Glossaire

Définitions et notes de vocabulaire de la base. 16 entrées, dont 13 rédigées ; les autres sont en attente d’encodage.

Art

ART – SOMMAIRE

Architectes 
Artisan.e.s
Cinéastes
Critiques
Ethnologues
Ecrivain.e.s
Historien.ne.s d’Art
Musicien.ne.s
Philosophes
Photographes
Plasticien.ne.s
Politicien.ne.s
Psychanalystes
Sociologues
Scientifiques

 

Architectes

 

Alberti Leone Battista (1404-1472)

La beauté est une concordance de toutes les parties, qui réunit simultanément les proportions et le discours, de telle manière qu'on ne puisse y ajouter, ôter ou changer quelque chose sans lui nuire.

 

Gaudi Antonio (1852-1926).

La création continue incessamment par l’intermédiaire de l’homme. Mais l’homme ne crée pas : il découvre. Ceux qui cherchent les lois de la nature comme appui de leurs œuvres nouvelles collaborent avec le Créateur. Les copistes ne collaborent pas. C’est pourquoi l’originalité consiste à retourner à l’origine.

 

Guimard Hector (1867-1942)

" Il m'a semblé avant tout nécessaire d'abandonner la tradition classique et de ne pas essayer, en 1899, de travailler à la façon de 1829. Il m'est apparu que l'art devrait s'appuyer sur la science, et que, pour tout ce qui concernerait la conception artistique, on devrait tendre à l'unité qui est celle de la nature même - car la logique de la nature est impeccable. "

 

Wright Frank Lloyd (1867-1959)

 Je déclare que l’heure est venue pour l’architecture de reconnaître sa propre nature, de comprendre qu’elle dérive de la vie. "

 

L'espace est la respiration de l'art.

 

J’avertis Henry Russell Hitchcock, ici et maintenant, que, ayant commencé sous d’heureux auspices, j’entends être, non seulement le plus grand architecte qui ait jamais vécu jusqu’à ce jour, mais encore le plus grand qui vivra jamais. Oui, j’entends être le plus grand architecte de tous les temps. Cela dit, je mets le carré rouge et je signe cet avertissement. (Frank Lloyd Wright en réponse à un critique, 1930)

 

Loos Adolf (1870-1933)

L’ornement est un crime ! 

 

Perret Auguste (1974-1954)

L'architecture, c'est ce qui fait les belles ruines.

 

Le Corbusier Charles Édouard Jeanneret-Gris dit (1887-1965).

Je pense que si l’on accorde quelconque signification à mon œuvre d’architecte, c’est à ce labeur secret qu’il faut en attribuer la valeur profonde. (1948)

 

Ma chance, c’est de ne pas être allé à l’école, de ne pas avoir eu à désapprendre ce que l’on m’y aurait appris.

 

L'art est de nature hypnotique, c'est la plus grande force politique qui existe.

 

L'art est la manière de mettre les choses en ordre, à leur place, à leur mesure. (L'art et la réalité, p. 83)

 

 

Artisan.e.s

 

Chanel Coco (1883-1971)

La mode, c'est ce qu'on trouve beau et qui devient laid, l'art c'est ce qu'on trouve laid et qui devient beau. 

 

Saint-Laurent Yves (1936-2008)

L'art, la création, c'est la manifestation du divin en l'homme. La recherche de la pureté.

 

Cinéastes

 

Chaplin Charlie (1889-1977)

L'art est une émotion supplémentaire qui vient s'ajouter à une technique habile.

 

L'histoire n'est pas une science, c'est un art. On n'y réussit que par l'imagination (Chaplin)

 

Bresson Robert (1901-1999)

C'est dans sa forme pure qu'un art frappe fort.

 

L'hostilité à l'art, c'est aussi l'hostilité au neuf, à l'imprévu.

 

Il n’y a pas d’art sans surprise, sans changement (Robert Bresson).

 

Godard Jean-Luc (1930-2022)

L'art ne nous attire que parce qu'il révèle notre moi le plus secret.

 

Lonsdale Michael (1931-2020)

L'art trouve souvent sa source dans une blessure, un manque, et il n'est pas rare que les artistes soient foncièrement des révoltés, des êtres en recherche. Par l'art, je crois que nous cherchons à dépasser la douleur pour laisser advenir un monde meilleur.

La création, c'est comme un cri." 

 

Tarkovski Andrei (1932-1986)

Plus il y a de mal dans le monde, plus il y a de raisons de faire des œuvres d'art.

 

Un art dépourvu de toute spiritualité porte en lui sa propre tragédie. Le simple constat sur l'absence de spiritualité de son temps exige déjà de l'artiste une évidente qualité spirituelle. Car l'artiste véritable est toujours au service de l'immortalité. Il essaie d'immortaliser le monde et l'homme qui l'habite. L'artiste qui n'aspire pas à la vérité absolue, qui se détourne de son dessein universel au profit du particulier, se condamne à une gloire rien qu'éphémère (Le Temps scellé : de L'Enfance d'Ivan au Sacrifice, trad. Anne Kichilov, Charles H. de Brantes, Paris : Éditions de l'Étoile / Cahiers du cinéma, 1989)

 

La fonction de l'art n'est pas, comme le croient même certains artistes, d'imposer des idées ou de servir d'exemple. Elle est de préparer l'homme à sa mort, de labourer et d'irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien (Le Temps scellé : de L'Enfance d'Ivan au Sacrifice, 1989)

 

Un artiste ne peut rester sourd à l'appel de la vérité qui, seule, forge, organise sa volonté créatrice, et le rend capable de transmettre sa foi aux autres. Un artiste qui n'a pas la foi : autant parler d'un peintre qui serait aveugle de naissance. (Le Temps scellé : de L'Enfance d'Ivan au Sacrifice (1989)

 

L'art nous fait appréhender le réel à travers une expérience subjective. Avec la science, la connaissance de l'univers évolue d'étape en étape, comme si elle gravissait les degrés d'un escalier sans fin, chacune réfutant souvent celle qui l'a précédée, au nom de vérités particulières objectives. En art, la connaissance est toujours une vision nouvelle et unique de l'univers, un hiéroglyphe de la vérité absolue. Elle est reçue comme une révélation, ou un désir spontané et brûlant d'appréhender intuitivement toutes les lois qui régissent le monde : sa beauté et sa laideur, sa douceur et sa cruauté, son infinité et ses limites.

 

L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains. L'art contemporain a fait fausse route quand il a remplacé la quête du sens de la vie par l'affirmation de l'individualité pour elle-même. Cette prétendue création prend un air suspect avec sa proclamation de la valeur intrinsèque de l'acte personnel. Car l'individualisme ne s'affirme pas dans la création artistique. Elle est au service de l'idéal. L'artiste est un serviteur, éternellement redevable du don qu'il a reçu comme par miracle.

 

La fonction de l'art n'est pas, comme le croient même certains artistes, d'imposer des idées ou de servir d'exemple. Elle est de préparer l'homme à sa mort, de labourer et d'irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien (Tarkovski)

 

Coppola Francis Ford (1939- )

L’art c’est immobiliser le temps

 

 

Lynch David (1946- )

Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d'une œuvre d'art qu'elle veuille dire quelque chose alors qu'ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien.

 

 

Critiques

 

Ruskin John (1819-1900)

L’art est beau quand la main, la tête et le cœur travaillent ensemble.

 

Morice Charles (1860-1919)

Les grandes époques disent : l'Art. Les époques médiocres disent : les arts.

 

Rambosson Yvanohé (1872-1943)

Un tel art annonciateur d'une prédominance de l'esprit, guidé par un instinct épuré, sur le bas matérialisme a une importance qui dépasse les simples discussions de chapelles. Il ne faut pas s'étonner de le voir en contradiction avec ce qui représente dans le monde les forces brutales et les revenez-y ancestraux.

Le dynamisme de l'art, bien qu'il ne se mesure ni par des chevaux-vapeur, ni par des bougies n'en a pas: moins des répercussions profondes sur les civilisations. Une époque qui voit s'épanouir à un degré si parfait l'abstraction est une grande époque, n'en déplaise aux esthétiques de dictature ou aux castes infestées de bourgeoisisme matérialiste dans toutes les nations. (Texte daté de 1937 in Album des Réalités Nouvelles, 1947)

 

Couturier P. Marie-Alain (1897-1954)

En art, ce n'est pas ce que nous faisons, c'est ce que nous aimons qui nous juge: on fait ce qu'on peut, mais on choisit ce qu'on aime.

 

Bonito Oliva Achille (1939- )

Requalifier le rôle de l'art, signifie pour l'artiste reconquérir son propre territoire reporter sa propre pratique au-dedans des frontières spécifiques d'une opération qui ne se mesure pas avec le monde, mais avant tout avec sa propre histoire et avec l'histoire de son propre langage. (La Transavantgarde italienne).

 

 

Ethnologues

 

Maus Marcel (1872-1950)

L’objet d’art est celui qui est reconnu pour tel par un groupe.

 

 

 

Ecrivain.e.s

 

Hippocrate (-460 – 377)

La vie est courte, l’art est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile. (Aphorismes, I )

 

Aristote (-384 – 322)

C’est par l’expérience que progressent la science et l’art (Aristote, Métaphysique)

 

Terence (-190 - -159)

Tout a été dit. 

 

Quintilien (35-100)

Savoir dissimuler l'art est le comble de l'art (De l'institution oratoire, IV - env. 90 ap. J.-C.)

 

 

Ficin Marsile (1433-1499)

La puissance humaine est à peu près semblable à la nature divine : ce que Dieu crée dans le monde par la pensée, l’esprit [humain] le conçoit en lui-même par l’acte intellectuel, l’exprime par le langage, l’écrit dans livres, le figure par ce qu’il construit dans la matière du monde. Il est le dieu de tous les êtres matériels qu’il traite, modifie et transforme.

 

(…) Dans les œuvres d'art qui intéressent la vue et l'ouïe, l'esprit de l'artiste se révèle tout entier et beaucoup moins pour les autres sens. Dans les tableaux et les constructions rayonnent le savoir et l'habilité de l'artiste ; nous pouvons y voir la disposition et comme l'image de son esprit, car l'esprit s'y exprime et s'y reflète aussi bien qu'un miroir réfléchit le visage de celui qui s'y regarde. (Ficin)

 

Ronsard Pierre de (1524-1585)

(…) la nature et l'art sont des dons communs de Dieu sans lesquels le poète ne doit espérer de rendre quelque œuvre louable et excellent.

 

Montaigne Michel de (1533-1592)

Mon métier et mon art, c’est vivre. (« Essais, II, 6 »)

 

Bossuet Jacques-Bénigne (1627-1704)

Il y a tant d'art dans la nature, que l'art même ne consiste qu'à la bien entendre et à l'imiter.

 

Boileau Nicolas (1636-1711)

Un beau désordre est un effet de l'art.

 

Soyez simple avec l’art.

 

Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez. 

 

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux
Qui par l'art imité, ne puisse plaire à nos yeux.
Dans les ouvrages de l'art c'est le travail et l'achèvement que l'on considère, au lieu que dans les ouvrages de la nature, c'est le sublime et le prodigieux. (Réflexions critiques sur... Longin, 30.)

 

Quelquefois dans sa course un esprit vigoureux,
Trop resserré par l'art, sort des règles prescrites,
Et de l'art même apprend à franchir leurs limites. (l'Art poétique, IV.)

 

Boileau définira l'art : la nature observée par une tête bien faite. (Émile Faguet, Études littéraires, XVIIe s., p. 359.) 

 

La Bruyère Jean de (1645-1696)

Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé ; l'on ne fait qu'à glaner après les anciens et les habiles d'entre les modernes. 

 

L'art gâte quelquefois la nature, en cherchant à la perfectionner. (Les Caractères, I.)

Il y a dans l'art un point de perfection, comme de bonté ou de maturité dans la nature. (Les Caractères, I, 10.)

 

Fénelon (François de Salignac de la Mothe-Fénelon) (1651-1715)

Afin qu'un ouvrage soit véritablement beau, il faut que l'auteur s'y oublie, et me permette de l'oublier.

 

Swift Jonathan (1997-1745)

La mission de l'art est de voir l'invisible

 

Montesquieu (Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu) (1689-1755)

La création, qui paraît être un acte arbitraire, suppose des règles aussi invariables que la fatalité des athées.

 

Voltaire (1694-1778)

Le plus grand écueil des arts dans le monde, c'est ce qu'on appelle les lieux communs (Les pensées philosophiques, 1862).

 

Sachez que le secret des arts est de corriger la nature.

 

L'art le plus innocent tient de la perfidie (Voltaire).

 

du Deffand Mme (1697-1780)

La vérité que cherche l'œuvre d'art, c'est la vérité éternelle de ce qui est singulier.

 

Buffon Georges Louis Leclerc comte de (1707-1788)

Toutes les idées des arts ont leurs modèles dans la production de la nature : Dieu a créé et l'homme imite (Extrait de Histoire naturelle, Premier discours)

 

Goldoni Carlo (1707-1793)

L'art cache l'étude sous l'apparence du naturel (Mes mémoires pour servir à l'histoire, 1787)

 

de Brignicourt Simon (1709-1775)

II faut souvent que l'art surpasse la nature, pour être censé l'égaler (Les pensées et réflexions philosophiques, 1755)

 

Rousseau Jean-Jacques. (1712-1778)

Les arts, comme les sciences doivent leur naissance à nos vices : nous serions moins en doute sur leurs avantages, s'ils la devaient à nos vertus. (Discours sur les Sciences et les Arts - Seconde partie)

 

Diderot Denis (1713-1784)

Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! 

 

Vauvenargues (Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues) (1717-1747)

Les dons de la nature valent mieux que les dons de l'art ; cependant l'art est nécessaire pour faire fleurir les talents (...) (Réflexions et maximes.)

 

L'art est nécessaire pour faire fleurir les talents, un beau naturel négligé ne porte jamais de fruits mûrs (Réflexions et maximes, 1746)

 

von Goethe Johann Wolfgang (1749-1832)

Ah ! Dieu ! l'art est long, et notre vie est courte !

 

L'art est le plus sûr moyen de se soustraire aux exigences du monde, et cependant il n'y a pas de liaisons plus sûres que celles dont l'art est le principe (Les maximes et réflexions, 1749-1832)

 

L'art et le vin servent au rapprochement des peuples (Maximes et réflexions, 1749-1832)

 

L'art est la réalisation du difficile, du beau et du bon (Les affinités électives, 1809)

 

L'art est le plus sûr moyen de se soustraire aux exigences du monde, et cependant il n'y a pas de liaisons plus sûres que celles dont l'art est le principe. (Les maximes et réflexions)

 

Celui à qui la nature commence à dévoiler son mystère manifeste éprouve un attrait invincible pour l'art, son plus digne interprète (Les maximes et réflexions)

 

Une belle ligne est la manifestation d'une vérité cachée que nous n'aurions pas soupçonnée sans cette apparence.

 

Le plus grand art en fin de compte est de savoir se limiter et s'isoler.

 

L’art seul, et en particulier la poésie, impose des limites à l’imagination. Il n’y a rien de terrible comme l’imagination sans le goût.

 

Détruire importe peu, ce qui importe c'est de construire, et de construire quelque chose en quoi l'humanité puisse trouver de pures jouissances.

 

L'art a pour destination de saisir et de représenter le réel comme vrai, c'est-à-dire dans sa conformité avec l'Idée, conforme elle-même à sa véritable nature ou parvenue à l'existence réfléchie.

 

Dans l’art et dans la science, aussi bien que dans l’action et la pratique, l’essentiel est de saisir nettement les objets, et de les traiter conformément à leur nature.

 

Les matériaux de l’art sont à la portée de tous. L’idée n’appartient qu’à l’esprit original, et la forme est un secret presque pour tout le monde.

 

On dit à l'artiste : Étudiez la nature. Mais ce n'est pas une petite difficulté que de tirer le noble du commun et de donner le caractère de la beauté à ce qui est informe.

 

L'homme ne peut rester longtemps dans l'état conscient ; il doit se replonger dans l'inconscient car là vit la racine de son être 

 

Dans l’art, on doit tout ramener au point de vue pratique, et par conséquent faire en sorte que les diverses manifestations de l’idée du beau que l’artiste est appelé à réaliser, conservent, malgré leur affinité, leur indépendance réciproque, et ne se contrarient pas mutuellement. La peinture, la sculpture et la mimique ont entre elles des rapports indestructibles. Cependant, l’artiste attaché à un de ces arts doit bien se garder de recevoir des autres une atteinte funeste. Le sculpteur peut se laisser séduire par le peintre, celui-ci par l’acteur mimique, et tous trois brouiller tellement les genres, qu’aucun d’eux ne conserve son originalité (Goethe).

 

Rivarol Antoine de (1753-1801)

L'art doit se donner un but qui recule sans cesse, et mettre l'infini entre lui et son modèle (L'esprit de Rivarol, 1808)

 

L'art fait tout avec art, et la nature fait tout sans art (Pensées inédites de Rivarol,1836)

 

Joubert Joseph (1754-1824)

L’objet de l’art est d’unir la matière aux formes qui sont ce que la nature a de plus vrai, de plus beau et de plus pur. (Pensées)

 

L'art est l'habileté réduite en théorie. (Pensées, XX.)

 

Il y a dans l'art beaucoup de beautés qui ne deviennent naturelles qu'à force d'art. (Pensées, XX, 11.)

 

Je ne veux pas qu'on soit un charlatan et qu'on n’use en rien d'artifice ; mais je veux qu'on observe l'art : l'art est de cacher l'art. (Lettre à Mme de Beaumont, 12 sept. 1801.)

 

Être naturel dans les arts, c'est être sincère.

 

L'art n'est que du naturel perfectionné.

 

Il faut qu'un ouvrage de l'art ait l'air non point d'une réalité, mais d'une idée.

 

La nature bien ordonnée, contemplée par l'homme bien ordonné, est la base, le fondement, l'essence du beau poétique (Joseph Joubert).

 

Blake William (1757-1827)

L'art est la vie, la vie c'est l'art (Le premier Livre d'Urizen, 1794)

 

Chenier André (1762-1794)

L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète. (Elégies)

 

L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète. (Élégies, XXI.)

 

de Chateaubriand François-René (1768-1848)

L'art est le pressentiment des formes supérieures qui dorment encore dans les choses naturelles (Pensées, réflexions et maximes, 1848)

 

Jean-Paul (Johann Paul Friedrich Richter dit) (1763-1825)

L’art a un arrosoir, mais la nature a les nuages (Être là dans l’existence)

 

Hölderlin Friedrich (1770-1843)

Nous ne sommes rien. C'est ce que nous cherchons qui est tout.

 

Novalis (Georg Philipp Friedrich von Hardenberg) (1772-1801)

L'art est le compliment de la nature (Le brouillon général, 1798-1799)

 

Ce n'est pas le sujet qui est le but de l'art, mais l'exécution ! (Novalis)

 

Martin Louis-Auguste (1776-1841)

L'art est le moyen d'imiter la nature et de reproduire d'une manière sensible des objets conçus dans l'esprit, c'est la réalisation au dehors d'une vue de l'âme, d'un sentiment ou d'une idée. (L'esprit moral du XIXe siècle, 1855)

 

L'art étant une sorte d'intermédiaire entre la nature physique et la nature morale, et se servant de l'une pour exprimer l'autre, doit passer par les sens avant d'arriver à l'esprit ; mais s'il ne parlait qu'aux yeux ou aux oreilles, il serait une image aussi fugitive qu'une ombre, aussi éphémère qu'un son (L'esprit moral du XIXe siècle, 1855)

 

Le secret de l'art consiste à associer des impressions diverses, de manière que la fantaisie passe sans effort de l'une à l'autre, et que toutes conspirent avec harmonie à en faire ressortir une principale. Les couleurs refléteront, suivant leurs nuances, des idées sombres ou riantes, des sentiments doux ou pénibles. La régularité et le poli des contours reproduiront la pureté, la droiture, la justice. L'emblème de la beauté naîtra de la réunion sur un seul corps de tous ses types égarés sur plusieurs (L'esprit moral du XIXe siècle, 1855)

 

Pour produire l'art, on concentre en un faisceau tout ce qu'on a de sentiments divers, d'idées particulières, et l'on en fait jaillir une expression aussi variée, aussi neuve et aussi sublime que possible (L'esprit moral du XIXe siècle, 1855)

 

L'art est l'expression de la vie qui est en nous. C'est la vie elle-même, se réalisant, se communiquant et faisant effort pour s'éterniser (L'esprit moral du XIXe siècle,1855)

 

de Lamartine Alphonse (1790-1869)

Le sublime lasse, le beau trompe, le pathétique seul est infaillible dans l'art. Celui qui sait attendrir sait tout (Confidences)

 

Stendhal (1793-1842)

Chaque civilisation n'a qu'un moment dans sa vie pour produire ses chefs-d'œuvre, et nous commençons à peint une civilisation nouvelle… 

 

Il est difficile de ne pas voir ce que cherche le 19e siècle: une soif croissante d'émotions fortes est son vrai caractère… C'est donc par une peinture exacte et enflammée du cœur humain que le 19e siècle se distinguera de tout ce qui l'a précédé. 

 

Tous les arts sont fondés sur un certain degré de fausseté. (Vies de Haydn, de Mozart et de Metastase)

 

Dans les arts rien ne vit qui se donne continuellement du plaisir.

 

L'expression est tout l'art. Un tableau sans expression n'est qu'une image pour amuser les yeux un instant. Les peintres doivent sans doute posséder le dessin, le coloris, la perspective, etc. Mais s'arrêter dans une de ces perfections subalternes, c'est prendre le moyen pour le but (...) (Histoire de la peinture en Italie, XX, in Matoré.)

Les cent hommes qui sur dix millions comprennent le Beau qui n'est pas imitation ou perfectionnement du Beau déjà compris par le vulgaire ont besoin de vingt ou trente ans pour persuader aux vingt mille âmes les plus sensibles après les leurs, que ce nouveau Beau est réellement Beau.

 

(…) il faut sentir et non savoir (…).

 

L'homme froid n'arrivera qu'à une connaissance imparfaite des arts, par la connaissance, qui ne vaut pas les sensations. Ses connaissances augmentent ; il a de nouveaux plaisirs. Il n'aurait jamais cru que penser fît sentir ; ni moi non plus ; et je fus bien surpris quand, étudiant la peinture uniquement par ennui, je trouvai qu'elle portait un baume sur des chagrins cruels.

 

Le beau idéal moderne est formé sur cette dissemblance générale qui sépare la vie de salon de la vie de forum.

 

La beauté est l'expression d'une certaine manière habituelle de chercher le bonheur ; les passions sont la manière accidentelle.

 

Tout but moral, c'est-à-dire d'intérêt dans l'artiste, tue tout ouvrage d'art. (Stendhal)

 

de Vigny Alfred (1797-1863)

L'art ne doit jamais être considéré que dans ses rapports avec la beauté idéale. Il faut le dire, ce qu'il y ajoute de vrai n'est que secondaire ; c'est seulement une illusion de plus dont il s'embellit, un de nos penchants qu'il caresse. Il pourrait s'en passer, car la vérité dont il doit se nourrir est la vérité d'observation sur la nature humaine et non l'authenticité du fait (Cinq-Mars, 1826)

 

L'art est la vérité choisie (Journal d'un poète, 1829)

 

Balzac Honoré de (1799-1850)

Les chefs-d'œuvre sont, heureusement, toujours jeunes.

 

A chaque œuvre sa forme.

 

Les plus grands efforts de l'art sont toujours une timide contrefaçon des effets de la nature.

 

L'art procède du cerveau et non du cœur.

 

Le vrai de la nature ne sera jamais le vrai de l'art ; mais, si l'art et la nature se rencontrent exactement dans une œuvre, c'est que la nature, dont les hasards sont innombrables, est alors arrivée aux conditions de l'art (Maximes et pensées, 1856)

 

Qui dit art, dit mensonge.

 

Le travail constant est la loi de l'art comme celle de la vie (...) (La Cousine Bette, Pl., t. VI, p. 322.)

 

La mission de l'art n'est pas de copier la nature mais de l'exprimer. […] Ni le peintre, ni le sculpteur, ni le poète ne doivent séparer l'effet de la cause qui sont invinciblement l'un dans l'autre ! Vous ne descendez pas assez dans l'intimité de la forme. (Le Chef-d'œuvre inconnu, Pl., t. IX, p. 394.)

 

L'art littéraire, en France, ne pourra jamais divorcer avec la raison. (La comédie humaine, 1822-1825)

 

Hugo Victor (1802-1885)

L'art, c'est le reflet que renvoie l'âme humaine éblouie de la splendeur du beau. (Océan)

 

L'art, c'est le relief du beau au-dessus du genre humain (Faits et croyances, 1840)

 

L'art, c'est la création propre à l'homme. L'art est le produit nécessaire et fatal d'une intelligence limitée, comme la nature est le produit nécessaire et fatal d'une intelligence infinie. L'art est à l'homme ce que la nature est à Dieu. (Post-scriptum de ma vie, p. 5.)

 

Car la poésie vraie, la poésie complète, est dans l'harmonie des contraires (...)

 

Tout est sujet ; tout relève de l'art ; tout a droit de cité en poésie (...) le poète est libre.

 

Tout ce qui est dans la nature est dans l'art. (Préface de Cromwell, p. 48.)

 

L'art, c'est la pensée humaine qui va brisant toute chaîne ! (Les Châtiments, L'art et le peuple, le 7 novembre 1851).

 

Tout ce qui existe dans le monde, dans l'histoire, dans la vie, dans l'homme, tout doit et peut s'y réfléchir, mais sous la baguette magique de l'art.

 

Le but de l'art est presque divin ; ressusciter s'il fait de l'histoire ; créer, s'il fait de la poésie.

 

L’art est un pâtre obscur qui marche les pieds nus.

 

En art point de frontière. 

 

Qui veut la liberté de l’art doit vouloir la liberté de la critique. (Les orientales, Préface. 1829)

 

Sainte-Beuve, Charles-Augustin (1804-1869)

L'art dans la force de génération qui lui est propre, a quelque chose de fixe, d'accompli, de définitif, qui crée à un moment donné, et dont le produit ne meurt plus (V. Hugo. Critiques et portraites littéraires, 1833)

 

Sand Georges (1804-1876)

L'art n'est pas une étude de la réalité positive c'est une recherche de la vérité idéale (La mare au diable)

 

L'art n'est pas une étude de la réalité positive ; c'est une recherche de la vérité idéale (La Mare au Diable)

 

L'art est comme la nature, il est toujours beau (La petite Fadette, 1849)

 

L'art est une démonstration dont la nature est la preuve (Avant-propos de François le Champi,1850)

 

L'art doit être la recherche de la vérité, et la vérité n'est pas la peinture du mal. Elle doit être la peinture du mal et du bien. Un peintre qui ne voit que l'un est aussi faux que celui qui ne voit que l'autre. La vie n'est pas bourrée que de monstres. La société n'est pas formée que de scélérats et de misérables (Correspondance avec Flaubert)

 

Les chefs-d'œuvre ne sont jamais que des tentatives heureuses. (Georges Sand)

 

d’Agoult Marie (1805-1876)

Sachons mettre l'art dans la vie, et la vie dans l'art (Les esquisses morales, 1849)

 

Il y a l'art serf et l'art libre ; l'artiste subalterne qui s'asservit à la nature, et l'artiste, si bien nommé maître, qui la possède. Pour l'un, le but suprême est de copier une forme ; pour l'autre, c'est de faire obéir la forme à sa pensée (Les esquisses morales, 1849)

 

Vernier Jean-Napoléon (1807-1885)

L'art n'a qu'un but : le beau, mais chacun doit y arriver par des voies différentes (Les fables, pensées et poésies, 1865)

 

Nerval Gérard de (1808-1855)

Le vrai, c’est le faux, du moins en art et en poésie

 

Poe Edgar Allan (1809-1859)

L’important, c’est de savoir ce qu’il faut observer.

 

Musset Alfred de (1810-1857)

Il n'y a pas d'art, il n'y a que des hommes. (Un mot sur l'art moderne)

 

(...) l'art est constamment au-dessous de la nature, surtout lorsqu'il cherche à l'embellir. (La nuit vénitienne, in comédies et proverbes, t. 1, p. 347.)

 

Gautier Théophile (1811-1872)

L'art pour l'art signifie, pour les adeptes, un travail dégagé de toute préoccupation autre que celle du beau en lui-même. (…) Le programme de l'école moderne (…) est de rechercher la beauté pour elle-même avec une impartialité complète, un désintéressement parfait, sans demander le succès à des allusions ou à des tendances étrangères au sujet traité, et nous croyons que c'est là assurément la manière la plus philosophique d'envisager l'art (…).
Est-ce à dire pour cela que l'art doive se renfermer dans un indifférentisme de parti-pris, dans un détachement glacial de toute chose vivace et contemporaine pour n'admirer, Narcisse idéal, que sa propre réflexion dans l'eau et devenir amoureux de lui-même ? Non, un artiste avant tout est un homme ; il peut refléter dans son œuvre, soit qu'il les partage, soit qu'il les repousse, les amours, les haines, les passions, les croyances et les préjugés de son temps, à la condition que l'art sacré sera toujours pour lui le but et non le moyen. Ce qui a été exécuté dans une autre intention que de satisfaire aux éternelles lois du beau ne saurait avoir de valeur dans l'avenir.

 

Tout passe. L'art robuste
Seul a l'éternité.
Le buste
Survit à la cité (...)
Les dieux eux-mêmes meurent,
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains. (Émaux et Camées, « L'art ».)

 

Nous croyons à l'autonomie de l'art ; l'art pour nous n'est pas le moyen, mais le but ; tout artiste qui se propose autre chose que le beau n'est pas un artiste (...) (l'Artiste, 14 déc. 1856.)

 

Il n'y a rien de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien (Mademoiselle de Maupin)

 

On peint avec le cœur et la tête plus qu'avec les mains.

 

A quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l'inventeur de la moutarde blanche ?
Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car l'expression de quelque besoin, et ceux de l'homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. L'endroit le plus utile d'une maison, ce sont les latrines.

 

A quoi cela sert-il ? Cela sert à être beau. N'est-ce pas assez ? Comme les fleurs, comme les parfums, comme les oiseaux, comme tout ce que l'homme n'a pu détourner et dépraver à son usage.
En général, dès qu'une chose devient utile, elle cesse d'être belle. Elle rentre dans la vie positive ; de poésie, elle devient prose, de libre, esclave. Tout l'art est là.
L'art c'est la liberté, le luxe, l'efflorescence ; c'est l'épanouissement de l'âme dans l'oisiveté… Il y a et il y aura toujours des âmes artistes à qui les tableaux de Ingres et de Delacroix, les aquarelles de Boulanger et de Decamps sembleront plus utiles que les chemins de fer et les bateaux à vapeur.

 

Ce roman (Mlle de Maupin), ce conte, ce tableau, cette rêverie continuée avec l'obstination d'un peintre, cette espèce d'hymne à la Beauté, avait surtout ce grand résultat d'établir définitivement la condition génératrice des œuvres d'art, c'est-à-dire l'amour exclusif du beau, l'Idée fixe. (Charles Baudelaire)

 

Leconte de Lisle Charles-Marie (1818-1894)

L'art et la science, longtemps séparé par suite des efforts divergents de l'intelligence, doivent donc tendre à s'unir étroitement si ce n'est à se confondre. L'un a été la révélation primitive de l'idéal contenu dans la nature extérieure ; l'autre en a été l'étude passionnée et l'exposition lumineuse.

 

Eliot George (1819-1880)

Si l'art n'élargit pas la sensibilité des hommes, il n'apporte rien sur le plan moral.

 

Ruskin John (1819-1900)

L'art est beau quand la main, la tête et le cœur travaillent ensemble. 

 

Flaubert Gustave (1821-1880)

L'art est la recherche de l'inutile ; il est dans la spéculation ce qu'est l'héroïsme dans la morale. (Carnets)

 

Dans l'art, au moins, tout est liberté dans ce monde des fictions. (Correspondance)

 

L’art n’est pas un mensonge (Correspondance, 1847-1852)

 

Le plus haut dans l'art, ce n'est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de nous mettre en rut ou en fureur, mais d'agir à la façon de la nature, c'est-à-dire de faire rêver.

 

L'art est assez vaste pour occuper tout un homme ; en distraire quelque chose est presque un crime, c'est un vol fait à l'idée, un manque au devoir.

 

La morale de l'Art consiste dans sa beauté même.

 

Le seul moyen de n'être pas malheureux c'est de t'enfermer dans l'Art et de compter pour rien tout le reste ; l'orgueil remplace tout quand il est assis sur une large base (Lettre à Alfred Le Poittevin, le 13 mai 1845)

 

L'Art comme une étoile, voit la terre rouler sans s'en émouvoir, scintillant dans son azur ; le beau ne se détache pas du ciel (Lettre à Louise Colet, le 30 août 1846)

 

L'art ne réclame ni complaisance ni politesse, rien que la foi, la foi toujours et la liberté (Lettre à Léon Laurent-Pichat, le 2 octobre 1856)

 

Les plus forts y ont péri. L'art est un luxe ; il veut des mains blanches et calmes. On fait d'abord une petite concession, puis deux, puis vingt. On s'illusionne sur sa moralité pendant longtemps. Puis on s’en f... complètement et puis on devient imbécile, tout à fait, ou approchant (Lettre à Ernest Feydeau, le 3 novembre 1859)

 

L'humanité nous hait, nous ne la servons pas et nous la haïssons ; car elle nous blesse. Aimons-nous donc en l'Art comme les mystiques s'aiment en Dieu et que tout pâlisse devant cet amour. Que toutes les autres chandelles de la vie disparaissent devant ce grand soleil (Les pensées, 1915)

 

Tout est là : l'amour de l'Art (Les pensées, 1915)

 

L'humanité nous hait, nous ne la servons pas et nous la haïssons ; car elle nous blesse. Aimons-nous donc en l'Art comme les mystiques s'aiment en Dieu et que tout pâlisse devant cet amour. Que toutes les autres chandelles de la vie disparaissent devant ce grand soleil (Les pensées, 1915)

 

L'art, au bout du compte, n'est peut-être pas plus sérieux qu'un jeu de quilles ; tout n'est peut-être qu'une immense blague, j'en ai peur, et quand nous serons de l'autre côté de la page, nous serons peut-être fort étonnés d'apprendre que le mot du rébus était si simple (Les pensées, 1915)

 

Il ne faut pas toujours croire que le sentiment soit tout. Dans les arts, il n'est rien sans la forme (Les pensées, 1915)

 

Baudelaire Charles (1821-1867)

L'art moderne a une tendance essentiellement démoniaque.

 

Qu'est-ce que l'art pur selon la conception moderne ? C'est créer une magie suggestive contenant à la fois l'objet et le sujet, le monde extérieur à l'artiste et l'artiste lui-même.

 

En matière d’art, j‘avoue que je ne hais pas l’outrance ; la modération ne m’a jamais semblé le signe d‘une nature artistique vigoureuse (L’art romantique)

 

Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage, l’art est long et le temps est court. (Les Fleurs du mal).

 

L’art est un bien infiniment précieux, un breuvage rafraîchissant et réchauffant, qui rétablit l’estomac et l’esprit dans l’équilibre naturel de l’idéal. (Salon de 1846).

 

C'est un des privilèges prodigieux de l'Art que l'horrible, artistement exprime, devienne beauté, et que la douleur rythme et cadence remplisse l'esprit d'une joie calme. (Théophile Gautier)

 

La poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même. (L’artiste).

 

Le transitoire, le fugitif, le contingent : la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable.

 

Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière.

 

Bien qu'on ait du cœur à l'ouvrage
L'Art est long et le Temps est court. (Les Fleurs du mal, «Spleen et Idéal», XI.)

