- Jacques Moeschal cité par Pierre-Louis Flouquet “ Jacques Moeschal, sculpteurs d’espace” in La Maison n° 4, avril 1958.
Le principe de la sculpture se trouve au cœur même de l’architecture. Ses lois leur sont communes, qu'il s’agisse de statique ou d’optique de matière ou d’harmonie. Que la sculpture soit mobile comme la sculpture hindoue, immobile comme l’Egyptienne, qu’elle soit intellectuelle comme la sculpture byzantine, mystique comme le roman, sensuelle comme l’art nègre, elle gravite toujours autour de ce principe central. Parce que l’architecture d’aujourd`hui apporte à la sculpture ses volumes simples, ses matériaux, ses structures hardies, ses préoccupations humaines, elle ne peut l’ignorer et doit trouver en elle sa véritable source d'énergie.
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Toute sculpture est destinée à s’intégrer dans l’espace architecturale.
…
La sculpture se juge par elle-même et non par comparaison.
- Jacques Moeschal.,1960 (mai). Rédaction du texte "Route des Hommes".
Texte dactylographié, archives de l’artiste, repris par divers auteurs sous formes d’extraits : E. Cramer, M. Joray, J. Pyl (Jacques Moeschal – La route des hommes, mémoire, Université de Gand, 1999-2000). Ce texte sera paraphrasé par L.- H. Franckart sous le titre « Ce rébus géométrique » in La Dernière Heure, 14/05/1964)
Bref extrait : De tout temps, prendre la route fut pour l’homme un besoin, un plaisir et un risque, et c’est pourquoi il a toujours cherché a jalonner ses étapes par des signes qui l’aidaient, le guidaient et le rassuraient : les grandes bornes de pierre, les tombeaux, les calvaires, les croix, les bornes kilométriques et les poteaux indicateurs. Mais, si ces signes sont des points de repères, ils se veulent aussi symboles et témoignages : l’homme est passé par là et y a laissé sa marque. Pourquoi ne pas faire en sorte que ces marques portent en elles le génie de notre race et de notre temps. (…)
- in catalogue de l’exposition « Sculpteurs belges et leurs dessins » au Château de Colonster en 1966.
Les lois fondamentales de la sculpture restent immuables, elles sont rapport d’ombres et lumières : exploitation de la matière à sa juste valeur ; équilibre en accord avec le cadre et la civilisation qu’elle doit exprimer, car elle doit être une vision du monde contemporain et non une accumulation des folklores, c’est-à-dire qu’elle est l’image de l’évolution scientifique et de la volonté de participation collective comme le monde devrait le concevoir. En fait, la sculpture doit tenir aujourd’hui la place qu’elle a toujours occupée dans les grandes civilisations depuis des millénaires.
Gesprek met Ludo Bekkers in Streven. Leuven, février 1969.
- Jacques Moeschal in Catalogue ??????
Mon opinion est que le XX° est conduit par deux paramètres : la science et l’art d’une part et le mercantilisme de l'autre. La science, et son` corollaire la technologie, sont facteurs de progrès. Elle permettent à l'homme un développement continuel qui le transcende et toutes proportions gardées, exercent le rôle de la religion dans les civilisations anciennes.
Elles permettent à l'homme de se dépasser. En contrepartie, le mercantilisme ravale l'homme aux rapports matériellement intéressés de la société de consommation. L'art d'aujourd’hui se trouve confronté à ces deux pôles. Et il ne peut être universel et éternel que s'il participe au monde désintéressé de la science. Il doit donc s'adresser à toute une société dont il exprime l'élan spirituel, vital, le sens de l'au-delà et non se rabaisser à être un produit marchand, une simple valeur financière fluctuante soumise aux aléas du marché. Cet art universel a toujours été en association avec la science et la technique de son temps, il a toujours contenu la synthèse de la connaissance de la préhistoire à nos jours, il a toujours résulté de la conjonction de l’esprit créateur et de la matière maîtrisée. Sinon il n’est pas un art mais un simple produit artisanal ou manufacturé.
Jacques Moeschal, Le Bauhaus in Bulletin de la Classe des Beaux-Arts, Académie Royale de Belgique, 1984, p. 223.
- “CORPS à CŒUR : Jacques Moeschal”. Interview réalisée par Françoise Mortier dans le sfumato ensoleillé d'une Belga rouge sans filtre, ce 2 octobre 1995 in Artransit, périodique trimestriel de la Galerie de prêt d’œuvres d’art de Woluwé-Saint-Lambert, décembre 1995.
- Françoise Mortier: Ne' en 1913 à Uccle, vous oeuvrez à Auderghem dans un véritable paradis terrestre. Quels ont été les événements qui ont engendré votre carrière ?
- Jacques Moeschal : A cette époque, les peintres de chevalet venaient à Uccle, commune où les chemins étaient encore en terre et le fond des ruisseaux en sable blanc. On vivait sans eau courante, ni gaz, ni électricité. Dès lors, j'ai pu profiter de cette époque où l’homme était encore fier de son travail. Je crois à l’hérédité et à l'héritage du passé, c'est primordial tout comme le respect des parents. On s’exprime tous d'une façon ou d'une autre.
