Efforçons nous donc de résumer l'histoire de l'abstraction selon le point de vue des géométriques» (construits, concrets, formels, froids ou autres dénominations plus ou moins synonymiques) en Communauté française et d'apporter quelques éléments supplémentaires à la compréhension de ce mouvement après les divers catalogues (pour exemples, Le groupe Réalité-Cobra, Flémalle, La Châtaigneraie, 1982; Les premiers abstraits wallons, Flémalle, Centre Wallon d'Art Contemporain, 1984; Le groupe Art Abstrait, Flémalle, Centre Wallon d'Art Contemporain, 1986; Art construit belge, d'hier et de demain, La Louvière, Musée lanchelevici, 2001; Sculpture construite belge, La Louvière, Musée lanchelevici, 2004; etc.) qui y furent déjà consacrés et dans l'attente qu'un ouvrage de synthèse puisse être réalisé. Notons que cette exposition est élaborée à partir des collections de la Communauté française ce qui expliquera l'absence de certains artistes tels Joseph Lacasse ou Guillaume Vandenborre ou l'impossibilité de rendre compte de certains groupes tel Réalité-Cobra...
Prémices. Rappelons en quelques mots la question de l'origine de l'abstraction en Belgique en partant de la citation de Michel Seuphor ci-dessous et en la rectifiant légèrement en ce qui concerne l'œuvre de Joseph Lacasse.
Dans la querelle des priorités, il semble bien que Peeters et Servranckx sont tous deux battus par Vantongerloo à propos duquel la date de 1917 ne saurait être mise en doute; Vantongerloo est battu par Lacasse et par Kandinsky; ceux-ci à leur tour par Degas, des monotypes abstraits de ce peintre ont été exposés au Salon des Réalités Nouvelles en 1954, ils dataient de 1885.» (Michel Seuphor, in L'Art abstrait en Flandre, Bruxelles, ed. Arcade, 1963, p.47)
Les Cailloux de Lacasse: «(...) On peut savoir que ce sont des cailloux: je ramenais des pierres chez moi parce que je voulais dessiner des formes, il est vrai. Je ne co- piais pas les cailloux, non, et la preuve c'est qu'on ne reconnaît pas, dans les pastels, le sujet proprement dit. Enfin, pour moi, ce n'était rien d'autre qu'une pierre. Je n'ai pas dessiné l'abstraction d'une pierre mais la pierre elle-même. J'ai voulu en même temps, essayer de restituer ce que ce caillou me faisait.» (Joseph Lacasse, in Lacasse par lui-même, Anvers, ed. Fonds Mercator, 1974, p.81). Ainsi pour Lacasse, les cailloux ne relèvent pas de l'abs- traction mais bien plutôt d'une sorte de réalisme intuitif et ces expériences de l'abs- traction dateraient plutôt des années 1922 (abstraction déduite) et 1924 (abstraction induite), durant ce que nous appellerions sa période italienne.
Quant à Victor Servranckx, d'origine flamande, mais relevant de la Région bruxelloise-bilingue et participant des activités des deux communautés- puisqu'il y a doute quant à la présentation d'œuvres abstraites à la galerie Giroux en 1917, nous le considérerons comme le premier abstrait de l'entre-deux-guerres.