 

Or vous avez besoin d'art.
L'art est un bien infiniment précieux, un breuvage rafraîchissant et réchauffant, qui rétablit l'estomac et l'esprit dans l'équilibre naturel de l'idéal.
(...) il est juste, si les deux tiers de votre temps sont remplis par la science, que le troisième soit occupé par le sentiment, et c'est par le sentiment seul que vous devez comprendre l'art (...) (Curiosités esthétiques, Salon de 1846, « Aux bourgeois ».)

 

J'ai déjà remarqué que le souvenir était le grand critérium de l'art ; l'art est une mnémotechnique du beau ; or, l'imitation gâte le souvenir. (Curiosités esthétiques, Salon de 1846, « De l'idéal et du modèle ».)

 

(...) l'industrie, faisant irruption dans l'art, en devient la plus mortelle ennemie (...) La poésie et le progrès sont deux ambitieux qui se haïssent d'une haine instinctive, et quand ils se rencontrent dans le même chemin, il faut que l'un d'eux serve l'autre. S'il est permis à la photographie de suppléer l'art dans quelques-unes de ses fonctions, elle l'aura bientôt supplanté ou corrompu tout à fait. (Curiosités esthétiques, Salon de 1859, « Le public moderne et la photographie ».)

 

C'est le propre des œuvres vraiment artistiques, d'être une source inépuisable de suggestions.

 

Qu’est-ce que l’art ? Prostitution (Charles Baudelaire. Fusées, journal intime, 1851)

 

Amiel Henri-Frédéric (1821-1881)

Le perfectionnement, c'est la morale de l'art ; mais la perfection, c'est l'art. (Journal intime, le 17 janvier 1853)

 

Si, au point de vue moral, c'est l'intention et l'effort qui font le mérite, au point de vue de l'art, c'est seulement le résultat. La mesure du talent, ce n'est pas ce qu'il peut mais ce qu'il veut. L'ambition n'indique que le caractère de l'homme, l'exécution est le cachet du maître. La plus petite œuvre sans défaut est supérieure à la plus grande insuffisamment réussie ; car elle passe au rang des chefs-d'œuvre, des choses parfaites, l'autre non.(Journal intime, le 17 janvier 1853).

 

L'art est un libérateur, le beau rétablit en nous la joie et l'harmonie, l'équilibre de l'âme et la santé du corps, toujours compromis et troublé par les laideurs, les sottises et les disgrâces (Journal intime, le 24 février 1869)

 

L'art donne l'illusion et parfois la présence du parfait, c'est-à-dire qu'il réjouit le sens divin, qu'il console momentanément du réel, qui est toujours imparfait (Journal intime, le 25 juillet 1880)

 

L'art est une échappée sur un monde supérieur où les choses répondent à nos aspirations et nous disons : Enfin ! (Journal intime, le 25 juillet 1880)

 

Dostoïevski Fédor. (1821-1881)

L’art sauvera le monde. 

 

Il n'y a pas d'œuvre d'art sans collaboration du démon. 

 

L'art est pour l'homme un besoin comme le manger et le boire (Dostoïevski).

 

Goncourt de, Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870)

Dans l'art, il y a mille moyens d'encourager les fausses vocations, aucun moyen de décourager les vraies.

 

Dumas Alexandre, fils (1824-1895)

L’amour, quel qu’il soit, est le premier élément de l’art ; c’est son air vital. (L’affaire Clémenceau, 1886).

 

 Savez-vous ce que c'est que l'art ? C'est le Beau dans le Vrai, et, d'après ce principe, l'art s'est créé des règles absolues que vous chercheriez en vain dans la nature seule. Si la nature seule pouvait le satisfaire, vous n'auriez qu'à mouler un beau modèle de la tête aux pieds pour faire un chef-d'œuvre. Or, si vous exécutiez cette idée, vous ne produiriez qu'un grotesque. Le talent consiste à compléter la nature, à recueillir çà et là ses indications merveilleuses, mais partielles, à les résumer dans un ensemble homogène et à donner à cet ensemble une pensée ou un sentiment, puisque nous ne pouvons lui donner une âme. Bref, celui qui, en s'enfermant dans les règles implacables du Beau, se rapproche le plus du Vrai, est l'artiste par excellence. 

L'art a besoin ou de la solitude, ou de la misère, ou de la passion. Les atmosphères tièdes l'étiolent vite. C'est une fleur des rochers qui veut un vent âpre et un terrain rude (L'affaire Clémenceau)

 

Mon ambition est de peupler à mon tour de mes créations ce monde éternel et impassible de l'art, au milieu duquel les vivants passent si petits. (L'affaire Clémenceau)

 

Tolstoï Léon (1828-1910)

 

L’art est une activité qui permet à l’homme d’agir sciemment sur ses semblables au moyen de certains signes extérieurs afin de faire naître en eux, ou de faire revivre, les sentiments qu’il a éprouvés. (Qu’est-ce que l’art ?).

 

Les grandes œuvres d'art ne sont grandes que parce qu'elles sont accessibles et compréhensibles à tous (Tolstoï, Qu’est-ce que l’art ?)

 

Thiaudière Edmond (1837-1930)

Sous prétexte que l'Art doit être novateur, les pires excentriques se targuent de génie (La soif du juste, 1895)

 

Prudhomme Sully (1839-1901)

La conscience de l'art, comme celle du bien, est à soi-même sa récompense (Journal intime, le 5 juillet 1868)

 

Daudet Alphonse (1840-1897)

L'art c'est beau, rien de tel pour embellir, élargir la vie (Sapho, 1884)

 

Zola Emile (1840-1902)

Une œuvre d'art est un coin de la création vu à travers un tempérament. (Mes Haines)

 

Mallarmé Stéphane (1842-1898)

 

L'art a lieu par hasard. (Œuvres en prose, p. 53)

 

Ni chimiste, ni ingénieur ne peuvent fournir de nouveaux éléments du chef d'œuvre. (Œuvres en prose, p. 58)

 

...les peuples peuvent s'effacer de la face de la terre, mais l'Art est. (op. cit., p. 59)

 

Tout hasard doit être banni de l'œuvre moderne et n'y peut être que feint.

 

Devant le papier, l'artiste se fait.

 

Dire au peintre qu'il faut prendre la nature comme elle est, vaut de dire au virtuose qu'il peut s'asseoir sur le piano. (Mallarmé Stéphane)

 

James Henri (1843-1915)

Nous travaillons dans le noir - nous faisons ce que nous pouvons - nous donnons ce que nous avons. Notre doute est notre passion, notre passion est notre tâche. Le reste, c'est la folie de l'art.

 

Verlaine Paul (1844-1896)

L'art, mes enfants, c'est d'être absolument soi-même.

 

France Anatole (1844-1924)

En art comme en amour, l’instinct suffit. (Le jardin d’Epicure).

 

L'art n'a pas la vérité pour objet. Il faut demander la vérité aux sciences, parce qu'elle est leur objet. (Le Jardin d'Épicure, p. 31.)

 

L'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle. Sans lui, nous en douterions. (Le Jardin d'Epicure)

 

Il faut avoir la passion de son art, on ne fait bien que ce que l'on aime (Le livre du bibliophile,1874)

 

L'art, c'est la représentation de la nature, et la nature par excellence, c'est le corps humain, c'est le nu (La révolte des anges,1914)

 

Lautréamont, Isidore Ducasse dit comte de (1846-1870)

Rien n'est dit. L'on vient trop tôt depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes.

 

Huysmans Joris Karl (1848-1907)

L'art étant devenu une des occupations recherchées des riches, les expositions se suivent avec un égal succès, quelles que soient ce qu'on exhibe, pourvu que les négociants de la presse s'en mêlent et que les étalages aient lieu dans une galerie connue.

 

Mirbeau Octave (1848-1917)

On ne professe pas qu’une ligne est belle et pourquoi elle est belle. Elle est belle... parce qu’elle est belle. Il n’y a pas autre chose à en dire.

 

En art, l'exactitude est la déformation et la vérité est le mensonge. Il n'y a rien là d'absolument vrai, ou plutôt il existe autant de vérités humaines que d'individus (Octave Mirbeau).

 

Maupassant Guy de (1850-1893)

Une œuvre d’art n’est supérieure qui si elle est, en même temps, un symbole et l’expression exacte d’une réalité. (Mont-Oriol, 1980)

 

Rimbaud Arthur (1854-1891)

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux.
Et je l'ai trouvée amère.
Et je l'ai injuriée.

 

Wilde Oscar (1854-1900)

Á l'origine de l'art, on trouve la décoration pure, l'œuvre tout imaginaire et désintéressée qui s'inspire d'un monde sans réalité et sans existence. C'est le premier stade. Puis la vie, séduite par cette merveille nouvelle, demande à être admise dans le cercle enchanté. L'art, usant de la vie comme de matière brute, la recrée, la modèle, et avec une belle indifférence pour les faits, invente, image, rêve, et dresse, entre elle-même et la réalité, l'infranchissable barrière du style parfait, du décor ou de la manière idéale. La troisième période commence dès que la vie l'emporte et chasse l'art au désert. C'est la véritable décadence dont nous souffrons aujourd'hui. 

 

La véritable révélation de l'art, c'est l'absence de dessein de la nature, ses étranges rudesses, son extraordinaire monotonie, son inachèvement total. Elle n'est certes pas dépourvue de bonnes intentions mais comme le dit Aristote, elle ne sait pas les mener à bien. Quand je regarde un paysage, je ne puis m'empêcher de noter ses défauts. (…) l'art représente notre protestation vigoureuse, notre énergique effort pour remettre la nature dans la bonne voie.

 

Plus un art est abstrait et idéal, et mieux il nous révèle le caractère de son siècle. 

 

La vérité, c'est que nous considérons uniquement les siècles passés à la lumière de l'art, et que l'art, fort heureusement ne nous dit jamais la vérité.

 

L'art n'exprime jamais que lui-même. Il a une vie indépendante comme la pensée, et se développe uniquement selon ses critères. Il n'est pas fatalement réaliste en une époque de réalisme, ou spiritualiste dans un siècle de foi. Loin d'être une création de son époque, il est, à l'ordinaire, en opposition absolue avec elle, et la seule histoire qu'il nous propose est celle de son propre progrès. Parfois, revenu sur ses pas, il ressuscite quelque forme antique, (…). En d'autres temps, il anticipe résolument sur son époque, et produit en un siècle une œuvre qu'il faudra un autre siècle pour comprendre, apprécier et goûter. En aucun cas, il ne reproduit son temps. Conclure de l'art d'une époque à l'époque elle-même, c'est la grande erreur de tous les historiens 

 

L’homme n’a pas d’âme, l’art seul en possède une.

 

Ce qui est vrai de l'art est vrai de la vie (Les aphorismes, 1854-1900)

 

La véritable école d'art n'est pas la Vie mais l'Art lui-même (Le déclin du mensonge, 1891)

 

La vie imite l'art, bien plus que l'art n'imite la vie (Le déclin du mensonge, 1891)

 

L'art commence là où finit l'imitation.

 

On doit être une œuvre d'art ou porter une œuvre d'art. 

 

C'est par l'Art et par l'Art seul, que nous pouvons réaliser notre perfection ; par l'Art, et par l'Art seul que nous pouvons nous défendre des périls sordides de l'existence réelle. (Wilde)

 

Nous pouvons pardonner à un homme de faire une chose utile, aussi longtemps qu'il ne l'admire pas. La seule excuse pour faire une chose inutile est d'intensément l'admirer.
Tout art est parfaitement inutile.

 

L'art est le mode d'individualisme le plus intense que le monde ait connu. Je penche à dire que c'est le véritable mode d'individualisme que le monde connaisse.

 

Une œuvre d'art est le résultat unique d'un tempérament unique.

 

L'art est le résultat mathématique d'un désir sentimental de beauté.

 

La Beauté a autant de significations que l'homme a de dispositions. La Beauté est le symbole des symboles. La Beauté révèle toutes choses, parce qu'elle n'exprime rien. Lorsqu'elle se montre à nous, elle nous montre tout entier le monde aux ardentes couleurs.

 

Tout art est à la fois surface et symbole.

 

L'art est notre protestation ardente contre la répétition stéréotypique de la nature.

 

Révéler l'art et dissimuler l'artiste, tel est le but de l'art.

 

Tout art faux provient du retour à la vie et à la nature, élevés au rang d'idéals. La vie et la nature peuvent parfois servir de matériaux à l'art mais à la condition d'être préalablement modifiées selon les canons artistiques. Dès que l'art renonce à l'imagination, il renonce à tout.

 

De nos jours, on traite l'art comme s'il n'était qu'une des formes naturelles de l'autobiographie. Nous avons perdu le sens abstrait de la beauté. Je veux, quelque jour, en apporter la révélation au monde.

 

C'est le spectateur et non la vie, que l'art reflète réellement.

 

La forme est tout. Elle est le secret de la vie. Elle t'est chère lorsqu'elle exprime la tristesse et doublement précieuse lorsqu'elle exprime la joie. Commence par respecter la forme et, pour toi, aucun secret de l'âme ne restera voilé.

 

Comme on l'a dit, les seules choses belles sont celles qui ne nous concernent point. Tant qu'un chose nous est utile ou nécessaire, nous affecte dans un sens quelconque de plaisir ou de peine, suscite vivement notre sympathie ou fait partie intégrante de notre entourage, elle est soustraite au vrai domaine de l'art. Aux sujets adoptés par l'art, il faut que nous soyons plus ou moins indifférents, ou tout au moins ne devons-nous éprouver à leur égard préférences, préventions, ni partialités d'aucune sorte.

 

La pensée et le langage sont pour l'artiste les instruments de l'art.

 

On dit parfois que la Beauté est toute superficielle. Peut-être. Moins superficielle, en tout cas, que la Pensée. A mon sens, la Beauté est la merveille des merveilles. Il n'y a que les esprits légers pour ne pas juger sur les apparences. Le vrai système du monde est le visible, et non l'invisible…

 

Mais la beauté, la beauté réelle, finit où commence l'expression intellectuelle. L'intelligence est, par sa nature, une sorte hypertrophie ; elle détruit fatalement l'harmonie d'un visage. Dès qu'une personne se met à penser, elle devient tout nez, tout front, ou je ne sais quoi d'horrible. Regardez les hommes éminents dans n'importe quelle branche du savoir. Ils sont tous parfaitement hideux. (Wilde)

 

En tant que méthode, le réalisme est une faillite absolue, et les deux pierres d'achoppement de l'artiste sont le modernisme de la forme et celui du sujet.

 

L'art s'adresse au tempérament de l'artiste et non du technicien. Il est universel et un dans toutes ses manifestations. Bien loin d'être le meilleur des juges en son art, le véritable grand artiste ne sait jamais juger de l'œuvre de ses pareils, et sait à peine juger la sienne. La concentration même de la vision, qui fait de l'homme un artiste, rétrécit par son intensité ses facultés d'appréciation. L'énergie créatrice le mure dans sa propre prison, et les roues de son char soulèvent autour de lui un nuage de poussière.

 

L'art ne doit jamais essayer d'être populaire. Le public doit essayer de se faire artiste. Il y a une très grande différence.

 

L'art est toujours plus abstrait que nous ne l'imaginons. La forme et la couleur nous parlent de forme et de couleur, et tout s'arrête là. (Le Portrait de Dorian Gray)

 

Le mieux que l'on puisse dire de l'art contemporain, c'est qu'il est à peine moins vulgaire que la réalité.

 

L'Art est la seule chose sérieuse qui existe au monde. Et l'artiste la seule personne qui n'est jamais sérieuse (Oscar Wilde).

 

Allais Alphonse (1854-1905)

Dans l’Art, la Vie seule intéresse. (A se tordre)

 

Albalat Antoine (1856-1935)

L'art est avant tout une interprétation (L'art d'écrire, p. 222)

 

Shaw George Bernard (1856-1950)

L’art est un miroir magique que nous créons pour transformer les rêves invisibles en images visibles

 

de Gourmont Rémy (1858-1915)

L'essence de l'Art est la liberté. L'Art ne peut admettre aucun code ni même se soumettre à l'obligatoire expression du Beau. L'Art est libre de toute la liberté de la conscience ; il est son propre juge et son propre esthète ; il est personnel et individuel, comme l'âme, comme l'esprit (L'idéalisme, 1893)

 

L'art doit être à la mode ou créer la mode. (Des pas sur le sable,1914)

 

Tchehkov Anton (1860-1904)

Il n'y a rien de nouveau dans l'art excepté le talent.

 

Saint-Pol-Roux (1861-1940)

L'art véritable est anticipateur. (Les Féeries intérieures)

 

Barrès Maurice (1862-1923)

Une œuvre d'art, c'est le moyen d'une âme.

 

d'Annunzio Gabriele (1863-1938)

La Muse aussi, comme les autres dieux, vend son bien au prix de maux infinis.

 

Renard Jules (1864-1910)

Le savant généralise, l'artiste individualise.

 

Le public, c'est le suffrage universel en art.

 

Ne jamais être content : tout l'art est là. (Journal)

 

Il y a des moments où la vie abuse ; l'art doit se garder de toute exagération (Journal du 18 juin 1900).

 

La vérité désenchante toujours. L'art est là pour la falsifier. (Journal, 22 août 1909)

 

Rolland Romain (1866-1944)

L'art est la source de vie ; il est l'esprit de progrès, il donne à l'âme le plus précieux des biens : la liberté ; et nul n'en jouit plus que l'artiste. (Musiciens d'aujourd'hui, p. 115.)

 

Où est la mort, l'art n'est point. L'art, c'est ce qui fait vivre.

 

L'art doit supprimer la violence et seul il peut le faire. Sa mission est de faire régner le royaume de Dieu, c'est-à-dire l'amour.

 

Créer, c'est tuer la mort.

 

L'art n'est pas une vile pâture, livrée aux vils passants. Une jouissance, certes, et de toutes les plus enivrantes. Mais elle n'est le prix que d'une lutte acharnée, et son laurier couronne la victoire de la force. L'art est la vie domptée.

 

Un art ne vaut d'être honoré que s'il parle pour tous les hommes, et non pour quelques pédants (Pages choisies, 1921)

 

L’art est le rêve de l’humanité, un rêve de lumière, de liberté, de force sereine.

 

L'art et la parole sont les deux organes du progrès humain. L'un fait communier les cœurs, et l'autre les pensées (Romain Rolland)

 

Pirandello Luigi (1867-1936)

La vie est, en fait, moins réelle que l’art. Une vie n’est jamais, ne peut pas être une création absolue. Au lieu que l’art est une réalité en soi, hors du temps, des hasards, des obstacles, sans autre fin que lui-même. L’art venge la vie.

 

L’art nous console de la vie.

 

L’art venge la vie (Pirandello Luigi)

 

Gorki Maxime (1868-1936)

Le talent se développe dans l’amour que l’on porte à ce que l’on fait. Il se peut même que l’essence de l’art soit l’amour de ce l’on fait, l’amour du travail même. (Lettre aux écrivains débutants)

 

Suarès André (1868-1948)

L'art est le lieu de la liberté parfaite.

 

L'art n'est pas une imitation mais une conquête.

 

Il faudrait accepter cet art pour ce qu’il est : c’est là comprendre. Mais on ne peut se borner à comprendre : vivre va bien au-delà. Ni philosophe, ni historien, je suis homme. J’aime ou n’aime pas. L’art est une passion ; et l’on vit en art, comme on vit en passion : le goût est le tact délicat de ce qui nous flatte ou de ce qui nous blesse. Peut-être le goût est-il le sens le plus subtil de la vie. On me prend le cœur, si on l’émeut ; et faute de l’émouvoir, on le dégoûte. Qui a goûté de l’émotion, ne se plaît plus à rien, sinon à être ému. En art, l’émotion c’est l’amour. (André Suarès - Louis Jou, Voyage du Condottière. Paris, Editions d'Art Devambez, 1930).

 

Gide André (1869-1788)

Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer. 

 

L’art commence avec la difficulté.

 

L’art commence à la résistance, à la résistance vaincue. Aucun chef-d’œuvre humain qui ne soit laborieusement obtenu.

 

L’art qui se soumet à une orthodoxie, fût-ce celle de la plus saine des doctrines, est perdu.

 

L'art nait de contraintes, vit de luttes, et meurt de libertés. 

 

En art, comme partout, la pureté seule importe. (Les Faux-monnayeurs).

 

En art, il n'y a pas de sérieux qui tienne ; le plaisir est le plus sûr des guides.

 

L’art serait, malgré la plus parfaite explication, de réserver encore de la surprise. (Journal 1889-1939)

 

L’œuvre d’art, c’est une idée qu’on exagère (novembre 1892, p.33, Journal 1889-1939)

 

Gardez-vous de confondre art et manière (...) L'art le plus subtil, le plus fort et le plus profond, l'art suprême est celui qui ne se laisse pas d'abord reconnaître. Et comme «la vraie éloquence se moque de l'éloquence », l'art véritable se moque de la manière qui n'en est que la singerie. (Feuillets, in Journal 1889-1939, Pl., p. 715.)

 

Une des grandes règles de l'art : ne pas s'attarder.

L'art est une ferveur retombée.

Je n'admets qu'une chose pour ne pas être naturelle : l'art.

Dans l'œuvre d'art […], Dieu propose et l'homme dispose. (André Gide in Prétextes, « Limites de l'Art », éd 1963, p. 26).

 

Proust Marcel (1871-1922)

La vérité suprême de la vie est dans l'art.

 

Or, en art, il n'y a pas (au moins dans le sens scientifique) d'initiateur, de précurseur. Tout est dans l'individu, chaque individu recommence, pour son compte, la tentative artistique et littéraire ; et les œuvres de ses prédécesseurs ne constituent comme dans la science, une vérité acquise dont profite celui qui suit ; un écrivain de génie aujourd'hui à tout à faire. Il n'est pas beaucoup plus avancé qu'Homère 

 

Les excuses ne figurent pas dans l’art, les intentions n’y sont pas comptées : à tout moment l’artiste doit écouter son instinct ce qui fait que l’art est ce qu’il y a de plus réel, la plus austère école de la vie et le vrai jugement dernier. 

 

Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. (A la recherche du temps perdu).

 

L'art véritable n'a que faire de proclamations et s'accomplit dans le silence. (Le Temps Retrouvé)

 

(...) la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement, nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition (...) (Le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 895-896.)

 

Chaque jour j'accorde moins de prix à l'intelligence… Chaque jour je sens mieux que ce n'est pas dans sa zone de lumière que l'écrivain peut évoquer ces impressions passées qui sont la matière d'art. Elle ne peut rien nous en rendre. C'est que, aussitôt morte, chaque heure de notre vie est allée, comme les âmes dans un croyance antique, s'incarner dans quelque objet, dans quelque parcelle de matière, et y restera captive jusqu'à ce que nous rencontrions l'objet. Alors elle est délivrée…

 

L'art véritable n'a que faire de proclamations et s'accomplit dans le silence (Posthume, 1927)

 

La vraie beauté est si particulière, si nouvelle qu'on ne la reconnaît pas pour la beauté.

 

L'idée d'un art populaire comme d'un art patriotique, si même elle n'avait pas été dangereuse, me semblait ridicule. S'il s'agissait de le rendre accessible au peuple en sacrifiant les raffinements de la forme, « bons pour des oisifs », j'avais assez fréquenté de gens du monde pour savoir que ce sont eux les véritables illettrés, et non les ouvriers électriciens. à cet égard, un art populaire par la forme eût été destiné plutôt aux membres du Jockey qu'à ceux de la Confédération générale du Travail (...) (Marcel Proust. Le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 888.)

 

Valéry Paul (1871-1945)

Pourquoi ne pas concevoir comme une œuvre d'art l'exécution d'une œuvre d'art ? 

 

L’art est fait de beau détail.

 

Le seul réel dans l’art, c’est l’art.

 

L’art est l’image de la pensée.

 

L'art comme relation du formel et du significatif. (Cahiers, Pl., t. II, p. 923.)

 

Ce que nous appelons « une œuvre d'art » est le résultat d'une action dont le but fini est de provoquer chez quelqu'un des développements infinis.

 

Le mot Art a d'abord signifié manière de faire, et rien de plus. Cette acception illimitée a disparu de l'usage. (…) En résumé, l'Art, (…) est la qualité de la manière de faire (quel qu'en soit l'objet), qui suppose l'inégalité des modes d'opérations et donc celle des résultats – conséquences de l'inégalité des agents.

 

Une œuvre très belle est celle qui pendant un temps donne l'impression d'être l'unique objet – l'indispensable, le véritable. Et plus ce temps est grand, plus elle est belle.

Aurore. Tout est orangé - la mer bleu céleste... Le Tout est donc de complémentaires exactes. Remarquable simplicité. Je me demande devant ce tableau matinal si toute vue ne tend pas à donner aux rétines un ensemble statistiquement complémentaire ? Deux couleurs sont complémentaires quand la vue de l’une provoque l’émission de l’autre. Ce qui est une relation capitale, fondamentale des arts. 

 

Nous avons contracté cette curieuse habitude de tenir pour médiocre tout artiste qui ne commence par choquer et par être suffisamment injurié ou moqué. Qui ne nous heurte ou ne nous fait hausser les épaules est imperceptible. On en conclut qu’il faut choquer et l’on s’y consacre. Une bonne étude de l’art moderne devrait mettre en évidence les solutions trouvées de cinq ans en cinq ans au problème du choc, depuis deux ou trois quarts de siècle…

 

On dit de la Médecine qu'elle est un Art ; on le dit aussi bien de la Vénerie, de l'Équitation, de la conduite de la vie ou d'un raisonnement. Il y a un art de marcher, un art de respirer : il y a même un art de se taire. (Paul Valéry. Avant-propos, in Encycl. franç. (De Monzie), t. XVI.)

 

Léautaud Paul (1872-1956)

Dans l'art comme dans la vie, la tromperie n'a qu'un temps. (Le théâtre de Maurice Boissard, 1926)

 

Stein Gertrude (1874-1946)

J’aime une chose simple mais elle doit être simple par le biais d’une complication.

 

Maugham Somerset (1874-1965)

La vie n'est pas assez longue pour l'amour et l'art.

 

En art, l'honnêteté n'est pas seulement la meilleure, mais la seule politique (Somerset Maugham).

 

Rilke Rainer Maria (1875-1926)

L’art c’est l’enfance, voilà. L’art, c’est ne pas savoir que le monde existe déjà, et en faire un.

 

Une œuvre d'art est bonne quand elle est née d'une nécessité. C'est la nature de son origine qui la juge.

 

Plus inexprimables que tout, sont les œuvres d'art, ces êtres secrets dont la vie ne finit pas et que côtoie la nôtre qui passe.

 

Les œuvres d'art sont d'une infinie solitude (Rainer Maria Rilke).

 

Les œuvres d'art sont toujours les produits d'un danger couru, d'une expérience menée jusqu'au bout, jusqu'au point où l'homme ne peut plus continuer (lettre adressée à Clara Rilke, in Maurice Blanchot, L'Espace littéraire, p.320)

 

Mann Thomas (1875-1955)

L'art ne constitue pas une puissance, il n'est qu'une consolation. (L’artiste et la société)

 

Jacob Max (1876-1944)

L’art est un jeu. Tant pis pour celui qui s’en fait un devoir.

 

Je suis convaincu que l’émotion artistique cesse où l’analyse et la pensée interviennent.

 

Fargue Léon-Paul (1876-1947)

En art, il faut croire avant d'y aller voir.

 

En art, il faut que la mathématique se mette aux ordres des fantômes.

 

En art, c'est-à-dire en amour, il faut que l'intelligence suive, comme un suiveur suit une femme avec l'idée de l'entretenir.

 

L'art est à la vie ce que le sperme est au sang.

 

Le génie est une question de muqueuses. L'art est une question de virgules. 

 

Abuser de l'intelligence, en art, équivaut à recourir, pour plaire en amour, aux artifices de l'esprit. 

 

L'art ne sera que là où vous saurez percevoir, et faire apercevoir, la solidarité haineuse qui lie l'être et le vivre. (Sous la lampe, Gallimard).

 

Hesse Hermann (1877-1962)

L'art suprême consistait en ceci : se laisser aller, consentir à sa propre chute (Klein et Wagner)

 

L'art n'était rien d'autre que la contemplation du monde pénétré par la grâce, éclairé du dedans. Révéler la présence de Dieu derrière chaque objet, telle était la fonction de l'art (Klein et Wagner)

 

L'art s'était efforcé de tout temps de donner un moyen d'expression à ce besoin inexprimé de divin qui est en nous. (Peter Camenzind, p.133)

 

On peut tout imiter, tout falsifier en ce monde, sauf l’amour.
On ne peut voler l’amour, ni le feindre, il n’habite que dans le cœur qui sait se donner tout entier.
C’est là la source de tout art. (Herman Hesse)

 

Péguy Charles (1873-1914)

L'art n'est rien s'il n'est point une étreinte ajustée de quelque réalité.

 

 

Ramuz Charles-Ferdinand (1878-1947)

Tout le secret de l'art est de savoir ordonner des émotions désordonnées, mais de les ordonner de telle façon qu'on en fasse sentir encore mieux le désordre. (Journal)

 

Jaloux Edmond (1878-1949)

L'œuvre d'art a une mission mystique qui est de racheter le réel. (Essences)

 

Apollinaire Guillaume (1880-1918)

Je suis d'avis que l'art ne change point et que ce qui fait croire à des changements, ce sont les efforts que font les hommes pour maintenir l'art à la hauteur où il ne pourrait pas ne pas être. (Chroniques d'art Gallimard, coll. Idées, 1981, p. 17

 

... On s'achemine ainsi vers un art entièrement nouveau qui sera à la peinture, tel qu'on l'avait envisagé jusqu'ici ce que la musique est à la littérature.

 

Cet art a, avec la musique, autant de rapports que peut avoir avec elle un art qui est son contraire. Ce sera de la peinture pure ; quoi qu'on puisse penser d'une tentative aussi hasardeuse, on ne peut nier qu'on ait à faire à des artistes convaincus et dignes de respect.

 

Les vertus plastiques : la pureté, l'unité et la vérité maintiennent sous leurs pieds la nature terrassée.

 

L'art, de plus en plus, aura une patrie (Vitam impendere amori, 1917)

 

Blok Alexandre (1880-1921)

L’art, c’est le pressentiment de la vérité. (Calepin)

 

Musil Robert (1880-1942)

L'art doit faire de celui qui le goûte un individu unique. Dans le bon théâtre, chacun doit se sentir seul, c'est à dire que son affectivité est créatrice. (Essais, p. 586)

 

Larbaud Valéry (1881-1957)

L'art est encore la seule forme supportable de la vie ; la plus grande jouissance est celle qui s'épuise le moins vite. (A O. Barnabooth)

 

Joyce James (1882-1941)

L’art ne doit nous révéler que des idées, des essences spirituelles dégagées de toute forme. Ce qui importe par-dessus tout dans une œuvre d’art, c’est la profondeur vitale de laquelle elle a pu jaillir. (Ulysse)

 

Le classicisme n’est pas une manière propre à telle époque ou à tel pays donné : c’est un tempérament caractérisé par l’assurance, la satisfaction, la patience. (Stephen le héros) 

 

Parler de ces choses, chercher à comprendre leur nature, puis, l’ayant comprise, essayer lentement, humblement, sans relâche, d’exprimer, d’extraire à nouveau, de la terre brute ou de ce qu’elle nous fournit - sons, formes, couleurs, qui sont les portes de la prison de l’âme - une image de cette beauté que nous sommes parvenus à comprendre -, voilà ce que c’est que l’art. (Portrait de l’Artiste en jeune homme)

 

L’image esthétique exprimée dramatiquement, c’est la vie purifiée dans l’imagination humaine et reprojetée par celle-ci. Le mystère de la création esthétique, comme celui de la création matérielle, est accompli.  L’artiste, comme le Dieu de la création, reste à l’intérieur, ou derrière, ou au-delà, ou au-dessus de son œuvre, invisible, subtilisé, hors de l’existence, indifférent, en train de se curer les ongles. (Portrait de l’Artiste en jeune homme) 

 

Ce qui importe par-dessus tout dans une œuvre d'art, c'est la profondeur vitale de laquelle elle a pu jaillir

 

L’art, c’est la façon humaine de disposer la manière sensible ou intelligible dans un dessein esthétique.

 

Il y a aussi la conception intellectuelle qui conduit à disséquer la vie, et c’est ce qui m’intéresse le plus maintenant. Chercher ce qui reste de vérité dans la vie, au lieu de la boursoufler de romantisme, ce qui est une attitude fondamentalement fausse. Dans Ulysse, j’ai essayé de forger la littérature à partir de mon expérience personnelle, et non à partir d’une idée préconçue ou d’une émotion fugitive. (Rapporté par Arthur Power, in Entretiens avec James Joyce) 

 

Wolff Virginia (1882-1941)

Les chefs-d'œuvre ne sont pas nés seuls et dans la solitude, ils sont le résultat de nombreuses années de pensées en commun, de pensées élaborées par l'esprit d'un peuple entier, de sorte que l'expérience de la masse se trouve derrière la voix d'un seul.

 

Kafka Franz (1883-1924)

L’art est, comme la prière, une main tendue dans l’obscurité qui veut saisir une part de grâce pour se muer en une main qui donne.

 

L'art vole autour de la vérité, mais avec la volonté bien arrêtée de ne pas se brûler.

 

Être ébloui par la vérité, c'est là tout notre art (Kafka). 

 

Gibran Khalil (1883-1931)

L'art est un pas de la nature vers l'Infini (Le sable et l'écume, Albin-Michel, trad. Jean-Pierre Dahdah)

 

Ortega y Gasset José (1883-1955)

En art, toute répétition est nulle. (La déshumanisation de l'art)

 

Paulhan Jean (1884-1968)

Qu'est-ce que l'inspiration ? C'est d'avoir une seule chose à dire, que l'on n'est pas fatigué de dire.

 

Tout a été dit. Sans doute. Si les mots n'avaient changé de sens ; et les sens, de mots. (Paulhan Jean)

 

Maurois André (1885-1967)

Une œuvre d'art n'expose pas une vérité préétablie ; elle incarne une vérité vécue. (Ce que je crois, Grasset 1952, p.145)

 

L'art est un effort pour créer, à côté du monde réel, un monde plus humain (Ce que je crois,1952)

 

L'art, c'est l'introduction de l'ordre et de l'harmonie dans l'âme, et non du trouble et du désordre (Robert et Elizabeth Browning, 1957)

 

L’art est un effort pour créer à côté du monde réel, un monde plus humain. (André Maurois)

 

Mauriac François (1885-1970)

L’artiste est menteur, mais l’art est vérité ! (Bloc-notes)

 

Carco Francis (1886-1958)

Tout art s'adresse aux sens, d'abord, plus qu'à l'esprit (L'Ami des peintres)

 

Saint-John Perse (Alexis Léger, dit) (1887-1975)

L'art même n'est, à mon sens, qu'inceste entre l'instinct et la volonté. (Correspondance - A Paul Claudel)

 

L'art même n'est, à mon sens, qu'inceste entre l'instinct et la volonté. (Correspondance, à Paul Claudel, 1er août 1949, Gallimard)

 

Jouve Pierre-Jean (1887-1976)

Tous les mouvements de ce que nous appelons art moderne sont dominés par la recherche de la forme.

 

L'Art, en même temps qu'il a pour fonction d'éterniser, a pour premier but de ressusciter en nous des états d'enfance, c'est-à-dire de nous émerveiller.

 

L'inspiration d'une poésie fixée sur les forces érotiques ne sera jamais une inspiration du plaisir. Mais c'est une inspiration de l'ardeur.

 

Pessoa Fernando (1888-1935)

L’art nous délivre, de façon illusoire, de cette chose sordide qu’est le fait d’exister. Aussi longtemps que nous éprouvons les maux et les affronts subis par Hamlet, prince de Danemark, nous n’éprouvons pas les nôtres - vils parce que ce sont les nôtres, et vils tout simplement parce qu’ils sont vils.

 

L’art consiste à faire éprouver aux autres ce que nous éprouvons, à les libérer d’eux-mêmes, en leur proposant notre personnalité comme libération particulière. (Le livre de l’intranquillité).

