Disciplines et techniques
Dessin, Gravure et image imprimée, Peinture, Gravure, Huile, Installations, Lithographie
En construction
Dessin, Gravure et image imprimée, Peinture, Gravure, Huile, Installations, Lithographie
Écoles : Ecole belge, Ecole liégeoise, Ecole wallonne
Rôles : Artiste, Commissaire d'exposition, Professeur d'architecture, Professeur de dessin
En construction
1992
( / - / /1992) Aywaille, Centre culturel.
( / - / /1992) Marche-en-Famenne, Centre culturel
1994
( / - / /1994) Liège, Hôtel de Bocholz
1995
(26/11-15/12/1995) Visé, Taverne-restaurant CAP Vert. Laixhay Jean-Paul, Peintures
1996
(25/03-28/046/1996) Liège, Restaurant - Galerie Lisboa e Tejo e Tudo, rue du Pont et au Capucchino, rue des croisiers. Laixhay Jean-Paul.
(23/05-30/06/1996) Liège, Lisboa e Tejo e Tudo. BD-100 ans. Hommage pluriel.
( / - / /1996) Riemst, Kunstpruuve.
1997
( / - / /1997) Genk, Kunstpruuve
(07/03-06/04/1997) Soumagne, Galerie de Wégimont. Boseret Véronique, peintures ; Laixhay Jean-Paul, peinture (1ère expo personnelle) ; Minder Patricia, gravures.
(20/09-19/10/1997) Visé, Galerie d’art contemporain. Frère Philippe, Quinze Arne, Laixhay Jean-Paul, Pevee J.M, Sulfuric
1998
(28/03-30/04/1998) Herstal, Galerie Ars Lineandi. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /1998) Bruxelles, Cabinet d’avocats Jones, Day, Reavis & Pogue. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /1998) Bilzen, Centre culturel de Kimpel.
( / - / /1998) Visé, Galerie d’Art contemporain. Fête son 5ème anniversaire.
( / - / /1998) Seraing, Abbaye du Val Saint-Lambert.
(11/12/1998-09/01/1999) Herstal Ars Lineandi. Hors d’œuvre d’artistes.
(17/12/1998-15/02/1999) Liège, Assurances fédérales. Laixhay Jean-Paul. Peintures.
1999
( / - / /1999) Rutherford / US-New Jersey. Art wall & B Gallery. Laixhay Jean-Paul.
(08/05-28/06/1999) sur rdv ou les 08 et 22/05, 05 et 19/06. Oupeye, Art Home. Le cul dans l’art, l’art du cul.
(03-30/09/1999) Welkenraedt, Centre culturel. Galerie d’Art des Pyramides. 12 artistes – 12 expressions
(05-26/09/1999) Delémont / CH, Galerie Or l’art ? Laixhay Jean-Paul
2000
(13/05-10/06/2000) Liège, Galerie d’Oz. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /2000) Aachen / DE, Schlosspark Rahe gezundheitzentrum. Laixhay Jean-Paul.
(17/10-25/11/2000) Herstal, Galerie Ars Lineandi. Laixhay Jean-Paul. Parcours 1995-2000
2001
(12/10 – 09/11/2001) Liège, Boverie, MAMAC. Passages
Avril 2001 : OUVERTURE DE LA GALERIE ORPHEU à Liège, au 17 rue Saint-Eloi
(18/04-06/05/2001) Liège, Galerie Orpheu. Le Groupe Orpheu : Ali René, da Costa Manuel, Fouat Michel, Gibbon Philippe, Laixhay Jean-Paul, Merbah Djamel.
(20/04-20/05/2001) Bruxelles, Galerie Autre RegArt. [Sans titre]
(13/09-30/09/2001) Liège, Galerie Orpheu. Laixhay Jean-Paul. Peintures, dessins.
(16/08- 19/09/2001) Lisbonne / PT, Galerie Tridade (M. F. de Carvalho) Le Groupe Orpheu.
2002
( / - / /2002) Liège, Galerie Le Parc. Laixhay Jean-Paul.
(06/11-24/11/2002) Liège, Galerie Orpheu (et Galerie du café du Parc ; Lisboa e tejo e tudo, 43 rue du Pont). Laixhay Jean-Paul.
2003
(29/06-27/07/2003) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain / CWAC - La Châtaigneraie. Le Nord et le Sud. Laixhay Jean-Paul, Merbah Djamel.
( / - / /2003) Liège, Galerie du Cinéma Le parc. Rencontre peintres et écrivains.
( / - / /2003) Liège, 26 (rue des Clarisse, chez Georges Uhoda), Centre d’art contemporain. Laixhay Jean-Paul. À vérifier 2003 2004
( / - / /2003) Bruxelles, Château Malou. Sélection à la galerie de prêt d’œuvres d’art.
2004
( / - / /2004) Liège, Galerie Orpheu. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /2004) Liège, Galerie L’Aquilone. Nuits de la poésie érotique [ou collective]
( / - / /2004) Oupeye, Centre culturel . avec le groupe Orpheu
(15/11-16/12/2004) Liège, Galerie du Cinéma Churchill
(19/11-16/12/2004) Liège, 26, Centre d’art contemporain (chez Georges Uhoda). Laixhay Jean-Paul.
2005
(04/03-26/03/2005) Anderlecht, Maison des Artistes. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /2005) Bruxelles, Tour & Taxis. Talents.
KuKuK Vog-Kunst und Kultur am Köpfchen - Propositions D’INSTAllATION de Jean-Paul Laixhay, 25 novembre 2005
2006
(08/06-22/07/2006) Verviers, Espace Galerie Adue. Laixhay Jean-Paul.
(14-29/10//2006) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Laixhay Jean-Paul, Sophie Laurenty
( / - / /2006) Eynatten. Parcours Seitenwechsel, Frontières. Installations.
(07/12-10/12/2006) Woluwé-Saint-Lambert, G.P.O.A. Petits formats de fin d’année. Une sélection d’œuvres d'art originales et multiples à petits prix.
2007
( / - / /2007) Liège, Librairie L’Echappée belle. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /2007) Spa, Hôtel Le Soyeuru. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /2007) Liège, Galerie du Cinéma Le Parc. Laixhay Jean-Paul.
( / - / /2007) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Laixhay Jean-Paul.
2008
( / - / /2008) Louvain-la-Neuve, chez Amélie Lauve. Laixhay Jean-Paul.
2009
(19/02 – 20/03/2009) Liège, Galerie St-Luc. Biennale Internationale de Gravure de Liège 2009. Techniques d’impressions « Multiple »
( / - / /2009) Liège, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain / MAMAC. Laixhay Jean-Paul.
(11/09-31/10/2009) Liège, Musée de l’art wallon. Couples à p(art)ager.
(01/10-21/11/2009) Paris / FR, Galerie Pascaline Mulliez. Laixhay Jean-Paul.
(10/10-08/11/2009) Bastogne, L’Orangerie, Espace d’art contemporain du Centre culturel. Laixhay Jean-Paul Frontières – Exil. Peintures et dessins.
2010
Prix J. Albert, décerné par l’Académie royale de Belgique. (2000 €)
(27/10-21/11/2010) Liège, Espace Churchill. Laixhay Jean-Paul. Terre et fusain.
( / / / /2010) Bruxelles, White Hotel. Stand Galerie Pascaline Mulliez.
( / / / /2010) Paris / FR, Chic Art Fair. Stand Galerie Pascaline Mulliez.
( / / / /2010) Bâle / CH, Hot Art Fair. Stand Galerie Pascaline Mulliez.
2012
(27/01-12/02/2012) Bruxelles, Libre Choix. Laixhay Jean-Paul. Fusains.
(16/02-07/04/2012) Paris, Galerie Pascaline Mulliez. Laixhay Jean-Paul.
(16/02-07/04/2012) Paris / FR, Galerie Pascaline Mulliez. Laixhay Jean-Paul. Peintures récentes.
(03/03-25/03/2012) Spa, Centre culturel de Spa / Galerie d’Art Pouhon Prince de Condé.Collection ‘3
2013
(Mars 2013) Liège, ESA Saint-Luc. Concert des profs.
(06/06-07/07/2013) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Laixhay Jean-Paul.
(16/05-28/07/2013) Liège, Grand Curtius. Laixhay Jean-Paul présente deux peintures de grand format.
2014
(04/04-27/04/2014) Huy, Galerie Juvénal, Fondation Bolly-Charlier. Laixhay Jean-Paul, peintre ; Rocour Lambert, sculpteur.
(28/11-27/12/2014) Liège, Galerie Christine Colon. Demunter Lieven, Laixhay Jean-Paul.
2015
(13/02-06/03/2015) Bruxelles, Tour &Taxis / Espace B2 Art. Laixhay Jean-Paul. Fleuves. Peintures de grands formats.
( / - / /2015) Bruxelles, Tour &Taxis/ Espace B2 Art. La vie en rose,
(24/04-07/05/2015) Arlon, Espace Beau site. Laixhay Jean-Paul. Grand Angle.
(24/04-../../2016 ????) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Jean-Paul Laixhay et Antoine Vriens.
( / - / /2015) Beckerich / LU, Millegalerie. Laixhay Jean-Paul.
( / - /10/2015) Capellen / LU. Galerie Op der Kap.
(19-20/09/2015) Esneux Fontin, jardins de la Maison Maldoror. n a t u r e s (un épilogue d’été) une fête autour de la peinture de Jean-Paul Laixhay.
2016
(21/01-21/02/2016) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Laixhay Jean-Paul.
(26/03-05/06/2016) La Louvière, Musée Ianchelevici. Paysages subjectifs,
2017
(21/05/2017) Saint Severin, Eglise Romane : Une œuvre (200 x 240 cm) en illustration pour un concert, Jean-Luc Votano, clarinette, et
(25/05-02/07//2017) Liège, Galerie Christine Colon. Laixhay Jean-Paul & Gosti.
(17/09-22/09/2017) Liège, La Cité-Miroir. Regards croisés.
(28/09-14/10/2017) Liège, Musée Boverie. En piste, stand galerie Christine Colon
(30/09-30/11/2017) Liège, Galerie Churchill. Anonymat.
2018
(26/06-25/08/2018) Jambes, Galerie Détour. Penser Fleurs.
( / - / /2018) Bruxelles, Tour &Taxis, Bruxelles Art fair, stand galerie Christine Colon.
(07-09/09/2018) Liège, Musée Boverie, En piste.
(22/09-21/10/2018) Soumagne, Galerie de Wégimont. Laixhay Jean-Paul. Descendons ensemble au jardin.
(15/11-16/12/2018) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Laixhay Jean-Paul, Vriens Antoine.
2019
( / - / /2019) Liège, Musée Boverie. En piste, stand domaine Provincial de Wégimont
(13/09-06/10/2019) Arlon, Espace Beau Site. Quand on a 17 ans. 17 ans de programmation.
( / - / /2019) Merendree, Galerie Lieve Lambrecht. Du paysage à l’abstraction.
2020
(06/02-20/02/2020) Liège, Cité-Miroir. Des masques et moi. D’une exposition à l’autre.
(30/05-28/06/2020) Liège, Galerie Christine Colon. Laixhay Jean-Paul, Laurenty Sophie.
(19/09-19/12/2020) Bruxelles, Autonomie. Prise de terre.
( / - / /2020) Liège, Musée Boverie. Prix de la création. Obtient une mention
(26/09-18/10/2020) Liège, Galerie Christine Colon. Sophie Laurenty & Jean-Paul Laixhay.
2021
(25/03-25/04/2021) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Gonzalvez Luis, Laixhay Jean-Paul. Primavera.
(02/04-30/04/2021) Liège, Cité Miroir (Espace Rosa parks) Apnée Culture confinée.
(12-19/07/2021) Verviers, Galerie ABC. Vente pour l’aide aux sinistrés faisant suite aux inondations.
(29/08-26/09/2021) Merendree, Galerie Lieve Lambrecht. Tachisme.
2022
(14/05-15/05 et 21/05-22/05/2022) Esneux, Le grenier, avenue Montefiore, 8. 4130 (ChezRichard Crockart et André Delvaux). Laixhay Jean-Paul.
(26/08-04/09/2022) Liège, Musée de La Boverie. En piste, stand galerie OYOU.
(02/10-06/11/2022) Marchin, OYOU. Laixhay Jean-Paul. Chemin faisant.
2023
(21/04-21/05/2023) Hannut, Ancienne Piscine. Exposition d’art contemporain.
(04/05-04/06/2023) Bruxelles, Galerie Albert Dumont. Laixhay Jean-Paul, peinture ; Laurenty Sophie, sculpture. Clarté de regard.
(28/07-27/08/2023) Merendree (Gand), Galerie Lieve Lambrecht. [Urban] Landscape.
(30/09/2023) Liège, Le Hangar. Exposition au profit de l’asbl La Porte ouverte.
(17/11-17/12/2023) Soumagne, Galerie de Wégimont. Collignon Dominique, peintures & Piedboeuf Yves, peintures et photographies. * COMMISSARIAT: JEAN-PAUL LAIXHAY
2024
(12/01-23/02/2024) Liège, L’Inventaire. Interprétation du paysage.
(17/05-16/06/2024) Orp-Jauche (Marilles) Espace d’art Le Neuf. Ateliers imaginaires
(14/06-14/07/2024) Liège, Galerie Christine Colon. Résurgences.
(15/11-24/11/2024) Beersel, Galerie 89 b (Dachelenbergstraat 89b. 1950). Laixhay Jean-Paul.
2025
(06/08-20/08/2025) Céret / FR, La Capelleta. Laixhay Jean-Paul
(05/09-05/10/2025) Hannut, Centre culturel à l’ancienne piscine. [Sans titre]
(12/09-21/09/2025) Namêche, Artness Galerie (rue des Fermes 14. 5300) Laixhay Jean-Paul
(20/09-21/09/2025) Beersel, Galerie 89B. Dernière exposition au 89B.
(05/09-05/10/2025) Hannut Piscine. Ne pas courir.
2026
(25/04-24/05/2026) Liège, Galerie Christine Colon. Laixhay Jean-Paul, Welschbillig Aliénor. Sublimation.
(26/06-22/08/2026) Céret / FR, Art Saint Roch. 1m2
(17/09-18/10/2026) Verviers, Centre d’art Léon Stenns. Jean-Paul Laixhay, Chemins de peinture
2005
Lettre de JP Laixhay concernant : candidature AKDT, adressée à Eddy De Volder,le 22 septembre 2005
Cher Eddy
Par la présente, je te présente ma candidature comme animateur de stage à l’Académie d’été.
Ainsi que je t’en ai parlé, j’anime depuis 3 ans un stage de dessin « modèle nu » aux Ateliers d’Art Contemporain à Liège, sous la direction de Daniel Van Kerkhoven.
J’ai pu, lors de ces stages, développer une méthodologie dont les bases avaient été établies à Libramont, sous la conduite de Christian Rolet, Alain Winance et Jean-Marie Mahieu.
Mes compétences pédagogiques, appliquées depuis 10 ans en tant que professeur à L’Institut Saint Luc à Liège (cours du soir et cours supérieurs en architecture d’intérieur et design industriel) se sont vues confirmées par l’obtention du certificat d’aptitudes pédagogiques obtenu avec distinction à l’institut de formation continuée Jonfosse à Liège en juin 2003.
Fort des expériences vécues dans les ateliers de Christian Rolet et de Jean-Pierre Ransonnet et après en avoir discuté avec eux, il m’apparaît que l’approche du dessin dans le contexte de la recherche picturale pourrait venir en appoint des ateliers de peinture en se définissant comme un passage possible de l’un vers l’autre -Comment le dessin rend il possible la peinture ou Comment dessiner en peignant ?
La lecture des maîtres tant anciens que contemporains viendrait étayer utilement cette approche, pour mettre en lumière la richesse de la démarche dessinée dans la construction de l’œuvre picturale : Ingres, Goya, Matisse, Picasso, Giacometti, Barcelo, Beuys, … les exemples foisonnent qui démontrent que les compétences du dessin restent les bases indispensables de l’approche picturale.
Modèle nu mais aussi nature morte (ou bien mieux « still life »), paysages, … les supports de travail seraient abordés en tenant compte de chaque démarche individuelle pour permettre aux élèves de rejoindre dans l’éventail des stages offerts, une démarche picturale plus large.
Aller-retour du dessin à la peinture, enrichissement de la peinture par le dessin, les stages pourraient être menés conjointement, dans l’intérêt d’une recherche globale.
Voilà en quelques mots la démarche que je propose et je ne doute pas que tu l’examineras avec le plus grand soin.
Je joints à la présente l’anthologie de la poésie érotique éditée à Liège l’année passée ainsi que le document de présentation du stage de Liège et l’invitation aux évènements prochains.
