Bosmant Jules

Personnalité

Bosmant Jules

Conservateur Critique d'art

Jules Bosmant - Jules Adolphe Jean Bosman dit - (Liège, 24/04/1893 - 22/04/1975) “ Son père, ouvrier ciseleur à ses débuts, s’était hissé à la situation enviable de directeur comme...

Informations

Naissance
Liège
Décès
Liège
Nationalité
Belgique
Communauté
Communauté française
Zones géographiques
Juprelle
Rôles
Conservateur, Critique d'art

Biographie

Jules Bosmant 
- Jules Adolphe Jean Bosman dit -

(Liège, 24/04/1893 - 22/04/1975)

 

 

“ Son père, ouvrier ciseleur à ses débuts, s’était hissé à la situation enviable de directeur commercial d’une firme spécialisée dans les appareils d’éclairage. Sa mère « était d’une nature moins heureuse ; autoritaire, prompte à se plaindre (…), curieuse d’esprit, inquiète, liseuse vorace, et, bien que grande ennemie des curés, vulnérable à l’angoisse d’un possible au-delà ”.

 

“Leur fils se prépare à être instituteur, un métier qui, en ce temps, tient de l’apostolat et est entouré de respect. Ses études et la carrière qu’elles lui ouvriront lui laisseront une foule de souvenirs bons et moins bons, pittoresques souvent ”.

 

(Pierre Colman in Nouvelle Biographie nationale tome 10, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 2010, p. 406).

 

Jalons biographiques

1914.

Mobilisé comme brancardier en 1914, Jules Bosmant est fait prisonnier ; il est interné jusqu’en 1915.
* Il se découvre dans les camps d’internement une vocation de fin psychologue et de meneur d’hommes

 

1918.

Achevant sa formation d’instituteur en dépit de la Grande Guerre, il entame une carrière dans l’enseignement au lendemain de l’Armistice.

 

Parallèlement, il cultive sa passion pour les beaux-arts et suit le cours d’Art wallon dispensé à l’Université de Liège par Olympe Gilbart dont il devient l’ami.

 

Pendant l’entre-deux-guerres, il se fait des amis de haute qualité. Au premier rang, Victor Bohet, professeur à l’Université. Il est « avec lui et pour lui » un des fondateurs du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, puis de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme.
Dès 1920, il est son frère en franc-maçonnerie. Quarante ans après, la loge Hiram publiera ses Discours maçonniques (Pierre Colman, 2010, op. cit.)

 

1919.

Épouse Rosa Decoster, une de ses collègues. Elle lui donne un fils, Louis, et une fille, Colette

 

1924.

Sollicité par Arsène Heuze et Maurice Kunel, rédacteurs-fondateurs d'un hebdomadaire artistique et littéraire, "Liège-Echos", s'occupe de la chronique des Beaux-Arts.
* C'est ainsi qu'il rencontre Richard Heintz, Armand Rassenfosse, Adrien de Witte, Auguste Mambour, Robert Crommelynck, Auguste Donnay et de nombreux autres artistes wallons.

Suit les cours d'Art wallon dispensé à l'Université de Liège par Olympe Gilbart dont il devient l'ami.

 

1930.

Bosmant publie un livre dont la grande qualité est aussitôt reconnue et qui est couronné par le prix Rouveroy : La peinture et la sculpture au pays de Liège de 1793 à nos jours.

 

Proche de nombreux artistes de Liège, conférencier notamment lors du congrès international des Amitiés françaises (1930), il y affirme l’existence d’une école wallonne de peinture.

 

Avec des peintres liégeois et verviétois, il fonde et devient président de l'Art vivant au Pays de Liège qui organise le premier Salon d'Art wallon contemporain en 1932. C'est le début d'une longue et fructueuse carrière au service de l'art en général et de l'art wallon en particulier.

 

Reçoit le prix Rouveroy pour son ouvrage La peinture et la sculpture au pays de Liège de 1793 à nos jours. « Six ans de travail nocturne et de vacances sacrifiées ». Avec un bien louable souci d’objectivité et un grand souci de la forme qui ne se démentiront pas, il fait montre d’une sensibilité éminemment « principautaire » (Pierre Colman, 2010, op cit.).