 

L'art est l'expression intellectuelle de l'émotion (Le Livre de l'intranquillité, vol. II, p. 273)

 

Bernanos Georges (1888-1948)

L'art n'a d’autre but que lui-même. Sa recherche est l'expression ou le symbole de sa perpétuelle recherche de l'Etre.

 

Jouhandeau Marcel (1888-1979)

L'art est justifié dans la mesure où il ajoute à la vie juste ce qui lui manque pour être plus vraie qu'elle-même.

 

Reverdy Pierre (1889-1960)

Le mobile le plus secret mais aussi le plus vrai de l'art, est dans le besoin d'affirmer, par des moyens réglés, une personnalité dont le propre est d'étendre toujours davantage ses limites, de la modeler au dehors, pour la juger soi-même et faire juger par autrui l'ampleur de ces limites. Et d'être, ainsi, jugé par ceux-là mêmes que l'on veut, en fin de compte, dominer (Le livre de mon bord, 1948)

 

Pour le primitif l'art est un moyen, pour le décadent, il devient un but (Le livre de mon bord, 1948)

 

L'art a d'abord été l'arme prestigieuse qui a permis à l'homme de subjuguer le réel. Il n'a pas encore cessé d'être la plus efficace pour tenir la nature en respect (Le livre de mon bord,1948)

 

Ce qui importe en art et en morale, c'est de se poser les questions et de les résoudre soi-même (Le livre de mon bord, 1948)

 

En art, on ne vise pas, on atteint. Et c'est ce qui est atteint qui devient le but. Tout autre chose que ce que l'on croyait viser (Le livre de mon bord, 1948)

 

En art, comme en toute autre chose, rien ne vaut que ce qui est digne d'être imité (Le livre de mon bord, 1948)

 

L'art commence où finit le hasard. C'est pourtant tout ce que lui apporte le hasard qui l'enrichit. Sans cet apport il ne resterait que des règles (Le livre de mon bord, 1948)

 

L'art, c'est l'amour du vrai et c'est aussi l'amour du faux. Du vrai en ce qu'il repose sur la recherche des justes rapports entre les choses, du faux en ce qu'il aboutit toujours à un résultat factice (Le gant de crin, 1927).

 

Si un auteur ne veut qu'étaler ses dons, il est libre, les tempéraments doués fourmillent. Mais l'art veut une discipline. Il n'y a pas d'art sans discipline, il n'y a pas d'art personnel sans discipline personnelle.

 

On assiste à notre époque à une transformation fondamentale de l'art. Au lieu d'un changement de sentiment, il s'agit d'une nouvelle structure d'où résulte une fin toute neuve. C'est une conception nouvelle dans la forme et dans le fond. Ceux qui, n'ayant pas cette conception, essaient de produire dans cet art et d'après son apparence nouvelle le font en vain.

 

L'art c'est l'effort constant de ceux qui veillent à fixer dans le temps la saveur de la vie.

 

Pour ceux qui le servent, l'art est un but ; pour ceux qui s'en servent il n'est qu'un moyen.

 

Ceux qui dans l'art ne voient qu'une imitation tiennent pour facile toute œuvre faite.

 

Une œuvre peut frapper par son ensemble une sensibilité faite pour l'admettre en bloc ; pour d'autres quelques détails plus accessibles entraînent peu à peu à aimer l'ensemble.

 

Créer c'est penser plus fortement.

 

Il est faux de vouloir que l'émotion d'où l'œuvre est née soit identique à celle que l'œuvre fera naître à son tour. L'une est un point de départ, l'autre un résultat. Tout l'art tient entre ces deux pôles.

 

Un artiste emploie, comme élément pur, le résultat d'une émotion née en lui ; pour tout autre l'art consiste à expliquer une émotion ressentie afin de la faire partager à autrui.

 

Les œuvres ne sont solides et fortes que si elles sont édifiées par une tête ; mais, sublimes, elles ne le sont que par le cœur, et c'est tout un malheur s'il y a trop peu de tête et trop de cœur.

 

La création artistique, à tous ses degrés, est une des manifestations les plus mystérieuses des mouvements de l'esprit. Ces mouvements sont plus lourds ou plus légers, plus larges ou plus courts. Ils sont aussi plus ou moins noble, selon l'effort et le but de celui qui crée. Certains travaillent avec des moyens qu'ils ont apportés eux-mêmes, d'autres avec des moyens qu'ils ont trouvés tout formés (Reverdy).

 

Cocteau Jean (1889-1963)

Il faut bien comprendre que l'art (…) n'existe pas en tant qu'art, en tant que détaché, libre, débarrassé du créateur, mais qu'il n'existe que s'il prolonge un cri, un rire ou une plainte. (La Difficulté d'être)"

 

L'art existe la minute ou l'artiste s'écarte de la nature. Ce par quoi il s'en écarte lui donne le droit de vivre. (La Difficulté d'être).

 

L'art ne vaut à mes yeux que s'il est la projection d'une morale. Le reste est décoratif. (La Difficulté d'être, p. 221) 

 

L'homme qui joue au jeu de l'art se mêle de ce qui le regarde avec le risque d'ouvrir une brèche sur ce qui ne le regarde pas (Le secret professionnel,1922)

 

En art, toute valeur qui se prouve est vulgaire (Le rappel à l'ordre, 1926)

 

Berl Emmanuel (1892-1976)

La misère n'exclut pas plus l'art pour les sociétés qu'elle n'exclut l'amour ou la sainteté pour les individus.

 

Drieu La Rochelle Pierre (1893-1945)

L'art, en donnant du prix aux sensations, offre aux hommes leur seule chance de réaliser la vie.

 

Céline, Louis-Ferdinand Destouches, dit (1894-1961)

Après tout, pourquoi n'y aurait-il pas autant d'art possible dans la laideur que dans la beauté ? C'est un genre à cultiver voilà tout (Voyage au bout de la nuit, 1932)

 

Le bonheur sur terre ça serait de mourir avec plaisir, dans du plaisir... Le reste c'est rien du tout, c'est de la peur qu'on n'ose pas avouer, c'est de l'art. (Voyage au bout de la nuit, p. 380, Folio n° 28) 

 

Vaché Jacques (1895-1919)

L'art est une sottise. (Lettres de guerre)

 

Montherlant Henri de (1895-1972)

" Il ne faut pas qu'un artiste s'intéresse trop à son époque, sous peine de faire des œuvres qui n'intéressent que son époque. (Carnets, 1930-1944)

 

Jünger Ernst (1895-1898)

Dans l'œuvre d'art vit une foi qui dure plus longtemps que tout dogme.

 

Breton André (1896-1966)

L'œuvre d'art n'a de valeur que dans la mesure où elle frémit des réflexes de l'avenir (cité par O. Revault d’Allones, in La Création artistique et les promesses de la liberté, Éd.Klincksieck. Paris, p. 61, 1973

 

Artaud Antonin (1896-1948)

" Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpte, modèle, construit, invente, que pour sortir en fait de l'enfer. (Van Gogh, le Suicide de la Société)

 

Triolet Elsa (1896-1970)

L'art, qui transforme l'homme, lui donne des possibilités nouvelles pour la conception de l'univers, est, paradoxalement, lui-même inconcevable.

 

Créer c'est aussi difficile que d'être libre (Elsa Triolet).

 

Bataille Georges (1897-1962)

Ce que l'art est tout d'abord, et ce qu'il demeure avant tout, est un jeu. (Lascaux ou la Naissance de l'art)

 

Du fond de cette caverne qui fascine, les artistes anonymes, effacés, de Lascaux nous invitent à nous souvenir d'un temps où les êtres humains ne se voulurent de supériorité que sur la mort (Bataille Georges).

 

Brecht Bertolt (1898-1956)

Tous les arts contribuent au plus grand de tous les arts, l'art de vivre.

 

Hemingway Ernest (1899-1961)

Dans tous les arts, le plaisir croît avec la connaissance que l'on a d'eux.

 

Arland Marcel (1899-1986)

Un art, une langue ne sont pas des constructions fortuites : ils sont à la fois l’aveu et le rêve de tout un peuple, c’est-à-dire son chant. 

 

Saint-Exupéry Antoine de (1900-1944)

Ni l'intelligence, ni le jugement ne sont créateurs.

 

Greene Julien (1900-1998)

J’écris des romans pour savoir ce qu’il y a dedans.

 

Malraux André (1901-1976)

La résurrection des arts barbares n'est qu'un aspect, et relativement superficiel, de la métamorphose subie par tout l'héritage artistique de l'Europe. Lorsque la beauté cessa d'être la valeur ordonnatrice de l'art, un grand reflux apporta, avec les fétiches, nombre d'épaves et de trésors. (…) Et le lien qui s'établit entre l'art moderne et la recomposition du passé fut d'autant plus trouble que, si nous connaissons bien les formes de notre art, nous commençons à soupçonner que nous en connaissons mal l'esprit. 

 

(…) chaque forme du sacré, pour les hommes qui appartenaient à la civilisation qui la suscitait, était contemplée comme forme de la vérité (…). Ces formes ne nous atteignent, nous, que comme formes (c'est-à-dire comme ce qu'elles seraient si elles étaient créées aujourd'hui - mais de façon très trouble, puisqu'elles ne pourraient pas l'être), ou comme expression de grandeur, de profondeur, de tout ce qui peut émaner du sacré : nous les regardons du dehors. C'est ce qu'elles ont d'essentiel que nous abandonnons, car on n'imagine pas une civilisation du sacré qui teindrait son sacré pour hypothétique. 

 

(…) Notre civilisation, malgré sa puissance, est séparée de celles de jadis (sinon de tous leurs aspects), à l'exception de la grecque, parce qu'elle n'est pas affirmative. Comme ses sciences, elle est interrogative ; et notre art, lui aussi, devient une interrogation du monde. (A. Malraux)

 

Notre art n’est pas le premier art sans surmonde, c’est le premier dont le surmonde est le monde de l’art (La métamorphose des dieux / L’Intemporel).

 

L'art ne délivre pas l'homme de n'être qu'un accident de l'univers ; mais il est l'âme du passé au sens où chaque religion antique fut une âme du monde. Il assure pour ses sectateurs, quand l'homme est né à la solitude, le lien profond qu'abandonnent les dieux qui s'éloignent (...) le Musée Imaginaire est la suggestion d'un vaste possible projeté par le passé, la révélation de fragments perdus de l'obsédante plénitude humaine, unis dans la communauté de leur présence invaincue. Chacun des chefs-d'œuvre est une purification du monde, mais leur leçon commune est celle de leur existence, et la victoire de chaque artiste sur sa servitude rejoint, dans un immense déploiement, celle de l'art sur le destin de l'humanité. L'art est un anti-destin. (Les Voix du silence, p. 637.)

 

Toute histoire est celle d'une évolution ou d'une fatalité, devenue intelligible ; toute histoire tend à faire du passé un destin – chargé d'espoir, dans celle de Bossuet, de Hegel et de Marx, ou de mort, dans celle de Spengler – pour ceux à qui elle s'adresse d'abord. Alors qu'une véritable histoire de l'art (…) ne saurait pas plus être celle d'un progrès qu'être rigoureusement celle d'un éternel retour : l'art est un anti-destin.

 

La force suprême de l'art et de l'amour est de nous contraindre à vouloir puiser en eux l'inépuisable. (Les Voix du Silence)

 

Qu'est-ce que l'art ? - Ce par quoi les formes deviennent style. (Les Voix du silence)

 

L’admirable refus, par les peintres modernes, de l’art que respectait la société de leur temps, nous porte à voir dans l’art même une des formes les plus hautes de l’accusation (Les Voix du silence)

 

L'art naît précisément de la fascination de l'insaisissable, du refus de copier des spectacles. Ce n'est pas à l'origine qu'il cherche la nature morte : à l'origine, nous l'avons vu chercher les lignes géométriques ou les dieux. Pour qui une statue est-elle seulement la copie d'un homme immobile ? Si l'artiste commence par le pastiche, c'est que ce qu'il entend copier n'est pas un objet, mais une possession.

 

L’art naît précisément de l’insaisissable, du refus de copier des spectacles ; de la volonté d’arracher les formes au monde que l’homme subit pour les faire entrer dans celui qu’il gouverne Les grands artistes ne sont pas les transcripteurs du monde, ils en sont les rivaux (Les Voix du silence)

 

Où que ce soit, à quelque époque que ce soit, les styles du sacré se refusent à imiter la vie, exigent de la métamorphoser ou de la transcender (Les Voix du silence)

 

Pour que l’art moderne naisse, il faut que l’art de la fiction finisse (Les Voix du silence)

 

Tout l’art est l’expression, lentement conquise, du sentiment fondamental qu’éprouve l’artiste devant l’univers. C’est sans doute pourquoi toute religion vivante imprègne les œuvres profanes ; et pourquoi il n’y a d’œuvres profanes capitales que dans les sociétés dont le sacré se retire (Les Voix du silence)

 

Notre art me parait une rectification du monde, un moyen d’échapper à la condition d’homme. (A. Malraux. Les Noyers de l’Altenburg)

 

De quelque façon qu’un art représente les hommes, « tels qu’ils sont » ou non, il représente une civilisation comme elle se conçoit : il la fonde en signification. (De la représentation en Occident et en Extrême-Orient)

 

La force de l’art (que son moyen soit ou non la beauté) est dans son aptitude à opposer au monde réel soumis au destin, un monde soumis à l’homme (Le Démon de l’absolu)

 

Le sens du mot art est tenter de donner conscience à des hommes de la grandeur qu'ils ignorent en eux

 

Dieu est ce que crée l’homme au-delà du destin (Le Démon de l’absolu)

 

Le seul domaine où le divin soit visible est l'art, quelque nom qu'on lui donne.

 

Le sentiment du destin, comme celui du sacré, est chargé d’une émotion qui n’appartient pas nécessairement à l’art, mais rivalise à coup sûr avec lui (L’Homme précaire et la littérature)

 

La découverte de l’art, comme toute conversion, est la rupture d’une relation antérieure entre un homme et le monde.

 

Le monde de l'art n'est pas celui de l'immortalité, c'est celui de la métamorphose. (Antimémoires)

 

Tout art sacré s’oppose à la mort, parce qu’il ne décore pas sa civilisation, mais l’exprime selon sa valeur suprême (Antimémoires)

 

Tout le destin de l’art, tout le destin de ce que les hommes ont mis sous le mot de culture, tient en une seule idées : transformer le destin en conscience : fatalités biologiques, économiques, sociales, psychologiques, fatalités de toutes sortes, les concevoir d’abord pour les posséder ensuite (Sur l’héritage culturel)

 

Les sculpteurs romans voulaient manifester l’inconnu révélé, alors que Picasso manifeste un inconnaissable que rien ne révèlera (La Corde et les souris)

 

L’art qui naît avec Baudelaire et Manet n’est pas au service des succédanés de l’absolu, il est le successeur de celui-ci.
Il n’est pas une religion, mais il est une foi. Il n’est pas un sacré, mais il est aussi la négation d’un profane. Son refus de l’apparence, sa déformation, obéissent à une passion bien différente de celle qui anime les arts sauvages et même l’art roman, mais qui s’apparente à elle par le lien qu’elle établit entre la peinture et l’objet qu’il crée. 

 

Le musée, qui fut une collection devient une sorte de temple. Bien entendu, une nature morte de Braque n’est pas un objet sacré. Mais si elle n’est pas une miniature byzantine, elle appartient comme celle-ci à un autre monde, et participe d’un dieu obscur qu’on veut appeler la peinture et qui s’appelle art 

 

Que devenait une peinture qui n’imitait plus, n’imaginait plus et ne transfigurait plus ? Peinture. 

 

Il est faux que l’art moderne soit « les objets vus à travers un tempérament », car il est faux qu’il soit une façon de voir. Gauguin ne voyait pas en fresque, ni Cézanne en volumes, ni Van Gogh en fer forgé. Il est la recherche, à travers les formes, d’un schéma intérieur qui prend ensuite – ou non – la forme d’objets, mais dont les objets ne sont que l’expression. La volonté initiale de l’artiste moderne c’est de pouvoir tout soumettre à son style, et d’abord l’objet le plus brut, le plus nu. Son symbole, c’est La Chaise de Van Gogh. (A. Malraux)

 

Le chef-d’œuvre est garant du génie, le génie n’est pas garant du chef-d’œuvre. (Antimémoires)

 

Tout art est lutte contre le destin, contre la conscience de ce que le cosmos porte d'indifférent à l'homme et de menaçant pour lui : la terre et la mort.

 

L'art est encore la seule forme supportable de la vie, la plus grande jouissance, et celle qui s'épuise le moins vite. (…) le premier caractère de l'art moderne est de ne pas raconter.

 

Tout grand style est la réduction à une fragile perspective humaine du monde éternel qui nous entraîne dans une dérive d'astres selon son rythme mystérieux.

 

Un accident heureux n'est qu'un chef-d'œuvre accidentel ; et le génie n'est pas dans la rencontre du style, il est dans sa possession. Tout génie est maîtrise et le souvenir que laisses-en nous le pauvre Van Gogh est celui d'une royauté.

 

L'œuvre surgit dans son temps et de son temps mais elle devient œuvre d'art par ce qui lui échappe.

 

Toute œuvre d'art survivante est amputée, et d'abord de son temps.

 

Il n’y a plus d’art populaire parce qu’il n’y a plus de peuple. (Les Voix du silence, 1951)

 

On ne peut pas faire un art qui parle aux masses quand on n’a rien à leur dire.

 

La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont posé des moustaches sont morts.

 

L'art, c'est le plus court chemin de l'Homme à l'Homme. (A. Malraux)

 

Singer Isaac Bashevis (1902-1991)

La grandeur de l’art n’est pas de trouver ce qui est banal, mais ce qui est unique.

 

Nin Anaïs (1903-1977)

L'art était le remède contre la folie, ce qui soulageait des souffrances et des terreurs de la vie (Journal : 1931-1934)

 

Yourcenar Marguerite (1903-1987)

Sitôt qu'il compta dans ma vie, l'art cessa d'être un luxe, devint une ressource, une forme de secours.

 

Langanesi (1905-1957)

L’art est un accident dont on ne sort pas indemne.

 

L'art est un appel auquel il y en a trop qui répondent sans avoir été appelés. (L. Langanesi), 

 

Sartre Jean-Paul (1905-1980)

L'art n'a jamais été du côté des puristes.

 

Scutenaire Louis (1905-1987)
Qui comprend invente.

 

Beckett Samuel (1906-1989)

L’art a toujours été ceci - interrogation pure, question rhétorique moins la rhétorique.

 

Chapelan Maurice (1906-1992) 

En art, comme dans les visages, on rencontre des laideurs sympathiques et des beautés sans charme (Main courante ,1957)

 

Blanchot Maurice (1907-2003)

L’art nous offre des énigmes, mais par bonheur aucun héros. (Le Livre à venir)

 

Tout art tire son origine d’un défaut exceptionnel (Le livre à venir)

 

Pavese Cesare (1908-1950)

L'art est la preuve que la vie ne suffit pas.

 

Beauvoir Simone de (1908-1986)

L'art est une tentative pour intégrer le mal.

 

C’est dans l’art que l’homme se dépasse définitivement lui-même. 

 

Ionesco Eugène (1909-1994)

L’œuvre d’art n’est pas le reflet, l’image du monde ; mais elle est à l’image du monde.

 

Cioran Emil Michel (1911-1995)

Il ne faut pas s'astreindre à une œuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant. (De l'inconvénient d'être né, in Œuvres, coll. Quarto, Gallimard)

 

Camus Albert (1913-1960)

Créer, c'est vivre deux fois.

 

Si le monde était clair, l’art ne serait pas.

 

En art, tout vient simultanément ou rien ne vient ; pas de lumières sans flammes. (L'envers et l'endroit / Préface, p.30, Folio-essais n°41)

 

L'œuvre d'art naît du renoncement de l'intelligence à raisonner le concret (Le mythe de Sisyphe)

 

Si le monde était clair, l'art ne serait pas. (Le mythe de Sisyphe)

 

L'art, dans un certain sens, est une révolte contre le monde dans ce qu'il a de fuyant et d'inachevé… 

 

J'ai la plus haute idée, et la plus passionnée, de l'art. Bien trop haute pour consentir à le soumettre à rien. Bien trop passionnée pour vouloir le séparer de rien. (Carnets II)

 

L'art a les mouvements de la pudeur, il ne peut pas dire les choses directement (Carnets II, janvier 1942 - mars 1951)

 

L’art, dans un certain sens, est une révolte contre le monde dans ce qu’il a de fuyant et d’inachevé. (Le discours de Suède)

 

Le but de l'art, le but d'une vie ne peut être que d'accroître la somme de liberté et de responsabilité qui est dans chaque homme et dans le monde (Le Pari de notre génération, 1957)

 

L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas s'isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent, apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher (Discours de Suède, Conférence du 14 décembre 1957)

 

L'art est la distance que le temps donne à la souffrance.

 

L'art vit de contrainte et meurt de liberté. (Discours de Suède citant Gide)

 

L’art et le monde sont toujours en recherche d’équilibre ou d’opposition.

 

La grandeur d'un artiste se mesure aux tentations qu'il a vaincues. (Albert Camus. Préface à La Maison du Peuple de L. Guilloux)

 

L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes.

 

L'art, dans un certain sens, est une révolte contre le monde dans ce qu'il a de fuyant et d'inachevé : il ne se propose donc rien d'autre que de donner une autre forme à une réalité qu'il est contraint pourtant de conserver parce qu'elle est la source de son émotion. 
À cet égard, nous sommes tous réalistes et personne ne l'est. L'art n'est ni le refus total, ni le consentement total à ce qui est. Il est en même temps refus et consentement, et c'est pourquoi il ne peut être qu'un déchirement perpétuellement renouvelé. 
L'artiste se trouve toujours dans cette ambiguïté, incapable de nier le réel et cependant éternellement voué à le contester dans ce qu'il a d'éternellement inachevé. 
Il ne s'agit donc pas de savoir si l'art doit fuir le réel ou s'y soumettre, mais seulement de quelle dose exacte de réel l'œuvre doit se lester pour ne pas disparaître dans les nuées, ou se traîner, au contraire, avec des semelles de plomb.
Ce problème, chaque artiste le résout comme il le sent et le peut. Les grandes idées, on l'a dit, viennent dans le monde sur des pattes de colombe. Peut-être alors, si nous prêtions l'oreille, entendrions-nous, au milieu du vacarme des empires et des nations, comme un faible bruit d'ailes, le doux remue-ménage de la vie et de l'espoir. Les uns diront que cet espoir est porté par un peuple, d'autres par un homme. Je crois qu'il est au contraire suscité, ranimé, entretenu, par des millions de solitaires dont les actions et les œuvres, chaque jour, nient les frontières et les plus grossières apparences de l'histoire, pour faire resplendir fugitivement la vérité toujours menacée que chacun, sur ses souffrances et sur ses joies, élève pour tous (A. Camus)

 

Nin Anaïs (1913-1977)

L'art de la femme doit être un art né de la chair de la matrice et non des cellules du cerveau..., elle doit créer ce que l'homme a détruit originellement, ce monde de l'unité créé par Dieu et que la conscience trop fière de l'homme a ébranlé et divisé.

 

Gary Romain (1914-1980)

Il vient donc un moment où vous n'en pouvez plus et où vous êtes dévoré par le besoin de vérité et d'authenticité, de poser des questions et de recevoir des réponses, bref, de communiquer avec tout, avec le tout, et c’est là qu'il convient de faire appel à l'art.

 

Burgess Anthony (1917-1893)

L'art, parce qu'il est liberté, est aussi subversion. Aucun Etat ne peut aimer les artistes, à moins qu'ils ne disent ce qu'il souhaite entendre. Ce qui est la négation de l'art.

 

Herbert Frank (1920-1986)

Le meilleur art imite la vie. S'il imite un rêve, c'est nécessairement un rêve de vie. Sinon, nous n'avons pas d'endroit où nous raccorder. Nos connexions ne sont pas compatibles.

 

Robbe-Grillet Alain (1922-2008)

La fonction de l’art n’est jamais d’illustrer une vérité ou même une interrogation. Elle est de mettre au monde des interrogations qui ne se connaissent pas encore elles-mêmes. (Alain Robbe-Grillet. Pour un Nouveau Roman)

 

Deguy Michel (1923- )

La vérité que cherche l'œuvre d'art, c'est la vérité universelle de ce qui est singulier.

 

Capote Truman (1924-1984)

L'art est fait d'un détail bien choisi, qu'il soit pure imagination ou qu'il distille la réalité.

 

Toute écriture, tout art, est un acte de foi. Toute œuvre d'art, à condition qu'elle découle d'une motivation sincère pour approfondir la compréhension entre les gens, est un acte de foi et est donc un acte d'amour (Truman Capote)

 

Baldwin James (1924-1987)

L'art ne serait pas important si la vie ne l'était pas, et la vie est importante.

 

Choquette Gilbert (1929-2022)

Semblable à l'amour, la mission de l'art est de révéler l'homme à lui-même.

 

d’Ormesson Jean (1925-2017)

L’art n’a que les ressources de la vie de chacun : il change ce plomb en or.

 

Denuzière Maurice (1926- )

Le véritable artiste ne copie pas la nature, il l'interprète. (Bahamas, III - Un paradis perdu (2007)

 

Fuentes Carlos (1928-2012)

L'art donne vie à ce que l'histoire a assassiné.

 

Chaque œuvre d'art est une lecture du monde (Carlos Fuentes).

 

Jacqmin François (1929-1992)

Une de mes préoccupations principales, consiste à la manière dont je devrais cesser d’écrire. Il faut un jour envisager d’en rester là, comme attitude conforme à mes aspirations profondes. Et ce silence n’est pas nécessairement le contraire de l’expression, car je ne désire pas m’abstraire en tant que participant a contrario. La signification étant devenue oiseuse, dans toutes les directions. L’art, la littérature, voire le phénomène de la pensée dans sa totalité, me paraît sans intérêt. (Journal des Nuits d’hiver in Balises n° 3-4. Bruxelles, 2003, pp. 161-178)

 

Kundera Milan (1929- )

Depuis toujours, profondément, violemment, je déteste ceux qui veulent trouver dans une œuvre d'art une attitude (politique, philosophique, religieuse, etc.), au lieu d'y chercher une intention de connaître, de comprendre, de saisir tel ou tel aspect de la réalité.

 

Bernhard Thomas (1931-1989)

L'art suprême consiste à voir les grandes choses comme les petites, sans cesse, simultanément, dans tous les rapports de grandeur... (Gel, trad. Boris Simon et Josée Turk-Meyer, p.27)

 

L'art que l'on expose est annihilé du seul fait qu'il est exposé. (Perturbation, trad. Bernard Kreiss, p.65)

 

L'art dans son ensemble n'est d'ailleurs rien d'autre qu'un art de survie, nous ne devons pas négliger ce fait, à tout prendre il est tout de même la tentative sans cesse renouvelée, d'une manière qui touche même l'intelligence, de nous débrouiller dans ce monde de désagréments, ce qui, nous le savons, n'est possible en fait que par l'usage sans cesse renouvelé du mensonge et de l'hypocrisie, de la fausseté et de l'illusion volontaire. (Maîtres anciens, trad. Gilberte Lambrichs, p.247)

 

L'œuvre d'art la plus grande et la plus remarquable finit tout de même par nous peser dans la tête comme un morceau de mensonge et de vulgarité, comme un morceau beaucoup trop gros de viande dans l'estomac (Maîtres anciens, trad. Gilberte Lambrichs, p.57)

 

Vaneigem Raoul (1934)

La création de soi est l'axe de toute création artistique (L'Ère des créateurs, 2002)

 

Matzneff Gabriel (1936- )

Une œuvre d’art doit être jugée selon les critères esthétiques. En art, ce qui est beau est moral.

 

Le Clezio Jean-Marie Gustave (1940- )

L'art est sans doute la seule forme de progrès qui utilise aussi bien les voies de la vérité que celles du mensonge. (L'Extase matérielle, Gallimard).

 

Quignard Pascal (1948)

L'art n'est pas grand-chose. Dans ce monde ce n'est vraiment pas grand-chose pour peu qu'on compare tous les arts à la nature sur la terre. L'art est l'arrivée trop tardive. (Sordidissimes, 2005)

 

Je ne crois pas que l'art puisse jamais être négatif. Il ignore la négation parce qu'il ignore le temps (Pascal Quignard).

 

Di Lucca Erri (1950- )

Le meilleur art imite la vie. S'il imite un rêve, c'est nécessairement un rêve de vie. Sinon, nous n'avons pas d'endroit où nous raccorder. Nos connexions ne sont pas compatibles.

 

Houellebecq Michel (1956- )

L’art ne peut pas changer la vie.

 

Baricco Alessandro (1958- )

Les œuvres d'art ne se font pas. Elles adviennent (L'âme de Hegel et les vaches du Wisconsin, trad. Françoise Brun, p.147)

 

Rowell Rainbow (1973- )

L'art n'est pas supposé être beau ; il est supposé vous faire ressentir quelque chose (Eleanor & Park)

 

 

Historien.ne.s d’Art

 

Berenson Bernard (1865-1959)

Ce n‘est pas ce que l’homme sait mais ce qu’il sent qui se rapporte à l’art.

 

Focillon Henri (1881-1943)

L’œuvre d’art n’existe qu’en tant que forme (Vie des formes, Paris, 1934).

L'œuvre d'art plonge dans la mobilité du temps et elle appartient à l'éternité. Elle est particulière, locale, individuelle et elle est un témoin universel. Mais elle domine ses diverses acceptions et, servant à illustrer l'histoire, l'homme et le monde même, elle créatrice de l'homme, créatrice du monde et elle installe dans l'histoire un ordre qui ne se réduit à rien d'autre.

[Pour citations supplémentaires cf. Album des Réalités Nouvelles, 1948]

 

L'art commence par la transmutation et continue par la métamorphose. Il n'est pas le vocabulaire de l'homme parlant à Dieu, mais le renouveau perpétuel de la Création. Il est invention de matières en même temps qu'il est invention de formes. Il se construit une physique et une minéralogie. (op.cit.)

 

Avermaete Roger (1893-1988)

L'art est le seul domaine où l'homme est supérieur à son destin souvent misérable. C'est le refuge combien précieux qui permet d'oublier l'aventure décevante d'une humanité incapable de trouver la paix et le bonheur. (Nouvelle Histoire de l'Art, 1986, Introduction de l'auteur, extrait)

 

Francastel Pierre (1900-1970)

Les œuvres d'art sont des modèles, modèles du possible et non du certain. (L'image, la vision et l'imagination, p.37)

 

L'activité artistique : une des formes majeures de la pensée en acte (op.cit., p. 31)

 

Un art, comme une civilisation, est en devenir (op.cit., p. 83)

 

On ne peut comprendre l'art en dehors des mœurs et des modes de pensée d'une époque et réciproquement (op. cit., p. 218)

 

Toute action, toute image, est, pour une part, créatrice de réalité (op.cit., p. 65)

 

La perception de l'œuvre d'art repose non pas sur un processus de reconnaissance mais de compréhension. (op.cit., p. 42)

 

Huyghe René (1906-1997)

(…) l'art est une fonction essentielle de l'homme, indispensable à l'individu comme aux sociétés et qui s'est imposée à eux comme un besoin dès les origines préhistoriques. L'art et l'homme sont indissociables. Pas d'art sans homme, mais peut-être pas d'homme sans art.

 

L’art est le langage de ce qui n’est pas encore exprimé.

 

L'être isolé ou la civilisation qui n’accède pas à l'art sont menacés d'une secrète asphyxie spirituelle, d'un trouble moral.

 

La qualité, en tant que perception unique d'une réalité sensible unique, est le "matériau" même dont use l'art. La qualité en tant que gradation d'une valeur qui ne peut être ressentie qu'intuitivement, et à la mesure même de la qualité de celui qui l'éprouve, est le champ purement spirituel où l'art construit et s'édifie.

 

Snauwaert Dirk (1963 - -)

L’art, c’est le vraisemblable.

 

 

Musicien.ne.s

 

van Beethoven Ludwig (1770-1827)

Beaucoup d'effets avec peu de moyens.

 

La musique vaut toutes les philosophies du monde.

 

La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie 

 

Ne te contente pas de pratiquer ton art, mais fraie-toi un chemin dans ses secrets, il le mérite bien. Car seuls l'art et le savoir peuvent élever l'homme jusqu'au Divin (Ludwig van Beethoven)

 

Berlioz Hector (1803-1869)

Ah ! Quel talent, je vais avoir demain.

 

La chance d’avoir du talent ne suffit pas ; il faut encore le talent d’avoir de la chance (Hector Berlioz).

 

Liszt Frans (1811-1886)

Tous les arts reposent sur deux principes, la réalité et l'idéalité.

 

Les arts sont le plus sûr moyen de se dérober au monde, ils sont aussi le plus sûr moyen de s'unir à lui (Frans Liszt)

 

Wagner Richard (1813-1883).

Je ne puis concevoir qu'un homme vraiment heureux puisse jamais songer à l'art. Vivre vraiment, c'est avoir la plénitude. Est-ce que l'art est autre chose qu'un aveu de notre impuissance ?

 

L'homme qui n'a pas été, dès son berceau, doté par une fée de l'esprit de mécontentement de tout ce qui existe, n'arrivera jamais à la découverte du nouveau.

 

Là où s'arrête le pouvoir des mots commence la musique. (Wagner)

 

Tchaïkovski Piotr (1840-1893)

La musique est une révélation. 

 

Mahler Gustav (1860-1911)

Le créateur est un archer qui tire dans le noir.

 

Debussy Claude (1862-1918)

L'art est le plus beau des mensonges.

 

Il faut d'abord trouver, puis retrancher, pour arriver à la chair nue de l'émotion.

 

La musique doit humblement chercher à faire plaisir, l'extrême complication est le contraire de l'art (Debussy)

 

Satie Eric (1866-1925)

En art, j’aime la simplicité ; de même, en cuisine.

 

Stravinski Igor (1882-1971)

Plus l'art est limité, plus il est libre.

 

Von Karajan Herbert (1908-1989)

L’art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre.

 

Cage John (1912-1992)

L'art a estompé la différence entre l'art et la vie. Laissons maintenant la vie estomper la différence entre la vie et l'art.

 

Stockhausen Karlheinz (1928-2007)

Plus le quoi va de soi et plus on sera attentif au comment.

 

Gould Glenn (1932-1983)

L'objectif de l'art n'est pas le déclenchement d'une sécrétion momentanée d'adrénaline (au concert), mais la construction, sur la durée d'une vie, d'un état d'émerveillement et de sérénité. (A bas les applaudissements)

 

 

Philosophes

 

Ce mot (art) comporte deux sens symétriquement inverses, à partir d'une racine commune. L'artifex (artiste ou artisan) c'est l'homme incarnant une idée, fabriquant un être que ne fournit pas la nature (...) Mais ou bien cette création est subordonnée à nos fins pratiques (arts utilitaires) - ou bien elle nous subordonne à des fins idéales (beaux-arts) et satisfait, si l'on peut dire, des besoins non utilitaires : d'où, par hybridation de ces caractères primitifs de l'art, l'aspect magique, superstitieux, idolâtrique qu'il a pris aux débuts mêmes de l'humanité; d'où le dévouement, la dévotion de l'artiste à son œuvre; d'où le culte mystique de l'art chez les plus civilisés. (M. Blondel, in Lalande, Vocabulaire de la philosophie, art. Art.)

 

Protagoras (-490 - -420)

L'homme est la mesure de toute chose.

 

Philolaos (pythagoricien) (-470 - -385)

L'harmonie est l'unification du divers et la mise en concordance du discordant.

 

Hippocrate (-460 - -370)

L’Art est long, la vie est courte, l’occasion fugitive, l’expérience trompeuse, le jugement difficile. (Aphorismes, I).