- F. M. : Aux Beaux-Arts, étiez-vous en classe de sculpture ?
- J. M. : J’ai commencé par les cours d’architecture et pendant la guerre j'ai suivi les cours de sculpture. J’avais le respect de la compétence des professeurs. Ils connaissaient l’anatomie, la pratique de la pierre. Pour les notions élémentaires, ils étaient exemplaires mais ma façon de penser la sculpture n`a absolument rien à voir avec ce que j'ai appris. J 'ai apprécié tout particulièrement l’enseignement technique basé sur la virtuosité et non sur l`esprit. J 'avais pour professeurs en sculpture, un nommé Marin, en architecture Vaneck, réalisateur des Grands Palais du Heysel et Lambot un dessinateur exceptionnel.
- F. M. : Vous êtes entouré d'arbres centenaires, d'un Vasarely, d'un bas-relief égyptien, de statuettes précolombiennes et d'un Henry Moore. Quelles sont les époques et les civilisations qui ont marqué votre réflexion ?
- J. M. : L'art de bâtir m’a influencé. J 'ai eu le grand privilège d’être accueilli par Le Corbusier dans ses ateliers de Paris, rue de Sèvres. Les autres influences sont celles d'une vie entourée par la nature et l'éducation de mes parents. Je me souviens de l'interdiction de mentir et du slogan “ c'est en travaillant que l'on devient fort". Indépendamment de l'école ou de la formation, c'est la personnalité de l’individu qui importe. Il y a l’ingénieur ingénieux.
- F. M. : Parlez-moi de vos principales réalisations?
- J. M. : Le Pavillon du Génie civil a vu le jour en 1958. C’est une des plus grandes réalisations effectuées en béton. Il est le résultat d'un travail fait en étroite collaboration avec l'architecte J. Van Dosselaer et l'ingénieur Paduart. La flèche s'élève à 36 mètres et représente une prouesse technique. Pour faire contrepoids à la flèche, en porte-à-faux de 80 mètres, une salle sous coupole a été construite. L'équilibre et la stabilité de ce système repose sur trois pieds, le principal constitue le pied de la poutre en porte-à-faux et les deux autres légèrement inclinés prolongent la coupole vers le sol.
- F. M. Dans quel contexte avez-vous pensé “Monument » autoroutier ?
- J. M. : J’avais imaginé l'Europe tout autrement que les politiciens. A chaque frontière, j'aurais souhaité bâtir un signe d'amitié.
A l'époque, en 1963, le réseau autoroutier était nouveau et j’avais été tenté de faire un programme pour les agrémenter de sculptures.
Comme un naïf, je parlais d'esthétique mais ça ne servait à rien. L'Etat a mis trois ans avant de se décider. J'ai demandé au Ministre Omer Vanaudenhove de me donner le prix d’un mètre courant d’autoroute plutôt que de le verser au sol. Ça a marché !
J'ai une reconnaissance pour les ouvriers qui ont réalisé la courbure aussi parfaite du signal de Zellik. Une de mes grandes joies fut la visite du chantier par leur famille. C'est différent des salons cl ”art.
Ce programme a été publié en France sous un autre titre. Les responsables des autoroutes françaises m'ont invité à exposer avec d’autres sculpteurs au Centre Pompidou. Je n'ai pas assisté au vernissage, mais à la suite de la rencontre d'un ami, j'ai su que mon travail prenait une certaine importance par rapport aux autres projets.
Lors d'un colloque organisé par les Cimenteries Lafarge au Centre culturel de Royaumont près de Chantilly, j'ai eu l'occasion de rencontrer le sculpteur mexicain nommé Mathias Goeritz et lui ai communiqué mon programme pour les autoroutes belges. C’est ainsi qu'en 1968, j'ai été invité à réaliser le symbole du village olympique de Mexico. En Belgique j'appelais cela « la route des hommes », au Mexique on l'a appelé « la route de l'amitié ».
- F M. : Est-ce la plus belle expérience que vous ayez vécue ?
- J. M. La plus belle est à la “Réforma”, axe qui traverse Mexico. Le paysage était volcanique.
Sans connaître le pays, j'ai reçu le plan complet du lieu - courbes de niveaux comprises - que les responsables avaient choisi pour mon intervention. Je me suis permis de suggérer un autre endroit situé à peu de distance du précédent. La réponse fut « C'est votre œuvre, c’est vous qui décidez ». Après dégagement de la lave, nous avons mis à jour le sommet d'une pyramide dont seul un versant subsistait. J’ai découvert une technicité que j’ignorais: le problème de résistance au tremblement de terre.
Je suis resté deux mois au Mexique. Ces gens sont géniaux, des seigneurs. L'organisation des Olympiades implique que tout, depuis la cabine téléphonique jusqu'à la poubelle, soit une publicité pour l’événement. Derrière le village olympique, ce sont les bidonvilles, la lèpre urbaine et les tôles rouillées. L’architecte a eu une idée géniale, il a chargé les camions de pots de couleur et les a déposés devant chaque bidonville. La sensibilité est totalement différente. Je n'aime pas le mot « artiste ».Il y a deux types d'homme sur terre: les ouvriers et les ouvriers passionnés.
