Disciplines et techniques
Dessin, Peinture, Sculpture, Sculpture Matériaux mixtes, Sculpture Métal, Sculpture plâtre, Bois, Bronze, Plomb
Formation : 1961-1966. Académie royale des Beaux-Arts de Liège. 1962-64 Fait des recherches dans les matériaux de synthèse 1965 ( / - / ) Liège, Galerie "Le Croissant d'Or" [Sans titre]. 1967-1981. Professeur d'études des formes à l'Institu...
Dessin, Peinture, Sculpture, Sculpture Matériaux mixtes, Sculpture Métal, Sculpture plâtre, Bois, Bronze, Plomb
Écoles : Ecole belge, Ecole liégeoise, Ecole wallonne
Rôles : Artiste, Collectionneur, Commissaire d'exposition, Professeur d'art plastique, Professeur de dessin
Formation :
1961-1966. Académie royale des Beaux-Arts de Liège.
1962-64
Fait des recherches dans les matériaux de synthèse
1965
( / - / ) Liège, Galerie "Le Croissant d'Or" [Sans titre].
1967-1981.
Professeur d'études des formes à l'Institut supérieur d'Architecture de la Ville de Liège
1968
( / - / ) Bruxelles, Maison des jeunes de Woluwé. [Sans titre].
1969
(29/03-16/04) Liège, Apiaw. Jeunes de Wallonie.
( / - / ) Péruwelz, Centre Culturel. Sculpture contemporaine
(07/06-22/07) Namur, Bourse de commerce: Mouvement réaliste belge,
(26/07-10/08) Ferrière, Restaurant La Bécasse: Reflet de la peinture liégeoise.
(27/09-19/10) Anthisnes, Avouerie. Peintres liégeois avec la participation du Groupe Tarmac
(novembre) Seraing, Centre Culturel; Mouvement réaliste
(16/11-26/11) Liège, Apiaw. Le Vélo
( / - / ) Tournai. Sigma 13: Art relationnel en Belgique,
1970
(16/01-04/02) Bruxelles, Galerie Zodiaque. Groupe Tarmac.
( / - / ) Annevoie, Jardins d'Annevoie. Sculptures d'aujourd'hui.
( / - / ) Frameries, . Sculpture contemporaine.
1971
( / - / ) Spa, . Sculpture contemporaine
(19/11-12/12) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Cinquantenaire du Cercle Artistique et littéraire de Charleroi 1921-1971 et exposition Tendances... l'art jeune en Belgique.
(17/07-18/07) Ferrière, Restaurant La Bécasse: Grande fête des Arts.
1973
( / - / ) Liège, l'Institut Supérieur d'Architecture de la Ville de Liège./ I.S.A.L. Peintres et sculpteurs
1974
Livre (éd. Institut supérieure d'architecture de la ville de Liège) présentant 3 travaux réalisés avec les étudiants de l'Institut supérieure d'architecture de Liège:
( / - / ) Liège, I.S.A.L. Une caisse et un son.
* PREMIERE EXPOSITION PERSONNELLE
( / - / ) Anvers, Middelheim. Biennale de la sculpture
1976
( / - / ) Nivelles . Sculpteurs belges d'aujourd'hui
1976-2004.
Professeur de dessin à l'Académie de Liège
1977
(27/01-15/02) Liège / Roture, Galerie du premier étage. Expositions de dessins
(29/09-30/10) Musée d’Art Wallon. Première quadriennale des jeunes artistes liégeois.
1978
(12/05-18/06) Bruxelles, Palais des beaux-Arts. Livres d’artistes.
(02/07-15/10) Venise, Biennale de Venise. Natures de l'espace, Pavillon belge (Communauté française de Belgique; commissaire: Catherine De Croës)
* Henri Pousseur, Gary Bigot, Michel Boulanger.
1979
(06/01-04/02) Liège. Salle Saint-Georges. L’A.
( / - / ) Namur, Maison de la Culture.
1980
( / - / ) Liège, Musée en plein air de l'Université du Sart-Tilman: Exercice avec les étudiants de l'I.S.A.L.
(27/09-02/11) Liège, Musée d'art moderne: Quelques artistes liégeois
( / ) Liège, Emission "Vidéographie", R.T.B.F.: Exercice / Trace.
(24/11-30/11) Liège, Palais des Congrès: Festival du Futur
1981
(15/05-15/06) Bruxelles, Flageygebouw. Trans Art Express BRU '81.
1982
(15/01-07/02) Gand, Galerie Richard Foncke. [Sans titre]
( / - / ) Burdinne, château, Galerie Richard Foncke.
( / - / ) Bruxelles, Sint Lukasgalerij. [Sans titre]
1984
(30/03-18/04) Le Lieu en projet (Lg, Galerie L'A)
(29/04-27/05) Treize interventions dans le lieu, Liège, Ancien Cirque d'Hiver
(12/05-09/06) Liège, Nord / Investigations.
(16/08-01/07)Flémalle, Centre wallon d'art contemporain / La Châtaigneraie Tendances et projets.
(05/10-05/11) Liège, Espace 251 Nord ; (31/3-21/04) Maastricht, Kruisherencomplex aan de Kommel. Le Musée du Voyage
1985
(11/05-01/06) Liège, Galerie L'A: Autoportraits (affiches, dessins, écritures, gravures, peintures, photographies, livres)
(18/09-05/11) Liège, Sous-sol de la Place Saint-Lambert. Place Saint-Lambert / Investigations.(Org.: Espace 251 Nord)
1986
(01/04-20/04) Rome / IT, Sala Uno : Boulanger Michel, Droste Monica, François Michel, Janssens Ann Veronica, Kandilaptis Babis.
(10/06-28/06) Bruxelles, Atelier Sainte Anne Intuition & mémoire.
(22/06, expo. d'un jour) Kalken, Estaminet den Bouw. [Sans titre].
(26/06-03/08) Venise, Casa Frollo (Espace 251 Nord), Portrait de scène à l'île aux Phoques. Manifestation OFF de la Biennale de Venise
(28/06-31/08) Liège, Musée Saint-Georges / Amnesty International (A.P.I.A.W.): Pour la liberté
( / - / ) Anvers, galerie Montevideo. [Sans titre]
( / - / ) Bruxelles, Galerie Christine et Isy Brachot: Les matériaux signifiés
(25/10-16/11) Gand, Richard Foncke Gallery. Boulanger Michel, Van Severen Dan.
(19/10-17/11) Liège. Portraits de scène de l'île aux phoques (Reprise, prolongation, transformation de l’exposition de Venise).
(28/11-11/01/87) Aix-la-Chapelle / DE, Galerie Monochrom. Euregionale 1.
1987
(02/04-03/05) Rome, Galerie E. Oddi Baglioni (Espace 251 Nord), Maison d'Ingres.
(12/02-06/03) Bruxelles Sint Lukasgalerij. Omtrent tekenkunst. - Hedendaagse Tekenvormen’
1988
(21/09-26/10) Paris-Montrouge / FR, Centre Culturel et Artistique. Salon (33e ). Un Panorama de l’art contemporain belge.
1989
(11/02-12/03) Kolekcja Profesora Gimnastyki.
( / - / ) Tournai, Maison de la Culture. L’œil au bout des doigts. 100 dessins des collections de la Communauté française et de l'Etat belge accompagnés des œuvres de 15 leunes dessinateurs.
1992
(29/03-02/05) Liège, Galerie L'A / rue des Anglais: Michel Boulanger, Sculpture et dessins (édition d'un multiple à 70 ex.) + (19/03-02/05) Art d'Afrique, Asie, Océanie, collection privée
(24/10-28/11) Alost, Galerie S 65. Boulanger Michel
1993
(11/09-17/10 ; prolongation jusqu’au 7 novembre) Bruxelles, anciens établissements Old England. Le Jardin de la vierge.
1994
(05/05-04/06) Alost, Galerij S 65.Tekenwijzen.
1995
(avril-mai) Liège, Espace 251 Nord. Angeli Marc, Boulanger Michel.
( / - / ) Alost, Galerie S 65: Tekeningen sculpturen in brons.
1996
(14/04-28/04) Marchin, Foyer culturel. Une collection [coll. Herbecq]
1997
(25/10-31/12) Namur, Maison de la Culture. Images du corps.
2000
(11/11-23/12) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain : Libres échanges. Une histoire des avant-gardes au pays de Liège de 1939 à 1980.
2001
(22/02-31/03) Liège, Musée d’Art Wallon / Salle Saint-Georges : La peinture contemporaine à Liège.
( / - / ) Stavelot, Galerie Le Triangle bleu.
2002
(04/10-15/12 ; accrochage évolutif ; prolongation jusqu’au 5 janvier 2003) Liège, Espace 251 Nord : Le colloque des chiens. Off Collection, Biennale di Venezia, 1986, 2002. Focus sur les différentes participations off de Venise depuis 1986.
2004
( / - / ) Paris / FR, Galerie Bernard Bouche. Boulanger Michel.
2005
(22/09-29/10) Liège, Galerie L’Ombra. Angeli Marc, Boulanger Michel, Flausch Fernand, Fourneau Daniel, Lizène Jacques, Petry Pierre.
2006
( / - / ) Bruxelles, Librairie Vasco & Co. Boulanger Michel.
2007
(31/10-06/01/08) Stavelot, Galerie Le Triangle bleu. Hommage à Luc Claus.
2008
(12/02-22/02) Paris / F, Galerie Bernard Bouche. Boulanger Michel.
2009
( / - / ) Stavelot, Galerie Le Triangle Bleu [Sans titre].
2010-2012
( / - / ) Bruxelles, Cabinet of Curiosities from Belgium for Europe.