 

Platon (-428/27 - -348/347)

L'art d'imiter est donc bien éloigné du vrai, et, s'il peut tout exécuter, c'est, semble-t-il, qu'il ne touche qu'une petite partie de chaque chose, et cette partie n'est qu'un fantôme. (La République, X)

 

Voilà, cher Socrate, quel est le point de la vie où... il vaut pour un homme la peine de vivre: quand il contemple la Beauté en elle-même ! (Le Banquet)

 

Les poètes ne créent que des fantômes et non des choses réelles

 

En toute chose, la mesure et la proportion constituent la beauté comme la vertu.

 

L’art est l’illusion d’une illusion (Platon)

 

Aristote (-385 - -322)

L'art, c'est l'idée de l'œuvre, l'idée qui existe sans matière.

 

L'Art et le Vin sont les joies supérieures des hommes libres.

 

Les arts se multiplièrent, ayant pour objet les uns la nécessité, les autres l'agrément ; toujours les inventeurs de ces derniers furent considérés comme plus sages que ceux des autres, parce que leurs sciences n'étaient pas dirigées vers l'utile.

 

Tout art est une disposition accompagnée de raison, tournée vers la création.

 

Nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les formes d’animaux les plus méprisées et des cadavres.

 

C'est par l'expérience que la science et l'art font leur progrès chez les hommes. (Aristote).

 

Sénèque (-4 – 65)

Tout art est une imitation de la nature.

 

Epictète (55-135)

Si tu veux faire des progrès, résigne-toi pour tout ce qui regarde les choses extérieures, à passer pour bête et naïf. Ne prétends pas montrer quelque savoir que ce soit. Et si certaines gens te reconnaissent de la valeur, méfie-toi de toi-même. Sache-le: il n'est pas facile de conserver sa volonté conforme à la nature, en restant attaché aux choses du dehors. Si l'on consacre ses soins à l'un, on néglige forcément l'autre.

 

Il n'y a pas d'art là où le hasard entre dans le succès (Lettres à Lucilius - Vers 64 ap. J.-C.)

 

Plotin (205-270)

C'est pourquoi, même ici-bas, il faut dire que la beauté consiste moins dans la symétrie que dans l'éclat qui brille en cette symétrie et c'est cet éclat qui est aimable. (Ennéades, VI)

 

Les arts n’imitent pas directement les objets visibles, mais remontent aux raisons d’où est issu l’objet nature.

 

Calvin Jean (1509-1564).

J'ai écrit contre la peinture et la sculpture, disait-il (Calvin) ; j'ai fait voir évidemment que les bonnes oeuvres ne servent à rien du tout, et j'ai prouvé qu'il est diabolique de danser le menuet (...) (in Voltaire, Dict. philosophique, Dogmes).

 

Bacon Francis (1561-1626)

L’art, c’est l’homme ajouté à la nature.

 

Le plus souvent l'art est de bien peu d'usage, pour ne pas dire tout à fait inutile (Dignitate et augmentis scientiarum, 1605)

 

L'art, dès qu'il veut dominer, gâte la nature, au lieu de l'embellir (Les essais,1625)

 

La nature des choses se livre davantage à travers les tourments de l’art que dans sa liberté propre. (Instauratio Magna)

 

Descartes René (1596-1650)

...Nous savons par expérience que nos sens nous ont trompés en plusieurs rencontres, et qu'il y aurait de l'imprudence de trop nous fier à ceux qui nous ont trompé quand même ce n'aurait été qu'une fois ...

 

Mais ce qui plaira à plus de gens pourra être nommé simplement le plus beau, ce qui ne saurait être déterminé... Ce n'est pas dire qu'on puisse nommer absolument l'un plus beau que l'autre... (Lettre à Mersenne, 18 Mars 1630)

 

Pascal Blaise (1623-1662)

Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire point les originaux ! (in Pensées, 1670 (posth.) [fragment 134, éd. L. Brunschvicg, Classiques Hachette, p. 389]) 

 

Hume David (1711-1716)

"Rien n'améliore autant le caractère que l'étude des beautés, qu'il s'agisse de la poésie, de l'éloquence, de la musique ou de la peinture." (Les essais esthétiques II)

 

Diderot Denis (1713-1784)

Les productions de l'art seront communes, imparfaites et faibles, tant qu'on ne proposera pas une imitation plus rigoureuse de la nature. La nature est opiniâtre et lente dans ses opérations. S'agit-il d'éloigner, de rapprocher, d'unir, de diviser, d'amollir, de condenser, de durcir, de liquéfier, de dissoudre, d'assimiler, elle avance à son but par les degrés les plus insensibles. L'art, au contraire, se hâte, se fatigue et se relâche. La nature emploie des siècles à préparer les métaux, l'art se propose de les perfectionner en un jour. La nature emploie des siècles à former les pierres précieuses, l'art prétend les contrefaire en un moment." (De l'interprétation de la nature, XXXVII)

 

Rien n'est beau sans unité et il n'y a point d'unité sans subordination. Cela semble contradictoire mais cela ne l'est pas.

 

L'unité du tout naît de la subordination des parties ; et de ses subordinations naît l'harmonie qui suppose la variété.

 

Un tout est beau lorsqu'il est un.

 

J'en demande pardon à Aristote, mais c'est une critique vicieuse que de déduire des règles exclusives des ouvrages les plus parfaits, comme si les moyens de plaire n'étaient pas infinis. Il n'y a presque aucune de ces règles que le génie ne puisse enfreindre avec succès. Il est vrai que la troupe des esclaves, tout en admirant, crie au sacrilège.

 

Les règles ont fait de l'art une routine, et je ne sais si elles n'ont pas été plus nuisibles qu'utiles. Entendons-nous, elles ont servi à l'homme ordinaire ; elles ont nui à l'homme de génie.

 

Je voudrais bien savoir où est l'école où l'on apprend à sentir.

 

Au moment où l'artiste pense à l'argent, il perd le sentiment du beau.

 

Winckelmann Johann (1717-1768)

L’art fait qu’une copie offre souvent plus de charme que la nature elle-même. 'Pensées sur l’imitation des Grecs dans la peinture et la sculpture)

 

La couleur contribue à la beauté, mais elle ne la constitue pas: elle la relève seulement et en fait valoir les formes.

 

Kant Emmanuel (1724-1804)

L'œuvre d'art est une activité humaine se prenant pour sa propre fin, donc libre, purement subjective, dégagée des conditions extérieures.

 

Le Beau, c'est un reflet de l'infini sur le fini.

 

La nature est belle quand elle a l'aspect de l'art, et l'art ne peut être appelé beau que si nous avons conscience que c'est de l'art et s'il offre cependant l'apparence de la nature.

 

L'art se distingue de la nature comme faire (facere) d'agir... A vrai dire on ne devrait nommer art que le produit de la liberté, c'est à dire d'un vouloir qui fonde ses actes sur la raison.

 

C'est pour cela sans doute que le mot génie a été tiré du mot genius, qui signifie l'esprit particulier qui a été donné à un homme à sa naissance, qui le protège, le dirige et lui inspire des idées originales. (Critique du jugement)

 

Le goût est la faculté de juger d'un objet ou d'une représentation par une satisfaction dégagée de tout intérêt...

 

Le beau est ce qui est représenté, sans concept, comme l'objet d'une satisfaction universelle...

 

Lorsque je donne une chose pour belle, j'exige des autres le même sentiment ; je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde, je parle de la beauté comme si c'était une qualité des choses, je dis que la chose est belle... 

 

La beauté est la forme de la finalité d'un objet, en tant qu'elle est perçue sans représentation d'une fin." 

 

L’art est la belle représentation d’une chose et non la représentation d’une belle chose. (Extrait de la Critique de la faculté de juger)

 

Le sublime dans l'art est toujours soumis aux conditions d'un accord avec la nature.

 

A vrai dire on ne devrait nommer art que le produit de la liberté, c'est-à-dire d'un vouloir qui fonde ses actes sur la raison (Emmanuel Kant).

 

Hegel (1770-1831)

L'art, la religion et la philosophie ne diffèrent que par la forme ; leur objet est le même.

 

(…) à quoi bon reproduire ce que la nature déjà offre à nos regards ? Ce travail puéril, indigne de l'esprit auquel il s'adresse, indigne de l'homme qui le produit, n'aboutirait qu'à lui révéler son impuissance et la vanité de ses efforts ; car la copie restera toujours au-dessous de l'original.

 

Pour nous, l'art n'est plus le mode suprême dans lequel la vérité se procure existence.

 

Une oeuvre d'art ou de poésie ne peut exister qu'autant que l'esprit la pénètre en tous sens, et qu'elle est sortie de l'activité créatrice de l'esprit.

 

La nécessité du beau dans l'art et la poésie se tire donc de l'imperfection du réel. La mission de l'art est de représenter, sous des formes sensibles, le développement libre de la vie et surtout de l'esprit.

 

L'objet d'art tient le milieu entre le sensible et le rationnel, c'est quelque chose de spirituel qui apparaît comme matériel.

 

Le Beau artistique est supérieur au Beau naturel parce qu'il est un produit de l'Esprit. L'Esprit étant supérieur à la Nature, sa supériorité se communique également à ses produits et, par conséquent, à l'Art.

 

Mais il est permis de soutenir que le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature. (Esthétique)

 

Loin d'être de simples apparences, les formes de l'art renferment plus de réalité et de vérité que les existences phénoménales du monde réel.

 

Dans un ouvrage d'art ou de poésie, le sensible ne doit être donné que comme l'apparence du sensible. Ce que l'esprit cherche en lui ce n'est ni la réalité matérielle, ni l'idée dans sa généralité abstraite, mais un objet sensible dégagé de tout l'échafaudage de la matérialité.

 

D’une façon générale, il faut dire que l’art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature, et qu’il ressemble à un ver qui s’efforce en rampant d’imiter un éléphant. Dans ces reproductions toujours plus ou moins réussies, si on les compare aux modèles naturels, le seul but que puisse se proposer l’homme, c’est le plaisir de créer quelque chose qui ressemble à la nature. (Introduction à l’esthétique)

 

L'Art est ce qui révèle à la conscience la vérité sous forme sensible.

 

D'une façon générale, il faut dire que l'art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature, et qu'il ressemble à un ver qui s'efforce en rampant d'imiter un éléphant (Esthétique)

 

L'œuvre d'art, tout en ayant une existence sensible, n'a pas besoin d'avoir une réalité tangiblement concrète ni d'être effectivement vivante (Esthétique)

 

Rien ne nous empêche de dire que, comparée à cette réalité, l'apparence de l'art est illusoire; mais l'on peut dire avec autant de raison que ce que nous appelons réalité est une illusion plus forte, une apparence plus trompeuse que l'apparence de l'art (Esthétique)

 

"L'art et ses oeuvres, dans la mesure où elles sont jaillies de l'esprit et produites par lui, sont eux-mêmes de nature spirituelle." (Esthétique)

 

Les relations de l'homme à l'œuvre d'art ne sont pas de l'ordre du désir. Il la laisse exister pour elle-même, librement, en face de lui, il la considère sans la désirer, comme un objet qui ne concerne que le côté théorique (contemplatif) de l'esprit (Esthétique)

 

D’une façon générale, le but de l’art consiste à rendre accessible à l’intuition ce qui existe dans l’esprit humain, la vérité que l’homme abrite dans son esprit, ce qui remue la poitrine humaine et agite l’esprit humain (Esthétique, 1835 (posth.) [Introduction, chap. 1er, 2e section, 2, trad. S. Jankélévitch, Flammarion, 1979]

 

Lorsque l'art ne va pas au-delà de la simple imitation, il est incapable de nous donner l'impression d'une réalité vivante ou d'une vie réelle : tout ce qu'il peut nous offrir, c'est une caricature de la vie.

 

Le besoin d’art général a donc ceci de rationnel que l’homme, en tant que conscience, s’extériorise, se dédouble, s’offre à sa propre contemplation et à celle des autres. Par l’œuvre d’art, l’homme qui en est l’auteur cherche à exprimer la conscience qu’il a de lui-même (Hegel, Esthétique, 1835 (posth.) [Introduction, chap. II, 1ère section, 1, trad. S. Jankélévitch, Flammarion, 1979]) 

 

Schelling Friedrich (1775-1854)

On a déjà reconnu depuis longtemps que dans la production artistique, tout ne se faisait pas avec conscience ; qu'avec l'activité consciente doit se combiner une force inconsciente et que la parfaite union, la pénétration mutuelle de ces deux principes enfante ce qu'il y a de plus élevé dans l'art.

C'est seulement par la perfection de la forme que la forme peut-être anéantie ; et c'est là, sans contredit, dans le caractéristique, le but suprême de l'art.

 

Schopenhauer Arthur (1788-1860)

En face d'une oeuvre d'art, il importe de se placer comme en présence d'un prince et de ne jamais prendre la parole le premier, faute de quoi l'on risquerait fort de n'entendre que sa propre voix.

 

L'existence est une douleur constante, tantôt lamentable et tantôt terrible ; ... Tout cela, envisagé dans la représentation pure ou dans les oeuvres d'art est affranchi de toute douleur et présente un imposant spectacle. (Le Monde comme volonté et comme représentation)

 

En face d’une œuvre d’art, il importe de se taire comme en présence d’un prince: attendre de savoir s’il faut parler et ce qu’il faut dire, et ne jamais prendre la parole le premier. Faute de quoi, on risquerait fort de n’entendre que sa propre voix. (Le Monde comme volonté et représentation)

 

L’art reproduit les idées éternelles qu’il a conçues par le moyen de la contemplation pure, c’est-à-dire l’essentiel et le permanent de tous les phénomènes du monde ; d’ailleurs, selon la matière qu’il emploie pour cette reproduction, il prend le nom d’art plastique, de poésie ou de musique. Son origine unique est la connaissance des Idées ; son but unique, la communication de cette connaissance. (Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818 [livre 3e, § 36, trad. A. Burdeau, PUF, p. 239]) 

 

L’art est contemplation des choses, indépendante du principe de raison (Schopenhauer)

 

Condorcet (1743-1794)

En exposant ce que furent les arts dans les deux premières époques de la société, on fera voir comment aux arts qui travaillent le bois, la pierre, ou les os d'animaux, qui préparent les peaux, et qui forment des tissus, ces peuples primitifs purent joindre les arts plus difficiles de la teinture, de la poterie (...) (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, p. 37.)

 

Cousin Victor (1792-1867)

C'est dans son Journal intime que Constant utilise pour la première fois après une conversation avec un disciple de Schelling, Crabbe Robinson, établi à Weimar, l'expression l'Art pour l'Art (en note : 20 pluviôse an XII, éd. Albin Michel, p. 8...). Mme de Staël rencontre à Weimar, au début de 1804, Goethe, Schiller, Wieland, Robinson, etc. Cousin se rend en Allemagne en 1817 (...) Les Français feront connaissance outre-Rhin avec une esthétique nouvelle, celle de Kant, de Schelling, de Hegel et de Schiller, qui est à l'origine de la conception que se font de l'Art les Romantiques de 1827-1834. (in G. Matoré, la Méthode en lexicologie, p. 104.)

 

Il faut de la religion pour la religion ; de la morale pour la morale, de l'art pour l'art. Le bien et le saint ne peuvent être la route de l'utile, ni même du beau. (Cours de philosophie de 1818, p. 224.)

 

Je prétends que le forme du beau est distincte de la forme du bien; et que si l'art produit le perfectionnement moral, il ne le cherche pas, il ne le pose pas comme but. Le beau dans la nature et dans l'art ne se rapporte qu'à lui-même… L'art n'est plus au service de la religion et de la morale qu'au service de l'agréable et de l'utile ; l'art n'est pas un instrument, il est sa propre fin à lui-même.

 

L'homme n'est pas seulement capable de connaître et d'aimer le beau quand il se montre à lui dans les œuvres qu'il n'a pas faites, il est capable aussi de les reproduire. À la vue d'une beauté naturelle, quelle qu'elle soit, physique ou morale, son premier besoin est de sentir et d'admirer ; il est pénétré, ravi, et comme accablé du sentiment de la beauté. Mais quand le sentiment est énergique, il n'est pas longtemps stérile ; l'homme veut revoir, veut sentir encore ce qui lui a causé un plaisir si vif, et, pour cela, il tente de faire revivre la beauté qui l'a charmé, non pas telle qu'elle était, mais telle que son imagination la lui représente. De là une œuvre qui n'est plus celle de la nature, mais une œuvre originale et propre à l'homme, une œuvre d'art (Du vrai, du beau et du bien, 1858)

 

Toute œuvre d'art qui n'exprime pas une idée ne signifie rien ; il faut qu'en s'adressant à tel ou tel sens elle pénètre jusqu'à l'esprit, jusqu'à l'âme, et y porte une pensée, un sentiment capable de la toucher ou de l'élever (Du vrai, du beau et du bien, 1858)

 

La fin de l'art est l'expression de la beauté morale à l'aide de la beauté physique ; celle-ci n'est pour lui qu'un symbole de celle-là. Dans la nature, ce symbole est souvent obscur ; l'art, en l'éclaircissant, atteint des effets que la nature ne produit pas toujours (Du vrai, du beau et du bien,1858)

 

Jouffroy Théodore (1796-1842)

L'art tient le milieu entre la nature et l'humanité. Le symbole y est plus pur que dans l’humanité ; il y est plus mort que dans la nature.

 

Estimer les œuvres de l'art en raison de la difficulté vaincue, c'est appliquer au beau la mesure de la vertu, ce qui est une méprise. Le beau est une qualité de l'ouvrage, la vertu un mérite de l'ouvrier.

 

L'art est au génie ce que l'industrie est à la science.

 

Emerson Ralph Waldo (1803-1882)

Dans l‘art, la main ne peut jamais faire plus que ce que le cœur peut imaginer

 

La création de la beauté est l’art (Emerson)

 

Marx Karl (1818-1883)

L'art est la haute joie que l'homme se donne à lui-même.

 

L'œuvre d'art est un produit dépassant l'aliénation.

 

Ruskin John (1819-1900)

Telles sont les quatre conditions essentielles du plus grand art. Je les répète pour qu'elles soient aisément apprises : 1) Une main-d'œuvre impeccable et durable ; 2) La sérénité dans le repos ou dans l'action ; 3) La figure considérée comme le principal, non le corps ; 4) Et la figure affranchie de tout vice ou douleur.

 

L'art de l'homme est l'expression du plaisir rationnel et discipliné qu'il prend aux Formes et aux Lois de la création dont il fait partie.

 

L'art même que pratiquent les bêtes devient humain dans la mesure où la raison le régit et où la discipline le maintient ; mais jamais, je suppose, parfaitement humain ; jamais, autant que j'ai pu en juger, il n'exprime un inconscient plaisir pris aux lois divines. Le chant d'un rossignol se déroule selon des intervalles exquis en vérité, mais uniquement me semble-t-il, à la manière des ondulations d'une rivière d'après une loi que les eaux et l'oiseau pareillement ignorent.

 

Exiger la perfection est toujours un signe qu'on méconnaît la fin de l'Art, d'abord, parce qu'aucun grand homme ne s'arrête de travailler que lorsqu'il a déjà atteint le point où il déchoit ; secondement parce l'imperfection est en quelque sorte essentielle à tout ce que nous savons de la vie. C'est le signe de vie dans un corps mortel, c'est-à-dire du progrès et du changement. Rien de ce qui vit n'est rigidement parfait : une partie déchoit, l'autre naît. (…) Et dans toutes les choses qui vivent, il y a certaines irrégularités ou certaines défaillances qui sont non seulement des signes de vie, mais des sources de beauté.

 

Toutes les choses sont littéralement meilleures, plus charmantes et mieux aimées pour les imperfections qui leur ont été divinement départies, afin que la loi de l'humaine vie soit l'Effort et la loi du jugement humain, le Pardon.

 

L'art est beau quand la main, la tête et le cœur travaillent ensemble. 

 

N'encouragez jamais, sauf absolue nécessité, la fabrication d'un objet dans la production duquel l'invention n'a pas de part. 2) N'exigez jamais un fini minutieux, pour le fini lui-même, mais seulement s'il tend à un but pratique ou noble. 3) N'encouragez jamais une imitation ou une copie d'aucune espèce, sauf pour conserver des souvenirs de grandes œuvres. (…) Ainsi la règle est simple : tenir d'abord à l'invention et ensuite à l'exécution en tant qu'elle peut servir l'invention et que l'inventeur en est capable sans un pénible effort et pas davantage.

 

Je crois que les formes les plus nobles du pouvoir imaginatif sont aussi en quelque sorte de la nature des rêves ; de telle sorte que la vision, de quelque nature qu'elle soit, survient quand sans qu'il l'appelle et ne se soumet pas au visionnaire, mais le domine et le force à parler comme un prophète, sans qu'il gouverne ses paroles ni ses pensées. Seulement, si l'homme est, au total, parfaitement formé et si son esprit est calme, conséquent et vigoureux, la vision qui lui survient lui apparaît comme dans un miroir parfait, sereine et concordante avec les facultés rationnelles.

 

Bachelet Théodore (1820-1879)

L'Art, c'est donc (…) la représentation de l'idéal ; mais l'idéal n'est pas un idéal abstrait, métaphysique, conçu par la pensée ; c'est l'idéal réalisé par les formes de la nature, à la fois l'idéal et le réel, l'idéal réalisé et le réel idéalisé. De plus l'art est le fruit de l'imagination, du talent et du génie. Il constitue un monde à part, le monde de l'idéal.

 

Taine Hippolyte (1828-1893)

La conclusion semble donc qu'il faut rester les yeux fixés sur la nature, afin de l'imiter du plus près possible, et que l'art tout entier consiste dans l'exacte et complète imitation. (Philosophie de l'art, t. I, I, 2.)

 

Cela est-il vrai de tous points, et faut-il conclure que l'imitation absolument exacte est le but de l'art ? (Philosophie de l'art, t. I, I, 3.)

 

Nietzsche Frédéric (1844-1900)

L'art est le propre de la vie.

 

L'art n'a pas besoin de certitude. Il n'a pas à se préoccuper de savoir où il va. Il va vers son but, de lui-même et simplement parce qu'il est porté à s'élancer, à se déployer.

 

Les valeurs changent lorsque le créateur se transforme. Celui qui doit créer détruit toujours.

 

L'auteur doit se taire lorsque son œuvre se met à parler.

 

Ce n'est pas l'histoire, mais l'art qui exprime la vraie vie. (Le Crépuscule des Idoles)

 

Peut-être que jamais auparavant l'art n'a été compris avec autant de profondeur et d'âme qu'au temps actuel, ou la magie de la mort semble jouer autour de lui. (Humain trop humain)

 

L'art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-mêmes tolérables aux autres... de plus, l'art doit dissimuler ou réinterpréter tout ce qui est laid, ces choses pénibles, épouvantables et dégoûtantes... (Humain, trop humain)

 

L'activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l'activité de l'inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique ... Toute activité de l'homme est compliquée à miracle, non pas seulement celle du génie ; mais aucune n'est un « miracle » (Humain, trop humain)

 

L’art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-mêmes tolérables aux autres et agréables si possible : ayant cette tâche en vue, il nous modère et nous tient en bride, crée des formes de civilité, lie ceux dont l’éducation n’est pas faite à des lois de convenance, de propriété, de politesse, leur apprend à parler et à se taire au bon moment. De plus, l’art doit cacher ou réinterpréter tout ce qui est laid, ces choses pénibles, épouvantables et dégoûtantes qui, malgré tous les efforts, à cause des origines de la nature humaine, viendront toujours de nouveau à la surface (Humain, trop humain, II, 1880 [1ère partie, § 174, trad.  A.-M. Desrousseaux et H. Albert, coll. « Bouquins », Robert Laffont, p. 763])

 

La probité aurait pour conséquence le dégoût et le suicide.  Or, à notre probité, s’oppose une puissance contraire qui nous aide à échapper à de pareilles conséquences : l’art, en tant que consentement à l’apparence (Le Gai Savoir, 1882-1887 [livre 2e, § 107, trad. H. Albert et J. Lacoste, coll. « Bouquins », Robert Laffont, p. 119]) 

 

La mission suprême de l'art consiste à libérer nos regards des terreurs obsédantes de la nuit, nous guérir des douleurs convulsives que nous causent nos actes volontaires. (Ainsi parlait Zarathoustra)

 

L'art et rien que l'art, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité. (Ainsi parlait Zarathoustra)

 

L'art et rien que l'art ! C’est lui qui nous permet de vivre, qui nous persuade de vivre, qui nous stimule à vivre. L’art a plus de valeur que la vérité.

 

Plus fort que le pessimisme et plus « divin » que la vérité : l’art.

 

L’essentiel dans l’art, c’est qu’il parachève l’existence, c’est qu’il est générateur de perfection et de plénitude. L’art est par essence affirmation, bénédiction, divinisation de l’existence” (La Volonté de Puissance)

 

L’art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité (La Volonté de puissance, XVI, § 822, 1888, traduction G Bianquis, éd. Gallimard, 1935)

 

Fiedler Konrad (1841-1895)

Par « activité artistique », on entend ici uniquement celle de l’artiste dans les arts plastiques. L’art n’existe pas en général, il n’y a que des arts. C’est dans le domaine particulier d’un art qu’il convient de s’interroger sur l’origine d’un pouvoir artistique. Dans la mesure où notre réflexion se limite aux arts plastiques, aucune des réponses que nous fournirons ne peut valoir par extension pour d’autres activités artistiques (Sur l’origine de l’activité artistique. Paris, éd. Rue d’Ulm / coll. Esthetica, 2003)

 

Toute forme d'art se justifie seulement quand elle est nécessaire pour représenter quelque chose qui n'est représentable d'aucune autre manière.

Les artistes ne doivent pas exprimer le sens de leur époque mais bien plutôt lui donner un sens.

Le grand homme, et donc l'artiste, exprime beaucoup moins ce qu'on se plaît à désigner comme le contenu de son époque, qu'il ne donne bien plutôt un contenu nouveau à son temps et au temps à venir, grâce à l'originalité de son génie ; il donne expression à sa nouvelle et singulière vision du monde, à ses découvertes singulières, et il amène les hommes à les accepter à plus ou moins brève échéance; le monde se trouve par lui enrichi, et chaque jour peut accroître cette richesse. (...)

(Aphorismes in Roberto Salviani, Pure visibilité et formalisme. Paris, éd. Klincksieck, 1988, p. 108. )

 

Bergson Henri (1859-1941)

A quoi vise l'art sinon à nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience.

 

L’art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu’à les exprimer. (Essai sur les données immédiates de la conscience)

 

La plus haute ambition de l’art est de nous révéler la nature.

 

Celui qui est sûr, absolument sûr d'avoir produit une oeuvre viable et durable, celui-là n'a que faire de l'éloge et se sent au-dessus de la gloire parce qu'il est créateur, parce qu'il le sait et parce que la joie qu'il en éprouve est une joie divine.

 

Dans la création artistique il semble que les matériaux de l'œuvre, paroles et images pour le poète, formes et couleurs pour le peintre, rythmes et accords pour le musicien, viennent se ranger spontanément sous l'idée qu'ils doivent exprimer, attirés, en quelque sorte par le charme d'une idéalité supérieure.

 

L'individualité des choses et des êtres nous échappe toutes les fois qu'il ne nous est pas matériellement utile de l'apercevoir (Le rire)

 

L'art n'a d'autre objet que d'écarter les symboles pratiquement utiles ... enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même (Le rire)

 

Quel est l’objet de l’art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature (Le Rire, 1899 [chapitre III, coll. « Quadrige », PUF, p. 115])

 

Qu’il soit peinture, sculpture, poésie ou musique, l’art n’a d’autre objet que d’écarter les symboles pratiquement utiles, les généralités conventionnellement et socialement acceptées, enfin tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à face avec la réalité même.(Le Rire, 1899 op. cit, p. 120) 

 

L'art n'est sûrement qu'une vision plus directe de la réalité. Mais cette pureté de perception implique une rupture avec la convention utile, un désintéressement inné et spécialement localisé du sens ou de la conscience, enfin une certaine immatérialité de vie, qui est ce qu'on a toujours appelé de l'idéalisme. De sorte qu'on pourrait dire, sans jouer aucunement sur le sens des mots, que le réalisme est dans l'œuvre quand l'idéalisme est dans l'âme, et que c'est à force d'idéalité seulement qu'on reprend contact avec la réalité. (Le Rire, p.120, Éd. P.U.F)

 

Plus un art est contestable, plus ceux qui s'y livrent tendent à se croire investis d'un sacerdoce et à exiger qu'on s'incline devant ses mystères (Le Rire, op. cit.)

 

L'art n'est sûrement qu'une vision plus directe de la réalité. Mais cette pureté de perception implique une rupture avec la convention utile, un désintéressement inné et spécialement localisé du sens ou de la conscience, enfin une certaine immatérialité de vie, qui est ce qu'on a toujours appelé de l'idéalisme. De sorte qu'on pourrait dire, sans jouer aucunement sur le sens des mots, que le réalisme est dans l'œuvre quand l'idéalisme est dans l'âme, et que c'est à force d'idéalité seulement qu'on reprend contact avec la réalité (Le Rire, op. cit.)

 

Steiner Rudolf (1861-1925)

Lorsqu'on s'est élevé jusqu'à une compréhension vivante du monde, on sent naître en soi le besoin vivant, non plus de former des pensées mais de faire œuvre d'art, par la sculpture ou par la peinture, par la musique ou par la poésie.

 

Pour qu'une Esthétique puisse naître il faut attendre l'époque où l'homme, devenu libre et indépendant à l'égard de la Nature, contemple l'Esprit dans une clarté profonde.

 

Blondel Maurice (1861-1949)

Le dernier effort de l'art, c'est de faire faire aux hommes ce qu'ils veulent, comme de leur faire connaître ce qu'ils savent.

 

Santayana George (1863-1952)

Un artiste est un rêveur qui accepte de rêver du monde réel.

 

Benda Julien (1867-1956).

La présente société française demande aux œuvres d'art qu'elles lui fassent éprouver des émotions et des sensations ; elle entend ne plus connaître par elles aucune espèce de plaisir intellectuel.

 

Alain (Chartier Emile-Auguste dit) (1868-1951)

J'aime à supposer que l'œuvre d'art est celle qui fait le salut de l'âme au moins un petit instant (Les Aventures du cœur)

 

(On découvre) que les passions humaines ne sont point la règle des arts, mais qu'au contraire, c'est l'art qui règle l'homme, lui montrant, par la loi architecturale, sa propre forme plus belle que lui, et plus sage que lui. C'est pourquoi toute vraie statue exige une prière, et toujours l'obtient. (Propos, 28 mai 1924, l'Architecture, règle suprême des arts)

 

Lorsque la sculpture bavarde, je m'en détourne. Lorsque la musique décrit, je m'en détourne. Si l'architecture tend devant mes yeux un décor sans épaisseur, et derrière lequel il n'y a rien, je m'en détourne. D'une peinture qui fait danser ses personnages, je me détourne. Je veux que chacun des arts parle le langage qui lui est propre, au lieu de bégayer dans une langue étrangère. (Propos, 3 juin 1921, Du langage propre à chaque art)

 

Ce que nous faisons et ensuite percevons est de trois espèces. L'action est la première, qui change le solide et y enfonce le pouce ou l'outil. C'est l'art rude, qui modèle, qui fouille et qui construit (...)
La voix est la seconde espèce (...) Tel est l'art de l'aède, qui est comme la mémoire des guerriers (...)
Le troisième art est l'art du geste ; et c'est l'art du chef. Le geste dessine l'action, mais n'est point action. Sous la forme de la danse, il ressemble à la musique (...) Le geste tracé, qui est dessin ou écriture, reste léger et effleurant (...) (Propos, 14 avril 1923, le Potier)

 

L'écrivain aussi est soumis à cette loi de n'inventer que ce qu'il écrit (...) aussi c'est un grand art de ne pas raturer, mais de sauver tout. (Propos, 14 avril 1923, le Potier)

 

Nous voulons toujours dire que ce qui plaît dans l'œuvre d'art c'est ce qui est raisonnable et calculé ; mais cette partie des œuvres est trop froide; ce qui est bien construit, bien peint, bien rimé, c'est toujours travail. (Propos, 10 déc. 1930, La chance)

 

Tous les beaux vers sont réguliers. Non que le sens se plie à la règle ; mais toujours est-il que la règle n'a point cédé ; et par cette obstination même, le sens s'est montré. C'est qu'il faut deux vérités, en quelque sorte, pour en faire une, vérité de la chose, et vérité de l'homme ; et il faut que ces deux vérités n'en fassent qu'une. (Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p. 28)

 

Tous les arts sont comme des miroirs ou l'homme connait et reconnait quelque chose de lui-même qu'il ignorait. (Alain, Vingt leçons sur les Beaux-Arts)

 

Le Senne René (1882-1954)

C'est l'art qui, loin d'imiter la nature, ne s'en inspire que pour la faire comprendre. (Traité de morale)

 

Maritain Jacques (1882-1973)

L'art a pour seule fin l'œuvre elle-même et sa beauté.

 

Mais pour l'homme qui opère, l'œuvre à faire entre elle-même dans la ligne de la moralité, et à ce titre elle n'est qu'un moyen." (Art et scolastique)

 

Si l'inconscient dont la poésie procède n'est pas, sinon secondairement, l'inconscient freudien des instincts et des images, c'est pourtant un inconscient plus vital et plus profond, l'inconscient de l'esprit en source – caché à l'intelligence raisonneuse dans cette épaisseur de l'âme où tous les pouvoirs de celle-ci ont commune origine.

 

Il peut arriver que l'expérience poétique s'accumule dans l'âme qui n'en sait rien, comme une grande réserve disponible… Il suffira alors d'une occasion extérieure quelconque, une forme jetée sur le papier, une tache, un mot rompant les barrages, pour que la masse précipite par la fissure et prenne figure en se précipitant. Cette inspiration d'apparente fortuite… n'a rien à voir avec un simple lâchez-tout psychique…, rien à voir avec le pur déliement des associations libres ou de l'écriture automatique, qui en est, strictement, la contrefaçon. Qu'est-ce que l'inspiration, sinon l'esprit de l'expérience poétique ?

 

Bachelard Gaston (1884-1962)

L'imagination invente plus que des choses et des drames, elle invente de la vie nouvelle, elle invente de l'esprit nouveau, elle ouvre des yeux qui ont des types nouveaux de vision.

 

Heidegger Martin (1889-1976)

L’origine de l’œuvre d’art et de l’artiste, c’est l’art. (Chemins qui ne mènent nulle part, 1949 ,trad. W. Brokmeier, Gallimard, p. 45) 

 

La poésie comme pensée créatrice est en vérité la topologie de l'être. Elle dit le lieu de son essence.

L'existence - c'est-à-dire l'homme - ne construit pas son «monde» à partir de «sensations» et ne le projette pas au dehors; il se projette lui-même sur un monde qui est déjà là.

 

Ce regard qui porte l'art a besoin de l'illumination. D'où pourrait-elle être accordée à l'art, sinon de la part de la déesse comme la conseillère aux, multiples regards. (La provenance de l'art et la destination de la pensée, conférence tenue le 4 avril 1967 à l'académie des sciences et des arts) 

 

L’essence de l’art, c’est la vérité se mettant elle-même en œuvre (Heidegger)

 

Berl Emmanuel (1892-1976)

Si l'objet d'art n'a pas pour objet la délectation, il faudrait qu'il eût pour objet la leçon. En effet, chaque tableau d'Elstir est un enseignement qu'il donne. Le peintre génial montre qu'une cathédrale peut avoir l'air d'une plante, alors qu'une plante peut avoir l'air d'une cathédrale ; que dans la Venise de Carpaccio, chaque vaisseau est un prolongement, une revanche de la terre sur la mer, au lieu qu'à présent la beauté d'un yacht est d'oublier et de faire oublier la terre.

 

Souriau Etienne (1892-1979)

L'œuvre d'art n'est pas faite avec des sensations. Elle est faite avec des qualités sensibles ; ce qui est fort différent.

 

L'art, c'est l'activité instauratrice.