 

1932.

Organise un salon de l’art wallon contemporain.
* Il est beaucoup aidé dans cette « écrasante besogne » par le peintre Robert Crommelynck, auquel il consacre dès l’année suivante une petite monographie très chaleureuse. Ils resteront longtemps étroitement liés.

 

1935.

Publie Histoires d’hier pour ceux d’aujourd’hui

 

1939.

150e anniversaire oblige, Bosmant publie Les grands hommes de la Révolution liégeoise de 1789.

 

Sollicité par Auguste Buisseret alors échevin de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, participe à la vente d'art dégénéré organisée à Lucerne le 30 juin.

 

L’engagement politique de Jules Bosmant en faveur de la défense des valeurs démocratiques le conduit à être l’un des fondateurs, avec le professeur Victor Bohet, du Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes (CVIA), puis de la Ligue contre le Racisme et l’Antisémitisme. 

 

1940.

Vient la Blitzkrieg. Elle jette Bosmant sur les routes de l’exode. Au terme de péripéties rocambolesques, il se trouve réfugié à Toulouse, puis dans le Tarn-et-Garonne, où il est le témoin effaré d’une beuverie d’officiers français fêtant l’écrasante défaite de leur propre patrie, « la gueuse », la République.

 

Rentré à Liège, il est objet de moquerie et se voit infliger une retenue de trois mois de traitement ; sa femme est traitée de même ; leur situation financière devient critique. Pris dans un « engrenage » avec son consentement plein et entier, il entre dans la Résistance. Les Allemands, bien au fait de ses prises de position contre le nazisme, l’arrêtent le 22 juin 1941, au moment de leur entrée en guerre contre l’URSS. Ils le mettent en détention à la citadelle de Huy. Il y reste deux mois. Il y montre la même fermeté de caractère que pendant sa captivité précédente. Il y est le compagnon de misère de Julien Lahaut. En dépit de sérieuses divergences, de fortes convergences les lient. Le tribun communiste dira de lui « Celui-là, c’est un homme ! » (Pierre Colman, op. cit, 2010.)

 

Libéré quelques semaines plus tard, il rejoint les rangs des Milices patriotiques, membre fondateur du Front de l’Indépendance il sera reconnu, après la Libération, comme résistant armé.

 

1944.
Au lendemain de la Libération, Bosmant participe à la « courte aventure », riche d’aspects positifs, de L’Eclair, quotidien bruxellois « ouvert à toutes les tendances progressistes, anti-léopoldistes ». « Elle m’a pratiquement démontré que la liberté de la presse, en régime capitaliste, est le plus effronté trompe-l’œil que l’on puisse imaginer » écrit-il.

 

(sept. 1944) Nommé, par Auguste Buisseret, conservateur-adjoint de Jacques Ochs des Musées des Beaux-Arts.

* Sa vie prend alors son tournant le plus décisif et le plus heureux, selon ses propres termes. « Ne rentrez pas dans l’enseignement », lui enjoint Buisseret, qui a repris ses fonctions. « Votre place est au musée. Tout est à réorganiser. Vous y ferez de la bonne besogne. Vous serez nommé conservateur-adjoint. [Jacques] Ochs, conservateur en titre, est tout à fait d’accord ». Sa formation spécifique se limitait à des cours suivis à l’Ecole du Louvre et à un certificat délivré par l’Université de Liège pour celui que donnait Olympe Gilbart sur l’histoire de l’art wallon. Son action n’a pas pour autant été marquée du sceau de l’amateurisme. Son métier l’a amené à rencontrer maints artistes (Pierre Colman, 2010, op. cit.).

 

1945.

(octobre 1945) Présent au Congrès national wallon à Liège.

* Il se prononce en faveur du rattachement à la France.

 

1946.

Commissaire du Conseil national wallon de la Radiodiffusion.

 

1948.

Conservateur en titre.

 

1952.

Conservateur en chef des Musées des Beaux-Arts et de l'Art wallon.