2013
(05/05-28/07) Stavelot, Galerie Le Triangle Bleu. Boulanger Michel.
(juin) Le projet OFF, "Le retour de l'enfui" proposée par l'Espace 251 Nord et dans lequel était repris Michel Boulanger, est refusé par la Communauté française quelques jours avant la prise de décision définitive.
2014
(20/09-31/10/2014) Bruxelles, Bibliothèque de la Banque nationale. A story of absence. Une selection dans la collection de la Banque nationale.
2015
(27/03-27/06/2015) Liège Espace 251 Nord. Les Mains libres.
(11/09-13/09/2015) Bruxelles, Terarken Rooms (Rue Ravenstein 23). Art on Paper.
2017
(15/10-12/11/2017) Marchin, Centre culturel. J’avais 15 ans.
(10/11-15/12/2017) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC. Carte blanche à Françoise Safin.
(24/11/2017-24/02/2018) Liège, Espace 251 Nord. Résurgences
2018
(18/04-07/05/2018) Liège, Place des Déportés,1-3-5 Collection de Jean-Marie Rikkers et Catharina Helsmoortel.
(07/09-09/09/2018) Marchin, Centre culturel (Liège, Boverie. Manifestation Hors Piste) « Artistes francophones de notre saison 2018/2019
2019
(11/01-27/01) Rixensart, chez Baudouin Oosterlynck (rue Robert Boisacq, 9). Choix dans sa collection
(03/02-24/02/2019) Marchin, Centre culturel. Boulanger Michel. Encres – Crayons
2020
(13/03-19/04/2020) Liège, Espace 251 Nord (la Comète). Angeli Marc, Boulanger Michel, Gilot Stéphane, Pirenne Maurice.
2022
(06/05-30/06/2022) Liège, Espace 251 Nord (Comète) Les Reconnaissances
(08/09-29/10/2022) Bruxelles, Modesti Perdriolle Gallery. Regards Croisés
(17/09-22/10/2022) Paris, Galerie Bernard Bouche. L’art des Léga & Boulanger Michel, Étienne-Martin, Leroy Eugène
2023
(12/05- / /2023) Liège, Espace 251 Nord. Regards croisés.
2024
(09/01-17/02/2024) Paris, Galerie Bernard Bouche. Un Jeu d’accrochage II
in catalogue Sculpture contemporaine. Péruwelz, Centre Culturel / Parc Petit, 1969.
in catalogue. Sculptures en plein air. Namur, Square Léopold (09/05-28/05/1972)
De la représentation d’une tête à un espace cerné d’éléments plastiques ceux-ci ne sont que le support aux rythmes et aux pulsions internes.
L’essentiel, étant le langage émotif.
Les rapports existants entre les formes et les couleurs et les espaces sont l’outil pour faire naître ce langage émotif : du rapport entre un tête et un élément abstrait, s’emparer d’un espace en le cernant de signes et d’empreintes, tenter de lui donner présence (une aura), jusqu’à se mouvoir dans ces éléments, créer des zones d’aire, des espaces sensibles.
Années 80 crise de l'art ou crise de société ? in Agenda, périodique mensuel de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège n° 12, mai-juin 1981.
L'art contemporain perdrait de sa lisibilité... il serait inintelligible. Il apparait comme un corps éclaté.
Mais il n'est pas possible d'appréhender l'art contemporain sans être implique soi-même dans une quête du sens, celle de l'être, cette succession irréversible d'état de l'être.
Si l'on entend le terme de crise en tant que phase, rupture, passage, l'art dans ses manifestations les plus décisives peut s'identifier à cet état. Sa force réside là, dans le pouvoir d'interroger, de s'interroger.
La manifestation se situe au point même où se disloque tout langage constitué. Il est simultanément mise en forme et destruction de forme.
La pratique de l’art est le lieu de formations métaphoriques, sources de toutes synthèses nouvelles. Il est un lieu du perpétuel devenir. Il est producteur de sens.
Citant Blanchot : "Ce qui ébranle l'artiste ce n'est pas directement l'œuvre c'est sa recherche, le mouvement qui y conduit, c'est l'approche de ce qui rend l'œuvre possible" … "Ce mouvement qui va de l'œuvre vers l'origine de l'œuvre, l'œuvre elle-même devenue la recherche inquiète et infinie de sa source".
L'expérience qu'est l'art est une expérience totale, une question qui ne supporte pas de limites, n'accepte pas d'être stabilisée ou réduite. Elle est la passion même, la passion de sa propre question, et elle force celui qu'elle attire à entrer tout entier dans cette question.
On peut comparer l'art à l'édification d'un pont. Ce pont ne peut pas être réduit ou identifie a son simple garde-corps.
Nous sommes dans une phase ou l'éclatement de l'art est essentiel. Le phénomène de dispersion dans lequel il nous apparait marque aussi le moment où il s'approche de lui-même. Il est phase, rupture, passage, lieu révélé.
Crise, si vous voulez.
- A partir d’un entretien. Michel Boulanger / Marc Renwart le 8 décembre 2007 IN Catalogue Galerie Bernard Bouche. Paris, 12/01-22/02.
Fable sur la vérité du sentir ou sur le sentir vrai.
Une affaire d’esthétique donc si l’on considère ce terme formé sur le grec αiσθητικός, « qui a la faculté de sentir et / ou de comprendre; qui peut être perçu par les sens » (cf. αiσθάνομαι « percevoir par les sens, par l'intelligence »).
Deux expériences structurantes, constitutives, symptomatiques…, à la fois singulières et universelles.
- La première : l’élaboration de l’inconscience se génère dans la souffrance et restera l’obstacle à toute sérénité.
Il y eut une expérience avant la conscience d’une souffrance extrême dont il ne faudrait pas parler, par pudeur, pour ne pas tomber dans le pathos [et cependant information indispensable à la compréhension du parcours]. C’était en ’44, je suis né « dans la difficulté »… C’était la guerre, ma mère se réfugiait dans la cave dans la crainte des V1 ou V2, je ne sais plus,… mon père était prisonnier des Allemands… Trois jours après ma naissance, en ce fameux hiver 44, où il fit si froid, ma grand-mère me met une brique entouré de papier gris dans le berceau… J’urine et le contact de l’urine avec la brique provoque une vapeur qui me brûle le pied droit au 3e degré. J’ai toujours le talon comme de l’os (…). J’aurai voulu comprendre les causes de cette anxiété, de cette angoisse originelle, intra-utérine sans y parvenir… Le monde de l’obscurité. Le corps en danger. La violence du subi comme obstacle…
Emblématique de ce propos, une œuvre, « La caisse », réalisée entre 1971 et 1973 et exposée au Pavillon belge à la Biennale de Venise en 1978.
… On peut en faire des lectures différentes mais c’est quand même un lieu de préservation. Au départ, j’y voulais mettre une tête,… une tête pas plus grosse qu’une orange…, ma tête. Et j’ai déterminé un espace qui fut un cube. Je ne voulais pas faire un cube mais le résultat fut cube. La tête avait disparu et il n’y avait plus que le périmètre. …Complètement blindé. J’ai alors l’impression de revivre quelque chose.
- La seconde : apparition de la conscience, éveil, immédiateté dans la compréhension des choses.
Mais un peu plus tard, il est une autre expérience alors… une expérience totalement contraire… Si on peut se permettre, je ne sais pas ce que c’est que le satori, mais peut-être l’ai-je vécu cette fois-là. Alors que j’ai deux ou trois ans, ma mère me trempe dans une bassine d’eau, un soir d’été. Le soleil est rouge, les oiseaux viennent de finir de chanter, mon père brûle des branches et de l’herbe dans le jardin. Le moindre caillou, le moindre bois d’allumette, le moindre élément est à sa place. Tout est dans un ordre inouï. Tu fais un avec les choses. Tu es rayonnement, lumière dans la lumière.
La plénitude du perçu comme indicateur…
Ces deux expériences, identiques et contradictoires, auraient pu mener à l’autisme, s’il n’y eut la création.
« Arriver au jardin d’Eden que le doigt de Cézanne m’indique… ».
Quand je me retrouve à l’école technique - pour acquérir le diplôme d’ajusteur-tourneur - j’avais un cours d’art plastique,… une heure par semaine. Et là, oh miracle, je vais y rencontrer Cézanne. Un jour, le professeur ouvre un livre d’art et montre une reproduction à la classe. C’est une des dernières Montagne Ste Victoire de Cézanne. Je retrouve, immédiatement, intensément, cette sensation, cette vibration, cette plénitude de l’expérience de la bassine. Je retrouve une équivalence de cette conscience de l’être au monde éprouvée à l’orée de ma conscience.
Bref, j’ai vu Cézanne… Et ne peux plus faire que « cela ».
Je dessinais à tous les cours. J’avais acquis un petit livre sur Cézanne et copiais une branche par ci, un rocher par là.
Je fus finalement compris par mes professeurs qui me laissaient faire. Jusqu’au moment où un professeur de mathématiques me réprimanda : « Boulanger, cela ne va pas… Vous n’êtes pas à votre place. Vous devriez faire l’académie, vous devez dessiner ».
A la demande de mon père, tailleur de pierre, j’acquis tout de même mon diplôme puis vers 16 ans, m’inscrivit, au grand dam de ma mère, à l’Académie.
A côté de ces expériences du sentir, l’enseignement m’apparut quelque peu stupide,… dans la morale. Moi, je voulais revivre l’expérience de la « révélation » et butais constamment sur quelque chose qui fait que ce que je réalise n’est pas spécialement drôle. …J’ai toujours cherché la lumière, je n’ai jamais quitté mon ombre.