En 1973, la réalisation de la sculpture à la frontière française est une prouesse unique. Le terrassement se trouve au Sud d’anciennes mines de charbon. Le tassement ou l’affaissement éventuel du terrain est dangereux car ce mouvement pourrait provoquer un effondrement du Signal. Pour éviter ce phénomène, on a réalisé une immense cave en forme de bateau. La sculpture n'y a pas été scellée mais posée sur ces fondations. En cas d’inclinaison, le monument peut être redressé au moyen de vérins très puissants.
Le maître de l’ouvrage de cette sculpture était une association franco-belge. Plusieurs réunions regroupaient les ingénieurs de l’État et les représentants du contrôle (car entreprise à risque).
En raison du poids de la tête, un jeune ingénieur français a proposé de la réaliser au sol et de l'élever progressivement en construisant au fur et à mesure les piles de soutien. Le coffrage de la tête était irrégulier : le pied est un pentagone aplati et le sommet est un rectangle. Tous les jours, il fallait recommencer le coffrage. La progression journalière était d'un mètre vingt et chacune de ces montées nécessitait treize heures de travail. Le poids du béton de la partie supérieure et la plate-forme de travail représentaient 500 tonnes.
Pour la réalisation de la charpente et du ferraillage, il a fallu construire un atelier d'au moins quarante mètres. Dix mètres de chaque côté constituent un minimum pour travailler ! Cette œuvre, commencée en été, a été terminée en hiver. C’était un hiver terrible.
- F. M. Quelle est la place de l 'esthétique par rapport ci vos recherches techniques ?
- J. M. : La mise en harmonie et l’emploi de la matière à sa juste valeur. Le béton, matériau de notre époque, permet de faire des formes et des portées. C’est grâce à la science que j'ai pu réaliser mes sculptures. A plusieurs reprises, mon bonheur a été de rencontrer des hommes à la hauteur de leur tâche.
- F. M. : Considérez-vous votre travail comme de l 'architecture ou de la sculpture ? Quelle est leur place dans l’environnement ?
- J. M. : Pour l'un et l'autre, il faut être humaniste. Tout est une question de rigueur et de mesure. Il faut se soumettre à la nature et respecter le site. Bruxelles, ville moderne, est construite sur un lotissement moyenâgeux. Léopold II, notre grand roi, avait imaginé ce qu'il fallait faire : sortir de la ville !
- F. M. : Que pensez-vous de l 'architecture contemporaine qui retourne vers des styles néo ?
- J. M. : Il faut respecter le passé mais jamais l’exploiter ! Ne jamais se mettre dans les bottes des anciens pour en faire des pantoufles …
- F. M. : Qu'est-ce l’abstrait ?
- J. M. : La faculté de l'humain est de créer, que ce soit pour la forme ou pour la couleur, une harmonie non empruntée à la nature. Pour ma part, ce n’est pas une question de mode car l'abstraction a toujours existé, que ce soit Stonehenge ou les pierres druidiques de Bretagne.
L'homme qui a le mieux défini le cerveau humain, c'est Pythagore. Quand on parle de l'abstrait, c'est l'exploitation du cerveau humain. Lhomme est capable de créer sans emprunter. Il peut créer une harmonie car la nature est parfaite et harmonieuse.
L'art abstrait part de la mise à zéro du cerveau humain. J 'essaye de créer une harmonie en tout et pour tout.
- F. M. : L'enseignement artistique, que représente-t-il pour vous ? Forme-t-il des gens à l’enseignement ?
- J. M. : Il n'y a que trois siècles que les écoles d'art existent alors que nous connaissons l'art depuis des millénaires. Aujourd'hui, renseignement est matérialisé.
- F. M. Quelles sont vos relations avec vos contemporains ?
- J. M. Je garde le respect pour l'ouvrier passionné ou l’artiste. Calder est un des contemporains que j’admire le plus. C'est un des grands doués qui fait son travail en s'amusant. Une des rares expositions que j’ai vues à Paris au Palais Marsan, c'est celle de Calder. Dernièrement au Mexique, il devait faire une conférence où il est arrivé avec trois quarts d’heure de retard et complètement ivre. Il a crié « Vive l'art » et puis il s'est endormi.
- F. M. : Quel est votre architecte préféré ?
- J. M. : Parmi les architectes que j'apprécie en Belgique, sans parler du passé où nous avons des grands chefs-d’œuvre, je retiens la “ Cité floréale“ de Watermael-Boitsfort dont les architectes sont le belge Eggericx et le hollandais Van der Swaelmen. C'est une architecture honnête, équilibrée et sobre.
Deux autres architectures valables sont la Maison Guiette construite par Le Corbusier à Anvers et la Banque Lambert à Bruxelles conçue par les architectes Skidmore, Owings et Merill.
- F. M. : Quel est votre peintre préféré ?
- J. M. Je respecte énormément la peinture de votre père, Antoine Mortier. Ce n'est pas par flatterie que je le dis ! J 'aime également Louis Van Lint et Gaston Bertrand.
- F. M. : Artiste sans galerie, votre œuvre est omniprésente dans le monde. La ville est-elle votre Musée ? Que pensez-vous de ces deux institutions ?
