1883
Décès
Artistes
Bouré Antoine-Félix (Bruxelles, 18/07/1831-Ixelles, 08/04/1883)
de Braekeleer Ferdinand (Anvers, 12/02/1792-Anvers, 16/05/1883).
Geefs Guillaume (Anvers, 10/09/1805-Schaerbeek, 19/01/1883)
Franck Joseph, graveur (Bruxelles, 1825-Bruxelles, 1883)
Legrand Nicolas (Mons, 29/05-1817-Mons, 1883)
(15/10/1883) Inauguration du palais de justice de Bruxelles, œuvre de l'architecte Joseph Poelaert, décédé quatre ans plus tôt.
* Il est alors le plus grand bâtiment d'Europe.
- L’Art Moderne, 3e année, n° 9, 04/03/1883.
LE PLAFOND DE JOSEPH STALLAERT au Musée de peinture de Bruxelles. En général, la peinture de Joseph Stallaert ne nous plaît guère, nous la trouvons trop imprégnée des traditions académiques, trop éloignée de la réalité. Elle est encore engagée dans un grand nombre des préjugés qui ont marqué la transition entre le passé et le présent. Elle est d'une école qui, dans l'avenir, n'aura, si nous ne nous trompons, qu'une valeur historique. Si nous débutons par cette remarque, c'est afin de mieux faire comprendre combien notre admiration est sincère en ce qui concerne la décoration que l'artiste vient de terminer pour l'escalier du Musée de peinture. On sait qu'il y avait là précédemment une grande mythologie aux lourdes allures du style Louis XIV, assez mal établie, écrasant l'entrée au lieu de la compléter el de l'animer. Actuellement ces défauts ont disparu ; la composition que nous allons décrire, très sobre dans sa tonalité, pleine d'aisance dans ses personnages, s'harmonise parfaitement avec les tons d'un gris jaunâtre de l'escalier qu'elle décore et en forme un complément irréprochable. C'est là une première qualité qu'on ne saurait assez louer quand il s'agit de peinture décorative et qui est presque toujours oubliée. Quant à l'œuvre considérée en elle-même, le spectateur qui voudra la juger sérieusement fera bien de s'arrêter sur le palier en déplaçant les points de vue, afin que rien ne lui échappe. Nous n'hésitons pas à dire qu'il sera alors promptement séduit par le développement habile de cette allégorie. Le sujet est cependant à première vue banal : ce sont les quatre saisons avec leurs attributs traditionnels. Les personnages qui y vivent sont ceux de la vie rustique. Le printemps y est comme à l'ordinaire représenté par des jeunes filles et des fleurs. L'été par des moissonneurs et des mères de famille. L'automne par les vendanges et la chasse. L'hiver par un vieillard. Mais tout cela est très heureusement empreint d'une tendance vers les types modernes et il en résulte à la fois beaucoup de nouveauté et de grâce. Il serait du reste difficile, sinon impossible, d'exprimer les quatre saisons autrement que par la poésie des champs; c'est vers la nature que les souvenirs se reportent, parce que c'est dans la campagne que l'expression de ces évolutions successives du temps se manifestent de la manière la plus agréable et la plus touchante. Cependant, disons en passant que ce serait une chose digne de tenter un grand artiste que d'exprimer ers mêmes saisons par la vie telle qu'elle se présente dans une ville soit pour l'ouvrier, par exemple, soit pour l'homme du monde. La poésie tranquille et charmante disparaîtrait assurément, mais en son lieu viendraient prendre place toutes les scènes tantôt rudes cl pénibles, tantôt bruyantes et luxueuses de l'existence urbaine. La composition de Stallaert comprend quatre sujets principaux, occupant les grandes faces du plafond, alternant avec quatre sujets secondaires. Il n'y a cependant pas de séparations tranchées. L'année entière se déroule par des expressions rattachées très ingénieusement, se préparant et se complétant, ajoutant leur mélodie à la mélodie qui précède ou servant d'introduction à celle qui suit. Nous ne nous souvenons pas d'avoir vu ce tableau varié se dérouler avec moins de secousse cl par un meilleur enchaînement. C'est d'abord une vierge, doucement enlevée dans les airs, tenant à la main une branche de lilas; un amour s'approche pour lui donner le premier baiser; au-dessous d'elle vogue un cygne ; un pêcheur retire ses filets alourdis par le poisson ; le ciel est couvert de légers nuages où l'on sent encore la fraîcheur des derniers jours d'hiver. Par une transition presque insensible, ce point de départ se relie à une scène champêtre : des jeunes filles chargées de fleurs debout ou assises; des bergers tondant les brebis; quelques enfants couchés dans la prairie. Tout cela est gracieusement composé, les types sont charmants, le dessin d'une grande correction, le coloris parfaitement approprié a la saison et à la scène. Un peu d'afféterie peut-être, mais juste ce qu'il en faut pour que les paysannes n'apparaissent point dans leur brutalité rustique. N'oublions pas qu'il ne s'agit pas d'exprimer le sentiment un peu sauvage de la vie villageoise, mais de donner, par une allégorie à moitié prise dans l'antiquité, à moitié dans la vie moderne, a un grand escalier d'une architecture Louis XVI, l'ornement destiné à achever son unité. Voici maintenant que l'été se lève a son tour : c'est une jeune femme qui, elle aussi, vogue dans l'atmosphère, près de la terre. Le caractère juvénile a disparu, la maturité commence à se montrer. Elle porte une torche, symbole des ardeurs de juillet; l'enfant qui vole auprès d'elle a la peau moins claire, les membres moins grêles. Près d'eux commence immédiatement un tableau de la moisson ; les rustiques travailleurs s'arrêtent un instant pour se désaltérer sous le chaud soleil qui dore la campagne ; une mère étendue sur le dos sourit à son jeune enfant qu'elle élève de ses bras. L'allégorie continue : au-dessus, un valet de charrue conduisant des bœufs au labourage, une bacchante exprime dans une coupe le jus du raisin. C'est l'automne. Plus loin des jeunes filles se détournent pour regarder passer deux chasseurs transportant un cerf. Des chiens accourent du fond du paysage. Le soleil se couche dans un horizon tourmenté, les cieux perdent leur aspect calme et doux, les teintes grises et tristes de l'hiver viennent ternir la campagne. Une grande et tragique figure' de l'hiver passe à plein vol ; sous elle une vieille femme marche courbée, un autre personnage porte une couronne funéraire. Plus loin un homme défend contre la férocité des loups, sa famille qui se chauffe à un âtre rustique. La neige tombe. Enfin, pour exprimer les douze mois qui s'achèvent, voici deux vieillards las et mélancoliques, assis à une table de pierre ; l'un d'eux serre la main à un adolescent qui tient une lyre, et le visage plein d'espoir, la bouche ouverte aux chansons, va commencer le voyage. C'est le vieil an qui finit, faisant ses souhaits au jeune an qui commence. Nous ne savons si nous avons bien saisi toutes les intentions de l'artiste. Elles nous sont apparues cependant claires, telles que nous venons de les décrire sommairement, et c'est là un des grands mérites de sa composition, de rester limpide malgré sa complication. Elle laisse l'esprit paisible, en même temps que cette abondance de détails si bien .groupés, si bien enchaînés, fait naître dans le cœur une émotion charmante. Ce sont les vraies qualités et le résultat salutaire qu'une décoration doit avoir et doit amener, et c'est pourquoi nous avons pu dire en commençant que c'était sans restriction que nous faisions l'éloge de cette production remarquable qui sera sans doute le chef-d’œuvre de Joseph Stallaert
1883-1885. Première tentative d’ouverture des Académies des Beaux-Arts aux femmes.
- in Alexia Creusen. Femmes artistes en Belgique, XIXe et XXe siècle . Paris, éd. L’Harmattan, 2007, pp. 56-57.
A Mons, quatre étudiantes fréquentent l’Académie des Beaux-Arts à titre exceptionnel entre 1883 et 1885, Louis et Marie Danse suivent le cours de gravure assuré par leur père, Auguste Danse, et ce, en compagnie de leur amie Elisa Wesmael. Le talent des sœurs Danse est salué par un premier et un second prix, obtenus dès leur première année d'inscription. Au cours de sa deuxième année au sein de l’établissement, Louise entreprend l’étude de l’aquarelle, Quatrième élève féminine à mentionner, Cécile Douard est introduite auprès du directeur le peintre Antoine Bourlard que le Bruxellois Jean Portaels. Agée de 17 ans à peine, elle fait preuve de dispositions remarquables pour la peinture et le dessin. Bourlard l’autorise à prendre part aux concours généraux dans lesquels elle s'illustre brillamment. Au palmarès de 1884-1885, elle rafle une médaille en vermeil, le prix ave distinction pour la nature morte, le prix spécial avec la plus grande distinction pour la peinture, mais aussi les prix portant sur les cours d’anatomie, de proportion, de perspective, de dessin d'après nature et d'après l’antique. En 1885-1886, elle est placée hors-concours avec la plus grande distinction et reçoit le premier prix par acclamation pour le cours de peinture.
Ces quatre admissions auraient pu constituer un préalable à l’ouverture officielle de l'Académie de Mons aux dames, mais il n'en fut rien. Les femmes ne sont plus acceptées par la suite que dans une section pour amateurs, l’Ecole libre de dessin et de gravure.
Leur entrée en décidée officiellement en 1911, le Conseil communal détermine alors mise sur pied d'un cours de dessin destiné aux jeunes filles, en plus d'un cours de travail des métaux accessible aux deux sexes
Création du Groupe „Les XX“ (1883-1893)
Le désaccord au sein de l’association L’Essor mène à la fondation des XX, un groupe d’artistes indépendants sans programme ni manifeste.
(28/10/1883) Des statuts très sommaires sont signés par 13 « vingtistes » : Charlet Frantz, Delvin Jean, Du Bois Paul, Ensor James, Goethals Charles, Khnopff Fernand, Pantazis Périclès, Simons Frans, Vanaise Gustave, Van Rysselberghe Théo, Van Strydonck Guillaume, Verstraete Théodore, Vogels Guillaume.
Auxquel s’adjoignent :
Chainaye Achille, de Regoyos Dario, Finch Willy, Lambeaux Jef, Schlobach Willy, Verhaet Piet, Wytsman Rodolphe.
Le groupe refuse les normes esthétiques contraignantes et entend se passer de président et de comité administratif, acceptant seulement un secrétaire. Cette fonction est confiée à l’avocat, critique d’art et collectionneur, Octave Maus.
Chaque membre a le droit de proposer des artistes candidats pour les salons ainsi que de voter l‘admission des nouveaux membres.
Certains fondateurs donnèrent bientôt leur démission et seront remplacés par des figures adhérant davantage au caractère avant-gardiste du groupe.
L’Art Moderne, la revue dont Maus est co-fondateur, se fait le porte-parole du groupe.
A l’occasion de chacune de leurs expositions, Les XX organisent des conférences et des concerts qui illustrent la théorie esthétique du groupe.
Au cours des années à venir, les Salons des XX seront le centre par excellence des confrontations de l’avant-garde européenne un lieu de révélations et de scandales, le rendez-vous des Beaux-Arts, des arts appliqués, de la littérature et de la musique.
- X. « Chronique générale (Les XX) » in La Fédération Artistique. Anvers, 10e année, n° 51, 13/10/1883, p. 428.
- X. « Les Vingt » in L’Art Moderne. Bruxelles, 11/11/1883, 3e année, n° 45, p. 361.
Création du Cercle des aquarellistes et des aquafortistes belges
* Ce cercle accepte sans discrimination dans ses rangs des aquarellistes, des graveurs, des illustrateurs et même des sculpteurs.
** Président / Charles Goethals ; secrétaire : Paul Combaz.
Dans un premier temps, l’énorme tâche d’administration et d’organisation du groupe incombe au président et au secrétaire. La santé délicate du premier - affaibli par des crises de phtisie – et les obligations d’archéologue du second les empêchent de se consacrer pleinement aux besoins de plus en plus importants de la nouvelle société. Le simple fait que le cercle réalise en Mai 1883 une grande exposition annuelle tient presque du miracle.
Première exposition en mai au Palais des Beaux-Arts [cf. infra]
Bruxelles, Musée d’art ancien
( / - / /1883) Musée d’art ancien. Exposition Ancien Atelier Portaels. Peinture, sculpture, architecture.
Les élèves qui ont autrefois fréquenté l'atelier de M. Jean Portaels viennent de réunir en une exposition une partie de leurs œuvres. Elles sont exposées au Palais des Beaux-Arts, où elles forment un ensemble remarquable, comprenant 407 numéros envoyés par 24 artistes. Voici les noms des exposants. Nous ajoutons à chacun d'eux le nombre des œuvres envoyées : Agneesens, 40 ; Blancgarin, 22 ; Emile Charlet, 24 ; Coppieters, 17; Cormon, 17; Frédéric, 10; Hennebicq, 27; Impens, 21; Lefebvre, 13; Licot, 4; Mayné, 7; Meerts, 20; David Oyens, 23; Pierre Oyens, 22; Tschaggeny, 19 ; Vandenkerkhoven, 16 ; Van der Hecht, 16; Van der Stappen, 20; Van Gelder, 21 ; Van Hammée, 26 ; Van Humbeek, 4 ; Verdyen, 4 ; Verheyden, 14 ; Wauters, 20.
Catalogue numérisé (Archives Getty) :
https://archive.org/details/ancienatelierpor00atel/page/n1/mode/2up
- in L’Art Moderne, 3e année, n° 20, 20/05/1883.
