ombres, et ce sang bruni (un peu moins présent aujourd’hui, mais toujours là). 
En contrepartie, les eaux sont plus présentes, elles ; ces eaux qui meuvent les bleus et les gris et qui, venant parfois prendre la terre d'assaut, rendent ses rivages à jamais mobiles. Des eaux qui dialoguent sans cesse avec la terre et l'air. 
L’air, car les bleus sont aussi des bleus de ciel du soir, où il y a des étoiles. L'air, car les fonds ont privilégié la légèreté, et, s’ils sont de plâtre, leurs blancs sont aussi blancs de lait ou blancs de lune. Sur la grande toile à droite en entrant, le ciel d’orage suggère la nébulosité du blanc qu’il domine.
Le feu enfin. Car la toile a aussi parfois reçu des brulures sans formes, toujours minuscules, mais fréquentes. Et l'on y perçoit parfois aussi la lueur de quelque astre lointain. 
La toile de Christine Nicaise s'étend ainsi aux dimensions du cosmos. D’ailleurs, comme pour dire cette appétence pour l'espace, elle a refusé la contrainte du cadre : les tensions de sa toile sont ailleurs, comme on l’a vu, et elles n'ont pas besoin des châssis. Cette toile vit librement dans l'espace, au gré de l'humidité et des forces physiques qui animent sa texture. Et on peut même voir ici où là que quelques fils de trame ont échappé à la chaine.  Cette texture est d’ailleurs de plus en plus visible aujourd’hui dans son travail. Et qu’est ce qui dit mieux la matière que la texture ? La texture est une propriété de la surface, mais qui suscite dans la perception visuelle la conscience de la troisième dimension, même si on ne relaie pas cette perception visuelle par le toucher. On revient ainsi à ces profondeurs et à ces volumes dont j’ai parlé en commençant. 

Mais ce sur quoi je voudrais insister ici, c’est sur ce jeu sur les limites et sur l’ouverture. 
Car une peinture qui pratique comme celle-ci la coïncidence des opposés devait nécessairement récuser l'opposition classique du dedans et du dehors. On ne s’étonnera donc pas de voir la toile jouer donc du hors-champ. 
Parfois Christine Nicaise ramène à l'intérieur de son champ ces marques qui d'habitude bordent et bornent, comme le trait. On y trouve fréquemment des lignes, qui sont faussement conclusive ; on y trouve des minces bandes jaunes ou rouges, qui semblent appartenir à une autre toile, d'un autre peintre peut-être. Il y a là comme un appel à penser à ce qui se trouve à l’extérieur. 
Souvent aussi, elle construit sa surface en partie double : chez elle sont fréquents les panneaux symétriques, les polyptyques, ou les ensembles qui sont des installations.
Emblématique à cet égard me parait l’ensemble qu’on peut voir sur le mur de gauche en entrant dans ce lieu, et qu’on voudrait s’interdire de dépareiller. Il y a bien une frontière nette : celle que constitue la séparation entre ces petites toiles carrées qui sont autant de blocs. Mais la régularité de leur forme nous fait les considérer comme un ensemble homogène ; de même, la rime des leurs textures, la rime de leurs tonalités, les signes qui se répondent d’un bloc à l’autre. On ne sait plus où finit ou commence une toile.
Mais si Christine Nicaise abolit les limites, elle en introduit aussi là où on n’en attend normalement pas, par des barres qui sont comme des frontières, à l’intérieur d’un énoncé en principe unique. 
Jeu sur les frontières puisqu’elle n'en trace jamais que pour mieux les franchir. On a donc un double mouvement : d’un côté, la toile est comme le lieu où vient s'achever quelque chose qui vivait en dehors. Mais, en même temps, c’est aussi le contraire : la toile fait vivre ses contenus à l'extérieur d'elle-même. Ainsi, même les ombres qu’un accrochage intelligent suscite autour de la toile gondolée, finissent par faire partie de l’œuvre, et participent à son ouverture. Ou encore les clous qui fixent cette toile au mur nu.

Pour ne pas conclure.
Nous arrivons ainsi au terme de notre promenade. J’ai tenté d’attirer l’attention sur quelques éléments matériels de l’œuvre, et de montrer comment on pouvait les articuler à des effets. Qu’est ce qui, matériellement, produit l’effet d’ouverture ? Qu’est ce qui, matériellement, nous suggère qu’il y a toute une histoire derrière ces toiles qui pourtant ne racontent rien ? Qu’est ce qui, matériellement, suscite une rêverie vague ?
Tout cela est une affaire qui nous concerne, nous, regardeurs, qui concerne le commerce que nous entretenons avec l’œuvre. Ces effets ont peut-être quelque chose à voir avec les intentions de l’artiste, mais peut-être pas. Et c’est pourquoi je n’ai pas sollicité l’intervention de Christine, qui me l’aurait de toute manière refusée. C’est pourquoi aussi je n’ai pas fait non plus allusion à la genèse de l’œuvre. Les exercices que j’ai proposés consistent à regarder comment c’est fait, mais cela n’a rien à voir avec le « comment c’est fait » que nous livre le très beau film de Dominique Guerrier, film que je vous invite à regarder, car il vous donnera d’autre raisons de vibrer à l’œuvre. Ce sont deux « comment c’est fait » différents : celui de notre œil, et celui de la main de l’artiste. Et ces deux « comment c’est fait » ont peut-être quelque chose à voir, mais peut-être pas. Pour recourir à un exemple pris en dehors de cette salle, on conviendra à coup sûr que la peinture de Jackson Pollock exprime la précipitation, l’impatience sans doute, mais nous ne savons pas si elle n’a pas été produite avec lenteur et minutie. Et pour revenir ici, et se persuader que les deux « comment c’est fait » sont différents, il suffit de se dire que celui qui est destiné à notre œil suppose la verticalité, alors que Nicaise peint toujours, on le sait, sur un plan horizontal.
Nous arrivons au terme de notre promenade, disais-je, mais je ne peux pas conclure. La peinture de Nicaise, c’est l’anticonclusion. Conclure, en effet, ce serait comme imposer un cadre à une peinture qui l'a refusé. Ce serait arrêter une œuvre dont on a vu qu'elle était de mouvement, mouvement de l'histoire du monde et mouvement du geste. Ce serait donner un sens univoque à ce qui revendique de vivre dans la pluralité, la tension et la dialectique. Ce serait clore ce qui est ouvert. 
Proposer des médiations, toujours provisoires, voilà qui fait de l'œuvre de Christine Nicaise — dont on dit volontiers qu'elle est toute de sensibilité — une œuvre d'intelligence. 