 

Critique d’art et écrivain, chroniqueur, auteur de nombreuses monographies (Heintz, Ochs, Massart, Rets, Mambour), artiste, esthète, professeur, il est engagé dans le Mouvement wallon où il réclame régulièrement une autonomie wallonne en matière de beaux-arts. On peut affirmer que l’ouverture du Musée de l’Art wallon, en mai 1952, à Liège doit beaucoup à l’intelligence et à la persévérance de Jules Bosmant : « Le musée de l’art wallon devrait devenir un musée national, où l’Art wallon prouvera son existence par sa prise de conscience et par la présence de ses témoins les plus authentiques ».

 

(03/12/1952) Signataire du Manifeste des Intellectuels wallons et flamands, aussi appelé Accord Schreurs-Couvreur.

 

1955.

(Octobre 1955) Membre actif du deuxième Congrès culturel wallon 

 

1959.

Se remarie avec Alice Saucin, la veuve d’Olympe Gilbart, qui avait été son échevin, son professeur et son ami.

 

1963.

Bosmant avait tout naturellement sa place dans l’APIAW, l’Association pour le progrès intellectuel et artistique de la Wallonie. Il la quitte lorsque son animateur, le professeur Marcel Florkin, décide de mettre à l’honneur Auguste Mambour, condamné pour faits de collaboration, puis réhabilité.
* Deux ans plus tard, surmontant sa répugnance, il publie dans la collection des Monographies de l’art belge celle que méritait ce peintre de talent bien fâcheusement séduit par le nazisme.

 

Jules Bosmant s’était engagé dans la défense de la cause fouronnaise et avait été l’un des 645.499 signataires du pétitionnement fédéraliste wallon de l’automne 1963. 

 

Sans s’être lancé sur le terrain politique, il exprimera continuellement son attachement à la France dans l’ensemble de ses activités. 

 

1974.

À la fin de sa vie, il rassemble ses Souvenirs d’un ancien Belge, dans un livre paru en 1974 et dont le titre doit être davantage compris comme un manifeste que comme une manifestation de nostalgie.
Lorsqu’il sent sa fin prochaine, Bosmant éprouve le besoin de raconter sa vie. Souvenirs d’un ancien Belge, écrit en 1970 et 1971, affiche la mort du patriotisme que l’auteur avait cultivé avec ardeur en ses jeunes années, sous la vigoureuse impulsion de ses éducateurs. Plein de sympathie pour les revendications des Flamands, il avait été outré par celles des flamingants. « Je mourrai Wallon, de cœur et de raison ». Il jetait sur son passé personnel un regard sans complaisance. « J’ai publié dix-sept volumes et plus de 1 800 articles. Cet amas de chose imprimée m’a valu ce qu’on appelle poliment un succès d’estime et une notoriété… modestement locale ! Mais quoi ? J’ai fait ce que j’aimais, ce à quoi je me croyais voué ». (Pierre Colman, 2010, op cit.)

 

 

Distinctions :
Chevalier de l’Ordre de Léopold, officier de l’Ordre de la Couronne, chevalier de la Légion d’honneur, officier de l’Instruction publique, chevalier de Polonia Restituta, Jules Bosmant était en outre titulaire de la Croix de l’Yser et de la Médaille commémorative 40-45 avec glaives croisés. 

 

 

Iconographie : 
Portrait par Jacques Ochs, huile sur panneau, Liège, Musée de l’art wallon.

Croquis par Robert Crommelynck, Liège, archives de la loge Hiram. 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Fonds d’histoire du Mouvement wallon, à Liège : Inventaire des papiers de Jules Bosmant. 

 