Cette exposition est un événement artistique notable. Elle est surtout un hommage au maître. Cette caractéristique est bien exprimée dans le catalogue-album que ses élèves lui ont offert. Il y a deux ans, à l'occasion du banquet qui lui fut offert lors de sa promotion au grade de commandeur de l'Ordre de Léopold, nous avons résumé l'influence considérable que Portaels a eue sur les générations artistiques de son temps. Son atelier reste célèbre disions-nous. C'est presque le seul dont on parle encore. Presque tous les artistes distingués de notre pays l'ont suivi. Et chacun d'eux en parle avec un respect et une reconnaissance qu'on ne voit- pas faiblir, quoiqu’aujourd’hui le maître soit vieux et que l'atelier soit fermé. Il s'est ainsi établi autour de son nom une auréole artistique que le vulgaire a confondue avec le mérite du peintre. Elle vaut peut-être mieux que le talent, et certes, est plus rare. Comme initiateur et comme guide, depuis un demi-siècle, Portaels n'a pas eu chez nous son pareil. Pour les esprits superficiels l'influence qu'il conserve, la persistance que mettent les artistes les plus opposés à se proclamer ses élèves, sont choses bizarres que les sceptiques n'expliquent que par un hommage, rendu à l'homme bien en cour, au protecteur influent, au directeur de l'Académie des Beaux-Arts. Pour ceux qui dépassant la surface des choses, en pénètrent le sens profond, cette diversité singulière dans ses élèves trouvent une justification qui marque à la fois la force et la faiblesse de Portaels, et qui reste son honneur. Son mérite propre comme exécutant n'a jamais eu la séduction et la puissance qui étourdissent les commençants et les font choir dans les marécages du pastiche. Sa peinture n'a pas eu d'imitateur. Elle demeure isolée dans ses qualités paisibles et satisfaisantes. Mais au-dessus de cette main qui ne fut qu'à demi heureuse, il y avait une intelligence artistique des plus nobles, des plus érudites, des plus sûres, constamment réchauffée par un cœur enthousiaste et bon. On n'a pas mieux que lui prêché l'art et ses règles maîtresses. Les préceptes essentiels, les hautes maximes qui préservent des misères et de la décadence étaient l'aliment constant de ses causeries. Avec lui, l'esprit prenait toujours une saine nourriture. Il savait donner la vaillance. Quiconque le fréquentait, voyait plus clair, se sentait plus haut, débrouillait la besogne artistique avec plus de sûreté et de courage. A la tête de cette jeune milice, il semblait un chef chantant un hymne viril qui rendait pour tous la marche légère et inspirait les actes héroïques. C'est précisément parce que son enseignement était plus dans ses paroles que dans ses pinceaux, qu'il est arrivé à ce résultat merveilleux de laisser à chacun de ses disciples sa pleine originalité, et que son influence fut également salutaire et efficace pour tous les rameaux artistiques. Il concevait et exprimait sans peine les vérités générales qui dominent l'art, et, sous des formes variables, se réalisent dans chaque individualité. La recommandation muette qui se dégageait de l'ensemble de sa personnalité, c'était : « Ecoutez-moi, ne m'imitez pas ; faites moins ce que je fais, que ce que je dis ». En vérité, il a respecté à ce point la nature de chacun, qu'il a réalisé ce prodige, ayant eu tant d'élèves, qu'aucun ne lui ressemble, et que nul d'entre eux ne ressemble à son voisin. Et pourtant tous se rattachant pieusement à lui, et ses pures doctrines se retrouvant en chacun, on peut lui appliquer cette énergique formule liturgique : Est totus in totu et in quàlibet part. Qui s'étonnera que de tous les points du ciel artistique aient volé vers lui les jeunes ignorances et les jeunes espérances. C'est là surtout que devant les œuvres qui s'ébauchaient, d'un mot, d'un coup de crayon, d'une touche, il savait montrer le défaut, et affirmer la règle avec une énergie qui la fixait pour toujours. Il s'oubliait lui-même : jamais la préoccupation funeste de faire admettre sa peinture comme l'exemple et le type. Perspicace, il devinait les instincts de l'élève ; modeste, il ne songeait qu'à les favoriser. Il n'infusait pas, en aveugle ou en égoïste, ses propres tendances ; d'une main adroite et délicate il s'insinuait, cherchant les aptitudes des autres, les dépliant, les développant, les mettant au jour avec des habiletés d'opérateur. Son atelier était organisé sur les données traditionnelles, et cependant nul plus que lui n'a recommandé la contemplation de la nature. Mais à toute heure il affirmait ce précepte, qu'il n'y a pas d'artiste sans une connaissance approfondie des procédés et du métier. " C'est à l'atelier, disait-il, que cela se conserve et se transmet. Nul n'est assez fort pour trouver de lui-même ces traditions qui épargnent tant d'erreurs et tant d'efforts. Ce n'est que lorsqu'on les possède qu'on peut se risquer à prendre corps à corps la terrible et mystérieuse réalité » L'atelier de Portaels a été le dernier de ces grands centres privés d'éducation artistique; les talents qui en sont sortis, disséminés partout comme des fleurs brillantes, montrent ce qu'un tel enseignement peut produire. L'enseignement grave, consciencieux et élevé du maître a élevé tous ceux qui ont traversé son atmosphère. Qui aime l'art ne l'oubliera pas. Quand on veut montrer les véritables ornements de sa gloire, ce ne sont pas ses toiles qu'il faut citer, ce sont ses élèves. Dans notre modeste domaine national on peut appliquer à sa vie laborieuse et utile d'un ancien ces paroles : Il fut comme une arche triomphale : beaucoup de grands artistes de ce temps y ont passé. Telles étaient les réflexions que nous suggérait, il y y a deux ans, cette personnalité sympathique. Aujourd'hui nous sommes en présence de l'exposition qui est née des sentiments communs aux élèves du maître. La plupart des œuvres exposées sont connues. C'est leur réunion qui leur donne un intérêt nouveau et qui permet des observations intéressantes. Cependant, on éprouve quelque déception à ne pas retrouver les principales, celles qui ont surtout fait la réputation de l'artiste. C'était difficile, voire même impossible, nous le reconnaissons. Mais il n'en résulte pas moins pour le public un malentendu qui n'est pas sans danger. Pour quelques-unes des personnalités qui ont coopéré à l'exposition on éprouve un certain désenchantement. Il y a beaucoup de remplissage. Les œuvres dominantes sont clairsemées. Deux expositions peuvent cependant être mises hors de pair, celle d'Agneessens et celle de Vander Stappen. La première manifeste l'artiste avec une puissance dont ceux qui l'approchaient de près avait la notion, mais que le public ignorait. Quelques-unes de ses toiles sont de premier ordre, vraiment dignes d'un grand maître. Quant à Vander Stappen, la salle où ses œuvres sont réunies est le joyau de l'exposition. Tout y est véritablement beau. La grâce, la force, l'expression, la noblesse s'y affirment sans réserve. La persistance et l'unité de ces hautes qualités sont admirables. Pas de faiblesse, pas d'exception. C'est un choix, assurément, mais pour parvenir, même en choisissant, à un tel assemblage, il faut qu'il s'agisse d'un artiste du plus rare mérite. L'arrangement de l'exposition a été fait par l'architecte Van Humbeek, lui aussi un des élèves du maître qu'on voulait honorer. Il est sobre et de grand goût II contribue à faire de cette promenade artistique une des distractions les plus salutaires et les plus instructives qu'on puisse en ce moment trouver à Bruxelles.
Bruxelles, Musée moderne
(31/01-01/03/1883) Bruxelles, Musée d’Art moderne. Salon Pour l’Art (22e)
Estampe, affiche en couleurs sur papier:
Signée dans la plaque: Gustave Van de Woestyne.
Dimensions : 69 x 53 cm
LE NOUVEAU TABLEAU D'ARTHUR STEVENS AU MUSÉE DE BRUXELLES.
- in L’Art Moderne, 3e année, n° 20, 20/05/1883.
La nouvelle acquisition du Musée moderne attire les visiteurs. C'est un succès de curiosité, car l'œuvre en elle-même ne nous paraît mériter ni le prix élevé que le gouvernement a payé, ni les éloges excessifs que lui décerne une partie du public. Ajoutons, pour éviter tout malentendu, que nous comptons parmi les admirateurs les plus sincères de ce grand artiste et que c'est peut-être un des motifs pour lesquels nous ne saurions accepter de lui rien qui soit médiocre. Dans la toile nouvelle qui est intitulée la Veuve et ses enfants, l'effet dramatique a été cherché, mais il n'est pas obtenu. Le peintre semble avoir été sensible au reproche qu'on lui a fait souvent de s'en tenir au morceau et de faire ainsi supposer qu'il n'osait aborder le tableau proprement dit. Il a voulu produire l'émotion et a cru y réussir en accumulant les accessoires obligés du sujet mélancolique qu'il a choisi. Un temps sombre, un fleuve agité, des navires enveloppés de brume et de fumée, une jeune femme en deuil, sur ses genoux un nouveau-né, puis une fillette déjà rêveuse, debout, regardant au lointain. Ces données trop connues laissent le spectateur froid. Le peintre des femmes élégantes et bizarres n'a pu se dégager de ses traditions favorites; il a voulu qu'une chevelure jaune vint faire une harmonie quelque peu violente avec le noir de la robe. La physionomie de la jeune mère est intéressante, mais non touchante. Les personnages, comme l'ensemble du tableau, sont, en somme, sans profondeur. Quant à la peinture, elle est étonnamment habile dans la tête de la veuve et dans la petite fille habillée en garçon. Le reste est très ordinaire. Les feuillages qui sont à gauche du tableau sont faux, le sol est creux. On reconnaît assurément la patte du maître et, pour tout autre que pour lui, on pourrait dire que l'œuvre est remarquable. Mais pour l'auteur de tant de choses merveilleuses livrant une production capitale au musée principal de son pays natal, ce n'est assurément pas suffisant.
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts
( /02- / /1883) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Smits Eugène.
- L’Art Moderne, 3e année, n° 9, 04/03/1883.
Eugène Smits est un artiste très sympathique, on souhaiterait n'avoir jamais à lui faire que des éloges. En diverses circonstances nos devoirs de critique ont été d'accord avec nos sentiments personnels, et nous nous sommes réjouis du bien que nous pouvions dire de ses œuvres. Celte fois, nous devons, à notre très grand regret, déclarer qu'à notre avis, son exposition particulière du Palais des Beaux-Arts n'ajoutera rien à son renom. Elle comporte, quantité de choses qu'il eût mieux valu laisser dans l'ombre, et vraiment, nous ne nous expliquons pas comment il a pu venir à l'esprit de l'artiste de les exhiber. La grande toile allégorique, la Belgique devant l'histoire, d'une composition puérile et banale, ressemble à un tableau vivant combiné dans un salon bourgeois. Son paysage de chasse est gâté par des figurines qui sont de véritables marionnettes. Ses nombreuses études de têtes féminines sont d'une monotonie qui devient redoutable quand on les voit en si grand nombre. Çà et là, mais très rares, on rencontre quelques morceaux ayant le sentiment à la fois délicat et profond qui forme la caractéristique du peintre. Nous avons à différentes reprises encouragé la coutume des expositions particulières. Elles sont très favorables pour permettre un jugement sérieux sur une personnalité artistique. Mais elles ne doivent pas dégénérer en une simple montre d'œuvres quelconques. Réduites à ces conditions, elles seraient inutiles pour le goût public et dangereuses pour l'exposant. Elles doivent être composées d'œuvres de choix, prises autant que possible aux différentes époques d'une évolution individuelle, marquant les étapes et affirmant les tendances dans ce qu'elles ont de plus original. Si Eugène Smits avait suivi ce programme, son exposition eût eu un succès mérité.
(31/03-30/04/1883) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Exposition de l’Union des Arts.
- in L’Art Moderne, 3e année, n° 15. Bruxelles, 15 avril 1883
La modeste exposition de l'Union des Arts souffre d'un voisinage doublement dangereux : les Aquarellistes et Y Essor. Il eût mieux valu choisir une autre période. Les œuvres exposées sont, en effet, pour la plupart, de simples essais, des peintures de début, destinées plutôt à témoigner des efforts du groupe que de sa réussite. Rien de saillant, beaucoup de gaucherie, des pastiches, des réminiscences, de la lourdeur, parfois de la prétention mal placée, mais en somme de la bonne volonté, un désir sincère de bien faire, de chercher et, nous l'espérons, d'accueillir les critiques et les conseils. Le public reste indifférent et la presse a été sévère. Nous sommes, quant à nous, disposés à l'indulgence et voulons nous garder de répandre le découragement. Nous n'avons pas oublié les débuts de Y Essor : ce n'était pas beaucoup mieux. Et maintenant ! Khnopff, Ensor, Frédéric Halkett, Van Rysselberghe, Charlet, répondent. L’Union des Arts a marché moins vite. Les traditions qu'elle a adoptées étaient-elles moins bonnes ? Le patronage plus officiel? Les individualités moins bien douées? 11 est difficile de se prononcer, mais il ne faut pas désespérer. Quelques toiles sont vraiment bonnes. Tel est, avant tout, le Portrait de M. A., par Jean Lampe, d'une belle el vive coloration, très naturel dans le visage, un peu convenu dans la pose. Hiver et Beau Jaco du même, sont à remarquer. L'artiste est coloriste dans la gamme chaude et vibrante, mais sa composition manque d'aisance. Il y a également lieu de noter les Dretèques sur la Sambre et la Sambre à Namur de Guillaume Delsaux, procédant trop par empiétements pesamment maçonnés, mais d'une belle lumière et d'une harmonie grise sans ennui. On peut avoir une sérieuse confiance dans l'avenir de celui qui a peint ces deux toiles. Le Chemin à Laeken, de E. Rimbout, est très exact dans les Ions, un peu mince, mais non sans charme. L'artiste a bien vu le paysage de noire banlieue. Henri Schouten manifeste, comme à l'ordinaire, un tempérament robuste, mais ses Bestiaux au pâturage manquent d'originalité. Ses Coq et poules nègres valent mieux ; le plumage est riche et habile. La lumière est trop uniformément distribuée. Le peintre semble n'en comprendre ni les effets, ni les ressources. Il en résulte dans ses toiles une monotonie peu séduisante. Eugène Surinx à lui seul expose dix-neuf numéros, tous en paysage, bruyères, tourbières et surtout sapinières. Son coloris vire trop au noir. Il cherche l'impression dans la nature cl y est arrivé non sans bonheur dans sa Tourbière abandonnée et dans son Automne en Campine. Mais que le métier est lourd! Le Canal à Bruxelles et le Moulin flamand, de Frans Van Damme, ont une bonne coloration, non sans force ni harmonie. Van Landuyt est en proie à une sentimentalité excessive : c'est de la romance et de la pleurnicherie. Il a également la tête et la main empoisonnées de souvenirs. Ce n'est pas à lui, mais à d'autres que l'on pense en regardant ses œuvres. Pourtant elles annoncent une conscience extrême et éveillent la sympathie pour de si laborieux efforts. Souhaitons qu'il se dégage de celte période de formation. Dans le bois, par Camille Wouters, est fort joli et dénote celte qualité absente presque partout ailleurs dans l'exposition de l'Union des Arts : le goût. Deux sculptures sont à citer : la Tête d'étude, de Paul Dubois, et surtout le Portrait de l'artiste ferronnier Schryven, par Henri Jacobs. Ce dernier est vivant et très intéressant par la physionomie. Ajoutons qu'il a pour piédestal un curieux ouvrage de celle belle serrurerie qui redevient à la mode. A l'entrée de l'Exposition, sur les murs du palier, on a accroché de nombreuses études, manquant presque toutes, hélas! de verve et d'impression. C'est là le symptôme le plus grave, peut-être, de l'infériorité du groupe. Ce sont les germes, et les germes paraissent anémiques. Il va aussi une peinture d'Emile Rentiers : Saltabadil, qui marque les plus fâcheuses habitudes de chic académique ; peindre cela, c'est retarder de vingt-cinq ans. On devrait impitoyablement fermer la porte à ces sottises romantiques complétement usées.
(01/04-15/04/1883) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Charlet Frans, de Regoyos Dario, Van Rysselberghe Théo.
* Sous les auspices de la société L’Essor, expose les travaux de leur voyage au Maroc et en Espagne.