Quand je vois le rayonnement des œuvres de Cézanne…, pourquoi une petite aquarelle, la représentation d’une pomme me remue comme cela ?. C’est difficile à expliquer… même aux gens que j’aime. C’est une espèce d’osmose avec la personne et l’œuvre. C’est presque une expérience …[mystique].
…Il faut se méfier des mots.
Ce modeste et grandiose Paul Cézanne. A pleurer de bonheur. Qu’est-ce qu’il a fait cet homme ? Avec si peu de dons au départ, c’est lui qui nous a ouvert le jardin d’Eden.
Mon être.
Ainsi on ne choisit pas on est choisi. Si j’avais pu choisir, j’aurais échappé à mon « moi-même ». Mais j’ai, d’emblée, eu à m’affronter de face, je n’ai jamais cherché une forme d’idéalisme. Je me suis toujours perçu dans la vérité du sentir même si quelque fois cela peut sentir mauvais.
Avec toute la force qui m’est donnée, respirer.
Revenir à la lumière.
Sur le chemin, des influences… multiples et presque rien : la préhistoire, les vieux byzantins, Mathias Grünewald, Malevitch, Picasso comme sculpteur, Giacometti et Morandi, Barnett Newman, Ad Reinhardt, le grand Richard Serra… et la rencontre avec Dan Van Severen.
Anselmo, Penone, Zorio… au départ, l’art povera m’a puissamment intéressé. Mais le développement de leur travail ne m’a pas laissé la même impression. Il me semblait qu’ils quittaient la réalité de l’expérience.
Je voudrais cependant insister sur ce qui fut pour moi, une très grande découverte. En 1966, pendant mon service militaire en Allemagne, la visite d’une galerie, de la graisse dans un angle de la pièce… Josef Beuys. Je suis happé, émotionnellement saisi, intérieurement remué. Il se manifeste, à mes yeux, comme une sorte de romantique allemand et exerce la sculpture comme personne. Certains utilisent le bronze, d’autres le plâtre, la pierre, le bois mais lui utilise les matériaux comme force de vie ou de mort : feutre, graisse, cuivre sont là pour véhiculer du fondamental dans notre inconscient. Au niveau émotionnel, il met en relation des choses comme jamais un autre plasticien n’avait fait. Et de cela, je lui suis redevable.
Je suis un passeur, traversé par quelque chose qui n’est pas moi. Toute mon œuvre est un travail sur moi alors même que le moi n’existe peut-être pas. Ce moi qui se prend pour une entité. Je n’est rien, seul compte le principe.
La personnalité doit s’effacer. Dans la mesure du possible, évacuer toutes les règles. Il n’est plus de but connu. C’est une autre voix qui exprime. Cela ne relève pas de la conscience. Dégagé du soi-même. L’atelier est dans la tête. Quelqu’un frappe et dit : par toi, par là et je n’ai d’autre grandeur que la disponibilité à laisser passer. Laisser place à ce qui, au meilleur moment, se concrétise à travers moi. Les choses ne se décident pas, seule la nécessité doit se manifester.
Cela vient d’avant la préhistoire, alors que nous-mêmes ne sommes qu’éphémères, c’est cela qui est effrayant.
Mon faire.
On devrait, peut-être, parler de quelque chose de plus concret. Le modèle par exemple. Sur deux heures de pose, il y a deux, trois tentatives… Un dessin, c’est une question de seconde… C’est beaucoup 20 secondes. Et puis il faut l’intérioriser.
Un diptyque ou un « pas », il faut des années pour l’accepter. Un triptyque est une liaison entre trois papiers que je n’avais pas cherchée. Je fais une figurine, la dépose quelque part et ce n’est que des années après qu’elle va trouver son sens. Les bâtons, les cannes s’accumulent au fil du temps dans l’angle de l’atelier et soudainement, c’est là.
Le travail, c’est comme une coupe dans un processus, … une coupe d’anatomiste. Il y a un mouvement, une trajectoire et subitement une évidence de perception.
Pour moi les choses sont des structures vivantes. Mes dessins ne sont pas des images de corps mais des regards sur le corps. Et si je fais une figure géométrique, ce n’est pas non plus de l’abstraction.
La création, une souffrance en-deçà de l’inconscience, une lumière au-delà de la conscience.
Je ne pense pas être totalement étranger à moi-même.
L’expérience est centrale.
La variante m’est interdite.
Un senti fort qui n’a plus rien à voir avec les contingences.
« En art, moins c’est plus » (Ad Reinhardt) et, dit Michaux : « même si c’est vrai, c’est faux ».
Faussement minimaliste donc… 15 ans de méditation pour Le Pas, 6 à 12 ans pour L’Os.
Ce qui est parfaitement défini est parfaitement anéanti.
L’acte artistique se déroule dans une sphère encore ignorée.
Je ne crois pas au hasard.
Une œuvre ce n’est jamais que le doigt qui montre la lune, pas la lune.
Ce qui est dit est une chose, la manière dont cela est dit est capitale.
J’aimerais devenir classique.
- Propos recueillis d'après le travail sonore de Marie Zolamian en décembre 2018, à l'occasion de l'exposition de MichelBoulanger Encres et crayons au Centre culturel de Marchin du 3 au 24 février 2019.
Alors...
C'est-à-dire qu'on travaille toujours.
Travailler ce n'est pas s'agiter.
Gommer et recommencer.
D'ailleurs la gomme, je n'utilise pas la gomme, c'est interdit.
Ce sont les amis bouddhistes qui disent
« Ce qui est trace ne peut être effacé. »
Deux pas en avant, tu fais deux pas en arrière, trop tard, tu as fait deux pas en avant.
Je ne me regarde pas.
C'est comme si un cycliste,
Dans une course, s’arrêtait pour se regarder.
On ne peut pas agir, et être celui qui s’observe.
Il y a le papier,
l’encre,
et le pinceau.
Ce sont les trois choses.
Plus celui qui agit.
Donc
la plupart des choses que je montre
c'est de la peinture.
Monochrome
Noir et blanc
Rouge et blanc.
Je n'ai pas besoin d'autre couleur
Je montrerai,
Quelques crayons.
Des crayons sur du papier
Ça ce ne sont pas des peintures, ce sont des dessins.
J'ai dit quelques crayons par rapport à beaucoup de peintures
Donc encres et dessins
Encres.
Je ne vais pas mettre peintures parce qu'ici on croit que c'est des bazars sur une toile tendue sur un châssis
Bon
Encres et crayons
Ne montrer que des encres et des crayons
Simples
C'est-à-dire pas de diptyque,
Pas de triptyque,
Et encore moins de sculpture.
Pas de diptyque pas de triptyque.
Des choses qui sont faites dans |'instantané.
Sauf les crayons.
Un crayon prend beaucoup plus de temps.
Mais ne doit être fait quand même que dans une seule séance.
C'est-à-dire,
Au maximum deux heures, deux heures et demie.
Un crayon.
Sans jamais de coup de gomme !
C'est interdit !
On sait même pas ce que ça veut dire réussi ou raté
Mais la, le raté,
On fait avec.
À l'Académie
Si un étudiant me disait
« J'ai fini »
Je dis mais
C'est pas possible !
Ça ne va pas dans la tête '? !
Il est impossible de finir quoi que ce soit !
On ne peut qu'abandonner !
Mais alors c'est quoi ?
Ces encres
Seules.
C’est l’équivalent d’une allumette
Que l'on allume
C'est pas plus.
C'est quand même...
C'est un démarrage.
C'est un démarrage qui peut donner,
qui peut déclencher un diptyque, un triptyque ou une sculpture.
C’est simplement l'allumette qui met le feu, peut-être, à autre chose.
C'est pour cela que les diptyques, triptyques et sculptures,
il y en a beaucoup moins
Et il faut parfois des semaines, des mois et même des années, pour accepter, une sculpture.
Par exemple ce qui s'appelle
« Un pas »
Ça a duré,
Ça a traîné là quinze ans
Un morceau de bois
sur lequel il y avait comme une espèce de cale
Et c'était dans l'atelier
Et je regardais
Ah bon
Ça pourrait tenir
Mais
Quinze ans !
Ah ça tient !
Ah oui, ça peut tenir
Peut-être oui
Ah ça tient
Il va falloir, bon
faire,
l'équivalent d'une cale en bois
donc en fer massif sur un bloc de plâtre.
Le dur sur le tendre.
Donc un diptyque, un triptyque ou bien les bâtons
J'appelle « Passages »au pluriel.
Ils sont l'équivalent de prothèses humaines
Comme les chaussures,
Les bois se déposaient l'un après l'autre, comme ça
par pur hasard
dans l'angle de l'atelier
il y en avait deux qui étaient couches
puis je regardais tout cela,
je mets une encre beaucoup plus haut,
à côté des bâtons
mais je dis
c'est fait, sans ma volonté, tu vois.
À propos de volonté,
la volonté n'intervient pas du tout.
Je VEUX ceci,
Je VEUX cela,
Je vais faire ceci...
Non.
J'attends
Sans me dire
Tiens est-ce que je pourrais taire...
J'attends
J'attends
Que quelque chose peut peut-être se déclencher, tu vois
Disons que
Si je peux me permettre
C'est le contraire de la volonté
C'est l'attente
Disons c'est...
Euh...
C'est plutôt féminin
C'est plutôt ce que je peux être
Parce que je suis aussi
C'est dans cette situation
D'attente
De réception
De réceptivité
Je ne veux pas
J'attends.
Oui
Mais évidemment il faut être dans un état si tu veux
il faut être prêt à recevoir
donc il faut être dans un état
d’ouverture
tu ne choisis pas
tu te laisses choisir
c'est la chose qui t'appelle à faire
va par là.
La caisse
entre 71 et 73
ça a duré deux ans
Faut pas deux ans pour faire une caisse !