- J. M. Je n’ai aucune appréciation pour les galeries d'art. Faire une exposition personnelle était loin de mes préoccupations. Dire que la ville est mon Musée est très prétentieux. Je me réserve la modestie et la discrétion. J'ai réalisé quelques sculptures à Bruxelles. Ma sculpture appartient à tout le monde. Elle est dans le paysage à disposition de tous. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais voulu exposer ni accepter de livres ou de films. La vie artificielle ne m'intéresse pas.
Il y a plus de bien-être qu’avant mais il y a moins de bonheur. Ma démarche est différente. En général, elles font suite à des concours.
En 1989, j'ai été choisi parmi un des derniers pour m’occuper du métro bruxellois. On m'a proposé non seulement d'en être l'architecte et l'artiste-décorateur. Je n'ai pas pu accepter le rôle d'architecte parce que j'étais pensionné depuis cinq ans.
A la gare du midi, l'étude par les ingénieurs des matériaux et de leur résistance est un travail exceptionnel. Je n'ai pas choisi un endroit privilégié pour faire un décor. J'ai fait une création de peinture abstraite pour accentuer leur travail que ce soit au niveau des guichets, des entrées, des couloirs et des gares superposées.
La superficie du décor est de plus ou moins deux hectares. Il a nécessité une quantité de plans où chaque élément devait être coté.
Le dernier concours auquel j'ai participé en 1991 concerne le décor de la cage d*ascenseur de la tour de la Cité administrative. De cent quarante-cinq mètres de haut, le volume du bâtiment est hors proportion par rapport à son environnement immédiat. L'ombre qu’il porte sur les jardins du Botanique lorsque le soleil est situé au Sud est une erreur fondamentale. Je me suis pris de calmer la tour en créant une composition horizontale qui diminue sa hauteur. Au moyen d’éléments très sobres, j’ai évité de faire un spectacle décoratif.
Lauréat du concours, j'attends depuis 1991 des nouvelles des autorités.
Aujourd'hui, cet espace de béton se trouve toujours dans sa structure initiale.
- F. M. : En un mot, qu’est ce qui caractérise votre carrière ?
- J. M. : Résoudre des problèmes.
Conversation avec René Léonard. Gerpinnes, éd. Tandem, 1999.
- Citations de Jacques Moeschal reprises dans la préface du catalogue de l’exposition Moeschal à l’ULB (salle Allende), 2000.
« Etre moderne ce n'est pas gommer le passé de la ville, c'est trouver une harmonie entre hier et aujourd'hui mais surtout ne jamais chausser les bottes des anciens pour en faire des pantoufles. Ceci est vrai autant pour la sculpture que pour l'architecture »
« Un de mes principes de base : respecter le lieu, ce n'est pas avec des vaches que l'on va à l'hippodrome »
« En un mot, restons à l`écoute de la nature et surtout restons très attentifs à notre temps. Ainsi que je le faisais timidement remarquer récemment lors d'une rencontre, par ailleurs assez prestigieuse, où l'on célébrait, à juste titre sans doute, la poésie des bois, le chant des oiseaux et les merveilles de la nature, mais sans le moindre regard sur la vie contemporaine : « Vous savez, les jeunes, lorsqu'ils font vrombir leurs motorettes, nous interpellent à leur manière, avec leur poésie à eux ! Ecoutons les aussi. »
« Si actuellement notre civilisation qui connaît en plus l'explosion des techniques de la télécommunication risque à la limite d'en venir à l'exclusion de l'humain, la mission de l'Art et de l`artiste n'en est que plus impérative, à savoir de réaffirmer chacun à sa manière et avec force, sa primauté. Pour ce faire, selon moi, l'artiste se doit de trouver un mode d'expression sans bavardage ni fioritures, un langage authentique et direct qui s'en tient à l'essentiel. »
« Le but de l'artiste peut changer selon le contexte philosophique de son temps, mais, chaque fois qu'il travaille pour un au-delà qui le dépasse, il n'est plus dominé par son orgueil ou par l'attrait du succès. Au moment de la créativité, il produit une œuvre dans sa pureté absolue. »
«Alors qu'autrefois, les canons étaient placés aux frontières, aujourd'hui, on peut enfin ériger des symboles d'amitié. Il s'agit dans le cas présent d'un double polyèdre élevé à 65 mètres de hauteur sur deux colonnes posées, non scellées, sur le territoire de chacun des deux pays, l'ensemble totalisant 300 tonnes. L'une des figures est tournée vers la France, l'autre vers la Belgique, constituant ainsi le symbole de l'amitié qui unit les deux nations. Je l'ai voulue monumentale à la mesure de la plaine environnante, puisant sa force dans sa simplicité. Pour qu'une œuvre soit durable, elle doit être dépouillée, réduite à l'essentiel. Pensons aux pyramides ! »
« Déjà, les constructeurs d'Abou Simbel collaboraient avec les astrologues pour que Râ frappe de ses rayons sacrés son symbole, gravé dans sa barque ; Plus proche de nous, l'ingénieur soutenait l'architecte, en Nervi, pour proposer une solution harmonieuse aux problèmes techniques »
« Le nom de l'artiste offre alors peu d'importance ; ce qui est prépondérant, c'est le travail réalisé en équipe avec les ouvriers, techniciens, ingénieurs, architectes, sculpteurs et peintres … »
« Le seul grand mérite que je me reconnaisse, auquel je tiens beaucoup et que je rappelle avec plaisir : « Pour aucun de mes projets, je ne suis jamais arrivé en retard ». Ce dont je suis également certain c'est que j'ai eu une vie de travail ininterrompu de douze à quatorze heures par jour et que j'ai aimé les droites et les courbes, jamais les courbettes. J'ajouterai que j'ai connu une existence de perpétuelle préoccupation de bien faire face aux œuvres à entreprendre et surtout pendant leur réalisation. A ces moments, je me sentais très petit. Pour ce qui est de cette « grandeur» dont certains m'affubleraient, je ne puis témoigner que d'une chose : je mesure un mètre septante six mais, petit a petit, cette taille commence à se rétrécir. »
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Quelques aphorismes retenus par Florence Fréson in Marc Crunelle et Pierre Loze, « L’atelier Moeschal ». Lanrodec / FR, éd. Scripta, 2007
Il fait savoir s’arrêter à temps, avant de faire du décoratif.