Pas de conclusions donc. À moins que… : une petite, à propos de la méthode. 
En regardant comment les choses sont faites, pour surprendre le lieu et le moment où le sens se fabrique, nous gagnons en lucidité, en liberté et en plaisir. On tourne en effet résolument le dos à l’intimidation presque religieuse que suscite souvent le discours de la critique d’art. Car ce qu’on fait, c’est objectiver les effets ressentis. Sans rien renier de ceux-ci, et de leur éventuelle fulgurance, on refait le chemin au long duquel ces effets ont été élaborés.
Ici, il ne s’agit pas de s’éloigner de l’œuvre en prenant appui sur elle pour aller vers autre chose. Il s’agit de dépasser le voir pour atteindre le regarder. Il s’agit d’aiguiser notre perception. Pour mieux pousser l’œuvre à l’intérieur de nous-mêmes, et pour mieux en jouir : la volupté de ressentir s’accroit quand s’y ajoute la volupté de comprendre pourquoi et comment nous avons ressenti.

 

- Roger Pierre Turine « Duo éclectique chez Odradek in La Libre 20/04/2022

Le lieu de Simone Schuiten respire la sérénité. Odradek expose des duos, la littérature en embuscade.

Il y a les effigies longilignes de Fabienne Claesen, ses tableaux fournis en matières. Il y a aussi les peintures musclées ou apaisées de Christine Nicaise, dont nous suivons le parcours depuis longtemps. Ce vendredi soir, le linguiste Jean-Marie Klinkenberg convoquait les amateurs pour une percée en cette peinture discrète mais solide.
>Un petit film bien troussé, un quart d’heure, de Dominique Guerrier est présenté en sous-sol et il contribue idéalement à une rencontre avec une artiste, timide, qui ne dit mot.
L’ouvrage de Christine Nicaise, c’est sa passion à travers toutes les affres de la vie, sa raison d’être et de vivre. Elle aime travailler la nuit, penchée sur son ouvrage, car elle peint debout, sa toile couchée sur le sol. L’huile et, parfois, plus rarement, l’acrylique sont ses ingrédients, les pigments qu’elle pose lentement, en y revenant, sur des toiles, petites ou grandes, qu’elle recouvre de couleurs.
Les travaux présentés chez Odradek ne sont pas tous récents, mais les pièces de 2022, généralement plus petites, occupent aussi l’espace et tendent à démontrer, couleurs plus tendres au rendez-vous, que la perte cruciale d’un compagnon l’aura poussée à ne pas abandonner la peinture pour autant.
On la retrouve ici telle qu’en elle-même. Avec ses lettres, qui n’ont, dit-elle, d’autre signification qu’un signe qui nous interpelle. Avec ses cercles ou demi-cercles qui foudroient l’espace de la toile de tensions. Avec ses taches, qu’elle projette sur la toile avec le savoir de l’accident voulu. Avec ses noirs, ses bruns, ses ocres, ses bleus.
Christine Nicaise a pour elle une belle énergie quand pliée vers sa toile elle y peint, au rouleau, à la brosse, au pinceau, les effervescences de son âme aux abois de ses émotions.
 C’est tendu et toujours surprenant, nonobstant une façon de peindre qu’on lui connaît bien.
Au rez-de-chaussée, un mur de petits tableaux témoigne de la diversité de ses applications à faire vivre des toiles, petites ou grandes, qui sont la face dévoilée de ses attitudes face au présent qui la préoccupe.
Il y a, chez elle, de l’apaisement et de la tension, selon les cas, selon les aspirations ou réflexions du moment. Le film de Guerrier est explicite à cet égard, qui nous promène sa caméra dans l’antre de travail d’une femme qui, cigarette au bec, n’hésite pas à convoquer ses nuits pour que le jour lui sourie devant le travail accompli.
Elle cherche, comme elle l’écrit quelque part, et, quand elle trouve, elle mène sa barque avec la conviction de mener son chemin au port. Comme l’écrit Klinkenberg, « la première expérience devant une toile de Christine Nicaise, semble toujours être celle du contraste. D’un contraste entre deux univers. En une première approximation : celui du sensible et celui du brutal ; du discret et de l’affirmé ; du subtil et du massif ».
A chacun de s’y sentir à l’aise. …

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