Ça pouvait être fait
si on n'est pas paresseux,
en une dizaine de jours,
au niveau matériel.
Mais ce n'est pas ça.
J'étais conduit
« C'est par là, c'est par là »
J'exécutais.
C'est-à-dire que j'étais dans un état de réceptivité,
et je ne pouvais plus que
acter
Ce n'est pas moi qui l'ai dit
C'est Henri Maldiney,
philosophe, français, je crois du sud, je crois qu'il est mort
il s'approchait beaucoup de l'œuvre du grand Cézanne
et, il a tout simplement dit
«L'art c'est la vérité du, sentir »
C'est le résultat de la vérité du sentir
qui prend le pas
sur la raison raisonnante
tu vois ?
Il faut
ne pas avoir d'idées préconçues,
même si d'un travail à l'autre,
il y a une relation.
C'est quoi être devant un modèle ?
À propos du beau.
C'est quoi le beau, etc.
À chaque époque le beau, ça change. Non ?
C'est quoi le beau ?
Joseph Beuys l'a dit.
Il a synthétisé.
« Le beau ? C'est l'éclat du vrai. »
Les aveugles, disent,
mais ça, ça veut dire quoi ?
C'est comme si on était devant un chêne...
ça nous fait quelque chose un arbre
mais le borgne va dire
comment ça s'appelle ? c'est quoi ?
Un chêne.
Il est content parce qu'on lui définit ce que c'est.
« Ce qui est parfaitement défini est parfaitement anéanti » (Zen)
Ceux qui font des visites des musées,
avec un groupe, avec ce petit drapeau là,
qui expliquent aux gens,
ce qu'ils sont en train de regarder
mais c'est insensé !
En plus ça passe par des anecdotes à cinq francs,
on s'y retrouve plus,
ça ne veut plus rien dire
la bête est tuée.
Si tu expliques qu'un lapin,
est fait de deux oreilles,
d'autant de côtes,
il a une queue,
mais c'est la catastrophe !
Le lapin ne court plus l
C'est quoi un lapin ?
C'est sa course, d'abord.
Et pas son nombre de côtes, et ses deux oreilles, tu vois ?
On tue,
le vrai,
le vivant,
en le découpant.
À l'Académie, je faisais aussi bien dessiner des hommes que des femmes,
je n'imagine pas que je puisse maintenant être devant un homme nu.
Je tombe sur un bloc,
qui est dur.
Donc je n'ai que des modèles,
féminins.
Ça n'a pas la dimension sensuelle,
oui et non.
Ça n'a pas de dimension,
de voyeurisme.
Ça n'a pas de dimension,
du désir,
oui et non.
Ce n'est pas sexuel,
c'est,
la différence de l'autre.
Je suis quand même un pourcentage masculin,
un pourcentage féminin,
la dame qui pose pour moi aussi,
elle est surtout féminine,
avec une petite dimension masculine...
Je me mets dans l'état de ne pas savoir,
et j'essaie de me mettre dans l'état zéro,
et me mettre dans l'état,
d'être devant quelque chose
que je ne sais pas.
Qu'est-ce qui se manifeste devant moi ?
Donc je vais agir, pinceau, papier, encre.
Comme si quelque chose devant moi,
n'était pas encore écrit.
Malheureusement,
ça se répète.
Encore que deux encres ne sont jamais les mêmes
C'est pour cela,
le modèle arrive à dix heures moins le quart,
on papote un quart d'heure,
puis elle va poser,
entre dix heures et midi,
mais en réalité,
elle va poser au maximum,
trois minutes sur les deux heures.
Qu’est-ce qui se passe ?
Elle est à une certaine distance de moi,
Elle attend, assise,
Peignoir,
Et moi, je suis,
assis,
sur ma chaise,
tournante, la,
et je regarde dans l'autre direction
plutôt vers la cour.
Et j'attends.
Je ne pense
à rien
j'essaie de me vider
comme on vide une bouteille de vin
mais je ne bois pas de vin en actant
De faire le vide
j'attends...
Je ne regarde pas
je regarde dans une autre direction,
vers la cour
alors que elle,
elle est là.
Je regarde par-là,
elle, elle est là.
À un moment donné je me lève,
je lui dis
Marta,
vas-y,
mets-toi comme tu veux
non
bouge
arrête
le pinceau,
l'encre.
Ça, dure,
parfois,
moins de dix secondes,
plus de dix secondes.
Il y aura trois tentatives,
quatre maximum,
sur les deux heures.
Tu ajoutes les secondes, les secondes et les secondes,
ça ne fait même pas une minute de pose sur deux heures
Le résultat ça passe ou ça casse.
Ça casse plus souvent que ça ne passe.
Et ça c'est une question de disponibilité.
Le jour j'ai été dormir trop tard,
ou bien j'ai bu un peu trop d’excellent vin,
le lendemain je suis moins disponible.
Ça je le sens,
si ça peut passer ou pas
on le sent.
Donc entre deux tentatives il y a un énorme vide.
Qui est im-por-tant.
C'est très important.
Cette espèce de non agir.
C’est très im-por-tant.
Les vides.
Le vide sur le papier,
c'est très important.
Pour te voir,
il faut un espace,
il faut du vide.
C'est enfoncer des portes ouvertes ce que je dis.
Regarde un peu nos cimetières.
La catastrophe.
C'est monstrueux.
Cette démonstration,
de l'avoir,
tu vas au Danemark,
c'est des petites pelouses,
une toute petite pierre, à une tombe,
mais ici,
c'est le festival,
c'est du délire,
c'est un peu le délire de Gaudi pour sa Sagrada Familia,
c'est un délire,
c'est horrible quand on est tout près.
c'est le contraire de Jésus, parce que c'est lui tourner le dos.
Ce sont les signes de la, chute.
Ce qui se passe,
c'est que j'ai vraiment...
la fameuse allumette- là
qui pourrait m'emmener à quelque chose d'autre,
Je dois avoir un démarreur.
Alors, le démarreur, j'allume, le moteur tourne.
Mais je n'ai pas encore fait un trajet.
Le trajet, c'est peut-être un diptyque, un triptyque ou une sculpture.
Ok ?
Les petites statuettes faites rapidement,
c'est une excroissance des encres.
Le dessin,
c'est CENTRAL
Il faut que l'esprit se manifeste par la présence du corps.
Je ne dis pas un corps physique, simplement
un corps...
il faut que,
ça se cristallise en passant par quelque chose de plastique.
Pas des idées, des théories, etc.
Un fait physique.
L’esprit et le physique sont deux choses unifiées.
Qui ne font qu'un.
Il n'y pas l'esprit d'un côté et le corps de l'autre.
Ça ne fait qu’un.
- Dans le texte de présentation de l'exposition au Centre culturel de Marchin, février 2019.
« Mes dessins ne sont pas des images de corps mais des regards sur le corps. Et si je fais une figure géométrique, ce n’est pas non plus de l’abstraction. »
« Je suis un passeur, traversé par quelque chose qui n’est pas moi. Toute mon œuvre est un travail sur moi alors même que le moi n’existe peut-être pas. Ce moi qui se prend pour une entité. Je n’est rien, seul compte le principe. »
« Une œuvre ce n’est jamais que le doigt qui montre la lune, pas la lune. »
« Quand je vois le rayonnement des œuvres de Cézanne…, pourquoi une petite aquarelle, la représentation d’une pomme me remue comme cela ? (...) C’est une espèce d’osmose entre la personne et l’œuvre. (…) Ce modeste et grandiose Paul Cézanne. A pleurer de bonheur. Qu’est-ce qu’il a fait cet homme ? Avec si peu de dons au départ, c’est lui qui nous a ouvert le jardin d’Eden. »
« La plus belle citation est de Robert Filliou : L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. »
1969
- Emile Alexandre. “Le vélo” in Amalgame n° 3. Liège, décembre 1969.
(…)
D'abord l'œuvre de Boulanger importante par ses proportions et son intention spectaculaire. Spectacle en effet, en ce sens, présenté par la glace frontale en polyester de même qu'une scène de théâtre se présente au spectateur (Est-ce à dire que les « coulisses » n'aient pas d'importance ? Non, car réaliste jusqu'au bout, la représentation est d'abord extérieure, puis intérieure, puis matérielle. L`unité du matériau - polyester transparent pour la glace frontale et coloré mat pour le fond - y est le thème, le leitmotiv en quelque sorte). Quel théâtre ? Certes pas Eschyle ou Racine mais une société réelle et actuelle : le bricoleur, le soir venu, répare son vélo dans son garage douillet, seul refuge de sa personnalité. L'instruction obligatoire a en effet donné des lettres à toute la « middle class ». Or il n'est rien de plus dangereux pour le travail (le vrai, l'invention, pas le travail à la chaîne) que la culture superficielle qui donne la vanité et l'illusion qu'on peut se dispenser de tout. On peut donc appeler le point de vue de Boulanger objectif : nous sommes très loin de l’expressionnisme.
(…)
1974
- Jacques Parisse, RTBF, 02/05/1974 « Boulanger Michel » :
"Parmi les nombreuses expositions qui nous sont proposées en ce début mai - dernier mois de la saison - il en est une originale, insolite, pour beaucoup scandaleuse dont je veux brièvement vous entretenir. Michel Boulanger est liégeois, a trente ans, est professeur d'Etude des formes et de dessin à l'Institut Supérieur d'Architecture de la Ville de Liège. Boulanger est aussi sculpteur, un des premiers à avoir travailler monumentalement le polyester.
Que nous montre-t-il ?