Je te remercie pour ton attention et te prie, cher Eddy, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Jean-Paul Laixhay
2009
- Paris, octobre 2009. Imprimé sur la page de titre du catalogue édité par la galerie Pascale Mulliez de Paris.
Jean-Paul Laixhay, Paris, octobre 2009
L'atelier.
Mon havre.
Ici, je médite, lis, écoute les passions de Bach, les envolées d'Arvo Pärt,
les impros de Coltrane...
C'est l'endroit de la peinture.
J'y suis né.
Dehors: les informations, les prises de vue, les constats ; dedans : la digestion,
la réflexion, la contemplation. Les paysages s'estompent, les plages
deviennent steppes, les océans déserts...
Magmas de ma vie et du temps qui coule, creusets de mes émotions, la peinture étalée, effacée, recouverte, fluidifiée. Le fusain qui trace, qui effleure.
Qui perfore, qui caresse.
Larmes, sperme et sueur, touffe et narine au moulin et je fais feu de tous bois.
2010
- Jean-Paul Laixhay, lettre de candidature – Berlin 2010
Liège, le 24 juin 2010 / Lüttich, den 6. Juli 2010
Objet : Candidature Betreff : Bewerbung
Monsieur le Directeur,
Sehr geehrter Herr Direktor,
J’ai l’honneur de vous faire parvenir le catalogue de mon exposition qui a eu lieu en décembre 2009 au centre culturel « L’Orangerie » à Bastogne en Belgique.
Es ist mir eine Ehre, Ihnen den Katalog meiner Ausstellung zukommen zu lassen, die im Dezember 2009 im Kulturzentrum „L´Orangerie“ in Bastogne, Belgien stattgefunden hat.
Cette exposition fait suite à l’organisation d’une réunion d’artistes allemands, hollandais et belges à Eynatten en 2006 sur le thème des frontières.
Diese Ausstellung ist die Fortführung eines Treffens deutscher, niederländischer und belgischer Künstler, welche 2006 in Eynatten, Belgien, stattgefunden hat, zum Thema GRENZEN.
Les installations que j’ai mises en place sont un hommage à mon père, exilé de son pays en Allemagne en 1940 et rapatrié à la fin de la guerre en 1945.
Die dort vorgeführten Installationen sind eine Hommage an meinen verstorbenen Vater, der 1940 im Exil in Deutschland gelebt hat und nach dem Kriegende 1945 in seine Heimat zurückkehren konnte.
Il n’est pas question ici de remuer les souvenirs du passé.
Es ist hier jedoch außer Frage, in Erinnerungen zu schwelgen.
Mon travail traite principalement du thème de la séparation. Cette conséquence des conflits est souvent occultée dans les récits. Elle est pourtant douloureusement vécue tant par les hommes déportés que par leurs jeunes compagnes et épouses restées au pays.
Mein Werk behandelt hauptsächlich das Thema der Trennung. Diese Konsequenz der damaligen Konflikte wird oft in den Erzählungen verdrängt oder nicht beachtet; obwohl sie schmerzlich von den Deportierten und deren zurückgebliebenen Angehörigen empfunden wurde.
C’est à la suite de ces installations que l’exposition de l’Orangerie à été programmée. Un important travail de dessin et de peinture est venu compléter l’investigation première.
Die Ausstellung in der „Orangerie“ war, wie schon erwähnt, eine Fortführung der Veranstaltung GRENZEN, die durch Zeichnungen und andere Bilder vervollständigt wurde.
Je ne doute pas que ce travail sera de nature à vous intéresser et, peut-être, à faire l’objet d’une exposition dans votre lieu porteur d’évènements.
Ich gehe davon aus, dass meine Arbeit Ihr Interesse erwecken wird und hoffe, dass sie ihren Platz in Ihren Ausstellungsräumen finden wird.
Je vous remercie de votre bienveillante attention et vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Hochachtungsvoll
Jean-Paul Laixhay
2021
Textes réalisés aux ateliers d'écriture dirigés par Michel Vandam
8 juillet 2021
Il s’éveille après une courte sieste. Il s’est toujours offert une sieste après le repas de midi, même lorsqu’il travaillait à la Régie. 10 minutes à la sauvette après avoir avalé ses tartines de saucisson, but sa tasse de café et rangé soigneusement sa boite à tartines.
Maintenant il peut tout se permettre. Qu’est ce qui m’oblige à me lever, se répète-t-il ?
Son jardin l’attend. Depuis longtemps il a abandonné son potager. Il a gardé quelques rosiers, souvenir de son épouse, décédée il y a 15 ans. Il va les voir, il leur parle, il les respire, il les caresse.
Sa mère aussi aimait les roses, mais pas seulement. Elle cultivait des fleurs l’été et les guidait à l’arrière-saison en prévision de la Toussaint. Elle les vendrait à l’entrée du cimetière.
Toute cette vie vécue dans l’anonymat, l’autobus qu’il empruntait tous les jours de la semaine, les rencontres, les dragouilles, les HI HI, les HA HA !
Il ne reste rien ou pas grand-chose.
Il attend l’infirmière qui viendra le piquer pour soigner son diabète
Il attend l’heure du repas,
Il attend le journal télévisé,
Il attend son lit
Il attend
Il attend,
Il n’attend plus rien
Il entend
9 juillet 2021
Elle aimerait descendre sous terre, prendre le métro et partir loin, sans savoir où !
Il partirait pour un long voyage, en terra incognita, comme on disait lorsqu’il restait des territoires inexplorés. Il a horreur des conventions, la tarte aux pommes le dimanche après-midi chez bonne maman, les objets mille fois regardés, le mobilier d’un autre âge, …
PARTIR, LOIN
REVER, HAUT
VOIR, TOUT
BAISER, TOUTES
Chatelet, Etienne Marcel, sortie République, remonter la rue Oberkampf vers Ménilmontant.
Retrouver le petit hôtel sur le boulevard où elle à un jour emmené un Monsieur élégant.
Ils ont baisé toute la nuit puis il a disparu. Il l’a laissée pantelante dans ses parfums de chatte.
Petzi et son grand bateau. Sa maman faisait des crêpes à la chandeleur. On ajoutait de la cassonade. Il faisait froid dehors. On pouvait inviter un copain mais pas tous. On ne va tout de même pas inviter tous les enfants du quartier ! Il aimerait bien que tout le monde vienne, que maman soit comme celle de Petzi, avec le phoque, le pélican qui sort tous les outils de son grand bec- - quel malheur, amiral, ta pipe est bouchée…
Voyage, voyage, sur les flots bleus de ma mère. Elle est allée à Paris, quand elle était jeune. Elle a pris le train avec son amie d’enfance
9 décembre 2022
Une dame rentre dans un bistrot après avoir acheté un livre de poche et l’avoir glissé dans un sachet. Près d’une heure plus tard, elle ressort du bistrot avec le même livre dans le même sachet.
Comment va-t-elle lui présenter ce cadeau ?
La veille, elle s’est inscrite à un stage d’écriture. Elle aurait tant voulu écrire ! Elle n’avait jamais pris le temps de faire les choses « comme pour elle » !
Voici qu’elle découvrait par l’intermédiaire de son Mont blanc - cadeau que lui avait offert son fils pour ses 50 ans - à quel point elle pouvait se livrer dans la narration, se sentir enfin en accord avec elle-même.
C’est dans cette caverne d’Alibaba, remplie de livres et d’ouvrages divers qu’elle s’était arrêtée devant cette étonnante BD : « Le kamasoutra des grenouilles ».
Elle s’était autorisée à l’acheter pour l’offrir en cadeau à Ernest. Peut-être allait-il y retrouver une vigueur nouvelle, un surprenant attrait pour la chose et lui redire, comme avant, comme elle était belle !!
Il fallait qu’elle ait la primeur, qu’elle soit la première à déguster ce recueil au titre si prometteur.
Dans le bistrot elle s’est assise à une table isolée. Elle a commandé au serveur un chocolat chaud et déballé le précieux talisman.
Mais pourquoi les grenouilles ? Comment Ernest va-t-il recevoir ce message codé ?
Quel serait le kamasoutra des hérissons ??
23 décembre 2022
Le PC portable noir est resté ouvert. Le sommeil a pris le dessus et la batterie de l’ordinateur à rendu l’âme. Il n’est plus qu’un objet inutile, gueule ouverte et sans âme.
Il y a déjà un moment que le chien s’est manifesté dans la chambre à côté. Les gémissements du début, perçus dans un demi sommeil se font plus pressants. La bête veut sortir, que l’on s’occupe d’elle.
Dehors la lumière de l’hiver indique l’heure qu’il est, même si cette heure a bêtement été changée et qu’on se demande toujours pourquoi ?
Le plancher craque sous les pas lourds encore chargés de sommeil. Il faut sortir de la chaleur bienheureuse du logis qui dormait encore il y a ¼ d’heure à peine.
Les clefs pendouillent sur la serrure de la porte, derniers vestiges d’une soirée bien arrosée.
Ouvrir vers l’extérieur c’est comme ouvrir son âme, se sentir harponné par le froid qui s’installe avec l’hiver, par les voitures qui passent en larguant leur lot mazout et d’essence digérés, quelquefois de musiques tagadam qui traversent les carrosseries.
Il faut éviter les crottes de chien foisonnant sur les trottoirs. Une présence féminine, croisée au détour de la voirie, illumine ce début de journée qui s’annonçait morose.
La vie reste un beau métier !
2022
JP Laixhay - La couture, texte au catalogue Chemin faisant, 2022
Ma mère couturière exerçait son activité de couturière à la maison.
Je revois les patrons sur papier Kraft, tracés à la craie bleue, une grosse craie plate qu’elle affutait sommairement.
Le mètre ruban, les ébauches de vêtements, les coutures, les ourlets, les grands ciseaux noirs qui trainaient sur la table et, au milieu de la pièce, perché sur une tige plantée sur un trépied, le mannequin d’essayage en feutre garni d’une toile grise, arborant des seins bien galbés.
Les vêtements s’y accrochaient à
chaque étape de leur confection,
jusqu’à l’aboutissement du
processus, où, encore cernés de leurs
coutures apparentes, ils venaient
envelopper les corps de ces femmes
que je voyais défiler.
Les tenues intimes, les combinaisons de couleur chair m’étaient pudiquement dissimulées — mais finalement pas trop — comme si mon jeune âge n’était pas encore investi de cette curiosité avide que l’on prête aux adolescents.
Je me demande à présent s’il n’y avait pas une forme d’exhibitionnisme chez celles qui déambulaient en s’observant dans le miroir, sous les yeux attentifs de ma mère.
Étrangement ma mère aussi avait l’habitude de sortir de sa chambre pour ajuster ses bas et rectifier l’attache des jarretelles qui les soutenaient. Cette opération se déroulait dans la cuisine, sous les yeux indifférents de mon père. Que cherchait-elle à montrer — ou à prouver—, elle qui d’habitude était d’une pudeur excessive ?
Il m’était donné de voir les jambes
dénudées de ma mère, plus très
jeune et que je considérais comme
un monument d’un âge que je
n’atteindrais que dans l’éternité.
Textes de Jean-Paul Laixhay sur des artistes
2022
JP Laixhay. COURBES ET TRAITS . Texte pour l’exposition à Wégimont de Brigitte Closset et André Dael
Deux univers différents, que rien ne relie en apparence !
Initiant leur pratique du dessin et de la peinture dans les sources de l’Histoire de l’Art, Brigitte Closset et André Dael poursuivent inlassablement un travail, une quête, pourrait-on dire, d’expression de ce qui est, non pas au-dessus, mais au-dessous d’une réalité objective.
Pour l’un et l’autre, un travail cent fois répété, à l’exemple de Cézanne devant la montagne Sainte Victoire ; il est question ici de creuser la matière, de la décliner jusqu’à ce qu’elle livre -ou non- son essence et sa source. Une réalité qui ne repose pas sur l’instant, mais qui porte en elle l’expérience de l’immuabilité, de la durée, de l’« être ». 1.
Formés tous deux à l’Ecole des Arts Saint Luc de liège, Brigitte Closset et André Dael construisent leur parcours sans concession, jalonné d’un travail quotidien et méthodique.
Brigitte creuse le Moi profond par la définition de la forme initiale qu’elle nomme « OVE » et par la vibration de l’aura qu’elle rayonne dans sa position à l’univers.
André fait sortir de son imaginaire des paysages aléatoires, fruits de ses - de nos - entrailles qui évoquent le foisonnement et les horizons sans fin d’une nature profonde.
Ainsi se rejoignent les 2 démarches de non-dit, l’essence de l’âme humaine que le langage de l’art tente d’atteindre.
Je vous invite à découvrir ces parcours réunis aujourd’hui par l’ASBL Wégimont Culture et à partager vos sentiments devant ces œuvres. Elles se laissent approcher lentement, dans une joyeuse contemplation !
N’hésitez donc pas à fredonner avec John Lennon en parcourant cette exposition
« LOVE is all you need »
1.Ulrike Becks-Malorny Paul Cézanne édition Taschen 2006.
2023
Jean-Paul Laixhay. 31 janvier 2023. Texte pour Anne Rondia : A UNE PASSANTE
« Il nous faut battre des records !» prétendiez-vous en traçant les innombrables baies de fenêtre d’un bâtiment historique sur les plans. Patiemment. Travailler avec le temps et faire de lui votre allié. La patience, l’une de vos qualités majeures.
N’êtes-vous pas née sous le signe du Capricorne gouverné par Saturne qui « préside aux choses du temps *» ? Ce précieux mentor vous a suggéré de faire une pause au-milieu de vos études, de prendre une année sabbatique. Vous le saviez : la pratique d’un métier doit se fonder, s’établir sur une assise solide pour se développer et rayonner.
L’architecte éprouve-t-il des difficultés à construire sa vie ?
Du fond de ma Basse-Meuse natale, j’étais monté aux portes de la Hesbaye. La première année passée à st Luc, nous devions faire le relevé de la chapelle de Lexhy. L’hiver. Mon frère m’avait prêté sa R4 rouge. Je vous ai rejointe à Voroux Goreux. Armés de nos décamètres et mètres pliants, nous avons tracé les plans à main levée dans la neige et le froid. A midi vous m’avez convié à déjeuner chez vous. J’ai pu faire la connaissance de votre famille, personnes imprégnées de la modestie et de la délicatesse des gens du cru. Votre maman, si belle, si noble, nous avait préparé un repas chaud.
Vous êtes venue chez moi fin juin. Vous veniez m’aider à terminer un projet. Nous étions charrette. Les mouchettes imprudentes terminaient leur course, grillées sur les lampes des tables à dessin, s’écrasaient sur nos plans laborieux.
Il fallait tracer avec le té et l’équerre, le graphos toujours en panne, effacer, gratter avec la lame de rasoir sur nos feuilles Steinbach, loin des PC et des programmes de dessin dont nous n’imaginions pas l’existence.
Les croquis et dessins techniques que nous apprenions à tracer avec Monsieur Martin, notre professeur de construction, faisaient notre fierté et celle de nos parents. Ne deviez-vous pas « aller montrer au grand-père » les épures que nous considérions déjà comme des plans d’architecte ? Baies de fenêtres et cours anglaises traçaient le chemin vers des projets d’envergure et de prestige !
J’ai le sentiment que nous partagions le même objectif : nous souhaitions « bâtir » en nous inscrivant à l’école d’architecture en 1970. Je vous revois arpentant la cour intérieure de l’Institut, vos vêtements ocre et violets, grande avec votre visage d’enfant habité par la volonté sourde d’un objectif à atteindre.
Yser, Avroy, Ste Agathe, St Laurent, … Organiser l’aménagement, les fonctions urbaines. Vous avez abordé ces défis avec délicatesse. Vous avez su marquer les directions, les intentions de passage, les limites subtiles sans murs ni parois, suivant en cela la perception des « kekkai » japonais. Induire plutôt qu’imposer. Séparations diffuses de lisérés franchissables indiquant la distinction du profane et du sacré, bordures d’acier corten ou simplement d’hypericums. Le Taï-chi générant une énergie délicate correspond si bien à votre personne !
« Cherchez le cœur de la cité, passants rêveurs, passants pressés » A St Laurent, face à l’immeuble pour sans-abris de Charles Vandenhove, vous avez rendu hommage à Jacques Izoard au sein même du quartier qui était le sien.
D’emblée vous étiez habitée de cette curiosité de ce que produit et nourrit la terre, de cette secrète genèse des racines et de la relation des êtres vivants dans le monde végétal. Délicatesse et diplomatie dans la relation avec les plasticiens, mise en place des œuvres en dialogue avec les lieux, rapport des installations avec les espaces verts.
N’étiez-vous pas la première à l’école à introduire ces fruits étranges des physalis dans vos maquettes ?
