Description physique
in folio, 16 pp., 16 pl.
in folio, 16 pp., 16 pl.
- Paul Haesaerts.De School van Sinte-Martens-Laethem. (Amsterdam, De Spiegel»; Antwerpen, Het Kompas, 1941; un recueil in-folio, 16 p., 16 pl.) in Bruxelles, Apollo n° 4, 1e sept. 1941, pp. 21-22.
Depuis longtemps, nous attendions une étude d'ensemble consacrée à l'Ecole de Laethem-Saint-Martin. M. Paul Haesaerts, qui nous l'apporte aujourd'hui, se trouve mieux placé que personne, par sa pénétration du mouvement de la peinture belge contemporaine, pour nous donner un aperçu critique et historique du fécond centre d'art qu'est depuis un demi-siècle ce petit village de Flandre. Retraçant les circonstances dans lesquelles naquit ce nouveau Port Royal, il évoque en premier lieu la figure discrète d'Albin van den Abeele, tour à tour écrivain de terroir et peintre amateur qui attira l'attention des esthètes sur son village natal. Auprès de lui se groupent rapidement quelques jeunes artistes George Minne. Valerius de Saedeleer, Gustave van de Woestyne et Jules de Praetere. Ceux-ci font table rase des formules naturalistes; ils recherchent, chacun à leur manière, la spiritualisation et la simplification de la forme artistique.
George Minne, en dépit de sa répugnance au rôle de chef de file, domine par sa personnalité le petit cénacle. Dans ses premières figures d'Agenouillés, chacun perçoit déjà l'esthétique particulière aux formes dépouillées qu'il développera inlassablement jusqu'à son dernier souffle.
Plus singulière est l'évolution de Gustave Van de Woestyne. Avant de s'adonner à la composition de paysages imaginaires peuplés d'êtres de rêve, il trace d'après son entourage immédiat une série de portraits empreints d'une intense vitalité.
De son côté, Valerius de Saedeleer s'écarte peu à peu de l'enseignement reçu de Courtens pour atteindre une forme plus abstraite, et combien supérieure, d'un caractère austère. Quant à Jules de Praetere, il s'efforce de renouveler l'artisanat, mais ses tentatives ne seront couronnées de succès qu'à l'étranger où il fera école.
A ces artistes, orientés vers une sorte de symbolisme, succède, après la tourmente, une génération forte, hardie, qui donnera naissance à l' Expressionnisme. Entre ces deux groupes nettement distincts se place un peintre autochtone doué d'un ardent sentiment chrétien Albert Servaes. Comme lui, la plupart des nouveaux venus apportent la vision dramatique d'un monde en révolution. Leur inquiétude reflet de leur temps ne peut s'accorder avec l’art lumineux et débrouillé de leurs prédécesseurs. Elle les pousse à se servir d'une manière forte, brutale même, dont témoignent les figures démesurées de Gustave de Smet, de Permeke et de Fritz van den Berghe. A la solidité de la forme, ces artistes joignent un colores vigoureux et sombre. Bien d'autres peintres suivront à leur tour la route ouverte par ces trois pionniers de la peinture contemporaine ; à cela seul pourrait se mesurer l'importance du mouvement, car quel serait aujourd'hui l'art de plusieurs de nos meilleurs jeunes peintres sans l'apport de leurs aînés ?
À côté de Minne et de Valerius de Saedeleer qui traduisent le côté mystique du caractère flamand, ces artistes manifestent un autre caractère aussi profondément racial : la recherche de l'expression directe, Le métier solide qui est le leur, les met à même de réaliser leurs conceptions audacieuses dans des créations d'un caractère nettement novateur d'où l'art flamand sort définitivement libéré de l'Impressionnisme.