Une pièce unique mais il est vrai qu'elle est de taille. Dans un futur magasin de la rue des Croisiers, galerie occasionnelle, il présente une immense caisse fermée, carrée de 2 mètres 20 de côté, constituée de bois, de bitume, de bâche, de caoutchouc, néons, papier et polyester. La salle est blanche, la caisse est noire, un son à intensité variable ajoute encore au mystère écrasant de cette sculpture peu conventionnelle. Le visiteur observe le grand objet noir, il en voit l'architecture qui littéralement le dépasse, il peut regarder chaque face comme une peinture - objet, il touche le goudron un peu élastique, il oppose tactilement la dureté du bois et la souplesse du caoutchouc. Donc par l'œil et la main il prend un contact immédiat avec la matière d'une caisse sans fonction puisqu'elle n'est ni container ni emballage. S'il la voit dans sa réalité intrinsèque, rien ne lui interdit d'en faire le support et le point de départ de son rêve : pour l'un l'odeur du goudron c'est le quai du port, la forme carrée donc primaire peut évoquer le voyage, le grand départ. Certains la verront tragique - elle est noire - et seront tentés de regarder à l'intérieur ce qu'elle contient : quelques lueurs de néon. Ce n'est ni du Christo bien que ce soit un «emballage», ce n'est pas du Kienholz réaliste, moins encore de l'art conceptuel puisqu'elle ne propose pas une réflexion sur l'Idée mais un objet qui ne prétend pas être autre chose. En fait c'est une action, une manifestation qui provoque le rêve à partir du banal. Tout snobisme mis à part, la «grosse caisse» de Michel Boulanger ne laisse pas indifférent."
1980
- Philippe Minguet, Art à Liège en 1980 in Bulletin d'informations d'IBM, 3e trimestre 1980.
"Comme Wuidar, Michel Boulanger est un ascète, mais plus dominicain que cistercien. Il a fait vœu de pauvreté et il a la vocation d'un prêcheur. Son appartement n'est pas baroque, me dit‑on. Ça ne m'étonne pas. Incisif, inquiet, intelligent, d'une véhémence contenue, Boulanger pense qu'un artiste ne doit pas se compromettre. Son exigence le conduirait sans doute à rejoindre le petit nombre de ceux qui, au moins depuis Rimbaud, ont décidé à un certain moment qu'il fallait renoncer à l'art, chose somme toute futile.
Je n'oublierai jamais l'étrange apparition du grand travail de Boulanger dans une éphémère galerie de la rue des Croisiers. Avec Une caisse et un son, on avait l'impression soudainement que ce morne quartier de Liège était un coin de New York ou de Milan. De cette oeuvre monumentale, un cube de 220 cm, élaborée en 1971-1972, exposée en des lieux divers, dont la Biennale de Venise en 1978, je ne dirai rien ici, préférant donner la place qu'elle mérite à une toute récente activité de Boulanger pédagogue.
Depuis presque dix ans, toutes ses oeuvres se sont inscrites sous le signe de l'éphémère, soit que telle pièce, la Caisse par exemple, change de nature selon le lieu qui l'accueille, soit que l'oeuvre conçue pour un espace bien déterminé en modifie provisoirement la résonance. Attentif aux énergies du matériau, Boulanger est hanté, comme quelques artistes de cette fin de siècle, par le thème de la dégradation. Il lui est arrivé de mettre en forme des matières périssables. Il voudrait sculpter dans la boue. Mais c'est avec 40 de petit granit sous forme de blocs dont le poids à l'unité n'excédait pas 30 kg que ses étudiants de l'Institut supérieur d'architecture de la ville de Liège ont été invités par lui à un exercice collectif qui s'est déroulé en cinq phases, du 14 au 18 avril dernier, sur un terrain de 300 m. de longueur, une sorte d'avenue forestière d'une largeur de 10 à 25 m, quelque part dans le domaine universitaire du Sart Tilman. d'études des formes, que dirige Michel Boulanger, s'était proposé, avec 33 étudiants de deuxième année, diverses mises en situation de la totalité du matériau. A l'intérieur d'un schéma donné, chaque réalisateur pouvait agir de manière autonome, manipulant une certaine quantité de pierre et appréhendant un fragment du lieu (je cite quasi textuellement le programme). Le document reproduit est suffisamment évocateur de la portée réelle de cet exercice. Les aspects formels, tels que les fige la photographie comme une coupe dans un processus continu, importaient moins que l'action des 33 constructions simultanées par 33 corps arpentant un espace. L'oeuvre n'a existé pleinement que pour ses 33 cocréateurs. Ce qu'ils ont dû s'amuser! Quand j'étais chez les scouts, il y a pas mal de temps, on faisait du mais notre master était beaucoup moins stimulant. Les photos que j'ai conservées ne donnent pas une haute idée de nos travaux.
Ce qu'on vient d'écrire ne comporte nulle ironie. On doit comprendre et admirer les efforts que déploient depuis une dizaine d'années un certain nombre d'artistes convaincus, avec Proudhon, que dix mille élèves qui ont appris à dessiner comptent plus pour le progrès de l'art que la production d'un chef-d'œuvre ». Même s'ils sont éculés, les termes de participation, de fête, d'événement me semblent parmi les plus chargés de sens dans ceux sur lesquels notre époque aura vécu, Sans se dissimuler que les arrangements de pierres du Sart Tilman n'auront pas eu la même somptuosité que le voile de nylon étiré par Christo sur quelque trente kilomètres à travers les collines de Californie - l'ambition et les moyens ne sont pas comparables - il reste que Liège aura connu pendant quelques jours une entreprise du même ordre. C'est bien qu'une telle manifestation se soit déroulée en un site où quelques volontés généreuses souhaitent que s'installe bientôt un vrai musée de plein air dont la politique soit audacieuse et cohérente, digne du cadre architectural qui l'environne."
1984
- Jean-François Pirson, La structure et l'objet, éd. I.S.A.L., 1984
"Ce long cheminement du cube, de sa géométrie et de sa présence, du volume et de la matière, à travers les propositions de l'Art Minimal américain et de sa cassure nous ramène dans un autre continent vers un autre cube : une réponse d'exception, de force et de solitude : la pièce Caisse et 1 son réalisée par Michel Boulanger entre 1971 et 1973 et exposée à Liège dans un lieu éphémère, un espace en voie de finition.
La construction du volume commence par un travail sur la paroi. Le carré se définit avant le cube. La Caisse est constituée de six panneaux : un plancher, quatre faces et une partie supérieure qui s'assemblent et se soudent en une masse unique : un diamant noir. Avant de se fondre sur ce vide blindé, toutes les faces sont traitées comme des éléments autonomes, des fragments du travail intense et patient du sculpteur sur le cadre et ses renforts sur les bardages et les interstices, sur l'ossature et la peau.
La structure de chaque paroi se différencie par le mode d'assemblage des planches du cadre et des renforts. Les contreventements croisés empêchent la déformation du carré en le divisant en triangles indéformables. Mais la croix en X est plus qu'un élément de stabilité. C'est un signe de l'alphabet du constructeur, du dessinateur, du sculpteur ou du danseur. La croix en X fortifie, barre ou habite l'espace du papier, de la construction ou de la scène ; c'est aussi l'inscription du corps dans le carré et dans le cercle. Ici, dans la construction, elle a soutenu, le temps de la polymérisation, les bâches posées en poches flottantes et figées dans le polyester. D'autres matières souples resserrent encore le blindage de la Caisse : le papier torché et bourré dans les interstices des bardages en bois, le bitume noir et lisse coulé en surface, les boudins de caoutchouc néoprène calés dans le creux des arêtes.
Fermée, noire et pesante, la Caisse rend compte d'une longue activité de solitude d'un homme. Dans le lieu, sa résonance est appuyée par un son continu de faible intensité émis par quatre haut parleurs situés au périmètre de l'espace clos. La présence physique de la Caisse et 1 Son demande au spectateur un déplacement circulaire d'aller et retour de la masse au lieu qu'elle habite, de la matière au vide, du regard au toucher; jusqu'au moment où, à travers une des parois, il voit de façon fragmentée des éléments placés à l'intérieur: papier blanc (1), toile de bâche (2), caoutchouc (3), angle d'acier (4), ampoule bleue (5), toile imprégnée de bitume (6), tube néon (éteint) (7), bâton enrobé de silicone blanc (8), bitume jaune (9), tube de lumière noir (10), plaque d'acier (11), résistance (12). Ces éléments accumulés «créent un enchaînement de rapports visuels et tactiles» dans lequel le regard en déplacement peut entrer. Ce champ d'énergie qui densifie l'espace est une des constantes du travail de Michel Boulanger. Son caractère anthropomorphique en est une autre." (p. 41 et 43)
"Revenons un instant sur la Caisse pour tenter un dernier passage vers l'objet. La Caisse montre la puissance de l'objet de l'art de laboratoire. Elle dit le combat de solitude de la création et désigne un acte gratuit, «une sorte d'activisme » qui autorise certains à poser la question du travail inutile, libre de toute représentation. La trace indélébile que je garde de la construction et de l'installation de ce travail me pousse à répondre à cette maudite question. Ne peut-on travailler pour les dieux ! Ou pour la rencontre d'un seul regard ! Ou pour nourrir (et pas nécessairement influencer) un autre travail !" (p. 45)
(p. 44-45) : Limitons-nous à souligner le caractère physique et anthropomorphique du travail présenté à l'exposition Bru 81. Le lieu est celui d'un bâtiment situé place Flagey à Bruxelles. Une annexe de la RTB, sans fonction précise, sinon celle d'être oblique dans son parcours. Le lieu est long, étroit, haut. Le double circuit de passerelles en pente occupe la plus grande partie de l'espace en montant et en descendant sur trois niveaux : une caricature du Guggenheim ! Le travail que nous regardons se nomme Appel de l'espace.