 

L'art c'est ce qui juge des effets à produire et des causes qui produiront ces effets ; du juste aménagement des qualités qui devront éclater progressivement dans l'œuvre ; du cheminement de l'être, objet de ses sons, vers ce point terminal et culminant, seuil de son existence plénière : l'accomplissement. L'art n'est pas seulement ce qui fait l'œuvre, il est ce qui la guide et l'oriente. (…) l'art c'est la sagesse instaurative…

 

Considérons (…) le peintre au travail. Chaque coup de pinceau qu'il donne a sa raison d'être, brièvement et ardemment calculée, bien que sans mot et comme en éclair. (…) Quelle prévision des effets à produire, des dangers à côtoyer ! Et à travers tout cela, quel fil directeur dans l'étonnante condition, sans cesse reparue à chaque épreuve, d'avoir, par la touche nouvelle, à parachever, à cheminer pas à pas dans la direction de l'accomplissement, vers la présence définitive et plénière d'un être ! 3 Vis-tu, petit, dit à son disciple le peintre du Chef-d'œuvre inconnu (…) il n'y a que le dernier coup de pinceau qui compte !" Soit mais chacun de ceux qui l'ont précédé a dû être une mise en route (…) vers cette ultime touche (…).

 

Rostand Jean (1894-1977)

L'art doit être mensonge vrai et non fausse vérité.

 

Les fins de l'art ne sont pas moins troubles que ses moyens.

 

Une œuvre d'art peut exiger que nous lui sacrifiions jusqu'à nos scrupules.

 

On n'est pas tenté de chercher des dessous à une œuvre qui a de trop beaux dessus.

 

Krisnamurti Jiddu (1895-1986)

La méditation est l’art majeur de l’être humain.

 

Le plus grand art est l'art de vivre (Les mots, le 15 août 1979)

 

Marcuse Herbert (1898-1979)

L’art brise la réification et la pétrification sociales. Il crée une dimension inaccessible à toute autre expérience – une dimension dans laquelle les êtres humains, la nature et les choses ne se tiennent plus sous la loi du principe de la réalité établie. Il ouvre à l’histoire un autre horizon. 

 

Aïvanhov Omraan Mikhaël (1900-1986)

L'art véritable, c'est de faire de son existence et de son être entier une œuvre d'art (Les méditations quotidiennes, 1976)

 

Adorno Theodor W. (1903-1969)

L'harmonie qui, en tant que résultat, nie la tension qui la garantit devient élément perturbateur, fausseté et même si l'on veut dissonance. Dans l'art moderne l'aspect harmonieux du laid s'érige en protestation. (Théorie esthétique)

 

L’art est la magie délivrée du mensonge d’être vrai.

 

La tâche de l'art aujourd'hui, c'est de mettre du chaos dans l'ordre.

 

C'est à cette mort de l'art que tend chaque œuvre en visant à tuer toutes les autres. (Minima moralia)

 

Merleau-Ponty Maurice (1908-1961)

(...) La vision du peintre n'est plus regard sur un DEHORS, relation «physique-optique» seulement avec le monde. Le monde n'est plus devant lui par représentation : c'est plutôt le peintre qui naît dans les choses comme par concentration et venue à soi du visible, et le tableau finalement ne se rapporte à quoi que ce soit parmi les choses empiriques qu'à condition d'être d'abord «autofiguratif» ; il n'est spectacle de quelque chose qu'en étant «spectacle de rien», en crevant la «peau des choses» pour montrer comment les choses se font choses et le monde monde. (L’Œil et l'Esprit.  Paris, Gallimard, 1964, p. 69)

 

La science manipule les choses et renonce à les habiter. (L'Œil et l'Esprit, p. 9)

 

Chaque création change, altère, éclaire, approfondit, confirme, exalte, recrée ou crée d'avance toutes les autres.

 

L'art moderne nous oblige à comprendre ce que c'est qu'une vérité qui ne ressemble pas aux choses, qui soit sans modèle extérieur, sans instruments d'expressions prédestinés, et qui soit cependant vérité.

 

Weil Simone (1909-1943)

Une œuvre d’art a un auteur, et pourtant, quand elle est parfaite, elle a quelque chose d’essentiellement anonyme. Elle imite l’anonymat de l’art divin.

 

Cioran Emile (1911-1995)

Je rêve d'un monde où l'on mourrait pour une virgule.

 

Il n'y a que l'artiste dont le mensonge ne soit pas total car il n'invente que soi. En dehors de l'abandon à l'incommunicable, de la suspension au milieu de nos émois inconsolés et muets, la vie n'est qu'un fracas sur une étendue sans coordonnées et l'univers, une géométrie frappée d'épilepsie...

Le poète, seul, prend la responsabilité du "je", lui seul parle en son propre nom, lui seul a le droit de le faire. La poésie s'abâtardit quand elle devient perméable à la prophétie et à la doctrine : la "mission" étouffe le chant, l'idée entrave l'envol. (Précis de décomposition, p. 27)

 

Il n'est pas d'art vrai sans une forte dose de banalité. Celui qui use de l'insolite d'une manière constante lasse vite, rien n'étant plus insupportable que l'uniformité de l'exceptionnel. (De l'inconvénient d'être né, in Œuvres, coll. Quarto, Gallimard)

 

Maldiney Henri (1912-2013 à 101 ans donc)

L’art, c’est la vérité du sensible.

 

(...) L'artiste ne perçoit pas des objets ; il est sensible à un certain rythme - singulier et universel - sous la forme duquel il vit sa rencontre avec les choses, et qui érode et corrode les objets jusqu'à ce qu'ils soient assez légers, assez dégagés de l'esprit de pesanteur, pour pouvoir entrer dans la danse et venir à nous, comme dit Nietzsche, sur des pattes de colombes. Voilà le sens vrai de l'Abstraction. Par elle, l'artiste élève à la dignité du Réel cela seulement qui peut entrer dans la danse, entrer en résonance avec ce rythme.

Abstraire, c'est extraire du monde arythmique de l'action les éléments capables de s'émouvoir et de se mouvoir rythmiquement.

L'abstraction n'est pas un parti-pris moderne. C'est l'acte vital de l'Art. Elle représente ce pouvoir d'intériorité et de dépassement du plan visuel sans lequel il n'y a pas d'art. (...) ( « Le faux dilemme de la peinture: abstraction ou réalité » (1953) in Regard, Parole, Espace. Lausanne, L'Age d'Homme, 1973, p. 18.)

 

Deleuze Gilles (1925-1995)

L'art, c'est ce qui résiste : il résiste à la mort, à la servitude, à l'infamie, à la honte.

L'art consiste à libérer la vie que l'homme a emprisonnée (Gilles Deleuze)

 

Foucault Michel (1926-1984)

(…) par la folie qui l'interrompt, une œuvre ouvre un vide, un espace de silence, une question sans réponse, elle provoque un déchirement sans réconciliation où le monde est bien contraint de s'interroger.

 

Taylor Charles (1931)

Dans notre civilisation modelée par les conceptions expressivistes, (l'art) il a fini par occuper une place essentielle dans notre vie spirituelle, remplaçant à certains égards la religion. (Les sources du moi, p. 472)

 

Gauchet Marcel (1946- )

Dans le monde désacralisé, il n'y a que l'art qui puisse fournir un analogue ou un équivalent du sacré.

 

Onfray Michel (1959- -

Le principe de délicatesse... Il oppose la culture à la barbarie, la civilisation à la sauvagerie, l'humain à l'inhumain. Il résiste au pire par le meilleur : l'art. Cette résistance exige ce que j'appelle le principe de délicatesse, la volonté d'opposer au réel délétère, contre vents et marées, malgré tout, l'élégance et la beauté, même au milieu des ruines. Surtout au milieu des ruines. Loin de l'affliction convenue, du relâchement et de la compassion bruyante, des facilités qui séduisent.

 

 

Photographes

 

Lamartine Alphonse de (1790-1869)

La photographie, c’est le photographe. Nous ne disons plus que c’est un métier : c’est un art. C’est mieux qu’un art, c’est un phénomène solaire où l’artiste collabore avec le soleil.

 

Nadar (Tournachon Félix dit) (1820-1910)

La photographie est une découverte merveilleuse, une science qui occupe les intelligences les plus élevées, un art qui aiguise les esprits les plus sagaces - et dont l'application est à la portée du dernier des imbéciles.

 

Stieglitz Alfred (1864-1946)

La photographie est une réalité si subtile qu'elle devient plus réelle que la réalité.

 

Chaque photographie a une idée ou une émotion équivalente qui lui est attachée.

 

Lorsque je fais une photographie, je fais l'amour.

 

La photographie ma passion, la recherche de la vérité, mon obsession.

 

J'ai toujours cru au présent. La plupart des gens vivent soit dans le passé, soit dans le futur, de sorte qu'ils ne vivent jamais. Tant de gens sont occupés à s'inquiéter de l'avenir de l'art ou de la société qu'ils n'ont pas le temps de préserver ce qui est. L'utopie est dans l'instant. Non pas dans un temps futur, dans un autre lieu, mais ici et maintenant, sinon elle n'est nulle part.

 

La caméra m'attendait par prédestination et je m'y suis prise comme un musicien au piano ou un peintre à la toile. J'ai découvert que j'étais maître des éléments, que je pouvais faire des miracles.

 

Car c'est là le pouvoir de la caméra : s'emparer du familier et lui donner des significations nouvelles, une signification particulière par la marque d'une personnalité.

 

Mes photographies sont une image du chaos dans le monde et de ma relation avec ce chaos. Mes estampes montrent le bouleversement constant de l'équilibre de l'homme par le monde, et son combat éternel pour le rétablir.

 

Les grands génies sont ceux qui ont gardé leur esprit enfantin et y ont ajouté de l'ampleur de vision et d'expérience.

 

Il existe de nombreuses écoles de peinture. Pourquoi n'y aurait-il pas beaucoup d'écoles d'art photographique ? Il n'y a guère de bien et de mal dans ces matières, mais il y a une vérité, et cela devrait constituer la base de toutes les œuvres d'art.

 

La capacité de faire une photographie vraiment artistique ne s'acquiert pas d'emblée, mais est le résultat d'un instinct artistique couplé à des années de travail.

 

Ce n'est pas l'art au sens professionnel qui m'intéresse, mais ce qui est créé sacrément, à la suite d'une expérience intérieure profonde, avec tout soi-même, et qui devient «art» avec le temps.

 

… le but de l'art était l'expression vitale de soi. (Stieglitz Alfred)

 

Steichen Edward (1879-1973)

La photographie enregistre la gamme des sentiments inscrits sur le visage humain, la beauté de la terre et des cieux dont l'homme a hérité, ainsi que la richesse et la confusion que l'homme a créées..

 

Aujourd'hui, je ne me préoccupe plus de la photographie en tant que forme d'art. Je crois qu'elle est potentiellement le meilleur moyen d'expliquer l'homme à lui-même et à ses semblables (Steichen Edward)

 

Weston Edouard (1886-1958)

On doit utiliser l'appareil photo pour enregistrer la vie, pour restituer la vraie substance et la quintessence de la chose en soi...

 

Nuages, nus, coquillages, poivrons, arbres, rochers, cheminées: autant de sujets sans rapport entre eux, et pourtant ils procèdent d'un tout qui est la vie!

 

Le succès en photographie, et plus particulièrement pour le portrait, dépend de la capacité de saisir ces instants suprêmes qui passent en une fraction de seconde, sans jamais se répéter – de sorte que la lumière, l'équilibre, l'expression – doivent être vus, ressentis pour ainsi dire – en un éclair, la mécanique et la technique étant si parfaitement maîtrisées qu'elles deviennent automatiques.

 

Bien composer un sujet ne signifie ni plus ni moins que de le voir et de le présenter de la manière la plus forte possible. Consulter les règles de composition avant de faire une photo serait un peu comme consulter la loi de la gravitation universelle avant d'aller se promener.

 

Enregistrer des éléments non ressentis en appliquant des règles apprises ne mène qu'à un inventaire stérile.

La spécificité de la photographie doit, me semble-t-il, s'accomplir dans l'exploration d'autres voies : utiliser en particulier l'appareil pour enregistrer la vie, témoigner de la substance, de l'essence de la chose même, acier poli ou chair palpitante.

 

Je tire beaucoup plus de joie des choses déjà composées que je découvre dans la nature, que de mes meilleurs arrangements personnels. Après tout, sélectionner est une autre manière de composer. (Weston E.)

 

Kassak Lajos (1887-1967)

L’œil du peintre possède une aptitude visuelle subjective, l’appareil de prise vues est un dispositif visuel objectif. Cette vision objective de l’appareil de prise de vues place, de nos jours où nous aspirons à la collectivité et à des constructions rigoureuses, la photographie au-dessus de la peinture. Et pas seulement au-dessus de la peinture naturaliste du passé mais aussi au-dessus de la peinture élaborée artificiellement, dans le sens de la Nouvelle Objectivité. Je ne peux m'attarder ici sur les erreurs fondamentales qu’a commises la Nouvelle Objectivité. Mais c’est un fait que, comparée a possibilités de l’appareil de prise de vue, cette nouvelle orientation de la peinture à laquelle on a inoculé des hormones de singe, n’est qu’une entreprise visant à torturer des hommes qui pourraient faire un meilleur usage de leurs aptitudes. Même si nous considérons la peinture non pas comme une peinture illustrative, mais comme une peinture autonome, nous pouvons constater que les produits de la photographie, la création à l'aide de la lumière, n'ont rien à lui envier, non pas d'un point de vue purement artistique, mais du point de vue de la représentation objective. 

 

Ossip Brik (1888-1945) 

La photographie est en train d’évincer la peinture. La peinture résiste, elle est déterminée à ne pas capituler. C’est ainsi qu’il faut interpréter la bataille qui dure depuis cent ans, depuis que l’appareil photographique a été inventé et qui ne s’achèvera que lorsque la photographie aura définitivement chassé la peinture de la place que cette dernière occupait dans le quotidien. La devise des photographes : précision, vitesse, bas prix était leur atout. C’est ce qui leur a permis d’entrer en compétition avec les peintres. Particulièrement dans le cas des portraits. Même le peintre le plus doué ne peut atteindre le degré de fidélité dans la reproduction dont est capable l’appareil photographique. Même le peintre le plus rapide ne peut fournir un portrait en quelques minutes. La peinture la moins chère est plus chère que la plus chère des photographies. Après les portraits, ce fut le tour des paysages, des reproductions, des peintures de genre. Avec toujours les mêmes mots d’ordre : précision, rapidité, bas prix. 

 

Baumeister Willi (1889-1955) 

La photographie comme moyen de création et le néo~naturalisme aimeraient bien présenter des qualités semblables à celles que l’on trouve chez Rousseau, où malgré une grande quantité de naturalisme, une quantité infime mais intense d’abstraction constitue l’œuvre. La photographie atteint son but. La prétendue "objectivité" ne présente pas des conditions favorables. Les résultats de 1’"objectivité" ne sont que des productions bien vagues. On leur reconnaît néanmoins une valeur littéraire, socio-politique. 

 

Kallai Ernst (1890-1954)

Le retour de la peinture à une représentation objective est souvent considéré comme une imitation de la nature que la photographie permettrait de réaliser de façon bien plus simple et parfaite. Même un théoricien de la Nouvelle Objectivité aussi convaincant que Franz Roh avertit le post-expressionnisme du danger que constituerait l’imitation superficielle des objets, car il réduirait ainsi sa signification, et la peinture tout entière pourrait bien être submergée par ces superbes machines (la photo et le film) qui nous fournissent tant de choses inimitables du c6té de l’imitation. La reproduction de la nature ne devrait intervenir dans la peinture qu’à titre de matériau brut ou d’élément subalterne de la création picturale proprement dite.

 

Man Ray (1890-1976)
Je photographie ce que je ne désire pas peindre, et je peins ce que je ne peux pas photographier.

 

Toute opinion est transitoire et toute œuvre est permanente. (Man Ray)

 

Strand Paul (1890-1976)

L'objectivité est l'essence même de la photographie, son apport et en même temps sa limite.

 

Je me considère comme un explorateur qui a passé sa vie dans un long voyage de découverte.

 

Si le photographe n'est pas un découvreur, alors il n'est pas un artiste.

 

La photographie n'est qu'une nouvelle route partant d'une direction différente, mais allant vers le but commun, qui est la vie.

 

Le photographe documentaire dirige son appareil photo vers le monde réel pour enregistrer la véracité. En même temps, il doit rechercher la forme, concevoir des moyens efficaces d'organiser et d'utiliser le matériel. Car le contenu et la forme sont liés. Les problèmes posés par le contenu et la forme doivent être tellement développés que le résultat est fondamentalement fidèle aux réalités de la vie telle que nous la connaissons. Le principal problème est de trouver une forme qui représente adéquatement la réalité.

 

J'ai toujours cru que le véritable artiste, comme le vrai scientifique, est un chercheur utilisant des matériaux et des techniques pour creuser la vérité et le sens du monde dans lequel il vit lui-même ; et ce qu'il crée, ou mieux peut-être, rapporte, ce sont les résultats objectifs de ses explorations. La mesure de son talent, de son génie, si vous voulez – est la richesse qu'il trouve dans le voyage de découverte d'une telle vie et l'efficacité avec laquelle il est capable de l'incarner à travers le médium qu'il a choisi.

 

L'artiste est celui qui fait une déclaration concentrée sur le monde dans lequel il vit et cette déclaration tend à devenir impersonnelle - elle tend à devenir universelle et durable parce qu'elle provient de quelque chose de très particulier.

 

Le matériau de l'artiste ne réside pas en lui-même ni dans les fabrications de son imagination, mais dans le monde qui l'entoure. L'élément qui donne vie aux grands Picasso et Cézanne, aux tableaux de Van Gogh, c'est le rapport de l'artiste au contexte, à la vérité du monde réel. C'est la façon dont il voit ce monde et le traduit en art qui détermine si l'œuvre d'art devient une force nouvelle et active dans la réalité, pour élargir et transformer l'expérience de l'homme. Le monde de l'artiste est illimité. On peut le trouver n'importe où loin de chez lui ou à quelques mètres de là. Il est toujours à sa porte.

 

La chose que je vois est en dehors de moi - toujours. Je n'essaie pas de décrire un état d'être intérieur.

 

Tout bon art est abstrait dans sa structure.

 

L'important, c'est que vous devez avoir quelque chose d'important à dire sur le monde. (Strand Paul)

 

Kertesz André (1894-1985)

Voir ne suffit pas; tu dois ressentir ce que tu photographies

 

La caméra est mon outil. Par elle, je donne une raison à tout ce qui m'entoure.

 

Vous n'avez pas à imaginer les choses; la réalité vous donne tout ce dont vous avez besoin.

 

L'art du photographe est une découverte continue qui demande de la patience et du temps.

 

Tout est sujet. Chaque sujet a un rythme. Le sentir est la raison d'être. La photographie est un moment fixe d'une telle raison d'être, qui vit en soi.

 

Je ne documente rien, je donne une interprétation.

 

Deux secondes sont mille ans.

 

Ayez confiance dans les inventions et les transformations du hasard.

 

Bien sûr, une image peut mentir, mais seulement si vous n'êtes pas honnête avec vous-même.

 

Je fais ce que je ressens, c'est tout. Je suis un photographe ordinaire travaillant pour son propre plaisir. C'est tout ce que j'ai jamais fait (Kertesz André).

 

Moholy-Nagy Laszlo (1895-1946)

L’analphabète de demain ne sera pas celui qui ignore l’écriture, mais celui qui ignore la photographie. » (1928)

 

Abbott Bérénice (1898-1991)

La photographie ne vous apprend pas à exprimer vos émotions, elle vous apprend à voir.

 

La photographie existe pour aider les gens à voir.

 

Je crois qu'il n'y a pas de médium plus créatif que la photographie pour recréer le monde vivant de notre époque. La photographie accepte volontiers le défi car elle est chez elle dans son élément: le réalisme, la vie réelle, le présent.

 

La photographie ne peut jamais grandir si elle imite un autre médium. Elle doit marcher seule, elle doit être elle-même. (Abbott Bérénice)

 

Weegee (Arthur Fellig dit) (1899-1968)

Je peux prendre un appareil photo et peindre avec. Personne n'a épuisé les possibilités de la caméra.

 

Un photographe est comme un peintre. Au lieu d'une toile, il utilise un film... au lieu de pinceaux, il utilise une lentille... et au lieu de peindre, il utilise la lumière.

 

Cependant, [mon type de photographie] capture un moment dramatique de la vie. Elle accomplit l'impossible en immobilisant le temps… elle fige une émotion, un événement… sur pellicule. C'est comme si vous tendiez la main et captiez le souffle même de la vie et que vous le préserviez pour toujours. Le plus merveilleux de tous, c'est qu'il a le pouvoir de recréer toute l'expérience émotionnelle plusieurs années plus tard.

 

De nombreux photographes vivent dans un monde de rêve de beaux arrière-plans. Cela ne leur ferait pas de mal de goûter à la réalité pour les réveiller.

 

Pour moi, une photographie est une page de vie, et cela étant, elle doit être réelle. (Weegee)

 

Brassaï (Gyula Halasz dit) (1899-1984)

Si l'on devait vivre éternellement, tout deviendrait monotone. C'est l'idée de la mort qui nous talonne. C'est la hantise et le désir de l'homme de laisser une trace indélébile de son éphémère passage sur cette terre qui donnent naissance à l'art.

 

Ansel Adams (1902-1984)

Vous ne prenez pas une photographie, vous la faites

 

Tout le monde ne fait pas confiance aux peintures, mais les gens croient aux photographies.

 

Tout le monde ne fait pas confiance aux peintures, mais les gens croient aux photographies.

 

La photographie est plus qu'un moyen de communication factuel d'idées. C'est un art créatif.

 

Une bonne photographie, c'est savoir où se placer.

 

Il n'y a pas de règles pour de bonnes photographies, il n'y a que de bonnes photographies.

 

Une bonne photographie est celle qui exprime pleinement ce que l'on ressent, au sens le plus profond, à propos de ce qui est photographié.

 

La tâche herculéenne d'un photographe est de capturer une image instantanée aussi belle dans la réalité que dans un rêve.

 

Lorsque les mots ne sont pas clairs, je me concentre sur les images. Quand les images deviennent inadaptées, je me contente du silence (Ansel Adams).

 

Evans Walker (1903-1975)

Le secret de la photographie est que l'appareil photo prend le caractère et la personnalité du gestionnaire.

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Vous voyez, un document a une utilité, alors que l'art est vraiment inutile. L'art n'est donc jamais un document, bien qu'il puisse adopter ce style.

 

Qu'il soit artiste ou non, le photographe est un joyeux sensualiste, pour la simple raison que l'œil trafique de sentiments, pas de pensées.

 

Laissant de côté les mystères et les inégalités du talent humain, du cerveau, du goût et de la réputation, la matière de l'art en photographie peut se résumer à ceci : c'est la capture et la projection des délices de la vue ; c'est la définition de l'observation pleine et ressentie.

 

La signification de la qualité dans les meilleures images de la photographie est écrite dans le langage de la vision. Cette langue est apprise par hasard, pas par système.
Qu'il soit artiste ou non, le photographe est un joyeux sensualiste, pour la simple raison que l'œil trafique de sentiments, pas de pensées. (Evans Walker)

 

Cartier-Bresson Henri (1908-2004)

Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'œil et le cœur.

 

Photographier, c'est une attitude, une façon d'être, une manière de vivre.

 

Doisneau Robert (1912-1994)

Suggérer, c’est créer. Décrire, c’est détruire.

 

Quand on est prisonnier de l'image, cela vous donne toutes les audaces.

 

Saisir les gestes ordinaires de gens ordinaires dans des situations ordinaires.

 

La beauté échappe aux modes passagères. (Doisneau Robert)

 

Newton Helmut (1920-2004)

Mon métier de photographe portraitiste est de séduire, d'amuser et de divertir.

 

L'envie de découvrir, l'envie de bouger, de capter la saveur, trois concepts qui décrivent l'art de la photographie.

 

Je passe beaucoup de temps à me préparer. Je réfléchis beaucoup à ce que je veux faire. J'ai des cahiers de préparation, des petits cahiers dans lesquels je note tout avant une séance. Sinon j'oublierais mes idées.

 

...ce que j'essaie de faire, c'est une bonne mauvaise image. Je travaille très soigneusement, puis je fais quelque chose qui semble avoir mal tourné.

 

Il y a deux gros mots en photographie, l'un c'est l'art, l'autre c'est le bon goût

 

Le génie et le goût ne vont pas ensemble.

 

Je suis très attiré par le mauvais goût, c'est beaucoup plus excitant que ce prétendu bon goût qui n'est rien d'autre qu'une manière standardisée de voir les choses. (Newton Helmut)

 

Arbus Diane (1923-1971)

Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez !

 

Je crois vraiment qu'il y a des choses que personne ne verrait si je ne les photographiais pas.

 

Je travaille par maladresse. Je veux dire par là que je n'aime pas arranger les choses. Si je me tiens devant quelque chose, au lieu de l'arranger, je m'arrange moi-même.

 

La chose qu'il est important de savoir, c'est qu'on ne sait jamais. Vous êtes toujours en train de chercher votre chemin (Arbus D.).

 

Avedon Richard (1933-2004)

Un portrait n'est pas un fait mais une opinion, une occasion plutôt qu'une vérité.

 

Bailey David (1938- )

 

C'est le moment qui compte. C'est vraiment la seule chose que nous ayons dans la vie, et rien ne la capture comme le fait un appareil photo.

 

Je sais que tout doit être photographié. Cela m'aide à donner un sens à mon existence.

 

Il faut beaucoup d'imagination pour être un bon photographe. Il faut moins d'imagination pour être peintre car on peut inventer des choses. Mais en photographie tout est si ordinaire ; il faut beaucoup regarder avant d'apprendre à voir l'extraordinaire.

 

Je ne vois pas l'intérêt de photographier des arbres ou des rochers car ils sont là et n'importe qui peut les photographier s'ils sont prêts à traîner et à attendre la lumière.

 

Je suis créateur d'images. (Bailey D.)

 

Depardon Raymond (1942- )

Le réel possède un avantage considérable sur la fiction, c’est d’être unique.

 

Un photographe n’existe pas s’il n’a pas d’obsessions. Je m’aperçois qu’un certain de tendances de tendances, de répétitions, d’obsessions se dégagent de ce travail. C’est comme si je faisais toujours la même photo.

 

Je pense que le propre d’un photographe c’est de trahir le réel. Il faut simplement maîtriser cette trahison et il faut qu’elle soit en cohérence avec soi-même.

 

La photographe est l’éloge de chaque moment en tant qu’il ne ressemble à aucun autre. Personne ne peut faire la même photo.

 

Il faut aimer la solitude pour être photographe. (Depardon Raymond)

 

Mappelthorpe Robert (1946-1989)

La beauté et le diable sont la même chose.

 

Quand j'ai des relations sexuelles avec quelqu'un, j'oublie qui je suis. Pendant une minute, j'oublie même que je suis humain. C'est la même chose quand je suis derrière une caméra. J'oublie que j'existe.

 

Je me suis lancé dans la photographie car cela me semblait être le véhicule idéal pour commenter la folie de l'existence d'aujourd'hui.

 

Je ne sais pas pourquoi mes photos sont si belles. Je ne comprends tout simplement pas.

 

Je vois des choses comme on ne les a jamais vues. L'art est une déclaration précise du temps dans lequel il est fait.

 

Je recherche l'inattendu. Je recherche des choses que je n'ai jamais vues.

 

Avec la photographie, vous vous concentrez ; vous mettez beaucoup d'énergie dans de courts instants, puis vous passez à autre chose (Mappelthorpe R.).

 

Leibovitz Annie (1949- )

La nature est si puissante, si forte. Capturer son essence n'est pas facile - votre travail devient une danse avec la lumière et le temps. Il vous emmène à un endroit en vous-même.

 

J'ai appris à créer une palette, un vocabulaire de façons de prendre des photos.

 

Quand je prends une photo, je prends 10% de ce que je vois. (Leibovitz Annie)

 

 

 

 

Plasticien.ne.s

 

Pamphilos (peintre grec antique, -390- ?)

Il fut le premier des peintres qui eût étudié toutes les sciences et surtout l’arithmétique et la géométrie sans lesquelles il affirmait qu’on ne pouvait atteindre la perfection de l’art. Il ne donnait pas ses leçons à moins d’un talent [...]. C’est le prix que lui payèrent Apelle et Mélanthios. C’est grâce à son influence qu’à Sicyone d’abord, puis dans la Grèce entière les enfants de naissance libre apprirent avant toute chose la graphique, c’est-à-dire la peinture sur du buis, et que cet art fut admis comme le premier des arts libéraux. (Pline l’Ancien à propos de Pamphilos - Histoire naturelle)

 

Zong Bing (375-443)

Je déroule lentement des peintures, et tandis que je les observe, je m’avance dans une étendue sans limites qui m’entoure de tous côtés et qui m’ouvre à ce sentiment de l’infini que le ciel inspire en moi. 

 

Giotto (1266- env. 1367)

Il eut un si grand génie que la nature, mère de toutes choses et toujours active, dans le mouvement continuel des cieux, ne peut rien produire qu’avec son stylet, sa plume ou son pinceau, il ne peigne semblable à elle et même identique, si bien que souvent les hommes se trompent à voir les choses qu’il fait, prenant pour vrai ce qui est peint. (in Boccace sur Giotto)

 

Giotto se demandait sans cesse comment se tiendrait un homme, quel geste ferait un homme qui prendrait vraiment part à tel événement, et surtout comment notre œil verrait telle attitude ou tel geste. Renonçant à toute écriture conventionnelle, il était maintenant capable de créer l’illusion comme si l’épisode sacré se déroulait vraiment devant nos yeux. (in Ernst Hans Gombrich)

 

Léonard de Vinci (1452-1519)

Ne lise pas mes principes qui n’est pas mathématicien. (Traité de la peinture)

 

La peinture est poésie muette, la poésie peinture aveugle. (Traité de la peinture)

 

Dürer Albrecht (1471-1528)

Il n'appartient qu'à Dieu de soumettre à la mesure la beauté absolue.

 

Lorsque Dieu m'aura donné de rentrer chez moi, je ne sais sur quel pied il faudra que je vive avec vous [...] jamais vous n'oserez parler dans la rue avec un pauvre peintre [...] Oh ! comme j'aurai froid en pensant au soleil ! Ici, je suis un seigneur, là-bas, un parasite. (Lettre de Venise à Willibald Pirckheimer, 1506.)

 

L'art de la peinture ne peut être bien compris que par ceux qui eux-mêmes sont de bons peintres. (Théorie des proportions)

 

Ce qu'est la beauté, je l'ignore. (Albrecht Dürer, 1512)

 

En vérité, l'art est dans la nature, celui-là le possède qui peut l'en tirer.

 

En vérité, l'art est enfermé dans la nature, celui qui peut l'en extraire est un maître.

 

Michel-Ange Michelangelo Buonarroti dit (1475-1564)

L'art vit de contraintes et meurt de liberté.

 

Je dis que la peinture me paraît devoir être tenue pour d’autant meilleure qu’elle est plus proche du relief. (Michel-Ange, 1547)

 

Saches des statues qu’elles existent dans le marbre, il suffit de les en faire sortir avec le ciseau.

L’art conserve la mémoire d’une grande beauté. (Madrigal XXI, L’art).

 

Il y a un ange enfermé dans cette pierre et je m’efforce de le libérer.

 

Le dessin, que d’un autre nom nous appelons trait, est ce en quoi consiste et ce qui constitue la source et le corps de la peinture, de l’architecture et de tous les autres genres d’art, et la racine de toutes les sciences. (Michel-Ange rapporté par Francisco da Hollanda - Dialogues avec Michel-Ange, 1538)

 

On juge de la science d’un grand homme à travers sa crainte de ne pas exécuter une chose exactement comme il la conçoit. (idem)

 

Ce que David a fait avec sa fronde, moi Michel-Ange je le fais avec mon outil.

 

Plus il y a à travailler et à étudier dans une œuvre de peinture, à grands frais de temps et de travail, plus la chose réalisée doit être telle qu’elle ne semble pas tant travaillée que faite à la hâte et sans peine et très légèrement même s’il n’en est rien.

 

Le beau idéal. Comme guide fidèle dans ma vocation, dès ma naissance, me fut donné ce sentiment du beau qui dans les deux arts me sert de flambeau et de miroir, et si quelqu'un pense autrement il se trompe.
Ce dont seul élève le regard jusqu'à cette hauteur que je m'efforce d'atteindre pour peindre et pour sculpter.
Ce sont les esprits téméraires et grossiers qui réduisent à un effet sensuel la beauté par laquelle toute saine intelligence se sent émue et transportée vers le ciel.
Des yeux atteints de cette infirmité ne s'élèvent pas des objets mortels à la divinité et ne montent jamais à cette hauteur où toute pensée, sans la grâce (divine), est impuissante à s'élever. (Michel Ange)

 

" Les figures, il leur donnait un canon de neuf, dix ou douze têtes, en se proposant exclusivement de faire naître de leur association une sorte d’harmonie dans une grâce supérieure à la nature. Car, disait-il, il faut avoir le compas dans l’œil, non dans la main ; les mains travaillent, l’œil juge. Et cette attitude fut aussi la sienne pour l’architecture. " (Giorgio Vasari)

" Il lui suffisait de voir une seule fois l’ouvrage d’un autre pour le retenir parfaitement et l’utiliser à l’occasion sans que personne ne s’en aperçoive. " (Giorgio Vasari)

" Dans la pensée de cet homme extraordinaire, il ne s’est agi que de montrer la perfection et l’harmonie du corps humain dans la diversité de ses attitudes et en outre les mouvements passionnels et ceux qui comblent l’âme ; content de s’en tenir à ce registre – où il l’emporte sur tous les artistes – en montrant la route du grand style, du nu et la science du dessin. " (Giorgio Vasari)

 

Van Mander Carel (1548-1606)

Laisse le paysage s’éloigner doucement dans la distance, ou laisse-le progressivement se fondre dans le soleil. (Het Schilderboeck, 1604)

 

Poussin Nicolas (1594-1665)

Le but de l’art, c’est la délectation.

 

Les couleurs dans la peinture sont comme des leurres qui persuadent les yeux, comme la beauté des vers dans la poésie. (Observations sur la peinture)

 

La peinture n’est autre qu’une idée des choses incorporelles. (Observations sur la peinture)

 

Les belles filles que vous avez vues à Nîmes ne vous auront, je m’assure, pas moins délecté l’esprit par la vue que les belles colonnes de la Maison Carrée, vu que celles-ci ne sont que de vieilles copies de celles-là. 

 

Ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bien fait. 

 

Mon naturel me contraint à chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion qui m’est contraire et ennemie comme est la lumière des obscures ténèbres. 

 

La beauté est en tout éloignée de la matière du corps, dont elle ne s’approche que si elle y est disposée par des préparations incorporelles (Observations sur la peinture)

 

L'idée de beauté ne descend pas dans la matière qu'elle n'y soit préparée le plus possible. Cette préparation consiste en trois choses : l'ordre, le mode et l'espèce ou forme. L'ordre signifie l'intervalle des parties, le mode est relatif à la quantité, la forme consiste dans les lignes et couleurs. (…) la peinture n'est autre qu'une idée des choses incorporelles, et que si elle montre les corps elle en représente seulement l'ordre, et le mode selon lequel les choses se composent, et qu'elle est plus attentive à l'idée du beau qu'à tout autre. Et de là quelques-uns ont voulu que cette idée fût la seule marque et, on peut dire, le but de tous les bons peintres, et que la peinture fût l'amante de la beauté et la reine des arts.

 

La nouveauté dans la peinture ne consiste pas surtout dans un sujet non encore vu, mais dans la bonne et la nouvelle disposition et expression, et ainsi de commun et vieux, le sujet devient singulier et neuf.

 

Si le peintre veut éveiller dans les âmes l'émerveillement, encore qu'il n'est en mains un sujet habile à le faire naître, qu'il n'y introduise point de choses nouvelles, et étranges, et hors de raison, mais qu'il contraigne son esprit à rendre merveilleuse son œuvre par l'excellence de la matière, d'où se puisse dire : materiam superabat opus.