Il ne faut garder que les lignes fortes, les lignes structurantes.
Aller à l’essentiel.
Simplicité, rigueur, sobriété …
Respect des matériaux, ne pas faire en pierre ce que l’on peut faire en bois ou en métal …
Prendre le temps qu’il faut, ne pas craindre la lenteur …
Il ne faut pas jouer à l’artiste, mais travailler, chercher continuellement, œuvrer …
- Aphorismes compilées par Marc Crunelle in Marc Crunelle et Pierre Loze, « L’atelier Moeschal ». Lanrodec / FR, éd. Scripta, 2007.
[Salut Florence, Voici le texte que j'avais écrit pour le livre sur son enseignement. Si Marc [Renwart] veut le mettre sur son site, pas de problème, je lui donne l'autorisation de la faire (Marc Crunelle)].
Je l'ai souvent dit, si je n'avais pas été dans son atelier le soir (durant des années), je n'aurais jamais terminé mes études d'architecture.
A l'atelier d'archi, j'avançais à tâtons, dans le brouillard, souvent déconcerté et rempli de doutes au sortir d'un jury. Au contraire, dans l'atelier de Moeschal, j'y trouvais des certitudes.
A titre d'exemple, un jour il nous dit: "Je vous emmènerai au Louvre, et en une heure, non en une demi-heure, vous aurez compris toute la sculpture ! "
Pour moi, je ne sais comment le dire autrement, il avait "l'esprit"; j'avais toujours le sentiment qu'il émettait des vérités et c'est ce que j'attendais d'une école.
Du fait d'avoir étudié la menuiserie et d'ébénisterie avant de commencer l'architecture (et la sculpture dès ma 3ème année), je trouvais dans ses commentaires, comme dans la pratique à l'atelier, quelque chose d'évident: une certaine attitude par rapport à la matière, le respect du matériau, et une manière de le traiter mais aussi l'amour et le respect des outils qui me paraissaient justes.
Paradoxalement, et quand on y pense, c'est assez étonnant d'un point de vue pédagogique, il n'y a jamais eu d'intitulé d'exercice, de thème donné; on faisait simplement ce que l'on voulait, ce dont on avait envie.
En plus de l'enthousiasme qu'il manifestait pour ce que nous faisions: il nous encourageait tout le temps;
ce que je retiens de son enseignement, essentiellement c'est deux choses:
premièrement, son "implication physique": chaque soir il enlevait son veston, retroussait ses manches et nous montrait comment gâcher le plâtre (quel contraste avec d'autres professeurs qui ne touchaient même pas un crayon !)
et deuxièmement, ses commentaires sur l'art, que ce soit sous forme d'aphorismes, ou encore en commentant les illustrations de livres d'art ou d'architecture que lui, ou nous apportions à l'atelier.
Voulant garder ses paroles, rentré chez moi le soir, je transcrivais ces aphorismes dans un petit carnet et dont je restitue les notes ci-après. Rien en effet ne peut mieux rendre compte de ce que c'était son enseignement que ces petites phrases qu'il nous lâchait. S'y trouvent ses emballements comme ses commentaires sur des architectes qu'il n'estimait pas. J'en retranscris ci-après l'entièreté de mes notes dans l'ordre chronologique dans lesquelles elles ont été dites. (Marc Crunelle) (janvier 2006)
"Ce qui compte, ce n'est pas d'exposer dans des galeries, mais c'est de faire un travail en vue de demander ce qu'en pense quelqu'un de très fort"
[Le contraste de l'entrée: exemple un mur aveugle avec une petite porte, puis derrière celle-ci, saute aux yeux la maison: un contraste violent] à ce propos, il dit: "même les Egyptiens faisaient cela: autour des pyramides se trouvaient des petites maisons de terre crue par où devaient passer les rois, puis seulement on avait le choc de la grandeur, de la pente vertigineuse, de la hauteur, etc… Dans le musée de la dentelle, la maison qui donne sur la rue s'oppose avec l'intérieur, car là on ne sent plus qu'il y a une maison, ce n'est que des volumes, des rapports, etc…"
"Les moulures ? Ca ne sert à rien. Les plus grands: les Egyptiens, les Romans et 1930, eux n'ont jamais employé de moulures" (oct. 75)
Les Romans ont dû être très tristes lorsque les Gothiques sont arrivés.