Cette pièce se compose d'une perche qui traverse le bâtiment de bas en haut et de trois dessins qui se répartissent, à des niveaux différents, sur des murs délimités par le sol et le plafond de la passerelle. La perche est constituée d'une partie pleine, une barre en métal de section carrée, taillée en pointe pour s'enfoncer dans le sol et, sur elle, de plusieurs tronçons de tubes creux emboîtés les uns dans les autres. Ces tubes en métal, enrobés de caoutchouc cousu à la main par l'ouvrière de l'usine ont le diamètre et le toucher de la poigne du sculpteur. La perche se termine par un T en acier. Cette tête, calée au plafond par un coin en cuivre, maintient la perche en tension (en arc) et comprime une plaque d'amiante qui isole l'énergie créée par cette tension, de la radiation émise par une résistance électrique.
Les dessins rendent compte d'un travail du corps et de la matière sur le mur. Pendant trois semaines, Michel Boulanger a superposé des couches de poussière noire jusqu'à fondre le carré, le cercle et le rectangle du corps - de son corps - sur le mur. Ces grands carrés dépassent le stade du simple dessin éphémère. Ils renvoient directement aux gestes et à la matière de la sculpture : avant d'être noir, le mur est de plomb, de charbon de bois, de graphite et de feuille d'or.
1985
- Marie-Pascale Gildemijn, « Musée de Voyage, novembre 1984 » in Arte Factum 7'85, février-mars 1985.
On sent également cette volonté de rigueur, cette intégrité de l’artiste dans la démarche de Michel Boulanger (B), qui s’était réfugié dans les caves du bâtiment. Sa bâche est pour lui une esquisse de ce qui pourrait devenir une approche de l’Art. C’est un lieu de rencontre, dans un état de tension extrême, entre lui et le monde, tant extérieur qu’intérieur. Il tente de parvenir à un dénuement total de corps et d’esprit pour retrouver un regard vrai, pur, pour revoir ou enfin voir, pour aller vers le monde. Cette volonté d’approche s’exprime à travers de simples choses concrètes : dessins de pommes (Cézanne), d’ailes d’oiseaux et de jambes (structures, squelettes), esquisses de petites figures féminines, d’un nez...
Parallèlement à cela se développe une affirmation du monde de l’abstrait : la couleur de la toile d’abord, qu’il a choisie vert de gris, évoque l’oxydation du cuivre au contact de l’eau. Dans la moitié gauche de la bâche, une grande forme rectangulaire, en encre rouge, vibre de toute une intensité concentrée. Elle répond par sa solidité à la pénétration fluide d’une tache noire qui s’infiltre dans le coin supérieur droit de la bâche. Dans un coin de la cave Michel Boulanger a déposé une bâche vierge, pliée et entourée de lanières en cuir, ainsi qu’un moulage en plâtre d’une canne (qui ne fonctionne donc pas). C’est en quelque sorte un constat d’impuissance. C’est aussi un témoignage de sa volonté d’aller au-delà des choses, au-delà surtout de cette bâche et de lui-même.
** Œuvres exposées.: Fragments
- Wim Van Mulders, « Place Saint-Lambert / Investigations » in Arte Factum11'85, nov. 1985 - janv. 1986. (traduction : G. S.)
(…)
Les œuvres anciennes et récentes de Michel Boulanger fonctionnaient d’une toute autre manière dans un espace à peine accessible. Le cube noir de proportion humaine se trouvait dans un coin coiffé d’un son électrique. D’ici nous nous promenions vers un mince et vertical reliant le sol au plafond. L'œuvre devient au fur et à mesure plus petite, plus intime, toutefois elle continue à s’adresser à notre sens tactile. Boulanger place et mélange ancien et nouveau de telle façon qu’un grand dessin au graphite pend à côté d’un plus petit dessin représentant un carré noir avec des jambes dessinées au-dessus. Également la canne végétale et courbée qui pend tout en haut à gauche dans l’espace vide ne signifie pas un point final et nous incite à une relecture des surfaces abstraites noires, la canne courbée blanche, les petits objets biomorphes, l’obsédante tonalité électronique, la courbe du mur en béton, le carré par lequel il faut se filer pour atteindre l’inaccessible. Malgré la constatation mystificatrice et abandonnée du labyrinthe en béton, le caractère dominateur de ces galeries souterraines ne fut pas accepté d’emblée. (…)
1986
- René Debanterlé in F.A.R., n°160, sept.-oct. 1986, p.68.
Michel Boulanger dont le propos artistique vise les gestes primordiaux et ultimes de la création et ses paramètres consubstantiels: la masse, le bord, la touche, le crayonné sont chez lui autant d'actes pléniers d'existence (la coulée coule l'être; le jet jette l'être, le dessin donne le corps quand l'aplat donne l'espace)
1987
- René Debanterlé in Actualité de la peinture, 1987.
Cette notion incernable d'«Etre» se retrouve sous un dehors plus dynamique (plus "héraclitéen", pourrait-on dire), chez Michel Boulanger qui l'envisage plutôt comme une «succession irréversible d'états» (M. Boulanger).
La création artistique est, en effet, pour ce sculpteur-peintre, «simultanément mise en forme et destruction de la forme (...), une expérience totale, une question qui ne suppose pas de limite, n'accepte pas d'être stabilisée ou réduite» (M. Boulanger).
Aussi l'abordera-t-il sous tous les aspects où elle échappe à l'achèvement qui en serait la figure morbide.
L'instant où le monde advient dans la fulgurance du geste, la surface qui cumule la succession des recouvrements, la mise en relation dont chaque élément s'échange, se défait puis se recompose différemment, sont les ressorts de cette exigence impérieuse d'un vécu puissant et expansif. Vouée au corps, à la nature et à l'architectonique des formes, l'œuvre de Boulanger conjoint leurs qualités essentielles: la structure d'une jambe s'y fait à la fois charpente et liquidité, la masse d'un rectangle noir s'y donne pour sa charge spatiale et la nuit de l'esprit qu'elle évoque, le trait s'y délie en tension de surface et tremblement, l'état poudreux interroge le lavis, etc.
Pour accroître encore cet effet de mutation, qui n'est autre que le monde temporel des choses et des êtres, Michel Boulanger aime à disperser plusieurs peintures, dessins - voir même sculptures -sur un même mur ou en un seul espace, comme pour toujours nous dire que l'identité ne tient que par son autre.
2001
- Magali Parmentier. « Quand richesse rime avec épuration » in Flux News, n° 24. Liège, janvier 2001, p. 26.
La galerie Le Triangle Bleu à Stavelot expose, du 18 février au 15 avril 2001 des (œuvres de Marc Angeli et de Michel Boulanger. Fidèle à sa ligne de conduite, la galerie propose pour débuter cette nouvelle année un choix motivé par le goût pour des œuvres sobres et de grande qualité. Des peintures sur bois de Marc Angeli aux dessins sur papier de Michel Boulanger, son voisin d'atelier, le parcours ne manquera d'ailleurs pas d'affinités.
L'un et 1'autre, peu à peu, ont développé une démarche rigoureuse où jouissance et contrôle vont de pair. Tous deux, chacun de son côté, ont adopté une technique où l'œil et le geste œuvrent de concert, entre maîtrise et liberté. Dans les deux cas, c'est toujours de plaisir qu'il est question ; pour le créateur comme pour le spectateur. Plaisir de laisser sa main résumer en quelques traits un sujet pour Michel Boulanger ; avec cette contrainte que chaque geste doit être justement placé. Plaisir pour Marc Angeli de recouvrir pas à pas sa surface, de la poncer, puis recommencer, et de l'arrêter au bon moment. Plaisir, enfin, pour le spectateur, qui face à leurs œuvres si simples en apparence, se voit piégé par leur richesse et par leur complexité. Dans un cas comme dans l'autre, c'est seulement au visiteur qui prend le temps de les observer que ces œuvres livreront une partie de leur secret.
Une couleur qui ne se laisse pas facilement fixer, voilà déjà l’une des caractéristiques des travaux de Marc Angeli. Cela fait maintenant quelques années que ce dernier, après s'être consacré aux signes et aux tracés minimaux, explore les possibilités que lui offre la surface monochrome. Sur des bouts de bois aux textures et coloris très différents (du noyer au tek ou à l'olivier), il appose, en fin connaisseur des matières, toutes sortes de pigments, de cires d'abeilles, de vins, d’huiles ou de pollens. De cette alchimie riche en couleurs, il crée des tons variant du noir au blanc, en passant par le bleu, le rouge et le jaune, avec pour chacun des nuances infinies : noir d'ivoire ou d'ébène, blanc, écru, jaune ocre, rouge carmin, vermillon ou rouge bordeaux. Quant aux surfaces, toujours de petit format, elles sont selon leur support plus ou moins fines ou épaisses, lisses ou striées, granuleuses, troubles ou opaques. Toutes uniques, elles procèdent d'un même travail de patience qui les façonne au fil des semaines ou des mois ; elles ont en commun le geste de l'artiste qui les fait naître. Tandis que certaines se rapprochent de l'icône et tendent vers la planéité, d'autres au contraire se creusent ou s'avancent, et perturbent le regard du spectateur. La profondeur, en tous cas, varie selon que l'on se déplace dans la pièce ou que le ciel, il y a quelques instants encore, parfaitement dégagé se couvre de nuages alternant avec des éclaircies. Tantôt proches ou s’éloignant, les rectangles de couleur ont cette faculté de nous retenir et de nous captiver, changeant d’aspect continuellement. Pour sa part, Michel Boulanger qui nous avait habitué à des silhouettes esquissées sur papier de riz, nous offre cette fois des œuvres encore jamais montrées au public. En tout, ce sont moins de dix dessins qui sont accrochés aux cimaises. L’artiste les réalise dans sa période creuse, durant les longs mois d'hiver qui ralentissent sa production. Cette période selon lui peu propice à l’inspiration, correspondant en fait à une remise en question de son travail, lui permet de se consacrer quelques temps à des sujets classiques qu’il aborde de manière sensiblement différente des œuvres précédentes. Ici, plus de marque enlevée du pinceau, plus de fluidité de l'encre de Chine mais des traits de crayon successifs sur lesquels il reviendra plusieurs fois. Le geste est rapide comme à son habitude, synthétisant la forme et qui pourtant s'y attarde, la redéfinit par endroits. Les courbes des fruits ne sont plus le sujet mais un prétexte à tracer, à poser sa pointe sur le papier. Toute de tension, cette gestuelle rapide qui part de l’observation du modèle produit - a contrario - un résultat d'une extrême finesse et d'une grande légèreté. Tout se passe en fait comme si le crayon ne faisait qu’effleurer le support, ce papier anglais légèrement jaune et aux bords non recoupés. Bien campée dans l'espace de la feuille qu'elle n'occupe pourtant pas entièrement, la composition s'y détache dans le même temps qu'elle s'y confond. Fragile dans sa légèreté, la nature morte dévoilée ici de manière très intime, à peine esquissée, n'est perceptible que pour celui qui y prend le temps.