Il n’y a pas de grandes démonstrations, pas d’esbroufe ni de soif de reconnaissance dans vos interventions. Il y a une maîtrise, un savoir-faire, une lucidité que vous avez nourries par une solide réflexion. La contemplation du vivant.
Le ginkgo-biloba est symbole de longévité. Je suis ravi de vous connaître Anne !
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savait **
*Georges Brassens, Saturne
**Charles Baudelaire, A une passante
2024
Jean-Paul Laixhay, février 2024. Les Nuits étoilées de Bern Wery.
[A l’occasion de l’exposition de Bern Wéry à Wégimont-Culture (16/03-14/04/2024)]
La tentation est grande, dans une rassurante facilité de classement, de qualifier l’œuvre de Bern Wéry de post-impressioniste voire de symboliste. On n’entre pas aisément dans cette symphonie où tous les instruments jouent, semble-t-il, une partition différente unis dans une énigmatique cohésion. Qu’évoquent ces personnages en chemin, ces foules rassemblées, ces transhumances ? Une voix s’élève quelquefois, émerge de la mêlée, « sortant du lot », comme l’acteur qui monte sur la scène ou le modèle qui se dénude !
Une histoire, un récit permettrait de décoder une œuvre en mouvement perpétuel. Nous serions rassurés de mettre des mots sur cette logorrhée. Le paysage se marie aux cieux ténébreux, les végétaux, troncs d’arbres et acteurs ne font qu’un. Laissons-nous emporter par la construction nerveuse et cent fois remise sur le métier d’une œuvre qui se définit essentiellement par la couleur et son foisonnement. Bern s’attaque à la toile comme un joueur de ping-pong, saisissant la balle au bond de ce que lui transmet son cerveau droit, celui de l’instinct et de l’émotion.
Observateur avisé de l’âme et du monde dans lequel elle se débat, le peintre pose sur l’humanité un regard qui jamais ne s’érige en jugement mais fait part de la question de l’être, du « qui suis-je ? ». Les narratifs qu’il nous propose, entre figuration et abstraction, sont dès lors perçus comme le paysage intérieur de l’artiste. Il observe l’être humain se questionnant dans un environnement qui tantôt s’apparente à un éden luxuriant, tantôt se révèle hostile au travers des dérives environnementales et des drames de la migration.
Tu veux apprendre à dessiner, rétorqua -t-il un jour à un élève qui le sollicitait, très bien mais que vas-tu en faire ? Car la peinture et le dessin, selon lui, constituent un langage qui entend, dans son vocabulaire de forme et de tonalités, dire l’indicible, comme la poésie est à la littérature.
Cette quête et ce questionnement sur le monde sont pressentis dès l’âge de 15 ans. Dyspraxique et fugueur, le monde des oiseaux le passionne. La rencontre avec un ami cher le pousse à s’inscrire dans un groupe de recherche ornithologique. Sans doute ressent-il, par l’écoute des oiseaux et l’observation des migrations, cette manière toute personnelle de mesurer le cours des choses et du temps ! Olivier Messiaen n’est pas loin !!
Il s’exprime d’abord par la photographie avec son oncle, exerce le métier d’électricien et décide de passer l’examen d’entrée à l’école sociale. Il réussira brillamment sa licence en sociologie et communication et travaillera dans la coopération au développement.
A 21 ans la peinture s’ouvre à lui. Il en fera désormais son langage. L’école fondamentale en néerlandais lui a donné la chance d’être parfaitement bilingue. Il se découvre un intérêt prononcé pour les arts plastiques en Belgique. Il étudie la peinture aux Académies d’Ixelles, de Watermael-Boitsfort ainsi qu’à la Rijks Hoger Onderwijs voor Kunst à Etterbeek et encore à la Kunstskolen de Holbaek Danemark, où le mouvement Cobra le questionne. Il fréquente les musées, copie les œuvres anciennes et se constitue une solide connaissance de la peinture et de l’art belge du 20eme siècle.
Enseignant passionné et apprécié à l'École des Arts de Braine-l'Alleud et à l’Académie d’été de Libramont, le voici en pleine possession de son art. L’exposition qu’il nous offre aujourd’hui nous dévoile avec force son univers empreint de générosité et de sincérité, convaincu en cela du célèbre propos de Pierre Bonnard “Il ne s'agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture.”
JP Laixhay, Entretien avec Jean-Pierre Ransonnet, décembre 2024
« Un bon maître à ce souci constant : enseigner à se passer de lui ! » 1
André Gide
JP Laixhay : 1944. Depuis le 16 décembre, la forêt Ardennaise est massacrée par les bombardements de l’offensive allemande. Jean-Pierre Ransonnet naît le lendemain de Noel dans la cave de la maison familiale à Lierneux.
Lierneux, le village de son enfance et de son adolescence, les gens du pays, les sapins qui ponctuent les paysages. les Lieux, les Liens qu’il tisse avec les copains, l’équipe de foot, les filles au détour du petit pont feront la trame de son questionnement et de son inspiration. 2
Il croise les patients de l’hôpital psychiatrique provincial implanté dans son village depuis un siècle.
JP Ransonnet Il était normal de voir des « fous » se promener dans les rues. Bien sûr, ils nous intriguaient. Mais ils faisaient partie du paysage, au même titre que les autres. Avec le recul, je suis certain que c’est de cette cohabitation spéciale et harmonieuse qu’est né mon intérêt pour l’art brut.
Dubuffet, Picasso, Matisse, de Kooning, Fautrier sont ses premières références. En art comme dans la vie, il refuse le dogmatisme et privilégie la spontanéité et l’authenticité de la démarche.
Nous devons regarder nos œuvres de biais, me dira-t-il un jour lors d’une visite de mon atelier, Je ne suis pas un besogneux. Il faut savoir lâcher prise. Dans la peinture comme dans la vie. Tant mieux ! il faut se nourrir de tout et ne pas s’ancrer dans une tâche, dans un créneau. C’est comme ça que nous sommes donc c’est comme ça que nous travaillons. Renoncer, encore et toujours à diriger les choses, laisser la peinture s’investir en nous et devenir son instrument. Se mettre en disponibilité !
Plus tard découvrira-t-il le surréalisme et le dadaïsme, la psychanalyse de Freud et l’écriture automatique, les peintres Balthus, Morandi, de Stael, Rothko. Il est engagé comme documentaliste à la librairie Halbart puis à la fondation André Renard. Cette fonction stimule sa curiosité pour l’humanisme et la sociologie. Il est un lecteur assidu de la presse et se construit un regard critique sur la politique et la production du 7eme art qui suit de près l’évolution de la société, l’éclosion de la Nouvelle vague avec Godart, Chabrol, Truffaut et son acteur alter-égo Jean-Pierre Léaud. La Nouvelle Vague ne se limite pas à un nouveau genre cinématographique, mais se singularise, dans le vent de liberté qu'elle apporte, par l'instantané d'une époque contestataire. Cette curiosité insatiable le conduit à des explorations transgressives et notamment photographiques, pratique qu’il abandonnera quelques années plus tard pour s’en tenir exclusivement à la peinture.
L’ENSEIGNEMENT
A 42 ans, il obtient une charge de cours de dessin à l’Académie des Beaux-Arts de Liège.
J’étais heureux de commencer à enseigner à cet âge-là. Je n’aurais pas voulu être prof à 25 ans. Pas assez de maturité, je cherchais ma voie et n’avais rien à dire aux autres. Mes élèves avaient de 18 à 35 ans. J’étais d’avantage attentif à ce qu’ils proposaient plutôt qu’à leur amener un savoir propre. J’allais à leur rencontre et essayais de les stimuler.
Car comment enseigner la peinture et le dessin ? et aussi faut-il enseigner la peinture ?
La révolution impressionniste de la fin du 19eme siècle à mis à mal la peinture en tant que discipline exacte. Le savoir-faire et le rendu rigoureux de la réalité étaient érigés en règle absolue. La photographie, dès 1850 s’est emparée du portrait fidèle et bientôt de tous les thèmes classiques : paysage, nature morte, corps humain,..
La guerre de 14-18 dans son cortège d’horreur a ensuite fait prendre conscience de la vacuité des valeurs anciennes : travail, patrie, sacrifice, obéissance aveugle.
Place maintenant à un essor nouveau de l’acte créateur, la peinture devient expression vivante et personnelle, le peintre se découvre un vocabulaire propre, ouvre les portes de son imaginaire et de son inconscient, le rêve se mélange à la réalité. Sont mises de côté les notions de perspective et de rendus classiques. La peinture trouve son langage propre.
Proposer dès lors un enseignement adéquat où le respect de la personnalité de chacun(e) devient la règle, où l’authenticité du propos est essentielle ?
Matisse ouvre une académie en 1907 à Paris, Boulevard des Invalides près de l’atelier de Rodin. Il la fermera 3 ans plus tard.
« Les élèves furent déçus de voir qu’un maître, réputé révolutionnaire pût leur répéter le mot de Courbet : « J’ai voulu tout simplement puiser dans l’entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité. »
L’effort que je faisais pour pénétrer la pensée de chacun me causait une grande fatigue. Il m’arrivait d’avoir la certitude que l’essai d’un élève était tenté dans une mauvaise direction, et celui-ci m’affirmait (revanche de mes maîtres) : je pense comme cela. Le plus navrant est qu’ils ne concevaient pas que je fusse désespéré de les voir faire « du Matisse ». Je compris alors qu’il me fallait choisir entre le métier de peintre et celui de professeur. Je fermai bientôt mon académie. » 3
LES STAGES A LIBRAMONT PUIS A FONTIN
En 1998, c’est dans cet esprit que Jean-Pierre accepte une fonction d’animateur de stages à l’Académie d’été de Libramont. Je suis inscrit en tant que stagiaire. Là naît entre nous une solide amitié.
Nous nous voyons régulièrement dans mon atelier, où il pose un regard constructif sur mon travail, et chez lui où il m’invite à découvrir le sien. Nous parlons du bonheur de peindre, d’actualité, de bon vin et de joie de vivre.
Je suis moi-même devenu enseignant à l’ESA st Luc de Liège et nous échangeons fréquemment notre ressenti.
Récemment, je lui lis le texte d’Alain Barthes que j’ai évoqué le jour de mon départ à la retraite :
« Il est un âge où l’on enseigne ce que l’on sait ; mais il en vient un autre où l’on enseigne ce que l’on ne sait pas : cela s’appelle chercher. Vient peut-être maintenant l’âge d’une autre expérience : celle de désapprendre, de laisser travailler le remaniement imprévisible que l’oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances que l’on a traversées. Cette expérience à, je crois, un nom illustre et démodé, que j’oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : sapienta : nul pouvoir, un peu de sagesse, un peu de savoir et le plus de saveur possible. » 4
Ces quelques lignes résument si bien l’attitude de Jean-Pierre quant à la transmission du savoir et l’approche délicate de la création. Susciter une direction à prendre sans rien imposer, orienter plutôt que conseiller.
J’ai été très influencé par Roland Barthes, ses écrits, ses interviews. Un homme extrêmement sensible qui a marqué mon parcours.
Il me cite encore le « plaisir du texte » traitant de la photographie et me parle de Breton, Artaud, Bataille, Miller, Becket.
Lorsque j’ai commencé les stages à Libramont, je n’imposais jamais quoi que ce soit. Je m’interrogeais sur le parcours des stagiaires et j’étais attentif à ce qu’ils m’apportaient aussi. C’était un échange plutôt qu’une transmission de savoir. Les conseils que je donnais consistaient à susciter leur questionnement dans les directions qu’ils prenaient, les mettre quelquefois en garde sur certaines orientations, quelques données techniques sur le choix des pigments, la taille des pinceaux, la fluidité de la couleur, toutes approches qu’il faut progressivement assimiler pour trouver son propos personnel. Je n’ai d’ailleurs jamais pensé que j’enseignais. Je m’efforçais d’être ouvert aux capacités des personnes qui s’adressaient à moi. Ce qui m’intéresse est qu’ils soient tous différents, même s’ils sont quelquefois malhabiles. L’essentiel est qu’ils trouvent leur voie et surtout qu’ils ne trichent pas. Quelqu’un qui a déjà beaucoup de technique et qui veut faire de l’esbrouffe m’intéresse nettement moins que la personne qui n’en a pas beaucoup et qui cherche son langage personnel. C’est véritablement cette dynamique que nous avons recréée dans les stages de Fontin. « le plus de saveur possible » car il faut avant tout se situer dans un esprit de bonheur et de liberté, ce qui n’exclut nullement le travail et la rigueur.
A Fontin se croisent des personnes d’un certain âge qui ont des parcours différents. C’est le lieu de la rencontre, de l’échange. Les stagiaires se connaissent et constituent maintenant une petite famille pendant une semaine. Dans le travail intense et appliqué où le questionnement donne lieu quelquefois à des moments de découragement, règnent des instants de franche rigolade. L’amitié se perçoit et s’apprécie.
Il se lève de sa chaise. Son visage s’illumine :
La peinture, c’est les bras ouverts, c’est un regard sur le monde, c’est un langage personnel, c’est la liberté ! L’acte créateur est l’arme dont nous nous servons pour changer le monde, le plaisir et la joie de vivre pour adoucir le cours des choses.
A la gloire ! proclame en chœur « la belle équipe », dérision ou défi ?
LIBERTE, J’ECRIS (JE PEINS) TON NOM
1. André Gide, citation ;
2. Jean-Pierre Ransonnet, Une biographie. Introduction par Julie Bawin. Edition Yellow Now coté Arts ;
3. Ecrits et propos sur l’art. Henri Matisse, Collection savoir : sur l’Art. Hermann éditeurs des sciences et des Arts ;
4. Leçon, Roland Barthes, Seuil, Cours au Collège de France .
2025
Chers amies et amis,
Au nom de l’ASBL Wégimont culture, je vous remercie de votre présence et suis très heureux de vous présenter une exposition qui réunit un nombre impressionnant d’architectes ! Je n’en ai jamais vu autant au M2 !
Voici l’occasion d’avoir une pensée attendrie pour l’ancien Président de notre ASBL, Henri Teller qui aurait sans doute beaucoup apprécié cette manifestation.
Architectes sans architecture, un titre surprenant mais qui n’est pas anodin. Si l’architecture est un métier réputé « sexy », cette difficile profession est parsemée de contraintes tant techniques qu’administratives et exige de la part de celles et ceux qui l’assument une sacrée dose de psychologie, de médiation, de gestion de conflits, de patience, de maîtrise de budgets et de calendriers, bref une compétence plurielle à toute épreuve.
Et bien, ce n’est pourtant pas pour échapper à ces contraintes, un peu comme on dirait « je fais de l’aquarelle pour me détendre » ! que les architectes explorent d’autres voies.
La démarche que nous présentons ici est celle qui nourrit tout acte créateur, celle qui pousse l’investigation dans ses retranchements, qui combine la curiosité au savoir-faire, le désir d’apprendre à l’expérimentation, la prise de risque à la joie de créer.
Car saisir est aussi ressentir, percevoir, vivre une émotion, en décoder l’origine, le sens, et transposer ces données en espace sensible, en objet créé, en représentation figurée …
Ainsi si l'architecture définit un mode de vie, de réflexion, tant politique que philosophique, elle est aussi un laboratoire permanent ouvert sur l’espace entier de la création.
« L’architecture est le plus complet des arts car il fait appel à tous les autres… » François Mitterrand
Peinture, bas-relief, photographie, objet design, scénographie sont le reflet de cet élan de création, ce désir de mettre en forme, le plus souvent par la main, l’objet, l’image, l’ambiance, la sacralité qui fait de l’architecte cet « alchimiste » de l’espace. Je parle ici du poète, pour qui la forme d’une clinche de porte, l’implantation d’un espace vestiaire, la juste place d’une œuvre exposée dans l’espace bâti ont autant d’importance que le calcul des structures ou l’implantation des parois.
Cette quête du savoir et de l’expérimentation se manifeste dès lors dans un continuum de la recherche et du sensible, combinant une approche philosophique, sociétale, politique, bien loin du simple hobby du dimanche.
Philippe est fasciné par le grain, par la texture, par la patine. Il semble que Saturne, Dieu du temps, jalonne sa recherche. Les palimpsestes qu’il nous propose sont chargés d’histoire, de narrations, de blessures quelquefois. Ses installations légères, en acier patiné, font état d’une tension extrême, d’un fragile équilibre qu’il met en relation avec les éléments naturels.
Lorsque Mario, musicien, se saisit de la trompette, ce n’est pas seulement la sonorité qui le transporte, c’est aussi la préhension de l’instrument, son ergonomie, la place qu’il prend dans l’espace et dans la communion des sonorités des musiciens mises en relation… Il ne peut s’empêcher dès lors de la dessiner, de la créer, de la fabriquer.