A 30 ans seulement j'ai compris les ordres.
L'art naît du mode d'emploi des matériaux à leur juste valeur.
Si on fait une façade prétentieuse comme l'a fait Vasarely pour l'immeuble RTL dans une rue de Paris, pour se mettre en valeur, on ne peut pas s'appeler un humaniste" (5 nov. 76)
A chaque projet, je pars de zéro, sans m'en référer à des réminiscences, à des indications du passé. Je me force à oublier tout ce qui existe, même ce que j'ai créé moi-même en architecture aussi bien qu'en sculpture.
Tous les critiques d'art qui cherchent les influences n'ont rien compris. Il y a seulement la vraie création lorsqu'on rejette tout, toute influence. Zénobe Gramme, l'inventeur de la dynamo était un menuisier ! et les ingénieurs qui ont dessinés les locomotives roulaient en carrosse !
Un bâtiment qui a plus de 200 ans est rarement mauvais.
Lacoste arrivant jeune architecte à Bruxelles, ville qu'il ne connaissait pas, a choisi son terrain, et il a choisi le meilleur, les pentes, les vues, et il a construit sa maison merveilleusement. Il a choisi son terrain, non en fonction du gaz ou de l'électricité, amis des vues, … (nov. 76)
Permeke a fait des sculptures comme un peintre et non comme un sculpteur. Ce n'est pas construit comme un sculpteur. C'est un peu mou. C'est fait de face et non en tournant. C'est mou puis gratté dans un sens comme on peint. Les Grecs construisait chaque muscle, chaque veine, chaque doigt est construit.
Les critiques d'art écrivent pour eux et non pour l'artiste qu'ils expliquent. (nov. 75)
Auparavant, les gens montraient ce qu'ils savaient faire, aujourd'hui les gens parlent de ce qu'ils savent faire.
Je compose mes sculptures pour qu'on puisse les voir depuis des lieux les plus intéressants. Pour celle du Botanique, ce n'est pas au départ des vues du boulevard Botanique, mais du jardin botanique, depuis le jardin du Crédit Communal, depuis la passerelle. (janv. 77)
Composer. Avant on ne gaspillait pas les briques, la pierre ou la chaux, mais on composait. Aujourd'hui, on se met au milieu d'une prairie et on discute sur la couleur bronze ou alu d'un profil. C'est du mobilier au milieu de grandes choses. Prétention, bon goût, esthétique.
On fait des grandes choses en pensant petit. (janv. 77)
Les Rolling Stones, c'est mieux que de refaire du Beethoven.
Bruxelles est une des villes les mieux situées et avec laquelle on peut faire une très belle composition: une pente qui descend vers une rivière. Le bas de la ville au commerce, la mi-hauteur pour les artisans, le haut pour la bourgeoisie, les industries au nord, car les vents chassent les fumées loin de la vile. Et il n'y a pas de meilleur comme situation. Aujourd'hui tout est foutu et ça a commencé lorsqu'on a bâti des places horizontales sur une pente. Elle est devenue un immense escalier, puis on a finalement implanté un lotissement du XXe siècle sur un lotissement moyenâgeux.
(à ma question: Si Amelincks vivait en 1925, serait-il un grand architecte ?) en 1925, il aurait fait du 1925. (fév. 77)
La Belgique est un pays de crétins !
Il ne faut pas construire, il faut planter des arbres. Une architecture passe tellement vite de mode, tandis qu'un arbre apprend toujours quelque chose. (mars 77)
On sait bien que c'est difficile; alors on a intérêt à être modeste. (mars 77)
J'ai su que je pouvais dépasser Le Corbusier lorsqu'en parlant de la Cité Radieuse, il m'a dit que les socles pour les sculptures de Lipsky étaient prêts. Une fois qu'il y a un socle, c'est fini. (mai 77)
Chez Le Corbusier, c'est l'homme qui était au centre de tout. Chaque détail de la vie d'un de ses collaborateurs était important.
Sa meilleure œuvre est celle du Pavillon Philips en 1958. Un parti parfait.