 

Rembrandt (Rembrandt Harmenszoon van Rijn dit) (1606-1669)

Rembrandt n’aimait pas qu’on regardât sa peinture de près. Il repoussait les gens du coude et disait : Un tableau n’est pas fait pour être flairé. (Victor Hugo - Choses vues)

 

Ah ! et tout de même quelle jouissance de l’œil, et quel rire que le rire édenté du vieux lion Rembrandt, la tête coiffée d’un linge, la palette à la main ! (Vincent Van Gogh au sujet d’un des derniers portraits de Rembrandt)

 

Il peint parce que la peinture est le mensonge le plus beau. (Kees Van Dongen à propos de Rembrandt, 1927)

 

Hogarth William (1697-1764)

Mon tableau est mon théâtre, et les hommes et les femmes sont mes acteurs qui, grâce à certaines actions et expressions, doivent exécuter une sorte de pantomime.

 

Wilson Richard (1713-1782)

Avec Wilson commence en Angleterre l’histoire d’un art sincère du paysage fondé sur un amour méditatif de la nature. (John Ruskin)

 

Vernet Joseph (1714-1789)

Il a volé à la nature son secret. (Diderot à propos de Vernet)

 

Reynolds Joshua (1723-1792)

Si un portraitiste désire élever et améliorer son sujet, il ne peut le faire qu’en tendant à une idée générale. Il omet toutes les petites irrégularités et particularités du visage, et adapte le vêtement, dédaignant une mode passagère pour une mode plus intemporelle. 

 

Un peintre d’histoire peint l’homme en général ; un portraitiste peint un individu et par conséquent un modèle imparfait. 

 

Si je n’avais jamais vu un seul des chefs-d’œuvre de Corrège, je n’aurais peut-être jamais remarqué dans la nature l’expression que je trouve dans l’un de ses tableaux ; ou si je l’avais remarquée, je l’aurais peut-être jugée trop difficile ou impossible à exécuter.

 

Ce chaos, cet aspect brut et confus, par un tour de magie, prennent forme s’ils sont vus d’une certaine distance.

 

Sa façon d’élaborer ensemble tous les éléments du tableau – le tout simultanément, de la même manière que la nature lorsqu’elle crée.

 

Gainsborough Thomas (1727-1788)

Si les gens avec leurs fichus visages me laissaient seulement respirer un peu, j'apparaîtrais bientôt sous un jour plus flatteur. 

 

La ressemblance est la beauté et l'intérêt principal d'un portrait. 

 

Ce chaos, cet aspect brut et confus, par un tour de magie, prennent forme s'ils sont vus d'une certaine distance.

 

Füssli Johann Heinrich (1741-1825)

L'excellence de l'exécution ne rachète jamais la médiocrité de la conception. L'imitation semble finir là où l'idéal commence. Le style pénètre l'objet ; la manière reste à la surface.

 

Certains recherchent l'art lui-même, d'autres ses prolongements. Certains ne voient que le présent, d'autres portent leur regard vers le futur. Le papillon voltige au-dessus de la prairie et l'aigle traverse les mers. (Johann Heinrich Fussli. Aphorismes)

 

Valenciennes Pierre-Henri de (1750-1819)

La chaleur du climat de Rome imprime à toutes les productions végétales un ton de vigueur qu’on ne trouve pas dans les pays septentrionaux ; les terrains ont une couleur plus chaude, les rochers se détachent avec force, les verts y sont plus foncés et plus variés, les ciels plus azurés et les nuages plus colorés.

 

Nicolas Poussin, Annibal Carrache, le Titien, le Dominiquin et quelques autres, ont fait ce qu’Homère, Virgile, Théocrite et tous les poètes fameux eussent fait s’ils avaient peint avec des couleurs. Ces Peintres se sont pénétrés de la lecture de ces Poètes sublimes ; ils les ont médités ; et en fermant les yeux, ils ont vu cette Nature idéale, cette Nature parée des richesses de l’imagination, et que seul le génie peut concevoir et représenter.

 

Blake William (1757-1827)

L’éternité dans l’instant, le monde dans un grain de sable.

 

Si les portes de la perception étaient nettoyées, le monde apparaîtrait tel qu’il est, infini.

 

Chaque fois qu’un individu rejette l’erreur et embrasse la vérité, cet individu fait l’objet d’un Jugement dernier.

 

Là où l’homme n’est pas, la nature est stérile.

 

La route de l’excès conduit au palais de la sagesse. 

 

Tu ne peux savoir ce qui est assez, à moins de savoir ce qui est plus qu’assez. 

 

Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux de l’instruction. 

 

La nature n’a pas de limite, mais l’imagination en a.

 

L’art est la vie, la vie c’est l’art. (William Blake. Le premier Livre d’Urizen)

 

Turner Joseph Mallord William (1775-1851)

Mon affaire est dessiner ce que je vois, non ce que je sais.

 

Constable John (1776-1837)

L’art de voir la nature est une chose qui doit s’apprendre.

 

Ingres Jean Auguste Dominique (1780-1867) 

Le style, c’est la nature. 

 

Le dessin est la probité de l'art.

 

Il n'y a pas deux arts, il n'y en a qu'un : c'est celui qui a pour fondement le beau éternel et naturel. Ceux qui cherchent ailleurs se trompent, et de la manière la plus fatale. 

 

Les chefs-d'œuvre ne sont pas faits pour éblouir. Ils sont faits pour persuader, pour convaincre, pour entrer en nous par les pores.

 

Il faut continuellement former son goût sur les chefs-d'œuvre de l'art : c'est perdre son temps que de s'occuper à d'autres recherches. On peut jeter les yeux sur les beautés inférieures, mais non les étudier, encore moins les imiter.

 

Dessine, peins, imite surtout, fût-ce de la nature morte. Toute chose imitée de la nature est une œuvre, et cette imitation mène à l'art (Ingres).

 

Cela ne ressemble point au velouté de la chair vivante. Le dessous des pieds est comme une vessie pleine ; l’oreille est trop haute, comme dans l’Œdipe ; les cheveux sont vert d’eau... (Théophile Thoré à propos de la Grande Odalisque d’Ingres.)

 

" Le grand mérite d’Ingres est d’avoir réagi par l’arabesque de la forme contre le dessin uniquement de proportions, en pratique alors dans l’école de David. " (Edgar Degas)

 

" Aux gens du monde, M. Ingres s’imposait par un emphatique amour de l’Antiquité et de la tradition. Aux excentriques, aux blasés, à mille esprits délicats toujours en quête de nouveautés, même de nouveautés amères, il plaisait par la bizarrerie. " (Charles Baudelaire, 1855)

 

Von Cornelius Peter (1783-1867)

L'art ne doit pas être seulement des sucreries pour la table des puissants et des opulents ; il doit être un repas plein de force pour tous. Ainsi qu'une deuxième nature, il doit se répandre, comme les rayons du soleil, sur les grands et les petits, sur les pauvres et les riches.

 

Géricault Théodore (1791-1824)

Cette année, nos gazetiers sont arrivés au comble du ridicule. Chaque tableau est jugé d'abord selon l'esprit dans lequel il est composé. Ainsi vous entendez un article libéral vanter dans tel ouvrage une touche nationale. Le même ouvrage jugé par l'ultra ne sera plus qu'une composition révolutionnaire où règne une teinte générale de sédition. (Théodore Géricault - lettre à un ami)

 

Corot Camille (1796-1875)

Si je fais quelque chose de bon, c'est que le Seigneur aura envoyé un petit ange.

 

Delacroix Eugène (1799-1863)

La nature n'est qu'un dictionnaire (…). On y cherche le sens des mots (…). On en extrait tous les éléments qui composent une phrase ou un récit ; mais personne n'a jamais considéré le dictionnaire comme une composition, dans le sens poétique du mot.

 

D'ailleurs la nature est loin d'être toujours intéressante au point de vue de l'effet de l'ensemble… Si chaque détail offre une perfection (…) la réunion de ces détails présente rarement un effet équivalent à celui qui résulte, dans l'ouvrage d'un grand artiste, de l'ensemble et de la composition.

 

Qu'importent à la marche des saisons, au cours des astres, des fleuves et des vents, le Parthénon, Saint-Pierre de Rome, et tant de miracles de l'art ? Un tremblement de terre, la lave d'un volcan vont en faire justice : les oiseaux nicheront dans ces ruines; les bêtes sauvages iront tirer les os des fondateurs de leurs tombeaux entrouverts.

 

Il prend un tableau, le décrit à sa manière, fait lui-même un tableau qui est charmant, mais il n'a pas fait œuvre de véritable critique. " (Eugène Delacroix à propos de Théophile Gautier in Journal, 17 juin 1855)

 

Quand j'ai fait un beau tableau, je n'ai pas écrit une pensée. C'est ce qu'ils disent. Qu'ils sont simples ! Ils ôtent à la peinture tous ses avantages. L'écrivain dit presque tout pour être compris. Dans la peinture, il s'établit comme un pont mystérieux entre l'âme des personnages et celle du spectateur. Il voit des figures, de la nature extérieure ; mais il pense intérieurement, de la vraie pensée commune à tous les hommes. (Journal, 1823)

 

L'exécution, dans la peinture, doit toujours tenir de l'improvisation. (Journal, 1823)

 

La peinture lâche est la peinture d'un lâche. (Journal, 1823)

 

Ce qui fait les hommes de génie, ou plutôt ce qu'ils font, ce ne sont point les idées neuves, c'est cette idée, qui les possède, que ce qui a été dit ne l'a pas encore été assez. (Journal, 1823)

 

Il y a deux choses que l'expérience doit apprendre : la première, c'est qu'il faut beaucoup corriger ; la seconde, c'est qu'il ne faut pas trop corriger. (Journal, 1823)

 

Le beau ... est le fruit d'une inspiration persévérante qui n'est qu'une suite de labeurs opiniâtres. (Oeuvres littéraires)

 

La matière retombe toujours dans la tristesse. (Oeuvres littéraires)

 

La Flandre a Rubens ; l'Italie a Raphaël et Véronèse ; la France a Lebrun, David et Delacroix. Un esprit superficiel pourra être choqué, au premier aspect, par l'accouplement de ces noms qui représentent des qualités et des méthodes si différentes. Mais un œil spirituel plus attentif verra tout de suite qu'il y a entre tous une parenté commune, une espèce de fraternité ou de cousinage dérivant de leur amour du grand, du national, de l'immense et de l'universel. " (Charles Baudelaire - article consacré à Delacroix en 1863)

 

Sublime vivant qui court ici dans les rues et qui vous assassine de sa réalité. (Eugène Delacroix sur le Maroc)

 

La pratique d'un art demande un homme tout entier ; c'est un devoir de s'y consacrer pour celui qui en est véritablement épris. (Journal, 16 janv. 1860.)

 

(...) cette fameuse beauté, qui est, au dire de tout le monde, le but des arts ; si c'est l'unique but, que deviennent les gens qui, comme Rubens, Rembrandt, et généralement toutes les natures du Nord, préfèrent d'autres qualités ? Demandez la pureté, la beauté, en un mot, au Puget, adieu sa verve ! (Journal, 9 févr. 1847)

 

La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité, comme la maîtresse la plus exigeante. Depuis quatre mois, je fuis dès le petit jour et je cours à ce travail enchanteur comme au pied de la maîtresse la plus chère. Ce qui me paraissait de loin facile à surmonter me présente d'horribles et incessantes difficultés, mais d'où vient que ce combat éternel au lieu de m'abattre me relève, au lieu de me décourager me console et remplit mes moments quand je l'ai quitté ?

 

(…) trouver en faisant.

 

Cette peinture jette sa pensée à distance. (Charles Baudelaire à propos de Delacroix - Ecrits sur l'art)

 

Hugo Victor (1802-1885)

Ces griffonnages sont pour l’intimité et l’indulgence des amis tout proches. (Victor Hugo)

 

" Victor Hugo, s’il n’était pas poète, serait un peintre de premier ordre. " (Théophile Gautier, 1852)

 

" La magnifique imagination qui coule dans les dessins de Victor Hugo, comme le mystère dans le ciel." (Charles Baudelaire, 1857)

 

Gleyre Charles (1806-1874)

Rappelez-vous donc, jeune homme, que quand on exécute une figure, on doit toujours penser à l’antique. La nature, mon ami, c’est très bien comme élément d’étude, mais ça n’offre pas d’intérêt. (Charles Gleyre enseignant à Claude Monet).

 

Rousseau Théodore (1812-1867)

En observant avec toute la religion de son cœur, on sent et on traduit un monde réel dont toutes les fatalités vous enlacent… Il faut que l'âme de l'artiste ait pris sa plénitude dans l'infini de la Nature.

 

Millet Jean-François (1814-1875)

C’est le côté humain, franchement humain, qui me touche. 

 

 …rôle moralisateur, éducateur ; le citoyen passe dans l’artiste et avec un grand et noble tableau nous avons une leçon de morale sociale et politique. (Gambetta à propos de l’Angélus, 1873)

 

Courbet Gustave (1819-1877)

J'ai étudié, en dehors de tout esprit de système et sans parti pris, l'art des anciens et l'art des modernes. Je n'ai pas plus voulu imiter les uns que copier les autres ; ma pensée n'a pas été davantage d'arriver au but oiseux de l'art pour l'art. Non ! J'ai voulu tout simplement puiser dans l'entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité.

Savoir pour savoir, telle fut ma pensée. Être à même de traduire les mœurs, les idées, l'aspect de mon époque selon mon appréciation, en un mot, faire de l'art vivant, tel est mon but.

 

L'état est incompétent en matière d'art (Gustave Courbet)

 

Fromentin Eugène (1820-1876)

L’art de peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible. (Les Maîtres d’Autrefois)

 

Puvis de Chavannes Pierre (1824-1898)

Pour toutes les idées claires, il existe une pensée plastique qui les traduit.

 

La conception la mieux ordonnée se trouve en même temps la plus belle. J'aime l'ordre parce que j'aime passionnément la clarté.

 

Moreau Gustave (1826-1898). 

L’évocation de la pensée par la ligne, l’arabesque et les moyens plastiques. " (Gustave Moreau)

 

" Il met des chaînes de montre aux dieux de l’Olympe. " (Edgar Degas)

 

" Ses aquarelles d’orfèvre-poète semblent lavées avec le rutilement, la patine des trésors des Mille et Une Nuits. " (Edmond et Jules de Goncourt)

 

Manet Edouard (1832-1883)

La concision en art est une nécessité et une élégance. L'homme concis fait réfléchir ; l'homme verbeux ennuie. Modifiez-vous toujours dans le sens de la concision... Dans une grande figure, cherchez la grande lumière et la grande ombre ; le reste viendra naturellement; c'est souvent très peu de chose. Et puis cultivez votre mémoire car la Nature ne vous donnera jamais que des renseignements... (cité par Jean Grenier, in Essais sur la peinture contemporaine, Gallimard, 1959, p. 13)

 

Qui donc a dit que le dessin est l'écriture de la forme ? La vérité est que l'art doit être l'écriture de la vie.

 

Pissarro Camille (1830-1903)

Pour faire de l'art, il faut se posséder entièrement ; le romantisme dans la vie n'est pas possible avec le travail.  (Correspondance, P.U.F., 1980, T. I, p. 121)

 

La peinture, l'art, en général, m'enchante. (...) Quand on fait une chose avec toute son âme et tout ce que l'on a de noble en soi, on trouve toujours un sosie qui vous comprend, pas besoin d'être légion, n'est-ce pas là tout ce que doit désirer l'artiste ! ( idem, p. 253 )

 

Degas Edgard (1834-1917)

L'art ne s'élargit pas, il se résume.

 

Toutes les belles choses ne sont-elles pas faites de renoncement ?

 

Jusqu'à présent, le nu avait toujours été représenté dans des poses qui supposent un public. Mais mes femmes sont des gens simples. Je les montre sans coquetterie, à l'état de bêtes qui se nettoient. 

 

L'air qu'on voit dans les tableaux de maîtres n'est pas de l'air respirable. 

 

En aimant la nature, nous ne pouvons jamais savoir si elle nous le rendra. 

 

Je voudrais être illustre et inconnu. 

 

L'Art n'est pas ce que vous voyez, mais ce que vous faites voir aux autres.

 

L’art n’est pas un amour légitime ; on ne l’épouse pas, on le viole. 

 

Rien en art ne doit ressembler à un accident, même le mouvement.

 

Aucun art n'est aussi peu spontané que le mien. Ce que je fais est le résultat de la réflexion et de l'étude des grands maîtres.

 

Quand elle court, elle a souvent le mouvement de la Victoire de Samothrace. (Edgar Degas devant l'actrice Ristori jouant Médée à l'Opéra.)

 

Faites des lignes, jeune homme, beaucoup de lignes d'après nature et de mémoire. (Ingres conseillant Degas.)

 

" Tout le système mécanique d'un être vivant peut grimacer comme un visage." (Paul Valéry à propos de Degas)

 

Sisley Alfred (1839-1899)

La vie et le mouvement sont nécessaires, ils dépendent de l’émotion de l’artiste, qui doit modifier sa facture selon cette émotion... 

 

Le ciel est formé de plans comme les terrains, et il contribue au mouvement et à l’effet du tableau. 

 

Je suis d’avis que c’est un maître égal aux plus grands. J’ai revu des œuvres de lui d’une ampleur et d’une beauté rares, entre autres une Inondation qui est un chef-d’œuvre (Camille Pissarro à propos de Sisley)

 

Cézanne Paul (1839-1906)

Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective .Les lignes parallèles à l'horizon donnent l'étendue, soit une section de la nature ou, si vous aimez mieux, du spectacle que le Pater Omnipotens Aeterne Deus étale devant nos yeux . (Cézanne à Émile Bernard... in Correspondance, Grasset 1978)

 

Dans ma pensée, on ne substitue pas au passé, on y ajoute seulement un nouveau chaînon.

Il faut donner l'image de ce que nous voyons, en oubliant tout ce qui a paru avant nous.

 

Il faut descendre dans la réalité des choses

 

Peindre, ce n'est pas copier servilement l'objectif, c'est saisir une harmonie entre des rapports nombreux, c'est les transposer dans une gamme à soi, en les développant suivant une logique neuve et originale.

 

Tout est, en art surtout, théorie développée et appliquée au contact de la nature.

 

L'artiste doit fuir la littérature en art.

 

L'art est la révélation d'une sensibilité exquise.

 

La sensibilité caractérise l'individu ; à son degré le plus parfait, elle distingue l'artiste.

 

Une grande sensibilité est la disposition la plus heureuse à toute belle conception de l'art.

 

L'artiste objective sa sensibilité, sa distinction naïve.

 

L'artiste concrétise et individualise.

 

L'artiste éprouve de la joie à pouvoir communiquer aux autres âmes son enthousiasme devant le chef d'œuvre de la nature dont il croit posséder le secret.

 

Pour l'artiste voir c'est concevoir et concevoir c'est composer.

 

Car l'artiste ne note pas ses émotions comme l'oiseau module ses sons : il compose.

 

L'art est une religion. Son but est l'élévation de la pensée.

 

L'Art est une harmonie parallèle à la nature.

 

La recherche de la nouveauté et de l'originalité est un besoin factice qui dissimule mal la banalité et l'absence de tempérament. (Paul Cézanne)

 

Cézanne a su dépouiller l'art pictural de toutes les moisissures que le temps avait accumulées. Il a montré clairement que l'imitation n'est qu'un moyen, que le but unique est de disposer sur une surface donnée les lignes et les couleurs, de façon à charmer les yeux, à parler à l'esprit, à créer enfin par des moyens purement plastiques un langage, ou plutôt encore, à retrouver le langage universel. On l'accuse de rudesse, de sécheresse : ce sont les dehors de sa puissance, ces défauts apparents ! Sa pensée est si claire dans son esprit ! Son désir d'exprimer si impérieux ! Qu'une tradition naisse de notre époque - ce que j'ose espérer - c'est de Cézanne qu'elle naîtra. D'autres alors viendront, habiles cuisiniers, accommoder ses restes à des sauces plus modernes. Il aura fourni la substantifique moelle. Il ne s'agit pas d'un art nouveau, mais d'une résurrection de tous les arts, solides, purs, classiques.

(Paul Sérusier. Réponse à une enquête de Charles Morice in Le Mercure de France, août, 1905)

 

Redon Odilon (1840-1916).

La logique du visible au service de l’invisible.

 

L'œuvre d'art naît de trois sources, de trois causes. De la tradition qui vient du fond primordial et des acquisitions constantes faites par les hommes de génie qui nous lèguent incessamment dans le temps la vie morale et pensante de l'Humanité (…). De la réalité, ou en d'autres termes de la Nature, qui est un pur moyen pour exprimer notre sentiment et le communiquer à nos semblables et hors duquel notre propre ambition de créer reste à l'état de rêve, d'abstraction (…). Enfin de notre propre invention personnelle, de l'intuition originelle qui combine, résume tout, cherche un appui dans le passé et la vie présente pour donner à l'œuvre contemporaine un organisme nouveau (…).

 

Une œuvre d'art ne s'épanouit qu'à son heure. Pour être bien comprise, elle a son moment : tel maître a fait son œuvre trop tôt, tel autre trop tard ; il est rare qu'une gloire heureuse grandisse librement pour un génie, surtout de notre temps où chaque artiste, chaque penseur cherche sa voie et n'a d'autre initiateur de son œuvre que lui-même.

 

Rodin Auguste (1840-1917)

Ferme tes yeux de chair pour contempler d’abord ton image avec l’œil de l’esprit. 

 

Dans l'art, il n'y a pas d'immoralité. L'art est toujours sacré. 

                                                                                                                                                                                           

Dans l'art, est beau uniquement ce qui a du caractère.

 

L'art, c'est la plus sublime mission de l'homme, puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et le faire comprendre. 

 

L'art indique aux hommes leur raison d'être. Il leur révèle le sens de la vie, il les éclaire sur leur destinée et par conséquent les oriente dans l'existence.

 

L'art c'est la contemplation. C'est le plaisir de l'esprit qui pénètre la nature et qui y devine l'esprit dont elle est elle-même animée. C'est la joie de l'intelligence qui voit clair dans l'univers et qui le recrée en l'illuminant de conscience. L'art, c'est la plus sublime mission de l'homme puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre. (in L'Art, entretiens réunis par Paul Gsell Paris, Gallimard, Idées / Art, 1967, p. 6 )

 

En tout j'obéis à la Nature et jamais je ne prétends lui commander. Ma seule ambition est de lui être servilement fidèle. (idem, p. 17 )

 

Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. (idem, p. 19 )

 

L’artiste digne de ce nom doit exprimer toute la vérité de la Nature, non point seulement la vérité du dehors, mais aussi, mais surtout celle du dedans (idem).

 

Je vous accorde que l'artiste n'aperçoit pas la Nature comme elle apparaît au vulgaire puisque son émotion lui révèle les vérités intérieures sous les apparences.
Mais enfin le seul principe en art est de copier ce que l'on voit. N'en déplaise aux marchands d'esthétique, toute autre méthode est funeste. Il n'y a point de recette pour embellir la nature.
Il ne s'agit que de voir. (idem, p. 20 )

 

C'est en copiant la nature que vous trouverez votre personnalité... et copier la nature ne consiste pas à la reproduire trait pour trait.

 

Un art qui a de la vie ne reproduit pas le passé ; il le continue. (idem )

 

L'esprit dessine mais c'est le cœur qui modèle (in Paul Éluard. Anthologie des écrits sur l'art, Paris, éd. Cercle d'Art, 1954, p. 109 )

 

Comme c'est uniquement la puissance du caractère qui fait la beauté de l'Art, il arrive souvent que plus un être est laid dans la nature, plus il est beau dans l'Art.
Il n'y a de laid dans l'Art que ce qui est sans caractère c'est-à-dire qui n'offre aucune vérité extérieure ni intérieure.
Est laid dans l'Art ce qui est faux, ce qui est artificiel, ce qui cherche à être joli ou beau au lieu d'être expressif, ce qui est mièvre et précieux, ce qui sourit sans motif, ce qui se manière sans raison, ce qui se cambre et se carre sans cause, tout ce qui est sans âme et sans vérité, tout ce qui n'est que parade de beauté et de grâce, tout ce qui ment.

 

Les belles œuvres, qui sont les plus hauts témoignages de l'intelligence et de la sincérité humaines, disent tout ce que l'on peut dire sur l'homme et sur le monde et puis elles font comprendre qu'il y a autre chose qu'on ne peut connaître. Tout chef-d'œuvre a ce caractère mystérieux (Auguste Rodin)

 

Robert Hubert (1840-1917)

Puisque ce peintre aime mieux peindre des ruines et qu’il en a tant sous les yeux, il aura grand raison de ne pas quitter le pays des ruines. (Catherine II de Russie à propos d’Hubert Robert qui refusait de se rendre en Russie - lettre à Grimm 1782)

 

Monet Claude (1840-1926)

Ce que je ferai ici aura au moins le mérite de ne ressembler à personne, parce que ce sera l’impression de ce que j’aurai ressenti, moi tout seul. (Claude Monet – (à Fécamp) lettre à Bazille, 1867)

 

Devant vous un arbre, une maison, un champ ou quoi que ce soit. 

Pensez seulement à ceci : voici un petit carré de bleu, de rose, un ovale vert, une raie jaune et peignez exactement comme ils vous apparaissent. (Claude Monet)

 

Tout le monde discute mon art et fait semblant de comprendre, comme s'il était nécessaire de le comprendre, quand il s'agit d'aimer… 

 

J’étais habitué à peindre la Manche et j’avais forcément ma routine, mais l’océan, c’est tout autre chose. (Claude Monet (à Belle-Île) lettre à Caillebotte)

 

Sans lui, j’aurais renoncé. (Auguste Renoir à propos de Monet)

 

Monet, ce n’est qu’un œil, mais quel œil ! (Paul Cézanne à propos de Monet)

 

La peinture m’apparut tout à coup douée d’une puissance fabuleuse. (Wassily Kandinsky voyant pour la première fois une toile de Monet.)

 

Renoir Auguste (1841-1919)

Un sein, c’est rond, c’est chaud. Si Dieu n’avait créé la gorge de la femme, je ne sais si j’aurais été peintre. 

 

Ce que j’aime, c’est la peau, une peau de jeune fille, rosée et laissant deviner une heureuse circulation. Ce que j’aime surtout, c’est la sérénité. 

 

Je comprends bien l’effort tenté ; c’est très bien de ne vouloir rester en place, mais il a voulu ne s’occuper que de la ligne, les figures se détachent les unes des autres sans tenir compte des accords, aussi c’est incompréhensible. Renoir n’ayant pas la faculté du dessin, et n’ayant plus les jolis tons instinctivement sentis d’autrefois, se trouve incohérent. " (Camille Pissarro à propos du dessin de Renoir, 1887)

 

Il fait chanter la couleur au moyen de procédés renouvelés de Fragonard et de Delacroix : préparation des masses dans le ton, et des passages dans le gris (Maurice Denis à propos de Renoir) 

 

Il y a eu, par un après-midi de printemps, sur la pelouse d’un champ de course, ce doux ciel clair, cet attelage arrêté, cette jeune femme heureuse. Il y a eu ces garçons et ces filles autour de la table desservie dans une lumière radieuse, et la Marne à travers les saules, et l’aile blanche entrevue d’une barque, et tous ces jeunes corps, transpirant, et qui s’attirent: combinaisons fugitives d’air, de lumière, de créatures vivantes, indéfiniment défaites et recomposées depuis trois quarts de siècle, et des millions d’autres se reforment indéfiniment, mais que la plupart des artistes d’aujourd’hui ne cherchent plus à capter. (François Mauriac à propos de Renoir lors d’une exposition en 1955)

 

Guillaumin Paul (1841-1927)

Le sentiment de la beauté de la nature, loin d’être primitif, paraît avoir été développé par l’art. (Paul Guillaumin)

 

Gauguin Paul (1848-1903)

L'art est une abstraction, tirez-là de la nature en rêvant devant et pensez plus à la création qui résultera. (Oviri, Gallimard/idées, 1974, p. 40)

 

L’art est une abstraction, c’est le moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin Maître, créer.

 

Comment voyez-vous cet arbre ? Il est bien vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette ; et cette ombre, plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible. 

 

La nature entière, régnant en notre âme primitive, consolation imaginaire de nos souffrances en ce qu'elles comportent de vague et d'incompris devant le mystère de notre origine et de notre avenir. 

 

La couleur pure ! Il faut tout lui sacrifier. L'intensité de la couleur indiquera la nature de la couleur. (Avant et Après, 1914)

 

Quand mes sabots retombent sur ce sol de granit [la Bretagne], j'entends le son sourd, mat et puissant que je cherche en peinture.

 

Il y a des tons nobles, d'autres communs, des harmonies tranquilles, consolantes, d'autres qui vous excitent par leur hardiesse.

 

Vous connaissez depuis longtemps ce que j'ai voulu établir : le droit de tout oser. (Lettre à Henri de Montfreid)

 

La vérité ne se dégage pas de la polémique, mais des oeuvres qu'on a faites.

 

L’art est une abstraction, c’est le moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin Maître, créer. 

 

Un Poussin sans nature classique.(Maurice Denis à propos de Gauguin)

 

Tel un artiste entrevu par Dante dans sa visite dans l'enfer. Pauvre diable ramassé sur lui-même, pour supporter la souffrance. (Emile Bernard à propos du Portrait de Gauguin en forme de tête de grotesque de Gauguin)

 

Carrière Eugène (1849-1906)

(…) L'art n'est donc intéressant que lorsqu'il nous parle des choses que nous avons appris à connaître. L'art est, selon moi, une manifestation de la conscience que nous avons de nos rapports avec la nature. L'éducation de l'art se confond alors avec l'art de la vie.

 

Van Gogh Vincent (1853-1890)

Je ne connais pas de meilleure définition de " l’art " que celle-ci : l’art c’est l’homme ajouté à la nature – la nature, la réalité, la vérité, dont l’artiste fait ressortir le sens, l’interprétation, le caractère qu’il exprime, qu’il dégage, qu’il démêle, qu’il libère, qu’il éclaircit. Une toile de Mauve ou d’Israëls nous dit bien plus que la nature elle-même, et nous le dit plus clairement. (Lettre à son frère Théo, 1879)

 

Cultivez votre amour de la nature, car c’est la seule façon de mieux comprendre l’art.

 

Je suis un artiste. Cette affirmation implique : toujours chercher sans jamais trouver la perfection. C'est exactement le contraire de « Oh ! je le sais déjà, j'ai trouvé une solution » (idem, p. 188)

 

L'art exige un labeur opiniâtre ; il faut travailler sans cesse, malgré tout, et observer toujours. Par labeur opiniâtre, j'entends en premier lieu, travailler sans interruption, mais aussi ne pas abandonner ses vues à la suite des observations de tel ou tel. (idem, p. 238)

 

Le sentiment et l'amour de la nature trouvent tôt ou tard un écho chez ceux qui s'intéressent à l'art. Le devoir du peintre consiste à s'abîmer complètement dans la nature, à user toutes ses facultés et à traduire tous ses sentiments dans son œuvre afin de la mettre à la portée de tous. (idem, p. 239)

 

Il faut une certaine dose d'inspiration, de rayon d'en haut, qui n'est pas à nous pour faire les belles choses.

 

Il faut commencer par éprouver ce qu’on veut exprimer.

 

Je rêve ma peinture et je peins mon rêve

 

Tout ce qui est véritablement bon et beau, de beauté intérieure morale, spirituelle et sublime dans les hommes et dans leurs œuvres, je pense que cela vient de Dieu et que tout ce qu'il y a de mauvais et de méchant dans les œuvres des hommes, cela n'est pas de Dieu et Dieu ne trouve pas cela bien non plus.

 

Cette vie artistique, que nous savons ne pas être la vraie, me paraît si vivante et ce serait ingrat que de ne pas s'en contenter. (Correspondance)

 

C’est Richepin qui a dit quelque part : L’amour de l’art fait perdre l’amour vrai. Je trouve cela terriblement juste, mais à l’encontre de cela, l’amour vrai dégoûte de l’art. (Lettre à Théo).

 

" Non seulement ses proches étaient pour lui des étrangers, mais il était encore étranger à lui-même. " rapporté par sa sœur Elisabeth

 

" Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer. " (Antonin Artaud - Van Gogh, le suicidé de la société)

 

Seurat Georges (1859-1891)

L’art, c’est l’harmonie. L’harmonie c’est l’analogie des contraires, l’analogie des semblables, de ton, de teinte, de ligne, considérés par la dominante et sous l’influence d’un éclairage en combinaisons gaies, calmes ou tristes...

 

" La pureté de l’élément spectral étant la clef de voûte de ma technique... " (1890)

 

Seurat est un grand peintre inconnu. (Lucie Cousturier, 1921)

 

Bourdelle Antoine (1861-1929)

L’art est transformation. 

 

Maillol Aristide (1861-1944)

Il ne suffit pas d'avoir un modèle et de le copier. Sans doute la nature est la base du travail, mais l'art ne consiste pas à copier la nature.

 

Klimt Gustav (1862-1918)

A chaque siècle son art, à l'art sa liberté. 

 

L'art est une ligne autour de vos pensées.

 

Tout l'art est érotique (Klimt).

 

Signac Paul (1863-1935)

(…) c'est dans la connaissance et dans l'application des règles que le peintre trouvera le meilleur guide et les plus fécondes ressources. Ces règles de composition, ces lois d'harmonie, depuis la section d'or de l'antiquité jusqu'aux lois de Chevreul et de Charles Henry n'ont rien d'ésotériques. Tous les maîtres en ont eu connaissance ou intuition.

 

Un monde nouveau créera une nouvelle culture ; lorsque le rude labeur des hommes sera soulagé, presque tous pourront ressentir les émotions et les joies de la peinture comme telle. (…) C'est faute d'éducation et de loisir que les masses restent insensibles au pictural et s'en tiennent au pittoresque. Une société nouvelle fournira de nouveaux sujets, mais qui seront à leur tour, lorsqu'ils auront jouet leur rôle nécessaire de propagande et de triomphe, dominés par la vraie peinture. De nouvelles manières, de nouveaux modes d'expression viendront à l'aide de valeurs nouvelles, libérées de la contrainte et de la servitude de la nature extérieure.

 

Van de Velde Henri (1863-1957)

La plus essentielle, la plus indispensable beauté d'une oeuvre d'art consiste en la vie que manifestent les matières dont elle est faite. Toute matière évolue vers son expression la plus immatérielle.

 

Kandinsky Wassily (1866-1944)

Chaque époque d'une civilisation crée un art qui lui est propre et qu'on ne verra jamais renaitre. Tenter de revivifier les principes d'art des siècles écoulés ne peut que conduire a la production d'œuvres mort-nées.

En art, la théorie ne précède jamais la pratique, pas plus qu’elle ne la commande.

L’art ne se situe pas en dehors de la vie, il est né d’une impulsion naturelle. Sa loi fondamentale est le rythme, comme dans la nature.

La peinture est un art, et l'art dans son ensemble n'est pas une création sans but qui s'écoule dans le vide. C'est une puissance dont le but doit être de développer et d'améliorer l'âme humaine. (Wassily Kandinsky. Du Spirituel dans L'Art)

 

Serusier Paul (1864-1927)

Gauguin fut un libérateur. Je dois toutefois reconnaître que Gauguin n'est pas l'initiateur du mouvement actuel ; ce mouvement, dirigé d'abord par Pissarro, fut rectifié ensuite par Cézanne, que Gauguin nous révéla. (in Mercure de France, 15/8/1903)

 

Bonnard Pierre (1867-1947)

Il faut être patient, savoir attendre, l'émotion surgit à son moment. (in Anthologie Seghers, 1970, p. 683)

 

L’art, c’est le temps arrêté.

 

Oeuvre d’art : un arrêt du temps. (Carnets)

 

Bernard Emile (1868-1941)

Trois opérations : Voir, opération de l'œil. Observer, opération de l'esprit. Contempler, opération de l'âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l'art. (Connaissance de l’Art).