- Théo Van Rysselberghe - Franz Charlet - Dario de , in L’Art Moderne, 3e année, n° 14, 08/04/1883
En attendant le prochain retour de Constantin Meunier, voici trois jeunes artistes qui reviennent d'Espagne avec un déballage de toiles dont l'exhibition, au Palais des Beaux-Arts, sous le patronage de l'Essor, provoque une grande rumeur. Rumeur d'admiration, de sympathie, d'espérance. Dario de Regoyos, cet hispano-mauresque, dont la physionomie noiraude, souriante, poilue, vive, à demi sauvage,- et la guitare, - sont devenues populaires, déroule une série de croquis moins macabres que précédemment, étranges pourtant, variés, d'une facture lourde, brusque, trop souvent terne, où se découvre aisément un tempérament vigoureux, mais indocile, se cherchant soi-même, encore engagé dans le chaos de la formation, très intéressant pour l'observateur qui aime a démêler comment de la confusion sort l'harmonie. Le progrès est sensible en ce sens qu'il y a plus de tenue, de recherche de la nature vraie, de défiance pour l'excentricité. Après avoir tournoyé sur place, le jeune artiste enfile enfin une voie droite et sûre. 11 ne lui reste qu'à ne pas s'en détourner et à serrer le métier, le dessin surtout. Sa grande marine nocturne, la Plage d'Almeria, est d'un beau style. Franz Charlet et Théo Van Rysselberghe semblent avoir trouvé au Maroc la matière même qu'attendaient leurs aptitudes. Aussi est-ce un épanouissement merveilleux. Le premier dans une expression plus tranquille, plus délicate, plus douce, le second avec une verve rutilante, une énergie, une maîtrise qui stupéfient quand on pense qu'ils sont partis presque écoliers, et qu'ils reparaissent avec une telle virilité, couvrent triomphalement quatre murailles de tableaux, d'ébauches et de copies d'un ragoût extraordinaire. Puisqu'il s'agit de débutants, ou à peu près, nous dirons sans hésiter que depuis longtemps on n'a, en peinture, vu des débuts pareils. " Saluons, saluons, de pareils malins présages de journées glorieuses. Comme le cœur s'épanouit à l'espoir de ce brillant avenir ! Comme les doutes et les craintes s'évaporent ! 0 jeunesse quelle joie tu nous donnes quand on te retrouve vaillante, laborieuse, féconde, amoureuse de ton art, et dans ton vol, voulant toujours aller plus loin, plus haut, secouant les mesquineries, fière, dédaigneuse des préjugés officiels, des calculs, de toutes ces abominables misères dont le flot d'égout nous mène à la décadence ! De quelles acclamations sincères nous accompagnons alors tes élans et les efforts. Que tous ceux qui s'intéressent à notre art national aillent voir les Fumeurs de Kiff, le Marchand d'oranges de Van Rysselberghe, la Dispute, l’Aquador, la Boucherie de Chariot, pour ne citer que les pièces capitales parmi les 35 numéros du premier et les 48 du second, riche récolte de leurs cinq mois d'absence. Qu'ils imaginent ces œuvres signées de noms célèbres et qu'ils se demandent si elles n'en supporteraient pas le poids. Qu'ils louent, et sans réserve. Il faut jeter des fleurs à ces jeunes victoires. Il faut les assurer par nos fanfares, lis ont mérité pareille ovation cent fois plus que les lauréats de nos concours et de nos académies, accueillis à la descente du train par les municipalités de nos villes de province. En voyant une telle réussite, sous un ciel étranger, nous pensons combien sont fragiles toutes les théories sur l'équation de l'œil du peintre et du sol natal, sur le danger de s'expatrier pour chercher l'art sous d'autres latitudes. Voici des Flamands, des Bruxellois, accoutumés à notre lumière grise, qui vont en Afrique et qui, du premier coup, s'emparent de cette langue artistique si éloignée d'eux, de leur enfance, de leur apprentissage. En voyant ce qu'ils en ont tiré, qui donc aurait encore le courage de leur dire : Restez ici, ne partez plus. - Non, la vraie patrie du peintre est partout où, s'attaquant à la nature, il la rend avec une puissance qui nous charme et nous émeut.
- in L’Art Moderne, 3e année, n° 10, 11/03/1883.
Le Cercle des aquarellistes et des aquafortistes qui vient de se fonder à Bruxelles sous la présidence de M. Charles Goethals et qui comprend déjà 180 membres, ouvrira, le 15 mai, sa première exposition au Palais des Beaux-Arts. Il a préludé à cette solennité par de petites exhibitions intimes, au local du Cercle : histoire de se compter, de faire connaissance, de mesurer les forces de la jeune association. Le résultat de ces premières escarmouches fait présager un succès pour la bataille sérieuse du mois de mai. A côté des aquarellistes déjà connus, vétérans qui ont fait leurs preuves, MM. Verdeyen, Hannon, Pantazis, Vogels, etc., viennent se ranger toute une phalange de nouveaux venus parmi lesquels il en est qui donnent de très sérieuses espérances. Un jeune mariniste, M. Schlobach, exposait lundi dernier une page de grande allure, digne de Mestdagh ; M. Maingot, une série de dessins au crayon noir d'un caractère superbe; M. De Munck, des eaux-fortes gravées d'une pointe habile, MM. Cassiers, Combaz, Hermanus, Titz, etc.,etc., un grand nombre d'aquarelles bien enlevées. Nous voyons avec joie se lever l'aurore d'une renaissance de l'aquarelle, cet art primesautier et charmant. A côté de la Société des aquarellistes, dont le règlement, qui limite à quarante le nombre des membres, obligeait à faire antichambre, durant des années, une foule de jeunes talents prêts à prendre leur essor, le Cercle des aquarellistes et aquafortistes rendra de grands et sérieux services. Outre les expositions annuelles, le Cercle se propose d'organiser des réunions, des conférences et des exhibitions partielles dans le but de favoriser le développement de l'art. Le grand nombre d'adhésions parvenues au Comité prouve les sympathies qui accueillent, parmi les artistes, la tentative de la Société. Nous en suivrons avec le plus grand intérêt l'éclosion et les progrès.
( / - / /1883)……………….. Exposition des aquarellistes.
* e. a. - Belges : Hermans Charles, Hoeterickx, Mellery Xavier, Mesdagh, Meunier, Oyens David, Oyens Pierre, Pecquereau, Stacquet, Uytterschaut, Wysmuller.
- Etrangers :Bartolini, Maccari, Mlle Claire Montalba, Skernina, Tooney.
- Exposition des aquarellistes in L’Art Moderne, 3e année, n° 13, 01/04/1883 (Premier article)
Chaque fois que nous entrons dans une exposition d'œuvres d'art, nous ne pouvons-nous défendre d'examiner ses conditions matérielles. L'influence des milieux sur les impressions et les jugements est considérable. Si un amateur raffiné peut s'y soustraire, la foule ne s'en défend jamais. Et même pour l'homme le plus expert, n'y a-t-il pas quelque forfanterie à dire qu'il sait assez isoler l'œuvre pour l'apprécier en elle-même ? D'abord elle n'est pas faite pour cet isolement et, en le créant, on la voit autrement qu'elle ne doit être vue. Puis, d'où viennent ces modifications que tout critique impartial constate dans ses opinions, d'un jour à l'autre, quelquefois d'une heure à l'autre, portant sur des nuances, il est vrai, mais indiscutables pourtant ? C'est le temps qui change, et avec lui la lumière, c'est l'œil qui est plus sain aujourd'hui que la veille, c'est la toilette aux tons bruyants d'une spectatrice qui faisait un mauvais voisinage, c'est vingt détails analogues, inaperçus mais funestes ou salutaires. De tout cela le critique doit faire la part, se défiant de tout, de lui-même et des autres, des influences matérielles et des influences morales. El de même il faut que les organisateurs des expositions y soient attentifs. Assurément les deux petites salles dans lesquelles sont actuellement réunies les aquarelles, ont des proportions heureuses pour ce genre d'exhibition et une clarté favorable. On s'y sent à l'aise et bien chez soi. Cela vaut beaucoup mieux que les locaux précédemment utilisés à cet effet au Palais des Beaux-Arts que nous avions vivement critiqués. Mais au risque de passer pour difficile, nous devons insister sur quelques points. Espérons qu'on n'y verra que le désir d'amener la perfection. Pourquoi notamment cette décoration de verdures crues dans les salles elles-mêmes, tuyas en pots, palmiers, etc., vieilles connaissances, du reste, de tous ceux qui fréquentent les sauteries des bals bourgeois de nos hivers ? N'est-ce pas là un détestable voisinage pour ces peintures légères, amies des tons délicats et pâles ? C'est ainsi que deux des quatre aquarelles de Mlle Montalba sont accostées d'un lourd et vulgaire paquet de feuillages durs et vernissés, qui produiraient pour elles un véritable effacement si leur supériorité ne les sauvait d'un tel désastre.
Pourquoi le jour de l'ouverture, sur l'escalier, ce tapis d'un rouge si bête et si criard, qu'on subit dans les yeux pendant une quarantaine de marches et qui vous amène à la rampe avec des reflets qui, au moins pour un quart d'heure, vous privent de toute vraie notion du coloris? N'y a-t-il vraiment que cette teinte-là chez les marchands, ou bien |les traînes et les pieds royaux ne s'accommodent-ils pas d'une nuance différente? Glissant sur les écussons dorés, surmontés d'une couronne fermée, où sont inscrits les noms d'aquarellistes défunts, décoration fort sotte quoique pieuse, parlons des passe-partout, invariablement blancs, Jà quelques exceptions près. Nous nous demandons depuis longtemps comment il se fait que nos coloristes ne s'aperçoivent pas qu'il y a là une insupportable monotonie, donnant à l'exposition, quand on la regarde d'ensemble, un vague aspect de blanchisserie. Pour la plupart des œuvres, considérées en elles-mêmes, un tel encadrement nuit affreusement. On les détache mieux, il est vrai, mais.au prix d'une cacophonie qui détruit souvent ce que leur tonalité a de meilleur. Le blanc est une couleur, ou plutôt une absorption des couleurs, dont il faut se méfier toujours. C'est la neutralité des tons, le centre droit, la transaction générale, la suppression de l'originalité des éléments du prisme. C'est l'emblème de la propreté, soit, qu'on s'en contente : le lot est convenable et plaira aux esprits équilibrés dans une banalité parfaite. Mais ce n'est pas fait pour les yeux : à preuve que la vue trop constante de la neige provoque l'ophtalmie : on passe les glaciers avec des lunettes bleues. Pour environner une peinture, quelle qu'elle soit, il faut du coloris. Lequel? Voilà la seule difficulté, et elle est grande, ne le dissimulons pas. La théorie du cadre e;-t encore à faire. Mais tout au moins peut-on dire qu'une aquarelle dont le passepartout est teinté d'une nuance neutre, dans la gamme pâle, de gris léger, de bleu déteint, de brun affadi, de vert clairet, gagne instantanément en intensité et en harmonie. Pas de cadre lourd, naturellement : il ne faut pas qu'une production aussi fine, aussi fragile, aussi aérienne, avec des allures de sylphide, ait l'air de se démembrer sous le poids des quatre barres de son entourage. Le ton à choisir ne doit être aucun de ceux qui dominent dans l'œuvre même : ceux-ci y perdraient de leur éclat. Mais il ne faut pas non plus qu'il jure avec eux. Presque toujours, en essayant avec des papiers divers, on trouvera, vite, au coup d'œil, ce qu'il y a de plus séant. Nous connaissons, chez des amateurs, quelques réussites de ce genre dont l'aspect convaincrait les plus hésitants. Dans notre article de l'an passé nous avions attaqué la tendance de l'aquarelle à remplacer ses qualités natives et caractéristiques, tantôt par une minutie excessive, tantôt par une lourdeur qui la faisait dériver vers la peinture à l'huile. Cette fois une réaction s'accuse. Les œuvres étrangères de cet acabit sont plus rares, et dans notre école belge, le défaut semble extirpé. Est-ce que vraiment la critique aurait quelque influence sur messieurs les artistes ? En tiendraient-ils compte dans une certaine mesure? Serait-elle autre chose qu'un jeu d'esprit pour celui qui la fait, et un amusement pour le public qui la lit ! Tant mieux, mais il faudra plus d'un exemple pour que .sur ce point, notre scepticisme disparaisse.
Nos peintres nationaux sont donc, cette fois, dans une voie excellente, sans grand éclat, sans œuvres dominantes, mais laborieux, consciencieux, sincères, adroits, pleins de bonne volonté, laissant à qui les étudie un grand sentiment de satisfaction, d'espoir et la conviction d'un progrès. Leur école se rattache surtout à l'école hollandaise de l'aquarelle, dont Mauve est l'étoile de première grandeur. Tels sont Mellery, dont le succès marquera, Hermans, Meunier envoyant sous forme de croquis d'un grand style sa correspondance d'Espagne, David et Pierre Oyens, corrigés de l'excès des tonalités violentes, Stacquet, Uytterschaut avec des marines et des paysages charmants, Hoeterickx poursuivant ses vues de ville, de jour en jour plus vives et mieux entendues, d'autres encore. Nous analyserons les productions de ce groupe cher et vaillant. Si la Hollande se maintient à son rang avec Mauve, elle subit une véritable défaite dans la personne de Mesdagh, compromis dans une certaine mesure par les paysages de Wysmuller.
La brillante Italie marque un arrêt. Son large courant d'aquarelles éclatantes, filles enchantées d'une virtuosité exaspérée, tourne sur lui-même et dans son remous on ne distingue que des choses connues, trop connues, dans leurs sujets et dans leurs procédés. La mode n'est plus de ce côté. On est fatigué des aquarelles fortement grimées, fardées, travesties, faisant défiler une galerie de costumes éblouissants. On désire moins de décor, moins de verres de couleur, moins de musique stridente, plus de simplicité, de calme, de vérité. Ils sont quinze à représenter ce mouvement au déclin qui jadis enlevait l'enthousiasme et couvrait d'indifférence, comme d'une gaze, tout ce qui l'entourait.
De la France, rien, croyons-nous. Pour l'aquarelle, Paris se suffit à lui-même. Ce genre y a pris un développement extraordinaire et les expositions s'y multiplient. On commence même à murmurer dans certains coins artistiques contre cet envahissement. Il est naturel pourtant quand on considère l'exiguïté des installations particulières dans la grande ville. Il est malaisé de placer des tableaux dans les appartements étroits dont nos voisins s'accommodent. Ils aiment cependant de plus en plus les arts. Ils se rabattent sur ces choses pimpantes, faciles à accrocher, claires et jolies, relativement peu coûteuses. Ils ont ainsi amené une fructification étonnante. Nous signalions celte tendance alors en germe, il y a deux ans, quand, indiquant l'exagération des prix demandés en Belgique et l'obstacle qu'ils opposaient au développement de cet art, nous écrivions : « Par cela même qu'elle est une production pour ainsi dire instantanée et sans prétention, on doit pouvoir acquérir l'aquarelle à des prix qui la font pénétrer partout. Elle doit prendre agréablement place dans les appartements modestes, chez ceux pour qui l'achat d'un tableau est déjà une grosse affaire. Les chambres à coucher, les boudoirs, les cabinets d'études en peuvent être ornés, et elle contribue ainsi, mieux que des genres plus hautains, à répandre le goût des arts. Et ce n'est pas peu de chose, car s'il est vrai que l'artiste a une mission sociale, il ne la réalise jamais plus efficacement que lorsqu'il parvient à généraliser le goût des belles choses et à parfumer ainsi, en quelque sorte, l'atmosphère d'une nation ».