Pascal, auto-constructeur, ne dessine pas de plans, il les anticipe et les met en œuvre, il en façonne la réalisation. Son regard va au-delà de l’élaboration de l’objet, il en dégage la signification profonde, poussant l’analyse avec férocité, cherchant le double sens quelquefois avec une pointe de cynisme.
Voici donc trois créateurs qui n’accrochent pas leurs œuvres, ils les mettent en scène, les intègrent, organisent leur approche et leur découverte. Ils nous transportent dans un univers poétique qui nourrit le regard qu’ils portent sur l’architecture.
Je les en remercie chaleureusement ainsi que Bernard, notre Président qui nous a apporté son soutien indéfectible et un regard plus que bienveillant.
Merci !
Je passe maintenant la parole à chacun d’entre eux, s’ils souhaitent s’exprimer. Ils se tiendront individuellement bien évidemment à votre disposition en prenant le verre de l’amitié.
2026
JP Laixhay Texte pour Maud Le Bel pour son expo Espace jeunes artistes (Boverie) 2026
Au cœur du pays de Herve, une étoile (une météorite ? *) s’est plantée dans la campagne de Soiron.
Maud Lebel – palindrome prédestiné !!- ingénieure géologue et peintre autodidacte, creuse le sol, débusque les sources, détaille les végétaux, piste les ruisseaux de nos forêts d’Ardenne.
Dans un foisonnement de couleurs, -aucun pixel ne lui échappe- elle met à jour les naissances, les détours des ruisseaux, leurs parcours serpentés.
Observatrice des minéraux et des végétaux, son propos de peintre va au-delà de la représentation. Inscrite à l’Académie des beaux-Arts de Liège en 2020, elle a fait sienne la tradition picturale des maîtres wallons, de Richard Heintz à Auguste Donnay mais ce sont désormais les interprètes contemporains de l’évocation de la nature : Per Kirkeby, CY Twombly, Peter Doig, et, chez nous, Jean-Pierre Ransonnet…qui guident ses recherches.
Les traces et correspondances qu’elle établit entre le monde minéral et organique situent subtilement l’humain à sa juste place de fragment infime d’un tout qui le dépasse.
Vibrant hommage à la nature et tout ce qu’elle comporte, elle organise les liens indissolubles entre terre et ciel, elle appelle au sauvetage, s’il est encore temps, de notre mère nature.
Plongé dans la contemplation de l’œuvre de Maud Lebel, laissons-nous emporter par son questionnement et adhérer sans réserve à l’art de l’acceptation, du lâcher-prise et du renouveau. Une ode à la sagesse de la patience, loin du tumulte actuel.
Jean-Paul Laixhay
*météorite : selon Wikipédia : fragment de corps céleste (comme un astéroïde ou une comète) qui survit à sa traversée de l’atmosphère terrestre et atteint le sol.
- Jean-Paul Laixhay avril 2024. Céret et le Musée d’Art Moderne
Le « grand café » à Céret.
En terrasse l’été 1997. Les vacances à Saint Cyprien. Le Guide du routard (la bible des explorateurs du monde d’avant) m’a renseigné cette petite bourgade à 25 kms des plages, au pied du Canigou*.
Les après-midis sur la plage, les apéros, les mots fléchés, les cités balnéaires où se croisent les touristes aux chemises à fleurs, les hommes au gros ventre nu, les dames bronzées au grand chapeau, les pérégrinations lentes du train touristique jaune… La curiosité pendant ce séjour m’a amené ici.
Je m’y sens bien ! Le boulevard orné de platanes immenses, la circulation lente, les piétons, l’accent catalan, je découvre un écrin, un lieu imprégné de culture, baigné de peinture, les visages bienveillants, apaisés, la chaleur douce, le calme.
Le musée d’Art Moderne se trouve à deux pas du café. D’emblée le diptyque mural sur lave de Volvic réalisé en 1990 par Antoni Tapiès m’accueille sous le porche, lieu de transition entre le « dehors » et le « dedans », symbole d’ouverture à la ville. Pas un petit musée aménagé à la hâte dans un pavillon de quartier, non, un vrai musée avec un hall d’accueil, une bibliothèque, une librairie-boutique, un auditorium-salle de projection, un belvédère offrant une vue sur le centre historique. Ce lieu emblématique a bénéficié d’une rénovation en profondeur et d’un agrandissement mené par le cabinet d’architecture Pierre-Louis Faloci, lauréat du Grand Prix national d’architecture 2018.
Passé le hall d’entrée, un petit jardin d’accueil puis un vaste espace de déambulation où l’on découvre une collection permanente à couper le souffle, retraçant les séjours de tous les artistes qui ont trouvé dans cette petite ville l’énergie et la quiétude propice à leur travail. Cette année, le musée célèbre le centième anniversaire de la naissance d’Antoni Tapiès et dévoile un nouvel accrochage de 16 pièces emblématiques des années 1980.
Trois hommes ont en quelque sorte été les initiateurs du Musée d’art moderne de Céret. Le sculpteur Manuel Hugué dit Manolo, le compositeur Déodat de Séverac et le peintre et collectionneur Frank Burty Haviland. En 1910 ils attirent leurs amis artistes de Montmartre et du Bateau-Lavoir. Entre 1911 et 1913, Pablo Picasso et Georges Braque peignent à Céret un ensemble de tableaux qui comptent parmi les chefs d’œuvre du cubisme analytique.
Après la première guerre mondiale en 1919, André Masson, Maurice Loutreuil et Chaïm Soutine prendront Céret comme source d’inspiration. C’est également cette année-là que la ville commande à Aristide Maillol, dont l’aura attire à Banyuls bien des artistes, son monument aux morts, La Douleur.
Nombreux sont les artistes qui apparaissent dans l’histoire de la ville : Marc Chagall en 1928 travaille aux illustrations des Fables de La Fontaine, mais encore Kisling, Picabia, Dubuffet, Cocteau, Pignon…
Albert Marquet et Raoul Dufy trouvent refuge à Céret en 1940. Collioure toute proche, offre à Henri Matisse et André Derain tout l’éclat des couleurs de la Méditerranée et deviendra le creuset du fauvisme.
Fondé en 1950 à l’initiative de Pierre Brune, les premières collections sont pour la plupart constituées de dons d’artistes à des collectionneurs et érudits locaux. Pierre Brune convainc au fil du temps ses amis artistes de consentir à des dons inestimables : une cinquantaine d’œuvres pour Picasso, quatorze dessins réalisés à Collioure pour Matisse. Entre dans la collection ce qui en demeure le fleuron : un ensemble de coupelles en céramique sur le thème de la tauromachie, réalisées par Picasso à Vallauris en 1953. Cette année-là, l’artiste est invité à un vin d’honneur avec des membres du parti communiste et dessine au Grand Café la Sardane de la paix.
La venue de Salvador Dali à Céret en 1965 est une performance à laquelle prennent part tous les habitants. En 1977, une exposition Joan Miro a lieu au musée, selon le souhait de l’artiste qui en conçoit lui-même l’affiche.
Les peintres Claude Viallat et Jean-Pierre Pincemin du groupe support-surface y sont largement représentés, de même que Vincent Bioulès auteur de la fresque de l’escalier du musée et aussi celle du mur de la sous-préfecture de la ville.
Je suis revenu à Céret les années suivantes et ai pu découvrir, entre autres, les expositions de Chaîm Soutine en 2000 et Jean-Pierre Pincemin en 2010. Expositions exceptionnelles réunissant plusieurs dizaines d’œuvres magistrales.
En 2015, Jaume Plenza, artiste catalan, est mis à l’honneur. Il y reviendra en 2022. Ses œuvres seront exposées à Mons l’année suivante sur la Grand Place et à la Collégiale Sainte-Waudru.
En 2023, l’exposition Constellations conviait le public à voyager dans les créations artistiques sur le thème de la galaxie.
Cette année 2024, l’artiste Teresa Lanceta occupe les cimaises du 2 mars au 2 juin. Née à Barcelone en 1951, Teresa Lanceta adopte dès les années 1970 le tissage comme principal moyen d’expression, au moment où la scène artistique espagnole est dominée par la peinture et l’art conceptuel. Elle vit dans le quartier d’El Rava entre 1969 et 1985, puis y devient professeure d’arts appliqués à la Scola la Massana entre 2013 et 2020. Dans ce quartier cosmopolite, l’artiste rencontre des femmes issues de communautés gitanes, auprès desquelles elle s’imprègne de leurs traditions musicales, orales et textiles. Leurs créations ont la particularité d’être réalisées sur des métiers à tisser mobiles. Cette liberté du processus de fabrication confère au textile une dimension symbolique unique : celle d’une ouverture sur le monde et d’un voyage sans fin. Cultivant d’autres disciplines comme le dessin, la céramique et la vidéo, les œuvres de l’artiste présentent une palette graphique et créative exceptionnelle.
Une exposition remarquable à découvrir en ce printemps, témoignage d’un engagement du musée et de la Ville envers la culture et le patrimoine catalan. Un exemple d’une démarche qui puise dans ses racines débordantes et qui se tourne résolument vers le présent et l’avenir. C’est un éclectisme total dans ses choix d’expositions que le musée défend depuis sa création, privilégiant, dans un souhait légitime de mise en valeur du patrimoine culturel, l’âme d’une région et son extraordinaire création.
Emu et séduit par Céret, j’y ai acquis une maison au cœur du centre historique. J’y viendrai souvent !
* Sources : Connaissance des arts. Le musée d’Art moderne de Céret
www.musee-ceret.com Tel 00 33 4 68 87 27 76
** Le pic du Canigou (catalan : Pica del Canigó) est le plus haut sommet oriental de la chaîne des Pyrénées, sur le massif du Canigou. Il est situé dans le Conflent, département des Pyrénées-Orientales, et culmine à 2 784 mètres d'altitude.
Jean-Paul Laixhay, Mars 2026. Eloge de la simplification.
« Tu chipotes et tu t’éparpilles » me dit un jour Alain Winance, lors d’un stage de peinture à Libramont, me voyant dessiner et m’égarer dans des détails qui ôtaient à mon travail toute spontanéité. Cette réflexion m’a conduit à revoir radicalement la manière dont j’abordais le dessin et sa signification profonde.
Matisse prétendit à la fin de sa vie : « si je vivais plus longtemps je pourrais peindre ! »
La pratique d’un art nécessite un apprentissage souvent long et ardu, exigeant un travail régulier, des allers-retours, des remises en question – cent fois sur le métier remettez votre ouvrage- comme disait un certain, et l’espoir d’arriver au terme est illusoire puisque jamais la perfection n’est atteinte !
Dans ma pratique personnelle de création et comme enseignant, j’ai souvent plaidé pour l’élagage du superflu, privilégiant la justesse et considérant qu’une œuvre n’est aboutie que lorsqu’il n’y a plus rien à enlever, lorsque tout est dit avec une économie de moyens d’expression.
Matisse prétendait encore : « Tout ce qui n’a pas d’utilité dans le tableau est par la même nuisible »
Le tableau « l’atelier rouge » marque la fin de la période fauve de Matisse et le début de sa quête de simplicité. Cette œuvre, écrit l'historien d'art Robert Reiff dans son essai « Matisse et L'Atelier rouge » respire la détente, l'élégance et le raffinement. Cela tient en partie, note-t-il, à la dilution de la peinture, appliquée au pinceau et parsemée de touches ici et là d'une manière qui paraît superficiellement désinvolte et spontanée.
L’atelier rouge, 1911, huile sur toile 181 x 219 cm Museum of Modern Art
Comment dès lors approcher la justesse du propos lorsque volontairement et consciemment nous en restreignons les moyens ? Baigné d'une tonalité rouge brique enveloppante et presque hypnotique, l'Atelier rouge d'Henri Matisse bouleverse les conventions de la représentation spatiale en 1911. Le peintre français métamorphose son espace de travail en une vision audacieuse où murs, sol et espace se fondent en un plan monochrome vibrant. Cette immersion chromatique radicale ne laisse émerger que les contours des objets, meubles et œuvres d'art – peintures, sculptures, céramiques –, flottant comme des présences fantomatiques sur cette mer écarlate. Matisse efface délibérément la profondeur traditionnelle au profit d'une surface plane et décorative, où chaque élément dialogue avec le fond dans une harmonie orchestrée. Cette simplification formelle et cette saturation chromatique expriment une quête d'expression pure, affranchie des contraintes naturalistes. L'atelier devient ainsi un espace mental, une projection intérieure plutôt qu'un lieu réel.*1
Sans doute faut-il privilégier la force d’une ligne, l’équilibre ou la tension qu’elle provoque, l’intensité d’une couleur et la vibration qu’elle acquiert au contact des autres, cela nécessite une perception accrue, une vision éclairée, une longue observation du sujet et principalement un dépouillement du regard pour se laisser pénétrer par cette force invisible qui nous traverse quelquefois lorsque nous parvenons à ce fameux « lacher-prise » !
Les dessins et peintures épurées du peintre Morandi au XXème siècle illustrent parfaitement ce propos.
Morandi, Still life, huile, toile, 1949
Cette perception de la justesse du message avait sans doute été pressentie déjà par Michel-Ange au 15ème siècle.
D’abord sculpteur, et plus précisément sculpteur de statues de pierre. Il considère que le sommet de l’art du sculpteur se situe dans la taille d’un bloc de marbre et que la beauté et la perfection sont contenues dans le bloc.
Tailler la pierre, c'est libérer l'idée parfaite qui est déjà emprisonnée. L’art consiste à la faire sortir, comme un être de rêve qui prend forme. Il est plutôt question de Révélation et non pas de Création : Pour Michel-Ange, sculpter, c'est « tailler » ou « enlever des morceaux à une pierre », un acte de soustraction pour révéler la forme divine cachée à l'intérieur.
En réalité l'œuvre existe déjà et le rôle de la taille est de la révéler, en enlevant le superflu pour faire émerger la forme idéale.
Dans son livre « Veiller sur elle » *2, Jean-Baptiste Andréa décrit parfaitement la démarche du sculpteur. S’adressant ainsi à un futur apprenti : « … Sculpter, c’est très simple. C’est juste enlever des couches d’histoires, d’anecdotes, celles qui sont inutiles, jusqu’à atteindre l’histoire qui nous concerne tous, toi et moi et cette ville et le pays entier, l’histoire qu’on ne peut plus réduire sans l’endommager. Et c’est là qu’il faut arrêter de frapper. »
Au début du XX -ème siècle, Brancusi est un sculpteur né en Olténie dans les Carpates. Dès l’enfance, la nature lui apparait comme un répertoire de signes susceptibles de lui faire reconnaitre l’harmonie universelle. Il la lit dans les feuilles, les fleurs ou les écorces, mais aussi dans le rapport existant entre le ciel et la terre, l’homme et le monde. Ainsi perçoit-il directement l’essence sous l’apparence. Pour lui l’Art est autre chose que la représentation de la vie, c’est sa transfiguration. En effet, dit-il : « Le naturel en sculpture consiste dans la pensée allégorique, symbole et sacralité, ou dans la recherche des essences cachées dans les matériaux, et non pas dans la reproduction photographique des apparences extérieures. »
Sa première œuvre « Le Baiser » marque le premier pas vers une représentation abstraite et non littérale témoignant de sa volonté de représenter « non pas la forme extérieure, mais l'idée, l'essence des choses » *3 Cette démarche donnera naissance à ’une méthode nouvelle d’investigation dans les arts plastiques et révolutionnera l’idée de la représentation qui se poursuit encore actuellement.
Constantin Brancusi - Le Baiser (1909) pierre 89 x 30 cm sur un socle de 155 x 64 cm
L’apprentissage et la pratique d’un art sont les garants d’un éveil constant qui favorise l’acuité du regard sur l’harmonie de la vie ou sur ses dysfonctionnements. La perception du sens caché que l’artiste révèle est plus que jamais nécessaire à une époque où certains remettent en question l’idée même de la Culture !
« N’efface pas tes pas » disait encore Jo Delahaut, ce qui signifiait : reconnais leur existence, sache les regarder sans honte et avec compassion pour toi-même, car ces tentatives maladroites pour exister et se confronter au réel, font partie de la mémoire de ta vie.
* 1 Source www.henrimatisse.org
* 2 Jean-Baptiste Andréa, Edition ……………….. 2023
* 3 Guy Vandeloise, Les voies de l’Art Editions de la Province de Liège 2018
Bibliographie / Textes de présentation
1997
-Benoît Franck « Jean-Paul LAIXHAY » in Wégimont culture, n°123, mars 1997 p 7
Jean-Paul Laixhay montrera ses travaux récents à la Galerie de Wégimont. Excellent dessinateur, utilisant la forme humaine, il sait aussi se libérer de la simple représentation pour se diriger, dans ses nus, vers un expressionnisme truculent. Mais se limiter à une simple véhémence du geste ne suffit pas à Jean-Paul Laixhay. Dans ses travaux abstraits, la couleur joue un rôle très important, elle est jetée spontanément et l'on sent un artiste pressé mais réfléchi, utilisant sciemment toute la richesse de sa palette On pourrait dire qu'il y a deux facettes dans l'oeuvre de Jean-Paul Laixhay: l'une expressionniste, dans la veine d'une déformation humaine; l'autre expressionniste – toujours - mais dans une direction abstraite faisant penser à de bons travaux que l'on pourrait retrouver dans l'école américaine.