2007
- Renwart Marc, 01/10/2007 in Catalogue galerie Bernard Bouche, Paris (12/01-22/02/2008)
Voroux-Goreux, Omalie de l’Est le 5 octobre 2007.
Michel,
Ci-dessous le texte que tu m’as fait amitié de me demander.
Je l’ai écrit en pensant à toi et en me laissant imprégner tout entier des souvenances sensitives et intellectuelles que m’évoque ton œuvre, la spécifique tienne, ta singulière singularité. Si particulière qu’elle confine au tout et à tous de par son efficiente concrétude.
Ce texte n’est évidemment pas développé sur le mode réaliste, ne s’engage en aucun cas dans un cheminement descriptif, ne parle ni d’étant, ni d’objet.
Plutôt de mise en réceptivité, de méditation préalable, de construction d’une véritable rencontre au sein de l’universel, ici et maintenant.
Et j’invite tous ceux qui imagineraient que ce texte est valable pour tout un chacun, d’accepter de se laisser aller au plus profond auquel ton investigation artistique incite, pour comprendre qu’il s’agit bien d’elle et seulement d’elle.
En attente de tes nouvelles…
Très cordialement,
Marc.
Marc Renwart, texte pour Michel Boulanger, le 01/10/2007
Ni critique, ni écrivain, il m’est toujours difficile sinon pénible d’utiliser cette pratique de l’écriture tant est grande ma dette envers le littéraire.
Que dire alors si l’on me demande du littéral ?
Est-ce que les mots peuvent servir à décrire notre appartenance aux choses ?
Si la grandeur, autre part que dans l’algèbre, pouvait s’énoncer par des lettres, tout art serait inutile.
Le ressenti et l’explicatoire peuvent-ils être du même monde ?
Si l’impalpable se touchait, toute mouvance deviendrait impossible.
Le percept et le concept peuvent-ils se fréquenter ?
Si le corps et l’esprit n’étaient qu’un, notre schize structurelle ne serait qu’handicap.
Ce que cherche à nous livrer Michel Boulanger, c’est le cœur même du processus créatif.
Plutôt qu’un résultat, un chemin.
Plus qu’un chemin, une nécessité.
Plus qu’une nécessité, la dynamique du vivant.
Un compendium des qualités et défauts spécifiques et strictement indispensables qui ont fait de l’homo, un homo sapiens, un être susceptible d’émergiser l’universel.
Une onde à jamais vibrante qui effleure l’âme pour l’énergiser.
Une physiologie de la jouissance.
Plaisir et déplaisir sont constitutifs du je.
Et le jeu nous vaudra chaleur et éblouissement, enchantement et stupeur, étonnement vivifiant.
Approfondissement de l’investigation, mûrissement de la solitude, renforcement de l’étant.
On ne peut être qu’admiration et redevance devant l’œuvre, gratitude et respect envers la démarche, amitié et tendresse vis à vis de la personne.
Je n’ai pas à décrire ce qui est à regarder… simplement rappeler des conditions de l’expérience esthétique. L’œuvre se donne à qui veut. Tout commence par l’empathie… ensuite seulement viendra savoir et raison (s)
L’œuvre, son œuvre est un en-soi.
Elle est, en et par elle-même, absolu ; elle ne souffre pas discussion et se livre comme elle le peut.
Immense et insignifiante.
Essentielle et inutile.
Inépuisable et éphémère.
ou dans l’autre sens
Sans signifiance et illimitée.
Légère et décisive.
Immédiate et éternelle.
Elle est la vie et le nirvana,
la puissance et le non-être,
la présence et l’absence.
Elle est préalable au dicible,
elle concrétise l’inimaginable,
et pense ce qui n’a pas de substance.
Elle est la plus réelle réalité du réel.
Elle ne sert que si l’on s’en sert.
Elle étreint qui la saisit.
Dans la fluidité de la conscience, elle est le phare qui mesure la dérive, l’embarcation qui porte le délire, la brindille qui indique la direction.
Dans le vortex du devenir, elle est la carte de nos cieux intérieurs et la distanciation libératrice.
Son assise est rhizomatique, son mouvement pendulaire et ses séquences atomiques.
Elle est la beauté de la beauté, celle qui s’épanouit en deçà de sa définition même et bien au-delà de l’immédiateté du ressenti.
Son ombre s’appelle idée. C’est l’horizon à portée de main, l’incommensurabilté du territoire, les raisons de la marche.
Elle clame haut et fort les possibles de l’impossible.
Elle abolit les contingences.
Elle objective la cosmique utopie.
Et si « la vie est un rêve dont nous délivre la mort », elle en aura été la sève, le suc, le nectar… assurément le goût primordial.
2013
- Yves Randaxhe. Michel Boulanger à la galerie Le Triangle bleu in Flux News avril-juin 2013,n° 61.
Michel Boulanger expose à la galerie Triangle bleu de Stavelot du 5 mai au 28 juillet. C’est une annonce rare. L’artiste liégeois expose peu, et moins encore dans sa région, où il déplore le manque de maillage de galeries et l’isolement qui en résulte. Stavelot est donc une étape importante. « Pas une rétrospective », précise Michel Boulanger. Mais tout de même, « des œuvres rassemblées, des petits cailloux que j’ai semés sur mon parcours depuis les années septante. Des jalons ». Quelques semaines avant l’accrochage, il lance : « Un espace comme celui-là, il faut l’habiter ! » Le Triangle bleu a en effet pris ses quartiers depuis près de 10 ans dans des bâtiments historiques superbement restaurés ayant appartenu à l’abbaye Saint-Remacle, l’une des plus importantes de l’ancienne Principauté de Liège. Un bâtiment chargé d’histoire et de symboles, avec des cimaises culminant à 6 mètres et plus de 450 m² d’exposition. Donc, bien sûr, c’est un défi de taille pour quiconque s’y mesure. Et en même temps, lorsque l’on connaît un tant soit peu le travail de Michel Boulanger, on s’étonne de cette interrogation: il est peu d’œuvres plus habitées que la sienne. Elle est porteuse d’un souffle reconnaissable et montre, sur quatre décennies, une cohérence impressionnante. Pour le spectateur comme pour le critique, exprimer la nature de cette « présence » ne va pas pour autant de soi. La nature même du travail est allergique à la rhétorique et rétive aux mots. Contentons-nous de placer quelques repères pour approcher ces jalons que l’on nous donne à voir, et qui balisent une trajectoire. La métaphore de la promenade reviendra d’ailleurs comme une ligne de force importante de l’œuvre de Boulanger. A Stavelot, l’établissement de nouvelles liaisons entre des pièces n’ayant jamais été exposées ensemble va en outre créer une nouvelle œuvre en soi, tant le concept de liaison, à la fois entre les œuvres elles-mêmes, entre celles-ci et une perception du réel, et enfin entre celles-ci et le spectateur, traverse tout le travail. S’il est difficile d’y superposer des mots, c’est que l’art de Michel Boulanger est en quelque sorte aux antipodes du lyrisme. C’est un art « pauvre », pourrait-on dire, qui s’astreint à une économie stricte de moyens et d’expression. C’est un art qui résulte en peu de signes, peu d’objets. Résolument à l’opposé du spectaculaire. Dans sa famille esthétique, l’artiste évoque l’art roman et préroman; l’irruption de l’art gothique lui paraît marquée du sceau de la perte de sens, avec la multiplication des images et des effets, l’intrusion - déjà - du spectacle faisant obstacle à la perception du sens profond. Au fil des ans, les dimensions de ses œuvres se sont faites aussi plus modestes. Si dans les années 70, « Une caisse et un son », exposée à la biennale de Venise de 1978, se mesure encore directement à la taille humaine, la nécessité d’un resserrement s’est imposée depuis lors, sollicitant notre attention au plus près, sur un mode quasi intime. Les couleurs, les moyens techniques, les matériaux obéissent aussi à cet impératif de synthèse. Comme s’il fallait nécessairement en passer par là pour offrir la plus grande densité plastique. Mais ce n’est pas pour autant un art désincarné. Le corps même en est le centre. « Tout est prolongation du corps. Ou le corps énoncé d’une autre manière », précise-t-il. Michel Boulanger évoque à ce propos des expériences physiques issues de sa plus petite enfance, où son corps s’est trouvé mis en danger, lui faisant ressentir « l’ordre inouï » du monde, cet ordre dont il retrouve la quête chez Cézanne, et qui constitue en somme l’essentiel de sa démarche. L’œuvre est donc le fruit d’une mise en disponibilité totale associée à une intense concentration. Une partie résulte du travail en atelier, sur modèle. Il s’agit alors, non pas de représenter le visible, mais d’être saisi par ce qui se manifeste à travers lui. Les « encres simples », viennent ainsi, en quelques secondes, dans un état d’attention particulier qui n’est pas sans rappeler le satori des adeptes du zen : non pas l’illumination mais le sentiment intense d’être là. La démarche créatrice des figurines modelées ets très comparable. Ainsi celles qui accompagnent la « Boîte de Zagora ». Issue de pérégrinations autour d’un village grec, cette œuvre à géométrie variable se compose de différents éléments que l’on retrouve essaimés un peu partout à travers son travail: boîte, cannes, figurines, objets glanés. La boîte est susceptible d’accueillir les objets: précieuse et fragile, elle est comme le lieu géométrique