 

Le Christ disait aux siens : Vous verrez Dieu. L'art dit aussi cela aux siens. (…) L'art est divin quand il est le résultat de notre union à Dieu par la nature.

 

Matisse Henri (1869-1954)

Ce que je rêve, c'est un art d'équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant, qui soit, pour tout travailleur cérébral, pour l'homme d'affaires aussi bien que pour l'artiste des lettres, par exemple, un lénifiant, un calmant cérébral, quelque chose d'analogue à un bon fauteuil qui le délasse de ses fatigues physiques.

 

Denis Maurice (1870-1943)

C'est à la rentrée de 1888 que le nom de Gauguin nous fut révélé par Sérusier, retour de Pont-Aven, qui nous exhiba, non sans mystère, un couvercle de boîte à cigares sur quoi on distinguait un paysage informe à force d'être synthétiquement formulé, en violet, vermillon, vert véronèse et autres couleurs pures, telles qu'elles sortent du tube, presque sans mélange de blanc. « Comment voyez-vous cet arbre, avait dit Gauguin devant un coin du Bois d'Amour : il est bien vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette ; - et cette ombre, plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible ».

Ainsi nous fut présenté, pour la première fois, sous une forme paradoxale, inoubliable, le fertile concept de la « surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblés ». Ainsi nous connûmes que toute oeuvre d'art était une transposition, une caricature, l'équivalent passionné d'une sensation reçue.

(...) L'intelligence très philosophique de Sérusier transformait très vite en une doctrine scientifique, qui fit sur nous une impression décisive, les moindres paroles de Gauguin. (L'influence de P. Gauguin in L'Occident, octobre 1903 réédité dans Théories, Hermann 1964, p. 51)

 

Se rappeler qu'un tableau - avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote - est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblés.

 

L'art est la sanctification de la nature, de cette nature de tout le monde, qui se contente de vivre ! Le grand art, qu'on appelle décoratif, des Indous, des Assyriens, des Egyptiens, des Grecs, l'art du Moyen - Age et de la Renaissance, et les œuvres décidément supérieure de l'art moderne, qu'est-ce ? sinon le travestissement des sensations vulgaires – des objets naturels – en icônes sacrées, hermétiques, imposantes.

 

Les peintres sont responsables de la beauté plastique de la religion.

 

Brancusi Constantin (1876-1957)

Ma statue [...], c’est la synthèse de la femme, l’Éternel féminin de Goethe, réduit à son essence. Cinq ans, j’ai travaillé, j’ai fait dire à la matière l’inexprimable [...]. Et je crois, enfin vainqueur, avoir dépassé la matière. (Constantin Brancusi à propos de sa sculpture La Princesse X, 1920).

 

Je ne crois pas en la souffrance créatrice. La mission de l'art est de créer de la joie.

 

Crée comme Dieu, ordonne comme un roi, travaille comme un esclave.

 

Il est impossible à quiconque d’exprimer quelque chose de réel en imitant la surface extérieure des choses.

 

La simplicité n'est pas un but dans l'art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s'approchant du sens réel des choses (Brancusi)

 

de Hérain François (1877-1962)

L’Art est une religion pour nous autres artistes, même celui qui n’a pas connu le succès conserve sa foi dans l’idéal qui l’a rendu créateur.

 

Marc Franz (1880-1916)

Il n’y de l’art que rarement. Lors des longues poses de l’Histoire pendant lesquelles, l’art est vacant, on nomme art quelque chose d’autre, quelque chose de semblable, de très semblable, hélas impossible. Peut-être est-ce un quelconque besoin qui le veut ainsi.
Mais là où et le besoin, l’utilité appellent l’art, nous n’avons déjà plus d’art, plus de volonté de forme.

 

Modigliani Amedeo (1884-1920)

Tu ne posséderas pas ce que tu as conquis. 

C'est l'être humain qui m'intéresse. Son visage est la création suprême de la nature. 

Crois moi, seule l’œuvre arrivée désormais à son stade complet de gestation, qui a pris corps et s’est libérée des entraves de tous les incidents particuliers qui ont contribué à la féconder et à la produire, seule cette œuvre vaut la peine d’être exprimée et produite par le style. (Amedeo Modigliani - lettre à son ami Ghiglia, 1901)

 

Kupka Frantisek (1871-1957)

L’essentiel dans mon attitude ? C’est de rester sur le chemin que j’ai pris après mon évasion de la peinture traditionnelle, basée sur l’emploi des formes de la nature. Ensuite, je ne veux pas croire que dire la vérité n’est pas "art" et en conclure que l’art doit être nécessairement un mensonge.

Définir l’œuvre de peintre, c’est la prendre comme proposition à la lecture des formés plastiques. Elle atteint son but quand ses formes sont présentées comme identités bien organiques, voire même logiques. Par-là, l’effort de saisir la nature le plus près possible, pouvait se soutenir. "La beauté dans la vérité". En plus, le tableau devait se composer de formes organiques en elles-mêmes. Mais en saisir le vrai caractère, dans toute la complexité des variations avec les moyens du peintre ? J’en ai assez souffert pour le reconnaître impossible. Tricher ? "On est artiste, l’art est dans le comment et non pas dans le quoi". Tempérament ! Intuition ! le subconscient et même l’inconscient ! Variété d’arbitraires interventions. Résultats fous, mais rompons, et loin de toutes ces croyances.

Un concert de Jean Sébastien, la musique art abstrait, les constructions des machinistes, la colonne dorique. Et je ne suis bon qu’à faire de la peinture ! Tentative d’en faire sans la nature. Chaos. Recours aux éliminations. Abstraire aussi le trompe-l’œil, l’atmosphère et tout mensonge de la troisième dimension. Depuis, j’ai passé mon temps à prouver la possibilité de créer librement. Plans géométriques, soin des seules limites. Possibilités dans le sens peinture-peinture décomposées, donnaient des formes et des situations nouvelles. Leçons du machinisme et j’ai repris où j’en étais en 1912. Esprit nouveau, technique nouvelle. (in Cahier Abstraction - Création n° 1, 1932)

 

Les complexes d’organismes vivants ont pris des formes en parfait accord avec le milieu qui les produit. Ils présentent leur identité morphologique, soit celle de la formation, soit celle du but atteint. C’est pour nous la leçon de conditions fonctionnelles - de logique et par là d’esthétique.

Nos idées se construisent dans l'espace et prennent des formes plastiques, olfactives, sonores, selon le dispositif résultant des impressions reçues. Mais, dans ce dispositif, les réminiscences sensorielles diverses se superposent. L’idée ne devient claire que si elle est basée sur une sélection d’images sensorielles unilatérales, laborieusement dégagées. Et il en va de même pour l’invention - création de réalité nouvelle - elle n’est viable que si, elle aussi, passe par la recherche de la cohérence fonctionnelle.

Heureusement, sportifs et entourés de mécaniques, nous nous accoutumons à exercer la précision, à découvrir l’identité véritable de tout ce qui nous touche. Ainsi, nous ne pouvons plus peindre - ou sculpter une forme qui "a l’air d’être quelque chose et ne l’est pas".

L’épuration du concept initial entraîne celle de l’oeuvre sur le chantier. La lisibilité en devient alors plus aisée au prix d’abstractions de tout ce qui est étranger à une unité organique. Et l’abstraction, on peut la pousser jusqu’à ne garder que seules les quotités élémentaires. (in Album Abstraction - Création n° 2, 1933)

 

L'art, habilité de saisir la Nature ?

                               Savants ! Cinéastes !

L'art de la tranfigurer, transposer ?

                Ignorants, ignorants. Fous !

Art quand même. Imaginer, créer

(Sujet dans l'objet) Absolu, logique.        (in Album Abstraction - Création n° 3, 1934)

Ne pas mentir et parler distinctement. En art comme dans les sciences les sources, d'où jaillit la conception d'une oeuvre, sont toujours soit dans l'intuition ou dans l'élaboration patiente couronnée par la conquête.  N'importe comment, il s'agit toujours ou de pouvoir et de savoir tirer au clair une idée ou une sensation initiale qui en elle-même ne se présente jamais entièrement complète - on ne voit jamais des figures nettes d'un bout à l'autre et même la plupart du temps elles pourraient être comparées à un nombre de négatifs photographiques superposés.

Que ce soit ce que nous appelons l'intuition ou quelques impressions commémorées plus ou moins conscientes, ce qui est le cas surtout chez les peintres, le départ pour l'extériorisation - mettons pour une ébauche s'avère toujours plein de difficultés.  Et c'est généralement la fièvre du travail qui nous empêche d'exercer le contrôle des éléments que nous sommes obligés d'ajouter aux lacunes de la vision incomplète. Alors souvent, très souvent notre ébauche finie, nous avons devant les yeux un galimatias de formes hétérogènes ; et c'est toujours ce que nous avons rajouté à notre vision qui ne s’apparente pas avec le caractère des formes inspirées. « Nous nous sommes menti à nous-mêmes et nous avons trahi ce qui nous est offert en cadeau. Il ne reste que de se mettre à une deuxième ébauche, à une troisième et quand nous en avons fait une quarantaine nous commençons à y voir clair ; nous avons bien examiné tous les éléments, plans, traits, couleurs, etc., leur action dans leur réciprocité, nous tenons enfin un complexe morphologique « qui se tient » - et nous arrivons à savoir, à bien savoir ce qu'au fond nous voulons faire.            (in Album des Réalités Nouvelles, 1947)

 

Rouault Georges (1871-1958)

L'art est choix, sélection et même hiérarchie intérieure.

Ce qui me fait accorder à l'art un si haut prix, c'est que dans la véritable œuvre d'art il y a confession ardente. Je ne dirais pas emphatiquement «un reflet d'éternité», mais je le dirais bien pour mettre en défaut ceux qui ne voient qu'un effort tout extérieur, un reflet ou une copie plus ou moins correcte de ce qu'ils ont sous les yeux. (in Anthologie Seghers, 1970, p. 688).

L'art est délivrance, même dans la souffrance ; mais aux yeux de ceux, parias, qui n'ont pas le sens intime de la liberté de l'esprit, l'art est le crime. (Georges Rouault).

 

Mondrian Piet (1872-1944)

La loi la plus importante de la vie et de l'art est celle de l'équilibre.

Pour approcher le spirituel en art, on fera usage aussi peu que possible de la réalité, parce que la réalité est opposée au spirituel.

 

Villon Jacques (1875-1963)

L'art est un mélange d'émotion et d'impressions ou l'intelligence l'emporte sur l'intuition sensible.

 

Modersohn-Becker Paula (1876-1907)

Tous les deux ans, l’artiste quittait Worpswede dans la campagne de Brême pour étudier à Paris. Elle y cherchait, à travers Cézanne, les Grecs, les Egyptiens, une forme synthétique qui n’exclurait pas l’impression vivante. Son journal, ses lettres, témoignent de façon saisissante de ces recherches. 

 

Paris, 20 février 1903. 

Observer les détails tout en gardant la plus grande simplicité. Voilà qui fait la grandeur. (In Journal parisien, in catalogue Paris - Berlin, Centre G. Pompidou, 1992 / 1e éd. 1978, 144)

Paris, 25 février 1903
La grande simplicité des formes est quelque chose de merveilleux. J’ai toujours voulu donner aux têtes, que je peignais ou dessinais, la simplicité de la nature. Maintenant je comprends combien je pourrai apprendre des têtes antiques.  (idem)

Paris, 15 mars 1905 
Sentir ici le poids de la tradition, de l’école est très utile pour moi. C’est une sorte de discipline militaire. Nous autres Allemands, nous croyons trop au génie. Chacun parle tout de suite de sa personnalité. (idem)

J’ai peu travaillé cet été et je ne sais pas si ces choses vous plairont. Il y a continuité en général, mais la façon de paraître a changé. C’est avec des couleurs pleines, excitantes, puissantes, que je voudrais maintenant peindre. Mes travaux parisiens sont trop distants, trop vides, pleins de solitude. Je cherchais alors le grand et le simple pour dépasser un stade inquiet, superficiel. J’ai voulu vaincre l’Impressionnisme par l’oubli. Mais c’est moi la vaincue. Pour notre travail, il faut digérer l’Impressionnisme, en profiter.
 (Lettre à Bernhard Hoetger, Worpswede, été 1907, Paula Modersohn-Becker, Briefe und Tagebuchblfitter, Munich, 1957 / in catalogue Paris - Berlin, Centre G. Pompidou, 1992, 1e éd. 1978, 144)

 

Dufy Raoul (1877-1953)

Les yeux sont faits pour effacer ce qui est laid.

 

Malevitch Kasimir (1874-1935)

L’évolution en art se meut toujours plus loin. Car tout dans le monde se meut et il n’y a pas en art que des évolutions. Il y a aussi des révolutions.

 

Klee Paul (1879-1940)

L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible.

L'art, est l'image de la création. C'est un symbole, tout comme le monde terrestre est un symbole du cosmos. (Théorie de l'Art Moderne, traduction de PH Gonthier, éditions Gonthier, 1969)

L’art traverse les choses, il porte au-delà du réel aussi bien que de l’imaginaire.

L’art joue sans s’en douter avec les réalités dernières et néanmoins les atteint effectivement. De même qu’un enfant dans son jeu nous imite, de même nous imitons dans le jeu de l’art les forces qui ont créé et créent le monde. (Théories de l’art moderne, p 42)

Un monde heureux suscite un art ancré dans l'ici et maintenant (Paul Klee).

 

Picabia Francis (1879-1953)

L'art est le culte de l'erreur (Ecrits)

Il n'y a d'indispensable que les choses inutiles.

L’art est un produit pharmaceutique pour imbéciles. (Picabia)

 

Marc Franz (1880-1916)

Il n’y de l’art que rarement. Lors des longues poses de l’Histoire pendant lesquelles, l’art est vacant, on nomme art quelque chose d’autre, quelque chose de semblable, de très semblable, hélas impossible. Peut-être est-ce un quelconque besoin qui le veut ainsi.
Mais là où et le besoin, l’utilité appellent l’art, nous n’avons déjà plus d’art, plus de volonté de forme.

 

Picasso Pablo (1881-1973)

Tout l’intérêt de l’art se trouve dans le commencement. Après le commencement, c’est déjà la fin. 

Il n'y a en art, ni passé, ni futur. L'art qui n'est pas dans le présent ne sera jamais.

L’art est un mensonge qui dit la vérité.

L’art est un mensonge qui nous permet d’approcher la vérité.

L'art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité.

L'art est un mensonge qui nous fait entrevoir la vérité, du moins celle qui nous est donnée de comprendre.

L'art n'est pas chaste, on devrait l'interdire aux ignorants innocents, ne jamais mettre en contact avec lui ceux qui y sont insuffisamment préparés. Oui, l'art est dangereux. Ou s'il est chaste, ce n'est pas de l'art.

J’ai mis toute ma vie à dessiner comme un enfant.

L'artiste est un réceptacle d'émotions qui viennent de partout.

S’il n’y avait qu’une vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème.

Le but de l‘art est de laver la poussière de la vie quotidienne de nos âmes.

Tout ce qu’on peut imaginer est réel.

L’art lave notre âme de la poussière du quotidien.

Quand on part d'un portrait et qu'on cherche par des éliminations successives à trouver la forme pure, le volume net et sans accident, on aboutit fatalement à l'œuf. De même en partant de l'œuf on peut arriver, en suivant le chemin et le but opposés, au portrait. Mais l'art, je crois, échappe à cet acheminement trop simpliste qui consiste à aller d'un extrême à l'autre. Il faut pouvoir s'arrêter à temps (Picasso)

 

Herbin Auguste (1882-1960)

L'Absolu, Unique, Eternel, est hors de notre atteinte dans le monde matériel, nous n'avons pas à le définir. Nous avons à prendre conscience par notre activité humaine et relative, par l'exercice de nos facultés, par la création même de nouvelles facultés, qu'il faut nous approcher toujours plus de l'absolu, lequel se révèle peu à peu et de plus en plus clairement dans un rapport étroit avec les efforts accomplis pour notre propre création ; en même temps cet absolu recule toujours davantage et nous ne l'atteignons jamais, mais, et c'est là l'essentiel, nous nous réalisons progressivement. Nous n'avons pas à réinventer toute l'histoire de l'art, nous avons seulement à nous inventer nous-mêmes.

L'essence des arts plastiques c'est une définition de l'espace et du temps. Pour obtenir cette définition chaque art possède des moyens qui lui sont propres. L'évolution qui entraîne les arts plastiques vers une purification toujours plus précise, nous éclaire de plus en plus sur les moyens, et plus les arts se purifient plus la différence des moyens s'accentue. Il y a une différence fondamentale entre, la forme et la couleur « dans l'espace » et la forme et la couleur « définissant l'espace ». Un art non-objectif serait inconcevable s'il en était autrement. Si la peinture ne possédait, en propre, des moyens plastiques d'expression, en forme et en couleur, la peinture non-objective serait impraticable. De ce fait, la considération des formes, des couleurs, dans l'espace ne correspondrait plus à la conception d'une peinture non-objective. Un art spatial deviendrait un art appliqué, objectif dans son principe. (in Album des Réalités Nouvelles, 1952, p. 15)

 

Braque Georges (1882-1963)

L’art est fait pour troubler. La science rassure. (Le Jour et la Nuit, 1952)

Le progrès en art ne consiste pas à étendre ses limites, mais les mieux connaitre. (Le Jour et la Nuit)

En art le progrès ne consiste pas dans l'extension mais dans la connaissance des ses limites. La limite des moyens donne le style, engendre la forme nouvelle et pousse à la création (Pensées et réflexions sur la peinture, Nord-Sud, n°10 - décembre 1917)

En art, il n'y a pas d'effet sans entorse à la vérité. (Le Jour et la Nuit)

Il n'est en art qu'une chose qui vaille : celle qu'on ne peut expliquer. (Le Jour et la Nuit)

Avec l'âge, l'art et la vie ne font qu'un (Le jour et la Nuit)

 

Beckmann Max (1884-1950)

Á mon avis, tout ce qui a été accompli d’important dans l’art, depuis Ur en Chaldée, depuis Tell Halaf, depuis la Crète, l’a été à partir d’un sentiment très profond du mystère de l’Être. Devenir « soi-même » reste l’aspiration de toutes les âmes. Ce « moi-même », je le cherche en vivant, et surtout en peignant.

 

de La Fresnaye Roger (1885-1925)

« On est toujours influencé. Suiveur, on imite, novateur, on imite encore en modifiant ». (Roger de la Fresnaye)

 

Engel-Pak Ernest (1885-1966)

Contact avec des forces lumineuses des éléments du mystère - accrochés, décrochés et joints à ma vie-pensée.                               (in Album des Réalités Nouvelles, 1947, p.29)

 

Ribera Diego (1886-1957)

Les individus, groupes, castes ou classes en rébellion contre ceux exerçant le pouvoir prétendent utiliser l'Art et l’utilisent, s'ils le peuvent, en tirant partie de son inhérent pouvoir subversif dans la lutte contre les pouvoirs exploiteurs.
En conséquence, l'Art en rébellion doit avoir, pour s’imposer à la société dont il combat le régime, une dose de force vitale bien supérieure à celle de l’art soumis. Et c’est pourquoi, tout art rebelle à l’imposition de ln superstructure sociale couronnant la couche supérieure exploitante, présente nécessairement une qualité esthétique supérieure. Pour cette raison, l’art révolutionnaire est toujours supérieur (1953).

 

Bissière Roger (1886-1964)

En art, il faut que la mathématique se mette aux ordres des fantômes. Le bon peintre est celui qui enterre une couleur chaque jour.

 

Ozenfant Amédée (1886-1966)

J'appelle art, tout ce qui soulage la vie réelle en nous portant à l'élévation.

 

Gris Juan (1887-1927)

Si l'esthétique est l'ensemble des rapports entre le peintre et le monde extérieur, rapports qui aboutissent au sujet, la technique est l'ensemble des rapports entre les formes et les couleurs qu'elles contiennent, et entre les formes colorées elles-mêmes. (Des possibilités de la peinture)

 

Duchamp Marcel (1887-1968)

Le grand ennemi de l'art, c'est le bon gout. 

 

L’art est un jeu entre tous les hommes de toutes les époques.

 

Je ne crois pas à l'art. Je crois aux artistes.

 

Je crois que l'art est la seule forme d'activité par laquelle l'homme en tant que tel se manifeste comme véritable individu. Par elle seule, il peut dépasser le stade animal, parce que l'art est un débouché sur des régions ou ne domine ni le temps, ni l'espace.

 

L'art est une chose beaucoup plus profonde que le goût d'une époque. Et l'art d'une époque n'est pas le goût de cette époque. C'est très difficile à expliquer parce que les gens ne pensent pas qu'on puisse faire autre chose que par goût. On vit par son goût, on choisit son chapeau, on choisit son tableau. (…)
Le goût est une source de plaisir, et l'art n'est pas une source de plaisir (…) 
Notre époque, depuis cent ans, à mon avis, n'a rien produit au grand sens du mot. Surtout à cause de l’immixtion du commercialisme. (…)
(Premier volet d'une série de quatre entretiens entre l'artiste Marcel Duchamp et Georges Charbonnier, enregistrés en 1960 et rediffusés sur France Culture en 2005)

 

Chagall Marc (1887-1985)

L'art, c'est l'effort inlassable d'égaler la beauté des fleurs sans jamais y arriver.

 

Albers Josef (1888-1976)

L’origine de l’art :
La différence entre le fait physique et l’effet psychique.
Le contenu de l’art :
La formation visuelle de notre réaction à la vie.
La mesure de l’art :
Le rapport d’effort à effet.
Le mur de l’art :
La révélation et l’évocation de la vision intérieure.

 

Di Chirico Giorgio (1888-1978)

Il ne faut jamais oublier qu'un tableau doit toujours être le reflet d'une sensation profonde et que profond veut dire étrange et qu'étrange veut dire peu connu ou tout à fait inconnu. (in Anthologie Seghers, 1970, p . 694)

 

Pour qu'une oeuvre soit vraiment immortelle, il faut qu'elle sorte complètement des limites de l'humain : le bon sens et la logique y feront défaut. De cette façon, elle s'approchera du rêve et de la mentalité enfantine. (idem, p. 694 )

 

Apprendre à exprimer la voix cachée des choses, voilà le chemin et le but de l’art (Giorgio de Chirico)

 

Schiele Egon (1890-1918)

L'art ne peut pas être moderne, l'art est éternel. 
* [Autre traduction] L’art ne peut être moderne. L’art est primordialement éternel.

 

Man Ray (Emmanuel Radnitsky dit) (1890-1976)

L'art varie simplement dans ses sources d'inspiration et dans ses modes d'exécution. Il peut même varier chez tel ou tel individu, en fonction de sa curiosité et de son sentiment de liberté.

 

Toute opinion est transitoire et toute œuvre est permanente (Man Ray)

 

Ernst Max (1891-1976)

L'art est un jeu d'enfant.

 

Miro Joan (1893-1983)

Ce qui compte, ce n'est pas une œuvre, c'est la trajectoire de l'esprit durant la totalité de la vie.

En faisant abstraction du présent, reculer dans l'antiquité pour faire un saut dans l'AVENIR (Miro, 1953).

 

Lacasse Joseph (1894-1975)

(...) Passant de la représentation de l'objet à « l'inobjectivité » où la forme, le rythme, la couleur, la lumière contribuent à créer l'absolu, sans recours intellectuel à des repères terrestres sensibles, le tableau non-figuratif dit partout, dans l'étonnement, l'impossibilité de changer le plus infime détail sans détruire l'équilibre. La «raison» ne propose jamais de ces règles utiles pour parvenir à «l'imperceptible». L'immanence est seule dépositaire des vraies lois créatrices. (...)

Certains abstraits ont cru à l'esthétisme scientifique qui déterminerait leur art. Cette renaissance de la science en peinture me semble expliquer que la lumière soit totalement absente de leur œuvre. (...)

Je crois la science et la création de natures diamétralement opposées. Je suis persuadé de l'existence d'un autre élément que cette matière grossière du corps mais au-delà de la pratique d'abnégation qui la «raffine» tout devient trop subtil pour que l'on puisse transmettre à un tiers ce qu'on ne peut s'expliquer à soi-même.

Il y a œuvre d'art, elle ne peut laisser indifférent, si l'artiste ayant retrouvé ce qu'il a de plus original et qui est, en même temps, ce qu'il a de plus universel, a su découvrir un langage «commun» mais souterrain jusqu'à présent.(...).(in Lacasse par lui-même. Anvers, Fonds Mercator, 1974, p. 222-223).

 

Van Velde Bram (1895-1981)

L'art pour ne pas être broyer.

 

L'art, c'est le risque.

 

L'art ne s'apprend pas.

 

Un effort sincère vers l'impossible, l'inconnu.

 

L'art ce n'est pas travailler. Ce n'est pas faire. C'est encore autre chose.

 

Je suis sans pouvoirs, sans moyens. Chaque fois c'est un bond dans le vide. Je vais au-devant de l'inconnu.

 

Tzara Tristan (1896-1963)

Il nous faut des œuvres fortes, droites, précises, à jamais incomprises.

 

Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement, pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité.

 

J'aime une œuvre ancienne pour sa nouveauté. Il n'y a que le contraste qui nous relie au passé.

 

L'œuvre d'art ne doit pas être la beauté en elle-même, car elle est morte (Tristan Tzara).

 

Schneider Gérard (1896-1986)

L'œuvre d'art figurative ou abstraite est valable par l'émotion qu'elle communique, malgré les modes ou écoles qui se succèdent et s'opposent.

 

Masson André (1896-1987)

Dans l'art, il n'y a ni formes, ni objets.  Il n'y a que des évènements, des surgissements, des apparitions.

 

Béothy Etienne (Heves / Hongrie, 1897 - s'installe à Paris en 1925 - Paris, 1961)

… L'art vous ramène sur la voie de la paix par le goût de la qualité, à l'amour de l'harmonie, c'est-à-dire à l'amour des relations équilibrées sans contrainte, sans orgueil, sans humiliation … (in Cahier Abstraction - Création n° 3, 1934).

 

Magritte René (1898-1967)

La valeur réelle de l'art est fonction de son pouvoir de révélation libératrice.

 

Il n'y a pas de choix : pas d'art sans la vie (René Magritte).

 

Moore Henry (1898-1986)

L’art est une activité universelle continue dans laquelle passé et présent ne sont pas séparés. (Henry Moore).

 

Lapicque Charles (1898-1988)

Nous sommes en possession de tout l'art du monde comme aucune époque ne le fut jamais. Cependant, par une étrange contradiction, jamais art ne s'est voulu plus étroit que le nôtre. Parmi l’infini faisceau des possibilités que le passé déploie sous nos yeux, nous n’avons droit d’opérer que sur deux lignes extrêmes idéalement minces : celle où se nuance une copie plus ou moins littérale de l’apparence, et l’autre, où se confine une abstraction qui refuse le monde. La place nous manque ici pour étudier les mobiles de ces deux exclusives complémentaires. J’aurais plus de plaisir d’ailleurs à indiquer comment elles finiront, mais hélas, je ne l’aperçois pas. Rien n'est plus tenace que la tyrannie, et rien n'est plus fragile que la liberté.

 

Gorin Jean (1899-1981)

L'art et la vie, de nos jours, ne doivent plus être des domaines séparés. L'art doit nous libérer de toutes les illusions, il doit exprimer la vie réelle dans son essence universelle (in Album des Réalités Nouvelles, 1947, p. 36).

 

Piaubert Jean (1900-2002)

Témoignage ou prophétie, l'art reflète toujours l'homme dans ses préoccupations majeures.

Dans les conjonctures actuelles, qui ne connaît cette insécurité profonde, cet indéfinissable besoin d'être ailleurs, cette secrète soif de poésie toujours inassouvie ?

Même inconscientes ou inavouées, ces réactions paraissent être typiquement actuelles.  Mais je ne crois pas que ce soit là une ingratitude répréhensible au regard de la vie.

Au contraire, une amoureuse curiosité de la structure la plus intime du monde visible, nous fait pressentir que quelque chose est dans l'air... mais quoi ?

Si l'apparence nous indiffère, seul ce mystère nous enchante.

La question n'est pas de savoir si le peintre abstrait connaît plus ou moins son métier que le peintre figuratif.  Mais plutôt d'apprécier dans quelle mesure il peut capter, puis exprimer à sa façon, le cri silencieux de ses contemporains.

Sachant que l'insatiabilité de l'individu moderne ne connaît plus de borne, que sa personnalité a des exigences exacerbées, et qu'enfin, il exige de modeler lui-même son rêve, l'art abstrait offre au spectateur la faculté de retrouver tout ce qui, dans son propre drame, restait inexprimé (in Album des Réalités Nouvelles, 1947)

 

Baskine Maurice (1901-1968)

L’Art : il y a ceux qui en vivent, il y a ceux qui en meurent (1953)

 

Rotkho Mark (1903-1970)

J’adhère à la réalité matérielle du monde et la substance des choses.

 

Lhotellier Henry (1903-1993)

La création du monde est actuelle, permanente et continue ; l'art non-figuratif est le moyen permettant, en participant à ses opérations, de prendre et de faire prendre conscience de cette actualité créatrice, dans ses manifestations formelles, rythmiques et colorées (in Album des Réalités Nouvelles, 1950, p. 27).

 

La nature de l'œuvre lui donne pour moyens ceux de l'étendue et du successif, mais la fin qu'elle se propose est d'appréhender, en une connaissance immédiate et totale, les données multiples de l'espace et du temps et de las réintégrer dans l'unité d'une permanente présence (in Album des Réalités Nouvelles, 1951, p. 10).

 

La multiplicité des apparences habille le vide, mais la plénitude parfaite habite la très grande simplicité (in Album des Réalités Nouvelles, 1952, p. 16).

 

Dali Salvador (1904-1989)

L’art est le lien indestructible entre tous les peuples et toutes les civilisations.

 

Bill Max (1908-1994)

Je prétends que la fonction de l'art est de produire une vérité élémentaire, immuable. Une sorte de vérité qu'on puisse interpréter différemment mais qui reste cependant la même, car, même si le spectateur et le monde ambiant sont soumis à des imitations, cela ne vaut pas pour les objets esthétiques (Art a non-changeable fact, 1968 in Skira Annuel, 1975, p. 87).

 

Leppien Jean (1910-1991)

Rendre visible un monde qui a ses lois, que nous connaissons ou ressentons, un monde qui est la création de l'esprit esthétique comme la machine est une création de l'esprit technique. De traduire en formes et couleurs pures un état d'âme, ou un état d'esprit, dépouillé des associations littéraires, comme la musique pure est dépouillée des paroles de la chanson (in Album des Réalités Nouvelles, 1947, p. 50 )

 

Michaux Henri (1899-1984)

Noyau d'énergie (c'est pourquoi son objet ou son origine n'importe), il est l'obstacle et le tremplin magique qui va me donner ma vitesse de libération.

L'art est ce qui aide à tirer de l'inertie.

Ce qui compte n'est pas le repoussement, ou le sentiment générateur mais le tonus. C'est pour en arriver là qu'on se dirige, conscient ou inconscient, vers un maximum d'élan, qui est le maximum de densité, le maximum d'être, maximum d'actualisation, dont le reste n'est que le combustible - ou l'occasion. (Emergences - Résurgences)

 

Dubuffet Jean (1901-1985)

Tout le mérite d'un tableau est d'entraîner le regard dans un monde de prodige où les objets représentés et suggérés apparaissent sous un aspect inaccoutumé, mais cependant plausible et irréfutable de manière qu'on a le sentiment de les voir pour la première fois. 

 

L'art est la plus passionnante orgie à la portée de l'homme. Peut-on rencontrer des personnes qui parlent de l'art avec sang-froid, qui vous confient bravement : " Tantôt j'irai voir un tableau " sans claquer des dents ? 

 

Il faudrait que tous les docteurs fassent le grand hara-kiri de l'intelligence, le grand saut dans l'imbécillité extralucide, c'est alors seulement que ça leur pousserait, les millions d'yeux.

 

L'art est un département des aberrations. (Prospectus et tous Écrits suivants)

 

Le désespoir est une bonne chose mais il le faut entrelardé de joie. (Prospectus et tous Écrits suivants)

 

Je dessine et je peins par plaisir, par manie, par passion, pour moi-même, pour me donner contentement à moi-même et pas du tout pour me moquer de qui que ce soit. ( in Anthologie Seghers, 1970, p. 707 )

 

Pas d'art sans ivresse. Mais alors: ivresse folle ! que la raison bascule ! délire ! le plus haut degré du délire ! plongée dans la brûlante démence ! Bien plus loin qu'aucun alcool ne va ! L'art est la plus passionnante orgie à portée de l'homme. (idem, p. 709 )

 

L'Art ne vient pas se coucher dans les lits que l'on fait pour lui ; il se sauve aussitôt qu'on prononce son nom. Ce qu'il aime c'est l'incognito, ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle. 

 

Le vrai art, il est toujours là où on ne l'attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. (L'art brut préféré aux arts culturels)

 

Dans l'art, il faut faire abstraction de toutes les habitudes.

 

L'art doit naitre du matériau et la spiritualité doit emprunter le langage du matériau. 

 

Le vrai art, il est toujours là où on ne l'attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L'art, il déteste d'être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt. L'art est un personnage passionnément épris d'incognito. Sitôt qu'on le décèle […], il se sauve en laissant à sa place un figurant lauré qui porte sur son dos une grande pancarte où c'est marqué Art, que tout le monde asperge aussitôt de champagne et que les conférenciers promènent de ville en ville avec un anneau dans le nez (Jean Dubuffet).

 

Moeschlin Walter (1902-1961)

Dépasse-t-on, si peu soit-il, la lumière dont on éclaire les choses elles changent de visage. Rien ne me semble plus fallacieux que ce qui nous apparaît réel. Au-delà des formes considérées comme certaines, s'étend le domaine du possible, inconnu, impénétrable, imperméable à notre raison. Les paysages que je dessine sont une pauvre tentative de rendre sensible quelques-unes de ces impressions, ce sont moins des paysages au sens habituel que des transcriptions d'états psychiques qui, à travers l’apparence, tendent vers l’authentique réalité des choses.

 

Hartung Hans (1904-1989)

La vision n'est pas toute notre expérience de la vie. L'aveugle a l'expérience de la vie, tout comme un autre homme, quelquefois peut-être plus profondément que d'autres et je crois que la perception du monde par l'œil est assez trompeuse. Vous ne connaissez pas l'eau parce que vous la regardez. Vous ne connaissez l'eau qu'en pénétrant dans l'eau.

 

Bazaine Jean (1904-2001)

L'art, avant d'être un instrument de volupté, est une affirmation des droits de l'homme.

 

Borduas Paul-Émile (1905-1960)

Un tableau est un objet sans importance... Tous mes tableaux ne sont faits que pour ma propre connaissance.

 

Newman Barnett (1905-1970)

Nous le [notre art] puisons en nous-mêmes.

 

Minassian Leone (1905-1978)

Etant profondément convaincu que le but suprême de l'art est l'expression lyrique des sentiments au moyen de lignes, de formes et de couleurs, je pense qu’on ne pourrait y parvenir qu'en juxtaposant l’harmonie intérieure, propre à chacun, à ce qui excite la fantaisie de l’artiste.
Je me refuse à toute pression qu'imposeraient des directives émanant de quelque mouvement que ce soit, parce que je considérerais ces pressions comme des apriorismes théoriques irrecevables. J'ai appris à regarder en moi-même, voilà tout. C'est ainsi que sont nés spontanément, les fantômes de mon imagination. Je suis persuadé que l'art authentique est toujours, plus ou moins abstrait et surréel, classique et romantique. Et toujours mystique. Je ne puis que conclure avec l'axiome lumineux de Gauguin : «L’interprétation artistique n’a d'autres limites que les lois de l'harmonie ». Etant donné que 1'art est un dans son essence, plurielles ses manifestations.