Ouvrages

  • La peinture et la sculpture au Pays de Liège de 1793 à nos jours, Liège, Mawet éditeur, 1930. 
  • Richard Heintz: peintre de l'Ardenne, Liège, Imprimerie Bénard, 1933.
  • Robert Crommelynck, Verviers, Éditions de l'Avant-poste, 1933. 
  • Histoires d'hier pour ceux d'aujourd'hui, Liège, Éditions Desoer, 1935. 
  • Commémoration du 150ème anniversaire de la révolution liégeoise: les grands Hommes de la révolution liégeoise de 1789, Liège, Édition du Comité La Ruelle, 1939. 
  • Le paysan, Bruxelles, Éditions du cercle d'art, 1948.
  • Monographies de l'art belge : Richard Heintz, Anvers, De Sikkel pour le ministère de l’Instruction publique, 1948. 
  • Monographies de l'art belge : Jacques Ochs, Anvers, De Sikkel pour le Ministère de l'instruction publique, 1949. 
  • Le Musée des beaux-arts de Liège (collection Images de Belgique), Bruxelles, Ch. Dessart, 1952. 
  • Catalogue des Peintures, Liège, Musée d'Art Wallon, 1954. 
  • Catalogue des Sculptures, Liège, Musée d'Art Wallon, 1958.
  • Monographies de l'art belge : Robert Massart, Bruxelles, Elsevier pour le Ministère de l'e̓́ducation nationale et de la culture, 1961. 
  • Monographies de l'art belge : Jean Rets, Bruxelles, Éditions Meddens pour le Ministère de l'é̓ducation nationale et de la culture, 1963.
  • Monographies de l'art belge : Auguste Mambour, Bruxelles, Éditions Meddens pour le Ministère de l'e̓́ducation nationale et de la culture, 1965.
  • Monographies de l'art belge: Auguste Donnay, Bruxelles, Éditions Meddens pour le Ministère de l'éducation nationale et de la culture, 1967.
  • Monographies de l'art wallon : Jean Donnay, peintre et graveur, Andenne, Rémy Magermans imprimeur-éditeur, 1972 (co-auteur avec Arsène Soreil, Georges Comhaire, Francis Vanelderen et Jean Servais).
  • Souvenirs d’un ancien Belge, Liège, Les Lettres belges, 1974.

 

Catalogues d'exposition

  • Rapport sur la situation des artistes wallons. Compte-rendu du 17e congrès de littérature et d’art dramatique wallon. Bruxelles, (09-10/01/1935).
  • Hommage à la Résistance Liégeoise, la peinture française de David à Picasso, et l'art Wallon contemporain, exposition au Musée des beaux-arts (Liège) du 1er juin au 15 juillet, Liège, Ville de Liège, 1946.
  • Rétrospective Adrien Dupagne, exposition au Musée des beaux-arts (Liège) du 21 février au 21 mars, Liège, Ville de Liège, 1948.
  • Artistes wallons contemporains, exposition aux Musées de l'État (Luxembourg) du 12 novembre au 4 décembre, Bruxelles, ministère de l’Instruction publique de Belgique, 1949.
  • Quelques artistes wallons contemporains, exposition au Musée d'Art Moderne (Paris) du 11 janvier au 12 février 1950, Bruxelles, ministère de l’Instruction publique de Belgique, 1950.
  • Rétrospective Adrien de Witte, exposition au Musée des beaux-arts (Liège) du 14 octobre au 12 novembre, Liège, Ville de Liège, 1950.
  • Rétrospective Albert Lemaître : peintures, aquarelles, pastels, exposition au Musée des beaux-arts (Liège) du 15 novembre au 12 décembre, Liège, Ville de Liège, 1952.
  • Rétrospective Robert Massart, exposition au Musée des beaux-arts (Liège) du 11 mai au 11 juin, Liège, Ville de Liège, 1957.
  • Jean Del Cour 1651-1707, exposition à l'Hôtel de ville (Liège) du 29 septembre au 20 octobre, Liège, Ville de Liège, 1957.
  • Rétrospective Jean Donnay, exposition au Musée des beaux-arts (Liège) du 23 novembre 1957 au 5 janvier 1958, Liège, Ville de Liège, 1957.
  • Rétrospective Edgar Scauflaire, exposition au Musée des beaux-arts (Liège), Liège, Ville de Liège, 1958.
  • Rétrospective Jean Rets, exposition au Musée des beaux-arts (Liège) du 17 mars au 23 avril, Liège, Ville de Liège, 1972.

 

 

SUR JULES BOSMANT

  • Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 172
  • La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. III, p. 384-385
  • Pierre Colman, dans Nouvelle Biographie nationale, t. 10, p. 50-52
  • Dictionnaire des Wallons (2013)

 

Note

© Portrait par Jacques Ochs, huile sur panneau, Liège, Musée de l’art wallon

Bibliographie de Bosmant Jules (7)