Finalement, à la fois chez Véronique Boseret et chez Jean-Paul Laixhay on retrouve la primauté du dessin, transcendé ensuite par une puissance expressive très colorée.
Jean-Louis Maes « FRAGMENTS D'UN DISCOURS AMOUREUX » .(1996 ou 97 ou 99 Wégimont culture ????)
Epris du corps féminin, Jean-Paul LAIXHAY bannit d'emblée tout naturalisme, pour lui préférer l'équilibre paradoxal d'improbables odalisques.
La subtile facture de ces formes intimistes, la sourde musicalité de quelques aplats "tristes et bleus", le désir qu'on pressent devant ces demoiselles énigmatiques le premier sentiment face toiles de Jean-Paul est celui d'une harmonieuse et sereine inclination, modulée par des éclairages délicats et l'immuable symétrie de ces ébauches délaissées.
On devine ce postmoderne fasciné par la transcendantale objectivité des Nabis. La pertinence et la modestie de leurs phantasmes désenchantés ne furent sans doute jamais mieux traduites que par Pierre BONNARD lorsqu'il cisela cet apophtegme péremptoire : "Il ne s'agit pas de peindre la vie. Il s'agit de rendre vivante la peinture".
Via en mieux une abstraction lyrique de mieux délibérée, Jean-Paul LAIXHAY ne cherche en effet pas à accaparer péremptoirement une réalité autonome ou une complétude spécifique il se laisse hanter par l'insondable dialectique des femmes qui sont derrière les femmes.
Si cet univers érotique présente souvent une patine onirique, il n'en devient jamais illusoire pour autant : afin d'en savoir davantage sur quelques idoles primitives, on est même tenté de spéculer infiniment sur la "légende biographique de Jean-Paul LAIXHAY.
Mais en nous laissant chercher le sens de son oeuvre au tréfonds de lui-même, Jean-Paul nous leurre quelque part : c'est également sur nos propres expériences intimes qu'il réfléchit. Ce sont aussi nos indicibles perceptions sensuelles qu'il convoque.
- V. B. (Véronique Botty) in La Meuse, Visé, 30/09/1997
Quintette automnal
TROIS plasticiens et deux designers sont accueillis, jusqu'au 19 octobre, à la galerie d'art contemporain de Visé. La réunion de ces techniques et de ces inspirations donne lieu à une découverte des plus hétéroclites, un voyage à travers les styles et les talents.
Philippe Frère et Jean-Paul Laixhay sont tous deux architectes de profession qui trouvent une évasion dans l'œuvre picturale. Le premier s'exprime avec sobriété, presque austérité, à travers des œuvres superbement épurées qui toutes sont inspirées de l'ouvrage imprimé. Livres de pierre, de bois ou de papier, ses créations sont parfois un trait d'union entre peinture et sculpture, la richesse de l'acte créatif se découvre à travers quelques lignes, une monochromie pleine de tons et de beauté.
Tout autre style pour Jean-
Paul Laixhay à l'expressionnisme charnel, qui célèbre la femme à travers des réalisations aux couleurs vives, presque agressives, où le nu est voilé autant que dévoilé par une technique rapide, des traits noirs jetés sur la toile entre les tons de chairs et de draps froissés.
(…)
1998
- V.B. (véronique Botty) in ?? / 1998 :
La femme sous le regard de Jean-Paul Laixhay
A RCHITECTE de formation, Jean-Paul Laixhay s'est laissé glisser vers sa passion pour la peinture depuis plusieurs années. Une démarche qui lui permet d'aborder la création artistique sans les contraintes liées au travail d'architecture. II expose ses oeuvres essentiellement inspirées de la femme à la galerie Ars Lineandi du 28 mars au 30 avril prochain.
Le premier choix personnel de l'artiste était la peinture << Mes parents ne l'ont pas entendu de cette oreille, confie-t-il, ils m'ont encouragé à entreprendre des études d'architecture pour « gagner ma vie honorablement». Je les remercie car mes études et l'exercice de mon métier ont rendu mon regard éclectique ».
Il est donc revenu à ses premières amours pour donner libre cours à son imaginaire, ses phantasmes, retrouver l'acte initial d'étaler l'encre ou la peinture avec des pinceaux ou avec les doigts, rechercher la lumière, travailler la forme, trouver l'harmonie. Contraire-ment aux oeuvres en noir et blanc des dessins de Jean-Paul Laixhay où le spectateur peut lui-même devenir créatif en imposant ses propres tons, les peintures exposée chez Ars Lineandi imposent le choix des couleurs de l'artiste. «Il s'agit d'une complète, enivrante et très exigeante démarche, explique-t-il, Comme un musicien qui travaille ses gammes, je reviens toujours à la pratique du noir et blanc avant d'entamer un travail pictural. Les deux démarches sont complémentaires et j'espère donner du bonheur par l'une et par l'autre.
Jean-Paul Laixhay a découvert le travail du modèle au cours du soir de Saint-Luc et a été immédiatement fasciné par le rapport qui se crée entre le peintre et son modèle. « C'est un travail à deux, le peintre sent si le modèle souffre. Le modèle tient la pose s'il sent que l'oeuvre est en marche. Au risque d'enfoncer des portes ouvertes, je pense que la femme porte en elle ce mélange de pulsions sexuelles et de maternité auxquelles un homme ne peut être insensible. Mais avant tout, le corps humain réunit toutes les informations que l'on puisse chercher. Malgré mon attrait pour l'abstraction, j'apprécie que mes travaux gardent actuellement une grande référence figurative. L'abstraction viendra ou ne viendra pas. Je me laisse guider par ma démarche ».
L'artiste avoue également se référer à de grands maîtres tels que Gauguin et le groupe des Nabis, Bonnard, Vuillard, Vallonton, mais aussi des peintres plus proches de nous, Matisse, de Stael, Deconinck.
1999
- Jean-Louis Maes in Wégimont Culture n°141, Janv 1999, p. 13
..... en nous laissant chercher le sens de son oeuvre au tréfonds de lui-même, Jean-Paul nous leurre quelque part : c'est également sur nos propres expériences intimes qu'il réfléchit. Ce sont aussi nos indicibles perceptions sensuelles qu'il convoque.
- Benoit Franck in Wégimont Culture n°141 Janv 1999, p. 13
On pourrait dire qu'il y a deux facettes dans l'oeuvre de Jean-Paul Laixhay : l'une expressionniste, dans la veine d'une déformation humaine ; l'autre expressionniste - toujours mais dans une direction abstraite faisant penser à de bons travaux que l'on pourrait retrouver dans l'école américaine.
2000
-Bernd Brün, Septembre 2002 in catalogue ( ??)
Les nouvelles oeuvres de Jean-Paul Laixhay nous font partager une dissolution des formes permettant à l'artiste d'exprimer ce qu'il s'efforce d'accomplir depuis longtemps : découvrir l'âme profonde des choses, leur naissance, leur devenir, leur épanouissement et leur fin.
C'est évidemment le cours normal de la vie, toujours teinté d'étrange et d'absurde. En hiver, la larve blottie dans son cocon est-elle déjà vivante ou vogue-t-elle dans un état intermédiaire ?
Un visage en éveil parvenu comme par hasard dans le tableau veille et observe...
La ballerine stylisée, captée avant sa performance ou dans l'ovation finale, apparaît dans sa robe argentée. Elle n'est plus à cet instant que l'instrument qui vibre dans la perfection de son art...
Ces visions, Jean-Paul Laixhay les analyse en profondeur. Cette compréhension et cette même finesse lui permettent de décliner l'éphémère et la mort, la décomposition des corps, le lent passage vers un monde inconnu ou simplement le retour du corps matière à la mère-terre. Tout ceci est suggéré et représenté avec sérieux et métier entraînant l'observateur dans ce monde intermédiaire fait de rêves et de réalités sans cesse mis à mal par le questionnement du devenir de l'Etre.
L'artiste convoque les sensations propres de l'observateur et l'invite à l'accompagner aux frontières de l'acceptable.
- Bernd Brün : discours de présentation, à l’ouverture de l’exposition de JP Laixhay, à Aachen, Schlosspark Rahe gezundheitzentrum, en 2000 :
Mesdames et Messieurs,
Je vous souhaite la bienvenue au vernissage de l'exposition de Jean-Paul Laixhay au Schloßpark Rahe et vous remercie d'être venus aussi nombreux.
Nous vivons dans une époque à laquelle la superficialité triomphe, où la jeunesse et la beauté extérieure suivent les tendances de la mode et sont au centre de tous les intérêts. C'est pourquoi il est particulièrement louable d'accueillir un artiste tel que Jean-Paul Laixhay. Celui-ci se concentre en fait sur le caractère élémentaire du corps féminin, le représente tout en cherchant à le découvrir dans toute sa féminité. Loin de toute considération féministe qui déforme le réel caractère de l'homme, il tente de faire ressortir l'essence originelle du féminin et de lui donner un visage. Ce sont des situations et courts instants dépourvus de tout symbole éducatif, où seuls les désirs et sentiments ont de l'importance, où le peintre tente de faire passer l'image de la féminité dénuée du masque conventionnel et nous transmet un message d'autant plus élémentaire, naturel et originel.
Jean-Paul Laixhay veut découvrir, il veut pénétrer les racines les plus profondes de la féminité et du symbole de la mère vue par Goethe. Il veut démontrer la passion, la grandeur d'âme, une certaine cruauté, la défense acharnée de la vie offerte par la femme, soit, tout ce qui a formé et composé le psyché féminin.
La domination des sentiments dans leur spirale incontrôlable fascine le peintre et se retrouve dans de nombreuses oeuvres. Loin de toute éducation et de façade extérieure, le peintre se met à la recherche du caractère originel et lui donne vie dans ses représentations.
Il est intéressant de voir à quel point le peintre parvient à concentrer une panoplie de moments et de situations possibles en les formant pièce par pièce pour aboutir ainsi à un message valable. Loin de tout préjugé, Jean-Paul Laixhay veut continuellement découvrir, ajouter et arriver à un message inconnu au départ dont le résultat l'étonne lui-même et le fascine. Cette découverte constante et la diversité des caractères féminins représentés dans ses oeuvres ne permettent aucune généralisation, mais remotivent à chaque fois l'artiste à explorer la féminité qui reste à son tour inexplicable dans ses nombreux visages.
Des sentiments et comportements pouvant aller contre toute logique font le contre-poids par rapport à ce que la vie normale représente, une vie qui surtout à notre époque où mythe et religiosité ont fait place à une logique scientifique, place l'être humain face à des énigmes percevables mais inexplicables. Cette découverte progressive d'un monde dans lequel l'homme ou bien la féminité sont confrontés à ce qui ne peut se percevoir avec le rationalisme, loin de toute logique, le peintre nous le démontre dans ses oeuvres et nous laisse la possibilité de se laisser imprégner sans préjugés de cette existence vécue et ressentie.
Nous sommes très heureux de pouvoir vous montrer aujourd'hui cette exposition enrichissante et intéressante. Je vous souhaite une découverte constructive des oeuvres ainsi que beaucoup de succès à l'artiste pour cette exposition exceptionnelle.
2004
Jacques Izoard juillet 2002, in Wégimont Culture 199, novembre 2004
Jean-Paul Laixhay ou la douceur de l’excès
Comment dire ? Comment lire ? Comment écrire ?
Comment peindre ? Comment créer ?
Avec sa création propre, sa mine de plomb, son encre de chine.
son huile et son eau, sa sueur...
Et le fusain fusera dans l'œil...
Et de quel anonymat Jean-Paul Laixhay fait-il surgir ses corps ?
Livrés à tous les regards, ses personnages ne lui appartiennent plus.
Mais il les a choisis, caressés mille fois, tempérés à la tempéra et offerts à la lumière qui nous inonde chaque jour et qui, par conséquent, inonde aussi généreusement chacune de ses toiles.
On a l'impression que certains de ses personnages allient les contraires, l'argile et la neige, par exemple. Mais ils demeurent avant tout de chair fraîche, c'est-à-dire d'une présence à la fois terrestre et terrienne.
Peinture qui surgit et suggère et qui donne à la réalité sa force brute et vivante.
Peinture, en outre, qui n'est jamais figée : la femme va se relever dans un instant, l'homme s'exhibe une fraction de seconde, tous deux vont quitter le tableau pour venir vous étreindre...
L'artiste attelle-t-il son atelier à sa propre existence ?
C'est plutôt l'univers entier qui entre ici, dans la chambre des couleurs.
Et les coloris se confondent et la femme, dans tous ses états.
Qu'elle soit danseuse ou en lévitation est peinte avec une complicité charnelle et légère.
De la naissance à l'hiver, les coups de pinceaux nous entraînent dans des tourbillons jamais assouvis. Les saisons se succèdent, à la fois furieuses et apaisées et, parfois avec la rage excessive d'aller au cœur de la réalité. Et l'on songe, évidemment, au poète François Jacqmin qui écrit dans son livre Les Saisons : « La lumière vient d'atteindre le plus beau jour ».
Et Jean-Paul Laixhay ne se fondrait-il pas lui-même dans ses œuvres à travers ses fibrilles, ses tressaillements, ses minimes secousses ?
Je ne sais trop pourquoi son tableau Les éléments - L'eau, cette huile sur papier, me fait penser à la Dive, une petite rivière du sud-ouest de la France toute liquide et verte mais pas trop-à la fois féminine, et nue, et immuable.
Alain Delaunois, novembre 2004, texte sur le feuillet – invitation de l’exposition JP Laixhay à la Maison des Artistes à Anderlecht (04/03-26/03/2005) :
Le paysage est une forme d’émotion visuelle qui ne repose que sur soi-même. Les paysages que l’on peut découvrir dans les œuvres récentes de Jean-Paul Laixhay naissent d’une sorte de rencontre improbable, et pourtant présente, d’une gestualité lyrique, presque abstraite, et d’une figuration libre, sans points de repères autres que ceux l’œil -et du fusain, ou du pinceau, qui les a tracés. Œuvres sans à priori, qui épousent davantage les sensations éprouvées par l’artiste, que les canons ou les contraintes d’une discipline artistique. Aussi est-il moins question de cartographie intime, de genèse harmonieuse, que d’une lente et fluide dérive, au fil de la matière, comme on dirait « au fil de l’eau ». Pas de grandes randonnées exploratoires, mais de subtiles et brèves incursions dans des contrées proches, où l’artiste invite le regardeur à mettre ses pas, modestement, dans les siens.
2006
- Jacques Izoard, février 2006
« A pleine pâture, la peinture, à pleine forêt, à pleine Ardenne, avec des verts giboyeux et superbes… Verdeur de l’air estompe et sentiers et clairières. Et les verts sous-bois donnent à tout le paysage de noires ombres parfois lugubres. Et Laixhay s’y peindrait-il lui-même noyé dans les épais feuillages en ce vaste paysage que la terre arrondit ? Et l’on admirera ces « bois sans nombre » troués de clartés éparses. La réelle épaisseur de la vie, à flux de couleurs vives, frémit sans cesse
2009
- Jean Pierre Hupkens, échevin de la Culture ; Mehmet Aydogdu, conseiller communal
A chaque traversée dans l’atelier, les mains libérées, le cœur au ralenti, esprit d’ouverture accompli, sans même une parole en sa gorge asséchée, Jean-Paul Laixhay, l’artiste des émotions silencieuses, se révèle et se cogne à ses propres limites.
S'agit-il de dépasser les critères d'intentions réfléchies en affirmant que les œuvres d'art portent en elles-mêmes la trace de leur genèse ou de chercher intentionnellement plus loin que l'horizon semé d'eau bleu nuit d'où peuvent jaillir les flèches de l'orage?
Jean-Paul Laixhay approche une lumière saignée dans la prairie verte de nos jardins, il arrime si tendrement et si violemment les couleurs sur la toile qu'il semble que tout s'évanouit à coups de pinceaux.
Il caresse l'énigme des sources, les signes en désordres de passions millénaires, il croise des regards troublés et ne craint pas d'éveiller les naufragés du lieu que nous sommes par tout ce qui vit et déjà est transmuté.
L'artiste est comme les vents, ces vents froissés des estampes de l'Empire du Soleil qui colportent les rêves éternels, il souffle sur l'amnésie des paysages pour nous conduire aux portes inébranlées de l'infini.