Perret n'a rien compris au béton armé; faire des chapiteaux en béton armé, c'est faux. (mai 77)
L'architecture de Jacqmain, c'est du théâtre. Il y a au Sart Tilman, des piliers plus gros, plus épais que n'importe quelle cathédrale et qui ne soutiennent qu'un seul étage. Au moins ¼ du plan est poché. Ou bien je me suis toujours trompé, ou bien c'est lui qui est dans l'erreur. (oct. 77)
C'est incroyable de servir à boire dans les vernissages pour faire venir les gens. C'est comme des marchands de saucisses. (oct. 77)
Composer monumental en petit: tout doit se trouver même sur une petite maquette. Tout doit être senti, être entier dans ce qu'on fait, de sentir, digérer le projet, sentir tout, y mettre son âme, quelque chose de personnel, même dans une petite maquette, digérer et non copier une mode car ça n'est pas senti. (janv. 78)
Quelle prétention chez les jeunes aujourd'hui ! Ca a une affaire de 50.000 Fr et tout de suite ça pense secrétaire, en-tête de papier à lettre, cartes de visites, etc…
Il faut une vision d'ensemble et ce qui manque aujourd'hui, c'est une vision humaniste; être de son époque, au lieu de construire des tours sur des lotissements moyenâgeux comme on le fait en Europe, ou bien la voie express le long de la Seine à Paris; il faut construire des nouvelles villes comme à Brasilia, et c'est pour cela que Brasilia est probablement la meilleure chose du XXè siècle. Léopold II a bien compris cela, tout l'urbanisme de son époque est survivant aujourd'hui et reste la seule chose grande, à l'échelle de son époque et de la nôtre: grands axes, forêts, bois, parcs, routes, etc… et il a été très critiqué. (fin du cours du soir, mai 79)
Les intellectuels illettrés, ce sont ceux qui inventaient tant de choses en art mais qui n'en parlaient pas comme tous ces intellectuels aujourd'hui et les critiques d'art.
C'est comme les anciens, donner au matériau le maximum de ses possibilités. Employer le matériau d'aujourd'hui, le béton à son maximum.
Dans une sculpture, si on n'a pas abîmé la matière, c'est déjà gagné.
(A propos d'un tableau abstrait lors d'une visite à la Fondation Lambert) On part de rien, on crée une harmonie et c'est gagné. (déc. 79)
C'est tellement plus facile de se mettre dans les bottes des autres pour y faire ses pantoufles. (juin 80)
Lorsque Louis XIV a demandé à ce belge qui a exécuté le système des fontaines de Versailles (la machine de Marly), il lui a répondu: "j'ai réfléchi Sire !" et de plus c'était un menuisier.
On n'a pas besoin du passé, il faut aller de l'avant, le passé n'apporte rien. Il faut respecter certaines œuvres du passé, car ils ont fait des choses vraiment remarquables. (juin 80)
Faire tout avec sincérité, passion, même mettre une photo sur un mur. (juin 80)
Lorsqu'on regarde l'Opéra de Garnier à Paris, en bas et dans l'axe de la rue du Temple, on remarque que tous les trous, toutes les ouvertures sont bien en place, placés avec harmonie.
Mais lorsqu'on s'approche, on remarque toutes ces sculptures fâcheuses qui sont de l'Antiquité mal digérée. On a d'ailleurs dû remplacer certaines, car faire des bras en l'air, des jambes, des voiles en marbre, cela ne va pas. (juin 80)
IL faut observer les choses du passé, simples et sans prétention, mais pensées en harmonie; même un mur de jardin était bien fait, avec un sens de la construction et non comme Jacqmain qui fait des lits en pierre en ondulation, chose inutile et dont un bon maçon ou un tailleur de pierre rigolerait. Mais ceci c'est du décor, pas de l'architecture. Idem pour ses piles qui ne portent rien.
Mettre en harmonie, voilà ce qu'il faut faire. Et donner aux élèves un châssis, une porte, un balcon et leur demander de mettre ça en place et de créer une harmonie.
[En regardant une vue intérieure de l'Opéra de Paris]: c'est autre chose que des châssis en aluminium ton bronze !
On a toujours construit en brique et maintenant on demande aux bons ouvriers de construire des linteaux en briques qui tiennent par des crochets à un linteau en béton. Et même, on demande à des maçons, à des bons ouvriers de construire de mauvaises choses. C'est se moquer de leur travail.
[La maison qu'il a transformée rue de la Violette (le musée de la dentelle), construction en bois avec remplissage en briques] Les ingénieurs voulaient couler du béton partout: cette maison était une calèche, il en ont fait un char d'assaut !
[à propos de cette même maison] Autrefois, les gens construisaient avec élégance.
Maintenant on étudie l'histoire de l'art comme on étudie les mathématiques. On connaît l'Egypte, la Grèce, Rome, la Renaissance, …en même temps, il faut parfois toute une vie pour comprendre l'art grec ! (déc. 80)
La vraie tradition, c'est d'aller de l'avant. (déc. 80)
Si les gens savent mieux que vous, donnez leur le papier et le crayon et dites qu'ils n'ont plus besoin de vous. (déc. 80)
[Identiquement, pour une commande du bourgmestre de Bruxelles] J'avais travaillé 3 mois sur ce projet, et j'étais sûr de moi. Le projet était affiché dans le bureau du bourgmestre et plusieurs personnes se trouvaient là. Ils démolissaient le projet, faisaient des critiques. J'ai dit au bourgmestre: je pense que vous n'avez plus besoin de moi, car si les gens critiquent en 5 minutes ce que j'ai mis 3 mois à composer, c'est que ma place n'est plus ici. (déc. 80)
L'histoire de l'art n'a pas 300 ans, et les galeries, les expositions, l'enseignement artistique, etc… n'ont pas 300 ans. La vraie tradition que personne ne comprend, c'est faire avec son époque, c'est aller de l'avant. Mozart aujourd'hui ferait du disco.