de la création, comme le centre d’une vie intérieure auquel se rattachent les autres objets. Les figurines ont été rapidement modelées. On y reconnaît des parties de corps et distingue nettement les traces des mains de l’artiste, comme une double incarnation. Les cannes associées à la boîte évoquent quant à elles des instruments de mesure humaine du temps et de l’espace : le temps de la promenade, temps incarné intimement lié à celui de la création, la mesure du monde par le corps. Mais quel est ce corps que Boulanger, inlassablement, explore depuis près de 40 ans. Présent à travers ses proportions, dans les marques qu’il laisse dans la glaise, dans les métaphores de la canne ou de la colonne. Il est, dans les encres, à peine reconnaissable, branchage torturé, lavis éphémère laissant surgir les os à travers la chair et s’évanouir celle-ci. Comme dans la « Caisse et un son », qui semble gonflée d’une vie intérieure, ce qui reste, c’est le souffle vital, la substance, le signe. La canne est un signe récurrent dans l’œuvre de Michel Boulanger : « la première prothèse humaine », comme il la décrit. Dans d’autres périodes de son œuvre, la canne a pu s’étirer jusqu’au plafond de lieux d’exposition, dans une tension physiquement perceptible. Comment ne pas penser à l’« Eurasienstab » de Beuys, canne métallique que celui-ci manipula dans plusieurs performances comme « Coyote. I like America and America likes me ». Pour Beuys, celle-ci permettait la circulation de l’énergie entre est et ouest. Boulanger ne pratique pas ces rituels chamaniques caractéristiques de l’artiste allemand. Il n’en ressent pas moins profondément la « mise en danger » que représentent les sculptures de Beuys, les associations puissantes de matières et leur ressenti, la quête du sens. La familiarité du travail de ces deux artistes frappe encore dans leurs dessins, qui produisent des signes forts, rapidement jetés sur le papier, tels des regards lancés sur le monde depuis des points de vue qui semblent toujours inédits et inatteignables. Des cannes, des bâtons de marche, Michel Boulanger en ramène de partout. Elles attendent, dans son atelier, d’être selon l’instant distribuées en de nouvelles liaisons, au gré d’un regard qui saura dire, avec le temps, si « ça y est » ou pas. On n’aura pas proprement invoqué le travail de Michel Boulanger sans s’arrêter un instant sur cet amalgame de temps long et de temps court dont son œuvre est le fruit. La naissance de l’œuvre, on l’a dit, est le fruit d’une attente libérée dans l’instant de création, moment de disponibilité intérieure et d’éveil au monde. Mais ensuite vient un temps de maturation qui peut prendre des semaines, des mois, voire des années. Car il lui faut vérifier que la pièce résiste au temps long. C’est ainsi que « Le pas », pièce emblématique évoquant à nouveau le corps, la marche et la mesure, et composée d’un simple coin de métal posé sur un bloc de plâtre, a attendu des mois dans un coin de l’atelier que le regard de son créateur vérifie sa viabilité, sa puissance. Une autre phase caractérise encore l’œuvre singulière de Boulanger. Le plus souvent, sculptures, objets et dessins sont associés en des polyptiques, des ensembles généralement évolutifs. Le travail d’association de ces différents éléments est lui aussi le fruit d’une maturation lente, qui permet au regard de valider ces rapprochements. « Liaisonner », comme Michel Boulanger désigne cette activité, est un stade à part entière de la création. Régulièrement, ces liaisons rapprochent esquisses figurées et autres signes apparemment plus abstraits. Mais aux yeux de l’artiste, ces derniers ne sont que des transcriptions plus symboliques des mêmes thèmes vitaux. Cet incorporation du temps (très) long confère à l’œuvre une dimension proprement méditative. Mais, même si l’on a parlé d’entrée de jeu d’une œuvre « pauvre », on ne peut pas pour autant la qualifier d’ascétique. D’abord, on l’a dit, en raison de l’omniprésence du corps, mesure constante, et des matériaux organiques. Le choix des matériaux vient aussi contredire toute forme de désincarnation. Boulanger met un soin jaloux dans le choix de ses outils et de ses matières. Le papier, japonais ou indien, dialoguera intimement avec la tache d’encre déposée au pinceau et sa tendreté de peau fera vibrer les images de corps saisies en un instant de la contemplation du modèle. Modelages et bronzes devront conserver l’empreinte de la main. Dans « Le pas », plâtre et métal lisse jouent chacun leur partition sensible, appelant notre participation empathique. Les oppositions du lisse et le rugueux, du rigide et du contourné, le jeu des patines dévoilant partiellement les matières originales participent à la création d’une harmonie sensible à la fois savante et intuitive, synthétique et sensuelle. On ne saurait ici passer sous silence la passion de Michel Boulanger pour les arts dits « premiers », et sa profonde connaissance de ceux-ci. S’il n’en tire pas d’inspiration formelle, la profondeur de ces œuvres avec lesquelles il vit en cohabitation constitue pour lui un repère majeur. C’est qu’il ne s’agit pas de produire toujours de nouvelles des images. Sa démarche constante se définit par une quête de sens, au-delà des mots, dans l’essence du signe plastique, à l’instar de ces sculptures tribales, qui remplissent une vraie fonction au sein de la société dans lesquelles elles s’insèrent. Par ses propres voies, en invoquant inlassablement notre rapport au corps et notre capacité à nous inscrire dans le temps, Michel Boulanger recherche un rapport direct au monde. Une harmonie profonde dont il décline patiemment les dimensions et les proportions. « Tout ça, dit-il, c’est fait pour respirer ».
2019
Marchin, Centre culturel. Boulanger Michel. Encres – Crayons
- Texte de présentation sur le site du centre.
Fils de tailleur de pierre, Michel Boulanger, né à Anthisnes en 1944, est sculpteur et dessinateur. Il a été professeur de dessin à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, où il habite et travaille.
Quelques mots de Michel Boulanger :
« Mes dessins ne sont pas des images de corps mais des regards sur le corps. Et si je fais une figure géométrique, ce n’est pas non plus de l’abstraction. »
« Je suis un passeur, traversé par quelque chose qui n’est pas moi. Toute mon œuvre est un travail sur moi alors même que le moi n’existe peut-être pas. Ce moi qui se prend pour une entité. Je n’est rien, seul compte le principe. »
« Une œuvre ce n’est jamais que le doigt qui montre la lune, pas la lune. »
« Quand je vois le rayonnement des œuvres de Cézanne…, pourquoi une petite aquarelle, la représentation d’une pomme me remue comme cela ? (...) C’est une espèce d’osmose entre la personne et l’œuvre. (…) Ce modeste et grandiose Paul Cézanne. A pleurer de bonheur. Qu’est-ce qu’il a fait cet homme ? Avec si peu de dons au départ, c’est lui qui nous a ouvert le jardin d’Eden. »
« La plus belle citation est de Robert Filliou : L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art.
2022
- Bernard Bouche sur le site de la Galerie Bernard Bouche Paris, 2022
MICHEL BOULANGER
Artiste belge, Michel Boulanger (1944-2024) pratique le dessin au pinceau, mais son propos est plus complexe et comprend différentes strates. Il s’agit pour lui d’établir une présence physique de l’œuvre, qui s’apprécie dès lors comme une sculpture. Qu’il s’agisse de la Caisse et 1 son 1971-73 (1978) ou de la Boîte de Zagora (1985), on constate que l’artiste se préoccupe de la résonance de l’œuvre et de son écho dans l’espace qui l’entoure.
Pour Michel Boulanger le dessin est la trace d’un perpétuel questionnement. Le regard précis et exigeant qu’il pose sur ses modèles vient refléter son infinie curiosité.
Face à un corps nu, il ne cherche pas simplement à trouver une forme de sensualité, mais il tente de saisir l’essence même du corps en question. Le dessin acquiert alors un caractère âpre, sans complaisance avec le réel. Si le geste de création est souvent fugace, l’observation qui précède peut être très longue. Un état de réceptivité maximale proche de la méditation est indispensable pour que soudainement et sans aucune forme de préméditation, l’artiste se mette à faire courir le pinceau sur la feuille. Il est, dit-il, à l’écoute du corps du papier, du pinceau et de l’encre, qui se « coagulent amoureusement ».
Parfois Boulanger orchestre des confrontations entre ses dessins. Il assemble des travaux d’époques différentes qui, autonomes au départ, se révèlent les uns aux autres. Ce travail de mise en rapport ou de composition fait partie intégrante de son processus de création, autant que le dessin en lui-même. Comme s’il attribuait une autonomie à ses œuvres, l’artiste entasse et conserve ses dessins dans l’espoir qu’ils parviennent enfin au vrai après un temps plus ou moins long.
Jacques Charlier
Portrait de Michel Boulanger
Par Dan Van Severen, 1988 juillet, Gand.
Portrait de Michel Boulanger
Par Alain Janssens