Il y a dans son œuvre une fulgurance et en son cœur une paix intérieure.
Dans cette belle exposition, Jean-Paul Laixhay, fragment après fragment, couleur après couleur, nous dit que l'harmonie est une notion évolutive, la traversée de nos vies et du miroir du temps.
- L. G. Petit, in exposition rue du Palais, (à rechercher)????
Je ne sais plus en regardant les toiles de Jean-Paul Laixhay s'il s'agit de corps ou de graphes...
Je ne sais pas où nous conduisent ses fantasmes rupestres...
Ils sont là pourtant... vivants, obsédants...
traits tracés à grands cris, coups de pinceau rageurs, couleurs minérales sorties tout droit des entrailles de la terre.
2013
- Alain Delaunois, Journaliste et critique d’art :
Jean-Paul Laixhay, de songes et d’eaux
L’artiste liégeois Jean-Paul Laixhay, dont on avait pu voir une exposition au Musée d’art moderne et d’art contemporain en 2008, présente deux œuvres de très grand format dans une salle rénovée du Grand Curtius. Entre figuration libre et abstraction gestuelle, ces deux grandes huiles tourmentées, chargées de sensations multiples, donnent à voir et à imaginer le cours tumultueux de deux fleuves appréciés par l’artiste, la Meuse et la Loire.
S’impliquer physiquement dans un travail de peinture, sur une thématique, celle de l’eau, qui renvoie immanquablement à la fluidité du travail plastique, voilà l’un des aspects que Jean-Paul Laixhay a voulu développer au Grand Curtius, en présentant deux grandes vues de fleuves, la Meuse et la Loire. L’artiste, qui vit à Liège, où il est né en 1952, s’est emparé du très grand format lorsqu’a germé en lui ce désir de donner à voir non pas deux, mais trois fleuves qui lui sont chers : la Meuse, la Loire, et la Seine. Trois fleuves avec leurs caractères particuliers, leurs mouvements, leurs ombres, leurs abords, et la présence humaine qui plus ou moins les dessine, au gré de leur déroulement. Et pour ressentir la puissance d’assaut de ces fleuves, la variété des desseins, l’écoulement des lumières, une main, celle du peintre, qui cherche à retrouver la fluidité de l’élément liquide à travers la matière de l’huile, amorcée sur la toile.
Chez Jean-Paul Laixhay, l’application des matières fortes et colorées est une alchimie de l’échange entre le solide et le fluide, une quête sans fin, sans fond peut-être, des eaux profondes. Les eaux de l’oubli, de la noyade, du néant, pour le versant sombre, tout autant que celles qui poussent à la jouissance du dépassement physique, à l’illumination des couleurs, à l’énergie vitale, pour le versant clair. L’un ne va pas sans l’autre, et comme dans la vie, certains cours d’eau d’apparence tranquille peuvent cacher des violences sourdes. Le poète Jacques Izoard, adepte émérite du vagabondage lexical, avait un jour déniché la formule de cette alchimie plastique autant qu’existentielle: « Jean-Paul Laixhay ou la douceur de l’excès ».
« La Meuse, que je connais et que je vois depuis ma naissance, a été peinte du côté d’Ougrée et de Sclessin, commente Jean-Paul Laixhay, dans un paysage tout à fait industriel, alors que le résultat est plutôt bucolique : je me suis laissé emporter par la gestualité, la toile a pris le dessus, et il ne subsiste plus grand-chose de la réalité industrielle. Il y a des couleurs chaudes, très vivantes, qu’on n’imaginerait pas dans un bassin aussi fermé, aussi cadenassé que celui-là.
Quant à la Loire, c’est un fleuve que l’on n’a absolument pas canalisé, qui s’écoule sans aucun endiguement, et que l’on a heureusement préservé dans son intégrité naturelle. Du coup, la Loire s’installe comme un véritable écrin au sein du paysage. Cela révèle une très grande tranquillité… et dans le même temps ce fleuve dégage une énergie colossale. Le lieu choisi pour peindre la Loire a évidemment une grande importance : comment perçoit-on ce passage des eaux dans le paysage traversé, qu’est-ce que cela met en relation ? »
La troisième de ces peintures, la Seine à Ivry, se réfère également à un espace qui n’est pas complètement industrialisé, mais presque, avec ses capacités de port fluvial, de lieu de transit où se déploient aussi bien les grues que les containers, les graviers en vrac et les marchandises de toute sorte. La présence humaine y est symboliquement très forte également, évocatrice de cet acheminement des matières, dont le fleuve devient le vecteur principal.
Le choix du format en de telles circonstances n’est pas anodin, il s’impose avec évidence par l’espace qu’il faut affronter. Dans les petites et moyennes dimensions, il existe une proximité avec le sujet et les formes, qui implique une sorte de retenue de la part du peintre. Un geste est tout de suite déterminant, voire décisif. Dans le grand format, le peintre – comme le spectateur – se situe à distance, il s’investit dans cet élan physique qui implique des allers, des retours, parfois de dix centimètres à dix mètres de la toile. Comment le peintre se positionne-t-il à ce moment-là ? « Il y a une fascination des eaux, on se trouve face à leur énergie, face à la tentation de l’engloutissement, quand on regarde un fleuve ou la mer. J’espère que le spectateur retrouve un peu de ces émotions-là en regardant mes toiles. »
Jean-Paul Laixhay travaille la peinture à l’huile par couches successives, parfois à des mois d’intervalle, et sur des toiles qui, parfois aussi, ont déjà vécu d’autres expériences picturales. Le peintre s’offre alors le plaisir de revenir à des stades de vie antérieurs. Grattages, frottages, incisions dans des matières plus anciennes, ouvrent de nouvelles perspectives, notamment en variations de couleurs et en justesse dans le choix d’une luminosité. On peut avoir un aperçu élargi de ce travail sur des petits et moyens formats dans une exposition qui se tient à la galerie Albert Dumont, à Bruxelles, en même temps que l’exposition au Grand Curtius.
Mais cette méthode de travail soulève également la question du retour vers d’autres émotions intérieures, d’autres fragments de temps écoulé. Jean-Paul Laixhay refuse l’idée d’une peinture figée, définitive, plus morte que vive. De la même façon, il n’accorde guère d’attention au fait que sa peinture soit perçue comme abstraite ou figurative. « L’exercice de la restitution d’un bouquet de pivoines, au plus près de sa beauté naturelle, me procure un plaisir intense. Après, je peux partir vers une forme d’expression plus libre, retrouver la force d’un regard, le mien, sur ces éléments naturels. Les deux expressions ne sont pas contradictoires, ce sont simplement des manières différentes de regarder. C’est ce que j’apprécie par exemple chez un peintre comme Bonnard. Parfois, lorsqu’il exposait ses peintures, il n’était pas satisfait d’une lumière, d’une ombre sur les feuilles d’un arbre. Et il revenait avec ses pinceaux pour corriger ce détail qui empêchait, selon lui, la toile de vivre complètement. »
« A pleine pâture, la peinture, à pleine forêt, à pleine Ardenne, avec des verts giboyeux et superbes… Verdeur de l’air estompe et sentiers et clairières. Et les verts sous-bois donnent à tout le paysage de noires ombres parfois lugubres. Et Laixhay s’y peindrait-il lui-même noyé dans les épais feuillages en ce vaste paysage que la terre arrondit ? Et l’on admirera ces « bois sans nombre » troués de clartés éparses. La réelle épaisseur de la vie, à flux de couleurs vives, frémit sans cesse. « Jacques Izoard, février 2006
Le paysage est une forme d’émotion visuelle qui ne repose que sur soi-même. Les paysages que l’on peut découvrir dans les œuvres récentes de Jean-Paul Laixhay naissent d’une sorte de rencontre improbable, et pourtant présente, d’une gestualité lyrique, presque abstraite, et d’une figuration libre. (…) Œuvres sans a priori, qui épousent davantage les sensations éprouvées par l’artiste, que les canons ou les contraintes d’une discipline artistique. Aussi est-il moins question de cartographie intime, de genèse harmonieuse, que d’une lente et fluide dérive, au fil de la matière, comme on dirait “au fil de l’eau”. Pas de grandes randonnées exploratoires, mais de subtiles et brèves incursions dans des contrées proches, où l’artiste invite le regardeur à mettre ses pas, modestement, dans les siens.
Alain Delaunois, novembre 2004, catalogue J-P Laixhay / Préface
Parallèlement à cette exposition à la Galerie Dumont, le musée “Grand Curtius” à Liège présente deux grands formats de Jean-Paul Laixhay du 16.05 au 28.07.2013 (infos : 04.221.94.04). En voici le texte de présentation par Alain Delaunois, journaliste et critique d’art :
Jean-Paul Laixhay, de songes et d’eaux
L’artiste liégeois Jean-Paul Laixhay, dont on avait pu voir une exposition au Musée d’art moderne et d’art contemporain en 2008, présente deux œuvres de très grand format dans une salle rénovée du Grand Curtius. Entre figuration libre et abstraction gestuelle, ces deux grandes huiles tourmentées, chargées de sensations multiples, donnent à voir et à imaginer le cours tumultueux de deux fleuves appréciés par l’artiste, la Meuse et la Loire.
S’impliquer physiquement dans un travail de peinture, sur une thématique, celle de l’eau, qui renvoie immanquablement à la fluidité du travail plastique, voilà l’un des aspects que Jean-Paul Laixhay a voulu développer au Grand Curtius, en présentant deux grandes vues de fleuves, la Meuse et la Loire. L’artiste, qui vit à Liège, où il est né en 1952, s’est emparé du très grand format lorsqu’a germé en lui ce désir de donner à voir non pas deux, mais trois fleuves qui lui sont chers : la Meuse, la Loire, et la Seine. Trois fleuves avec leurs caractères particuliers, leurs mouvements, leurs ombres, leurs abords, et la présence humaine qui plus ou moins les dessine, au gré de leur déroulement. Et pour ressentir la puissance d’assaut de ces fleuves, la variété des desseins, l’écoulement des lumières, une main, celle du peintre, qui cherche à retrouver la fluidité de l’élément liquide à travers la matière de l’huile, amorcée sur la toile.
Chez Jean-Paul Laixhay, l’application des matières fortes et colorées est une alchimie de l’échange entre le solide et le fluide, une quête sans fin, sans fond peut-être, des eaux profondes. Les eaux de l’oubli, de la noyade, du néant, pour le versant sombre, tout autant que celles qui poussent à la jouissance du dépassement physique, à l’illumination des couleurs, à l’énergie vitale, pour le versant clair. L’un ne va pas sans l’autre, et comme dans la vie, certains cours d’eau d’apparence tranquille peuvent cacher des violences sourdes. Le poète Jacques Izoard, adepte émérite du vagabondage lexical, avait un jour déniché la formule de cette alchimie plastique autant qu’existentielle: « Jean-Paul Laixhay ou la douceur de l’excès ».
« La Meuse, que je connais et que je vois depuis ma naissance, a été peinte du côté d’Ougrée et de Sclessin, commente Jean-Paul Laixhay, dans un paysage tout à fait industriel, alors que le résultat est plutôt bucolique : je me suis laissé emporter par la gestualité, la toile a pris le dessus, et il ne subsiste plus grand-chose de la réalité industrielle. Il y a des couleurs chaudes, très vivantes, qu’on n’imaginerait pas dans un bassin aussi fermé, aussi cadenassé que celui-là.
Quant à la Loire, c’est un fleuve que l’on n’a absolument pas canalisé, qui s’écoule sans aucun endiguement, et que l’on a heureusement préservé dans son intégrité naturelle. Du coup, la Loire s’installe comme un véritable écrin au sein du paysage. Cela révèle une très grande tranquillité… et dans le même temps ce fleuve dégage une énergie colossale. Le lieu choisi pour peindre la Loire a évidemment une grande importance : comment perçoit-on ce passage des eaux dans le paysage traversé, qu’est-ce que cela met en relation ? »
La troisième de ces peintures, la Seine à Ivry, se réfère également à un espace qui n’est pas complètement industrialisé, mais presque, avec ses capacités de port fluvial, de lieu de transit où se déploient aussi bien les grues que les containers, les graviers en vrac et les marchandises de toute sorte. La présence humaine y est symboliquement très forte également, évocatrice de cet acheminement des matières, dont le fleuve devient le vecteur principal.
Le choix du format en de telles circonstances n’est pas anodin, il s’impose avec évidence par l’espace qu’il faut affronter. Dans les petites et moyennes dimensions, il existe une proximité avec le sujet et les formes, qui implique une sorte de retenue de la part du peintre. Un geste est tout de suite déterminant, voire décisif. Dans le grand format, le peintre – comme le spectateur – se situe à distance, il s’investit dans cet élan physique qui implique des allers, des retours, parfois de dix centimètres à dix mètres de la toile. Comment le peintre se positionne-t-il à ce moment-là ? « Il y a une fascination des eaux, on se trouve face à leur énergie, face à la tentation de l’engloutissement, quand on regarde un fleuve ou la mer. J’espère que le spectateur retrouve un peu de ces émotions-là en regardant mes toiles. »
Jean-Paul Laixhay travaille la peinture à l’huile par couches successives, parfois à des mois d’intervalle, et sur des toiles qui, parfois aussi, ont déjà vécu d’autres expériences picturales. Le peintre s’offre alors le plaisir de revenir à des stades de vie antérieurs. Grattages, frottages, incisions dans des matières plus anciennes, ouvrent de nouvelles perspectives, notamment en variations de couleurs et en justesse dans le choix d’une luminosité. On peut avoir un aperçu élargi de ce travail sur des petits et moyens formats dans une exposition qui se tient à la galerie Albert Dumont, à Bruxelles, en même temps que l’exposition au Grand Curtius.
Mais cette méthode de travail soulève également la question du retour vers d’autres émotions intérieures, d’autres fragments de temps écoulé. Jean-Paul Laixhay refuse l’idée d’une peinture figée, définitive, plus morte que vive. De la même façon, il n’accorde guère d’attention au fait que sa peinture soit perçue comme abstraite ou figurative. « L’exercice de la restitution d’un bouquet de pivoines, au plus près de sa beauté naturelle, me procure un plaisir intense. Après, je peux partir vers une forme d’expression plus libre, retrouver la force d’un regard, le mien, sur ces éléments naturels. Les deux expressions ne sont pas contradictoires, ce sont simplement des manières différentes de regarder. C’est ce que j’apprécie par exemple chez un peintre comme Bonnard. Parfois, lorsqu’il exposait ses peintures, il n’était pas satisfait d’une lumière, d’une ombre sur les feuilles d’un arbre. Et il revenait avec ses pinceaux pour corriger ce détail qui empêchait, selon lui, la toile de vivre complètement. »
2014
- Régine Kerzmann « La nature reprend ses droits chez Jean-Paul Laixha »y in L’Evénement, déc. 2013-janv. 2014 :
Des feuillages, des pivoines rouges, un fleuve s'écoulant dans le brouillard hivernal, les saisons suivent leur cours et la vie passe sous les couches successives de peintures a l'huile savamment orchestrées, Jean-Paul Laixhay dévoile sa poésie la nature authentique et lisible.
« Il y a quelque chose relevant de l'introspection, de la méditation dans l'observation des mystères de la création, la nature est poétique », explique l'artiste peintre liégeois. C'est au travers de ces mots que Jean-Paul Laixhay pose un regard sur l'art qui est le sien. Des toiles où l'homme aime reproduire une certaine vision du cours de l’eau ; les fleuves, c'est la vie. Telle cette vue de la Meuse ou celle de la Loire qu'il apprécie tant. « La Loire m'inspire depuis plus de 20 ans ; cette région est un arrêt sur image, un autre temps, celui du ralenti ». Après avoir été mis à l'honneur avec deux huiles sur toiles en deux salles du Grand Curtius de Liège l'été dernier, l'artiste, également représenté à Paris et à Bruxelles, prépare sa prochaine exposition, qui se tiendra à Huy, en la galerie Juvénal, en avril 2014. Son style, Jacques Izoard le décrit ainsi : « A pleine pâture, la peinture, à pleine forêt, à pleine Ardenne, avec des verts giboyeux et superbes... Verdeur de l'air estompe et sentiers et clairières. Et les verts sous-bois donnent à tout le paysage de noires ombres parfois lugubres. Et Laixhay s'y peindrait-il lui-même noyé dans les épais feuillages en ce vaste paysage que la terre arrondit ? Et l'on admirera ces «bois sans nombre » troués de clartés éparses. La réelle épaisseur de la vie, à flux de couleurs vives, frémit sans cesse.