 

Pignon Edouard (1905-1993)

Je peins, je cherche, je travaille et il est un certain ordre de questions que je n’ai jamais à me poser, qui ne me viendraient même pas à l'esprit parce qu’elles sont pour moi résolues avant d'être posées. Celles, par exemple, qui concernent les rapports de l’art avec la réalité, ou ceux de l’art avec ce qu'on appelle « le public ». L’art est pour moi lié il la vie, à la réalité, au public dans le sens le plus énorme du mot et tout ce qui tend à vider l’art de la réalité est pour moi une sorte de refus de vivre et la mort.

 

Milo Jean (Jean Émile Van Gindertael dit) (1906-1993)

Il peut y avoir un certain plaisir à réinventer l'orthographe. Le mot dans sa nudité est aussi d'une richesse pleine d'attrait. Mais la phrase plastique dont le rythme doit épouser toutes les nuances de la personnalité du peintre, reste pour moi la grande aventure (in Album des Réalités Nouvelles, 1952, p. 58)

 

Kahlo Frida (1907-1954)

Je ne peins jamais de rêves ou de cauchemars. Je peins ma propre réalité.

 

Raymond Marie (1908-1988)

Sur la trame du temps des accords se libèrent qui n'ont de réel que l'instant, de vrai que leur essor brutal au-delà des choses. Et les choses n'existent que pour faire valoir ce jaillissement au-delà de soi dans l'être dépassé. Le hasard conduit qui est rythme et dans le rythme résonne l'écho qui appelle à l' «être» les réalités transcendantes de vie.

Le «merveilleux» n'a pas d'histoire. (Il est le lien au tout, le rapport qui isole et relie l'infini au présent).

Les voies sont multiples qui d'instant en instant amènent à franchir ce seuil.

De l'harmonie des accords contre la dissonance naît et s'évade la mélodie qui composera l'histoire et formera l'image (in Album du Salon des Réalités Nouvelles, 1947, p. 70).

 

Vieira da Silva Maria-Helena (1908-1992)

L'art ne fait pas de progrès. Il change, devient autre. C'est tout. (citée in Anne Philippe  « L'éclat de la lumière », Gallimard, 1978, p. 16)

 

Sauer Greta (1909-2000)

On dit que l’art servit tout d’abord à des fins « magiques ». Si « magie » signifie ici la pensée qui croit à la possibilité de transmettre des formes réelles et opérant par l’image, je crois à la magie. Et je crois que l’art est une des grandes formes de transfert réel du psychisme dans la matière et qui restera peut-être la dernière après la disparition des religions et des grands mythes. Dans notre civilisation mécanisée, les sons et les couleurs et les formes sont des clés pour entrer dans le royaume fraternel et sensible du monde.

 

Bertrand Gaston (1910-1994)

Par un mensonge, exprimer la vérité - par la transformation sensible du réel, atteindre l'irréel ou la vraie vérité. (1946)

 

Bille Ejler (1910-2004)

Choisir une forme d'expression équivaut à n'en pas avoir. Le rythme d'un poème, le rythme pictural, le rythme musical doivent sortir de l'artiste comme une vigne grimpe sur le mur.

On ne crée pas un style, on exprime un contenu (L'expérience est dans la vie in Cobra, n°1, 1949, p. 11).

 

Nemours Aurélie (1910-2005).

Toutes les angoisses sont des chutes de matière sur l'âme immaculée. Il faut piocher car l'ensevelie est toujours vierge. La vie tend à retirer du poids. Il semble que la naissance est de chaque instant-(in Album des Réalités Nouvelles, 1952, p. 66).

 

Delahaut Jo (1911-1992)

L’art n’apprend rien, n’enseigne rien, il éveille.

En art, il n’y a ni haut nimbas, toute hiérarchisation est une imposture (Delahaut Jo)

 

Manessier Alfred (1911-1993)

Á mon retour de guerre, soit par simple politesse française, soit par un mouvement plus profond en moi qui tenait à un resserrement de l'héritage, sentant combien, en pareil moment de désespoir pour l'avenir de la peinture française, il fallait plutôt élargir son amour que continuer à déchirer et à mordre sa propre chair, brusquement, à mon insu, les contraires se sont touchés; ce qui me semblait une impossible opposition, Bonnard, Picasso, par exemple, s'est trouvé complémentaire... L'art de la non-figuration me semble être la chance actuelle par laquelle le peintre peut le mieux remonter vers sa réalité et reprendre conscience de ce qui est essentiel en lui.  (cité par Bernard Dorival in « Les étapes de la peinture française contemporaine », Paris, Gallimard, 1946, p. 297)

 

Stahly François (1911-2006)

L'actualité d'une œuvre d'art se manifeste dans sa forme, mais le fond de toute création relève d'un monde immobile, qui n'a ni passé, ni avenir Cette part éternelle, nous la cherchons comme une pierre précieuse, qui aurait été perdue au début des temps et dont nous captons parfois par le hasard, parfois au bout d'un malheur ou d'une expérience joyeuse quelques éclats lumineux.

 

J'ai longtemps cru à la poésie du rêve. Ce rêve à demi réveillé où l'on semble saisir un bout de la vie. Mais ce que je désire maintenant, c'est de faire un art réveillé, aussi réveillé que possible. Un art debout (Stahly). 

 

Friedlaender Johnny (1912-1992)

Ce qui manque, c’est un regard musical. C'est la sensibilité, la disponibilité poétique, le sens de l’harmonie qui modifient et forment à la longue notre perception elle-même : la nature recèle des rapports, des rythmes, perceptibles à des organes d’une particulière acuité. Je suis un naturaliste consciencieux. Le tout est, comme l'écrit Breton, « de ne pas derrière soi laisser s'embroussailler les chemins du désir ».

 

Schöffer Nicolas (1912-1992)

Jamais dans l'histoire n'a existé une gamme aussi riche de matériaux et de procédés techniques qu'aujourd'hui. Il serait absurde de les ignorer et de ne pas les exploiter. Comme il est inconcevable qu'un écrivain de notre époque écrive avec le vocabulaire du Moyen âge, il est aussi inconcevable qu'un plasticien qui se réclame de son époque travaille avec les moyens d'un passé plus ou moins lointain (in Album des Réalités Nouvelles, 1950, p. 4)

 

Depuis un demi-siècle un fait nouveau vient d’apparaître qui ne peut laisser indifférent le plasticien ; c’est le progrès fulgurant dans le domaine scientifique. Ce progrès nous propose des matériaux nouveaux ainsi qu’un champ d’action vaste et inédit. Il nous est permis d’envisager désormais une collaboration de plus en plus étroite du plasticien, de l’ingénieur et de l’architecte pour l’élaboration du complexe plastique qui est en train de naître, et de créer ainsi une ambiance dans laquelle l’homme pourra vivre et s’épanouir en jouissant d’un spectacle total et permanent du beau (in Album des Réalités Nouvelles, 1951, p. 15)

 

Wols Wolfgang Schulze (1913-1951)

A Cassis, les pierres, les poissons, les rochers vus à la loupe, le sel de la mer et le ciel, m’ont fait oublier l’importance humaine, m'ont invité à tourner le dos au chaos de nos agissements, m'ont montré l'éternité dans les petites vagues du port qui se prêtent sans se répéter. A chaque instant, dans chaque chose, l’éternité est là.

 

Butler Reg (1913-1981)

L'art est une technique de communication. Le grand art est toujours en quantité autant qu’en qualité plein de raison. L’Art Moderne ne doit pas être un qualificatif à l’usage des historiens seulement. Le problème d'aujourd’hui est de construire un riche « multi-expressivisme », un art impur, sur les bases de l'innocence pré-vingtième siècle et de la conscience de soi-même existant au XXe siècle. L’artiste doit être obscurantiste et analyste. (1953)

 

Fougeron André (1913-1998)

Je m'efforce d'apporter ma contribution à l’élaboration d'un art réaliste français, qui témoigne pour la classe ouvrière et soit compris d'elle, en l’aidant dans sa lutte libératrice. L'art aussi doit servir la cause de la paix, de la liberté et de l’émancipation des hommes.

 

Jorn Asger (1914-1973)

La loi esthétique est celle de nos désirs, qui enrichissent en le diversifiant le thème de la morale humaine. Le besoin dit : «Tu dois manger» et l'esthétique dit: «Tu peux le faire de mille manières différentes». La morale : «Il te faut une femme». L’esthétique : «Quelle femme désires-tu ?»

C'est ainsi que le but de l'art est d'abord morale et ensuite esthétique - même lorsque le désir devient besoin ! Elle passe ainsi du général à l'individuel, du besoin au désir, de la morale à l'esthétique. Pour nous, à la limite, le besoin peut être satisfait sans désir mais jamais le désir sans besoin.

Inversement, pour la classe supérieure, l'art, comme la vie, est d'abord esthétique. Elle voit la morale comme le résultat critique de l'esthétique.

Pour la bourgeoisie, l'esthétique et la morale sont non seulement distinctes mais en situation dramatique. Pour le matérialiste, elles sont liées dans une situation dialectique (Discours aux pingouins in Cobra n°1, 1949, p. 8)

 

L'art matérialiste est seul capable de résoudre le problème de la forme et du contenu. (...) L'art matérialiste doit, pour poser et commencer de son côté à résoudre le problème, remettre l'art sur les bases des sens ; nous disons bien : remettre car nous pensons que les origines de l'art sont instinctives et donc matérialistes. C'est la métaphysique du classicisme qui a achevé de spiritualiser l'art et de l'intellectualiser. Et aujourd'hui, il est malheureux de voir des matérialistes marcher de bonne foi sur la tête avec un réalisme et un naturalisme qui sont opposés au réel et à la nature qui sont basés sur l'illusion.

Le vrai réalisme, le réalisme matérialiste est dans la recherche et l'expression des formes fidèles au contenu.

Mais il n'y a pas de contenu hors de l'intérêt de l'homme. Le vrai réalisme, le réalisme matérialiste niant l'équation idéaliste de la subjectivité et de l'individualisme, dénoncée par Marx cherche les formes de la réalité communes aux sens de tous les hommes. (...) (Les formes conçues comme langage in Cobra n°2, 21/03/1949 )

 

Stevo Jean (1914-1974)

Les formes nouvelles de l'art, pour détachées qu'elles paraissent des formes conventionnelles, correspondent au monde qui nous habite : monde peuplé de signes qu'il faut rendre perceptibles et qui répondent aux données immédiates de la conscience.

Je crois que l'homme et «à fortiori» l'artiste retrouve maintenant «le sens du sacré», perverti et amoindri par vingt siècles de représentation figurative. Sensibles seulement à l'enveloppe colorée du monde, les artistes en ont rendu, certes, les beautés, mais pas l'essence même, ou ce fut exceptionnellement et parce que leurs œuvres répondaient à des exigences «autres» inscrites dans le cadre de figures rigoureuses. Ce fut le cas notamment pour l'œuvre de Jérôme Bosch inscrite dans les orbes de Kabbale, dont le secret s'est perdu après Bruegel.

Qu'on ne dise surtout pas que l'art non figuratif signe l'arrêt de mort de la peinture et de la sculpture. Nous sommes à la recherche d'un langage dont nous avons perdu la clé et nous sommes sur la route du Grand Retour. Jamais peut-être l'homme n'a renoué contact plus direct, ni plus profond avec la nature. (in Album des Réalités Nouvelles, 1953, p. 70)

 

Goeritz Matthias (1915-1990)

L'ART-PRIERE CONTRE L'ART-MERDE (1960)
Comprenez enfin qu'il s'agit de la lutte de l'art-prière contre l'art-merde.

Rendez-vous compte:
l'art merde, c'est le truc;
la mode de l'instant,
c'est l'érotisme ennuyeux et impuissant,
la propagande scandaleuse du surréalisme intellectuel et matérialiste,
l'égocentrisme conscient ou subconscient,
l'expressionnisme gratuit, figuratif ou abstrait,
la plaisanterie soi-disant profonde,
la logique et l'esprit sophistiqué,
le fonctionnalisme vulgaire,
la prétention du rationalisme,
l'autodestruction mécanique et individuelle,
la lune conquise,
le calcul décoratif,
c'est toute la pornographie amusante et chaotique de l'individualisme,
la glorification de l'ego,
la cruauté, la vanité et l'ambition,
la violence,
le bluff
et la merde même.

L'art-prière, c'est tout le contraire.
C'est la pyramide,
la cathédrale, l'idéal,
l'amour mystique ou humain
l'abondance du cœur,
l'image du rien et du tout,
la lutte contre l'ego et pour DIEU,
la rébellion de Dada contre l'incrédulité,
le soleil jamais atteint,
le crucifiement de la vanité et de l'ambition,
la loi intérieure de la foi,
la forme et la couleur comme expression de l'adoration,
le monochrome métaphysique,
l'expérience émotionnelle,
la ligne modeste qui crée le monde de la fantaisie spirituelle,
la beauté irrationnelle et absurde du chant grégorien,
le service et la consécration absolue;
c'est l'ART.
C'est la PRIERE.

Depuis des années on nous poursuit avec des montagnes d'art-merde.
Il se trouve dans les galeries officielles et particulières, dans les maisons élégantes et dans les musées.
Please, STOP.

 

Motherwell Robert (1915-1991)

L'art est un miroir

 

Lippold Richard (1915-2002)

Né en un lieu et à une époque dans lesquels l'espace et le temps sont nos principaux soucis, je trouve inévitable de m'y intéresser davantage qu’à la matière solide qui concernait encore les générations précédentes. Nous, qui appartenons à notre époque, avons appris comment nous lancer à travers l’espace, le temps, avec des vitesses et des sensations dépassant même les rêves de nos ancêtres. L'exploration des aspects des réalités terrestres et cosmiques, est une action naturelle qui permet à l’homme libre de trouver la forme propre à son expression dans le canal des nouveaux concepts et techniques qui lui sont proposés (1953).

 

Honegger Gottfried (1917-2016)

Dans la nature tout est lié, tout s’explique réciproquement ; il en va de même pour le monde de l’art ; un isolement complet n’existe pas. L’art, comme la nature, a la configuration d’un puzzle composé de nombreuses pièces, aucune forme d’art n’existe de façon indépendante, isolée en soi (Fiction et réalité, 1956).

 

L’art créé par les hommes parle de leur philosophie et de leur conception du monde. L’art est une contribution au débat public. L’art est le melting pot des frustrations et des joies de tous les hommes. L’art prend possession : les concessions sont ses ennemies (Fiction et réalité, 1956).

 

L’art surpasse la divergence entre rêve et réalité. Dans cette transmission du rêve et de la réalité se trouve une aptitude autant pour le souvenir que pour la révolution. L’art rend vivant l’expérience vécue inconsciemment mais également ce qui n’a pas été vécu, donc, l’utopie. Donc, l’art ne signifie pas seulement assimilation de souvenirs mais encore changement et réalisation de choses nouvelles (Collectionner – une activité productive, 1981)

 

L’art, forme de sublimation la plus sensible, l’art, ce grand séducteur, me rend la vérité plus supportable.
Il engendre l’espérance et la force de résister (Des définitions …, 1989).

 

L’inconnu de l’art est le réservoir de nos réalités de demain., 
L’art nous permet de nous élever au-dessus du matériel.
L’art nous permet de prier et d’espérer. (Face-à-face, 1992)

 

L’art est une plante, est une fleur, est un fruit qui a ses racines dans la société. (Je me suis réveillé ce matin pour enfin me perdre dans mes rêves, 1996)

 

Je ne voulais pas d’un art qui fut mien, mais d’un art qui fut nôtre, et je crois toujours que c’est ce dont nous avons besoin en période d’aliénation. Seule la « géométrie sacrée », la beauté authentique peut nous purifier l’esprit. (L’art, un credo, 2006)

 

Soulages Pierre (1919-2022)

C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche.

 

Un art sans présence, c'est de la décoration.

 

L'art est transcendement de signes (cité par J. Alvard in Cimaise, n°1, novembre 1953)

 

[...] l'œuvre d'art est nécessairement en rapport au sacré, et ne serait-ce que parce qu'elle ne se réduit pas à des mots ou à des concepts que nous pourrions prononcer à son propos. Sa présence est toujours neuve (Pierre Soulages).

 

Constant (Constant Nieuwenhuys dit) (1920-2005)

Créer c'est toujours faire ce qui n'était pas encore connu et l'inconnu fait peur à ceux qui croient avoir quelque chose à garder. Mais nous qui n'avons rien à perdre que nos chaînes, nous pouvons bien tenter l'aventure. Nous ne risquons dans cette aventure qu'une virginité assez stérile, celle des abstraits. Allons remplir la toile vierge de Mondrian même si ce n'est que de nos malheurs (C'est notre désir qui fait la révolution in Cobra, n° 4, 1949, p. 1.

 

Beuys Joseph (1921-1986)

Faire la bonne chose, au bon endroit, au bon moment, tout l’art est là.

 

La créativité est invisible, est substance purement spirituelle.

 

Matta Roberto-Eehaurren (1921-2002)

Il s'agit de faire bien voir la simultanéité des événements, la simultanéité des espaces participant à un événement. De faire lire, par une morphologie efficace, chaque instant du tout. Comme si on installait des microphones à un point fini-infini, en dedans et en dehors de l'étendue de notre « où », et des téléviseurs en dérivée de tous les développements des passions.

 

Mathieu Georges (1921-2012)

En art, l'évolution est commandée par la saturation des moyens d'expression. Des moyens d'expression nouveaux se font jour dont le pouvoir est inconnu au moment où ils apparaissent. Pour pouvoir être intégrés, ces moyens doivent être efficaces c'est-à-dire capables d'exprimer le maximum de signification. L'art est une sorte de rapport entre l'efficacité et ses moyens.

 

Le philosophe a régné sur le monde antique. Le savant règne provisoirement sur le monde d'aujourd'hui. Tout laisse a pensé que c'est l'artiste qui règnera sur le monde de demain. (La réponse de l'Abstraction Lyrique)

 

Zao Wou-Ki (1920-2013)

Les gens croient que la peinture et l’écriture consistent à reproduire les formes et la ressemblance. Non, le pinceau sert à faire sortir les choses du chaos.

 

Dotremont Christian (1922-1979)

Les peintres que réunit Cobra se mettent tout entiers à l'expression tout entière de la réalité tout entière (Le grand rendez-vous naturel in Cobra, n°6, avril 1950, p. 5).

 

Desserprit Roger (1923-1985)

Quand un artiste ouvre une porte, il se doit de la fermer (in Album des Réalités Nouvelles, 1954, p. 20)

 

Lichtenstein Roy (1923-1997).

Presque tout le monde aujourd’hui a une touche de pop. Je vois même du pop art chez les gens très abstraits. (1987)

 

L’art ne transforme pas. Il formule. (Lichtenstein)

 

Tapiès Antoni (1923-2012)

Pour penser l'art, ou quoi que ce soit, le mieux sera toujours de nous tourner vers lui avec la pureté même de celui qui chaque matin découvre un monde nouveau.

 

Il est infiniment plus important de sentir l'art, de le vivre, de le pratiquer, que d'y penser.

 

Un art sans spectateur est inconcevable et l'idée de la participation est évidente, dès lors qu'un récepteur peut faire siens les sentiments ou les pensées d'un auteur, et vivre en accord avec eux.

 

Aller directement aux œuvres, à la Beauté.

 

Kalinowski Horst Egon (1924-2013)

L'art abstrait pose à tous un cas de conscience ; pour moi chaque création artistique est un acte de foi qui me mène à la délivrance (in Album des Réalités Nouvelles, 1951, p. 13)

 

Tinguely Jean (1925-1991)

L'art est insensé et - comme tout - non dépourvu de sens.

 

La technique n'est rien, le rêve est tout.

 

Rauschenberg Robert (1925-2008)

Après mure réflexion, je suis arrivé à la conclusion que dans ces tableaux, il n’y a rien qui ne puisse être modifié, qu’ils peuvent être regardés dans n’importe quelle condition d’éclairage et qu’ils ne peuvent être anéantis par la formation d’aucune ombre. (John Cage à propos de l’œuvre de Robert Rauschenberg)

 

J’ai employé des matériaux autres que la peinture afin que l’on puisse voir les choses d’une manière neuve, fraîche.

 

Je ne fais ni de l'Art pour l'Art, ni de l'Art contre l'Art. Je suis pour l'Art, mais pour l'art qui n'a rien voir avec l'Art, car l'art a tout à voir avec la vie (Rauschenberg).

 

Filliou Robert (1926-1987)

L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art (cité par Jean de Loisy in catalogue Hors Limites : L’Art et la Vie, 1952-1994)

 

Je ne m’intéresse pas uniquement à l’art, je m’intéresse aussi à la société dont l’art n’est qu’un aspect.

Je m’intéresse au monde en tant que tout, un tout dont la société n’est qu’une partie.

Je m’intéresse à l’univers dont le monde n’est qu’un fragment.

Je m’intéresse en premier lieu à la création permanente dont 1’univers n’est qu’un produit. (in Opus International n° 22, janvier 1971).

 

Ma spécialité est le MAL FAIT.

 

Candeur + imagination = invention.

 

Les artistes devraient prendre part activement aux rêves collectifs pour plus d’amour, pour plus de joie, pour qu’on en finisse avec les aberrations dans lesquelles nous vivons. Ce sont là les principes de mon ECONOMIE POETIQUE - dont COMMEMOR pourrait être un chapitre - laquelle s’oppose à l’économie de prostitution qui, à mon avis, domine le monde. Ce sont aussi les clefs de mon œuvre. 

 

L’art est chose des plus faciles.

C’est une certaine forme d’organisation des loisirs..., une certaine attitude vis-à-vis du monde.

Le seul problème qui se pose est d’ordre pratique : comment payer son loyer.

 

Je suis en quelque sorte l'artiste des artistes.

 

J’ai envisagé la création d’un parti International des embêteurs.

 

C’en est fini des objets - œuvres d’art. Ils ne sont plus pour moi que des pistes de décollage. Une bouteille, par exemple, n’est pas pour moi un récipient ou un ready made, elle peut être un oiseau vert.

 

Qu’on vous souhaite bonne chance me semble plus important que de regarder une peinture moderne. 

 

Dans ce monde hautement spécialisé l’art est le domaine du bon-à-rien, du bon-à-tout... Dieu est un bon-à-rien parfait. 

Assis sous un arbre à regarder les étoiles... c’est un exemple de bon à rien et c’est dans ce sens qu’il faut l’entendre.

Etant donné qu’il n’est pas spécialisé le bon-à-rien devrait être bon-à-tout. 

 

Chaque fois que vous pensez, pensez à autre chose. Quoi que vous fassiez, faites autre chose. le secret de la création permanente est : ne rien désirer, ne rien décider, ne rien choisir, pleinement conscient, pleinement éveillé ; tranquillement assis, sans rien faire.

 

Morellet François (1926-2016)

J’ai toujours cherché à réduire au minimum mes décisions subjectives et mon intervention artisanale pour laisser agir librement mes systèmes simples, évidents et de préférence absurdes.

 

Van Severen Dan (1927-2009)

L’art nait d’un manque, d’un déplaisir, d’une aspiration à l’insaisissable. L’art est religieux au sens large. La découverte de l’ « ultime réalité » finira par rendre l’art superflu, par l’éliminer.

 

Warhol Andy (1928-1987)

Ne pas penser à créer de l’art, fais-le. Laisser les autres décider si c’est bon ou pas, s’ils l’aiment ou le détestent. Pendant qu’ils décident, créer plus d’art.

C’était l’une de ces soirées où je demandai à dix ou quinze personnes de me donner des idées, jusqu’au moment où une amie m’a posé la bonne question : « Qu’est-ce que tu préfères ? »
C’est ainsi que je me mis à peindre l’argent.

Le business-art est l’étape qui suit l’art. J’ai commencé comme artiste commercial et je voudrais finir comme business-artiste.

 

Gagner de l’argent est un art, travailler est un art et faire de bonnes affaires est le plus bel art qui soit.

 

Être bon en affaires, c'est la forme d'art la plus fascinante.

 

Gagner de l'argent est un art, travailler est un art et faire de bonnes affaires est le plus bel art qui soit.

L'art des affaires est l'étape qui succède à l'art... J'ai commencé comme artiste commercial, et je veux finir comme artiste d'affaires. Après avoir fait ce qu'on appelle de "l'art", ou ce qu'on veut, je me suis mis à l'art des affaires.

 

Quand on y songe, les grands magasins sont un peu comme des musées.

 

On n’imagine pas combien de gens accrochent un tableau de la chaise électrique dans leur salon - surtout si les couleurs du tableau vont bien avec celles des rideaux. " (Andy Warhol à propos de son tableau La chaise électrique)

 

" Lorsque quelqu’un s’avise de mettre cinquante boîtes de soupe Campbell sur une toile, ce n’est pas le point de vue optique qui nous préoccupe. Ce qui nous intéresse, c’est le concept qui fait mettre cinquante boîtes de Campbell sur une toile. " (Marcel Duchamp)

 

"Andy Warhol, qui s’intitulait " business artist ", trouvait que c’était l’argent qui donnait à l’art son véritable charme." (Eva Windmüller - Stern - 8 octobre 1981)

 

Oldenburg Claes (1929-)

Je voudrais que les gens apprennent à reconnaître la puissance des objets. 

 

Je suis pour un art des objets perdus ou jetés...
Je suis pour un art que l’on fume comme une cigarette...
Je suis pour un art qui claque au vent comme un drapeau... 

 

Johns Jasper (1930-)

Il y a deux manières d’interpréter mes tableaux du drapeau américain. La première est : " Il a peint un drapeau de manière à ce qu’on ne le voie pas comme un drapeau, mais comme une peinture. " La seconde est " La façon dont il a peint le drapeau fait qu’on peut le voir comme un drapeau, et non pas comme une peinture. 

 

Richter Gehrard (1932-)

S'imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes. L'art, c'est donner du sens, générer du sens au même titre que le quête de Dieu ou la religion (Notes, 1962)

 

L’art est l'ultime forme de l’espoir (Texte pour la Documenta 7, 1982)

 

L’art est la plus haute forme de l’espoir.

 

L'art est la pure concrétisation du sentiment religieux, de la foi, de la nostalgie de Dieu. [...] L'aptitude à croire est notre faculté essentielle et elle ne se concrétise de façon appropriée que dans l'art. Si, en revanche, nous étanchons notre soif de croyances dans une idéologie, nous ne provoquons que des désastres. (Richter, Notes, 1988)

 

Baldessari John (1931- )

L'art est tout juste un peu plus intéressant que le suicide.

 

Aubertin Bernard (1934-2015)

La peinture aussi est recherche sans limite, elle doit vouloir exprimer quelque chose de cette Réalité du Tout inconnaissable, mais ressenti, perçu en nous et qu'il faut traduire sous ses multiples aspects. Réalités toujours nouvelles, ces aspects qui entraînent à pressentir, éprouver en soi et découvrir peu à peu, toile par toile, quelque chose de ce courant merveilleux et inconscient de la Vie en notre Univers.
S'éveiller par les sensations et les plaisirs des couleurs, des formes à la connaissance consciente de ce Tout où nous sommes et s'ouvrir au-delà des sentiers battus, des gammes et des méthodes à la Joie de connaître un nouveau rayonnement de la réalité (in Album des Réalités Nouvelles, 1955, p. 45)

 

Christo (Christo Javacheff dit) (1935-2020)

L’œuvre d’art, c’est ce qui ne sert à rien. 

 

Ben (Vautier) (1935-)

Drôle d’expo, je ne sais pas pourquoi, j’ai 83 ans et pour mon expo chez Youri Vincy, j’aurais aimé faire et montrer du Nouveau. Ceci dit, j’ai beau chercher, je ne trouve rien de nouveau, rien ne m’étonne plus, que des astuces partout, je n’y crois plus. Alors stop, je m’arrête pour faire le point… et pour me retrouver en 1962 en train de me poser exactement les mêmes questions. Il va donc falloir m’avouer qu’en 50 ans je n’ai pas évolué d’un iota, que j’ai fait du surplace, que je suis coincé dans un cul sac avec les mêmes questions /
Pourquoi l’art ? 
Qu’est-ce que l’art ? 
L’art ment il ? 
L’art n’est-il qu’ego ? 
L’art peut-il être absence d’art ? 
L’art existe t’il sans le nouveau ? 
A qui sert l’art ?
Il y aura t’il un jour une fin à l’art ? 
Peut-il y avoir art sans ego ? 
Le nouveau est-il toujours nouveau ? 
Le beau peut-il être laid et vice versa ? 
Si tout est art à qui sert l’art ? 
Le but de l’art est-il de poser des questions ? 
A quoi ressemblera l’art dans 15566 ans ? 
Peut-on faire de l’art sans nouveau ? 
Pourquoi est-ce que ceci vous plait ? (ou déplait ?) 
Faire du nouveau n’est-ce pas vieux comme le monde ? 
etc etc  

 

Raysse Martial (1936-)

On a commenté à propos de mon changement de cap : Martial retourne à la peinture. Cest faux. J’y arrive à peine. On a une page blanche devant soi et on se trouve exactement devant la meme situation qu’au Moyen Age. Rien n’a changé.

 

Le rôle social du peintre ? Montrer la beauté du monde pour inciter les hommes à le protéger et éviter qu’il ne se défasse. (Martial Raysse)

 

Topor Roland (1938-1997)

L'humanité a besoin de sublime. Le sublime du sublime, c'est l'art. Le sublime de l'art, c'est l'avant-garde. (Roland Topor, Mémoires d'un vieux con)

 

Baselitz Georg (1938-)

L'artiste n'a de responsabilité envers personne. Son rôle social est asocial. Sa seule responsabilité réside dans sa position face au travail qu'il accomplit. 

 

La production d'un tableau ou d'une sculpture n'est comparable qu'avec le travail de l'archéologue : on cherche quelque chose d'invisible, que l'on déterre et qui est là présent.

 

L'art est le fait d'anarchistes, de rebelles, inutiles à l'ordre. Ce qui veut dire que, dans le contexte social, les artistes sont d'abord des parias (Georg Baselitz)

 

Dierickx Karel (1940-2014)

On pratique l'art dans la solitude. L'artiste travaille seul. Par définition, il est égocentrique. Son ressort est une inquiétude permanente. Cet énervement intérieur disparaît seulement en étant occupé "plastiquement". Je suis naturellement dépressif. Je puis dissimuler un accès de mélancolie sous des dehors sereins. Personne ne remarque alors ma tristesse. Je recherche continuellement un équilibre vivable. On peut se demander pourquoi les artistes sont plus souvent dépressifs que les autres. Je crois que cela est dû au processus créateur. L'artiste ressent davantage la relativité de l'existence. Sans autocritique on délaie son œuvre. Mais en même temps que la critique apparaissent les doutes. Chacun a besoin d'un peu d'assurance, d'une réponse (Extrait d'une conversation avec Bet Popelier in Week-End, oct. 1982 in Geirlandt et al. L'Art en Belgique après 1945, Fonds Mercator, 1983, p. 415)

 

Weiner Lawrence (1942-2021)

L’art est la seule chose pour laquelle il n’y a pas de raison véritable.

 

Gilbert (1943- ) & George (1942- )

Faire partie intégrante de l’art est tout ce que nous demandons.

 

Boltanski Christian (1944-2021)

L'art est fait pour montrer la vie et pas dire la vérité.

 

Kosuth Joseph (1945-)

Tout l'art après Duchamp est conceptuel. 

 

Oosterlynck Baudouin (1946-)

L’art comme l’amour est un instant de coïncidence avec soi, avec l’autre, avec le monde.

 

Haring Keith (1958-1990)

L'art n'est pas une activité élitiste réservée à l'appréciation d'un nombre réduit d'amateurs, il s'adresse à tout le monde.

 

Pirotte David (1965-)

Je crois que l’art, c’est ne rien occulter, c’est se montrer tel qu’on est. J’ai décidé de jouer franc-jeu.

 

 

 

Politicien.ne.s

 

Napoléon Bonaparte (1869-1821)

J'aime le grandiose dans les arts, point de milieu : il faut être sublime ou mesquin (Maximes et pensées, 1769-1821)

 

Clemenceau Georges (1841-1929)

Une vie est une œuvre d'art. Il n'y a pas de plus beau poème que de vivre pleinement. Echouer même est enviable, pour avoir tenté.

 

Destrée Jules (1863-1936)

L'art exige une absolue liberté. Toute contrainte le stérilise ! L'État n'a que des devoirs vis-à-vis de l'art ; il n'a pas de droits. (Art et socialisme, Bruxelles, Journal Le Peuple, 1896, 34 p.)

 

Blum Léon (1872-1950)

La seule réalisation impérissable du travail et de l'énergie humaine, c'est l'art.

 

Herriot Edouard (1872-1957)

En art comme en tout, la vraie perfection ne s'atteint que par l'extrême simplicité

 

Churchill Winston (1874-1965)

Quand on a demandé à Winston Churchill de couper dans le budget des arts pour l’effort de guerre, il a répondu : " Alors pourquoi nous battons-nous ? "

 

L'art est à la beauté ce que l'honneur est à l'honnêteté (Churchill).

 

Hitler Adolf (1889-1945)

La seule réalisation impérissable du travail et de l'énergie humaine, c'est l'art. (Ma doctrine)

 

Cette purification de notre civilisation doit s'étendre sur presque tous les domaines. Théâtre, art, littérature, cinéma, presse, affiches, étalage, doivent être nettoyés des exhibitions d'un monde en voie de putréfaction, pour être mis au service d'une idée morale, principe d'Etat et de civilisation (Mein Kampf).

 

Les guerres passent. Seules les œuvres de la culture ne passent pas. D'où mon amour de l'art. La musique, l'architecture ne sont-elles pas les forces qui montrent le chemin à l'humanité montante ? Quand j'entends du Wagner, il me semble percevoir le rythme du monde antérieur (Hitler)

 

Mitterand François (1916-1996)

On crée pour l'éternité, même si elle se charge de démentir.

 

Kennedy John Fitzgerald (1917-1963)

N'oublions jamais que l'art n'est pas une forme de propagande ; c'est une forme de vérité.

 

L'art est le fruit de la créativité des gens libres (Kennedy)

 

 

Psychanalystes

 

Freud Sigmund (1856-1939)

Ses créations, les œuvres d'art, étaient les satisfactions imaginaires de désirs inconscients, tout comme les rêves, avec lesquels elles avaient d'ailleurs en commun le caractère d'être un compromis, car elles aussi devaient éviter le conflit à découvert avec les puissances de refoulement. (Ma vie et la psychanalyse)

 

Les œuvres d'art [sont] les satisfactions imaginaires de désirs inconscients, tout comme les rêves.

 

L'art est un chemin par lequel le rêve retrouve la réalité (S. Freud)

 

 

Sociologues

 

Bourdieu Pierre (1930-2002)

Du fait que l’œuvre d’art n’existe en tant que telle que dans la mesure où elle est perçue, c’est-à-dire déchiffrée, il va de soi que les satisfactions attachées à cette perception – qu’il s’agisse de la délectation proprement esthétique ou d’autres gratifications plus indirectes, comme l’effet de distinction – ne sont accessibles qu’à ceux qui sont disposés à se les approprier parce qu’ils leur accordent valeur, étant entendu qu’ils ne peuvent leur accorder valeur que s’ils disposent des moyens de se les approprier. En conséquence, le besoin de s’approprier des biens, qui, comme les biens culturels, n’existent comme tels que pour qui a reçu de son milieu familial et de l’école les moyens de se les approprier, ne peut apparaître que chez ceux qui peuvent le satisfaire... (L’Amour de l’art, 1969)

 

Toute une partie de l'art contemporain n'a pas d'autre objet que l'art lui-même (Bourdieu).

 

 

Scientifiques

 

Jacquard Albert (1925-2013)

On ne peut pas dire d'une œuvre d'art qu'elle soit inutile ; certes elle n'apporte rien qui réponde aux besoins matériels de l'organisme ; mais elle est un moyen de communication entre celui qui la crée et celui qui l'admire ; elle répond donc au besoin humain le plus spécifique : mettre en commun.