Pas d'Espagnols, non plus. Llovora, si admiré en 1881 pour sa Procession, n'a pas reparu.
L'Autriche, la Prusse ont fourni un petit contingent. Le tapageur Skarbina, de Berlin, revient agiter ses bleus et ses rouges. Dans cet ensemble de 215 œuvres et de 89 exposants, il ne nous reste à dénombrer que les Anglais.
Ils sont deux : Toovey, avec une marine matinale, claire, profonde d'horizon, flattant le regard, inférieure pourtant à la superbe Vue de la Tamise à Londres, dont nous avions fait l'éloge sans réserve et qui fut si vite enlevée, — et Mlle Clara Montalba ! Celle-ci mérite d'être mise hors de pair et c'est à elle, comme à une reine, que va d'abord l'examen d'taillé des œuvres que nous continuerons dans notre prochain numéro. En général, nous sommes peu confiants, sur l'aptitude des femmes à atteindre le grand art. On en a tant vu, débutant avec un gracieux éclat, plus tôt et mieux que les hommes, mais ne dépassant guère les premières couches de l'atmosphère où elles prenaient leur vol de colombes. Elles restent d'ordinaire dans les régions sereines, y continuant leurs évolutions paisibles, étonnamment aptes à saisir les rapports délicats, les observations aimables, le délié, l'élégant des choses et leur petite sentimentalité. Elles voient tout de près, avec pénétration et finesse. La vue de l'homme, au contraire, va, du premier coup, par-delà, négligeant les proximités immédiates et s'efforçant de monter toujours plus haut. Ce sont ces dons opposés qui ont fait naître tant de malentendus sur la supériorité féminine et la possibilité pour ces dames d'étudier utilement, de comprendre et de réaliser tout ce que font les mâles dans tous les domaines, privés, politiques et artistiques, de la vie sociale. Les voyant si habiles en certaines choses, on s'est imaginé qu'elles le seraient partout. On a cité Sapho, Mme de Staël, Georges Sand, et d'autres amazones, auxquelles il n'a manqué que les attributs physiologiques de l'autre sexe et un peu plus de moustache pour être des hommes pas mal réussis. Et, dès lors, que de mécomptes, que de déboires, que de ridicules prétentions, et ultérieurement que de disgrâces pour les héroïnes, et que d'ennuis pour nous qui ne demandons qu'à les admirer dans leur nature élégamment enfantine et naïvement ignorante de ce qui dépasse leur petite vue de filles d'Eve, expertes à charmer, mais inaptes à la savantise. Oh! les bachelières! Oh! les muses de l'instruction publique ! L'aquarelle semble réunir beaucoup des conditions qui sont en équation avec la nature de la femme et c'est, nous semble-t-il, un dos arts très rares qu'elle peut- réaliser dans son plein. Mlle Montalba serait un exemple éclatant à l'appui de cette thèse. Après ses succès aux expositions précédentes, les quatre œuvres qu'elle a envoyées cette année sont un nouveau triomphe. Elles dominent le Salon entier. Ce sont des vues de Venise interprétées avec une maîtrise merveilleuse. Tout ce que l'aquarelle réclame de décision, de promptitude, de légèreté, de juste application de la tache, s'accorde avec une puissance de coloris, avec une émotion poétique sans égales. Ici, dans le Clair de lune, c'est un brick noir, tendant sur les cieux les fils de ses agrès, ancré solitaire et tragique, au milieu d'un paysage maritime d'un bleu sombre et verdâtre, ponctué de grandes plaques claires par les rayons lunaires. Là c'est un Canal, où les eaux, les palais, les ponts, les nuages, forment, par leurs chaudes couleurs, un écrin admirable. Le Printemps fait revivre un coin perdu de la ville, s'éveillant en avril, où se dresse une ramure fantasque, veuve de feuilles, mais blanche de fleurs, cachant à demi des constructions rougeâtres. Les Fortifications du Lido, dans une gamme jaunâtre, grave, ont une grandeur sobre, qui à son tour et par son contraste, montre la souplesse de ce tempérament exceptionnel. On ne sait laquelle préférer. Elles sont là exprimant quatre situations diverses, quatre expressions de la nature changeante. Belles, poétiques et profondes, chacune est un modèle, chacune est une perfection. Dans la paix et l'isolement qui suivent le jour de l'ouverture où les désœuvrés viennent faire leur parade mondaine sur les pas du groupe officiel, parcourant les salles d'une allure processionnelle et distribuant l'eau bénite aux badauds, avec quelle joie intime et quelles sensations d'une douceur infinie on s'arrête à contempler longuement ces petites merveilles et à se laisser mollement pénétrer par leurs ondes magnétiques, semblables à des souffles de fée.
- Exposition des aquarellistes in L’Art moderne, 3e année, n° 13, 01/04/1883 (Second article)
[La première partie de l’article concernant Mauve et la première partie de la petite notice sur Mellery est illisible]
Sur un de ces prés, aux brins serrés, crûs et durs comme ils sont toujours là où le vent salin d'une mer tourmentée les peigne nuit et jour, se tiennent par la main et se balancent en sabots sept fillettes, aux physionomies falottes, rondes, naïves, cuirassées du corsage rouge brique, la mitre en tête, la grande boucle de cheveux ballottant de chaque côté du visage, vêtues du costume de petites femmes que portaient leurs ancêtres norvégiennes. On dirait de jeunes crabes sortis du rivage pour s'égayer. Quatre autres accourent en bande, puis deux encore, tout au fond, grandes comme des mouches. Une vache les regarde. Au-dessus d'une digue se dressent quelques cabanes semblables à de vieux navires échoués, goudronnées, affligeantes, et plus loin les mâts des barques de pêche, chacun avec sa banderole courte, tendue en pointe sous le vent. La scène est charmante malgré ses tons brutalement verts, bruns, rouges. David Oyens avec son Voyageur, mécontent, renfrogné, attendant rageusement l'heure du départ dans une de ces gares secondaires où Ton sert aux voyageurs qui passent des consommations qui ne passent pas ; Pierre Oyens avec son Peintre à la fenêtre, préparant sa boîte, la tête abritée du soleil par un vaste chapeau de paille, rachètent brillamment les erreurs de coloris que nous avions signalées lors des dernières expositions. Les deux œuvres sont tout à fait dignes de ces maîtres originaux, observateurs si experts en verve comique. Ce sont de superbes échantillons. Nous les félicitons de tout cœur de celte éclatante revanche. Une des aquarelles les plus admirées de l'exposition est celle de Charles Hermans, Roses d'automne, rappelant les belles productions du même genre qui tirent, il y a quelques années, la réputation de l'italien Rossi. Si les fonds sont un peu confus et lourds, notamment dans le bas, si le verre et le vase qui portent les tiges sont insuffisamment définis, les fleurs au contraire sont admirablement lavées et teintées. C'est bien la rose d'automne, aux pétales moins souples el moins veloutés, aux couleurs moins douces, sur lesquelles ont déjà passé des nuits froides. Très élégante harmonie dans l'ensemble. Vrai procédé de l'aquarelle de bonne école. Le Couscoussou de Bartolini est remarquable de finesse et d'exactitude. Les personnages sont étonnamment à leur affaire autour de leur grand plat de riz, accroupis sur des tapis, en burnous el turbins blanc-jaunâtre, sous des arceaux moresques. C'est une des dernières belles aquarelles italiennes. On peut mettre au même rang, mais dans un faire plus large, la Lecture clandestine de Maccari. Puissance du coloris, naturel des poses, intérêt des physionomies, habileté hors ligne dans l'exécution, un peu criarde pour nous. Il s'agit de du x valets romains : l'un est occupé à lire, penché sur un brasero; l'autre, qui a ôté sa livrée pour en nettoyer une manche, s'interrompt et l'écoulé. La scène gagnerait à être moins peinte en décor. Meunier nous montre l'Espagne en se souvenant beaucoup des mineurs cl d s forgerons belges. Mêmes Ions bruns, même grand style. L'excellent altiste va nous revenir, chargé de documents. Nous aurons sans doute son exposition particulière, et nous al tendrons celle-ci pour formuler une appréciation sur les résultats de son long séjour par de là les sierras. La composition typographique, toujours innocemment railleuse, nous a fait dire dans le dernier numéro, que la défaite du mariniste Mesdag était compromise dans une certaine mesure par les paysages de Wysmuller. C'était naturellement compense* qu'il fallait mettre. Ses quatre œuvres sont, en effet, très dignes d'être remarquées, trop nettes peut-être dans les linéaments, parlant un peu sèches et raides, mais d'une habile perspective, plaisant beaucoup à l'œil, intéressantes dans leurs détails multiples clairement dessinés, accusant une facture personnelle d'une grande décision, arrêtant aisément le spectateur au passage. Stacquet excelle à exprimer la nature sous un aspect délicat, tendre, rêveur. Ses aquarelles exercent une séduction douce mais invincible. Elles semblent vous supplier de les trouver charmantes avec toutes sortes de discrètes câlineries, et on les déclare charmantes, distinguées, fines et élégantes. Sa production artistique a quelque chose du goût tranquille et sûr d'Huberti, avec moins d'effémination toutefois et de monotonie. Uytlerschaut qui, récemment encore, naviguait trop dans le sillage de Stacquet, se spécialise. Lui aussi est artiste surtout par l'harmonie paisible et l'expression sereine. La contemplation de ses paysages apaise et réjouit. C'est la nature heureuse qu'il exprime, bonne mère et pacificatrice des âmes. Les vues de ville ont toujours pour observateurs fidèles Hoeterickx et Pecquereau. Le Waterloo-bridge et la Pluie du premier n'ont plus de tracé des tons noirâtres qui ont nui parfois à son succès ; les figurines sont encore un peu gauches, insuffisamment équilibrées, vacillantes. Quant à la Rue de la Montagne du second, il a rarement fait mieux. C'est d'un coloris plus chaud que la réalité bruxelloise, mais c'est d'un excellent aspect pictural. Il faut borner noire promenade. On ne peut parler de tout le monde. Nous nous sommes laissé aller à nos impressions et aux préférences du flâneur plutôt qu'aux devoirs sévères du critique. Qu'on nous pardonne pour celte fois un peu de fantaisie dans nos choix. C'est si dur de regarder tout, même ce qui n'attire pas du premier coup d'œil. Que ceux que nous n'avons pas nommés nous accordent ce congé : ils nous retrouveront attentifs à leurs œuvres partout où nous aurons occasion de les étudier.
(15/05- / /1883) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Exposition du cercle des aquarellistes et des aquafortistes (01e)
* 53 artistes, 181 numéros.
** e. a. Ensor James, Goethals Charles, Oyens David, Oyens Pieter.Pantazis Périclès, Schlobach Willy, Vogels Guillaume.
*** Le succès de l’exposition est mitigé : l’enthousiasme premier suscité par le grand nombre de participants s’estompe devant l’hétérogénéité et la différence de niveau entre les artistes – parfois flagrante.
- in L’Art Moderne, 3e année, n° 20, 20/05/1883.
La nouvelle association artistique qui a pour président M. Charles Goethals, vient d'ouvrir au Palais des Beaux-Arts, sa première exposition, laquelle est fort agréablement disposée ; le jour y est excellent, l'aspect général charmant et confortable. Elle comprend 181 numéros, exposés par 53 artistes, mais elle nous paraît avoir été trop accueillante ; le niveau général est assez banal. Nous comprenons qu'un cercle qui en est à ses débuts, se trouve dans la nécessité de se montrer facile et de ne pas avoir immédiatement les rigueurs permises aux institutions qui ont déjà conquis la notoriété et l'autorité. Nous signalons toutefois l'écueil. Les exhibitions de tous genres deviennent fort nombreuses, trop nombreuses peut-être; le public, et même les amateurs, commencent à se blaser et deviennent de plus en plus difficiles. On est rebelle aux impressions ordinaires, on cherche des sensations plus vives et on ne s'arrête par conséquent qu'aux œuvres qui dépassent la mesure commune. Autrefois, l'on était plus commode, quand chaque hiver on n'avait que deux ou trois expositions où l'on pût aller se délecter. Mais aujourd'hui, on n'a plus que l'embarras du choix et l'on se sent souvent enclin à faire le souhait d'en voir supprimer quelques-unes plutôt que de devoir en subir autant. Cela n'empêche que nous devons renouveler nos félicitations au peloton artistique qui a cru qu'il était bon de rompre le cercle fermé de l'exposition royale des aquarellistes, composée, comme on le sait, d'un nombre de membres limité, ne permettant le recrutement que lorsque la mort vient éclaircir les rangs. Il en résultait qu'un grand nombre d'artistes se trouvaient dans l'impossibilité de faire valoir sérieusement devant l'opinion ses aptitudes pour ce genre spécial et léger. Les amateurs y pourront faire une promenade agréable. Ils y retrouveront des noms connus appartenant tous au groupe qui affiche ses prétentions à l'indépendance et à la modernité. Voici les œuvres qui nous paraissent mériter l'attention. Estocade à marée basse, par H. Cassiers. D'une allure magistrale, vigoureuse et harmonieuse dans les tons. Pourquoi l'artiste en a-t-il exposé deux autres qui reproduisent à peu près le même sujet mais dans des conditions moins remarquables? La maison du Zeepaard et Vue prise à Malines, par P. Combaz. Celte dernière particulièrement a beaucoup de charme et est bien enveloppée. Premier état de la laveuse et un Portrait de malade, par Ang. Danse, notre excellent graveur montois. Le portrait est profondément exprimé. Le premier état de la laveuse est gravé avec une grande fermeté qui perd beaucoup à l'état suivant, plus achevé mais assez mou. La Sambre à Namur, par G. Delsaux ; un peu lâché et trop approximatif, mais où l'on retrouve les qualités de lumière et de fraîcheur que nous avons signalées dans ses tableaux exposés à l'Union des Arts. Mai, par Ch. Goethals, très vigoureux, très bien lavé, dans les bonnes traditions de l'aquarelle. La Thines à Nivelles, eau-forte, et l'Ami James, aquarelle, par Th. Hannon. Décidément le jeune artiste s'attaque à tous les genres et dans tous arrive au même résultat : de temps en temps une très bonne œuvre, mais souvent aussi trop d'abandon et de hâte. Un coin sauvage à La Hulpe, de Paul Hermanus est une aquarelle délicate, mais rappelle sensiblement le Hollandais Mauve. Défaut grave, car, sans originalité pas de saveur. Le gamin, par Mayné, est excellent. La dune, de Mommen, est d'une belle noie et réalise un début sérieux. Rouge-Cloître, par L. Mundeleer, est un succédané des aquarelles de Stacquet. Même observation que pour Hermanus : Tâchez de n'imiter personne. L'un des deux dessins de Pantazis, celui au trait, est fort remarquable et d'un aussi beau style que certains dessins des maîtres anciens. La vue de Heysel de Pioch, mérite une mention. Il en est de même pour Après la pluie à Ostende, par W. Schlobach. Nous sommes heureux de souhaiter cette bienvenue au nouveau groupe et nous espérons qu'il comprendra de plus en plus, qu'il est de la dignité de l'artiste de ne soumettre au jugement du public que des œuvres sérieuses ; c'est pourquoi nous dirons notamment à James Ensor, pour qui nous avons les plus vives sympathies, qu'il n'est point permis de se contenter des informes rognures d'ateliers qu'il a fait suspendre aux murs de l'exposition.