Oublier le passé. (déc. 80)
Tous les hommes valables que j'ai rencontrés dans ma vie étaient des gens modestes. (août 81)
Un côté de la rue d'Angleterre a été démolie pour la construction du métro. Ils l'ont reconstruite au même emplacement. S'ils l'avaient reculée de 50 mètres, au sortir de la gare du midi, on aurait vu le Porte de Hall en fond de perspective! (S.d.)
On ne fait que du décor aujourd'hui. Lorsque François Ier fait venir des sculpteurs d'Italie pour venir travailler à Chambord, ce n'est plus de l'architecture mais de la décoration. Beaucoup d'architectes ne font que cela. Chambord c'est amusant, c'est du spectacle, pas de l'architecture. (août 81)
Ils sont encore étudiants qu'ils doivent faire des expositions, publier des livres. Ce sont déjà des vedettes. Il n'y a que cela qui compte.
Ce qu'il y a encore de mieux à Bruxelles, c'est la banque Lambert. Bon parti, plan simple, structure exprimée honnêtement. C'est là que la beauté règne. Tout le reste de ce qu'on trouve à Bruxelles, c'est du décor, du papier peint, de l'artifice. Une architecture décorative. Quand les époques sont décadentes, on s'attache au décor, à l'effet.
L'art est le reflet de la société et aujourd'hui, on vit une époque de grande décadence. Je ne vois que dans la science quelque chose de valable. Transplanter un cœur, la navette spatiale: ça ce sont des choses ! Là se trouve les hommes ! Là il ne faut pas se tromper et ne pas faire d'artifices. La navette spatiale a eu 1 minute de retard sur les 3 jours de voyage ! et quand on demande à des architectes de venir à un rendez-vous, ils ne sont pas là ! (mai 83)
Viollet-le-Duc a aussi fait ses pantoufles dans les bottes des autres.
Jacqmain n'est pas un bâtisseur, il fait de la décoration. Son immeuble à l'entrée de l'avenue Louise, c'est comme un tapis pour les arabes, il n'y a pas de volume là-dedans.
A force d'analyser, on ne sent plus rien. (août 84)
Qu'on soit croyant ou pas, en entrant dans une église romane, on est dans un lieu de recueillement, tandis que dans une église baroque, avec ses colonnes torsadées, ses anges, ses nuages: c'est le contraire, la distraction. (nov. 84)
Chaque époque décadente ne fait que de l'architecture pour dames et je ne suis pas étonné qu'en fin de compte tous les décorateurs deviennent pédés. (nov. 84)
Quelle médiocrité ! (20 juin 97)
L'Académie était l'orgueil de la ville.
Avant, les gens chantaient tout le temps. Surtout les peintres en bâtiment. Les gens vivaient moins longtemps, mais je ne suis pas sûr qu'ils avaient le sentiment de vivre moins, ou d'être moins heureux. (juin 97)
Ce qui compte, les lignes de force d'un lieu, d'une place, les grandes lignes. (juin 97)
Versailles, c'est l'orgueil, Mansart ! Tout ce fourbi.
Art et civilisation: ça ne fait qu'un.
Le jeunes qui se foutent dans des endroits lugubres, c'est la TV. Aller chercher des taudis, c'est incroyable.
En Belgique, on calcule les millimètres, on ne voit jamais les mètres.
[À la remarque d'une femme s'étonnant qu'un de ses projets de sculpture urbaine ait été refusés] "parce qu'on avait déjà commandé les bordures des trottoirs, c'était trop tard: on n'amène pas les vaches à l'hippodrome hein! (juin 97)
Horta: un architecte pour dames ! (juin 97)
L'hôtel Solvay d'Horta: on entre, un escobar puis un truc pour défilé de mode !
Les Beaux-Arts d'Horta: des couloirs et des couloirs et des couloirs.
Le plus important: les proportions ? oui, c'est le plus important, c'est la mise en harmonie.
Place Royale: c'est une fausse place. On ne fait pas des places sur une colline. Une place, c'est plat.
Zavaroni: virtuose pas créatif. Des effets, des rendus, des trucs mais un peu creux.
Pourquoi la médiocrité en Belgique, parce qu'il n'y a pas de critique contrairement à la France où il y a tout le temps des débats.
A propos d'artisan: il ne savait ni lire, ni écrire, mais ses lettres étaient dessinées. C'est la compétence des corps de métier.
Un parti rond, c'est toujours pour le spectacle. Donc pas pour des bureaux ronds (il fait référence au bâtiment Glaverbel !)
Des gens ont du mérite du moment qu'ils saisissent qu'il y a un esprit, ils vous foutent la paix. (août 2004)
TOUTES CES NOTES, JE LUI EN AI DONNÉ UNE COPIE UNE ANNÉE AVANT SON DÉCÈS. IL S'EST MONTRÉ UN PEU ÉTONNÉ, LES A ACCEPTÉ EN RIANT, MAIS N'EN N'A JAMAIS FAIT DE COMMENTAIRES PAR LA SUITE. ET DE MON CÔTÉ, JE NE LUI EN AI NON PLUS JAMAIS DEMANDÉ D’EN FAIRE.