Le style Laixhay ? Poétique naturellement. Travaillant la peinture à l'huile par couches successives, parfois à quelques mois d'intervalle, séchage oblige, l'artiste séduit par la justesse subjective de ses représentations de la nature environnante. Celle que l'on ne voit pas toujours. Harmonie des couleurs, grattages, frottages, grands formats... Jean-Paul Laixhay est inclassable. Sur fond d'inspiration impressionniste, ses peintures ne sont ni figuratives même si les thématiques peuvent le laisser penser ni même abstraites, même si sa vision détonne parfois. Architecte de formation, il est d'ailleurs chargé de cours à Saint-Luc à Liège. L'artiste se dit autodidacte, adepte et ami de Ransonnet. L'énergie et la rêverie émanant des cours d'eau, la poésie inhérente à la nature inspirent son œuvre. Le motif importe peu, seule compte l'essence du tableau jamais figé à vie. Ses natures sont bien vivantes, tout comme lui. Poétique, son œuvre l'est à plus d'un titre. Et ça fait rêver.
2016
- Sophie Horenbach. Texte d‘introduction du catalogue de l’exposition à la galerie Albert Dumont. Bruxelles (21/01-21/02/2016)
L'atelier de Jean-Paul Laixhay a une âme, est habité. De grandes toiles, qui nous regardent ou nous tournent le dos, des livres rangés ou éparpillés y révèlent son travail assidu et ses influences plastiques: entre impressionnisme, expressionnisme, figuration libre, abstraction lyrique ou tachisme, l'artiste a trouvé depuis longtemps déjà son propre langage.
Si sa peinture s'inspire toujours d'un paysage, d'une atmosphère, d'un déclic visuel le long du chemin, c'est de son territoire personnel qu'elle émerge véritablement.
D'abord surgit un dessin préparatoire au fusain, magnifique.
Des doigts du peintre jaillissent ensuite, telles des nécessités, des couleurs qui ricochent, pleurent ou explosent jusqu'à l'ivresse. Subtilement, sa peinture se fait palette. La toile est inondée, le moindre espace du tableau devient un centre potentiel d'impact ou de lumière.
Jean-Paul Laixhay sait bâtir sur la vague; sans contrainte ni calcul, il expérimente, pétrit, façonne la matière. Il joue et jouit du geste et de l'instant, se réjouit avec nous de ce qui est, de ce qui naît. Le processus est exhibé, les couches se superposent: du dessin au dessein et inversement, du dessein au motif, du motif à la sensation, de la sensation au rythme, du rythme à l'émotion, de l'émotion à la volupté, de la volupté à un infini mystère.
Le temps et la peinture s'écoulent et bouillonnent main dans la main, gauche si possible.
S'offrent alors à nous, entre abstraction et figuration, entre plénitude et frénésie, des natures tranquilles ou étonnées: champs sans barrières, vallons trempés d'huile, pivoines ouvertes et éclatantes, fleuves débordants à traverser, horizons fluides ou ardents. Parfois à vif, mais toujours vives, vivantes, vibrantes, parfois liquides, mais jamais liquidées, elles tracent un parcours d'émerveillement, de fulgurances et de devenirs.
Impulsive et sensuelle, musicale, la peinture de Jean-Paul Laixhay se révèle à la fois conquête et don. Elle nous parle, en toute liberté, en toute vérité, de la puissance de créer, de la joie d'exister.
«Que l'homme est né pour le bonheur, certes toute la nature l'enseigne. C'est l'effort vers la volupté qui fait germer la plante, emplit de miel la ruche, et le cœur humain de bonté.» André Gide, Les Nouvelles Nourritures
- Valerie Formery - Sophie Horenbach, texte au catalogue « Paysages subjectifs », Musée Ianchelevici, La Louvière, 2016, p31 :
Des pâtes gourmandes pour traduire le vent
Transcrire le paysage est avant tout question de perception Traduire la brume et le vent, naviguer entre abstraction et figuration pour dire l'émotion ressentie. L'acte de peindre chez Jean-Paul Laikhay procède d'une maturation lente. Les couches successives de peinture à l'huile, malléable et sensuelle, imposent la patience. La notion de temps y est importante : laisser l'œuvre évoluer, se construire...
Le peintre éprouve des émotions face au paysage qui tendent à des ressentes universels : un parcours d'émerveillement, de fulgurance et de devenir
Si sa peinture s'inspire toujours d'un paysage, d'une atmosphère, d'un déclic visuel le long du chemin, c'est de son territoire personnel qu'elle émerge véritablement. D'abord surgit un dessin préparatoire au fusain, magnifique. Des doigts du peintre jaillissent ensuite, telles des nécessités, des couleurs qui ricochent, pleurent ou explosent jusqu'à l'ivresse. Subtilement, sa peinture se fait palette. La toile est inondée, le moindre espace du tableau devient un centre potentiel d'impact ou de lumière.
Architecte de formation, Jean-Paul Laikhay sait bâtir sur la vague : sans contrainte ni calcul, il expérimente, pétrit, façonne la matière joue et jouit du geste et de l'instant, se réjouit avec nous de ce qui est, de ce qui naît. Le processus est exhibé, les couches se superposent : du dessin au dessein et inversement, du dessein au motif, du motif à la sensation, de la sensation au rythme, du rythme à l'émotion, de l'émotion à la volupté, de la volupté à un infini mystère. Le temps et la peinture s'écoulent et bouillonnent main dans la main, gauche si possible.
S'offrent alors à nous, entre abstraction et figuration, entre plénitude et frénésie, des natures tranquilles ou étonnées champs sans barrières, vallons trempés d'huile, pivoines ouvertes et éclatantes, fleuves débordants à traverser, horizons fluides ou ardents. Parfois à vit, mais toujours vives, vivantes, vibrantes, parfois liquides, mais jamais liquidées, elles tracent un parcours d'émerveillement, de fulgurances et de devenirs
Impulsive et sensuelle, musicale, la peinture de Jean-Paul Laikhay se révèle à la fois conquête et don. Elle nous parle, en toute liberté, en toute vérité, de la puissance de créer, de la joie d'exister.
2022
Emmanuel d’Autreppe « Jean-Paul Laixhay. Divalt divers altura, 2022 » in Chemins faisant :
- Texte de présentation :
Il y a, dans certaines œuvres comme dans certains paysages, des choses que seuls, la distance spatiale et le recul du temps sont à même de faire apparaître. Ainsi de quelques parcours aux ramifications multiples, de quelques travaux en apparence protéiformes, comme ceux de Jean-Paul Laixhay, qui vont de l’architecture à la peinture, de l’aménagement d’intérieur aux installations en extérieur, du dessin à la gravure ou autres techniques de reproduction. Au sein de cette diversité, la fin de sa trajectoire professionnelle principale — l’enseignement — semble le ramener, précisément, au cœur même du paysage et au geste qui entre tous lui importe : celui de peindre. Ce retour massif à une peinture pure, à la fois simple et éminemment nourrie par un très riche parcours, questionnant le regard même et le rapport au tableau, et recourant volontiers au grand format (ce qui n’est pas si fréquent à l’heure actuelle), ce retour constitue à n’en pas douter le noyau intime de la création de Jean-Paul Laixhay.
Cet élan créateur diversifié, qui court-circuite la chronologie, saute parfois d’un thème à l’autre, suit toutefois quelques fils conducteurs : la marche, la couleur, le paysage (pour ne pas dire la marche dans le paysage coloré). Il se complète ici de quelques propositions plus libres, comme brutes de décoffrage : chutes d’atelier, parcelles d’univers intimes, œuvres d’artistes conviés, plus ou moins furtifs ou clandestins.
En rapprochant mentalement des choses éloignées, en créant d’un chapitre à l’autre des ponts qui ne demandent qu’à exister, on saisit alors comme une évidence non seulement la force et la cohérence du propos, non seulement le rôle synthétique et charpentant, chez Jean-Paul Laixhay, de la pratique de la peinture, mais aussi la conviction qu’une œuvre majeure — exposition ambitieuse ou livre d’artiste mature, abouti — trouve ici sa forme rayonnante, sa concrétisation épurée.
-Michel Van Lierde, texte in Chemins faisant :
Formellement, la peinture de Jean-Paul Laixhay se situe aux confins d’une gestualité lyrique, presque abstraite et d’une forme très personnelle d’«évocation». Évocation ? D’un monde de sous-bois où le végétal côtoierait l’animal, et où l’eau, comme berceau symbolique de la vie, serait « là », quelque part, en latence.
L’ on découvre comme des signes effacés. Évanescents.
Au demeurant, cette vie - comme telle - n’est pas
« montrée ». Elle est seulement suggérée. Des fragments
de celle-ci. Son histoire et ce qu’il en reste. Au-delà,
c’est la composante spirituelle des choses qui semble
surnager. Leur âme. Celle qui « souffle » à travers la
Création, comme le vent balaye la lande, fige la Mer de
Glace, traverse les strates de la tourbe ou s’insinue entre
pics et vallons de la montagne pour se libérer en forêt
profonde.
L’âme dont il est question ici n’est pas seulement celle des hommes, mais aussi celle des « choses ».
Laixhay est un Poète. Un homme qui (re)-donne « vie » en revenant à la racine, en quelque sorte. Un créateur qui, à coup sûr, sait ce que « nostalgie » veut dire, mais qui ne s’y réduit pas. C’est ce dont atteste son geste pictural.
Il scande les compositions de ses non-dits. Il nous invite à « chercher derrière… ».
Ses verts céladon et ses gris aqueux si particuliers ne
rappellent-ils pas ceux de l’expressionniste danois
Per Kirkeby?
Des dessins changeants selon que les saisons varient ;
un paysage d’automne ou une lumière d’été qui donne
naissance à des tableaux différents. Une magie secrète
dont Laixhay maîtrise si bien la lumière.
- Anne Gersten, Descendons ensemble au jardin, texte in Chemins faisant :
Descendons ensemble au jardin
Emboitant le pas à George s Brassens, en dépit de Saturne,« ce dieu fort inquiétant » qui « tue le temps comme il peut » et « joue à bousculer les roses ». Jean-Paul Laixhay propose à sa « belle » et à nous, visiteurs : « descendons ensemble au jardin ». Jardin d’Éden, jardin de rêve, jardin sacré, jardin secret… Chaque toile de l’artiste est un morceau de nature qui exulte, un coin de jardin luxuriant où s’entremêlent arbustes opulents, buissons touffus et myriades de fleurs aux couleurs somptueuses. Le Jardin de Chantal, ou le Jardin de Michèle (tous deux peints à plusieurs reprises) regorgent de fleurs pétulantes, de feuillages généreux et charnus où filtrent ça et là des éclats de lumière. Dans un autre coin, un autre tableau, écartant la constellation de corolles et pétales frais et délicats, peuvent surgir d’épaisses ramures, ombres inquiétantes, ténébreuses d’un noir profond. À bien y regarder, ce noir ombrageux, alchimie de tonalités subtiles allant discrètement du vert de gris au vert foncé, du bleu outremer au bleu violacé jusqu’au noir intense, laisse pénétrer la lumière en touches claires et buissonnantes des touffes fleuries.
Ici donc, l’ombre et la lumière, le clair et l’obscur, ne
se livrent pas un combat. Sans pourtant renoncer aux
contrastes qui donnent toute sa force à ce spectacle
pictural, les tonalités opaques et transparentes, les
touches grasses et fluides, les couleurs chaudes et
froides, s’emboitent, s’étreignent, se marient. Entre
le clair et l’obscur – l’ange et le diable – l’union est
scellée.
Soleil ou tache jaune ?
Dans le jardin de Christian, il y a, je crois, de grands arbres, ils sont bleus ou verts assombris d’un peu de noir, il y a aussi peut-être de l’eau, un étang ? nappe blanche, bleutée, verdâtre ou légèrement rosée, et il y a surtout plein de jaune, terre d’ocre ? graminées en fleurs ? reflets du soleil ? Ce que nous voyons, ou croyons voir, de l’herbe, une fleur, un arbre, le soleil… ne sont pas objectivement représentés. Ce sont des taches de couleur, rien d’autre, de la matière colorée sortie en pâte épaisse du tube, écrasée au couteau ou à la brosse pour la faire adhérer et lui donner une forme, une direction, une dimension, une épaisseur.
Plusieurs couches de couleur superposées et les traces de la facture forment des striures, des croûtes, des boursouflures, ou laissent entrevoir, éparses, quelques flaques et dégoulinures, en lavis, des couches inférieures. Le tableau est une sorte de maçonnerie, une construction faite d’éléments formels (un élément linéaire renvoie à un tronc d’arbre) et informels (une tache peut devenir une fleur, un soleil). La couleur fait le reste : en gros, des masses de couleurs froides (les verts, les bleus, les violets) et de couleurs chaudes (les rouges, les jaunes, les roses/ orangers) opposées et complémentaires. Tout en contrastes, ces amassements colorés, organisés en multiples facettes (la « maçonnerie ») structurent solidement l’espace et créent des effets de profondeur, sans le secours de la perspective géométrique. En cela, Jean-Paul Laixhay a retenu la leçon de Cézanne, mais l’artiste nous emmène bien au-delà de la rigueur constructive et d’un certain esprit méthodique du maître de la Montagne Sainte-Victoire. Jean-Paul Laixhay, architecte (sa formation) avant d’être peintre, lui aussi construit mentalement son tableau mais en même temps, il se laisse submerger par l’émotion et, sans attendre, il met la main à la pâte, la triture, la pétrit, l’écrase avec force et fermeté, comme une nécessité. Il s’y livre tout entier. On le sent faire corps avec elle. La matière picturale se fait chair, vivante, voluptueuse, et devient le lieu d’exorcisme des pulsions de vie, de plaisir, de désir et de jouissance.
Un « hymne à la joie »
Un tableau de Jean-Paul est une symphonie colorée, un « hymne à la joie » où la gamme complète des couleurs, luxuriantes, éblouissantes ou denses, sombres et profondes, entrent en résonance. Du rose, rouge, et jaune au bleu, vert et violet, purs ou en infinies nuances, ponctués par les éclats du blanc ou les abîmes du noir, les couleurs explosent dans l’espace de la toile irradiant bien au-delà. La richesse, la gourmandise de ces couleurs ardentes et fécondes, s’allient obligatoirement à l’opulence et la sensualité de la matière : une peinture voluptueuse, réjouissante, jubilatoire avec sa part de mystère dans quelques recoins plus inquiétants…
À côté de Ludwig van Beethoven, il aurait fallu évoquer aussi Claude Debussy, Maurice Ravel ou Igor Stravinsky, mais tournons-nous maintenant, sans abandonner les liens entre la peinture et la musique, du côté de Jean Giono, ce grand écrivain amoureux de la terre et de la nature tout entière, comme l’est aussi Jean-Paul Laixhay.
Jean Giono publie en 1935 un roman intitulé Que ma joie demeure. Il y parle de la joie que lui inspire la beauté de la nature et qu’il associe aux joies du corps et à ses désirs, une « joie totale », dit-il, dans et avec la nature, corps et âme. Le titre, emprunté à celui d’un choral de Jean-Sébastien Bach, est volontairement amputé du premier mot : « Jésus ». Jean Giono refuse d’invoquer la Divinité à la rescousse. L’homme doit trouver son bonheur, sa joie dans le monde d’ici-bas, en osmose avec la nature. Pour lui c’est la nature, et non l’âme, qui est immortelle. Jean Giono croit au Grand Tout unique, à la nature qui englobe le corps et l’âme, indissociables, la chair et la matière, avec la mort qui en fait partie, en une « chaîne de transformations » toujours recommencée et donc, « immortelle ». La peinture de Jean-Paul Laixhay n’exprime-t-elle pas aussi cette même forme de spiritualisme païen, tellurique, sensuel, dionysiaque ?
Jean Giono et Jean-Paul Laixhay nous disent encore que la nature permet de jouir des choses sans les posséder on peut donc s’y livrer sans réserve, mordre la vie à pleines dents, et, nous aussi, avec Pierre Ronsard cette fois, « cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie ».
Les grands chemins
À son tour, pour sa série Les grands chemins, le peintre emprunte à Jean Giono le titre d’un de ses romans publiés chez Gallimard en 1951. Les grands chemins de Jean Giono, semblables aux chemins tracés dans la nature, droits, sinueux, tortueux, montants, descendants, bifurquants… sont les chemins de la vie sur lesquels l’homme est en errance. Ils ne sont grands que dans leur dimension symbolique lorsqu’ils deviennent le champ d’une recherche, d’une curiosité, d’une réflexion sur le sens de l’existence, sur la possibilité – ou non – du bonheur… Et le peintre de nous le dire encore avec fougue et passion : exubérance des couleurs, fourmillement de touches multicolores entremêlées, ou contraste entre un côté sombre ombragé, terrestre, et l’autre, céleste, bouillonnant, rutilant de lumière dorée. Pour Jean-Paul Laixhay, les grands chemins sont aussi ceux de Saint-Jacques-de-Compostelle. Depuis quelques années, l’été venu, il parcourt une étape sur ce grand chemin initiatique. Pas à pas, il avance et mesure le temps et l’espace, s’enivrant du spectacle de la nature et de la beauté des lieux sacrés où tant d’hommes depuis plus de mille ans, sont passés, se sont arrêtés et sont repartis humblement à la recherche du divin ou tout simplement, d’un dépassement de soi. Sur ces grands chemins, Jean-Paul Laixhay se nourrit des richesses de la terre et du ciel et récolte les fruits et les couleurs de son art.