REGION BRUXELLOISE
Bruxelles, Cercle artistique et littéraire
- in L’Art Moderne, 3e année, n° 5, 4 fév. 1883.
Les Casseurs de pierres (tout au moins une des toiles que Courbet a peintes sous ce titre) sont exposés au Cercle artistique, dans de bonnes conditions. Inutile de décrire cette œuvre désormais légendaire, qui a été, avec l'Enterrement à Ornans, exposée en même temps, à Paris, au Salon de 1850, la première étape par laquelle Courbet a violemment rompu avec la peinture de l'époque, et lancé l'art sur une piste nouvelle, où marchent actuellement, rassurés, tous ceux qui ont déserté la tradition académique. Elle est là, dans sa splendeur, dans son incomparable beauté, dans sa simplicité triomphante, dans son harmonie consacrée par les ans. Muette et inébranlable, avec une sorte de dignité historique et formidable, elle répond à tout et s'affirme en pesant d'un poids écrasant sur toutes les critiques qu'elle broie comme le pied d'un géant ferait d'un insecte. En 1850 Courbet avait trente et un ans. Il exposait depuis 1844 ; L’Homme blessé avait alors été refusé. Dès 1845 on admettait ses œuvres, car la légende des exclusions prolongées est inexacte. En 1849, il obtenait une deuxième médaille. Voici deux anciens échantillons de la manière dont sa peinture révolutionnaire et inquiétante était appréciée. D'abord la Revue des deux Mondes, celte vieille Corinne, du inonde littéraire, s'exprimait ainsi : « Evidemment M. Courbet est un homme qui se figure avoir tenté une grande rénovation, et ne s'aperçoit pas qu'il ramène l'art tout simplement à son point de départ, à la grossière industrie des maîtres imagiers.... M. Courbet s'est dit : « A quoi bon se fatiguer à rechercher des types de beauté qui ne sont que des accidents dans la nature et à les reproduire suivant un arrangement qui ne se rencontre pas dans l'habitude de la vie? L'art, étant fait pour tout le monde, doit représenter ce que tout le monde voit ; la seule qualité à lui demander, c'est une parfaite exactitude. Là-dessus notre penseur plante son chevalet au bord d'une grande route où des cantonniers cassent des pierres ; voilà un tableau tout trouvé, et il copie les deux manœuvres dans toute leur grossièreté et de grandeur naturelle, de peur qu'un seul détail échappe... C'est grande pitié qu'en 1851, on soit réduit à faire la démonstration des principes les plus élémentaires, à répéter que l'art n'est pas la reproduction indifférente de l'objet le premier passant, mais le choix délicat d'une intelligence raffinée par l'élude, et que sa mission est, au contraire, de hausser sans cesse au-dessus d'elle-même notre nature infirme et disgraciée. Ils se sont donc trompés, tous les nobles esprits qui, de siècle en siècle ont entretenu dans l'âme de l'humanité le sentiment d'une destinée supérieure, et nous aussi qui, devant leurs chefs-d'œuvre nous sentions allégés, heureux de dérober quelques heures à la pesante réalité ! Voici venir les coryphées de l'ère nouvelle, qui nous rejettent brutalement la face contre cette terre fangeuse d'où nous enlevait l'aile de la poésie. Us nous ramènent à la glèbe, ces prétendus libérateurs, et, pour ma part, je n'imagine pas de contrée si barbare dont le séjour ne fût préférable à celui d'un pays où ces sauvages bêtises viendraient à prévaloir. » Est-ce aujourd'hui assez réjouissant ! O critiques brevetés ! Champfleury, jeune écrivain, qui aspirait à faire en littérature la révolution que Courbet paraissait en train d'opérer en peinture, écrivit dans le Messager de l’Assemblée, un véritable plaidoyer en faveur du réalisme : « De même qu'en politique on voit d'étranges associations de partis opposés se réunissant pour combattre un ennemi commun, de même les critiques réputés les plus audacieux sont entrés dans les rangs des demi-sots et ont tiré sur le réalisme... On veut que M. Courbet soit un sauvage qui a étudié la peinture en gardant les cochons. Quelques-uns affirment que le peintre est un chef de bandes socialistes... Ils s'écrient que M. Courbet est le fils de la république démocratique de 1848 ; ils voudraient mettre un crêpe sur l'Apollon du Belvédère. Si on les écoutait, les membres de l'Institut devraient s'asseoir sur leurs fauteuils, comme autrefois les sénateurs sur leurs chaises curules, et mourir fièrement, frappés par les sabots boueux des sauvages réalistes...» On parle de l'achat des Casseurs de pierres par le Gouvernement. On cite un prix de 120,000 frs! En 1850, l'artiste le cotait 3,000 el n'eut aucun amateur. Nous nous souvenons l'avoir vu en 1851, à Bruxelles dans la baraque du Salon triennal, Place du Trône. Il était juché au second rang et un tableau officiel s'étalait au-dessous dans sa gloire bien établie. Nous ne voulons pas dire lequel. Il y a de cela trente-deux ans. Notre jeune imagination fut profondément frappée par cette œuvre étrange, et nous a laissé le souvenir d'une chose admirable. Ce n'est pas sans émotion que nous retrouvons nos prédilections d'aujourd'hui d'accord avec nos impressions juvéniles qu'alors nous n'avions pu que réprimer, tant il semblait honteux de les avoir.
(avril-mai 1883) Bruxelles, cercle artistique et littéraire. Exposition d’œuvres d’Art (11e).
* e. a. Khnopff Fernand, Oyens Pieter.
- X. « Exposition du Cercle artistique » (premier article) in L’Art Moderne, Bruxelles, 22/04/1883, 3e année, n° 16, pp. 126-128.
L’Essor est actuellement l'expression, à Bruxelles, de la jeune école de peinture et de sculpture. Le Cercle y représente les artistes arrivés. Tous les ans ils entrent l'un et l'autre en scène, en attendant le Salon triennal où ils marient leurs efforts. Le public va a ces expositions dans des intentions différentes. D'une part disposé à l'indulgence, examinant les œuvres surtout comme des débuts, applaudissant aisément les nouveaux venus qui donnent des espérances, s'arrêtant peu aux défauts parce qu'il pense qu'ils se corrigeront, vantant avec cordialité les qualités parce qu'il les trouvent précoces, bienveillant, commode, expansif, prêt à l'enthousiasme. D'autre part, on entre avec défiance, on est rébarbatif et sévère en présence de maîtres dont on attend beaucoup, on s'ennuie s'ils se répètent, on cherche les grandes œuvres, on exige le métier irréprochable, l'émotion, le goût, on se dit que les imperfections ne se guériront plus, on s'étonne si le niveau ne monte guère ; bref, on est morose et facilement irritable. De là vient sans doute l'impression sceptique que laisse en général, dans le public, les exhibitions du Cercle, d'autant plus sensible que l'on fait volontiers fêle à celles de l'Essor. Dans celle qui vient de s'ouvrir il y a pourtant des œuvres dignes d'attention, noyées, il est vrai, dans un insupportable remplissage de médiocrités variées. On raconte qu'il y a eu des exclusions sévères, frappant môme des individualités en renom. C'est probablement pour tenter de faire accroire que tout ce qui a été admis est bon. En vérité il en faut rabattre, et largement. Cent vingt-neuf artistes ont exposé chacun une ou deux œuvres au plus : il y a. deux cent six numéros. L'art bruxellois est donc bien exprimé dans son ensemble et on en peut sûrement prendre le niveau. Seuls ceux qui furent trop rudement atteints par la critique dans des occasions précédentes, ou qui, avec plus ou moins de raison se considèrent comme des demi-dieux à qui il est permis de rester dans une sorte d'isolement sacré, se sont abstenus. Quand il s'agit des jeunes, nous aimons à nous arrêter longtemps. En étudiant leurs travaux, on sert à la. fois le publie et le peintre. Les tentatives même les plus modestes méritent qu'on s'occupe d'elles si l'on y découvre quelque germe à développer. Est-on, au contraire, en présence de personnalités plus mûres, on a moins d'ardeur à tout analyser, parce que difficilement on réagit contre des tempéraments indurés. La critique n'a alors plus d'autre objet utile que de guider le goût des spectateurs, et à cet égard il suffit d'étudier les œuvres les plus remarquables. C'est pourquoi nous nous attacherons cette fois exclusivement à celles-ci. Au milieu de tous ces vivants luttant pour conquérir ou maintenir une place, il est un mort dont l'œuvre, attristée par la couronne et le crêpe, semble n'être là que pour mieux attester, par sa valeur posthume, ce qu'il y avait chez l'artiste de modestie laborieuse. M Etude de vieille femme algérienne, d'Emile Sacré, est une de ses meilleures ; grave, consciencieuse, sobre, d'un beau style, en rapport avec le souvenir douloureux que la disparition prématurée de l'artiste a laissée à ceux qui l'aimaient. Elle honore sa mémoire. L'étonnant Henri De Braekeleer expose avec deux tableaux qui, avec leurs allures de vieux maîtres, minutieuses, profondes, patiemment établies, dominent toute cette exposition d'œuvres modernes, largement et rapidement traitées en ébauches, semblant ne chercher que l'étalage des tons épandus sur la toile d'une brosse hâtive, dédaigneuses des détails, cherchant l'effet général du coup d'œil. La Fileuse et la Place Teniers à Anvers, écrasent, en réalité, tout ce qui les environne, de leur aspect tranquille, infinies dans leur calme, dans la vague perspective qu'elles ouvrent sur le passé, solides par leur facture attentive où l'artiste semble avoir épanché goutte à goutte la rêverie qu'il avait dans l'âme. Tout pour cet art singulier devient matière à expression, le jour glissant sans bruit dans une chambre basse, une alcôve entr'aperçue, des ustensiles de cuisine suspendus près de l'âtre, une échappée sur les rues d'Anvers, une bourgeoise pauvre assise, muette, près de la fenêtre ouverte. L'harmonie émue de l'existence humble et végétative y fait entendre ses accords lointains et touchants. Ces toiles lentement élaborées par un esprit rêveur et maladif sont rares, mais resteront toutes des chefs-d'œuvre. L'extraordinaire faveur qui commence à s'attacher à elles montre que le public est enfin saisi par cette poésie, restée si longtemps méconnue, de la vie paisible, affaissée sur elle-même, et trouvant dans sa torpeur mélancolique un charme invincible. Nous savons qu'on critique la tonalité jaunâtre du peintre. A notre avis, elle n'est qu'une concession logique à l'idéal qui le hante. Elève de Leys, Henri De Braekeleer n'est allé à ce maître que par une sympathie d'instinct. Comme lui, le passé le tourmentait, mais au lieu de contempler les temps écoulés, avec ses yeux d'homme du moyen-âge il a regardé le temps présent, la vie anversoise, les scènes familières qui se déroulaient autour de lui, et il les a vues sous une autre couleur, comme il les devinait animées d'un autre esprit. Sa palette, son dessin, sa perspective, son faire, si puissants d'originalité, sont les conséquences naturelles de celte optique étrange, et on est mal venu à la critiquer alors que c'est à elle que nous devons ces productions merveilleuses, qui, dans l'escadre de toutes ces toiles amarrées aux murs du Salon comme des navires au quai, semblent des nefs du XVIe siècle, mêlées aux steamers et aux voiliers modernes. Tout près de ces deux tableaux, se faisant vis à vis dans la petite salle, est une œuvre très remarquée de Fernand Khnopff : En écoulant du Schumann. Elle marque une tendance nouvelle dans la manière de l'artiste. Il y aborde le tableau véritable, par opposition au fatal morceau auquel s'attardent tant d'autres. 11 a tenté d'exprimer, dans une scène de l'existence journalière, les sensations élevées qui parfois passent sur notre humanité et l'arrachent k la terre. Dans un salon bourgeois, paisible, résonne un piano. On ne voit de l'exécutante qu'une main-; le reste est caché par le cadre. Subjuguée, mollement enivrée par les chants pathétiques du maître allemand, une jeune femme affaissée dans un fauteuil, s'oubliant, s'abandonnant, laisse son âme partir vers les régions passionnées. On sent planer dans l'appartement la magie musicale. On est gagné par la contagion de cette émotion poétique. Tout cela est exprimé très sincèrement, sans apprêts, sans recherche, avec les gaucheries d'une perspective un peu cahotante, et les faiblesses d'un coloris mouillé, trempé, fondant sur les contours, analogue à celui d'Ensor. Celle toile est assurément, sinon la meilleure, au moins la plus intéressante du Cercle, parce qu'on y pressent, sous un aspect imprévu, l'avenir rassurant du jeune peintre dont, il y a deux ans, nous saluions ici même les débuts qui laissaient alors la foule indifférente ou incrédule. Théodore Hannon, lui aussi, avec moins d'entente peut-être de ce que doit être une œuvre pour séduire et émouvoir, avance avec sûreté et sans arrêt. Le public se préoccupe surtout de la scène qualifiée Au restaurant. Devant une table nappée portant deux pintes d'étain et des céleris dans du cristal, une jeune femme en noir, le visage caché par un de ces cabriolets grotesques dont nos contemporaines se parent, ôte ses gants en attendant les consommations que, sans doute, est allé quérir son cavalier dont on voit le chapeau sur une chaise vis-à-vis d'elle. Elle apparaît en ombre chinoise sur un rideau blanc auquel elle est adossée et que la lumière extérieure rend éblouissant. C'est bien calé et solidement peint. Mais nous lui préférons A la fenêtre, charmante idylle d'hiver, juchée très haut par la Commission de placement, mais que rien n'eût fait passer inaperçu. Ici le visage est visible : très pâle, trop pâle peut-être, il se détache en un profil charmant sur un paysage neigeux d'une vérité saisissante. C'est une jeune femme qui, la tête tombante, regarde avec une concen1 ration frileuse, un album. Devant elle sont des fleurs. L'œuvre est séduisante, quoique sèche en certaines parties et dure. Mais rien de banal, et c'est la qualité suprême; elle éelate, dans son originalité, au milieu des vulgarités qui l'entourent. Toussaint a un remarquable tableau de Fleurs. Nous sommes heureux de pouvoir enfin lui donner un éloge complet, après tant d'appréciations restrictives faites par nous de ses œuvres antérieures. Plus rien de ce pastichage auquel il se livrait inconsciemment. Ce sont de grands bouquets de chrysanthèmes, aux tons décolorés qui conviennent à ces dernières fleurs de l'année à demi fanées déjà par les frimas. Elles sont habilement groupées, tristes et charmantes dans leurs gerbes assombries. Celte peinture est d'un jeune maître qui prend enfin possession de son individualité, sûr de sa main et de sa pensée.
- X. E »xposition du Cercle artistique » (second article) in L’Art Moderne, Bruxelles, 22/04/1883, 3e année, n° 16, pp. 126-128.
L'impression que nous avions exprimée au sujet de l'exposition du Cercle artistique est celle de la presse entière. Grande indifférence, ennui peu déguisé, compliments chaleureux à quelques œuvres méritoires, bâillements devant tout le reste, parfois un cri de bonne colère devant ce défilé de médiocrités, quelques coups de griffe à la commission d'admission et de placement qui, une fois de plus, a montré ce que sont les institutions de ce genre quand on y donne belle place au bourgeoisisme bête et à l'art arriéré. Vraiment à l'aspect de certaines toiles qui réalisent le comble de la niaiserie et de la platitude, on s'étonne de voir la camaraderie ou l'ignorance arriver à de telles proportions. Il y a là, non pas quelques morceaux, mais bon nombre de choses absolument écœurantes d'impuissance et de stupidité. Il faudra bien, si cela continue, que la critique prenne le parti, au lieu de les condamner en bloc, de les désigner nominativement et de les exécuter en due forme. Que les auteurs ne se doutent pas de leur incurable nullité, on se l'explique. Mais que les jurés ne la voient pas, c'est impossible à croire et, s'ils se permettent encore ces complaisances, il faudra se montrer impitoyable. Il y a trop longtemps qu'à la faveur d'une courtoisie littéraire qui hésite à les brutaliser, ils se croient tout permis, et, à défaut d'autres, nous sommes résolus à attacher le grelot si le dernier avertissement demeure inefficace. Hélas ! combien de prétendus artistes que d'hypocrites éloges maintiennent dans une carrière pour laquelle ils n'ont pas la moindre aptitude, et sur le nez de qui on devrait fermer la porte des expositions. Il faut que définitivement on leur apprenne, à eux et à leurs protecteurs, que des expositions comme celle du Cercle sont faites pour former le goût du public, et non pour faire la foire des vanités au profit de leurs prétentions. Qu'ils gardent leurs élucubrations pour le cercle de la famille et non pour le Cercle artistique. Avec leurs peinturlurages on souhaite la fête à sa tante, mais on ne vient p is exaspérer les spectateurs. Nous nous étonnons qu'il n'y ait pas de temps en temps quelque amateur qui, sous le coup de ces provocations, n'aille donner de la canne ou de la crosse de son parapluie dans ces vomitifs encadrés, numérotés et catalogués. Que de toiles exposées devraient être mises au pilon avec les vieilles gazettes et les coupons de chemin de fer hors de service. Que rie soi-disant peintres devraient être renvoyés à leur vocation, parmi les marbriers, les tapissiers et les poëliers. Le dessin leur résiste, la couleur grince des dents sous leur brosse, la composition se dérobe, la perspective chancelle, le bon goût crie miséricorde. Nous avons essayé de découvrir les quelques œuvres qui méritent une mention particulière. Continuons cette miss: on difficile dont nous résumons le principe en ces quelques mots : « Ne rien dire non-seulement de ce qui, en vérité, ne vaut rien, mais même de ce qui vaut quelque chose si ce n'est pas à la hauteur de ce que l'artiste doit au public». Avec cette formule, il sera naturel que nous ne parlions pas d'œuvres estimables en elles-mêmes, et qui pour un débutant seraient glorieuses, mais qui, pour un talent arrivé, ne constituent qu'un effort insuffisant. La règle ne saurait être identique, en matière de critique, à l'égard de celui qui commence et à l'égard de celui qui finit. Il importe, pour éviter les malentendus, de bien se pénétrer de cette maxime. Cela nous évitera, espérons-le, de passer tantôt pour trop indulgent el tantôt pour trop sévère. Ces prémisses établies, notre promenade ne saurait plus être longue. Les deux paysages de Verheyden sont des meilleurs qu'il ait faits. Sa touche a perdu celte prédominance lourde et hachée que nous avions précédemment signalée. La trace du coup de brosse spécial de l'artiste, et la personnalité qui en résulte, restent acquises, mais sans écraser l'ensemble de l'œuvre. On sent plus de possession de soi-même, c'est-à-dire plus de maîtrise, car, pour nous, être maître dans les arts, c'est bien plus être maître de soi, qu'exemple pour des disciples. L'Hiver dans la forêt de Soignes renouvelle la scène toujours intéressante du braconnier se glissant silencieusement dans la solitude du bois, attentif à tout sans le paraître, creusant la neige de son pas lourd, avec la futaie dépouillée Comme décor, blanche sur le sol, grise dans les gros troncs des hêtres, brune dans les feuilles séchées restées à quelques rameaux, les brindilles sans verdure bruissant dans la bise qui les traverse. C'est bien la forêt profonde, complice inconsciente du paysan portant en lui, à travers une longue hérédité, les instincts incompressibles du chasseur, première profession de ses lointains ancêtres. La Coupe de bois, prise dans le même paysage sylvestre, est d'une belle et grande impression, harmonieuse dans les tons complexes de ses herbes et de ses arbres sombres, bornés par un ciel aux nuages rougeâtres. On pourra trouver la facture tantôt sèche, tantôt pesante, manquant de contour et de profondeur vraie dans .la perspective, mais ce n'en est pas moins la bonne tradition du paysage, la peinture forte, pénétrante, qui rend bien l'impression le plus souvent sévère et mélancolique de notre sol. Nous avons fait remarquer à l'exposition de l'Essor, parmi les tableaux de chiens de Van den Eycken, une œuvre très-sérieuse. Il y en a une au Cercle que nous ne voulons point passer sous silence parce que l'artiste entre dans une voie excellente, qu'il faut encourager. Elle a ce titre bizarre : Les bien assis. Le coloris est sain, les allures animales bien rendues. Il y a beaucoup de fond à faire sur l'avenir du peintre. Ce n'est assurément pas la brutale et superbe maîtrise des œuvres capitales de Stobbaerls, maïs ce sont des débuts dignes de préoccuper la critique. Nous serions injustes envers Herbo en ne disant rien de son Portrait de M. P. C'est notablement plus sobre et plus sincère. L'artiste qui a une remarquable facilité reviendrait-il à un art plus digne de lui et du public? Abandonnerait-il la série des productions vulgaires, visiblement faites pour allécher le mauvais goût et réussir mercantilement? Baron est très heureux dans ses Dunes de Calmpthout et surtout dans son Cours d'eau en Hesbaye. 11 est difficile d'imaginer une expression plus délicate, plus fine, plus déliée, plus claire dans la lumière et le dessin, plus doucement poétique, de la rivière tranquille, coulant solitaire, presque ignorée, bordée de grands arbres, reflétant un ciel légèrement nuageux, calme et pur. C'est un bijou qui ravit tout de suite la pensée et la transporte dans le site tranquille et reposant, loin, par-delà les monts, là où cesse tout bruit autre que celui des branches lentement balancées et des eaux murmurantes. C'est l'art dans ses notes les plus émues, parlant à voix basse, mais caressant, rêveur et séducteur. Les Dunes ont plus de puissance, mais elles s'insinuent moins dans l'âme du spectateur. M ,le Louise Heger rentre en lice avec deux études printanières, Mars et Avril. Nous saluons cordialement ce retour d'une artiste très douée, mais dont les hésitations sont singulières. Elle semble ne pouvoir se dégager des liens qui la rattachent visiblement à une école pour laquelle sa nature virile ne semble pas faite. Qu'elle se hâte de secouer le vieux bagage. Il est temps, il est temps. La plus petite de ses deux peintures est fort bonne, franchement sentie et bien enveloppée. Les Accessoires, de Smits, sont à juste titre admirés. On y trouve beaucoup de précision sans sécheresse, des tons flatteurs et justes. C'est une petite œuvre agréable et très remarquée des connaisseurs. Les deux cires de Vander Stappen, Saint-Michel el Y Enfant au bouc, sont très artistiques et ingénieusement composées. La première est d'un beau style, la seconde, d'une allure amusante et charmante, faite de verve et animée. Nous voici au bout. Protestons en finissant contre les ridicules et prétentieuses pancartes que l'on a appendues à certains tableaux et qui donnent au publie qui les regarde la désobligeante distraction d'apprendre, grâce à un mauvais morceau de papier d'emballage noirci de majuscules moulées, que le propriétaire est Monsieur tel ou tel. Qu'est-ce que cela peut bien nous faire et pourquoi ces amateurs, dont nous louons le bon goût comme acheteurs, gâtent-ils cela en y mêlant des préoccupations que les railleurs et les caustiques interprètent comme les faiblesses d'une vanité inquiète ? Tout ce que la Commission du Cercle devrait tolérer, si l'on veut éviter les demandes de prix inutiles, serait le mot Vendu en caractères modestes. Le reste est un tapage ou un encombrement dans lesquels l'art n'a absolument rien à voir.
- X. « L’exposition au Cercle artistique de Bruxelles » in La Fédération artistique, Anvers, 21/04/1883, 10e année, n° 26, p. 214
( / - / /1883) Bruxelles, Cercle artistique et littéraire. Meunier Constantin. Œuvres exécutées en Espagne.
(25/12/1883-28/01/1884) Bruxelles, Cercle artistique et littéraire. Cercle L’Essor (08e exposition).
* e. a. Ensor James, Finch Willy, Frédéric Léon, Khnopff Fernand, Lemmen Georges, Van Rysselberghe, Van Strydonck Guillaume.
** L’Essor organise, pour la première fois, des concerts dans les salles où se tient le Salon.
Cet exemple sera suivi bien vite par d’autres cercles.
- Gustave Lagye. Christmas Exhibitions. Bruxelles-Anvers-Gand-Bruxelles (8e exposition de L’Essor) in La Fédération Artistique, Anvers, 12/01/84, 11e année, n° 12, pp. 97-98, 100.
(07/07-00/08) Bruxelles, .Noir et Blanc (02e)
* Organisation : L’Essor
* e. a. Finch Willy, Khnopff Fernand
- Max Waller. « L’Essor. Exposition de « Noir et Blanc » in La Jeune Belgique, Bruxelles, 01/08/1883, t. II, N° 9, pp. 353-355.
- X. « Exposition de Blanc et Noir à L’Essor » in L’Art Moderne, Bruxelles, 19/07/1883, 3e année, n° 28, pp. 224-225.
- X. « A L’Essor (I). Deuxième exposition de Noir et Blanc » in La Fédération artistique, Anvers, 28/07/1883, 10e année, n0 40, p. 332.
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- in L’Art Moderne, 3e année, n° 12, 25/03/1883.
Une troisième vente de tableaux, esquisses, aquarelles présentées comme provenant d'Hippolyte Boulenger a eu lieu la semaine dernière à Bruxelles. Le défilé a été interminable. A chaque instant on croyait être à la fin, mais de nouveaux panneautins sortaient de dessous le bureau des commissaires vendeurs. Nous voudrions bien savoir comment on s'y prend pour faire de pareilles récoltes et rassembler une telle charretée, alors que l'atelier du peintre a été vidé par une vente antérieure. Il est vrai que les affiches annonçaient que ce serait pour la dernière fois. Nous hésitons à le croire, vu l'engouement avec lequel l'industrie de la copie et de la signature s'est jetée sur les œuvres du charmant artiste dont le mérite commence à être coté aussi haut que la justice le réclamait. La dernière vente a même révélé un procédé nouveau et scandaleux de tirer parti, auprès des ignorants, d'un nom en vogue. On recherche les esquisses, les ébauches informes, tout ce qui ne fut qu'un embryon d'œuvre d'art, abandonné par le maître après un premier croquis et une inspiration mort-née. On retouche, on arrange, on complète, en pastichant sa touche et sa palette, puis on présente la chose comme un tableau original. On ne ment, comme on le voit, qu'à moitié, il y a du Boulenger dans la chose, certains traits peuvent même faire illusion au vulgaire; mais il n'en reste pas moins un odieux ragoût, une falsification bête et lourde, qui porte à la mémoire de l'artiste une grave atteinte et le discrédite auprès des connaisseurs. Quand aurons-nous donc une loi mettant fin aux abus malpropres et aux ignobles pillages qui se font dans le domaine des droits artistiques ? Voilà un objet autrement urgent que la nouvelle accommodation du Code civil. A la vente dont nous parlons, on a vu une toile connue de tous ceux qui fréquentaient l'atelier d'Hippolyte Boulenger à Tervuren, devenue tout à coup un tableau complet, avec fond et avant-plans. Or, ce n'était qu'une rapide ébauche du chien qu'aimait le peintre. Nous l'avons l'an dernier signalée dans sa biographie. Elle était suspendue au premier palier de l'escalier du petit bâtiment où il peignait au fond de son jardin. Le ciel et l'avant-plan étaient à l'état rudimentaires. Un malin a complété tout cela et le crieur disait : « Œuvre capitale, Messieurs ! le ciel est de la plus belle manière du maître ». Des gogos ont haussé là-dessus jusqu'à un assez bon prix et voici Boulenger représenté à jamais par une machine digne d'un rapin. Tout le reste, sauf la Messe de Noël, respectée dans sa superbe beauté hivernale, était astiqué, saucé, tripoté, vernissé. Tout pourtant s'est bien vendu. Ce dernier fait qui atteste que peu à peu le classement se fait et qu'on se rend compte que le nom de Boulenger est une des plus hautes expressions de notre école contemporaine du paysage, est la seule consolation que cet irritant spectacle nous ait laissée.
ECOLES
Nomination de M. Vander Stappen comme professeur de sculpture à l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, en remplacement de M. Simonis.
REGION WALLONNE
Province de Liège
25/03-29/05/1883) .Salon. Peintures, sculptures, gravures, dessins et aquarelles.
* Organisation : Association pour l'encouragement des Beaux-Arts, sous la direction de la Société libre d’Emulation de Liège et le patronage de l'administration communale.
Province de Namur
Namur, Local du Manège de Cavalerie
(24/06-22/07/1883) Namur, Local du Manège de Cavalerie. Exposition triennale des Beaux-Arts (05e)
* Organisation : Cercle artistique et littéraire.
** e. a. Khnopff Fernand.
- D. « Salon de Namur » in Journal des Beaux-Arts et de la Littérature. Saint-Nicolas, 31/07/1883, 25e année, n° 14, p. 109.
- X. « Salon de Namur » in L’Opinion libérale, Namur, 18/07/1883.
REGION FLAMANDE
Province de Flandre occidentale
Ostende, Casino
(août 1883) Exposition d’œuvres d’art.
* Organisé par quelques membres du Cercle L’Essor.
* e. a. Finch Willy, Khnopff Fernand.
Province de Flandre orientale
- Georges Rodenbach. » L’art à Gand » in L’Art Moderne, 3e année, n° 12, 25/03/1883.