Marcelle Imhauser, textes in Chemins faisant :
Chez Jean-Paul Laixhay, peintre et architecte, le recours au fusain n’a rien d’anodin. Son travail sur la trace, sur ce qui fait signe, au-delà de l’érosion et de la précarité, trouve, dans la fragilité du carbone originel, une complicité secrète qui nourrira son dessin. Il lui faut recourir au moelleux, au sensuel que diffuse l’outil archaïque pour que naisse, de l’épaisseur d’un muret, de la grâce d’un iris qui fane, l’architecture hésitante d’un jardin de banlieue.
Neigeuse, la blancheur muette de la feuille orchestre les improvisations charbonneuses de l’artiste qui renoue, conscient ou pas, avec l’angoisse millénaire du vieil homme en quête d’éternité.
C’est dur la peinture !
Ça vous embarque dans des attendrissements prépubères,
des questionnements hystériques sur les plissements hercyniens,
le tournis des tournesols, le goût du thé. La peinture, c’est dur.
Parlons d’autre chose.
De Jean-Paul Laixhay, par exemple.
L’homme : Petit garçon, il a dû jouer à « Cow-Boy-Indien »,
J’en suis sûre. Evidemment, il faisait l’Indien.
Je le vois très bien, une main en visière, l’autre crispée
sur le tomahawk de sa Saint-Nicolas, sans pitié
pour le crotale imprudent qui investirait le trottoir.
La vie d’un Indien, c’est dur : observer, épier, flairer, décoder, surprendre.
À ce prix, on s’en sort.
Laixhay-OEil-De-Lynx s’en sort.
Il décrypte la course des nuages, la crotte d’un chat sauvage,
le battement de cils des squaws.
J’oubliais : quand il a des comptes à régler, un bon Indien se peint.
Laixhay se peint. Normal ! Un vrai bonheur !
- Pierre Hebbelinck. « Impact » , Othée, 2 avril 2022.Texte in Chemins faisant :
Impact
Par la petite fenêtre oblique de mon atelier, je vois les arbres se raidir sous l’inconfort du souffle rude du vent du nord. La neige, amas de taches blanches à l’aube, s’est progressivement évanouie. Les couleurs sont vives. Seul le ciel n’a rien décidé. Il effiloche des gris de densités différentes.
Je me remémore ma première visite à l’Atelier de Laixhay, dans le quartier sous-l’Eau de la Cité Ardente, au-delà de la Meuse et de la Dérivation. Nous avons traversé la rue. Je l’ai suivi dans le corridor qui entrelace des peintures à l’œuf formant sur les murs des rubans capricieux. Un petit escalier qui grince. Une porte fine de quelques planches assemblées. Le ciel du soir de printemps bleuis les verres troubles. Une fenêtre est ouverte. Les toits du voisinage s’imbriquent en des formes euclidiennes. Des rectangles et des triangles. Bleus doux ou saturés. Le crépuscule compose. Tous, les objets posés au sol possèdent des roues : le chevalet, la desserte à peinture, la table basse. Tout est mobile. Sauf les toiles.
Celles-ci sont distantes l’une de l’autre. Les formats passent d’un recouvrement presqu’entier d’un mur à une petite fenêtre, une miniature. La plupart ne sont pas tendues et pendent naturellement le long des briques blanchies. Elles se font face de part et d’autre de l’Atelier. Elles semblent vouloir se mesurer, sortir du confort du plan. Y apparaissent des paysages. Des endroits que l’on pressent avoir déjà vu. Celles-ci, lorsqu’elles sont de grande taille, sont placées très bas, un peu comme si le peintre se penchait doucement vers elles pour les attraper, avec ses pinceaux, ses touches douces et son combat pour amener là où il pense utile à la toile, les impacts de ce qu’il voit, ce qu’il voit de ce paysage de manière très concrète, alors que ce dernier n’est pas là. Il touche. Il touche encore et il retouche. Il est penché dans une forme d’humilité, celle de celui qui ne comprend pas bien mais s’efforce de décoder les signes. Il projette, place côte à côte des coulées fines et nerveuses. Il pense que de cela va faire apparaître ce paysage qu’il entrevoit. Il espère s’en libérer. Je m’approche de la toile. Elle est plus grande que moi. La vaste toile perd ses contours. J’observe de plus près. C’est le silence, rayés de traits.
Juste à sa droite, au-dessus, une peinture est située de telle manière à ce que je doive tendre le cou pour scruter son motif. En face, quelques taches marrons emplissent un tout petit format. L’épaisseur du cadre semble dès lors très large, tant l’objet est ramassé. Un petit parallélépipède. Peint. Dans cette étroitesse, ce petit couloir de vue que le peintre nous propose, il est possible d’entrevoir ses doutes.
Il me revient brusquement en mémoire, un texte de Paul Klee où il indique qu’il traverse le doute en réduisant ses formats à une dimension extrême. Le 22 juin 1902, à Berlin, Paul Klee écrit : « Je deviens apparemment tout petit et stable, (…), Je conçois un tout petit motif et j’essaie une représentation sommaire (…) Voilà au moins une action véritable, et d’une série de petits actes répétés, il en résulte beaucoup mieux (…) Toutes choses petites et rapprochées étroitement les unes des autres, l’ensemble n’en constitue pas moins une réelle activité. Je vais même jusqu’à rêver tout ceci. Me rêve moi-même. Me rêve moi-même jusqu’à devenir mon propre modèle. Le moi projeté. Au réveil, je reconnais la vérité. Je me trouve couché, compliqué mais plat, adhérent à la toile. Je suis mon propre style. » (Référence livre Paul Klee).
Laixhay plonge sa main dans des racks de rangement. Il en sort des formats réduits suggérant des petits thèmes paysagers, des détails de vastes natures. Des puissances de compositions. Des recherches sur le nuit et l’aube. Les sons des couleurs. Les objets apaisés, côté à côté forment un infini. Une conséquence de l’infini perçu par l’œil du peintre. La force et la souplesse de ses doigts. L’impact de ses pinceaux.
L’Atelier du peintre est formé de deux espaces, superposés. L’un expose ; l’autre condense. Je suis conscient que je viens de voyager. Je marche à reculons. Je m’en retourne à la rue, où la nature s’éteint.
* * *
Lorsque je retourne pour la seconde fois dans l’Atelier du peintre, rue Herman Reuleaux à Liège, c’est la nuit. Les vitres qui forment les parois aux deux extrémités reflètent l’espace, reportant à l’infini les tubes de néon et les peintures accrochées. Le plancher de sapin est une vaste peinture continue que l’on foule sans scrupule. Le plafond de plastique laiteux est déchiré à divers endroits et forme une nappe intranquille. Les murs latéraux de briques blanches sont saturés de toiles du peintre accrochées ou posées au sol. En fait, quoique l’on fasse, le corps est immergé dans la couleur. Il n’y pas réellement de ligne de démarcation entre les toiles, les interstices entre celles-ci, marqués de coulées, le plancher imprégné du solde des gestes du peintre. L’ESPACE EST PEINTURE. Le travail en cour semble avoir été entrepris récemment. Un doute l’habite et le rend soucieux. Il parle de paysage et de cadrage sur un infini, récurrences de l’approche du peintredepuis des temps anciens. Mais les signes semblent avoir décidé de s’agglomérer, de rapprocher par affinités électives des points pour former des taches. Ces mêmes taches que l’on retrouve aspergées dans tout l’espace. Il est saisissant de voir que ces amalgames de couleur se reproduisent dans les godets de mélange de couleur formé dans les barquettes sombres de nourriture pour chien, les tubes pressés des Blocks, les couleurs des ouvrages de la bibliothèque ou de la cdthèque. Espace et toiles. Dans le champ visuel, ils ne font qu’un. Le peintre a dissous ses signes dans ses actions spécifiques, les toiles elles-mêmes, vouées à être emportées, exposées, et les restes de ses actes collés aux parois, ses formes sédentaires.
L’architecte Laixhay, réapparait dans cette organisation de sa pensée picturale au cœur de son espace de production.
Si l’on considère les œuvres en elles-mêmes, il semble que les figures multiples qui se bousculent sur la toile - comme les enfants dans les cours de récréation- , ont abandonné une part de la représentation d’un extrait de nature, ou de paysage. Le peintre appelle le regard vers une recomposition d’observations, de consciences différentes, de temps décalés. Son atelier maculé, demande de retenir que le travail en cours anticipe des formations naturelles. Les couleurs, ici, saturées de jaune sur l’ensemble de la toile, parlent de coulées, de pressions diverses, de renoncements ou de recouvrements. Les toiles ont abandonné la sécurité d’un ciel, la pesanteur, les nuages d’une figuration. Les amarres sont larguées et le mouvement nous emporte. L’œil peut passer sans entrave d’une œuvre à une autre. Elles forment chorale. La peinture parle-t-elle ? Observons qu’ici elle murmure, elle s’écoule, elle frissonne. Elle crie parfois. En l’arpentant d’un bout à l’autre, l’Atelier compose pour nous des chemins de découvertes. On ne sort pas indemne.
Je descends les marches, traverse le corridor. La rue est sombre, les luminaires publics sont accrochés plus loin. Les pavés reflètent encore, complices des actions du peintre, les mouvements qu’il nous invite à regarder. L’Atelier est sorti. Sur fond de rumeur nocturne, il est posé dans la rue.
(°) Référence livre Paul Klee
- Françoise Bonivert in https://www.qu4tre.be/culture/expos/chemin-faisant-une-expo-grand-marchin-et-un-livre-pour-retracer-le-parcours-du-peintre-jean-paul/1513798.
"Chemin faisant » c’est à la fois une exposition et une monographie qui retracent les 30 années de pratique artistique de Jean-Paul Laixhay. Architecte, enseignant, il présente un parcours aux ramifications multiples passant de l’aménagement intérieur aux installations extérieures, de la photo au dessin ou à la gravure et surtout à la peinture.
"Chemin faisant" c’est aussi un retour sur 1500 kilomètres de parcours sur les traces de Saint-Jacques de Compostelle, effectués en cinq étapes et qui l’ont mené dans l’Aveyron, la Margeride, les Cévennes et les Asturies. Jean-Paul Laixhay aime la nature et la magnifie dans sa peinture, offrant aux visiteurs les paysages de l’Ardenne en toutes saisons mais aussi ceux du Sud de la France et du Nord de l’Espagne dans la lumière de l’été.
L’expo nous livre aussi des souvenirs : le mannequin de couturière de sa maman, des croquis de ses enfants, une série de photos volées à une table de restaurant et quelques pièces de sa collection personnelle : un nu d’Ernest Pignon Ernest, un cliché de Jacques-Henri Lartigue, une œuvre du peintre liégeois Jean-Pierre Ransonnet.
Le livre, paru aux éditions Altura, est un important catalogue rétrospectif qui permet de mieux découvrir l’homme derrière l’artiste. C’est en effet à l’âge de 14 ans, en aidant, tôt le matin, un voisin au greffage des rosiers, qu’il a décidé : « je serais moi aussi un poète, imprégné de bonté et de contemplation pour la beauté que m’offrait la nature ».
- Primaelle Vertenoeil : « …Chemin faisant se donne à lire comme une monographie inédite. Loin des schémas habituels de la biographie illustrée, l'ouvrage est avant tout une promenade artistique dans l'univers du peintre. Mêlant plusieurs matières, le livre est structuré autour de la thématique du chemin, cher à LAIXHAY, proposant des haltes, avec des thèmes centraux comme les fleurs, les corps, les rencontres, les paysages ou encore l'architecture… »
- Anne Wuidar : « Sa peinture, sensuelle et gourmande célèbre le plaisir de se régaler de la beauté de la nature. Jean-Paul LAIXHAY marche, s’arrête, s’extasie, photographie puis à l’atelier, immortalise ces instants captifs dans de vibrantes éclaboussures de peinture à l’huile. Sa démarche est créative et sensible. Parfois, c’est un croquis pris sur le vif qui accroche son regard et loin de toute exubérance, nous emmène, grâce la simplicité du trait, à l’essentiel, voir même à une approche méditative.
Toujours en progression, suivant les thèmes qu’il aborde et la maturation de savoir-faire, les lecteurs se réjouiront d’en savoir un peu plus sur son parcours artistique, commenté par Régine RÉMON, Conservatrice honoraire du Musée des Beaux-Arts de Liège, à découvrir sur le site www.liege.be/fr/decouvrir/culture/musees/la-boverie/les-collections/loeuvre-du-mois/la-peinture-de-jean-paul-laixhay-creuset-des-emotions-1
2023
- Emmanuel d’Autreppe. Texte de présentation [sur l’invitation de l’exposition Laixhay Jean-Paul, peinture ; Laurenty Sophie, sculpture. Clarté de regard. (04/05-04/06/2023)
Il y a, dans certaines œuvres comme dans certains paysages, des choses que seuls, la distance spatiale et le recul du temps sont à même de faire apparaître. Ainsi de quelques parcours aux ramifications multiples, de quelques travaux en apparence protéiformes, comme ceux de Jean-Paul Laixhay, qui vont de l’architecture à la peinture, de l’aménagement d’intérieur aux installations en extérieur, du dessin à la gravure ou autres techniques de reproduction. Au sein de cette diversité, la fin de sa trajectoire professionnelle principale - l’enseignement - semble le ramener, précisément, au cœur même du paysage, et au geste qui entre tous lui importe : celui de peindre.
Ce retour massif à une peinture pure, à la fois simple et éminemment nourrie par un très riche parcours, questionnant le regard même et le rapport au tableau, et recourant volontiers au grand format (ce qui n’est pas si fréquent à l’heure actuelle), ce retour constitue à n’en pas douter le noyau intime de la création de Jean-Paul Laixhay.
Cet élan créateur diversifié, on en trouvera toutefois dans les pages qui suivent le reflet aménagé, par commodité, d’une façon chronologique, thématique, ou liée à des aboutissements précis: des expositions le plus souvent. Mais en rapprochant mentalement des choses éloignées, en créant d’un chapitre à l’autre des ponts qui ne demandent qu’à exister, on saisit alors comme une évidence non seulement la force et la cohérence du propos, non seulement le rôle synthétique et charpentant de la pratique de la peinture, mais aussi la conviction qu’une œuvre majeure - exposition ambitieuse ou livre d’artiste mature abouti - trouve enfin ici sa forme rayonnante, en même temps que sa concrétisation épurée.
Roger Pierre Turine, « Duo explicite : Laixhay et Laurenty », in Arts Libre-mercredi 17 mai 2023 :
Duo parfait, un homme, une femme, des paysages, des têtes, peintures et céramiques.
Jean-Paul Laixhay et Sophie Laurenty - Clarté du regard
Le Liégeois Jean-Paul Laishay est de retour pour la quatrième fois dans une galerie ou, à n'en pas douter, il se sent bien et pour laquelle, à chaque fois, il réserve ses meilleurs tableaux récents. Son cru 2022 2023 confirme la qualité, classique certes mais de belle facture, de paysages qui chantent la couleur, la lumière, ses échappées dans la Drome mais aussi, cette fois, à La Havane.
Point d'esbroufe en ses toiles qu'on dirait presque mûries au soleil, tant on ne sait si elles ont été peintes sur le motif ou à l'atelier. La plus grande de celles-ci, Improvisation est une ode a la nature dans une joyeuse symphonie chromatique. Elle est légère avec ses verts d'eau, ses bleus pervenche, ses blancs de source. Imbroglio fertile de formes et nature en goguette, Avec La Havane, l'abstraction semble prendre le pas sur la figuration, quand un paysage de la Drome affirme son tonus avec des bleus violents, un ciel rose, des verts tendus, révélateurs d'une nature en verve. Avec L'étang, on voit que Laixhay apprécie les empâtements, ceci sans exagération. Ailleurs, de beaux bouquets d'hiver et de printemps chantent à l'unisson leur floraison attrayante.
(…)
La photo de l'artiste prise par Jacques Donjean a été recoupée pour la mise en page
Liège, Collection de la Province de Liège, Belgique
Liège, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (Mamac)
Fondation Vancau, Moircy Libramont, Belgique
Fondation Mady Andrien, Liège, Belgique