A côté de l'activité musicale, il y a le groupe de nos jeunes peintres qui travaillent et commencent à s'affiner. Ils ne se contentent plus comme autrefois d'une réputation de clocher ; mais ils s'affilient a L’Essor et aux autres cercles artistiques bruxellois ; ils voyagent au loin, campent leurs chevalets devant la nature et rompent définitivement avec toutes les routines et les banalités académiques. Parmi eux un des plus forts nous paraît Théo. Van Rysselberghe, qui expose ici en ce moment, au Cercle artistique et littéraire, les éludes, esquisses et tableaux qu'il vient de rapporter de l'Espagne et du Maroc. Car c'est aujourd'hui le pays favori des peintres ; plusieurs des nôtres, au commencement de l'hiver, avaient pris leur vol de ce côté : Meunier, Cluysenaer, puis Charlet et Dario de Regoyos. Ceux-ci ont voyagé avec Van Rysselberghe et exposeront avec lui leurs « notes de voyage » au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, le 1er avril prochain. Il y aura à faire d'intéressants parallèles, car, avec leurs tempéraments divers, ils auront traduit chacun à leur manière les sites qu'ils ont traversés : Dario interprétant la réalité en y ajoutant quelque chose de bizarre, d'extravagant, et môme de fantastique qui, tout en singularisant ses tableaux, leur donne une saveur si artistique, les autres s'attachant davantage aux réalités, Charlet avec une prédilection pour les tons assourdis, Van Rysselberghe avec une fougueuse virtuosité chantant les rutilances des couleurs et les flammes du plein soleil. Certes, beaucoup de ces études sont de simples notes et n'offrent qu'un intérêt d'artiste, mais à travers une exécution à peine indiquée, on découvre la facilité exubérante d'un tempérament riche et puissant. Le peintre attrape toujours le ton juste, qu'il peigne des coins de marché, des bouts de rues tortueuses, des portes ou des façades d'un blanc crû où se détachent des costumes bariolés, ou bien des paysages brûlés sous un azur aveuglant, ou bien encore des quartiers noirs, le soir, où rodent les donneurs de sérénades clans leurs grands manteaux qui frissonnent comme des ailes. A côté de ces éludes qui sont comme de petites poésies détachées, il y a deux poèmes de plus longue haleine, deux tableaux d'exécution solide et complète. Le Marchand d'oranges à Tanger est plus crâne, plus chaud, plus empoignant peut-être, mais au fond c'est surtout d'un virtuose dont la brosse a rivalisé avec les intensités des couleurs en plein soleil. L'autre tableau : les Fumeurs de Kiff, est d'un art plus sérieux. C'est une belle œuvre. Le sentiment de langueur et de rêve abruti est très bien exprimé dans l'affaissement de ces nègres alignés, aux yeux mi-clos, qui pincent d'un doigt machinal la corde engourdie des mandolines. J'oubliais une copie de Velasquez, le Prince Balthazar à cheval. C'est tout ce que Van Rysselberghe a rapporté des musées et il y a 1à un fait caractéristique, car autrefois les peintres ne peignaient dans leurs voyages que des éludes d'après les maîtres. En même temps que Van Rysselberghe, un autre artiste, jeune et bien doué, expose aussi quelques souvenirs de voyage : c'est Armand Heins, déjà connu à Bruxelles ; il s'est fait remarquer à l'exposition du Noir et Blanc à L’Essor. Ce sont quelques coins de la Hollande, traités à l'aquarelle, « cette goutte d'eau colorée tombant du pinceau, - bien en place et juste au ton », comme a dit pittoresquement Théo Hannon. Avec ceux-là il y a un groupe de jeunes qui travaillent ferme pour le Salon triennal qui aura lieu cette année à Gand. Entre parenthèses, il est probable que la date sera changée et qu'il ne s'ouvrira qu'à la fin du mois d'août. Van Aise exposera, après l'avoir envoyé à Paris, le grand tableau qu'il a fait l'an dernier et qui est arrivé trop tard pour le Salon d'Anvers : Saint-Liévin en Flandre, une page superbe, avec une vingtaine de personnages, d'un sentiment archaïque très intense et d'une vigueur de coloris peu commune. Delvin met la dernière main à une Scène de pêcheurs au bord de la mer, qui obtiendra, je pense un vrai succès. N. Vanden Eeden, le frère du musicien, prépare aussi un grand tableau ; Martelinck, une Odalisque ; Scribe, une Scène d'Orient ; sans compter nos sculpteurs Vanden Bossche, Leroy, Mast et Georges Vander Straeten, un sculpteur de genre qui a dans son atelier toutes sortes de petites femmes modernes, mièvres comme du Van Beers ou spirituelles comme du Grévin, avec des pierrots, des clowns et des danseuses qui mènent joyeusement leur carnaval de terre cuite. Pour compléter ces notes artistiques, il faudrait dire un mot des choses littéraires, mais à cet égard le mouvement ici est nul. Pas une revue littéraire n'y est publiée ; et quant à nos journaux quotidiens, ils se contentent de se cravater de politique et de se boutonner de faits divers, sans même daigner se fleurir parfois d'une chronique littéraire, comme d'un bouquet à la boutonnière.
GAND
Gand, Casino
(26/08-04/11/1883) Gand, Casino. Salon 1883 – Gand. Salon triennal.
* e. a. Khnopff Fernand, Lemmen Georges, Oyens David, Oyens Pieter Van Rysselberghe Théo.
** Catalogue explicatif.
- X. « Le Salon de Gand » (premier article) in L’Art Moderne. Bruxelles, 28/10/1883, 3e année, n° 43, pp. 341-343.
- X. « Le Salon de Gand » (second article) in L’Art Moderne. Bruxelles, 04/11/1883, 3e année, n° 44, pp. 349-351.
- Pierre Gervais. « Le Salon de Gand » in Journal des Beaux-Arts et de la Littérature. Saint-Nicolas, 30/09/1883, 25e année, n° 2, p. 10.
- Emile Verhaeren. « Le Salon de Gand » in La Jeune Belgique. Bruxelles, 01/10/1883, 10e année, n° 45, p. 373.
Gand, Cercle des Beaux-Arts
(21/01-11/02/1883) Gand, Cercle des Beaux-Arts. Exposition du Cercle des Beaux-Arts.
Gand, Cercle artistique et littéraire.
(mars 1883) Gand, Cercle artistique et littéraire. L’Essor.
(22/03-28/03/1883) Gand, Cercle artistique et littéraire. Van Rysselberghe. Etudes des études rapportées du Maroc et de l’Espagne.
(08/04-22/04/1883) Gand, Cercle artistique et littéraire. [Sans titre]
* Allard, Delvin, De Cock César, De Cock (Mme César De Cock), De Cock Xavier, Devigne, Dumont, Maeterlinck Louis, Tytgadt, Van Butsele, Van Rysselberge Théo,
(22/04-24/04/1883) Gand, Cercle artistique et littéraire. Van Beers Jan.
(29/04-03/05/1883) Gand, Cercle artistique et littéraire. Exposition de photographies reproduisant les chefs-d’œuvre du musée l’Ermitage de Saint-Pétersbourg.
+ un tableau de De Cock César.
(10/06-18/06/1883) Gand, Cercle artistique et littéraire. [Sans titre]
* Allard, Dael, Delvin, Den Duyts, De Vigne, Dumont M., Dumont V., Heins, Maeterlinck Louis, Van Butsele, Van den Eede, Vandeertsraeten.
(05/07-15/07/1883) Gand, Cercle artistique et littéraire. Vanaise G., Wytsman R. Tableaux, études, etc … rapportés d’Italie.
(23/12/1883- / /1884) Gand, Cercle artistique et littéraire. Exposition de Noël.
* Participants : ???????
Province d’Anvers
Cercle Wees u Zelve (Soyez vous-même)
* Fondateurs e. a. Claus Emile, Verstraete Théodore.
** Le manifeste du groupe rédigé par Piet Verhaert plaidait pour le maintien de la tradition.
*** Parmi les autres membres figuraient Frans Van Kuyck, Eugène Joors, Edgard Farazyn.
Als ik kan (1883-1954)
Quelques jeunes artistes anversois, parmi lesquels Henry Van, de Velde fondent, le 25 octobre 1883, l’association Als ik kan, , nom repris directement à la devise de Jean Van Eyck.
L'association Als ik Kan a été fondée sous le nom de l'Union artistique des Jeunes. Très vite leur devise Als ik Kan devient le nom sous lequel le cercle sera connu.
Il s’agit d’avantage d’un groupe de jeunes artistes aux intérêts communs, que d’une association proclamant un programme esthétique novateur.
L'objectif des fondateurs était principalement de créer des opportunités d'exposition pour les membres, surtout pour les jeunes artistes
Ils se réunirent pour échapper aux jurys sclérosés des salons.
Ses membres se dressent contre le Cercle artistique anversois qui n’admet à ses expositions que des artistes ayant participé au moins deux fois aux Salons triennaux officiels.
Les membres fondateurs les plus connus furent Adriaeenssens F., Baseleer Richard,,Boland Ch., Brunin Léon, Chappel Edward, De Wit Prosper, Hannon F., Larock Evert, Rosier Jan-Willem, Rul Henry, Van de Velde Henry.
Parmi les membres e. a. Larock Evert, Mertens Charles, Van de Velde Henry.
À part Henry Van de Velde, les membres étaient des artistes plutôt traditionnels. Surtout dans les premiers temps, l'association a organisé de nombreuses expositions, non seulement à Anvers, mais aussi aux Pays-Bas et en Allemande. Les premières expositions se tinrent dans la Verlatzaal. En 1905, l'association inaugurait leur 50e exposition collective. La 79e exposition, en 1952, sera aussi la dernière. À cette date, le collectif ne comptait plus que neuf membres et fut dissout.
- cf. catalogue Belgian Art 1880-1914, The Brooklyn Museum, 1980, chapiter Antwerp, Als Ik Kan and the problem of provincialism, p. 72.
Prix
Second prix de Rome : Flori Van Acker ; troisième prix : Guillaume Van Strydonck.
Art belge à l’étranger
FRANCE
(01/05- / /1883) Paris / FR, Palais des Champs-Elysées. Salon.
Catalogue :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202494s/f229.item
- in L’Art Moderne n° 19. Bruxelles, 13 mai 1883, p. 151.
Voici les noms des peintres belges dont les ouvrages figurent au Salon de Paris : M l,e d'Anethan, MM. Artan, Asselberghs, Eugène Boch, Carpentier, Frantz Charlet, Clarys, Clays, César et Xavier De Cock, Cogen, Coomans, Coosemans, Courlens, Croegaert, Dansaert, De Kesel, Denduyls, Léon Frédéric, Halkelt, Hamesse, Ilerbo, Hermans, Heymans, Linden, M,le de Mertens, MM. David et Pierre Oyens, Ringel, Stobbaerts, Tytgadt, Jan Van Beers, Vanaise.Van Biesbroeck, Van Coppenole, Van den Bos, Mlle Van den Broeck, MM. Van den Eycken, Van flove, Van Leemputten (Corneille et Frans), Vogels, Mlle Gabrielle de Villers, M. A. de Vriendt
- in L’Art Moderne n° 20. Bruxelles, 20 mai 1883, p. 160.
A la liste des peintres belges, exposants à Paris, que nous avons publiée dans notre dernier numéro, il faut ajouter les noms suivants, qui ont été omis : MM. Hoeterickx, La Boulaye, Mois, Jïusin, Ragot, Robie, Sembach, Stacquet, Verstraete, Wytsman.
« Le salon de Paris. (Troisième article). Les artistes belges » in L’Art Moderne, 3e année, n° 20, 20/05/1883.
La Belgique occupe au Salon de Paris une place assez effacée. Elle pourrait, elle devrait être plus en vue. Aux toiles de l'école française, qui souvent accusent plus d'habileté de main que de réflexion et de sincérité, elle opposerait ses œuvres calmes, harmonieuses, parfois lourdes de facture et gauches décomposition, mais dans lesquelles jamais on ne sent cette hâte fiévreuse, ce désir ardent de paraître, de bousculer ses voisins pour se faire remarquer, auxquels sacrifient tant d'artistes étrangers. A côté des turbulences de nos voisins, elle montrerait sa nature placide et méditative. Dans le déchaînement de ce formidable orchestre, elle ferait retentir l'accord simple et grave que l'oreille perçoit distinctement et qui éveille les idées sérieuses et élevées. Malheureusement bon nombre d'artistes belges, et des plus grands, n'ont rien envoyé cette année. Verwée, Verhas, Waulers, Vander Slappen, De Vigne, Vinçotte, les habitués des Salons parisiens, se sont abstenus. Hermans, qui naguère exposait l'Aube, le Bal masqué, n'a cette année qu'une Baigneuse. Et ce qui achève de jeter la déroule dans nos rangs, c'est qu'à part quelques rares privilégiés qui ont obtenu les honneurs de la rampe, la commission de placement s'est montrée à l'égard des Belges d'une excessive rigueur, reléguant impitoyablement au troisième rang et dans les coins des toiles qui méritaient assurément d'être mieux traitées. C'est ainsi qu'un Clair de lune d'Artan, d'une admirable limpidité, passe inaperçu, alors que, placé ailleurs que dans les régions supra terrestres dans lesquelles on l'a plaisamment expédié, il eût certes obtenu un grand succès. Il eût été pour les Français, dont les marines sont faibles, un enseignement et un exemple. C'est ainsi aussi qu'une spirituelle et amusante boutade de David Oyens, le Lauréat, et un fort bon portrait de son frère, par Pierre Oyens, ont été absolument sacrifiés. Stobbaerts, qui expose La première charrette de foin, Speeckaeri avec son Ariane, Heymans, qui envoie son beau paysage du Cercle, Vogels, Verstraete, le jeune artiste dont nous avons, lors du Salon d'Anvers, loué la Matinée d'avril, Hoelerickx, qui expose une Visite de la douane, Denduyts, le poète des mélancolies du soir, Asselberghs, le vigoureux paysagiste et bien d'autres, ont été si malmenés et placés dans un jour si défavorable qu'il est réellement impossible à la critique d'émettre un jugement définitif sur la valeur de leurs œuvres. Nous nous bornerons donc à nous occuper des tableaux que des conditions normales de placement et d'éclairage permettent de juger sainement. Parmi ceux-ci nous n'hésitons pas à mettre en première ligne le Saint-Liévin de Vanaise, les deux toiles de Jacques de Lalaing et les paysages de Courtens. La vaste toile du peintre gantois dont les œuvres au coloris tapageur ne nous avaient jamais charmés jusqu'ici, accuse un si grand pas dans la voie d'un art sérieux et digne, qu'elle mérite l'examen le plus attentif et des encouragements sans réticence. C'est le plus vigoureux effort qui ait été accompli en Belgique depuis longtemps. Nous saluons avec joie et émotion ce début d'un peintre qui aborde résolument le grand art, et dédaignant le « morceau » dans lequel s'attardent tant d'hommes de talent, ose s'attaquer à une vaste composition, consciencieusement étudiée, longuement mûrie, soigneusement établie, dans laquelle on sent l'asservissement de la brosse au travail pénétrant du cerveau. Dans un paysage des Flandres d'une grande simplicité, à la porte d'une cabane, le saint, revêtu de ses habits sacerdotaux d'apparat, guérit un aveugle. Un groupe de paysans assiste au miracle, dans un recueillement attentif. La surprise et l'admiration se peignent sur leurs traits. A l'arrière-plan, des laboureurs quittent leur travail pour se joindre au groupe principal. La scène est d'une gravité et d'une noblesse qui font impression, malgré le caractère archaïque voulu dont est fortement empreinte la composition et qui ôte l'illusion. Les expressions sont belles, les attitudes des divers personnages d'une grande sobriété. On songe involontairement au triptyque de Duez représentant Saint Cullibert, qui fut le succès du Salon de \880 et qu'on admire aujourd'hui au Luxembourg. Si le tableau de Vanaise n'a pas la maîtrise qui distingue la magnifique composition du peintre français, il se rattache à elle par des affinités de sentiment indéniables. Sans doute, la toile n'est pas sans défauts. Certaines crudités du paysage détonnent. L'air manque et les personnages ne se détachent pas suffisamment les uns des autres. Mais telle qu'elle est, avec ses mérites et ses imperfections, l'œuvre n'en constitue pas moins, de toute l'exposition belge, la tentative la plus audacieuse et la plus digne d'éloges. On avait applaudi aux brillants débuts de Jacques de Lalaing. Le jeune artiste réalise les espérances qu'on avait conçues de lui. Le portrait d'un vicaire, qu'il a exposé l'an dernier à Anvers, est l'un des bons portraits du Salon de Paris. Placé à la rampe, dans un jour favorable, il attire l'attention. Il en est de môme des Prisonniers de guerre, qui montrent, dans la lumière assourdie d'une casemate, des hussards assoupis dans la mélancolie de la captivité. D'une extrême distinction, d'un dessin ferme et correct, l'œuvre s'impose, malgré le ton chocolat qui attriste l'ensemble du tableau. Nous apprenons que Jacques de Lalaing a reçu une troisième médaille. Cette distinction, dont on ne se montre pas prodigue à l'égard des étrangers, récompense à juste titre un artiste des plus méritants. Les deux paysages de Courtens peuvent être, ainsi que nous l'avons dit au début de ces études sur le Salon, placés sur le même rang que les meilleurs paysages français. Ils ont l'émotion intime de la nature qui touche. Sans recourir aux oppositions violentes, aux débauches de tons criards, aux effets foudroyants, Courtens trouve dans la sincérité de l'impression les éléments d'un succès certain. Ses tableaux ont la sérénité des campagnes paisibles auxquelles il emprunte les sites qu'il affectionne. Dou- 168 L'ART MODERNE cernent enveloppés d'une lumière caressante dans laquelle baignent les objets, ils vont droit à l'âme et font oublier la toile peinte pour laisser librement s'envoler les pensées dans les poésies de la nature. Déjà, l'an dernier, lorsque Courtens, alors inconnu, exposa au Cercle artistique son Hiver à Termonde, cette page d'un sentiment si juste, nous avons rendu à l'artiste un éclatant hommage. Nous sommes heureux de n'avoir rien à retirer des éloges que nous lui adressions à cette époque et des espérances d'avenir qu'il nous faisait entrevoir. Il est juste d'associer au succès de Courtens celui d'un autre de nos compatriotes qui, depuis longtemps sur la brèche, lutte courageusement pour arrachera la nature le secret de ses attachantes émotions. Nous voulons parler de Coosemans, dont le paysage marque, cette année, un sérieux progrès. Son Chemin en Campine, placé à la rampe, exprime, avec sobriété, les tristesses de ce pays de Genck où le paysage se montre dans sa sauvage et austère grandeur. Il y a bien quelque sécheresse dans le dessin des branches d'arbres, qui se détachent durement sur le ciel plombé. Mais les frondaisons roussies, les herbages séchés que tache la verdure sombre des genêts, sont superbement traités. Nous avons signalé plus haut la Baigneuse d'Hermanus. Il est difficile de se rendre un compte exact de l'œuvre nouvelle de notre excellent artiste en l'appréciant à la place où on l'a juchée. Elle nous paraît être d'une grande harmonie de tons, mais manquer d'éclat. Les chairs sont salies d'ombres grises qui ne s'expliquent pas. La tête est charmante. Elle a les qualités d'élégance, de finesse, de grâce qui ont mis Hermans au premier rang. A la rampe, on remarque un grand tableau de Cogen, intitulé : Femmes de pêcheurs de Scheveningue attendant la tente du poisson. L'œuvre plaît par le groupement heureux des personnages, par la recherche consciencieuse du détail pittoresque dans le costume, dans l'attitude. Elle manque de vérité au point de vue du plein air et révèle le travail laborieux de l'atelier. Le fond est évidemment brossé de chic. A la rampe aussi, dans le salon carré de gauche, les Nouveaux locataires, de Wme Henriette Ronner, une amusante farandole de petits chats, assurément la meilleure toile de la vaillante et infatigable artiste. La Psyché d'Herbo a aussi les honneurs de la cimaise, alors qu'on a repoussé au deuxième rang les deux minutieux tableautins de Jan Van Beers : Retour du grand prix et Rigoletta. On sait que pour se venger l'artiste a, le jour du vernissage, enduit ses deux toiles d'une épaisse couche de noir. Cette mystification de rapin n'a pas eu grand retentissement. La Commission de placement a simplement fait décrocher les deux tableaux, les a soigneusement débarbouillés et les a remis... à la même place. De ces deux œuvres de l'auteur si discuté et malheureusement si inégal de la Sirène, l'une est un acheminement direct aux chromolithographies et aux gravures de modes qui font la joie des loges de concierge. Dans une Victoria dont le soufflet déborde de bouquets de fleurs, une petite dame se carre, dans une pose provoquante. Du cocher, on n'aperçoit que le buste : la tête est coupée par le cadre. L'extrême minutie de détails affectionnée par le peintre est devenue, cette fois, une sécheresse agaçante. Le visage de la jeune femme est plat, sans expression comme sans modelé. La scène, qui est censée se passer en plein air, sent l'atelier d'une lieue. Pour donner un semblant de mouvement à l'immobile Victoria, Van Beers a laissé dans le vague les rayons des roues : il n'a pas réfléchi sans doute qu'un attelage en marche ne peut donner la perception des plus infimes détails de la toilette sur lesquels il a cru devoir insister. Il résulte de tout cela une œuvre fausse, désagréable à voir, et l'on regrette presque le savonnage auquel se sont livrés les membres de la commission de placement. L'autre, Rigollella, est une merveille d'harmonies claires, un concert de couleurs tendres dans lequel les roses et les rouges éteints chantent triomphalement la partie principale. Comme sujet : tout simplement une petite femme couchée à plat ventre, et riant de toutes ses dents, sur une peau de tigre. C'est de l'art bien petit, mais c'est de l'art, et comme patte c'est prodigieux. Les intentions énigmatiques ne sont pas épargnées. Un grand diable de coq, dans la tapisserie, se montre d'une audacieuse indiscrétion. Le tigre, de son côté, oublie complètement qu'il est tanné, bordé de rouge et passé à l'état de lapis de pieds. Après tout, chacun ne trouve dans cette curieuse fantaisie que ce qu'il veut y chercher. Tant pis pour ceux qui s'offusquent et que les malicieux sous-entendus de l'artiste font rougir. Un autre peintre anversois qui ne manque pas de talent, et sur qui l'art de Van Beers semble faire impression, Evariste Carpentier, se laisse aller à des écarts de goût désastreux. Son Témoin muet, qui montre, dans un boudoir, une tête pommadée qui surgit de l'entrebâillement d'une portière et baise la main d'une femme en toilette jaune tandis qu'une statuette sourit à ce manège, en est hélas! une preuve. Le Compte à régler, qui peint une scène belge, - un intérieur de cabaret, est trivial et ne s'élève pas au-dessus d'un art bourgeois d'une tendance fâcheuse. Il nous reste bien des noms à citer. Pour être complet, nous devrions parler des marines de Clays et de Musin, du tableau de Robie, des frères Van Leemputten, du grand paysage de De Knyff, de la baie des Anges à Antibes, de Sembach, de la Vue de Venise, de R. Mois, qui rappelle l'imagerie d'Epinal par son coloris sec et désagréable, et beaucoup d'autres encore. Nous sommes contraints d'abréger et espérons avoir l'occasion prochaine de nous occuper de ceux que nous passons sous silence, non par oubli, caries artistes belges ont tout particulièrement été l'objet de notre attention, mais parce que nous ne pouvons allonger outre mesure ce compte-rendu. Nous tenons pourtant à signaler, en terminant, quelques débutants qui ont droit à une mention spéciale. Dans le paysage, Eugène Boch, qui expose pour la deuxième fois au Salon de Paris. La toile qu'il envoie celle année, un paysage du Furnes, Ambacht, est d'une sincérité et d'une justesse de ions qui indiquent un œil sain et une grande conscience artistique. Un peu plus de légèreté dans la feuille des saules, un peu moins de gaucherie dans l'établissement des terrains, le tableau serait excellent. Dans le paysage aussi, Mlle de Villers, dont les Bords de la Seine attestent une étonnante virilité. Le ciel, en particulier, est d'un beau caractère, peint largement et sans effort. L'avant-plan, trop noir et qui n'est pas dans l'air, nuit à l'ensemble du tableau. Dans le genre, Mlle d'Anethan qui expose une jolie toile déjà vue à Anvers, Y Affiche, un peu pâlotte de coloris, rappelant les tons de l'aquarelle, et G. Linden, un élève de Munkacsy, qui débute brillamment, mais auquel on peut reprocher de se laisser trop absorber par la personnalité de son maître. On trouve, en effet, les procédés habituels de l'auteur du Christ devant Pilate dans la composition que le jeune artiste intitule : La chanson du mendiant. Que M. Linden se hâte de dégager sa personnalité. 11 paraît suffisamment doué pour se garder du pastichage et devenir quelqu'un. La sculpture belge n'est représentée au Salon que par un buste d'Auguste Vande Kerckhove et par deux envois de Devillez : une Salomé, bas-relief d'une grande élégance de lignes et de modelé, et trois jolis médaillons.
(11/05-10/06/1883) Paris / FR, Galerie Georges Petit. Exposition internationale de peinture.
* e. a. Stevens Alfred
( /12/1883- /01/1884) Nice / FR, . Exposition internationale.
* e. a. Arden Henri, Bellis Hubert, Pantazis Périclès, Stevens Alfred, Vogels Guillaume.
PAYS-BAS
(août 1883) Amsterdam / NL, . Exposition internationale coloniale et d’exportation générale. Section belge.
* e. a. Artan Louis, Asselberghs Alphonse, Claus Emile, Coosemans Joseph, Frédéric Léon, Heymans Karel [ou son frère Casimir], Halkett François-Joseph, Mellery, Meunier Constantin, Meunier Georgette, Rosseels Jacques, Smits Jakob, Stevens Alfred, Van Beers Jan, Verstraete Théodore, Vogels Guillaume.
** Catalogue.
- in L’Art Moderne, n° 31. Bruxelles, 26 août 1883
(…) On n'attend pas de nous que nous fassions l'analyse des œuvres d'art envoyées à Amsterdam. Presque toutes sont connues ; la plupart ont été longuement appréciées par l'Art moderne lorsqu'elles furent exposées à Bruxelles, à Anvers, à Gand ou à Paris. Contentons-nous donc de dire que, parmi les bous tableaux, on remarque l’Estacade, d'Artan, cette toile superbe, qui apporte dans son cadre d'or les effluves de la mer du Nord; l’Usine, de Constantin Meunier; l’Ecluse, tant admirée au Cercle, de Rosseels, la Mare aux fées, de Baron, à laquelle l'artiste a ajouté un bon paysage d'été; le Soleil levant en Campine, d'Asselberghs, exposé à Gand ; trois des tableaux à sensation de Van Beers, qui n'ont, jusqu'à présent, subi aucune anicroche : la Sirène, Soir d'été et Mélancolie; la Romance, d'Alfred Stevens; un Chemin creux, de Coosemans ; le Coucher du soleil en automne, d'Heymans; la très jolie femme en rose, de Smits; la Vente à l’encan, de Mellery ; le superbe Canal en Hollande, la nuit, de Vogels, que nous avons jadis spécialement mentionné; enfin, parmi les toiles des jeunes : la Lessiveuse, de Léon Frédéric; le Combat de coqs, de Claus ; les Trieuses de candi, de Halkett, récemment exposées à l’Essor ; Dans la bruyère, de Verstraete, cette mélancolique idylle campinoise, exhibée à Paris, et deux natures mortes de Georgette Meunier.
On le voit, le contingent belge à l'exposition d'Amsterdam est sérieux. Dans des genres très différents, il réalise une école complète, si tant est qu'on puisse décorer de ce nom un ensemble d'artistes qui procèdent d'eux-mêmes, qui tous ont leur originalité, leurs visées, leur idéal, et qui ne sont unis que par des liens d'une affinité de race et d'époque presque insaisissable.
HONGRIE
( / - / /1883) Budapest / HU, . Salon.
* Organisation : Société hongroise des Beaux-Arts.
** e. a. Abry Léon, Asselberghs Alphonse, Beernaert Euphrosine, Ceriez Théodore, Cleynhens, Cogen Félix, Courtens Frans, de Beul Frans, Gabriel, Hermans Charles, Impens Josse, Lamorinière François, Madiol Jacques, Musin Auguste, Musin François, Ronner Henriette, Simons Frans, Van der Hecht Guillaume, Van Ouderas, Van Seben Henri, Verhaert Piet, Verstraete Théodore, Verwée Louis, Vinck.
- in L’Art Moderne, n° 45. Bruxelles, 11 novembre 1883, p. 362.
Nous recevons de Pesth divers comptes-rendus dans lesquels on cite avec éloge les œuvres de ceux de nos compatriotes qui ont exposé cette année dans la capitale de la Hongrie. MM Franz Courtens et Théodore Verstraete, qui ont envoyé, l'un son Village hollandais, l'autre sa Matinée d'avril, font l'objet d'une mention toute spéciale dans un feuilleton de M. Gustave Keleti, qui regrette que le « jeune salon » hongrois ne puisse pas encore se permettre le luxe des médailles, la médaille d'or devant être, d'après lui, attribuée à l'excellent artiste anversois. Parmi les exposants à Pesth, nous remarquons encore MM. Charles Hermans, Asselberghs. Van der Hecht, Piet Verhaert, Frans Simons, Gabriel, Lamorinière, Aug. et Fr. Musin, Fr De Beul, Van Seben, Madiol, Vinck, Louis Verwée, Van der Ouderaa, Félix Cogen, Impens, Ceriez, Cleynhens, Léon Abry, Mmes H Ronner et E. Beernaert, etc., etc. On voit que le contingent belge est nombreux.
Ajoutons, à propos de l'exposition de Pesth, que la Société hongroise des Beaux-Arts vient de mettre en vente un superbe catalogue illustré, en deux volumes, comprenant un grand nombre de reproductions de dessins exécutés par les artistes d'après leurs tableaux, dans le genre des catalogues édités à Paris par M. Dumas. L'impression, très soignée, fait de ces deux brochures une publication des plus élégantes,